Cote n° 87 · pages 1–40 · Lecture modernisée · Polyèdres convexes : notes manuscrites (s.d.) — lecture modernisée du dossier entier
Datation de l’inventaire : s.d. — le groupe « Géométrie et topologie combinatoire » (69 à 102) est daté 1976-[vers 1986]
Édition de démonstration — interprétation personnelle de l'œuvre

Résumé

Un cube, une pyramide, un ballon de football à facettes : ce sont des polyèdres convexes, des solides sans creux, bordés de faces planes. Leur bord se décompose en morceaux de toutes les dimensions — des sommets, des arêtes, des faces — et l'on peut oublier la géométrie pour ne garder que la façon dont ces morceaux s'emboîtent : tel sommet est au bout de telle arête, telle arête borde telle face. Ces quarante pages demandent ce qui reste d'un polyèdre quand on ne garde que cela, et si l'on peut reconnaître, dans un tableau d'emboîtements écrit sur le papier, l'ombre d'un vrai polyèdre.

La première partie est un petit cours, très classique d'allure, sur les parties convexes d'un espace réel. Grothendieck y découpe tout convexe en « facettes » — l'intérieur d'une face, sans son bord — et range ces facettes par l'ordre « l'une est dans l'adhérence de l'autre ». Il y introduit l'outil décisif, la polarité : à un polyèdre contenant l'origine en son intérieur on associe un polyèdre dual, où les sommets deviennent des faces et les faces des sommets, comme le cube et l'octaèdre s'échangent. La polarité renverse l'ordre des facettes. Il en tire une propriété très simple et très rigide, qu'on appelle aujourd'hui la propriété du losange : entre une facette et une autre de deux dimensions plus grande, il y a toujours exactement deux facettes intermédiaires — parce qu'un polyèdre de dimension 1 est un segment, qui a deux bouts.

La deuxième partie s'arrête sur le cube. Un cube de dimension \(n\) a \(2n\) faces de dimension \(n-1\), rangées par paires de faces opposées, et Grothendieck montre que c'est là toute sa structure : se donner un cube revient à se donner un ensemble de \(2n\) éléments muni d'une façon de les apparier — ce qu'il appelle une « épure de cube ». Les faces du cube se lisent alors comme des choix partiels, dans certaines paires, d'un des deux éléments, et ses symétries comme les permutations de l'ensemble qui respectent l'appariement.

La troisième partie retourne la question : quelles propriétés d'un ensemble ordonné fini font qu'il « ressemble » à l'ensemble des facettes d'un polyèdre ? Des bornes inférieures et supérieures, des chaînes de longueur constante, le losange. Grothendieck essaie ces axiomes en petite dimension, voit qu'ils laissent passer des objets qui ne sont pas des polyèdres — deux triangles disjoints, par exemple — et étudie à fond le cas où le bord est une surface : une carte, avec ses sommets, ses arêtes, ses faces et ses drapeaux, c'est-à-dire ses triplets sommet–arête–face emboîtés, sur lesquels opèrent trois involutions. C'est la notion de carte des dossiers voisins 81 et 88, et c'est dans le second que ces involutions engendrent le groupe cartographique. Le dossier finit par une version topologique — un ensemble ordonné dont les intervalles, réalisés géométriquement, sont des sphères — et par une version purement combinatoire, où la seule propriété du losange suffit à faire opérer des involutions sur les drapeaux de toute longueur.

Ce qu'on voit à l'œuvre : un même résultat, la propriété du losange, est obtenu trois fois, par la géométrie (page 14), par la topologie (page 38) et posé comme axiome (page 39) ; et chaque fois qu'un axiome est écrit, il est aussitôt mis à l'épreuve sur les plus petits exemples, jusqu'à ce que ceux-ci disent ce qui manque. Ces notions ont aujourd'hui des noms — treillis des faces, polytopes abstraits, ensembles ordonnés CW — que les pages ne nomment pas.

Keywords — convex polytope, relative interior, face lattice, polar duality, bipolar theorem, Hahn-Banach theorem, Minkowski-Weyl theorem, diamond property, hypercube, hyperoctahedral group, cross-polytope, abstract polytope, graded lattice, combinatorial map, flag, CW poset, homology sphere

2–40

Le fil du dossier, et les conventions

Les stations

  1. I.Géométrie des convexes (pages 2 à 14), sous ce titre de sa main. Le programme (page 2) ; les facettes d'un convexe, leur ordre, les points extrémaux (pages 3 à 5) ; les polaires et le théorème de Hahn–Banach (pages 5 à 7) ; les secteurs polyédraux (pages 7 à 10) ; polarité et facettes (pages 10 à 12) ; la fonction dimension et le losange (pages 12 à 14).
  2. II.Cubes (pages 15 à 26), sous le titre de la couverture de la page 15. Caractérisation intrinsèque d'un cube et reconstruction comme produit de segments (pages 17 à 19) ; épures de \(n\)-cubes (pages 21 et 22) ; facettes du cube (pages 23 à 25) ; le cube réel et son groupe (page 26).
  3. III.Facettes, seconde rédaction, et polyèdres combinatoires (pages 27 à 30) : les facettes reprises sans la facette vide (pages 27 à 29), puis une définition axiomatique du polyèdre combinatoire et le recensement des petites dimensions (pages 29 et 30).
  4. IV.La dimension 2 (pages 32 à 36) : le bord d'un polyèdre combinatoire de dimension 3 comme « carte lisse combinatoire », ses drapeaux, l'axiome D.
  5. V.Ensembles ordonnés à intervalles sphériques (pages 37 et 38).
  6. VI.Le losange et les repères (pages 39 et 40).

La couverture de la page 15 porte aussi, au crayon et entourée, la mention « (13 p.) », qui n'est pas sûrement de sa main ; c'est le nombre des feuillets écrits 17 à 19 et 21 à 30, ce qui peut n'être qu'une coïncidence. Il n'y a nulle part de pagination de sa main.

Deux rédactions des facettes, gardées distinctes

Les facettes d'un convexe sont définies deux fois : page 3, comme classes d'une relation d'équivalence, la facette vide étant admise et servant de plus petit élément ; page 27, comme parties non vides, avec une relation d'équivalence formulée autrement. Les énoncés de la page 29 sur l'ensemble ordonné des facettes, et les axiomes qui suivent, demandent de nouveau la facette vide. On garde les deux rédactions séparées, et l'on dit à chaque fois laquelle est en jeu ; \(\mathrm{Fac}(C)\) contient toujours la facette vide.

Conventions

Facettes. Le mot est le sien, et on le garde, mais il faut le lire avec soin : une facette d'un convexe \(C\) est ici l'intérieur relatif d'une face de \(C\) — une « face ouverte » —, de n'importe quelle dimension, et non une face de codimension 1, que la langue d'aujourd'hui appelle facette.1 Une face de codimension 1 est dite ici facette sous-maximale, comme il le fait page 24. Une facette fermée est l'adhérence d'une facette dans \(C\), c'est-à-dire une face.

Polyèdres. Un polyèdre convexe, chez lui, est compact : c'est ce qu'on appelle aujourd'hui un polytope convexe. Un secteur polyédral est une intersection finie de demi-espaces fermés, bornée ou non : un polyèdre convexe au sens d'aujourd'hui. On garde ses deux mots.

Ensembles ordonnés. \(0\) et \(1\) désignent le plus petit et le plus grand élément ; \(y\) est un successeur de \(x\) si \(x < y\) sans élément intermédiaire (on dit aujourd'hui que \(y\) couvre \(x\)) ; \(\Phi_{x,y}\) est l'intervalle fermé \(\{z \mid x \leq z \leq y\}\) et \(\mathfrak{X}_{x < \cdot < y}\) l'intervalle ouvert.

Polarité. Le polaire est le sien, \(A^{\circ} = \{x' \mid \langle x, x' \rangle \geq -1 \ \forall x \in A\}\), opposé de celui qu'on utilise d'ordinaire (\(\leq 1\)) ; les deux conventions donnent les mêmes énoncés. La correspondance entre sous-espaces affines de la page 10, qu'il marque d'un petit rond ouvert distinct du \(^{\circ}\), est notée ici \(F \mapsto F^{\vee}\).

Cubes. \(B\) est un ensemble à \(2n\) éléments muni d'une involution sans point fixe \(\sigma\), notée aussi \(b \mapsto -b\), et \(I = B/\sigma\) ; pour \(i \in I\), \(B_i\) est la fibre, à deux éléments.

Cartes. Aux pages 32 à 36, \(S\), \(A\), \(F\) sont les sommets, arêtes et faces ; \(\vec{A} \subset S \times A\) et \(A^{\uparrow} \subset A \times F\) les incidences sommet–arête et arête–face ; \(\mathrm{Dr} = \vec{A} \times_{A} A^{\uparrow}\) l'ensemble des drapeaux2 ; \(\sigma_{1}\), \(\varepsilon\), \(\sigma_{2}\) changent respectivement le sommet, l'arête, la face d'un drapeau.

Ce que seule une lecture d'ensemble peut dire

2–14

I. Géométrie des convexes (pages 2 à 14)

2–2

Le programme (page 2)

La page 2 est une table des matières : parties convexes d'un espace affine réel, stabilité par intersection, enveloppe convexe décrite par les combinaisons barycentriques ou par les simplexes, comparée au sous-espace affine engendré ; stabilité par images directes et réciproques affines et par sommes ; sur une droite, les convexes sont les intervalles, et une partie est convexe si et seulement si sa trace sur toute droite est un intervalle ; dimension d'un convexe. Puis l'intérieur. Soit \(C\) un convexe de dimension finie qui engendre \(E\) affinement. Alors :

  1. a)\(\mathring{C} \neq \emptyset\) ;
  2. b)si \(x \in \mathring{C}\), et si \(D\) parcourt les droites passant par \(x\), \[ \mathring{C} = \bigcup_{D} \operatorname{int}_{D}(D \cap C), \qquad \partial C = \bigcup_{D} \partial_{D}(D \cap C), \qquad \overline{C} = \bigcup_{D} \overline{D \cap C} ; \]
  3. c)si \(C\) et \(C'\) sont des convexes compacts qui engendrent \(E\), et \(x \in \mathring{C}\), \(x' \in \mathring{C}'\), il existe un unique homéomorphisme \(h : C \to C'\) tel que \(h(x) = x'\), qui envoie chaque demi-droite issue de \(x\) sur la demi-droite parallèle et de même sens issue de \(x'\), et qui soit affine sur chacune.3

3–5

Facettes d'un convexe (pages 3 à 5)

Soit \(C\) un convexe d'un espace affine réel \(E\). Pour \(x, y \in C\), notons \(D_{x,y}\) la droite qui les joint et posons \[ R(x,y) \iff x = y \ \text{ou} \ x \text{ et } y \text{ sont intérieurs à } D_{x,y} \cap C \text{ dans } D_{x,y}, \] c'est-à-dire : \(x\) et \(y\) appartiennent à un même segment ouvert contenu dans \(C\). C'est une relation d'équivalence. Une facette de \(C\) est une partie \(F\) telle que \(F = \{y \in C \mid R(x,y)\}\) pour tout \(x \in F\) : les facettes sont les classes de \(R\), et la partie vide, qui satisfait vacuement la condition.4 Les facettes non vides sont exactement les intérieurs relatifs des faces non vides de \(C\) ; elles forment une partition de \(C\).5 On note \(F_{x}\) la facette de \(x\), \(E_{F}\) le sous-espace affine engendré par \(F\), et \(\mathrm{Fac}(C)\) l'ensemble des facettes.6

Un point \(x\) est extrémal si \(\{x\}\) est une facette, c'est-à-dire si \(x\) n'est intérieur à \(D \cap C\) pour aucune droite \(D\) passant par \(x\).

