Cote n° 88 · pages 1–15 · Lecture modernisée · Cartes standards : notes manuscrites (s.d.) — lecture modernisée du dossier entier
Datation de l’inventaire : s.d. — le groupe « Géométrie et topologie combinatoire » (69 à 102) est daté [1976-vers 1986]
Édition de démonstration — interprétation personnelle de l'œuvre

Résumé

Une carte, au sens de ces feuillets, est un dessin tracé sur une surface — des sommets, des arêtes, des faces — comme la carte d'un pays découpé en départements. Le cube dessiné sur une sphère en est une ; le pavage d'un carrelage en est une autre, sur le plan. Grothendieck a proposé de coder une carte par un objet purement algébrique : l'ensemble de ses drapeaux (un sommet, une arête qui le touche, une face qui la borde) et trois opérations qui changent l'un des trois éléments en gardant les deux autres. Le groupe engendré par ces opérations s'appelle le groupe cartographique, et toute carte est un ensemble sur lequel il agit.

Le dossier contient deux textes qui tournent autour de cette idée. Le premier part des systèmes de racines — les configurations de vecteurs très symétriques qui classent les groupes de Lie — et y trouve une carte cachée : les hyperplans de réflexion découpent la sphère en triangles, et les opérations sur les drapeaux de ce découpage sont données par les réflexions du groupe de Weyl. Il calcule l'ordre de la rotation qui en résulte. En chemin il se demande si le groupe de Weyl, avec ses générateurs, suffit à retrouver le système de racines ; la réponse qu'il donne est trop optimiste, parce que les générateurs ne voient pas la différence de longueur entre les racines.

Le second texte est un théorème qu'il s'assigne à démontrer. Parmi toutes les cartes, les plus symétriques sont celles où tous les sommets ont le même nombre \(p\) d'arêtes et toutes les faces le même nombre \(q\) de côtés. Il en existe exactement une, à la bonne notion d'équivalence près et à quelques types dégénérés près, par couple \((p, q)\) — à condition de la dessiner sur une surface simplement connexe —, et elle vit sur la sphère, le plan ou le plan hyperbolique selon que \(\frac{1}{p} + \frac{1}{q}\) est plus grand, égal ou plus petit que \(\frac{1}{2}\). Sur la sphère ce sont les cinq solides de Platon et deux familles dégénérées ; sur le plan, les trois pavages réguliers ; tout le reste est hyperbolique. Toute autre carte de type \((p,q)\) s'obtient en repliant celle-là par un groupe.

C'est la géométrie qui, dans l'Esquisse d'un programme de 1984, mène aux « dessins d'enfants » : une carte sur une surface compacte définit une courbe algébrique, et ces feuillets s'arrêtent au bord de cette observation.

Keywords — root system, Weyl group, Coxeter graph, Coxeter complex, cartographic group, regular map, triangle group, uniformization, Platonic solids

Le fil du dossier, et les conventions

  1. 1.Du système de racines au groupe de Weyl épinglé (pages 2 à 4) : un foncteur \(\Phi\), et la question de savoir s'il est une équivalence.
  2. 2.Le complexe des drapeaux (pages 4 et 5) : parties paraboliques, facettes, triangulation de la sphère, repères.
  3. 3.Les opérations sur les repères (pages 6 à 8) : relations, et l'ordre \(2\nu\).
  4. 4.Le théorème des cartes standard (pages 10 à 15), en sept articles, énoncé et non démontré.

Les deux textes ne se citent pas. Le premier construit, à partir d'un système de racines de rang \(\ell\), une carte de dimension \(\ell - 1\) ; le second ne parle que de cartes de dimension 2. Ce qui les rattache est la méthode — lire une carte sur ses drapeaux et les opérations qui les échangent — et le titre de la chemise.

