Cote n° 97 · pages 1–18
· Lecture modernisée · Classes de Chern des représentations : lettre (1966), notes manuscrites (s.d.) — lecture modernisée du dossier entier
Datation de l’inventaire : [vers 1966]
Édition de démonstration — interprétation personnelle de l'œuvre
Résumé
Une représentation d'un groupe — une façon de le faire agir par matrices — fabrique des objets géométriques : des fibrés vectoriels, familles d'espaces vectoriels posés au-dessus de chaque point d'un espace, comme les plans tangents posés en chaque point d'une surface. Un fibré peut être « tordu » d'une façon qu'aucune déformation ne défait — le ruban de Möbius est un fibré en droites tordu au-dessus du cercle — et ses classes caractéristiques, en particulier les classes de Chern, sont les entiers ou les classes de cohomologie qui mesurent cette torsion. Ces feuillets demandent ce que ces mesures valent sur les fibrés qui viennent d'une représentation.
Deux cas sont traités. Pour un groupe fini, la représentation la plus naturelle — le groupe agissant sur lui-même par permutations — a des classes de Chern qu'on calcule exactement ; elles ne s'annulent jamais en certains degrés, et cela suffit à montrer que la cohomologie d'un groupe fini dont l'ordre est divisible par un nombre premier \(p\) a de la \(p\)-torsion en une infinité de degrés.
Le second cas est plus surprenant. Sur une surface compacte de genre \(g \geq 2\) — une bouée à \(g\) trous —, la géométrie hyperbolique fournit une représentation du groupe fondamental dans les matrices réelles \(2 \times 2\) de déterminant \(1\), et donc un fibré en plans sur la surface. Ce fibré est plat : on peut le transporter le long des chemins sans qu'il tourne, comme si l'on n'avait jamais quitté un point. Pour des fibrés complexes ordinaires, être plat force les classes de Chern à être négligeables — c'est ce que dit la théorie de Chern–Weil, qui calcule ces classes par la courbure. Ici non : le fibré plat obtenu a une classe d'Euler égale à \(1 - g\), qui n'est pas nulle, et son « carré » est le fibré tangent de la surface, de classe \(2 - 2g\), la caractéristique d'Euler. L'analogie est celle d'un escalier en colimaçon : localement chaque marche est plate, et pourtant l'ensemble monte. La lettre de Serre qui ouvre le dossier renvoie à Milnor, qui avait étudié en 1958 exactement ces fibrés plats ; la surface hyperbolique réalise le cas extrême de son inégalité.
Autour de ces deux calculs, deux feuillets sur la cohomologie des espaces classifiants des groupes de Lie, où ces classes vivent : à coefficients réels, on la calcule par des formes différentielles invariantes, et elle est une algèbre de polynômes ; modulo \(p\), elle l'est encore exactement quand le groupe n'a pas de \(p\)-torsion. Le reste du dossier est le papier sur lequel il écrivait : des feuillets d'un tapuscrit sur le groupe de Brauer d'une surface fibrée sur une courbe, une page d'EGA IV, et une page d'une lettre dactylographiée. Cette dernière vaut d'être lue pour elle-même : elle propose de regarder un espace non pas directement, mais à travers la catégorie de tous les coefficients qu'il peut porter, et se demande si cette catégorie suffit à le reconstituer — « je crois que quelqu'un devrait bien un jour regarder ces choses systématiquement ». C'est un programme qu'il reprendra vingt ans plus tard dans À la poursuite des champs.
Keywords — Chern classes of representations, regular representation, cohomology of finite groups, Fuchsian group, flat bundle, Euler class, Milnor-Wood inequality, spin structure, Adams operation, classifying space, simplicial de Rham complex, Koszul duality, torsion in Lie groups, Borel transgression theorem, Brauer group of a fibred surface, Tate-Shafarevich group, local systems and homotopy type, Weil divisor of a Cartier divisor
Le fil du dossier, et les conventions
Le dossier n'a pas une argumentation, mais trois brins de même sujet, posés sur des feuillets de remploi.
- 1.La lettre de Serre (page 1), datée du 4 novembre 1966.
- 2.Classes de Chern de la représentation régulière (page 4) : groupes finis.
- 3.Le fibré plat d'une surface hyperbolique (pages 6, 8, 10 et 12, quatre feuillets numérotés par lui 1, –, 2, 3) : groupes discrets dans \(\mathrm{PSL}(2,\mathbb{R})\).
- 4.Les espaces classifiants des groupes de Lie (pages 15 et 17) : coefficients réels, puis la \(p\)-torsion.
Les versos des feuillets manuscrits portent d'autres textes, qui n'ont pas de rapport avec les classes de Chern et qu'on lit à leur place dans l'ordre des pages : un tapuscrit sur le groupe de Brauer d'une fibration (pages 7, 9, 11 et 13, qu'on lit dans l'ordre de leur pagination dactylographiée, 17, 19, 20, 23), une page de lettre dactylographiée sur les catégories \(C(X,A)\) (page 16), une page du tapuscrit d'EGA IV (page 18). Les pages 2 (une liste de noms), 3 (le début abandonné d'une lettre à Atiyah sur papier de l'IHÉS), 5 (blanche) et 14 (verso blanc) ne sont pas transcrites et ne sont pas lues ici.
Conventions. Pour un groupe topologique \(H\), \(B_{H}\) est son espace classifiant, comme sur les pages. Aux pages 6 à 12, \(G = \mathrm{PSL}(2, \mathbb{R}) = \mathrm{SL}(2,\mathbb{R})/\{\pm 1\}\) opère sur le disque \(D\) (ou le demi-plan de Poincaré) avec stabilisateur \(S = \mathrm{PSO}(2)\) ; \(\widetilde{G} = \mathrm{SL}(2,\mathbb{R})\) et \(\widetilde{S} = \mathrm{SO}(2)\) sont leurs revêtements doubles — et non universels — et \(\Gamma \subset G\) est un sous-groupe discret sans torsion, cocompact, de quotient \(X = D/\Gamma\) de genre \(g \geq 2\). La caractéristique d'Euler qu'il note \(EP(X)\) est notée \(\chi(X) = 2 - 2g\), et \(e(\,\cdot\,)\) est la classe d'Euler d'un fibré réel orienté de rang 2, identifiée à \(c_{1}\) du fibré en droites complexes associé. On identifie \(H^{2}(X,\mathbb{Z})\) à \(\mathbb{Z}\) par la classe fondamentale de l'orientation complexe. À la page 17, \(B\) est un sous-groupe de Borel et \(T \subset B\) un tore maximal.
1–1
La lettre de Serre (page 1)
La page 1 est une lettre de J.-P. Serre à Grothendieck, sur papier à en-tête du Collège de France, datée du 4 novembre 1966. Serre n'a pas regardé le problème que Grothendieck lui avait posé, mais lui envoie une « Notice » qui démontre la même chose, et qui renvoie à un papier de Milnor sur les fibrés plats de groupe \(\mathrm{SL}_{2}\) au-dessus d'une surface.1 Le seul énoncé mathématique de la lettre nomme le sujet des feuillets 6 à 12 ; c'est par eux que le dossier se rattache à 1966.
4–4
Classes de Chern de la représentation régulière (page 4)
Le titre est de sa main : « Classe de Chern de la représentation régulière et ses multiples ».