  1. (1)Si \(C\) est de dimension finie \(d\), il a une unique facette de dimension \(d\), son intérieur relatif \(\operatorname{int}_{E_{C}}(C)\).
  2. (2)Pour \(F \in \mathrm{Fac}(C)\), \(E_{F} \cap C\) est une réunion de facettes de \(C\), qui sont les facettes du convexe \(E_{F} \cap C\). En dimension finie, \(E_{F} \cap C = \overline{F} \cap C\) — c'est la face de \(C\) dont \(F\) est l'intérieur relatif — et \(F = \operatorname{int}_{E_{F}}(E_{F} \cap C)\).
  3. (3)Pour deux facettes \(F\), \(F'\), les conditions suivantes sont équivalentes : \(E_{F'} \subset E_{F}\) ; \(E_{F'} \cap C \subset E_{F} \cap C\) ; \(F' \subset E_{F}\) ; et, en dimension finie, \(F' \subset \overline{F}\) ; \(\overline{F'} \subset \overline{F}\). On note alors \(F' \leq F\) : c'est une relation d'ordre sur \(\mathrm{Fac}(C)\), et pour \(x, y \in C\), \[ F_{x} \leq F_{y} \iff x = y \ \text{ou} \ y \in \operatorname{int}_{D_{x,y}}(D_{x,y} \cap C). \]

En effet, \(y\) intérieur au segment \(D_{x,y} \cap C\) signifie \(y \in \,]x,z[\) pour un \(z \in C\), et alors \(x\) est dans la face de \(y\).7

  1. (4)Si \(x = \sum \lambda_{i} x_{i}\) est une combinaison barycentrique d'un nombre fini de points de \(C\), à coefficients \(\lambda_{i} > 0\), alors \(F_{x} = \sup_{i} F_{x_{i}}\) dans \(\mathrm{Fac}(C)\). Les bornes supérieures finies existent donc ; en fait toute famille a une borne supérieure, et \(\mathrm{Fac}(C)\) est un treillis complet, puisque les faces sont stables par intersections quelconques.8
  2. (5)Soit \(C' \subset C\) une réunion de facettes, et \(\Phi = \{F \in \mathrm{Fac}(C) \mid F \subset C'\}\). Alors \(C'\) est convexe si et seulement si \(\Phi\) est stable par sup finis. Si \(C'\) est fermé dans \(C\), \(\Phi\) contient, avec une facette, toutes celles qui sont plus petites ; la réciproque est vraie quand \(\mathrm{Fac}(C)\) est fini.9
  3. (6)(En dimension finie.) \(C'\) est de la forme \(\overline{F} \cap C\), \(F \in \mathrm{Fac}(C)\), si et seulement si c'est une réunion de facettes, convexe et fermée dans \(C\) ; en termes de \(\Phi\) : si et seulement si \(\Phi\) a un plus grand élément \(F\) et est l'ensemble des facettes \(\leq F\). Les facettes fermées sont stables par intersections quelconques.10
  4. (7)Si \(C\) est compact de dimension finie, \(C\) est l'enveloppe convexe de l'ensemble de ses points extrémaux.11
  5. (8)Si \(C\) est une partie convexe polyédrale de \(E\) de dimension finie — réunion finie de simplexes, ou, ce qui revient au même, d'enveloppes convexes de parties finies — alors \(\mathrm{Fac}(C)\) est fini.

Corollaire. Les polyèdres convexes sont les convexes compacts \(C\) tels que \(\mathrm{Fac}(C)\) soit fini, ou, ce qui revient au même, tels que l'ensemble \(\mathrm{Fac}_{0}(C)\) de leurs points extrémaux soit fini.

5–7

Polaires et théorème de Hahn–Banach (pages 5 à 7)

Soient \(E\) et \(E'\) deux espaces vectoriels réels de dimension finie en dualité par \(\langle\, ,\rangle\).12 Pour \(A \subset E\), posons \[ A^{\circ} = \{x' \in E' \mid \langle x, x' \rangle \geq -1 \ \ \forall x \in A\} = \bigcap_{x \in A} H(x), \qquad H(x) = \{x' \mid \langle x, x' \rangle \geq -1\}, \] et de même pour les parties de \(E'\).

Théorème 1 (des bipolaires). Pour \(A \subset E\), \(A^{\circ\circ}\) est l'enveloppe convexe fermée de \(A \cup \{0\}\).

Corollaires. \(A \mapsto A^{\circ}\) est une bijection, qui renverse l'ordre, de l'ensemble des convexes fermés de \(E\) contenant \(0\) sur l'ensemble analogue de \(E'\), d'inverse \(A' \mapsto A'^{\circ}\). Pour de tels convexes, \[ \bigl(\overline{\mathrm{Env}}(A_{1} \cup A_{2})\bigr)^{\circ} = A_{1}^{\circ} \cap A_{2}^{\circ}, \qquad (A_{1} \cap A_{2})^{\circ} = \overline{\mathrm{Env}}(A_{1}^{\circ} \cup A_{2}^{\circ}), \] où \(\overline{\mathrm{Env}}\) désigne l'enveloppe convexe fermée ; et \[ 0 \in \operatorname{int}(A) \iff A^{\circ} \text{ est compact}, \qquad A \text{ est compact} \iff 0 \in \operatorname{int}(A^{\circ}). \] Ces deux critères supposent \(A\) convexe fermé contenant \(0\).13

Le théorème 1 équivaut au suivant :14

Théorème 1'. Une partie de \(E\) est convexe et fermée si et seulement si elle est intersection de demi-espaces fermés.

Il résulte du

Théorème 1'' (Hahn–Banach). Soient \(U\) une partie convexe ouverte de \(E\) et \(F \subsetneq E\) un sous-espace vectoriel tel que \(F \cap U = \emptyset\). Il existe un hyperplan \(H \supset F\) tel que \(H \cap U = \emptyset\).

Démonstration (page 7). Remplaçant \(U\) par le cône \(\bigcup_{\lambda > 0} \lambda U\), qui est encore convexe, ouvert et disjoint de \(F\), on peut supposer que \(U\) est un cône ouvert. Il suffit, si \(F\) n'est pas un hyperplan, de trouver \(F' \supset F\) avec \(\dim F' = \dim F + 1\) et \(F' \cap U = \emptyset\), puis d'itérer. Pour cela on se place dans un sous-espace \(G \supset F\) de dimension \(\dim F + 2\), et, passant au quotient par \(F\), on est ramené au cas où \(\dim E = 2\) et \(F = 0\), avec \(U \neq \emptyset\). Un cône convexe ouvert du plan qui ne contient pas l'origine est alors ou bien un demi-plan ouvert, ou bien un secteur \(\{\lambda_{1} e_{1} + \lambda_{2} e_{2} \mid \lambda_{1}, \lambda_{2} > 0\}\) pour une base \((e_{1}, e_{2})\) ; dans les deux cas une droite de son bord convient.15

7–10

Secteurs polyédraux (pages 7 à 10)

Proposition. Soit \(C\) une partie d'un espace affine \(E\) de dimension finie. Conditions équivalentes :

  1. a)\(C\) est une intersection finie de demi-espaces fermés ;
  2. b)\(C\) est l'enveloppe convexe fermée d'un ensemble fini de points et de demi-droites fermées, qu'on peut prendre toutes issues d'un point \(x \in C\) donné à l'avance ;
  3. b')(si \(C\) est compact) \(C\) est un polyèdre convexe.

C'est le théorème de Minkowski–Weyl.16

Démonstration (pages 8 et 9). Si \(C = \emptyset\), il n'y a rien à démontrer. Les deux conditions ne changent pas quand on remplace \(E\) par le sous-espace affine \(E_{C}\) engendré par \(C\) ; on peut donc supposer que \(C\) est convexe fermé et engendre \(E\), et prendre pour origine un point de \(\mathring{C}\). On pose \(C' = C^{\circ}\) ; alors \(C = C'^{\circ}\), et \(C'\) est compact.17

b) \(\Rightarrow\) a). Le polaire d'un point \(x\) est le demi-espace \(H(x)\), celui d'une demi-droite \(\mathbf{R}_{+} d\) issue de l'origine le demi-espace \(\{x' \mid \langle d, x'\rangle \geq 0\}\), et le polaire d'une réunion est l'intersection des polaires. Donc \(C'\) est une intersection finie de demi-espaces fermés ; étant compact, c'est un polyèdre convexe par le lemme ci-dessous, c'est-à-dire l'enveloppe convexe d'un ensemble fini de \(E'\), et \(C = C'^{\circ}\) est l'intersection finie des polaires de ses points : a).

a) \(\Rightarrow\) b). Par polarité, \(C'\) est l'enveloppe convexe fermée d'un ensemble fini de points ; par ce qui précède, appliqué dans \(E'\) à \(C'\) avec une origine prise dans son intérieur relatif, c'est une intersection finie de demi-espaces fermés, qu'on peut écrire, puisque \(0 \in C'\), sous les formes \(\langle y_{j}, x'\rangle \geq -1\) et \(\langle d_{k}, x'\rangle \geq 0\). Donc \(C = C'^{\circ}\) est l'enveloppe convexe fermée des points \(y_{j}\) et des demi-droites \(\mathbf{R}_{+} d_{k}\) issues de l'origine : b), sous la forme précisée.18

Lemme (page 9). Une intersection finie de demi-espaces fermés n'a qu'un nombre fini de points extrémaux ; c'est donc un polyèdre convexe si elle est compacte.19

Par récurrence sur \(\dim E\), puis sur le nombre \(\nu\) de demi-espaces, le cas \(\nu \leq 1\) étant trivial. On est ramené à \(C = C_{1} \cap H\), où \(C_{1}\) n'a qu'un nombre fini de points extrémaux et \(H\) est un demi-espace fermé limité par l'hyperplan \(H_{0}\). Pour \(x \in C\) : si \(x \notin H_{0}\), \(x\) est extrémal dans \(C\) si et seulement s'il l'est dans \(C_{1}\), la propriété étant locale ; si \(x \in H_{0}\), \(x\) est extrémal dans \(C\) si et seulement s'il l'est dans \(H_{0} \cap C\), car un segment de \(C\) qui a un point intérieur sur \(H_{0}\) est contenu dans \(H_{0}\). Or \(H_{0} \cap C\) est une intersection finie de demi-espaces de \(H_{0}\), de dimension plus petite.20

Définition. Un secteur polyédral est une partie satisfaisant aux conditions équivalentes de la proposition — un polyèdre convexe au sens d'aujourd'hui, borné ou non.

Proposition (page 10). Si \(E\) et \(E'\) sont de dimension finie et en dualité, \(A \mapsto A^{\circ}\) et \(A' \mapsto A'^{\circ}\) sont des bijections inverses l'une de l'autre entre secteurs polyédraux de \(E\) contenant l'origine et secteurs polyédraux de \(E'\) contenant l'origine.

10–12

Polarité et facettes (pages 10 à 12)

Soient \(E\), \(E'\) de dimension \(n\) en dualité. À un sous-espace affine non vide \(F\) de \(E\) ne contenant pas l'origine on associe \[ F^{\vee} = \{x' \in E' \mid \langle x, x'\rangle = -1 \ \ \forall x \in F\}, \] sous-espace affine de \(E'\) ne contenant pas l'origine, et l'on a \[ \dim F + \dim F^{\vee} = n - 1. \] C'est une bijection involutive, caractérisée par deux propriétés : elle renverse l'inclusion, et à un point \(x \neq 0\) elle associe l'hyperplan \(\{x\}^{\vee} = \partial H(x)\), bord du demi-espace polaire de \(x\).21

Une variété d'appui d'un convexe \(C\) est un sous-espace affine de la forme \(E_{F}\), \(F \in \mathrm{Fac}(C)\) ; les variétés d'appui sont en bijection avec les facettes, et cette bijection respecte l'ordre.