Conventions. \(\Sigma\) est un système de racines dans \(V\), \(W\) son groupe de Weyl, \(R\) l'ensemble de ses bases — ses « repères » —, sur lequel \(W\) opère simplement transitivement, \(I\) l'ensemble des types, de cardinal \(\ell\), et \(\varphi(r, i)\) la réflexion simple d'indice \(i\) relative à la base \(r\) ; \(n_{ij}\) est l'ordre de \(\varphi(r,i)\varphi(r,j)\). Pour une carte, \(p\) est l'ordre des sommets et \(q\) celui des faces ; le symbole de Schläfli de \(C_{p,q}\) est \(\{q, p\}\), et on ne l'utilise pas.1

2–4

Le groupe de Weyl épinglé (pages 2 à 4)

À un système de racines \(\Sigma\) on associe le quadruplet \[ \Phi(\Sigma) = \bigl(W,\ R,\ I,\ \varphi : R \times I \to W\bigr), \] qui satisfait :

  1. a)\(\varphi(wr, i) = \mathrm{int}(w)\,\varphi(r,i)\) ;
  2. b)pour tout \(r\), les \(\varphi(r,i)\) engendrent \(W\) et en font un « groupe de Weyl épinglé » ;
  3. c)\(\varphi(r,i)^{2} = 1\) et \(\bigl(\varphi(r,i)\varphi(r,j)\bigr)^{n_{ij}} = 1\) pour \(i \neq j\) forment une présentation de \(W\) ;
  4. d)\(I\), muni des \(n_{ij}\), \(i\) étant relié à \(j\) si et seulement si \(n_{ij} \geq 3\), est le graphe de Coxeter d'un groupe de Weyl.

Les systèmes de ce type forment une catégorie, et \(\Sigma \mapsto \Phi(\Sigma)\) est un foncteur.2

Le centre. Chaque base \(r\) donne un système de générateurs \(\Psi(r) = (\varphi(r,i))_{i \in I}\) de \(W\) indexé par \(I\). On a \(\Psi(wr) = \Psi(r)\) si et seulement si \(\mathrm{int}(w)\) fixe tous les \(\varphi(r,i)\), c'est-à-dire si et seulement si \(w\) est central. Donc \(\Psi\) est injective — et \(R\) s'identifie à un ensemble de systèmes de générateurs de \(W\) indexés par \(I\) — si et seulement si \(Z(W) = \{1\}\).3

La question. \(\Phi\) est-il une équivalence de catégories ? La page répond : il est évidemment fidèle et essentiellement surjectif ; deux systèmes dont les images sont isomorphes ont des diagrammes isomorphes, donc sont isomorphes ; il reste la pleine fidélité, c'est-à-dire que \(\mathrm{Aut}(\Sigma) \to \mathrm{Aut}(\Phi(\Sigma))\) soit bijectif.

Ce qui est démontré (pages 3 et 4). Soit \(\alpha : W \to \mathrm{Aut}(\Phi(\Sigma))\), \(\alpha(w) = (\mathrm{int}(w), w_{R}, \mathrm{id}_{I})\) ; c'est un morphisme, par a). Il est injectif, et son image est formée des automorphismes \((u_{W}, u_{R}, \mathrm{id}_{I})\) qui induisent l'identité sur \(I\). En effet, un tel automorphisme est la donnée d'un automorphisme \(u_{W}\) de \(W\) et d'une bijection \(u_{R}\) de \(R\) affine de partie homogène \(u_{W}\),4 qui vérifient \[ (\ast\ast) \qquad \varphi(u_{R}\,r,\ i) = u_{W}\,\varphi(r,i). \] Choisissons \(r_{0} \in R\), et \(a \in W\) tel que \(u_{R}(r_{0}) = a\,r_{0}\) ; alors \(u_{R}(w\,r_{0}) = u_{W}(w)\,a\,r_{0}\), et \((\ast\ast)\) pour \(r = w\,r_{0}\) se développe en \[ a\,\varphi(r_{0}, i)\,a^{-1} = u_{W}\bigl(\varphi(r_{0}, i)\bigr) \qquad (i \in I). \] Les \(\varphi(r_{0}, i)\) engendrant \(W\), \(u_{W} = \mathrm{int}(a)\) ; puis \(u_{R}(w\,r_{0}) = (awa^{-1})(ar_{0}) = a(w\,r_{0})\), soit \(u_{R} = a_{R}\), et l'automorphisme est \(\alpha(a)\).