Le groupe cyclique. Soit \(G\) cyclique d'ordre \(n\) et \(\check{G} = \mathrm{Hom}(G, \mathbb{Q}/\mathbb{Z})\) son dual. Le cobord de la suite \(0 \to \mathbb{Z} \to \mathbb{Q} \to \mathbb{Q}/\mathbb{Z} \to 0\) donne \(H^{2}(G,\mathbb{Z}) \simeq H^{1}(G,\mathbb{Q}/\mathbb{Z}) = \check{G}\),2 et l'on a, en degrés strictement positifs, \[ H^{*}(G,\mathbb{Z})^{+} \simeq \mathrm{Sym}_{\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}}(\check{G})^{+} \simeq (\mathbb{Z}/n\mathbb{Z})[\xi]^{+}, \] où \(\xi\) est un générateur de \(H^{2}(G,\mathbb{Z})\), de degré 2 ; les degrés impairs sont nuls. La représentation régulière complexe \(r_{G}\) est la somme des caractères \(\chi \in \check{G}\), et la classe de Chern d'un caractère est son image dans \(H^{2}\) ; la formule de Whitney donne donc, pour un générateur \(\xi_{0}\) de \(\check{G}\), \[ c(r_{G}) = \prod_{\chi \in \check{G}} (1 + \chi) = \prod_{\lambda \in \mathbb{Z}/n\mathbb{Z}} (1 + \lambda \xi_{0}) . \]
Le cas \(n = p\) premier. Le facteur \(\lambda = 0\) vaut 1, d'où \(c_{p}(r_{G}) = 0\), et \[ c_{p-1}(r_{G}) = \Bigl(\prod_{\lambda \in \mathbb{F}_{p}^{*}} \lambda\Bigr) \xi_{0}^{p-1} = -\,\xi_{0}^{p-1}, \] indépendamment du choix de \(\xi_{0}\), puisque \(\lambda^{p-1} = 1\) pour \(\lambda \in \mathbb{F}_{p}^{*}\).3 Comme \(c(N r_{G}) = c(r_{G})^{N}\), \[ c_{i}(N r_{G}) = 0 \quad \text{pour } i > N(p-1), \qquad c_{N(p-1)}(N r_{G}) = (-1)^{N} \xi_{0}^{N(p-1)} \neq 0 , \] cette dernière classe engendrant \(H^{2N(p-1)}(G,\mathbb{Z}) = \mathbb{Z}/p\mathbb{Z}\).
Le cas général. Soit \(G\) un groupe fini d'ordre \(n\) divisible par \(p\), \(H \subset G\) un sous-groupe d'ordre \(p\) et \(n' = n/p\). La restriction de \(r_{G}\) à \(H\) est \(n' r_{H}\), donc \((N r_{G})|_{H} = N n' r_{H}\) et \[ c_{N n'(p-1)}(N r_{G})|_{H} = c_{N n'(p-1)}(N n' r_{H}) \neq 0 . \] A fortiori \(c_{N n'(p-1)}(N r_{G}) \neq 0\).4 Comme \(H^{*}(H,\mathbb{Z})\) est de \(p\)-torsion en degrés positifs, la restriction tue la partie première à \(p\) ; la composante \(p\)-primaire de cette classe est donc non nulle : \[ \boxed{H^{Nk}(G,\mathbb{Z})(p) \neq 0 \quad \text{pour tout entier } N \geq 1, \qquad k = 2n'(p-1).} \] En particulier la cohomologie entière d'un groupe fini a de la \(p\)-torsion en une infinité de degrés pour tout premier \(p\) divisant son ordre, et ces classes sont des classes de Chern de représentations.5
6–12
Le fibré plat d'une surface hyperbolique (pages 6, 8, 10 et 12)
Quatre feuillets à l'encre noire, numérotés par lui 1, –, 2, 3, écrits au dos des feuillets du tapuscrit qui les suivent dans le dossier. Les pages 8 et 12 sont de l'écriture la plus rapide du dossier, et une grande partie de leur prose ne se lit pas ; les formules se lisent. Ce qui suit est la mise au net d'un argument dont les formules sont sur la page ; les phrases qui les relient sont, en partie, les nôtres, et les notes disent où.
6–6
La situation, et le dictionnaire (page 6)
Le disque \(D\) est l'espace homogène \(G/S = \widetilde{G}/\widetilde{S}\),
\(S = G_{x}\) et \(\widetilde{S} = \widetilde{G}_{x}\) étant les stabilisateurs
d'un point \(x\). Le groupe \(\Gamma\) se relève isomorphiquement en
\(\widetilde{\Gamma} \subset \widetilde{G}\) (on le verra page 12), et l'on a le
diagramme
LaTeX source
\begin{tikzcd}[column sep=small, row sep=small]
\widetilde{S} = \mathrm{SO}(2) \arrow[rr] \arrow[d, hook] & & S = \mathrm{PSO}(2) \arrow[d, hook] \\
\widetilde{G} = \mathrm{SL}(2,\mathbb{R}) \arrow[rr] & &
G = \mathrm{PSL}(2,\mathbb{R}) \\
\widetilde{\Gamma} \arrow[rr, "\sim"] \arrow[u, hook] & & \Gamma \arrow[u, hook]
\end{tikzcd}
Le dictionnaire. Toute représentation linéaire réelle \(W\) de \(\widetilde{S}\) définit un fibré vectoriel \(\widetilde{G}\)-équivariant \(\widetilde{G} \times^{\widetilde{S}} W\) sur \(D\), donc, par restriction de l'action à \(\widetilde{\Gamma}\) et passage au quotient, un fibré vectoriel réel \(\mathcal{F}(W)\) sur \(X\). La correspondance \(W \mapsto \mathcal{F}(W)\) respecte sommes, produits tensoriels, puissances extérieures et dualité : c'est un homomorphisme d'anneaux \(\lambda\) de \(RO(\widetilde{S})\) dans \(KO(X)\).7 Deux exemples :
- –la représentation de \(\widetilde{S}\) sur \(T_{x}D\), qui se factorise par \(S\), donne le fibré tangent \(T_{X}\) ;
- –si \(W\) est la restriction d'une représentation \(V\) de \(\widetilde{G}\) tout entier, \(\widetilde{G} \times^{\widetilde{S}} V \simeq D \times V\) avec l'action diagonale \(\gamma \cdot (z, v) = (\gamma z, \gamma v)\), et \(\mathcal{F}(V)\) est le fibré plat associé à la représentation \(\widetilde{\Gamma} \to \widetilde{G} \to \mathrm{GL}(V)\) du groupe fondamental.
Soit \(V = \mathbb{R}^{2}\) la représentation standard de \(\mathrm{SL}(2, \mathbb{R})\), et \(\Sigma_{0} = \mathcal{F}(V)\) le fibré plat de rang 2 qu'elle définit. Restreinte à \(\widetilde{S} = \mathrm{SO}(2) = \{e^{i\theta}\}\), \(V\) est la rotation d'angle \(\theta\), de caractère complexifié \(e_{1} + e_{-1}\) ; \(T_{x}D\) est la rotation d'angle \(2\theta\), de caractère \(e_{2} + e_{-2}\). D'où, dans l'anneau des représentations, \[ [T_{x}D] = \psi^{2}[V] = [V]^{2} - 2, \] où \(\psi^{2}\) est la deuxième opération d'Adams ; et, par le dictionnaire, \[ \Sigma_{0} \otimes_{\mathbb{R}} \Sigma_{0} \simeq T_{X} \oplus 2 \cdot \mathbf{1}_{\mathbb{R}} . \] 8 En termes de représentations de \(\mathrm{SL}(2,\mathbb{R})\), \(V \otimes V = \mathrm{Sym}^{2} V \oplus \Lambda^{2} V\), où \(\Lambda^{2}V\) est triviale et \(\mathrm{Sym}^{2}V\) est la représentation adjointe, de restriction \(e_{2} + e_{-2} + 1\) à \(\widetilde{S}\).