Théorème. Soient \(C \subset E\) et \(C' \subset E'\) deux secteurs polyédraux polaires l'un de l'autre. Il existe une unique application \(\varphi\) de l'ensemble des facettes non vides \(F\) de \(C\) telles que \(0 \notin \overline{F}\) — c'est-à-dire, puisque \(0 \in C\), telles que \(0 \notin E_{F}\) — dans l'ensemble analogue pour \(C'\), telle que \[ E_{\varphi(F)} = (E_{F})^{\vee}. \] Elle est bijective et renverse l'ordre.22

Corollaire 1. Un secteur polyédral n'a qu'un nombre fini de facettes : prendre l'origine dans son intérieur relatif, et appliquer la dualité, le polaire étant alors compact.

Corollaire 2. Si \(C\) et \(C'\) sont compacts, c'est-à-dire si l'origine est intérieure à l'un et à l'autre, \(\varphi\) se prolonge, en échangeant la facette vide et la facette maximale, en un anti-isomorphisme d'ensembles ordonnés \(\mathrm{Fac}(C) \simeq \mathrm{Fac}(C')\).

C'est la dualité des polytopes : le polaire d'un polytope contenant l'origine en son intérieur est un polytope, et son treillis des faces est l'opposé de celui du premier.23

12–14

Polyèdres combinatoires stricts et fonction dimension (pages 12 à 14)

Appelons polyèdre combinatoire strict un ensemble ordonné isomorphe à \(\mathrm{Fac}(C)\) pour un polyèdre convexe \(C\), et notons \(\Phi^{\circ}\) l'ensemble ordonné opposé de \(\Phi\).24

Corollaire 3. Soit \(\Phi\) un polyèdre combinatoire strict.

  1. a)\(\Phi^{\circ}\) est un polyèdre combinatoire strict.
  2. b)Pour \(x \leq y\) dans \(\Phi\), l'intervalle \(\Phi_{x,y}\) est un polyèdre combinatoire strict ; si \(\Phi = \mathrm{Fac}(C)\), c'est \(\mathrm{Fac}(K)\) pour un polyèdre convexe \(K\) de dimension \(\dim y - \dim x - 1\).

a) résulte du corollaire 2. Pour b) : \(\Phi_{0,x} = \mathrm{Fac}(\overline{x})\) est strict ; donc aussi, par dualité, \(\Phi_{x,1} = \bigl((\Phi^{\circ})_{0,x} \bigr)^{\circ}\) ; et \(\Phi_{x,y}\) est l'intervalle \([x, 1]\) de \(\Phi_{0,y}\). La dimension se lit sur la formule \(\dim F + \dim F^{\vee} = n - 1\).25

Suivent deux essais, encadrés et barrés, d'un corollaire sur l'existence de facettes de toutes dimensions, dont l'énoncé revient comme corollaire 6.

Corollaire 4. Soient \(C\) un polyèdre convexe et \(F_{1} < F_{2}\) dans \(\mathrm{Fac}(C)\). Pour que \(F_{2}\) soit un successeur de \(F_{1}\), il faut et il suffit que \(\dim F_{2} = \dim F_{1} + 1\).

La dimension étant strictement croissante sur \(\mathrm{Fac}(C)\), la condition est suffisante. Pour la nécessité, on se ramène par le corollaire 3 à \(F_{1} = 0\) (la facette vide) et \(F_{2} = 1\) (la facette maximale), et l'assertion devient : un polyèdre convexe non vide sans autre facette que la vide et la maximale est un point. En effet, s'il est de dimension \(\geq 1\), ses points extrémaux, qui existent par le théorème de Minkowski, sont des facettes intermédiaires.26

Corollaire 5. La fonction \(d : F \mapsto \dim F\) sur \(\mathrm{Fac}(C)\) est l'unique fonction telle que \(d(F_{2}) = d(F_{1}) + 1\) quand \(F_{2}\) est un successeur de \(F_{1}\), et \(d(\emptyset) = -1\). Elle est strictement croissante.

Corollaire 6. Pour \(F \in \mathrm{Fac}(C)\) et \(-1 \leq i \leq \dim F\), il existe \(F' \leq F\) de dimension \(i\).

C'est formel à partir du corollaire 5 : une chaîne de successeurs \(\emptyset = x_{0} < x_{1} < \cdots < x_{m} = F\), qui existe dans un ensemble ordonné fini, vérifie \(d(x_{i}) = i - 1\).27

Corollaire 7 (le losange). Soient \(\Phi\) un polyèdre combinatoire strict, \(d\) sa fonction dimension, et \(x < y\) avec \(d(y) = d(x) + 2\). Alors il y a exactement deux éléments \(z\) tels que \(x < z < y\).

En effet, \(\Phi_{x,y}\) est l'ensemble des facettes d'un polyèdre convexe de dimension 1, c'est-à-dire d'un segment, qui a exactement deux extrémités. C'est ce qu'on appelle aujourd'hui la propriété du losange (diamond property).28

17–19

II. Cubes (pages 15 à 26)

Caractérisation intrinsèque d'un cube (pages 15 à 19)

La couverture de la page 15 porte le seul mot « Cubes ». Les pages 17 à 19 cherchent à caractériser un \(n\)-cube d'un espace affine \(E\) sur un corps \(k\) par l'ensemble \(\Phi\) des sous-espaces affines engendrés par ses faces.29 On note \(\Phi^{**}\) l'ensemble \(\Phi\) privé de son plus petit et de son plus grand élément,30 et \(B\) l'ensemble des éléments maximaux de \(\Phi^{**}\). Les axiomes :

  1. a)\(\Phi\) contient \(\emptyset\) et \(E\), qui sont donc son plus petit et son plus grand élément, et tout élément de \(\Phi^{**}\) est intersection d'éléments de \(B\).
  2. b)Pour tout \(b \in B\) il existe un unique \(b' \in B\) tel que \(b\) et \(b'\) n'aient pas de minorant commun dans \(\Phi^{**}\), c'est-à-dire que \(b \cap b'\) ne contienne aucun élément non vide de \(\Phi\). On obtient ainsi une involution \(\sigma : b \mapsto b'\) de \(B\), sans point fixe ; soit \(I = B/\sigma\).
  3. c)Pour \(V \in \Phi \setminus \{\emptyset\}\), l'ensemble \(B_{V}\) des \(b \in B\) qui majorent \(V\) ne contient jamais à la fois \(b\) et \(\sigma b\) (par b)) : c'est une section partielle de \(B \to I\). L'application \[ \Phi \setminus \{\emptyset\} \longrightarrow \Gamma_{\mathrm{part}}(B/I), \qquad V \longmapsto B_{V}, \] qui est injective par a), est bijective.
  4. d)\(n = \frac{1}{2}\operatorname{card} B\) est la dimension combinatoire de \(\Phi\) et la dimension de \(E\), et pour tout \(V \in \Phi\) la dimension combinatoire de \(V\) dans \(\Phi\) est sa dimension affine.
  5. e)Si \(b \in B\), alors \(b \cap \sigma b = \emptyset\) : par d), \(b\) et \(\sigma b\) sont deux hyperplans parallèles.

Une note en marge dit que a), b), c) expriment que l'ensemble ordonné \(\Phi\) est un cube combinatoire : l'ensemble des sections partielles de \(B\) sur \(I\), ordonné par l'inverse du prolongement, augmenté d'un plus petit élément.31 Une remarque entre crochets explique pourquoi e) est nécessaire : a) implique que la borne inférieure dans \(\Phi\) d'une partie minorée de \(\Phi \setminus \{\emptyset\}\) est son intersection, mais non qu'une partie dont la borne inférieure est \(\emptyset\) ait une intersection vide. Exemple : un quadrilatère qui n'est pas un parallélogramme, dont deux côtés opposés se coupent hors de lui.32

Reconstruction. Pour \(i \in I\), les deux hyperplans de la fibre de \(B \to I\) en \(i\) ont une même direction \(\mathbb{H}_{i}\), hyperplan de l'espace des translations \(T\) de \(E\). Ces \(n\) hyperplans sont indépendants — un sommet du cube, élément minimal non vide de \(\Phi\), est de dimension \(0\) par d) et s'écrit comme intersection de \(n\) hyperplans, un par fibre —, d'où une décomposition de \(T\) en produit de droites \[ T \simeq \prod_{i \in I} T_{i}, \qquad T_{i} = T/\mathbb{H}_{i}, \] et une décomposition du \(T\)-torseur \(E\) en produit de \(T_{i}\)-torseurs \(E_{i} = E/\mathbb{H}_{i}\), droites affines. Chaque \(E_{i}\) contient l'image \(B_{i}\) de la fibre en \(i\), deux points distincts.33 Or, \(i\) étant fixé, la donnée d'un triplet \((T_{i}, E_{i}, B_{i} \subset E_{i})\) — une droite affine et deux points distincts — équivaut à celle de l'ensemble à deux éléments \(B_{i}\), vu comme torseur sous \(\{\pm 1\}\) : on prend \[ T_{i} = \operatorname{Ker}\bigl(k^{B_{i}} \xrightarrow{\ \varepsilon\ } k\bigr), \qquad E_{i} = \varepsilon^{-1}(1), \] où \(\varepsilon\) est la somme des coordonnées, \(B_{i}\) s'envoyant sur les deux fonctions de Dirac. Ce sont les coordonnées barycentriques sur une droite relativement à deux points. Le \(n\)-cube est ainsi le produit de \(n\) cubes de dimension 1, et l'on a globalement \[ T = \operatorname{Ker}\bigl(k^{B} \xrightarrow{\ \mathrm{tr}\ } k^{I}\bigr), \qquad E = \mathrm{tr}^{-1}(1), \] où \(\mathrm{tr}\) somme les coordonnées sur chaque fibre et \(1\) est la fonction constante. La donnée d'une famille \((T_{i}, E_{i}, B_{i})_{i \in I}\) équivaut donc à celle de l'ensemble \(B\) muni de \(\sigma\).34 La page s'interrompt sur « Si \(J \subset I\), on considère ».

21–22

Épures de \(n\)-cubes (pages 21 et 22)

Soit \(k\) un anneau commutatif où \(2\) est inversible.35 On considère deux groupoïdes.