On a donc un diagramme à lignes exactes

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\begin{tikzcd}[column sep=small, row sep=small, nodes={font=\scriptsize}]
  1 \arrow[r] & W \arrow[r, "\alpha_0"] \arrow[d, "\mathrm{id}"] &
    \operatorname{Aut}(\Sigma) \arrow[r, "p_0"] \arrow[d] &
    \operatorname{Aut}(\mathrm{Dyn}(\Sigma)) \arrow[r] \arrow[d, hook] & 1 \\
  1 \arrow[r] & W \arrow[r, "\alpha"'] &
    \operatorname{Aut}(\Phi(\Sigma)) \arrow[r, "p"'] &
    \operatorname{Aut}(I, (n_{ij})) &
\end{tikzcd}

où \(\mathrm{Aut}(\Sigma)/W = \mathrm{Aut}(\mathrm{Dyn}(\Sigma))\) est le groupe des automorphismes du diagramme de Dynkin — « gr. des automorphismes ext. de \(\Sigma\) », écrit-il — et \(\mathrm{Aut}(I, (n_{ij}))\) celui du graphe de Coxeter. Le lemme des cinq donne :

Proposition. \(\mathrm{Aut}(\Sigma) \to \mathrm{Aut}(\Phi(\Sigma))\) est injectif ; il est bijectif si et seulement si tout automorphisme du graphe de Coxeter de \(\Sigma\) respecte les longueurs des racines, c'est-à-dire si et seulement si aucune composante irréductible de \(\Sigma\) n'est de type \(B_{2}\), \(G_{2}\) ou \(F_{4}\), et si \(\Sigma\) n'a pas à la fois une composante de type \(B_{n}\) et une de type \(C_{n}\), \(n \geq 3\).

Conséquence. \(\Phi\) est fidèle, et essentiellement surjectif sur les systèmes qui satisfont a) à d). Il n'est pas une équivalence : il n'est pas plein dans ces cas, et il ne distingue pas \(B_{n}\) de \(C_{n}\) pour \(n \geq 3\). Sa restriction aux systèmes de racines dont toutes les racines ont même longueur — types \(A\), \(D\), \(E\) — est une équivalence sur son image.5

4–5

Le complexe des drapeaux (pages 4 et 5)

Les parties paraboliques de \(\Sigma \subset V\) correspondent aux facettes fermées de l'arrangement des hyperplans de réflexion dans le dual \(\check{V}\), et l'inclusion des parties paraboliques — ou des sous-groupes paraboliques, quand \(\Sigma\) provient d'un groupe algébrique — devient l'inclusion opposée des facettes. On munit l'ensemble des parties paraboliques propres de cet ordre opposé ; il devient la géométrie des drapeaux stricts, un complexe simplicial dont les sommets sont les paraboliques minimaux pour cet ordre, et les simplexes maximaux les « Borels », ou systèmes de racines simples, ou repères \(r \in R\).6

« Il s'agit manifestement d'une triangulation de la sphère \(S^{\ell - 1}\) » : les chambres de Weyl découpent la sphère unité de \(\check{V}\) en simplexes sphériques, à supposer que \(\Sigma\) engendre \(V\), de dimension \(\ell\).7

Les repères du complexe. Un drapeau complet de faces d'un simplexe maximal \(r\) est une numérotation de ses \(\ell\) sommets, et les sommets d'une chambre sont indexés par leurs types. L'ensemble des repères est donc \[ R \times \mathrm{Rep}'(I), \qquad \mathrm{Rep}'(I) = \mathrm{Bij}\bigl([1, \ell],\ I\bigr), \] et \(\mathrm{Rep}'(I)\) s'envoie sur l'ensemble des ordres totaux sur \(I\). C'est un torseur à droite sous \(\mathfrak{S}_{\ell}\).