Réel, non complexe. Les fibrés réels orientés de rang 2 sont aussi des fibrés en droites complexes, \(\mathrm{SO}(2) = \mathrm{U}(1)\) ; à ce titre \(T_{X}\) est le fibré tangent holomorphe et \(\Sigma_{0}\) un fibré en droites complexes \(L_{0}\), avec \[ T_{X} \simeq L_{0}^{\otimes 2} \quad \text{(fibrés en droites complexes)}, \] puisque le caractère \(e_{2}\) est le carré de \(e_{1}\). Mais la structure plate de \(\Sigma_{0}\) est réelle et non complexe : \(\mathrm{SL}(2,\mathbb{R})\) ne préserve aucune structure complexe de \(\mathbb{R}^{2}\), et c'est ce qui va permettre à \(\Sigma_{0}\) d'avoir une classe caractéristique non nulle.9
8–8
Le calcul : \(e(\Sigma_{0}) = 1 - g\) (page 8)
Écrivons \(\gamma_{1}\) pour la classe de \(T_{X}\) et \(c_{1}\) pour celle de \(\Sigma_{0}\). De \(T_{X} \simeq L_{0}^{\otimes 2}\) on tire \[ \gamma_{1} = 2 c_{1}. \] Or la classe d'Euler du fibré tangent est la caractéristique d'Euler, \(\gamma_{1} = e(T_{X}) = \chi(X) = 2(1-g)\), d'où \[ \boxed{c_{1} = e(\Sigma_{0}) = 1 - g \neq 0.} \] 10
Ainsi \(\Sigma_{0}\) est un fibré plat de rang 2 dont la classe d'Euler n'est pas nulle : c'est le cas d'égalité \(|e| = g - 1\) de l'inégalité de Milnor, et c'est ce qui rend la lettre de Serre pertinente.11
En marge. Comme \(\Sigma_{0} \otimes \Sigma_{0}\) est plat, \(T_{X} \oplus 2 \cdot \mathbf{1}_{\mathbb{R}}\) admet une connexion intégrable ; on retrouve l'énoncé à la page 12.
10–10
La même chose dans les espaces classifiants (page 10)
L'inclusion \(\Gamma \subset G\) donne, puisque \(D\) est contractile, une
application \(X = B_{\Gamma} \to B_{G}\), et les inclusions des compacts
maximaux sont des équivalences d'homotopie \(B_{S} \to B_{G}\), \(B_{\widetilde{S}}
\to B_{\widetilde{G}}\). En cohomologie :
LaTeX source
\begin{tikzcd}
H^{*}(B_{G},\mathbb{Z}) \arrow[r, "\sim"] \arrow[d] \arrow[rd] &
H^{*}(B_{S},\mathbb{Z}) = \mathbb{Z}[\gamma_{1}] \arrow[d, "\gamma_{1} \mapsto 2c_{1}"] \\
H^{*}(B_{\Gamma},\mathbb{Z}) = H^{*}(X,\mathbb{Z}) &
H^{*}(B_{\widetilde{S}},\mathbb{Z}) = \mathbb{Z}[c_{1}] \simeq H^{*}(B_{\widetilde{G}},\mathbb{Z})
\end{tikzcd}
Le relèvement \(\widetilde{\Gamma}\) donne un relèvement \(X \to
B_{\widetilde{G}}\) de \(X \to B_{G}\) :
LaTeX source
\begin{tikzcd}
& B_{\widetilde{G}} \arrow[d] \\
X = B_{\Gamma} \arrow[r] \arrow[ru, dashed] & B_{G}
\end{tikzcd}
Le contrôle par un revêtement. Soit \(\Gamma' \subset \Gamma\) un sous-groupe d'indice fini \(d\) — il en existe, \(\Gamma\) étant résiduellement fini —, et \(p : X' = B_{\Gamma'} \to X\) le revêtement étale de degré \(d\) correspondant. La classe \(\gamma_{1}^{X'}\) est \(p^{*}\gamma_{1}^{X}\), et \(p^{*}\) est la multiplication par \(d\) sur \(H^{2}(\,\cdot\,,\mathbb{Z}) \simeq \mathbb{Z}\) ; d'autre part \(\chi(X') = d\,\chi(X)\). Les deux membres de \(\gamma_{1}^{X} = \chi(X)\) se multiplient donc par \(d\) quand on passe à \(X'\) : la formule est compatible aux revêtements, et, \(H^{2}(X,\mathbb{Z})\) étant sans torsion, il suffit de l'établir pour un seul revêtement fini de \(X\) pour l'avoir sur \(X\).14
12–12
La classe comme classe d'extension ; le relèvement (page 12)
La classe d'extension. Le revêtement universel \(\widehat{G}\) de \(G = \mathrm{PSL}(2,\mathbb{R})\) est une extension centrale de \(G\) par \(\pi_{1}(G) = \mathbb{Z}\) ; son image réciproque sur \(\Gamma\) est une extension centrale \[ 0 \to \mathbb{Z} \to \widehat{\Gamma} \to \Gamma \to 1, \] dont la classe vit dans \(H^{2}(\Gamma,\mathbb{Z}) \simeq H^{2}(X,\mathbb{Z})\) : c'est, au signe près, \(\gamma_{1}^{X}\). Plus généralement, pour un groupe de Lie connexe \(G\) de groupe fondamental \(H\), la fibration \(B_{H} \to B_{\widehat{G}} \to B_{G}\) et l'isomorphisme \(H^{2}(B_{G}, H) \simeq \mathrm{Hom}(\pi_{2}B_{G}, H) = \mathrm{Hom}(H,H)\) définissent une classe canonique, image de l'identité, qui classifie le revêtement universel ; pour \(G = S\) un cercle, \(H = \mathbb{Z}\), c'est la classe de Chern \(\gamma_{1}\) de \(H^{2}(B_{S},\mathbb{Z})\), et l'image réciproque à \(\Gamma\) de la classe canonique est la classe de l'extension.
Le relèvement. De même le revêtement double \(\widetilde{G} = \mathrm{SL}(2,\mathbb{R}) \to G\) définit une classe dans \(H^{2}(\Gamma, \mathbb{Z}/2\mathbb{Z}) = \mathbb{Z}/2\mathbb{Z}\), qui est l'obstruction à relever \(\Gamma\) dans \(\mathrm{SL}(2,\mathbb{R})\), et qui est la réduction modulo 2 de \(\gamma_{1}^{X}\). Comme \(\gamma_{1}^{X} = \chi(X) = 2(1-g)\) est pair, l'obstruction est nulle : \(\Gamma\) se relève, ce qu'on a utilisé page 6.15
Remarque (4). Dans la situation (1) — \(X\) de genre \(g \geq 2\), de fibré tangent \(T_{X}\) —, le fibré vectoriel réel \(T_{X} \oplus 2 \cdot \mathbf{1}_{\mathbb{R}}\) sur \(X\) est muni d'une connexion intégrable, celle de \(\Sigma_{0} \otimes \Sigma_{0}\), de groupe d'holonomie l'image de \(\Gamma\) par \(\mathrm{SL}(2,\mathbb{R}) \to \mathrm{GL}(V \otimes V)\).16
7–13
Tapuscrit : le groupe de Brauer d'une fibration sur une courbe (pages 9, 11, 13, 7)
Quatre feuillets d'un tapuscrit français, paginés 23, 17, 19 et 20 et rangés aux pages 7, 9, 11 et 13 ; on les lit dans l'ordre de leur pagination, qui est celui de l'argument. Ils portent des corrections de sa main — lettres grecques, tildes, schémas de Picard ajoutés, insertions interlinéaires, un bloc biffé —, et sont sans rapport avec les classes de Chern : c'est le papier sur lequel il a écrit les feuillets 6 à 12.17
Cadre, tel qu'il ressort des pages. \(f : X \to Y\) est un morphisme propre, \(X\) régulier, \(Y\) une courbe régulière de point générique \(\eta\) ; \(P\) est le faisceau de Picard relatif \(R^{1}f_{*}\mathbb{G}_{m}\) (étale) ; un tilde désigne la localisation stricte en un point géométrique \(\bar{y}\) au dessus d'un point fermé \(y\), une barre la localisation hensélienne.
