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      <titleStmt>
        <title>Fonds Grothendieck, cote n° 6, pages 1–20 — transcription</title>
        <author>Alexandre Grothendieck</author>
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          <resp>transcription automatique — première passe, non vérifiée contre les pages par une personne (<date when="2026-09-26">2026-09-26</date>)</resp>
          <name xml:id="pass" type="model">Opus 5.5 (claude-opus-5-5)</name>
        </respStmt>
        <respStmt>
          <resp>procédure, outillage, export TEI</resp>
          <orgName xml:id="ed">grothendieck.commutator.io (Commutator, Paris)</orgName>
        </respStmt>
      </titleStmt>
      <editionStmt>
        <edition>Édition de démonstration</edition>
      </editionStmt>
      <publicationStmt>
        <publisher>Commutator</publisher>
        <pubPlace>Paris</pubPlace>
        <date when="2026-09-26">2026-09-26</date>
        <availability status="restricted">
          <p>Le fonds Alexandre Grothendieck est sous droits. Cette transcription
          est une édition de démonstration, non autorisée, produite par une
          machine et non vérifiée ; aucune image du fonds n'est reproduite. La
          source LaTeX dont ce fichier dérive est publiée sous https://github.com/Commutator-IO/grothendieck-project.</p>
        </availability>
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      </publicationStmt>
      <sourceDesc>
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          <msIdentifier>
            <country>France</country>
            <settlement>Montpellier</settlement>
            <repository>Université de Montpellier</repository>
            <collection>Fonds Alexandre Grothendieck (archives mathématiques, 1949–1991)</collection>
            <idno type="cote">6</idno>
          </msIdentifier>
          <head>Lettre Tate (mai 66) (Cristaux) : lettre (1966), tapuscrit (s.d.), notes manuscrites (s.d.)</head>
          <msContents>
            <summary>Pages 1 à 20 de la cote, dans la
            numérotation des archivistes (crayon, en bas à gauche de chaque
            page) ; lot 1 de vingt pages.
            Les pages absentes de la transcription ne portent pas de
            mathématiques et sont omises ; le saut dans la numérotation en est
            le seul enregistrement.</summary>
          </msContents>
          
          <additional>
            <surrogates>
              <bibl>
                <ref target="https://grothendieck.umontpellier.fr/6.pdf">https://grothendieck.umontpellier.fr/6.pdf</ref>
                <note>Fac-similé numérique de l'Université de Montpellier. Sa
                première page est une feuille de garde générée par
                l'université : la page <hi rend="italic">n</hi> des archivistes
                est la page <hi rend="italic">n</hi>+1 du PDF, et l'attribut
                <hi rend="monospace">facs</hi> de chaque
                <hi rend="monospace">pb</hi> tient compte de ce décalage.</note>
              </bibl>
            </surrogates>
          </additional>
        </msDesc>
      </sourceDesc>
    </fileDesc>
    <encodingDesc>
      <projectDesc>
        <p>Transcription mathématique du fonds, une passe de vingt pages par
        conversation avec un grand modèle multimodal, sous la procédure
        <hi rend="monospace">transcribe-grothendieck</hi> du dépôt. Le fichier
        LaTeX est la source de référence ; ce TEI en est dérivé mécaniquement
        par <hi rend="monospace">scripts/tei.mjs</hi> et n'a pas été relu.</p>
      </projectDesc>
      <editorialDecl>
        <p>L'édition n'est pas diplomatique : elle encode les mathématiques et
        l'apparat, rien du support. Correspondance avec l'apparat de la source :
        <hi rend="monospace">\ill</hi> devient <hi rend="monospace">gap[@reason='illegible']</hi>
        (jamais deviné) ; <hi rend="monospace">\uncertain</hi> devient
        <hi rend="monospace">unclear</hi> ; <hi rend="monospace">\add</hi> devient