6–8

Les opérations sur les repères, et l'ordre \(2\nu\) (pages 6 à 8)

Sur les repères d'un complexe de dimension \(\ell - 1\) opèrent \(\ell\) involutions \(\sigma_{0}, \ldots, \sigma_{\ell-1}\), \(\sigma_{k}\) changeant la face de dimension \(k\) du drapeau en gardant les autres. Ici : \[ \sigma_{i}(r, u) = (r,\ u \circ \tau_{i+1}) \quad (0 \leq i \leq \ell - 2), \qquad \sigma_{\ell-1}(r, u) = \bigl(\varphi(r, u(\ell)) \cdot r,\ u\bigr), \] où \(\tau_{i+1} \in \mathfrak{S}_{\ell}\) est la transposition de \(i+1\) et \(i+2\).8 La seconde formule traduit la géométrie : la cloison du drapeau est la face de \(r\) opposée au sommet de type \(u(\ell)\), et la chambre voisine à travers elle est \(s_{u(\ell)}\,r\).

Relations. On vérifie :

Le dernier produit. Soit \(\pi = \sigma_{\ell-1}\sigma_{\ell-2}\) : \[ \pi(r, u) = \bigl(\varphi(r, u(\ell - 1)) \cdot r,\ u \circ \tau_{\ell-1}\bigr). \] Posons \(a = \varphi(r, u(\ell-1))\) et \(b = \varphi(r, u(\ell))\). Par a), \(\pi^{2}(r,u) = \bigl(a\,\varphi(r,u(\ell))\,a^{-1}\,a\,r,\ u\bigr) = (ab\,r, u)\), et par récurrence \[ \pi^{2n}(r, u) = \bigl((ab)^{n}\, r,\ u\bigr), \qquad \pi^{2n+1}(r, u) = \bigl((ab)^{n} a\, r,\ u \circ \tau_{\ell-1}\bigr). \] Une puissance impaire change \(u\) ; une puissance paire \(2n\) fixe \((r, u)\) si et seulement si \((ab)^{n} = 1\), \(R\) étant un torseur, c'est-à-dire si et seulement si \(n_{u(\ell-1),\,u(\ell)}\) divise \(n\). Sur l'orbite de \((r,u)\), \(\pi\) est donc d'ordre \(2\,n_{u(\ell-1),\,u(\ell)}\).9 Faisant varier \(u\), toutes les paires \(i \neq j\) apparaissent, et :

Proposition. L'ordre de \(\sigma_{\ell-2}\sigma_{\ell-1}\) sur \(R \times \mathrm{Rep}'(I)\) est \(2\nu\), où \(\nu\) est le plus petit commun multiple des \(n_{ij}\), \(i \neq j\).10

Pour \(\ell = 3\) c'est une carte de dimension 2 sur la sphère : les faces sont des triangles (\(\sigma_{0}\sigma_{1}\) d'ordre 3), et un sommet de type \(k\) est d'ordre \(2 n_{ij}\), \(\{i, j\} = I - \{k\}\) ; elle n'est quasi-régulière, au sens de la seconde partie, que si les trois \(n_{ij}\) sont égaux.

10–10

Le théorème des cartes standard : (1) à (4) (page 10)

La seconde partie porte, de sa main, le titre « Théorème (à prouver) ». Une carte cellulaire est un triple \((X \supset K \supset S)\) : une surface, un graphe tracé dessus dont le complémentaire est une réunion de cellules, et l'ensemble de ses sommets. Elle est quasi-régulière si tous ses sommets combinatoires ont le même ordre \(p\) et toutes ses faces le même ordre \(q\), de type \((p, q)\), \(1 \leq p, q \leq \infty\) ; régulière si son groupe d'automorphismes est transitif sur les repères ; complète si les sommets d'ordre fini sont effectifs.