9–9
Les faisceaux \(\underline{E}\) et \(\underline{F}\) (page 9, tapuscrit p. 17)
La page s'ouvre sur la fin d'un corollaire (\(H^{3}(Y,\mathbb{G}_{m}) \simeq \mathbb{Q}/\mathbb{Z}\)). Soit \(i : \eta \to Y\) l'inclusion du point générique et \[ \underline{B} = i_{*}i^{*}P, \qquad P \to \underline{B}, \qquad \underline{E} = \mathrm{Ker}(P \to \underline{B}), \quad \underline{F} = \mathrm{Coker}(P \to \underline{B}). \tag{4.8--4.10} \] Les faisceaux \(\underline{E}\) et \(\underline{F}\) sont concentrés aux points fermés (faisceaux gratte-ciel), et leurs fibres géométriques en \(\bar{y}\) sont le noyau et le conoyau de \(\mathrm{Pic}(\widetilde{X}) \to \mathrm{Pic}_{\widetilde{X}_{\tilde{\eta}}/\tilde{\eta}}(\tilde{\eta})\). Cette flèche se factorise par \(\mathrm{Pic}(\widetilde{X}_{\tilde{\eta}})\), et \(\mathrm{Pic}(\widetilde{X}) \to \mathrm{Pic}(\widetilde{X}_{\tilde{\eta}})\) est surjectif parce que \(\widetilde{X}\) est régulier (tout diviseur de la fibre générique s'étend par adhérence). D'où \[ \underline{F}_{\bar{y}} = \mathrm{Pic}_{\widetilde{X}_{\tilde{\eta}}/\tilde{\eta}}(\tilde{\eta}) / \mathrm{Pic}(\widetilde{X}_{\tilde{\eta}}), \qquad \underline{E}_{\bar{y}} = \mathrm{Ker}\bigl(\mathrm{Pic}(\widetilde{X}) \to \mathrm{Pic}(\widetilde{X}_{\tilde{\eta}})\bigr). \tag{4.11--4.12} \] 18 Le quotient \(\underline{F}_{\bar{y}}\) s'injecte dans \(\mathrm{Br}(\tilde{\eta})\), qui est nul si \(k(y)\) est parfait (le corps des fractions d'un anneau de valuation discrète strictement hensélien à corps résiduel parfait est \(C_{1}\)) et de \(p(y)\)-torsion en général, \(p(y)\) étant l'exposant caractéristique de \(k(y)\). Donc \(\underline{F}_{\bar{y}}\) est de \(p(y)\)-torsion, nul si \(k(y)\) est parfait, et nul aussi si \(\delta_{y} = 1\), par exemple si \(\widetilde{X} \to \widetilde{Y}\) a une section.
11–11
Le groupe de Tate–Chafarévitch (page 11, tapuscrit p. 19)
Sous l'hypothèse (4.15), l'image de \(H^{1}(Y,P)\) dans \(H^{1}(Y,\underline{B})\) est le sous-groupe des éléments dont l'image dans chacun des \(H^{1}(\overline{Y}_{y},\underline{B})\), \(\overline{Y}_{y}\) hensélisé de \(Y\) en \(y\), est nulle — le groupe de Tate–Chafarévitch \(\mathrm{III}(Y,\underline{B})\) : les éléments localement triviaux partout. On en tire la suite exacte \[ \cdots \to \mathrm{Pic}_{X_{\eta}/\eta}(\eta) \to \bigoplus_{y} H^{1}(y,\underline{E}_{y}) \to H^{1}(Y,P) \to \mathrm{III}(Y,\underline{B}) \to 0, \tag{4.17} \] qui présente \(H^{1}(Y,P)\) comme extension de \(\mathrm{III}(Y,\underline{B})\) par un quotient de \(\bigoplus_{y} H^{1}(y,\underline{E}_{y}) = H^{1}(Y,\underline{E})\).19
La structure de \(\underline{E}_{y}\). \(\underline{E}_{y}\) est nul si la fibre \(X_{y}\) est géométriquement intègre ; si \(X_{\eta}\) est lisse sur \(\eta\), le support de \(\underline{E}\) est donc contenu dans l'ensemble fini des \(y\) dont la fibre n'est pas géométriquement intègre (le tapuscrit ajoute « en fait, égal à »). On écrit l'égalité de diviseurs sur \(X\) \[ X_{y} = \textstyle\sum_{i} a_{y}^{i} C_{y}^{i}, \tag{4.18} \] les \(C_{y}^{i}\) étant les composantes irréductibles de \(X_{y}\) et les \(a_{y}^{i}\) leurs multiplicités.
13–13
L'annulation de \(H^{1}(y,\underline{E}_{y})\) (page 13, tapuscrit p. 20)
Soit \(\mu_{y}^{i}\) et \(\nu_{y}^{i}\) les multiplicités radicielle et séparable de \(C_{y}^{i}\) sur \(k(y)\) ; \(\mu_{y}^{i} = 1\) si \(k(y)\) est parfait. Soit \(k(y)^{i}\) la fermeture séparable de \(k(y)\) dans le corps des fonctions de \(C_{y}^{i}\), extension de degré \(\nu_{y}^{i}\), et \[ Z_{y}^{i} = \mathrm{Spec}\,k(y)^{i}, \qquad Z_{y} = \textstyle\coprod_{i} Z_{y}^{i}, \qquad p_{y} : Z_{y} \to y. \tag{4.20} \] Les composantes géométriques de \(C_{y}^{i}\) sont alors indexées, de façon compatible à Galois, par les \(k(y)\)-plongements de \(k(y)^{i}\) dans une clôture séparable.20 Le faisceau \(\underline{E}_{y}\) sur \(y\) s'insère dans la suite exacte \[ 0 \to \mathbb{Z}_{y} \to p_{y*}\mathbb{Z}_{Z_{y}} \to \underline{E}_{y} \to 0, \tag{4.21} \] où la première flèche est l'adjointe de \(p_{y}^{*}\mathbb{Z}_{y} = \mathbb{Z}_{Z_{y}} \to \mathbb{Z}_{Z_{y}}\), multiplication par \(a_{y}^{i}\) sur \(Z_{y}^{i}\) : géométriquement, \(\underline{E}_{\bar{y}}\) est le groupe libre sur les composantes de la fibre modulo la fibre elle-même. Comme \(H^{1}\) d'un corps à coefficients dans \(\mathbb{Z}\) est nul, la suite de cohomologie donne \[ H^{1}(y,\underline{E}_{y}) = \mathrm{Ker}\Bigl(H^{2}(y,\mathbb{Z}) \to \textstyle\prod_{i} H^{2}(Z_{y}^{i},\mathbb{Z})\Bigr) = \mathrm{Ker}\Bigl(H^{1}(y,\mathbb{Q}/\mathbb{Z}) \to \textstyle\prod_{i} H^{1}(Z_{y}^{i},\mathbb{Q}/\mathbb{Z})\Bigr), \tag{4.23} \] la flèche d'indice \(i\) étant la restriction multipliée par \(a_{y}^{i}\). La corestriction composée avec la restriction étant la multiplication par \(\nu_{y}^{i}\), chacun de ces noyaux est annulé par \(a_{y}^{i}\nu_{y}^{i}\), et \(H^{1}(y,\underline{E}_{y})\) est annulé par \[ d_{y} = \mathrm{pgcd}_{i}\,(a_{y}^{i}\nu_{y}^{i}). \tag{4.24} \] Le feuillet s'arrête sur le cas où \(k(y)\) est fini, ou plus généralement de groupe de Galois absolu \(\widehat{\mathbb{Z}}\) : « alors on trouve … ».21
7–7
Deux cas particuliers (page 7, tapuscrit p. 23)
La page s'ouvre sur la fin d'une suite exacte \[ 0 \to \mathbb{Z}/\delta''\mathbb{Z} \to \mathrm{III}'(Y,\underline{A}) \to \mathrm{III}'(Y,\underline{B}) \to 0 . \tag{4.38} \]
(4.6) : \(Y\) est une courbe algébrique sur un corps algébriquement clos. La condition (4.13) est automatique et l'on a \[ \mathrm{Br}(X) \xrightarrow{\ \sim\ } H^{1}(Y,\underline{B}) ; \tag{4.39} \] si de plus \(X\) n'a pas de fibre multiple (\(\delta_{y} = 1\) pour tout \(y\)), on a \(\delta = \delta' = \delta''\) et \[ 0 \to \mathbb{Z}/\delta\mathbb{Z} \to H^{1}(Y,\underline{A}) \to H^{1}(Y,\underline{B}) \to 0 . \tag{4.40} \]