On passe de \(\mathcal{C}_{n}\) à \(\mathcal{D}_{n}\) par \(B = \bigcup_{i} B_{i}\), \(\sigma(b) = -b\), et en sens inverse par \[ E = \bigoplus_{i \in I} B_{i} \wedge_{\{\pm 1\}} k , \] où \(\{\pm 1\}\) opère sur \(k\) par homothéties et \(\wedge\) désigne le produit contracté : \(B_{i} \wedge_{\{\pm 1\}} k\) est un module libre de rang 1 dont \(B_{i}\) est l'ensemble de deux générateurs opposés. Les deux groupoïdes sont donc équivalents.36

La marge donne une autre description : \(E\) est le sous-module de \(k^{(B)}\) formé des \(\sum_{b} \lambda_{b} e_{b}\) avec \(\lambda_{-b} = -\lambda_{b}\), d'où la suite exacte \[ 0 \to E \to k^{B} \xrightarrow{\ \mathrm{tr}\ } k^{I} \to 0 , \] \(b \in B\) correspondant à \(e_{b} - e_{-b}\). C'est exactement l'espace \(T\) des translations du cube de la page 19 ; et quand \(2\) est inversible, la bijection \(\lambda \mapsto \mu\), \(\mu_{b} = \lambda_{b} - \lambda_{-b}\), d'inverse \(\lambda_{b} = \frac{1}{2}(1 + \mu_{b})\), identifie le modèle barycentrique \(\mathrm{tr}^{-1}(1)\) de la page 19 au modèle antisymétrique des pages 23 et 26.37

Structure euclidienne et orientation (page 22). \(E\) porte une forme bilinéaire canonique, somme orthogonale des formes \((x, y) \mapsto xy\) sur les \(B_{i} \wedge k\), pour laquelle chaque \(b \in B\) est de carré 1.38 Sur \(k = \mathbf{R}\), notons \(\omega_{E}\) l'ensemble à deux éléments des orientations de \(E\) et \(\omega_{I}\) celui des orientations de l'ensemble fini \(I\) (ses ordres totaux à permutation paire près). On a un isomorphisme canonique de \(\{\pm 1\}\)-torseurs \[ \omega_{E} \simeq \omega_{I} \wedge \bigwedge_{i \in I} B_{i} . \] En effet, la formule d'associativité donne \(\omega_{E} \simeq \omega_{I} \wedge \bigwedge_{i} \omega_{E_{i}}\), et \(B_{i}\), ensemble de deux bases opposées de la droite \(E_{i}\), s'envoie injectivement, donc bijectivement, dans \(\omega_{E_{i}}\).39 Une épure orientée est une épure munie d'un élément de ce torseur.

23–25

Facettes du cube (pages 23 à 25)

Le polyèdre combinatoire associé à un polyèdre convexe \(C\) de dimension \(n\) est l'ensemble de ses facettes, ordonné par \(F \leq F' \iff F \subset \overline{F'}\).40 La dimension d'une facette s'y lit comme dimension combinatoire : la longueur commune des chaînes maximales \(F_{0} < F_{1} < \cdots < F_{m} = F\) partant d'un sommet. Si \(\Phi_{i}\) est l'ensemble des facettes de dimension \(i\), l'ordre se reconstitue à partir des seules relations d'incidence entre \(\Phi_{i}\) et \(\Phi_{i+1}\), puisque toute relation \(F < F'\) se raffine en une chaîne de successeurs.41

Le cube réel associé à une épure est \[ C(B, \sigma) = \Bigl\{ \lambda = \sum_{b \in B} \lambda_{b} e_{b} \Bigm| \lambda_{-b} = -\lambda_{b},\ |\lambda_{b}| \leq 1 \Bigr\} \] dans le module \(E\) ci-dessus, pour \(k = \mathbf{R}\).

Proposition. Les facettes non vides du cube \(C(B, \sigma)\) sont en bijection avec les sections partielles \(s : J \to B\) de \(B\) sur des parties \(J \subset I\). La facette fermée (ouverte) associée à \(s\) est l'ensemble des \(\lambda \in C(B, \sigma)\) tels que \(\lambda_{s(j)} = 1\) pour \(j \in J\) et \(|\lambda_{b}| \leq 1\) (resp. \(< 1\)) pour \(b\) au-dessus de \(I \setminus J\).

Démonstration (page 24). Soient \(\lambda \neq \mu\) dans le cube. Ils sont intérieurs à un même segment de \(C\) si et seulement si la droite qui les joint se prolonge un peu au-delà de chacun dans le cube, c'est-à-dire si, pour tout \(b\), \(|t\lambda_{b} + (1-t)\mu_{b}| \leq 1\) pour \(t\) un peu plus grand que 1 et un peu plus petit que 0. Aucune coordonnée ne fait obstacle si \(\lambda_{b} = \mu_{b}\), ni si \(|\lambda_{b}|, |\mu_{b}| < 1\) ; si \(\lambda_{b} \neq \mu_{b}\) et que l'un vaut \(\pm 1\), la droite sort du cube de ce côté. Donc \(R(\lambda, \mu)\) équivaut à : \(J(\lambda) = \{b \mid \lambda_{b} = 1\}\) est égal à \(J(\mu)\). La proposition s'ensuit : c'est le fait qu'un produit de segments a pour facettes les produits de facettes des segments.42

Corollaire. L'ordre des facettes de \(C(B, \sigma)\) est l'inverse de la relation de prolongement entre sections partielles. La facette maximale correspond à la section vide, les facettes sous-maximales aux éléments de \(B\), et les adhérences de deux facettes sous-maximales distinctes sont disjointes — parallèles — si et seulement si elles correspondent à deux éléments conjugués \(b\), \(-b\).43

Exercice (page 25). Soient \(p : B \to I\) une surjection quelconque et \(\mathcal{P}\) l'ensemble des sections partielles de \(p\), ordonné par prolongement. Ses éléments maximaux forment l'ensemble \(C = \prod_{i} p^{-1}(i)\) des sections, et les successeurs de la section vide s'identifient à \(B\). Pour \(b \in B\), soit \(C_{b}\) l'ensemble des sections qui prolongent \(b\), c'est-à-dire telles que \(s(p(b)) = b\). Pour \(b \neq b'\), \[ C_{b} \cap C_{b'} = \emptyset \iff p(b) = p(b'), \] de sorte que \(p(b) = p(b')\) si et seulement si \(b = b'\) ou \(C_{b} \cap C_{b'} = \emptyset\). On reconstruit ainsi \(B\), la relation d'équivalence définie par \(p\), donc \(I\) et \(p\), à isomorphisme près, à partir de l'ensemble ordonné \(\mathcal{P}\).44

Corollaire. Le groupoïde des surjections \(B \to I\) est équivalent, par \(p \mapsto \mathcal{P}(p)\), à une sous-catégorie pleine du groupoïde des ensembles ordonnés.45

26–26

Le cube réel et son groupe (page 26)

Du point de vue de la géométrie des convexes sur \(\mathbf{R}\) :

  1. (a)le cube standard est \(C_{n} = \{x \in \mathbf{R}^{n} \mid |x_{i}| \leq 1 \ \forall i\}\) ;
  2. (b)un cube d'un espace affine réel \(E\) de dimension \(n\) est une partie \(C\) telle qu'il existe un isomorphisme affine \(u : \mathbf{R}^{n} \to E\) avec \(u(C_{n}) = C\) ;
  3. (c)les \(n\)-cubes convexes forment un groupoïde connexe, pointé par \((\mathbf{R}^{n}, C_{n})\), donc équivalent au groupoïde des torseurs sous \[ W_{n} = \operatorname{Aut}_{\mathrm{aff}}(\mathbf{R}^{n}, C_{n}). \]

Proposition. Soit \(B_{n} = \{\pm e_{i} \mid 1 \leq i \leq n\}\). Alors \[ \operatorname{Aut}_{\mathrm{aff}}(\mathbf{R}^{n}, C_{n}) = \operatorname{Aut}_{\mathrm{vect}}(\mathbf{R}^{n}, B_{n}) \xrightarrow{\ \sim\ } \operatorname{Aut}(B_{n}, \sigma_{n}), \] où \(\sigma_{n}\) est l'involution \(b \mapsto -b\).

La démonstration est « laissée comme exercice ». Un automorphisme affine du cube fixe son centre de symétrie, donc est linéaire ; il permute les facettes sous-maximales \(\{x_{i} = \pm 1\}\), dont les centres sont les \(\pm e_{i}\) ; et les automorphismes de \((B_{n}, \sigma_{n})\) sont les permutations signées, dont les matrices sont orthogonales. \(W_{n}\) est le groupe hyperoctaédral, d'ordre \(2^{n} n!\), groupe de Weyl des types \(B_{n}\) et \(C_{n}\).46 En marge, la même chose en termes d'une épure quelconque : \(E = \operatorname{Hom}_{\{\pm 1\}}(B, \mathbf{R})\) et \(C = \{\lambda \mid |\lambda(b)| \leq 1 \ \forall b \in B\}\).

Corollaires. Le groupoïde des \(n\)-cubes convexes est équivalent à celui des épures de \(n\)-cubes ; le groupoïde des \(n\)-cubes convexes orientés est équivalent à celui des épures de \(n\)-cubes orientées.

Les deux groupoïdes sont connexes, et leurs groupes d'automorphismes sont \(W_{n}\) et \(\operatorname{Aut}(B_{n}, \sigma_{n})\), identifiés par la proposition. Pour les objets orientés, le sous-groupe des rotations du cube correspond au sous-groupe des automorphismes de l'épure qui opèrent trivialement sur \(\omega_{I} \wedge \bigwedge_{i} B_{i}\) : le déterminant d'une permutation signée est le produit de la signature de la permutation et des signes.

27–30

III. Facettes, seconde rédaction, et polyèdres combinatoires (pages 27 à 30)

27–29

Les facettes reprises (pages 27 à 29)

La page 27 reprend la définition des facettes d'un convexe \(C\) d'un espace vectoriel réel, cette fois comme parties non vides. Le critère qu'elle écrit — tout intervalle ouvert contenu dans \(C\) qui rencontre \(F\) est contenu dans \(F\) — caractérise les réunions de facettes ; les facettes sont les plus petites parties non vides qui le vérifient, et ce sont les classes de la relation \[ R(x,y) : \ x = y \ \text{ou} \ x \text{ et } y \text{ sont dans un même intervalle ouvert contenu dans } C, \] la relation de la page 3. La réflexivité et la symétrie sont évidentes, la transitivité facile, et l'on obtient que \(C\) est la réunion disjointe de ses facettes, qui sont convexes, la facette de \(x\) étant la classe de \(x\).47

Proposition. Soit \(C\) un polyèdre convexe, c'est-à-dire un convexe réunion finie d'enveloppes convexes de parties finies. Alors :

  1. (1)l'ensemble des facettes est fini ;
  2. (2)il existe une unique facette maximale, l'intérieur de \(C\) dans le sous-espace affine qu'il engendre ;
  3. (3)pour toute facette \(F\), \(\overline{F}\) est une réunion de facettes, et \(F\) est l'unique facette contenue dans \(\overline{F}\) de dimension maximale ;
  4. (4)si \(\dim F = d \geq 1\), \(\overline{F}\) contient une facette de dimension \(d - 1\) ; et \(\overline{F} = \overline{F'}\) entraîne \(F = F'\) ;
  5. (5)\(C\) est l'enveloppe convexe de la réunion des facettes minimales, c'est-à-dire de ses points extrémaux.

Ce sont les propriétés de la page 3, pour un polytope.48

Les facettes fermées (page 28). Soient \(C\) polyédral de dimension \(d\), \(A_{C}\) le sous-espace affine qu'il engendre, \(C^{0}\) son intérieur dans \(A_{C}\) — la facette maximale —, de sorte que \(C = \overline{C^{0}}\). Les autres facettes fermées sont les \(H \cap C\), \(H\) hyperplan de \(A_{C}\) ne rencontrant pas \(C^{0}\) ; celles de dimension \(d - 1\) correspondent bijectivement aux \(H\) tels que \(H \cap C\) soit d'intérieur non vide dans \(H\), et ces intérieurs sont les facettes de dimension \(d - 1\). Soit \(C^{1}\) leur réunion, et ainsi de suite. Toute facette fermée de dimension \(\leq d - i\) est de la forme \(L \cap C\), \(L\) sous-espace affine de \(A_{C}\) de dimension \(d - i\) ne rencontrant pas \(C^{0} \cup \cdots \cup C^{i-1}\) ; et parmi ces \(L\), ceux pour lesquels \(L \cap C\) est d'intérieur non vide dans \(L\) correspondent bijectivement aux facettes de dimension \(d - i\), qui sont ces intérieurs.49

L'intersection de deux facettes fermées est une facette fermée, et :

Proposition. Les facettes fermées de \(C\) sont les réunions de facettes qui sont convexes et fermées.