        <hi rend="monospace">supplied</hi> ; <hi rend="monospace">\struck</hi> devient
        <hi rend="monospace">del</hi> (biffé par l'auteur) ;
        <hi rend="monospace">\note</hi> devient <hi rend="monospace">note[@type='editorial']</hi>
        (du transcripteur) ; <hi rend="monospace">\marginal</hi> devient
        <hi rend="monospace">note[@type='authorial'][@place='margin']</hi> (de l'auteur) ;
        <hi rend="monospace">\page</hi> devient <hi rend="monospace">pb</hi>.</p>
        <p>Les mathématiques sont transportées en TeX dans
        <hi rend="monospace">formula[@notation='TeX']</hi>, les diagrammes
        commutatifs en <hi rend="monospace">formula[@notation='tikz-cd']</hi>,
        sans conversion. Une marque d'apparat située à l'intérieur d'une
        formule (un exposant illisible, un symbole biffé) reste dans le TeX de
        la formule, sous les mêmes macros.</p>
        <p>Orthographe, ponctuation et lapsus de l'auteur sont conservés ; une
        faute évidente est signalée par une note, jamais corrigée.</p>
      </editorialDecl>
      <appInfo>
        <application ident="grothendieck-tei" version="1">
          <label>scripts/tei.mjs</label>
          <ref target="https://github.com/Commutator-IO/grothendieck-project">https://github.com/Commutator-IO/grothendieck-project</ref>
        </application>
      </appInfo>
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      <langUsage>
        <language ident="fr">français, avec la notation mathématique de l'auteur</language>
      </langUsage>
    </profileDesc>
    <revisionDesc>
      <change when="2026-09-26" who="#pass">Première passe de transcription.</change>
      <change when="2026-09-26" who="#ed">Export TEI depuis la source LaTeX.</change>
    </revisionDesc>
  </teiHeader>
  <text>
    <body>
      <div type="batch" n="1">
<pb n="1" facs="https://grothendieck.umontpellier.fr/6.pdf#page=2"/><p><note type="authorial" place="margin">Pise, Mai 1966</note><note type="editorial" resp="#pass">à l'encre, en haut à droite, de sa main. La lettre est dactylographiée ; ses ajouts et corrections à l'encre (ou tapés dans l'interligne et appelés à l'encre) sont marqués comme ajouts, ses suppressions comme biffures, avec une note quand il le faut. Les lettres soulignées à la machine (<formula notation="TeX">\underline{F}</formula>, <formula notation="TeX">\underline{Z}</formula>, <formula notation="TeX">\underline{M}</formula>…) restent soulignées ; les mots soulignés sont en italique. La lettre est paginée en haut à droite : 1 ici, puis 2 à la page 3 des archivistes, et ainsi de suite (page de la lettre = page des archivistes moins un).</note></p>
<p>Cher John,</p>
<p>J'ai réfléchi aux groupes formels et à la cohomologie de De Rahm, et suis
arrivé à un projet de théorie, ou plutôt <supplied resp="#pass">de</supplied> début de théorie, que j'ai envie de
t'exposer<supplied resp="#pass">,</supplied> pour me clarifier les idées.</p>
<div type="section">
<head><hi rend="italic">Chapitre</hi> 1   <hi rend="italic">La notion de cristal.</hi></head>
<p>Commentaire terminologique : Un cristal possède deux propriétés caractéristiques :
la <hi rend="italic">rigidité</hi>, et la faculté de <hi rend="italic">croitre</hi>, dans un voisinage approprié.
Il y a des cristaux de toute espèce de substance : des cristaux de soude, de
souf<del>f</del>re, de modules, d'anneaux, de schémas relatifs etc.</p>
<p><supplied resp="#pass">1.0.</supplied><note type="editorial" resp="#pass">le numéro « 1.0. » est ajouté à l'encre, dans la marge de gauche.</note>
Soit <formula notation="TeX">S</formula> un préschéma, au dessus d'un autre <formula notation="TeX">R</formula> ; dans le cas qui nous
intéressera le plus, on aura <formula notation="TeX">R=\operatorname{Spec}(\underline{Z})</formula>. Soit <formula notation="TeX">C</formula> la
catégorie des <supplied resp="#pass"><formula notation="TeX">R</formula>-</supplied>préschémas <supplied resp="#pass"><formula notation="TeX">T</formula></supplied> sous <formula notation="TeX">S</formula>, <supplied resp="#pass">(</supplied>i.e. munis d'un