(4.7) : \(Y\) est une courbe propre sur un corps fini \(k\). Les conditions (4.13) et (4.16) sont automatiques, la première parce que \(k\) est parfait, la seconde parce que \(k(y)\), fini, est de dimension cohomologique \(\leq 1\), d'où \(H^{3}(k(y),\mathbb{G}_{m}) = 0\) ; on a \(\delta = \delta'\), et de même pour les invariants hensélisés et strictement hensélisés. Comme \(\mathrm{Br}(Y) = 0\) (théorie du corps de classes), \[ 0 \to \mathrm{Br}(X) \to \mathrm{III}(Y,\underline{B}) \to \mathbb{Z}/\Delta\mathbb{Z} \to 0, \qquad \Delta \mid \delta . \tag{4.41} \] Si le morphisme déduit de \(f\) par extension à la clôture algébrique de \(k\) n'a pas de fibre multiple, on a \[ 0 \to \mathbb{Z}/\delta''\mathbb{Z} \to \mathrm{III}(Y,\underline{A}) \to \mathrm{III}(Y,\underline{B}) \to 0, \tag{4.42} \] cas particulier de (4.37), compte tenu de l'égalité \(\bar{\delta}_{y} = \delta_{y}\) (4.43) pour tout point fermé \(y\), qui donne ici \(\bar{\delta}_{y} = 1\), donc \(\mathrm{III}' = \mathrm{III}\). L'égalité (4.43) est une conséquence du théorème de Lang, \(H^{1}(k(y), G) = 0\) pour un groupe algébrique connexe \(G\) sur un corps fini, appliqué à \(G = \underline{\mathrm{Pic}}^{0}_{X_{y}/y}\) ; le tapuscrit la laisse « au lecteur comme un exercice plaisant et délectable ».22
15–15
La cohomologie réelle de \(B_{G}\) (page 15)
Soit \(G\) un groupe de Lie compact connexe. L'espace classifiant est la réalisation de la variété simpliciale \([p] \mapsto G^{p+1}/G\) (quotient par l'action diagonale, \(G^{p+1}/G \simeq G^{p}\)), et sa cohomologie réelle est celle du bicomplexe des formes différentielles \[ C_{(0)}^{p,q} = \Omega^{q}(G^{p+1}/G), \] de différentielles la différentielle de de Rham (en \(q\)) et la somme alternée des faces (en \(p\)). On le remplace successivement par deux sous-bicomplexes de formes invariantes, \(C_{(1)} \subset C_{(0)}\) puis \(C_{(2)}\), chacun ayant, à \(p\) fixé, la même cohomologie que le précédent — c'est le terme \(E_{1}\) de la suite spectrale de la filtration par \(p\), calculé par moyenne sur le groupe compact. Dans le dernier, \(C_{(2)}^{p,q} = \omega_{\mathrm{inv}}^{q} (G^{p+1}/G)\), les formes sont fermées : la différentielle de de Rham y est nulle. D'où des isomorphismes canoniques \[ H^{*}(B_{G},\mathbb{R}) \simeq H^{*}(C_{(1)}) \simeq \bigoplus_{p+q = *} H^{p}\bigl(\nu \mapsto \omega_{\mathrm{inv}}^{q}(G^{\nu+1}/G)\bigr) = \bigoplus_{p+q = *} E_{2}^{p,q}, \] et la suite spectrale dégénère : \(d_{r} = 0\) pour \(r \geq 2\).23
Soit \(T \subset \omega_{\mathrm{inv}}^{*}(G)\) l'espace des éléments transgressifs — de degrés impairs, ce sont les éléments primitifs de l'algèbre de Hopf \(H^{*}(G,\mathbb{R}) = \Lambda^{*}(T)\) — et \[ \varphi : T \to E_{2}^{1,*} = \omega_{\mathrm{inv}}^{*}(G \times G/G) \subset \omega_{\mathrm{inv}}^{*}(G \times G) = \omega_{\mathrm{inv}}^{*}(G) \otimes \omega_{\mathrm{inv}}^{*}(G), \qquad \varphi(t) = t \otimes 1 - 1 \otimes t , \] qui place un élément de degré \(2k - 1\) en degré total \(2k\).
Théorème. L'homomorphisme \(\mathrm{Sym}^{*}(T) \to H^{*}(B_{G},\mathbb{R})\) déduit de \(\varphi\) est un isomorphisme.
C'est le théorème de Borel–Cartan : \(H^{*}(B_{G},\mathbb{R})\) est une algèbre de polynômes, sur des générateurs de degrés \(2k_{j}\) si \(H^{*}(G,\mathbb{R})\) est extérieure sur des générateurs de degrés \(2k_{j} - 1\). Le calcul de la page en donne une démonstration par la dualité de Koszul : la cohomologie de la construction cobar d'une algèbre extérieure \(\Lambda(T)\) est l'algèbre symétrique sur \(T\) décalé d'un cran.24
16–16
Une lettre dactylographiée : les catégories \(C(X,A)\) (page 16)
Un feuillet de lettre dactylographiée, sans en-tête ni signature, barré de trois traits obliques ; le destinataire est tutoyé, une lettre antérieure « du 26.3 », que le destinataire vient de renvoyer en photocopie, est citée, et une insertion est de la main de Grothendieck.25
À un espace \(X\) et un anneau \(A\) est associée une catégorie triangulée \(C(X,A)\) — vraisemblablement une catégorie dérivée de faisceaux localement constants de \(A\)-modules, sous des conditions de finitude posées plus haut dans la lettre.26 Elle détermine l'ensemble des composantes connexes de \(X\), le groupe fondamental de chacune et leur cohomologie à coefficients dans les \(A\)-modules tordus de type fini. Pour \(A = \mathbb{Z}\), un morphisme \(f : X \to Y\) est une équivalence d'homotopie si et seulement si \(f^{*} : C(Y,\mathbb{Z}) \to C(X,\mathbb{Z})\) est une équivalence.27
La lettre demande alors si l'on peut reconstituer \(X\) à partir de \(C(X,\mathbb{Z})\), du moins pour des \(X\) de type fini en chaque dimension, et si tout foncteur exact \(C(Y,\mathbb{Z}) \to C(X,\mathbb{Z})\) provient, à isomorphisme près, d'un unique morphisme \(X \to Y\).28 Même si c'est trop optimiste, ces catégories lui paraissent des invariants « rupinants », très bonnes approximations du type d'homotopie de \(X\), et il faudrait traduire en leurs termes les constructions familières aux homotopistes : groupes d'homotopie supérieurs, espaces de lacets, et en sens inverse espaces classifiants, suspensions, produits, squelettes, images des groupes d'homotopie supérieurs. La question, écrit-il, est « manifestement très liée » à celle de la lettre du 26.3, et « quelqu'un devrait bien un jour regarder ces choses systématiquement ».
17–17
Groupes de Lie sans \(p\)-torsion (page 17)
Soit \(G\) un groupe de Lie complexe réductif connexe — ou, ce qui revient au même pour la cohomologie, son sous-groupe compact maximal —, \(B\) un sous-groupe de Borel, \(\hat{B}\) son groupe des caractères, de rang \(r\), et \(p\) un nombre premier.29 Considérons les conditions :
- (i)\(H^{*}(G,\mathbb{Z})\) est sans \(p\)-torsion ;
- (ii)\(H^{*}(B_{G},\mathbb{Z})\) est sans \(p\)-torsion ;
- (iii)l'image de \(\mathrm{Sym}_{\mathbb{Z}}^{*}(\hat{B}) \to H^{*}(G/B,\mathbb{Z})\) est d'indice premier à \(p\) ; de façon équivalente, \(\mathrm{Sym}_{\mathbb{F}_{p}}(\hat{B} \otimes \mathbb{F}_{p}) \to H^{*}(G/B,\mathbb{F}_{p})\) est surjectif ;
- (i bis)\(H^{*}(G,\mathbb{F}_{p}) \simeq \Lambda^{*}V\), où \(V\) est un \(\mathbb{F}_{p}\)-espace de dimension \(r\) formé d'éléments primitifs ;
- (ii bis)\(H^{*}(B_{G},\mathbb{F}_{p})\) est une algèbre de polynômes sur \(\mathbb{F}_{p}\) à \(r\) générateurs.