Dans le langage de l'Esquisse d'un programme, les repères — ou bi-drapeaux — d'une carte sont permutés par le groupe cartographique \(\widehat{\Gamma} = \langle \sigma_{0}, \sigma_{1}, \sigma_{2} \mid \sigma_{i}^{2},\ (\sigma_{0}\sigma_{2})^{2} \rangle\), et \(\rho_{s} = \sigma_{1}\sigma_{2}\), \(\rho_{f} = \sigma_{0}\sigma_{1}\) sont les rotations autour d'un sommet et d'une face.11

  1. (1)Toute carte cellulaire non vide, connexe, simplement connexe et quasi-régulière est régulière ; elle est complète, sauf si elle est isomorphe à \((\mathbb{R}^{2} \supset \mathbb{R})\), dont la complétion est la sphère munie d'un grand cercle ponctué.
  2. (2)Une telle carte régulière et complète — une carte standard — est déterminée à isomorphisme près par son type \((p, q)\), et tous les types sont atteints sauf \((1, p)\) et \((p, 1)\) pour \(p \neq 2\). On note \((C_{p,q}, r_{p,q})\) la carte standard épinglée par un repère, définie à isomorphisme unique près dans la catégorie des cartes à isotopie près.12
  3. (3)\(\mathrm{Aut}(C_{p,q}) \simeq \widehat{\Gamma}/\langle \rho_{s}^{p}, \rho_{f}^{q} \rangle = \Gamma_{p,q}\), le sous-groupe distingué engendré par \(\rho_{s}^{p}\) et \(\rho_{f}^{q}\) étant sous-entendu, et aucune relation n'étant imposée pour un ordre infini.13
  4. (4)Corollaire. Pour une carte cellulaire complète connexe quasi-régulière \(\mathcal{C}\) de type \((p,q)\), le groupe fondamental de sa surface s'identifie à un sous-groupe de \(\Gamma_{p,q}\) ; si \(\mathcal{C}\) est régulière et épinglée, le groupe de ses automorphismes s'identifie au quotient correspondant de \(\Gamma_{p,q}\).14

11–13

(5) : surfaces standard et cartes géodésiques (pages 11 à 13)

Surfaces standard. Une surface riemannienne standard est une surface analytique réelle munie d'une métrique riemannienne, non vide, connexe, simplement connexe, dont le groupe des isométries est transitif. À un facteur constant près sur la métrique, c'est l'une des trois :

  1. 1°)la sphère \(S^{2}\), espace homogène sous \(SO(3, \mathbb{R})\) — plan sphérique, déplacements sphériques ;
  2. 2°)le plan complexe, sous le produit semi-direct \(\mathrm{U} \cdot \mathbb{C}\) du cercle unité et des translations, groupe des déplacements euclidiens — plan euclidien ;
  3. 3°)le demi-plan de Poincaré, espace homogène sous \(SL(2, \mathbb{R})/\{\pm 1\}\) — plan hyperbolique.

Les groupes écrits sont les composantes neutres des groupes d'isométries, c'est-à-dire les isométries qui conservent l'orientation, ou les automorphismes de la structure complexe associée à une orientation.15 Dans les cas 1° et 3° toute similitude est une isométrie, et l'on normalise la courbure à \(\pm 1\) ; dans le cas euclidien on normalisera la carte elle-même.

Cartes géodésiques. Une carte sur une surface riemannienne est géodésique si ses arêtes sont des arcs de géodésiques ; métriquement régulière si elle est géodésique et si le groupe de ses automorphismes isométriques est transitif sur les repères ; une carte géodésique standard si elle est de plus complète, sur une surface standard. On doit avoir :

  1. a)toute carte standard est topologiquement isomorphe à une carte géodésique standard \((X_{0}, K_{0}, S_{0})\) ;
  2. b)entre deux cartes géodésiques standard, il y a dans chaque classe d'isotopie d'isomorphismes topologiques un unique isomorphisme qui soit une isométrie — à un facteur près dans le cas euclidien ;
  3. c)le groupe des automorphismes d'une carte géodésique standard opère proprement sur la surface.

Une carte géodésique standard est normalisée si, dans le cas euclidien, ses arêtes de longueur finie sont de longueur 1, les deux autres cas étant normalisés par la courbure.16

Corollaire. Le foncteur « métrique » de la catégorie des cartes géodésiques standard normalisées — les morphismes étant les isométries qui respectent la carte — dans la catégorie des cartes cellulaires standard est une équivalence de catégories. Épinglées, les cartes géodésiques standard normalisées vivent canoniquement sur \(S^{2}\), \(\mathbb{R}^{2} = \mathbb{C}\) et \(\mathbb{H}\) munis de leur repère habituel, et on les note encore \(C_{p,q}\).

