Cote n° 83 · batch 12 · pages 221–221
· Transcription · [Icosaèdres, bi-icosaèdres et algèbres d'Azumaya de rang 4] : notes manuscrites (1982-1983, 1986, s.d.).
Datation de l’inventaire : 1982-1986
Édition de démonstration
221feuillet dactylographié de sa main, paginé « L 19 » en tête, avec quelques corrections manuscrites à l'encre bleue ; ce n'est pas une page de mathématiques. Le texte commence au milieu d'une phrase venue de la page précédente du dactylogramme, absente de ce lot, et s'interrompt en fin de page au milieu d'une parenthèse. Les mots dactylographiés en lettres espacées sont rendus en italique ; les renvois (*), (**), … visent des notes qui ne figurent pas sur ce feuillet.
Récoltes et Semailles j'ai pu me rendre compte, et de façon saisissante en ces tout derniers mois surtout (avec l'écriture des Quatre Opérations), qu'il y a eu depuis mon départ de la scène mathématique une stupéfiante dégradation dans l'esprit qui aujourd'hui fait loi dans les milieux que j'avais connus, et (me semble-t-il, dans une large mesure au moins) dans le monde mathématique en général (*). Il est possible même, […] autant par ma personnalité mathématique très particulière que par les conditions qui ont entouré mon départ, que celui-ci ait agi comme un catalyseur dans une évolution qui était déjà en train de se faire (**) – une évolution dont je n'ai ⌜alors⌝ rien su percevoir (pas plus qu'aucun autre de mes collègues et amis, à la seule exception peut-être de Claude Chevalley). L'aspect de cette dégradation auquel je pense surtout ici (qui ⌜en⌝ est ⌜juste⌝ un aspect parmi de nombreux autres (***)) est le mépris tacite, quand ce n'est la dérision sans équivoque, à l'encontre de ce qui (en mathématique, en l'occurence) ne s'apparente pas au pur travail du marteau sur l'enclume ou sur le burin – le mépris des processus créateurs les plus délicats (et parf souvent de moindre apparence⌜)⌝ ; de tout ce qui est inspiration, inspiration, rêve, vision (si puissantes et si fertiles soient-elles), et même (à la limite) de toute idée, si clairement conçue et formulée soit-elle : de tout ce qui n'est écrit et publié noir sur blanc, sous forme d'énoncés purs et durs, répertoriables et répertoriés, mûrs pour les « banques de données » engouffrés dans les inépuisables mémoires de nos mégaordinateurs.le mot « engouffrés » est frappé par-dessus une première frappe que les surcharges rendent illisible.
Il y a eu (pour reprendre une expression de C.L. Siegel (****)) un extraordinaire […] « aplatissement », un « rétrécissement » de la pensée mathématique, dépouillée d'une dimension essentielle, de tout son « versant d'ombre », du versant « féminin ». Il est vrai que par une tradition ancestrale, ce versant-là du travail de découverte restait dans une large mesure occulté, personne (autant dire) n'en parlait jamais – mais le contact ⌜vivant⌝ avec les sources profondes du rêve, qui alimentent les grandes visions et les grands desseins, n'avait jamais encore (à ma connaissance) été perdu. Il semblerait que ⌜dès à⌝ présent nous soyons déjà entrés dans une époque de dessèchement, où cette source est, non point tarie certes, mais où l'accès à elle est condamnée, par le verdict sans appel du mépris général et par les représailles de la dérision.« verdict sans » et « dérision » sont soulignés à l'encre bleue ; deux traits obliques à l'encre bleue, après « aplatissement » et entre « mesure » et « occulté », séparent des mots ; un double trait vertical bleu marque ensuite un alinéa.
Nous voilà approcher du moment, semble-t-il, où sera éradiqué en chacun non seulement le souvenir de tout travail proche de la source, du travail « au féminin » (ridiculisé