C'est l'énoncé (6) de la page 4. La page 29 rassemble : pour une facette \(F\),

  1. a)\(F = \operatorname{int}_{A_{F}} \overline{F}\) et \(\overline{F} = A_{F} \cap C\), où \(A_{F} = A_{\overline{F}}\) ;
  2. b)une partie \(F' \subset C\) est une facette de \(\overline{F}\) si et seulement si c'est une facette de \(C\) contenue dans \(\overline{F}\) ;
  3. c)\(K \subset C\) est une facette fermée si et seulement si \(K\) est convexe, fermé, et réunion de facettes — d'où la stabilité par intersection ;
  4. d)soit \(\Pi = \mathrm{Fac}(C)\), facette vide comprise. Alors 1° l'ensemble ordonné opposé \(\Pi^{\circ}\) est isomorphe à \(\mathrm{Fac}(C')\) pour un polyèdre convexe \(C'\) de même dimension ; 2° pour \(F' < F''\) dans \(\Pi\), l'intervalle \(\Pi_{F',F''}\) est isomorphe à \(\mathrm{Fac}(K)\) pour un polyèdre convexe \(K\) de dimension \(\dim F'' - \dim F' - 1\).

Ce sont les corollaires 2 et 3 des pages 11 et 12.50

Corollaire. Si \(\dim F'' - \dim F' = 2\), il y a exactement deux facettes \(F\) telles que \(F' < F < F''\) — le losange du corollaire 7 de la page 14.

29–30

Le polyèdre combinatoire : axiomes et recensement (pages 29 et 30)

Définition. Un polyèdre combinatoire est un ensemble ordonné fini \(\Pi\) qui vérifie :

  1. a)\(\Pi\) est un treillis : il a un plus petit et un plus grand élément, et deux éléments ont une borne inférieure et une borne supérieure ;
  2. b)\(\Pi\) vérifie la condition des chaînes : deux chaînes maximales entre deux mêmes éléments ont même longueur ;
  3. c)si \(i < j < k\), \(j\) successeur de \(i\) et \(k\) successeur de \(j\), il existe \(j' \neq j\) tel que \(j'\) soit successeur de \(i\) et \(k\) successeur de \(j'\).

La condition b) est la condition de Jordan–Dedekind.51

Le recensement qui suit demande davantage que c) : il faut que \(j'\) soit unique, c'est-à-dire qu'un intervalle de longueur 2 ait exactement deux éléments intermédiaires — le losange de la page 14, et la condition (\(\Sigma\)) de la page 39. Avec c) seul, un polyèdre combinatoire de dimension 1 pourrait avoir trois éléments incomparables ou plus entre \(0\) et \(1\). On lit donc c) sous cette forme forte.52

Il en résulte : d) tout élément \(i\) de dimension \(\geq 1\) est la borne supérieure des éléments qui lui sont strictement inférieurs, et dualement tout élément de codimension \(\geq 2\) est la borne inférieure des éléments qui lui sont strictement supérieurs. En effet, si \(s = \sup\{j \mid j < i\}\) était \(< i\), \(s\) serait l'unique prédécesseur de \(i\), et, \(s\) n'étant pas \(0\), c) appliqué à un prédécesseur de \(s\) fournirait un second prédécesseur de \(i\).53

Recensement, la dimension étant celle de \(1\), avec \(\dim 0 = -1\) :

LaTeX source
\begin{tikzcd}[column sep=small, row sep=small]
  & 1 & \\
  x \arrow[ur, no head] & & y \arrow[ul, no head] \\
  & 0 \arrow[ul, no head] \arrow[ur, no head] &
\end{tikzcd}

En dimension 2, les axiomes interdisent le digone — deux sommets sur les deux mêmes arêtes n'auraient pas de borne supérieure — mais pas la réunion disjointe de deux triangles : celle-ci est un polyèdre combinatoire qui n'est l'ensemble des facettes d'aucun polyèdre convexe, et c'est ce qui sépare cette notion de celle de polyèdre combinatoire strict. Les contours sont les polygones combinatoires du dossier 89 (pages 19 et 20), non nécessairement connexes.54

32–36

IV. La dimension 2 : cartes lisses combinatoires (pages 32 à 36)

32–33

Drapeaux et involutions (pages 32 et 33)

Les pages 32 à 36 étudient un polyèdre combinatoire de dimension 3 par son bord : les ensembles \(S = \mathfrak{X}_{0}\) des sommets, \(A = \mathfrak{X}_{1}\) des arêtes, \(F = \mathfrak{X}_{2}\) des faces, et les incidences \(\vec{A} \subset S \times A\) (les « arcs tangents », un sommet et une arête qui en part) et \(A^{\uparrow} \subset A \times F\) (les « arcs transverses », une arête et une face qu'elle borde).

LaTeX source
\begin{tikzcd}[column sep=small, row sep=small]
  & \vec{A} \arrow[dl] \arrow[dr] & & A^{\uparrow} \arrow[dl] \arrow[dr] & \\
  S & & A & & F
\end{tikzcd}

Les axiomes :

  1. a)\(\vec{A} \to A\) est un revêtement à deux feuillets : toute arête a deux extrémités ;
  2. a')\(A^{\uparrow} \to A\) est un revêtement à deux feuillets : toute arête borde deux faces ;
  3. b)l'application \(\mathrm{Dr} = \vec{A} \times_{A} A^{\uparrow} \to S \times F\) est à deux feuillets sur son image : entre un sommet et une face incidents, il y a exactement deux arêtes ;
  4. c)pour \(s \in S\), l'ensemble \(\mathfrak{X}_{\geq s}\) des arêtes et des faces incidentes à \(s\) — un graphe, de sommets les arêtes et d'arêtes les faces grâce à b), et un contour grâce à a') — est un polygone, c'est-à-dire un contour non vide et connexe ;
  5. c')dualement, pour \(f \in F\), l'ensemble \(\mathfrak{X}_{\leq f}\) des sommets et des arêtes incidents à \(f\) est un polygone.

Version commune. Adjoignons \(\mathfrak{X}_{-1} = \{0\}\) et \(\mathfrak{X}_{3} = \{1\}\). Les axiomes disent alors : pour \(-1 \leq i < j \leq 3\), \(j - i \geq 2\), \((i,j) \neq (-1, 3)\), \(x \in \mathfrak{X}_{i}\), \(y \in \mathfrak{X}_{j}\), \(x < y\), la réalisation topologique de l'intervalle ouvert \(\mathfrak{X}_{x < \cdot < y}\) est homéomorphe à la sphère \(S^{\,j - i - 2}\) — deux points pour \(j - i = 2\), un cercle pour \(j - i = 3\).55 Le cas exclu \((-1, 3)\) est le bord tout entier, qui n'est pas supposé être une sphère : les conditions disent que sa réalisation est une surface fermée, sans point singulier — d'où, peut-on penser, le mot « lisse ». La page annonce que cela se généralise « aux polyèdres lisses de dimension quelconque ».56

Les involutions. Par a), a') et b), un drapeau \((s, a, f)\) a un unique voisin qui ne diffère que par le sommet, par la face, par l'arête ; d'où trois involutions sans point fixe de \(\mathrm{Dr}\), \(\sigma_{1}\) (changer le sommet), \(\sigma_{2}\) (changer la face) et \(\varepsilon\) (changer l'arête), avec \(\sigma_{1}\sigma_{2} = \sigma_{2}\sigma_{1} =: \sigma\), elle aussi sans point fixe. Les conditions c) et c') assurent que \(S\) et \(F\) sont bien les sommets et les faces de la carte ainsi définie sur l'ensemble \(\mathrm{Dr}\).57

Soient \(\rho_{s} = \varepsilon\sigma_{2}\) et \(\rho_{f} = \sigma_{1}\varepsilon\), les rotations autour d'un sommet et d'une face. On trouve (page 33) :

Ce sont des revêtements doubles de \(S\), \(F\) et \(A\).58 Soit enfin \(A^{\wedge} = \operatorname{Im}(\mathrm{Dr} \to S \times F)\), la relation d'incidence entre sommets et faces — les coins.

LaTeX source
\begin{tikzcd}[column sep=large, row sep=large, nodes={font=\scriptsize}]
  & & \mathrm{Dr} \arrow[dll, "\rho_{s}"'] \arrow[dl, "\sigma_{2}"'] \arrow[d, "\sigma"] \arrow[dr, "\sigma_{1}"] \arrow[drr, "\rho_{f}"] & & \\
  \widetilde{S} \arrow[d, "\sigma_{2}"'] & \vec{A} \arrow[dl] \arrow[dr, "\sigma_{1}"] & \widetilde{A} & A^{\uparrow} \arrow[dl, "\sigma_{2}"'] \arrow[dr] & \widetilde{F} \arrow[d, "\sigma_{1}"] \\
  S & & A & & F
\end{tikzcd}

Chaque flèche étiquetée est le quotient par l'involution, ou le groupe, qui la porte.59

LaTeX source
\begin{tikzcd}[column sep=normal, row sep=normal]
  & \mathrm{Dr} \arrow[dl] \arrow[d] \arrow[dr] & \\
  \widetilde{S} \arrow[d] & A^{\wedge} \arrow[dl] \arrow[dr] & \widetilde{F} \arrow[d] \\
  S & & F
\end{tikzcd}

Un drapeau se projette ainsi sur un sommet orienté, un coin et une face orientée.60

On a des isomorphismes canoniques \[ \mathrm{Dr} \simeq \widetilde{S} \times_{S} \vec{A} \simeq A^{\uparrow} \times_{F} \widetilde{F} \simeq \vec{A} \times_{A} A^{\uparrow} \simeq \vec{A} \times_{A} \widetilde{A} \simeq \widetilde{A} \times_{A} A^{\uparrow} \simeq \widetilde{S} \times_{S} A^{\wedge} \simeq A^{\wedge} \times_{F} \widetilde{F}. \] Par exemple, un sommet orienté et une arête qui en part déterminent la face qui suit l'arête dans l'orientation ; un coin \((s, f)\) et une orientation en \(s\) déterminent celle des deux arêtes du coin qui vient la première. Un drapeau est ainsi la même chose qu'un système d'incidences compatibles entre sommet, arête et face orientés.

34–35

L'axiome D (pages 34 et 35)

Axiome D. Toute partie non vide minorée de \(\mathfrak{X}_{**} = \mathfrak{X}_{0} \cup \mathfrak{X}_{1} \cup \mathfrak{X}_{2}\) a une borne inférieure ; de façon équivalente (lemme ci-dessous), toute partie non vide majorée a une borne supérieure. C'est dire que \(\mathfrak{X}\), augmenté de \(0\) et de \(1\), est un treillis : l'axiome a) de la page 29.

L'ensemble étant fini, il suffit que deux éléments minorés aient une borne inférieure. C'est automatique si l'un est un sommet, ou s'ils sont comparables. Restent trois cas.