14–14

(6) : sphérique, euclidien, hyperbolique (page 14)

  1. (6)\(C_{p,q}\) est sphérique exactement pour \(p = 2\), \(1 \leq q < \infty\) ; \(q = 2\), \(1 \leq p < \infty\) ; et \[ (3,3), \quad (3,4), \quad (4,3), \quad (3,5), \quad (5,3), \] le tétraèdre, le cube, l'octaèdre, le dodécaèdre et l'icosaèdre ; ou encore si et seulement si \(C_{p,q}\) est finie, si et seulement si \(\Gamma_{p,q}\) est fini.
  2. (b)\(C_{p,q}\) est euclidienne exactement pour \[ (4,4), \quad (3,6), \quad (6,3), \] les pavages carré, hexagonal et triangulaire ; \(\Gamma_{p,q}\) est alors infini et résoluble.
  3. (c)\(C_{p,q}\) est hyperbolique dans les autres cas : pour \(p, q \geq 3\), dès que \(p + q \geq 9\) et \((p,q) \neq (3,6), (6,3)\), ou dès que \(p\) ou \(q\) est infini ; ou encore si et seulement si \(\Gamma_{p,q}\) contient un sous-groupe libre à deux générateurs, donc des sous-groupes libres à \(n\) générateurs pour tout \(n\).

Les trois cas sont ceux où \(\frac{1}{p} + \frac{1}{q}\) est supérieur, égal ou inférieur à \(\frac{1}{2}\) : c'est la somme des angles du triangle fondamental, \(\frac{\pi}{2} + \frac{\pi}{p} + \frac{\pi}{q}\), comparée à \(\pi\).17

14–15

(7) : les cartes de type \((p,q)\) comme quotients (pages 14 et 15)

  1. (7)Les cartes quasi-régulières épinglées de type \((p,q)\) s'obtiennent canoniquement à partir des sous-groupes \(\pi \subset \Gamma_{p,q}\) opérant librement sur \(X_{p,q}\), la carte étant le quotient de \(C_{p,q}\) par \(\pi\) et le groupe fondamental de sa surface s'identifiant à \(\pi\) ; la surface quotient hérite d'une métrique riemannienne pour laquelle la carte est géodésique, et la carte est régulière exactement quand \(\pi\) est distingué dans \(\Gamma_{p,q}\).18

NB. Pour \((p,q)\) donné, déterminer les \(\pi\) possibles revient à étudier l'action de \(\Gamma_{p,q}\) sur \(X_{p,q}\), et en particulier les stabilisateurs des points : \(\pi\) opère librement si et seulement s'il ne rencontre ces stabilisateurs qu'en l'élément neutre. Ce sont des groupes finis : diédraux d'ordre \(2p\), \(4\) et \(2q\) aux sommets, aux milieux d'arêtes et aux centres de faces, d'ordre 2 aux autres points des droites de réflexion.19

Le cas compact. La page se termine sur un palimpseste dont on lit qu'une carte finie orientée, \(\pi\) étant d'indice fini, définit sur sa surface une structure complexe, et que dans le cas compact on obtient ainsi des courbes algébriques projectives. Le dernier mot, souligné, est un nom propre lu « Bourguignon ».20