<formula notation="TeX">R</formula>-morphisme <formula notation="TeX">S\to T</formula>,<supplied resp="#pass">)</supplied> tels que <formula notation="TeX">S\to T</formula> soit une immersion fermée
définie par un idéal localement nilpotent.<note type="editorial" resp="#pass">« <formula notation="TeX">R</formula>- » et « <formula notation="TeX">T</formula> » sont ajoutés
à l'encre au-dessus de la ligne, les parenthèses autour de « i.e. … <formula notation="TeX">S\to T</formula>, » aussi.</note>
On a le foncteur « oubli » de <formula notation="TeX">C</formula> dans <formula notation="TeX">(\mathrm{Sch})</formula>, et la catégorie fibrée
des Modules quasi-cohérents sur des préschémas variables induit donc une
catégorie fibrée sur <formula notation="TeX">C</formula>, associant à tout <formula notation="TeX">T</formula> la catégorie des Modules
quasi-cohérents sur <formula notation="TeX">T</formula>.</p>
<p><hi rend="italic">Définition</hi> 1.1. On appelle cristal de modules (sous-entendu :
quasi-cohérents) sur <formula notation="TeX">S</formula>, relativement à <formula notation="TeX">R</formula>, une section cartésienne de la
catégorie fibrée précédente au dessus de <formula notation="TeX">C</formula>. Plus généralement, pour toute
catégorie fibrée <formula notation="TeX">\underline{F}</formula> sur <formula notation="TeX">(\mathrm{Sch})_{/R}</formula>, on définit la
notion de « <formula notation="TeX">\underline{F}</formula>-cristal » sur <formula notation="TeX">S</formula>, ou « cristal en objets de
<formula notation="TeX">\underline{F}</formula> », de la façon correspondante. Ceci donne un sens aux
expressions : cristal en algèbres, en algèbres commutatives, en préschémas
relatifs etc<supplied resp="#pass">,</supplied> sur <formula notation="TeX">S</formula> relativement à <formula notation="TeX">R</formula>. Quand
<formula notation="TeX">R=\operatorname{Spec}(\underline{Z})</formula>, on parlera de « cristal absolu » sur
<formula notation="TeX">S</formula>, de l'espèce considérée.</p>
<p>1.2. Les <formula notation="TeX">\underline{F}</formula>-cristaux sur <formula notation="TeX">S</formula> forment une catégorie, qui dépend
fonctoriellement de <formula notation="TeX">\underline{F}</formula>. Ceci permet, en particulier, de définir sur
la catégorie des cristaux de modules sur <formula notation="TeX">S</formula> les opérations tensorielles
habituelles : produit tensoriel de deux cristaux de modules etc, satisfaisant
aux propriétés habituelles.</p>
<pb n="3" facs="https://grothendieck.umontpellier.fr/6.pdf#page=4"/><p><note type="editorial" resp="#pass">p. 2 de la lettre.</note>
1.3. Regardons de même ce qui se passe quand on fixe <formula notation="TeX">\underline{F}</formula> et fait
varier <formula notation="TeX">R,S</formula>. Tout d'abord, si <formula notation="TeX">S\to R'\to R</formula>, alors tout cristal sur <formula notation="TeX">S</formula>
relativement à <formula notation="TeX">R</formula> en définit un relativement à <formula notation="TeX">R'</formula>, par simple restriction.
En particulier, un cristal absolu définit un cristal relatif, pour tout
préschéma de base <formula notation="TeX">R</formula> de <formula notation="TeX">S</formula>.</p>
<p>Fixons maintenant <formula notation="TeX">R,S</formula> et soit <formula notation="TeX">S'\to S</formula> un morphisme. On définit alors de
façon naturelle un foncteur « image inverse » allant des cristaux de type
<formula notation="TeX">\underline{F}</formula> sur <formula notation="TeX">S</formula> vers les cristaux de même type sur <formula notation="TeX">S'</formula> (tout relatif
à <formula notation="TeX">R</formula>). Pour s'en assurer, il suffit de définir un foncteur <formula notation="TeX">C'\to C</formula> (où <formula notation="TeX">C'</formula>
est défini en termes de <formula notation="TeX">S'</formula> comme <formula notation="TeX">C</formula> en termes de <formula notation="TeX">S</formula>), compatible avec les