  1. 1°)Deux arêtes ayant un sommet commun : elles n'en ont qu'un, ou sont égales ; le graphe \((S, A)\) est simple.
  2. 2°)Deux faces distinctes ayant un sommet commun : leurs minorants communs ont un plus grand élément, c'est-à-dire qu'elles ont en commun soit un seul sommet et aucune arête, soit une seule arête et ses seules extrémités.
  3. 3°)Une arête \(a\) et une face \(f\) non incidentes ayant un sommet commun : la seconde extrémité de \(a\) n'est pas dans \(f\) ; autrement dit, une face incidente aux deux extrémités d'une arête est incidente à l'arête.

Regroupés, ces cas donnent les quatre conditions de la page :

  1. d\(_{1}\))une arête est déterminée par l'ensemble de ses extrémités ;
  2. d\(_{2}\))une face qui contient les deux extrémités d'une arête contient celle-ci ;
  3. d\('_{1}\))une arête est déterminée par l'ensemble de ses deux faces ;
  4. d\('_{2}\))les deux faces d'une arête n'ont pas d'autre sommet commun que ses extrémités ;

d\(_{1}\)) et d\(_{2}\)) disent que toute arête est la borne supérieure de ses deux extrémités, d\('_{1}\)) et d\('_{2}\)) qu'elle est la borne inférieure de ses deux faces. À quoi il faut ajouter la partie du cas 2° que ces quatre conditions ne couvrent pas :

  1. d\(_{3}\))deux faces distinctes qui ont deux sommets communs ont une arête commune.

L'axiome D équivaut à d\(_{1}\)), d\(_{2}\)), d\('_{1}\)), d\('_{2}\)) et d\(_{3}\)).61

Lemme (page 35). Soient \(\mathfrak{X}\) un ensemble ordonné, \(A \subset \mathfrak{X}\), et \(B\) l'ensemble des majorants de \(A\). Par définition, \(\sup A\) existe si et seulement si \(B\) a un plus petit élément.

  1. 1.Si \(A\) a un plus grand élément \(\alpha\), \(\sup A = \alpha\).
  2. 2.\(\sup A\) existe si et seulement si \(\inf B\) existe, et alors \(\inf B = \sup A\).

La nécessité vient de 1, dualisé. Pour la suffisance, soit \(\widetilde{A}\) l'ensemble des minorants de \(B\) ; \(A \subset \widetilde{A}\), et \(\alpha = \inf B\) est le plus grand élément de \(\widetilde{A}\) ; il majore \(\widetilde{A}\), donc \(A\), donc \(\alpha \in B\), et il minore \(B\) : c'est le plus petit élément de \(B\).62

Corollaire. Pour que toute partie minorée non vide de \(\mathfrak{X}\) ait une borne inférieure, il faut et il suffit que toute partie majorée non vide ait une borne supérieure. (Si \(A\) est non vide et majorée, \(B\) est non vide et minorée par les éléments de \(A\).)

36–36

Conséquences de l'axiome D (page 36)

Corollaire 1. Sous l'axiome D, tout sommet est extrémité d'au moins trois arêtes, et toute face a au moins trois arêtes.

Soit \(p(s)\) le nombre d'arêtes issues de \(s\). Par c), \(p(s) \neq 0\). Si \(p(s) = 1\), il n'y aurait entre \(s\) et une face incidente qu'une arête, contre b). Si \(p(s) = 2\), les deux arêtes issues de \(s\) seraient incidentes aux deux mêmes faces, contre d\('_{1}\)). De même pour les faces. L'inégalité \(p(s) \geq 2\) ne dépend pas de D.

Corollaire 2. Sous l'axiome D, toute face est la borne supérieure de l'ensemble de ses sommets, et de celui de ses arêtes ; tout sommet est la borne inférieure de l'ensemble des faces qui y aboutissent, et de celui des arêtes qui en partent.63

37–38

V. Ensembles ordonnés à intervalles sphériques (pages 37 et 38)

Soit \(\mathfrak{X}\) un ensemble ordonné fini, sans hypothèse de plus petit ou de plus grand élément, et \(|\mathfrak{X}|\) sa réalisation topologique — le complexe simplicial des chaînes —, avec sa décomposition canonique en les parties fermées \(|\mathfrak{X}_{\leq x}|\), qui identifie \(\mathfrak{X}\) à un ensemble ordonné de parties fermées recouvrant \(|\mathfrak{X}|\). Hypothèse :

(R) pour tout \(x \in \mathfrak{X}\), \(|\mathfrak{X}_{< x}|\) est une sphère topologique,

l'espace vide comptant pour la sphère de dimension \(-1\). Posons \(\delta(x) = \dim |\mathfrak{X}_{<x}| + 1 = \dim |\mathfrak{X}_{\leq x}|\), la seconde réalisation étant le cône sur la première.64

Proposition. \(\delta\) est strictement croissante, et \(\delta(y) = \delta(x) + 1\) si et seulement si \(y\) est un successeur de \(x\).

Si \(x < y\), \(|\mathfrak{X}_{\leq x}| \subset |\mathfrak{X}_{<y}|\), d'où \(\delta(x) < \delta(y)\) ; il en résulte que \(\delta(y) = \delta(x) + 1\) force \(y\) à être un successeur de \(x\). Inversement, si \(y\) est un successeur de \(x\), \(x\) est un élément maximal de \(\mathfrak{X}_{<y}\) ; une chaîne maximale de \(\mathfrak{X}_{\leq x}\) est alors une chaîne maximale de \(\mathfrak{X}_{<y}\), donc un simplexe maximal de la sphère \(|\mathfrak{X}_{<y}|\), de dimension \(d = \delta(y) - 1\) ; il est contenu dans \(|\mathfrak{X}_{\leq x}|\), d'où \(\delta(x) \geq d\), et \(\delta(x) = \delta(y) - 1\). L'argument n'utilise que la pureté des triangulations des variétés topologiques : il suffit que \(|\mathfrak{X}_{<y}|\) soit une variété.65

Corollaire. Sous (R), \(\mathfrak{X}\) vérifie la condition des chaînes, et \(\delta\) est l'unique fonction \(\mathfrak{X} \to \mathbf{N}\) qui augmente de 1 d'un élément à un successeur et vaut \(0\) sur les éléments minimaux.

Proposition. Sous (R), pour \(x < y\), la réalisation de l'intervalle ouvert \(\mathfrak{X}_{x < \cdot < y}\) a l'homologie d'une sphère de dimension \(\delta(y) - \delta(x) - 2\).

Elle résulte du

Lemme. Soit \(\mathfrak{Y}\) un ensemble ordonné fini dont la réalisation est une variété topologique de dimension \(d\). Pour tous \(z < x\) de \(\mathfrak{Y}\), \(|\mathfrak{Y}_{>x}|\), \(|\mathfrak{Y}_{<x}|\) et \(|\mathfrak{Y}_{z < \cdot < x}|\) ont l'homologie de sphères de dimensions respectives \(d - \delta(x) - 1\), \(\delta(x) - 1\) et \(\delta(x) - \delta(z) - 2\).

En effet, le link du sommet \(x\) dans le complexe des chaînes est le joint \(|\mathfrak{Y}_{<x}| * |\mathfrak{Y}_{>x}|\), qui a l'homologie d'une sphère de dimension \(d - 1\), et un joint n'a l'homologie d'une sphère que si ses deux facteurs l'ont ; on applique ensuite le lemme à \(\mathfrak{Y} = \mathfrak{X}_{<y}\), de dimension \(\delta(y) - 1\). L'énoncé en sphères topologiques, celui de la page, demande davantage.66

39–40

VI. Le losange et les repères (pages 39 et 40)

Soit \(\mathfrak{X}\) un ensemble ordonné fini, et \(\overline{\mathfrak{X}}\) l'ensemble obtenu en lui adjoignant un plus petit élément. On suppose :

(\(\Sigma\)) Si \(x \in \overline{\mathfrak{X}}\), \(y\) est un successeur de \(x\) et \(z\) un successeur de \(y\), il existe un unique \(y' \in \mathfrak{X}\), \(y' \neq y\), tel que \(x < y' < z\).

C'est la propriété du losange, sous sa forme forte : l'intervalle ouvert \(]x, z[\) est exactement \(\{y, y'\}\).67 L'élément \(y'\), noté \(\sigma_{x,z}(y)\), est un successeur de \(x\), et \(z\) en est un successeur : si l'on avait \(x < y'' < y'\), on aurait \(x < y'' < z\) et \(y'' \neq y'\), donc \(y'' = y\), et \(y < y' < z\), contre l'hypothèse que \(z\) est un successeur de \(y\) ; de même de l'autre côté.

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\begin{tikzcd}[column sep=small, row sep=small]
  & y' \arrow[dr] & \\
  x \arrow[ur] \arrow[dr] & & z \\
  & y \arrow[ur] &
\end{tikzcd}

Repères. Supposons de plus que les chaînes maximales issues d'un même élément aient toutes même longueur.68 Un \(n\)-repère de \(\mathfrak{X}\) est une suite \(x_{0}, x_{1}, \ldots, x_{n}\) où \(x_{0}\) est un élément minimal et \(x_{i+1}\) un successeur de \(x_{i}\) ; soit \(R_{n}(\mathfrak{X})\) leur ensemble — ce sont des drapeaux. On a :

  1. a)l'application d'oubli \(p_{n} : R_{n} \to R_{n-1}\), pour \(n \geq 1\) ;
  2. b)des opérations \(\sigma_{0}, \ldots, \sigma_{n-1}\) sur \(R_{n}\), où \(\sigma_{i}\) remplace \(x_{i}\) par \(\sigma_{x_{i-1}, x_{i+1}}(x_{i})\), avec la convention que \(x_{-1}\) est l'élément adjoint.

Ce sont des drapeaux munis de leurs opérations élémentaires.69

Propositions.

  1. a)Les \(\sigma_{i}\) sont des involutions.
  2. b)Si \(0 \leq i < j \leq n - 1\) et \(j \neq i + 1\), \(\sigma_{i}\) et \(\sigma_{j}\) commutent.
  3. c)Si \(0 \leq i_{1} < \cdots < i_{\nu} \leq n - 1\), \(\nu \geq 1\), sans deux indices consécutifs, l'involution \(\sigma_{i_{1}} \cdots \sigma_{i_{\nu}}\) est sans point fixe.
  4. d)Pour \(p < n\), la projection \(R_{n} \to R_{p}\) commute à \(\sigma_{0}, \ldots, \sigma_{p-1}\), et rend \(\sigma_{p+1}, \ldots, \sigma_{n-1}\) triviales sur \(R_{p}\).

Ces énoncés sont ceux de la page.70 Les trois premiers énoncés viennent de ce que \(\sigma_{i}\) ne change que la \(i\)-ième place, et la change effectivement. Pour un polyèdre convexe et \(\mathfrak{X} = \mathrm{Fac}(C)\) privé de la facette vide, \(\sigma_{i}\) change la facette de dimension \(i\) du drapeau : ce sont les opérations du dossier 88 (pages 6 à 8) sur les repères du complexe de Coxeter, où les produits \(\sigma_{i}\sigma_{i+1}\) ont des ordres que les pages calculent ; ici rien n'est dit de ces produits. Pour retrouver la troisième involution \(\sigma_{2}\) des cartes de la page 32, qui change la face, il faut que \(\mathfrak{X}\) contienne son plus grand élément : les drapeaux de la carte sont alors les \(3\)-repères, qui finissent tous en \(1\), comme dans la « version commune » de la page 32.

La moitié supérieure de la page 40, barrée, revient aux cartes de dimension 2 : une arête a exactement deux sommets, entre un sommet et une face il y a exactement deux arêtes, et une condition de connexité ; en marge, des suites \(x_{0}, \ldots, x_{n}\) et quelques croquis de sommets et d'arêtes. Le dossier s'arrête là.