Notes

  1. Il écrit \(\overline{\mathbb{N}}^{*}\) pour \(\mathbb{N}^{*} \cup \{\infty\}\), « comb. », « gpe », « ppcm », « pt » pour combinatoire, groupe, plus petit commun multiple, point, et « ½ direct » pour semi-direct. Il surmonte le \(\Sigma\) d'une barre, inconstamment, qu'on ne reprend pas. Sur les pages 6 et 7, une parenthèse ouvrante suivie de son \(r\) ressemble à un \(w\) ; tous les premiers arguments de \(\varphi\) sont des éléments de \(R\). ↩
  2. La page appelle « diagramme de Dynkin » le graphe de d). Ce n'en est pas un : le diagramme de Dynkin porte en outre, sur les liaisons doubles et triples, l'orientation qui distingue les racines longues des courtes, et les \(n_{ij}\) n'en gardent rien. C'est ce qu'on appelle aujourd'hui le graphe de Coxeter. La distinction change la réponse à la question de la page, comme on va le voir. ↩
  3. Un bloc d'une dizaine de lignes, annulé, précède cette conclusion ; il cherchait le stabilisateur d'un repère. Le centre de \(W\) n'est pas trivial, par exemple, dès que \(-1 \in W\) : types \(A_{1}\), \(B_{n}\), \(D_{2k}\), \(E_{7}\), \(E_{8}\), \(F_{4}\), \(G_{2}\). ↩
  4. La page écrit « \(R\) “partie homogène” de \(u_{R}\) » ; le sens demande \(u_{W}\). ↩
  5. La page écrit le même \(\mathrm{Aut}(I)\) au bout des deux lignes, avec deux flèches identiques, et conclut « le diagramme des 5 […] montre alors que la flèche verticale médiane est un iso, cqfd ». Cela suppose que les automorphismes de \(I\) qui respectent les \(n_{ij}\) proviennent tous d'automorphismes de \(\Sigma\), ce qui est faux pour \(B_{2}\) (les deux sommets échangés, \(n_{12} = 4\)), \(G_{2}\) (\(n_{12} = 6\)) et \(F_{4}\) (le retournement du graphe), où la symétrie du graphe de Coxeter échange racines longues et courtes. De même, « des diagrammes isomorphes, donc sont isomorphes » n'est vrai que pour les diagrammes de Dynkin, et \(W(B_{n}) = W(C_{n})\) avec la même présentation. Pour ce qui suit dans le dossier — des cartes, qui ne dépendent que de \(W\) et de ses générateurs — la perte est sans conséquence. ↩
  6. Minimaux pour l'ordre opposé, c'est-à-dire maximaux pour l'inclusion : les sommets sont les parties paraboliques propres maximales, qui correspondent aux « drapeaux minimaux », comme il l'ajoute en interligne. Le nom du complexe, après « correspondant à une un », ne se lit pas ; la même lettre \(V\) est écrite là où les sommets et les simplexes maximaux sont nommés. ↩
  7. C'est le complexe de Coxeter de \(W\) — l'immeuble de type \(W\) de rang \(\ell\) réduit à un seul appartement ; les noms ne sont pas sur la page. ↩
  8. La page définit d'abord \(\sigma_{i'}(r, u) = (r, u \circ \tau_{i'})\) pour \(0 \leq i' \leq \ell - 1\), puis redéfinit \(\sigma_{\ell-1}\) à la ligne suivante ; elle annonce aussi « \(\sigma_{0}, \ldots, \sigma_{\ell}\) ». On retient le décalage d'indice de sa phrase précédente, \(\sigma_{i} = \mathrm{id}_{R} \times \tau_{i+1}\), qui est celui qu'utilisent tous les calculs. ↩
  9. La page écrit la conclusion « \(n \equiv 0\ (2\,n_{u(\ell-1),\,u(\ell)})\) » ; c'est \(i = 2n\) qui est multiple de \(2\,n_{u(\ell-1),u(\ell)}\). Géométriquement, une face de codimension 2 de type \(I - \{i,j\}\) est contenue dans \(2n_{ij}\) chambres. ↩
  10. La page 8 écrit « ordre de \(\pi = \sigma_{\ell-2}\sigma_{\ell-1} = 2\nu\) », égalant l'ordre à \(\pi\) ; et \(\sigma_{\ell-2}\sigma_{\ell-1}\) est l'inverse du \(\pi\) de la page 6, ce qui ne change pas l'ordre. Les \(n_{ij} = 2\) comptent dans le ppcm. ↩