foncteurs « oubli ». Or si <formula notation="TeX">S'\to T'</formula> est un objet de <formula notation="TeX">C'</formula>, il y a une
construction évidente de somme amalgamée dans la catégorie des préschémas, qui
donne un <formula notation="TeX">T=S\amalg_{S'}T'</formula> et un morphisme <formula notation="TeX">S\to T</formula>, qui fait de <formula notation="TeX">T</formula> un objet
de <formula notation="TeX">C</formula>, ce qui définit le foncteur cherché.</p>
<p>On peut donc dire que pour un <formula notation="TeX">S</formula> variable sur <formula notation="TeX">R</formula>, les cristaux de type
<formula notation="TeX">\underline{F}</formula> sur <formula notation="TeX">S</formula> forment une <hi rend="italic">catégorie fibrée</hi> sur
<formula notation="TeX">(\mathrm{Sch})_{/R}</formula>, grâce à la notion d'image inverse précédente.</p>
<p>Les deux variances (en <formula notation="TeX">R</formula>, et en <formula notation="TeX">S</formula>) sont compatibles dans un sens évident,
et peuvent être régardées comme provenant d'une variance en <formula notation="TeX">(R,S)</formula>
directement.</p>
<p>1.4. On a un foncteur naturel et évident qui va des cristaux de modules
(disons) sur <formula notation="TeX">S</formula> (rel à <formula notation="TeX">R</formula>) dans des Modules quasi-cohérents sur <formula notation="TeX">S</formula> : c'est
le foncteur « valeur en <formula notation="TeX">S</formula> ». On fera attention que ce foncteur n'est en
général pas même fidèle (cf exemple <supplied resp="#pass">1.5.</supplied> plus bas).<note type="editorial" resp="#pass">« 1.5. » est
écrit à l'encre dans un blanc laissé par la machine.</note> Il est donc un peu
dangereux de vouloir considérer un cristal de modules sur <formula notation="TeX">S</formula> comme étant un
Module quasi-cohérent <formula notation="TeX">\underline{M}</formula> sur <formula notation="TeX">S</formula>, <hi rend="italic">muni</hi> d'une structure
supplémentaire, sa « structure cristalline ». Dans certains cas cependant
<supplied resp="#pass">(cf 1.8.)</supplied>, le foncteur cristaux de modules <formula notation="TeX">\rightsquigarrow</formula> Modules est
fidèle et le point de vue précédent devient plus raisonnable,</p>
<p>1.5. <hi rend="italic">Exemple</hi> 1 : <hi rend="italic">relations avec les vecteurs de Witt</hi>. Supposons
que <formula notation="TeX">S</formula> soit le spectre d'un corps <hi rend="italic">parfait</hi> <formula notation="TeX">k</formula>, et
<formula notation="TeX">R=\operatorname{Spec}(\underline{Z})</formula>. Soit <formula notation="TeX">W</formula> l'anneau de Cohen de corps
résiduel <formula notation="TeX">k</formula> : si <formula notation="TeX">\mathrm{car}\,k&gt;0</formula>, c'est l'anneau des vecteurs de Witt
défini par <formula notation="TeX">k</formula>, si <formula notation="TeX">\mathrm{car}.k=0</formula>, c'est <formula notation="TeX">k</formula> lui-même<supplied resp="#pass">;</supplied> <supplied resp="#pass">dans ce
dernier cas, supposons <formula notation="TeX">k</formula> <hi rend="italic">algébrique</hi> sur <formula notation="TeX">\mathbf{Q}</formula>.</supplied><note type="editorial" resp="#pass">ajout à
l'encre, écrit dans l'interligne et relié par un trait au point, qu'il
change en point-virgule ; « algébrique » est souligné.</note> Alors il est bien connu
que la catégorie <formula notation="TeX">C</formula> de 1.0.</p>
<pb n="4" facs="https://grothendieck.umontpellier.fr/6.pdf#page=5"/><p><note type="editorial" resp="#pass">p. 3 de la lettre.</note>
est équivalente à celle des <formula notation="TeX">W</formula>-algèbres locales, annulées par une puissance
de l'idéal maximal de <formula notation="TeX">W</formula>, à extension résiduelle triviale. Ecrivant
<formula notation="TeX">W=\varprojlim W_n</formula> comme à l'accoutumé, dans le cas <formula notation="TeX">p&gt;0</formula>, on trouve que la
donnée d'un cristal de modules (absolu) sur <formula notation="TeX">k</formula> équivaut à celle d'un système
projectif <formula notation="TeX">(M_n)</formula> « <formula notation="TeX">p</formula>-adique » de modules <formula notation="TeX">M_n</formula> sur les <formula notation="TeX">W_n</formula> ; donc les