Les implications notées :
- –(i) \(\Rightarrow\) (i bis), par le théorème de Hopf (sous sa forme modulo \(p\), due à Borel) ;
- –(i bis) \(\Rightarrow\) (ii bis), par la suite spectrale de la fibration universelle, ou le théorème de transgression de Borel ;
- –(ii bis) \(\Leftrightarrow\) (iii) : la suite spectrale de Leray de la fibration \(G/B \to B_{B} \to B_{G}\) est triviale ;
- –(ii bis) \(\Rightarrow\) (ii), par égalité des nombres de Betti à coefficients dans \(\mathbb{Q}\) et dans \(\mathbb{F}_{p}\).
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\begin{tikzcd}
(\mathrm{i}) \arrow[r, Rightarrow] \arrow[d, Rightarrow] &
(\mathrm{i\ bis}) \arrow[dl, Rightarrow] \\
(\mathrm{ii\ bis}) \arrow[r, leftrightarrow] \arrow[d, Rightarrow] &
(\mathrm{iii}) \\
(\mathrm{ii}) &
\end{tikzcd}
18–18
EGA IV, feuillet IV-1102 annoté (page 18)
Un feuillet du tapuscrit d'EGA IV, numéroté IV-1102, portant des corrections de sa main ; le passage est celui du cycle associé à un diviseur positif, (21.6.5)–(21.6.6).31 Les corrections déplacent l'hypothèse noethérienne en tête de l'alinéa (« \(X\) étant supposé noethérien », ajouté ; « Si \(X\) est noethérien », biffé dans l'énoncé de la proposition) et ajoutent les renvois.
Soit \(D\) un diviseur positif sur \(X\) : l'Idéal \(I_{X}(D)\) est un Idéal inversible de \(\mathcal{O}_{X}\), et définit un sous-schéma fermé \(Y(D)\). Localement \(I_{X}(D) = \mathcal{O}_{U}\,t\) avec \(t\) régulier (21.2.7) : l'immersion \(Y(D) \to X\) est régulière (19.1.4) de codimension 1 en tout point. Inversement, un sous-schéma fermé régulièrement immergé de codimension 1 en tout point est \(Y(D)\) pour un unique diviseur positif \(D\). 32 Pour \(X\) noethérien, \(Y(D)\) n'a qu'un nombre fini de points maximaux, qui sont de codimension 1 dans \(X\) (théorème de l'idéal principal) et où \(\mathcal{O}_{Y(D),x}\) est artinien ; en tout autre point \(x \in X^{(1)}\), \(\mathcal{O}_{Y(D),x} = 0\). On pose \[ \mathrm{cyc}(D) = \sum_{x \in X^{(1)}} \mathrm{long}(\mathcal{O}_{Y(D),x}) \cdot \overline{\{x\}} \in Z^{1}(X). \tag{21.6.5.1} \]
Proposition (21.6.6). \(D \mapsto \mathrm{cyc}(D)\) est un homomorphisme du monoïde \(\mathrm{Div}^{+}(X)\) dans \(Z^{1}(X)\).
Comme \(I_{X}(D + D') = I_{X}(D)I_{X}(D')\) (21.2.5), il suffit de voir que, pour \(A = \mathcal{O}_{X,x}\), \(x \in X^{(1)}\), et \(t\), \(t'\) réguliers dans \(A\), \(\mathrm{long}(A/tt'A) = \mathrm{long}(A/tA) + \mathrm{long}(A/t'A)\) ; or \(tA/tt'A \simeq A/t'A\) puisque \(t\) est régulier, et la suite \(0 \to tA/tt'A \to A/tt'A \to A/tA \to 0\) conclut. Le feuillet s'arrête sur la phrase suivante (« pour tout ouvert \(U \subset X\), on … »).33
Notes
- La lettre
est transcrite entière dans
batch-01.fr.tex; on ne la redonne pas ici, n'étant pas de Grothendieck. « La même chose » est une lecture incertaine. Ni le problème posé ni la « Notice » ne sont dans le dossier. Le papier de Milnor est très vraisemblablement « On the existence of a connection with curvature zero », Comment. Math. Helv. 32 (1958), qui montre qu'un fibré réel orienté de rang 2 sur une surface de genre \(g \geq 1\) admet une structure plate de groupe \(\mathrm{GL}^{+}(2,\mathbb{R})\) si et seulement si sa classe d'Euler \(e\) vérifie \(|e| \leq g - 1\) ; l'inégalité a été étendue aux fibrés plats en cercles par J. Wood (1971). L'identification est la nôtre : la lettre ne donne pas de titre. ↩ - Le « \(\mathrm{Hom}\) » de la page est une lecture incertaine : le signe ressemble à un \(H\) surmonté d'une étoile. L'énoncé est juste sous l'une ou l'autre lecture. ↩
- La page écrit \(c_{p-1}(r_{G}) = \xi_{0}^{p-1}\), le produit des éléments de \(\mathbb{F}_{p}^{*}\) étant compté pour 1. Par le théorème de Wilson il vaut \((p-1)! \equiv -1\). Le signe ne change rien à ce qui suit, qui ne demande que la non-nullité. ↩
- La page écrit ici \(c_{i}(r_{G})\) et \(c_{N n'(p-1)}(r_{G})\), sans le facteur \(N\) des lignes précédentes, et une fois un \(n\) minuscule qui est vraisemblablement ce \(N\) ; on le rétablit, l'énoncé sans \(N\) étant faux pour \(N > 1\) par raison de degré (\(c_{i}(r_{G}) = 0\) pour \(i > n\)). ↩
- Les classes de Chern des représentations d'un groupe fini avaient été introduites et étudiées par Atiyah, « Characters and cohomology of finite groups », Publ. Math. IHÉS 9 (1961) ; la page 3 du dossier porte le début abandonné d'une lettre à Atiyah, dont rien n'est lisible au-delà de l'en-tête et de l'adresse. Que la cohomologie d'un groupe fini ait de la \(p\)-torsion en une infinité de degrés est classique ; la page ne cite personne. Le rang \(k\) obtenu n'est qu'une borne commode : pour \(G\) cyclique d'ordre \(p\) il y a de la \(p\)-torsion en tout degré pair. ↩
- La page note \(G = \mathrm{GP}(2,\mathbb{R}) = \widetilde{G}/(+1,-1)\) ; « GP » est lu tel qu'écrit, lecture incertaine, et ce qu'il désigne est sans ambiguïté \(\mathrm{PSL}(2,\mathbb{R})\). Le diagramme de la page place \(\widetilde{S} \to S\) au-dessus de \(\widetilde{G} \to G\) sans flèches verticales, et des traits sans pointe lisible entre \(\widetilde{G}\), \(G\) et \(\widetilde{\Gamma}\), \(\Gamma\) ; on les rend par les inclusions. C'est le même plan hyperbolique, espace homogène de \(\mathrm{SL}(2,\mathbb{R})/\{\pm 1\}\), que le dossier 88 décrit aux pages 11 à 13 comme l'une des trois surfaces standard, et dont il range les pavages réguliers à la page 14. ↩
- La page dit qu'elle « respecte les opérations tensorielles, l'opération de conjugaison » ; la suite est illisible. Le nom d'anneau \(\lambda\) et la notation \(\mathcal{F}\) sont les nôtres. En marge, à l'encre brune, un mot biffé lu « Lusin », sans rapport visible avec le texte. ↩
- La page écrit \(X = X_{0}^{(2)}\) et \(X = X_{0}^{2} - 2\), avec \(X_{0}\), \(X\) pour les représentations \(V\) et \(T_{x}D\) de \(\widetilde{S}\), et leurs caractères \(e_{1} + e_{-1}\), \(e_{2} + e_{-2}\). Lire \(X_{0}^{(2)}\) comme l'opération d'Adams \(\psi^{2}\) est notre interprétation ; elle est conforme à la formule \(\psi^{2}(x) = x^{2} - 2\lambda^{2}(x)\), \(\lambda^{2}V = \det V\) étant trivial. La lettre \(X\) désigne aussi la surface ; on ne la reprend pas pour la représentation. L'isomorphisme de fibrés est écrit dans la marge de la page 8, verticalement. ↩