  11. Les notations \(\widehat{\Gamma}\), \(\rho_{s}\), \(\rho_{f}\) et le mot « groupe cartographique » sont sur la page ; la présentation est celle de l'Esquisse, qui n'y est pas écrite. L'ordre des indices \(\sigma_{i}\) est une convention que les feuillets ne fixent pas. ↩
  12. « Isotopique » est lu avec doute. La page écrit « correspondant à \((q,p)\) » avec les indices dans l'autre ordre, et biffe « homéomorphisme près » pour « isomorphisme près ». ↩
  13. \(\Gamma_{p,q}\) est le groupe de réflexions triangulaire étendu \([q, p]\), engendré par trois réflexions dont les produits deux à deux sont d'ordres \(2\), \(p\) et \(q\) ; le nom n'est pas sur la page. Un second numéral cerclé, entre (3) et (4), est noirci. ↩
  14. L'énoncé court sur deux pages et plusieurs de ses mots sont illisibles ; la seconde moitié en particulier est reconstituée à partir de « régulière épinglée », « automorphismes », « groupe fondamental » et « \(\Gamma_{p,q}\) ». La forme précise en est donnée par (7). ↩
  15. Les trois qualificatifs — sphérique, euclidien, hyperbolique — sont écrits en biais dans la marge. La page qualifie la métrique d'un « \(\geq 0\) » qu'on ne reprend pas : une métrique riemannienne est définie positive. La classification suit du théorème d'uniformisation, ou directement de ce qu'une surface homogène est à courbure constante ; le nom n'est pas sur la page. ↩
  16. Le NB de la page 13 est écrit sur trois niveaux d'insertions ; seuls « normalisée », « euclidien », « longueurs des arêtes » et « égale à 1 » s'y lisent. La restriction de b) au cas non sphérique, que la page semble faire, n'est pas lisible. ↩
  17. Le critère angulaire est le nôtre ; la page donne les listes. Elle donne aussi deux descriptions du cas hyperbolique, \((c_{1})\) « \((p,q) > (4,4)\) ; ou \(p = 3\), \(q \geq 7\) ; ou \(q = 3\), \(p \geq 7\) ; ou \((4,5)\), \((5,4)\) », qui est juste, et \((c_{2})\) « \(p + q \geq 10\) ou \((p,q) \neq (3,6), (6,3)\) », qui ne peut l'être telle qu'elle est écrite — la seconde condition, jointe par « ou », engloberait les cas sphériques ; on la remplace par la forme équivalente à \((c_{1})\). Les types \((2, \infty)\) et \((\infty, 2)\), pour lesquels \(\frac{1}{p} + \frac{1}{q} = \frac{1}{2}\), sont écrits puis biffés dans la liste euclidienne ; le premier est la carte \((\mathbb{R}^{2} \supset \mathbb{R})\) de l'exception de (1), et la page ne dit pas où elle les range. Le nom du pavage hexagonal est illisible. Que \(\Gamma_{p,q}\) contienne un groupe libre non abélien dans le cas hyperbolique tient à ce qu'il y est un groupe fuchsien non élémentaire. ↩
  18. La page écrit « les cartes régulières », puis « \(\Gamma_{p,q}\) est invariant » ; on lit la seconde expression comme la condition de régularité, ce qui oblige à lire la première comme « quasi-régulières ». Une partie de l'énoncé est illisible. ↩
  19. La description des stabilisateurs est la nôtre ; la page dit seulement qu'il faut étudier « les stabilisateurs des \(\Gamma_{p,q}\) des pts de \(X_{p,q}\) ». Pour un ordre infini le stabilisateur correspondant est vide de sens, le sommet ou le centre de face étant rejeté à l'infini. ↩
  20. Le tiers gauche de la page, écrit en biais, n'est pas recouvrable, et la prose de la colonne de droite ne l'est qu'en partie. L'observation qu'on lit est le point de départ de ce que l'Esquisse d'un programme (1984) appelle les dessins d'enfants : une carte sur une surface compacte orientée définit une courbe algébrique, et, par le théorème de Belyi (1979), les courbes ainsi obtenues sont exactement celles qui sont définies sur un corps de nombres. Rien sur la page ne permet de lire le nom de Belyi à la place de celui qui est écrit, et on ne le substitue pas. ↩