cristaux de modules de présentation finie sur <formula notation="TeX">k</formula> forment une catégorie
équivalente à celle des modules de type fini sur <formula notation="TeX">W</formula>. Si <formula notation="TeX">p=0</formula>, alors la
catégorie des cristaux de modules sur <formula notation="TeX">k</formula> est équivalente à celle des
vectoriels sur <formula notation="TeX">k=W</formula>. Ces descriptions sont compatibles avec les notions de
changement de base pour <formula notation="TeX">k</formula> variable. Elles se formulent évidemment pour toute
autre espèce de cristaux, défini par une catégorie fibrée <formula notation="TeX">\underline{F}</formula>.</p>
<p>Dans le cas envisagé, le foncteur <supplied resp="#pass">« </supplied>valeur en <formula notation="TeX">S</formula><supplied resp="#pass"> »</supplied>, sur la
catégorie des cristaux de présentation finie sur <formula notation="TeX">k</formula>, s'identifie au foncteur
<formula notation="TeX">\otimes_W k</formula> sur la catégorie des modules de type fini sur <formula notation="TeX">W</formula>, foncteur qui
(si <formula notation="TeX">p&gt;0</formula>) n'est pas fidèle.</p>
<p>1.6. <hi rend="italic">Exemples</hi> 2 : <supplied resp="#pass"><formula notation="TeX">S</formula> étale sur <formula notation="TeX">R</formula>.</supplied><note type="editorial" resp="#pass">ajout à l'encre
au-dessus de « Si <formula notation="TeX">S=R</formula> », que le trait d'appel embrasse.</note> Si <formula notation="TeX">S=R</formula>, la
catégorie <formula notation="TeX">C</formula> admet <formula notation="TeX">R</formula> lui-même comme objet final, donc le foncteur « valeur
en <formula notation="TeX">R</formula> » est une équivalence de la catégorie des cristaux sur <formula notation="TeX">R</formula>, de type
<formula notation="TeX">\underline{F}</formula> donné, avec la catégorie <formula notation="TeX">\underline{F}_R</formula>. En particulier, un
cristal de modules sur <formula notation="TeX">\operatorname{Spec}\underline{Z}</formula> est essentiellement
la même chose qu'un <formula notation="TeX">\underline{Z}</formula>-module.</p>
<p>De façon un peu plus générale, si <formula notation="TeX">S</formula> est étale sur <formula notation="TeX">R</formula>, alors <formula notation="TeX">S</formula> est un
objet final de <formula notation="TeX">C</formula>, et les cristaux de modules (disons) sur <formula notation="TeX">S</formula>, relativement à
<formula notation="TeX">R</formula>, s'identifient aux Modules quasi-cohérents sur <formula notation="TeX">S</formula>.</p>
<p>1.7. <del>Relations avec la notion d'objet stratifié</del> <hi rend="italic">Exemple</hi> 3 :
<formula notation="TeX">S</formula> <hi rend="italic">un sous-</hi><del>objet de</del> <hi rend="italic">préschéma de</hi> <formula notation="TeX">R</formula>.<note type="editorial" resp="#pass">les mots
biffés le sont à la machine.</note> Comme la notion de cristal relatif sur <formula notation="TeX">S</formula> ne
change pas si on remplace <formula notation="TeX">R</formula> par un ouvert par lequel se factorise <formula notation="TeX">S</formula>, on peut
supposer <formula notation="TeX">S</formula> fermé dans <formula notation="TeX">R</formula>, défini par un Idéal quasi-cohérent <formula notation="TeX">J</formula>. Soit
<formula notation="TeX">S_n=V(J^{n+1})</formula> le <formula notation="TeX">n</formula>.ème voisinage infinitésimal de <formula notation="TeX">R</formula> dans
<formula notation="TeX">S</formula>.<note type="editorial" resp="#pass">sic : lire « de <formula notation="TeX">S</formula> dans <formula notation="TeX">R</formula> ».</note> Alors la famille des objets <formula notation="TeX">S_n</formula>
de <formula notation="TeX">C</formula> est finale dans <formula notation="TeX">C</formula>, d'où on conclut facilement qu'un cristal de type
<formula notation="TeX">\underline{F}</formula> sur <formula notation="TeX">S</formula> s'identifie à une suite <formula notation="TeX">(M_n)_{n\in\underline{N}}</formula>