Notes

  1. Le mot « facette » est celui de Bourbaki pour les arrangements d'hyperplans (Groupes et algèbres de Lie, chapitre V), avec le même sens de partie ouverte dans son sous-espace affine ; le rapprochement est le nôtre. ↩
  2. La page écrit \(A\) avec un exposant qui réunit la flèche verticale de \(A^{\uparrow}\) et la flèche horizontale de \(\vec{A}\). La lettre \(\mathfrak{X}\) des pages 32 à 40 rend un \(X\) cursif. ↩
  3. Les trois formules de b) portent sur la page le signe d'intersection ; ce sont des réunions — une intersection de parties de droites distinctes passant par \(x\) se réduirait à \(\{x\}\) ou à rien. Pour la première, si \(y\) est intérieur au segment \(D \cap C\) de la droite \(D = (xy)\), \(y\) est dans un segment ouvert \(]x, z[\) avec \(z \in C\), donc intérieur à \(C\) puisque \(x\) l'est. Dans c), « parallèles » est une lecture incertaine ; l'homéomorphisme est l'homéomorphisme radial défini par les jauges de \(C - x\) et \(C' - x'\), et son unicité vient de ce qu'un homéomorphisme envoie le bord sur le bord (invariance du domaine). ↩
  4. Une incise biffée et incertaine, « on exclut donc les \(F \neq \emptyset\) », suit la définition. La facette vide est utilisée aux pages 13 et 14 comme plus petit élément (\(d(\emptyset) = -1\)), et on la garde. ↩
  5. Ce dictionnaire, et le mot « face » au sens de Rockafellar (une partie convexe \(G\) de \(C\) telle que tout segment de \(C\) dont un point intérieur est dans \(G\) y soit tout entier), sont les nôtres. ↩
  6. Sur la page, une abréviation lue « \(\mathrm{Fac}(C)\) » dans tout le dossier ; l'indice de \(E_{C}\) est un \(C\) appuyé. ↩
  7. Un mot noirci précède \(F_{x}\) dans cette ligne ; la page écrit \(\prec\). ↩
  8. La page conclut aux sup quelconques « pourvu que \(\dim C < +\infty\) » (deux mots incertains) ; l'hypothèse n'est pas nécessaire. La stabilité des facettes fermées par intersections quelconques est dite elle-même un peu plus bas sur la page. ↩
  9. La page énonce l'équivalence sans restriction (« car \(\dim E < \infty\) », les mots « relat. » et « majorées » étant incertains). Elle est fausse en général : dans un disque fermé, la réunion des points d'un arc ouvert du cercle est une réunion de facettes (des points extrémaux), \(\Phi\) est stable par descente, et l'arc n'est pas fermé. Elle est vraie si \(\mathrm{Fac}(C)\) est fini, \(C'\) étant alors une réunion finie de faces, qui sont fermées dans \(C\). ↩
  10. La page écrit « que \(\Phi\) soit fermé, convexe et réunion de facettes », mêlant \(\Phi\) et \(C'\), et la numérotation hésite entre (5) et (6). La démonstration de l'équivalence est la suivante : si \(C'\) est une telle réunion et \(x\) un point de son intérieur relatif, tout \(y \in C'\) est le bout d'un segment de \(C'\) dont \(x\) est un point intérieur, donc \(C' \subset \overline{F_{x}} \cap C\) ; l'inclusion inverse vient de ce que \(C'\) est fermé dans \(C\) et contient \(F_{x}\). La même caractérisation revient page 29, c). ↩
  11. C'est le théorème de Minkowski, cas de la dimension finie du théorème de Krein–Milman, où l'adhérence est inutile ; les noms ne sont pas sur la page. ↩
  12. La page dit seulement « espaces vectoriels duals l'un de l'autre » ; toute la suite est en dimension finie, et c'est l'hypothèse sous laquelle le théorème de Hahn–Banach est démontré page 7. En dimension infinie, il faudrait des topologies compatibles avec la dualité. ↩
  13. Sur la page, aucun signe de polaire sur le membre de gauche de la première formule ni sur les arguments du second membre de la seconde. Les deux critères de compacité sont énoncés sans hypothèse ; l'hypothèse est fournie par nous. ↩
  14. La ligne, marquée d'un grand crochet, est en partie biffée et un mot en est illisible : « Le théorème est conséquence […] est équivalent ». ↩
  15. La page saute de « il suffit de prouver que \(\exists F' \supset F\) […] \(\dim F' = \dim F + 1\) » à la suite sans écrire \(F' \cap U = \emptyset\), qu'on rétablit, et ne dit pas comment on trouve la droite (« Dans les deux cas on gagne… »). Le même mot, illisible, ouvre deux phrases de la démonstration. ↩
  16. Le nom est le nôtre. La précision « issues d'une origine » est d'une lecture incertaine. L'adhérence est nécessaire dans b) quand les demi-droites ont une même origine : l'enveloppe convexe de \(\{v\}\) et d'une demi-droite issue de \(x \neq v\) ne contient pas la demi-droite parallèle issue de \(v\), que contient son adhérence. ↩
  17. Un premier essai, encadré et barré, où se lisent « a) \(\Rightarrow\) b) », « b) \(\Rightarrow\) a) » et « on gagne par polarité », est remplacé par ce qui suit. « \(C\) engendre \(E\) » est une lecture incertaine. ↩
  18. La page dit seulement « d'après ce qui précède » ; le recentrage de l'origine, nécessaire pour appliquer b) \(\Rightarrow\) a) à \(C'\), est explicité par nous. ↩
  19. La page met « compact » dans l'hypothèse (lecture incertaine) ; l'énoncé et la démonstration n'en ont pas besoin. ↩
  20. La page note \(\nu\) d'après une ligne biffée, « sur \(\nu = n + \dim E\) » ; un croquis en marge montre une bande entre deux droites parallèles. ↩
  21. L'exposant de \(F^{\vee}\) est sur la page un petit rond ouvert, tracé autrement que le \(^{\circ}\) des polaires, et le bord est noté par un point en exposant, comme \(\dot{C}\) page 2. ↩
  22. Les deux « i.e. » de la page écrivent \(0 \in E_{F}\) et \(0' \in E_{F'}\) ; c'est \(\notin\) qu'il faut, pour que \((E_{F})^{\vee}\) soit défini. L'équivalence entre \(0 \notin \overline{F}\) et \(0 \notin E_{F}\) vient de \(E_{F} \cap C = \overline{F} \cap C\) (page 3, (2)). Exemple : pour \(C = [-1, +\infty[\) dans \(\mathbf{R}\), \(C' = [0, 1]\), et \(\varphi\) envoie \(\{-1\}\) sur \(\{1\}\) ; la facette \(\{0\}\) de \(C'\), dont la variété d'appui contient l'origine, traduit le fait que \(C\) n'est pas borné. ↩
  23. Les noms « polytope dual », « treillis des faces » sont les nôtres. ↩
  24. La notion n'est définie sur aucun feuillet du dossier ; la définition est notre lecture. Elle est la seule sous laquelle « a) résulte du Cor. 2 » a un sens, et la page 29 donne, sans le mot « strict », une définition axiomatique qui laisse passer des objets qui ne sont pas de cette forme (page 30). ↩
  25. La dimension de \(K\) n'est pas sur la page 12 ; elle est donnée page 29, 2°, où \(\delta = \dim F'' - \dim F' - 1\). C'est le résultat classique selon lequel les intervalles d'un treillis des faces de polytope sont des treillis des faces de polytopes (figures de faces). ↩
  26. Plusieurs mots de cet argument sont incertains : « dualité », le signe \(=\) dans « \(\dim C = 0\) ou \(-1\) », « vide », « trivial ». La page passe aussi par la facette maximale avant de passer aux polaires. ↩
  27. Une démonstration par récurrence sur \(\dim F\) est encadrée et barrée ; « Formel » est une lecture incertaine. ↩
  28. Le nom est le nôtre ; il est d'usage dans la théorie des polytopes abstraits (Danzer, McMullen et Schulte), qui prend précisément pour axiomes des ensembles ordonnés gradués ayant cette propriété. ↩
  29. « \(n\)-cube » et la notation \(\mathrm{Espaff}(E)\) de l'ensemble des sous-espaces affines sont des lectures incertaines. ↩
  30. L'exposant est fait de deux petits signes, lus \(**\). ↩
  31. La page écrit « injective par b) » ; l'injectivité vient de a), puisque \(V\) est l'intersection des éléments de \(B_{V}\), et b) donne que \(B_{V}\) est une section partielle. Le dernier tiers de la page 17, serré et en surcharge, n'est lu que par fragments. ↩
  32. « Quadrilatère » est une lecture incertaine, appuyée sur le croquis. ↩
  33. La page écrit « l'espace des translations \(T\) de \(V\) » ; c'est \(E\). La lettre rendue \(\mathbb{H}\) est un \(H\) barré de traits verticaux. L'indépendance des directions n'est pas justifiée sur la page. ↩
  34. La page dit qu'elle équivaut « à la donnée d'une [mot illisible] de \(n\)-cube » ; c'est l'objet que la page 21 appellera épure de \(n\)-cube, mais on ne prétend pas lire le mot. ↩
  35. « comm. » est récrit au-dessus de la ligne ; la lecture est incertaine. ↩
  36. La condition \(\operatorname{card} B_{i} = 2\) demande seulement \(b \neq -b\), c'est-à-dire \(2 \neq 0\) dans \(k\) ; l'inversibilité de \(2\) sert au paragraphe suivant. La page note les deux catégories \(C_{n}\) et \(\mathcal{D}_{n}\) ; on écrit \(\mathcal{C}_{n}\) pour éviter la confusion avec le cube \(C_{n}\) de la page 26. Le mot « cube » de la marge est incertain, et « combinatoire » y est biffé. ↩
  37. Ce rapprochement des deux modèles est le nôtre ; il explique l'hypothèse « \(2\) inversible ». ↩
  38. « de produit scalaire » est un ajout interlinéaire incertain, et « bilinéaire » une lecture incertaine. ↩
  39. Le mot « sur \(\mathbf{R}\) » est un petit « \(R\) » écrit sous la ligne après « bases » ; c'est lui qui fixe le cadre réel de ce paragraphe. La marge porte « […] vérifier : ». En bas de page, souligné comme un titre : « épure de \(n\)-cube orienté ». ↩
  40. Un ajout interlinéaire, « \(\neq\) l'unique facette maxim. ? », semble exclure la facette maximale, ce que fait la liste \(\Phi_{0}, \ldots, \Phi_{n-1}\) qui suit. ↩
  41. La page écrit \(0 \leq i \leq n\) pour les relations d'incidence, alors que la liste s'arrête à \(\Phi_{n-1}\). ↩
  42. Ce dernier énoncé est le nôtre. La page note \(\mathcal{R}\) et \(\mathcal{B}\) par moments pour \(R\) et \(B\). ↩
  43. La page dit que deux facettes sous-maximales distinctes « ne se rencontrent pas » ; deux facettes distinctes ne se rencontrent jamais, et l'énoncé porte sur leurs adhérences. Le « ne » est un ajout interlinéaire. ↩
  44. Une hypothèse biffée demandait des fibres d'au moins deux éléments ; elle est en effet inutile. La surjectivité sert à ce que \(b\) et \(b'\) de fibres distinctes soient prolongés par une même section. ↩