- La page insiste : « représentation réelle (pas complexe !) » (page 8) et, page 6, « rep. complexe — mais pas nécessairement … », le dernier mot illisible. Un fibré en droites complexes muni d'une connexion plate complexe a une classe de Chern de torsion, par Chern–Weil ; une connexion plate de groupe \(\mathrm{SL}(2,\mathbb{R})\) ne se prête pas à ce calcul, la classe d'Euler n'étant pas un polynôme de Chern–Weil pour le groupe non compact \(\mathrm{SL}(2,\mathbb{R})\). ↩
- La page note d'abord \(\widetilde{c}_{1}\) et \(c_{1}\) les classes de \(\Sigma = T_{X}\) et de \(\Sigma_{0}\), puis écrit \(\gamma_{1}\) pour la première, qui est la notation du feuillet 10 ; on la garde. Les deux fibrés y sont dits « inversibles », d'abord « réels », corrigé en « complexes ». Le reste du feuillet — sept lignes — ne se lit que par mots isolés, parmi lesquels « sur \(D\) », « de \(\Gamma\) », « de \(\widetilde{S}\) », « les fibrés \(\Sigma_{0}\) », « \(T_{X}\) », « d'une connexion intégrable » : il décrivait, semble-t-il, la construction de \(\Sigma_{0}\) par passage au quotient d'un fibré sur \(D\), et la conséquence qu'on lit en marge et à la page 12. ↩
- Le rapprochement avec Milnor et la lettre de Serre est le nôtre ; la page ne cite personne. Topologiquement \(L_{0}\) est une racine carrée du fibré tangent, c'est-à-dire l'inverse d'une caractéristique thêta \(K_{X}^{1/2}\) ; les relèvements de \(\Gamma\) à \(\mathrm{SL}(2,\mathbb{R})\) correspondent aux \(2^{2g}\) structures spin de \(X\). Le fibré tangent lui-même, de classe \(|2 - 2g| = 2g - 2 \geq g\), n'admet pas de structure plate (Milnor). Que la classe d'Euler d'une représentation de \(\pi_{1}(X)\) dans \(\mathrm{PSL}(2,\mathbb{R})\) ne vaille \(\pm(2 - 2g)\) que pour les représentations fuchsiennes est un théorème de Goldman (1980), bien postérieur. ↩
- Le diagramme de la page dispose \(H^{*}(B_{G})\) en haut, \(H^{*}(B_{\widetilde{G}})\) et \(H^{*}(B_{S})\) en dessous, \(H^{*}(B_{\widetilde{S}})\) en bas à gauche, et une flèche ondulée de \(\mathbb{Z}[\gamma_{1}]\) vers \(\gamma_{1}^{X}\) ; on l'a redressé en carré, la flèche diagonale étant la composée \(H^{*}(B_{G}) \to H^{*}(B_{\widetilde{G}})\). Le « Car » qui précède \(\gamma_{1} = 2c_{1}\) est une lecture incertaine. ↩
- Les signes dépendent de l'orientation de \(X\) et du choix du générateur \(\gamma_{1}\) ; on les fixe par la structure complexe de \(D\), pour laquelle \(\gamma_{1}^{X}\) est la classe de Chern du fibré tangent holomorphe. La page écrit « À calculer \(\gamma_{1}^{X}\) ?? », puis, après quelques mots illisibles, donne le résultat ; la phrase qui introduit \(c_{1}\) comme « classe de Chern \(c_{1}^{\mathbb{R}}\) d'un fibré vectoriel réel \(\Sigma\) sur \(B_{\widetilde{G}}\), de rang 2 » est en partie illisible et en partie incertaine. ↩
- La page conclut « on conclut \(\gamma_{1}^{X} = EP(X)\). OK. » ; les mots qui relient les formules sont en partie devinés par la transcription, en particulier « comme \(\gamma_{1}^{X'} = EP(X')\) », qui, lu littéralement, présupposerait ce qu'on veut établir. On énonce ce que l'argument prouve. ↩
- La page 12 ne se lit presque que par ses formules : « Le rev. universel de \(G\) est de noyau \(\mathbb{Z}\) », « extension de \(\Gamma\) par \(\mathbb{Z}\) », \(H^{2}(\Gamma,\mathbb{Z}) \simeq H^{2}(X,\mathbb{Z})\), « que c'est \(\gamma_{1}\) », \(H^{2}(B_{G}, H)\), \(B_{H} \to B_{E} \to B_{G}\), « Chern », \(H^{2}(\Gamma,\mathbb{Z}/2\mathbb{Z}) = \mathbb{Z}/2\mathbb{Z}\), « \(\widetilde{G} \to G\) », « Comme \(EP(X) = 2(1-g)\) ». L'articulation qu'on en donne est la nôtre ; elle est conforme à ces fragments et elle est juste. La page note \(E\) le revêtement universel, qu'on note \(\widehat{G}\) pour ne pas le confondre avec \(\widetilde{G}\), qui n'en est qu'un quotient. Le dossier 72, pages 107 à 112, calcule une obstruction de même nature, en caractéristique arithmétique : la classe de Brauer qui dit si un fibré en droites projectives vient d'un fibré vectoriel de rang 2. ↩
- En tant que fibré réel, \(T_{X} \oplus 2 \cdot \mathbf{1}_{\mathbb{R}}\) est déjà trivial — une surface orientable se plonge dans \(\mathbb{R}^{3}\), d'où \(T_{X} \oplus \mathbf{1} \simeq \mathbf{3}\) — et admet donc la connexion triviale. Ce que la remarque apporte est une structure plate non triviale, venue de la représentation : \(\mathrm{Sym}^{2}\Sigma_{0}\), fibré plat de la représentation adjointe, est \(T_{X} \oplus \mathbf{1}\), alors que \(T_{X}\) lui-même n'est pas plat. La page écrit d'abord « complexe », corrigé en « réel » ; la fin de la phrase est illisible. ↩
- La numérotation (4.6)–(4.43), l'objet — le groupe de Brauer d'un schéma régulier fibré en courbes sur une courbe, le groupe de Tate–Chafarévitch — et le style indiquent un état dactylographié du § 4 de « Le groupe de Brauer III » (publié dans Dix exposés sur la cohomologie des schémas, 1968) ; l'identification est la nôtre, et le texte n'a pas été comparé à l'imprimé. Les définitions de \(P\), \(\underline{A}\), \(\delta\), \(\delta'\), \(\delta''\), \(\Delta\), \(\mathrm{III}'\) et les conditions (4.13), (4.15), (4.16) sont sur des pages du tapuscrit qui ne sont pas dans le dossier ; on ne les devine pas. \(\mathrm{III}\) est le Ш de Tate–Chafarévitch, tapé comme un III barré. ↩
- Le tapuscrit écrit \(\mathrm{Pic}(\widetilde{X}/\widetilde{Y})\) et \(\mathrm{Pic}(\widetilde{X}_{\tilde{\eta}}/\tilde{\eta})\) pour les sections du faisceau de Picard relatif ; la main a ajouté « \(\mathrm{Pic}(\widetilde{X}) =\) » devant le premier. Dans (4.11) le numérateur est tapé \(\mathrm{Pic}(\widetilde{X}_{\eta}/\tilde{\eta})\) ; on lit \(\tilde{\eta}\) partout. ↩
- Un bloc d'un tiers de page, encadré et barré, déduisait (4.15) de conditions (4.16) par un diagramme comparant les suites du type (4.5) pour \(\bar{f} : \bar{X} \to \bar{Y}\) et pour \(f_{y} : X_{y} \to y\) ; la main y avait encore corrigé (4.16) en \(\mathrm{Ker}(H^{3}(y,\mathbb{G}_{m}) \to H^{3}(X_{y},\mathbb{G}_{m}))\). Le tapuscrit écrit \(\bar{Y}\) pour le hensélisé, sans indice ; il annonce « plus bas » la relation avec la définition originelle de Tate et Chafarévitch, qui n'est pas dans le dossier. En marge, « (P) ». ↩