  45. La pleine fidélité tient à ce qu'un isomorphisme de \(\mathcal{P}(p)\) est déterminé par son action sur les successeurs de la section vide, toute section partielle étant la borne supérieure de ceux qu'elle prolonge ; la page ne le dit pas. ↩
  46. La page remarque que « \(B_{n}\) est l'ens. des pts extrémaux du convexe \(C_{n}\) » : c'est inexact, les points extrémaux de \(C_{n}\) étant les \(2^{n}\) points \((\pm 1, \ldots, \pm 1)\). \(B_{n}\) est l'ensemble des centres des facettes sous-maximales de \(C_{n}\), c'est-à-dire, au signe de la convention près, l'ensemble des points extrémaux du polaire \(C_{n}^{\circ}\), l'hyperoctaèdre \(\{\sum |x_{i}| \leq 1\}\). La démonstration ci-dessus et les noms « hyperoctaédral », « groupe de Weyl » sont les nôtres — la notation \(W_{n}\) est la sienne ; pour les groupes de Weyl dans ces dossiers, voir le dossier 88. \(\sigma_{n}\) est une lecture incertaine. ↩
  47. La première rédaction de la définition, entre crochets, est encadrée et barrée. Dans la seconde, la page écrit « si \(x\) est une extrémité de \(C \cap D_{xy}\) (i.e. s'il existe \(x', y'\) … tels que \(x, y\) soient intérieurs entre \(x'\) et \(y'\)) » : la parenthèse dit le contraire de ce qui précède, et c'est elle qu'on suit. Telle quelle, la définition admettrait toute réunion de facettes ; la fin de la page, « l'ens. des \(y\) tels que \(R(x,y)\) est l'unique facette qui contient \(x\) », montre que ce sont les classes qui sont visées. Un croquis de triangle illustre la transitivité. ↩
  48. Les numéros sont entourés sur la page. L'article (6), comme la fin de (5), est écrit en oblique dans un coin et ne se lit pas au-delà de quelques mots. En (4), la page écrit « si \(\dim F = d\) » ; la facette vide étant exclue dans cette rédaction, il faut \(d \geq 1\). Une marge propose « ou encore : int. finie de demi-espaces fermés » comme autre définition de polyèdre ; c'est celle des secteurs polyédraux de la page 10, et elle ne convient qu'avec la compacité : une droite entière est une intersection finie (vide) de demi-espaces, et ne vérifie ni (4) ni (5). ↩
  49. La page affirme que les facettes fermées de dimension \(\leq d - i\) sont les \(L \cap C\) ; pour \(i \geq 2\), la réciproque est fausse. Dans un cube de dimension 3, une droite qui passe par le milieu d'une arête, transversalement et hors du cube, ne rencontre ni l'intérieur ni les faces carrées ouvertes, et coupe le cube en un point qui n'est pas un sommet. La correspondance avec les facettes de dimension exactement \(d - i\), elle, est juste. On note \(L\) ce que la page note \(F\), réservé ici aux facettes. ↩
  50. En b), la page écrit « facette de \(F\) » pour « facette de \(\overline{F}\) ». En d), elle écrit « partie polyédrale » pour \(C'\), et « \(\Pi_{F}\) » pour \(\Pi_{F',F''}\). La facette vide, exclue page 27, doit être comptée pour que 1° et 2° soient vrais : sans elle, \(\Pi\) n'a pas de plus petit élément et \(\Pi^{\circ}\) pas de plus grand. Ce sont les corollaires 2 et 3 des pages 11 et 12. ↩
  51. La lecture de b) comme condition de Jordan–Dedekind, c'est-à-dire comme graduation, est la nôtre ; c'est elle qu'utilise le recensement. Un petit croquis en marge montre quatre segments issus d'un point, dans un cercle. ↩
  52. La page écrit « il existe \(j'\) », sans unicité, et compte aussitôt « quatre éléments » en dimension 1. ↩
  53. La page énonce d) pour « \(i\) non minimal » et « \(i\) non maximal », ajouts qui remplacent une incise biffée ; une flèche la relie à c). Pour un sommet (successeur de \(0\)), les éléments strictement inférieurs se réduisent à \(0\), dont la borne supérieure n'est pas le sommet : il faut exclure les sommets, et dualement les éléments dont \(1\) est successeur. ↩
  54. À droite de la page, un hexagone dont un sommet est marqué et un pentagone. Pour la dimension 3, la page écrit « un contour convexe » pour les éléments au-dessus d'un sommet, puis « un contour » suivi de « (\(\pi_{0} = 0\)) », lecture incertaine ; c'est la connexité que demandent les conditions c) et c') de la page 32, et on l'écrit. ↩
  55. La page écrit \(S^{\delta - 1}\), \(\delta = j - i\) ; c'est \(S^{\delta - 2}\) : entre \(0\) et une arête, \(\delta = 2\), il y a deux sommets, soit \(S^{0}\). La formule de la page 38, \(\delta(y) - \delta(x) - 2\), est la bonne. « \(\delta =\) » est entouré sur la page ; l'indice de \(\mathfrak{X}\) est lu d'après la définition qui le suit. ↩
  56. L'interprétation de « lisse » est la nôtre. ↩
  57. Ce sont les opérations \(\sigma_{0}\), \(\sigma_{1}\), \(\sigma_{2}\) du dossier 88 (page 10) et de l'Esquisse d'un programme : \(\sigma_{1}\), \(\varepsilon\), \(\sigma_{2}\) ici sont respectivement \(\sigma_{0}\), \(\sigma_{1}\), \(\sigma_{2}\) là, et la relation \(\sigma_{1}\sigma_{2} = \sigma_{2}\sigma_{1}\) est \((\sigma_{0}\sigma_{2})^{2} = 1\). Le dictionnaire est le nôtre ; la page ne dit pas laquelle des trois opérations change quoi, et on le lit sur les flèches étiquetées du diagramme de la page 33. ↩
  58. La page note les quotients \(A^{\llcorner\!\to}/\rho_{s}\) et \(A^{\llcorner\!\to}/\rho_{f}\) sans définir \(\rho_{s}\), \(\rho_{f}\) ; on les prend au sens du dossier 88 et de l'Esquisse. « Portés » est une lecture incertaine. ↩
  59. Sur la page, la flèche \(\widetilde{S} \to S\) porte \(\sigma_{1}\) et la flèche \(\widetilde{F} \to F\) porte \(\sigma_{2}\). Avec le sens que les quatre autres flèches étiquetées donnent à \(\sigma_{1}\) (changer le sommet) et à \(\sigma_{2}\) (changer la face), ce n'est pas possible : le passage de \(\widetilde{S}\) à \(S\) oublie l'orientation en un sommet fixé, que renverse \(\sigma_{2}\) ou \(\varepsilon\), non \(\sigma_{1}\), qui change le sommet. On échange les deux étiquettes. Le \(\sigma_{2}\) de la flèche \(\mathrm{Dr} \to \vec{A}\) est lui-même une lecture incertaine. Sous \(\widetilde{A}\) la page écrit « \(\sigma_{1} \updownarrow \sigma_{2}\) », sans flèche vers \(A\), et on n'en ajoute pas. ↩
  60. Le trait de \(\widetilde{F}\) à \(F\) n'a pas de pointe sur la page ; c'est la projection, comme à gauche. ↩
  61. La page arrête la liste à d\('_{2}\)), et la page 36 appelle « \(D = \) d) + d') » leur conjonction. La condition d\(_{3}\)) n'en découle pas : sur le tore \(\mathbf{R}^{2}/\Lambda\), \(\Lambda\) engendré par \((2,2)\) et \((3,-3)\), le quadrillage entier donne une carte de 12 sommets, 24 arêtes et 12 faces carrées qui vérifie a) à c') et les quatre conditions de la page, mais où les carrés de coins \((0,0)\) et \((1,1)\) ont en commun les sommets \((1,1)\) et \((2,2) \equiv (0,0)\), sans arête commune ; ces deux faces n'ont pas de borne inférieure. (Vérification de l'édition, faite par un calcul.) Le cas 2° de la page dit d'ailleurs, en partie illisible, que deux faces « qui ont en commun deux sommets » les ont « liés par l'arête qui les joint » : c'est d\(_{3}\)), que le regroupement a perdu. Le paragraphe qui précède les trois cas est encadré et barré ; il réduisait D à « au moins trois arêtes en chaque sommet ». ↩
  62. « néc. » est une lecture incertaine. Pour \(A = \emptyset\), \(B = \mathfrak{X}\), et \(\sup \emptyset\) existe si et seulement si \(\mathfrak{X}\) a un plus petit élément, comme la page le note. ↩
  63. Ces deux corollaires n'utilisent que d\(_{1}\)), d\(_{2}\)), d\('_{1}\)), d\('_{2}\)) : une autre face contenant les sommets d'une face \(f\), au moins trois, en contiendrait les arêtes par d\(_{2}\)), et partagerait avec \(f\) au moins trois arêtes, contre d\('_{1}\)). La démonstration est la nôtre ; la page n'en donne pas pour le corollaire 2. ↩
  64. (R) est la condition qui définit aujourd'hui les ensembles ordonnés CW de Björner (1984), ensembles des cellules des complexes CW réguliers, \(|\mathfrak{X}_{\leq x}|\) étant alors une boule. Le nom est le nôtre. ↩
  65. La page conclut de même entre crochets, avec en marge « vérifier en général pour variété » ; la vérification est faite : une variété topologique triangulée est pure, par l'invariance du domaine. ↩
  66. La page énonce la proposition et le lemme avec « sphère topologique », sans démonstration du lemme, et donne pour \(|\mathfrak{Y}_{>x}|\) la dimension \(d - \delta(x) - 2\) : c'est \(d - \delta(x) - 1\) (sur le bord d'un triangle, \(d = 1\), un sommet est sous deux arêtes, soit \(S^{0}\)). Surtout, l'énoncé avec des sphères topologiques est faux en général. Par le théorème de la double suspension (Edwards, Cannon, années 1970), la double suspension \(\Sigma^{2} P\) d'une sphère d'homologie \(P\) de dimension 3 non simplement connexe est homéomorphe à \(S^{5}\) ; si l'on triangule \(\Sigma^{2} P\), et qu'on prend pour \(\mathfrak{X}\) l'ensemble de ses simplexes augmenté d'un plus grand élément, (R) est vérifiée, mais l'intervalle ouvert entre un point de suspension et le plus grand élément se réalise en \(\Sigma P\), qui n'est pas une variété. Ce qui reste vrai est l'énoncé en homologie, écrit ici, ou l'énoncé avec des sphères pour les ensembles de facettes de polyèdres convexes, dont les intervalles sont encore de tels ensembles (corollaire 3 de la page 12), et dans les petites dimensions de la page 32. La démonstration du lemme est la nôtre. ↩
  67. Deux lignes et demie barrées suivent l'énoncé, avec un ajout interlinéaire lui-même barré. Les ensembles ordonnés gradués dont tous les intervalles de longueur 2 sont des losanges sont appelés aujourd'hui minces (Björner) ; le mot est le nôtre. ↩
  68. Hypothèse écrite en long dans la marge gauche ; « issues de \(x\) » est une lecture incertaine. ↩
  69. La définition de \(\sigma_{i}\) n'est pas écrite sur la page ; c'est la seule que (\(\Sigma\)) permette, et c'est elle qui rend nécessaire l'élément adjoint de \(\overline{\mathfrak{X}}\), pour \(\sigma_{0}\). ↩
  70. En b), la page suppose \(n \geq 3\), qui est ce qu'il faut pour que de tels couples existent. Pour d), la fin est la ligne non barrée de la page 40, « … en faisant que \(\sigma_{n-1}, \ldots, \sigma_{p+1}\) triviales sur \(R_{p}\) ». ↩