- Le tapuscrit corrigé définit \(k(y)^{i}\) comme « la plus petite extension galoisienne de \(k(y)\) telle que les composantes irréductibles de \(X_{y}^{i} \otimes_{k(y)} k(y)^{i}\) soient géométriquement irréductibles », et lui donne le degré \(\nu_{y}^{i}\). Les deux exigences ne sont compatibles que si la fermeture séparable de \(k(y)\) dans \(k(C_{y}^{i})\) est galoisienne — ce qui est toujours le cas pour \(k(y)\) fini ; sinon la plus petite extension galoisienne est sa clôture galoisienne, de degré plus grand, et (4.21) demande la fermeture séparable elle-même. C'est elle que donnait la première rédaction, biffée : \(Z_{y}^{i} = \mathrm{Spec}(H^{0}(X_{y}^{i},\mathcal{O}))\), au degré inséparable près. On la garde. Le renvoi est à EGA IV 4.7 ; les numéros (4.19) à (4.24) sont corrigés à la main sur (4.18) à (4.23). ↩
- Le tapuscrit dit « pseudo-fini au sens de Serre » ; le terme de Serre (Corps locaux, 1962) est « quasi-fini », et « pseudo-fini » désigne aujourd'hui la notion d'Ax (1968), plus forte. La suite n'est pas dans le dossier. Le calcul se termine sans peine, et c'est nous qui l'ajoutons : \(H^{1}(y,\mathbb{Q}/\mathbb{Z}) = \mathbb{Q}/\mathbb{Z}\), la restriction à une extension de degré \(\nu\) est la multiplication par \(\nu\), donc \(H^{1}(y,\underline{E}_{y}) \simeq \mathbb{Z}/d_{y}\mathbb{Z}\). ↩
- La référence « [24] \(H^{1}(k,G) = 0\) » et « ainsi que (4.16), puisque \(k(y)\) est de dimension \(\leq 1\) … » sont des insertions de sa main. Les deux cas particuliers étaient d'abord numérotés « 1 », etc. (4.41) est la forme que prend, pour une surface fibrée sur une courbe sur un corps fini, la comparaison du groupe de Brauer de la surface et du groupe de Tate–Chafarévitch de la jacobienne de la fibre générique, qui est au cœur de la conjecture d'Artin–Tate ; le nom n'est pas sur ces feuillets. ↩
- La page distingue \(\Omega\), \(\omega\) et \(\omega_{\mathrm{inv}}\) sans les définir, et dessine une inclusion de \(C_{(1)}\) dans \(C_{(0)}\) et une flèche de \(C_{(1)}\) vers \(C_{(2)}\) ; une note marginale, en partie illisible, parle de « cohomologie pour \(\nu\) fixe » et de \(E_{1}\). Lire \(\omega_{\mathrm{inv}}\) comme les formes bi-invariantes sur \(G^{\nu} \simeq G^{\nu+1}/G\), qui sont fermées et représentent la cohomologie de de Rham (Cartan, Chevalley–Eilenberg), est notre interprétation ; c'est elle qui rend juste l'affirmation que la différentielle en \(q\) est nulle. Le complexe en \(\nu\) est alors la construction cobar de l'algèbre de Hopf \(H^{*}(G,\mathbb{R})\). La page affirme la dégénérescence sans la démontrer. Le bicomplexe des formes sur la variété simpliciale \(G^{\bullet+1}/G\) est aujourd'hui associé aux noms de Bott, Shulman et Stasheff (1973) et de Dupont (1976), bien postérieurs à la date que l'inventaire donne au dossier. ↩
- Le signe de \(\varphi\) dépend de l'identification de \(G \times G/G\) à \(G\) (\((a,b) \mapsto ab^{-1}\) donne celui de la page). Les noms — Borel, Cartan, Koszul — ne sont pas sur la page, qui écrit seulement « Th. » ; une parenthèse incertaine, « OK … des degrés impairs », suit la définition de \(T\). ↩
- Ni l'auteur, ni le destinataire, ni la date ne sont sur ce feuillet ; on n'en propose pas. La lettre parle à la première personne de « ma lettre du 26.3 » et des « hypothèses de finitude que j'ai dites ». ↩
- La définition précède ce feuillet. L'interprétation par les systèmes locaux est la nôtre ; c'est elle que suggère la mention des « \(A\)-modules tordus de type fini ». ↩
- La lettre attribue ce critère, prudemment (« il semble bien »), à Hurewicz « ou une variante mise au point par Artin–Mazur ». Pour des CW-complexes, c'est le théorème de Whitehead à coefficients locaux : une application qui induit des bijections sur les \(\pi_{0}\) et les \(\pi_{1}\) et des isomorphismes en homologie à coefficients dans tous les systèmes locaux est une équivalence d'homotopie. Que \(f^{*}\) soit une équivalence force ces conditions (la restriction le long de \(\mathbb{Z}[\pi_{1}X] \to \mathbb{Z}[\pi_{1}Y]\) n'est une équivalence que si cet homomorphisme est un isomorphisme). ↩
- Telle qu'elle est posée, la seconde question a une réponse négative : le foncteur nul et le décalage \([1]\) sont exacts et ne proviennent d'aucun morphisme. Il faut au moins demander que le foncteur respecte le produit tensoriel et l'objet unité. Sous de telles formes, la question de reconstituer un type d'homotopie à partir de ses coefficients a été reprise bien plus tard, par lui (À la poursuite des champs, 1983) et par d'autres (types d'homotopie schématiques de Toën, théorème de Mandell sur les cochaînes entières) ; ces rapprochements sont les nôtres. ↩
- « compact » est biffé et remplacé par une insertion lue « complexe réductif », lecture incertaine. \(G/B\) est la variété des drapeaux, difféomorphe à \(K/T\) pour \(K\) compact maximal et \(T\) tore maximal ; \(B_{B} \simeq B_{T}\). La page écrit \(\mathbb{B}_{B}\), \(\mathbb{B}_{G}\) pour les espaces classifiants dans la ligne sur Leray. ↩
- La page renvoie à des « notes de Borel ». La dernière implication demande que les générateurs de \(H^{*}(B_{G},\mathbb{F}_{p})\) aient les degrés des générateurs rationnels — ce que donne la transgression, ou la comparaison avec \(B_{T}\) ; sous cette précision, les séries de Poincaré mod \(p\) et rationnelle coïncident, ce qui exclut la \(p\)-torsion par le théorème des coefficients universels. Les cinq conditions sont en fait équivalentes (Borel) ; la page n'écrit que les implications du diagramme. La flèche horizontale du bas est dessinée à deux pointes. ↩
- La numérotation est celle du § 21.6 d'EGA IV, quatrième partie (1967) ; on n'a pas comparé le feuillet au texte imprimé. ↩
- En marge de cette réciproque : « devrait figurer dans 21.2. … (sans noeth.) », la dernière lecture incertaine ; elle ne demande en effet pas d'hypothèse noethérienne. ↩
- Une seconde note marginale, « réf ! », est placée à hauteur de la définition de \(\mathrm{cyc}(D)\). ↩