d'objets des <formula notation="TeX">\underline{F}_{S_n}</formula> qui se recollent. En particulier, si <formula notation="TeX">R</formula> est
localement noethérien, un cristal de modules sur <formula notation="TeX">S</formula> relativement à <formula notation="TeX">R</formula>, de
présentation finie, s'identifie à un Module cohérent sur le complété formel de
<formula notation="TeX">R</formula> le long de <formula notation="TeX">S</formula>.</p>
<pb n="5" facs="https://grothendieck.umontpellier.fr/6.pdf#page=6"/><p><note type="editorial" resp="#pass">p. 4 de la lettre.</note>
Cet exemple contient le cas de <formula notation="TeX">\mathrm{car}.p&gt;0</formula> de l'éxemple 1, si on note
qu'a priori, grâce à Cohen, un cristal absolu sur <formula notation="TeX">k</formula><supplied resp="#pass">,</supplied> c'est pareil
qu'un cristal relativement à <formula notation="TeX">W</formula>.</p>
<p>On peut aussi donner un énoncé commun aux exemples 2 et 3, en partant du cas
où on se donne un <formula notation="TeX">S\to R</formula> non <hi rend="italic">ramifié</hi>, ce qui permet en effet de
construire encore des « voisinages infinitésimaux » <formula notation="TeX">S_n</formula>.</p>
<p>1.8. <hi rend="italic">Relation avec la notion de stratification</hi>. Les données
<formula notation="TeX">R,S,\underline{F}</formula> étant comme d'habitude, considérons pour chaque entier
<formula notation="TeX">n\geqslant 0</formula> le voisinage infinitésimal <formula notation="TeX">\Delta_n</formula> de la diagonale de
<formula notation="TeX">S\times_R S</formula>, qui s'envoie dans <formula notation="TeX">S</formula> par les deux projections
<formula notation="TeX">\mathrm{pr}_1</formula> et <formula notation="TeX">\mathrm{pr}_2</formula>. Si <formula notation="TeX">E</formula> est un objet de
<formula notation="TeX">\underline{F}_S</formula>, une <formula notation="TeX">n</formula>-<hi rend="italic">connexion</hi> sur <formula notation="TeX">E</formula> (relativement à <formula notation="TeX">R</formula>) est
la donnée d'un isomorphisme <formula notation="TeX">\mathrm{pr}_1^*(E)\simeq\mathrm{pr}_2^*(E)</formula> qui
induit l'identité sur la diagonale. Une <formula notation="TeX">\infty</formula>-<hi rend="italic">connexion</hi> ou
<hi rend="italic">pseudo-stratification</hi> de <formula notation="TeX">E</formula>, est la donnée pour tout <formula notation="TeX">n</formula> d'une
<formula notation="TeX">n</formula>-connexion, de telle façon que ces <formula notation="TeX">n</formula>-connexions se recollent. Enfin, une
<hi rend="italic">stratification</hi> sur <formula notation="TeX">E</formula> est la donnée d'une pseudo-stratification qui
satisfait aux conditions formelles d'une donnée de descente, quand on fait
intervenir les voisinages infinitésimaux de tous ordres de <supplied resp="#pass">la diagonale
de</supplied> <formula notation="TeX">S\times_R S\times_R S</formula>.<note type="editorial" resp="#pass">« la diagonale de » est ajouté à l'encre
au-dessus de la ligne.</note> Ces notions donnent lieu à des sorites analogues à
ceux de 1.2. et 1.3. Notons que lorsque <formula notation="TeX">S</formula> est « formellement non ramifié
sur <formula notation="TeX">R</formula> » i.e. <formula notation="TeX">\underline{\Omega}^1_{S/R}=0</formula>, alors toutes ces notions
deviennent triviales : un objet <formula notation="TeX">E</formula> admet alors toujours exactement une
connexion de tout ordre, donc une seule pseudo-stratification, et celle-ci est
une stratification : donc la catégorie des objets de <formula notation="TeX">F_S</formula> <hi rend="italic">munis</hi> d'une
stratification relativement à <formula notation="TeX">R</formula> est alors équivalente, par le foncteur
« valeur en <formula notation="TeX">S</formula> », à la catégorie <formula notation="TeX">\underline{F}_R</formula> elle même.<note type="editorial" resp="#pass">sic
(<formula notation="TeX">\underline{F}_R</formula> pour <formula notation="TeX">\underline{F}_S</formula> ?).</note> (Dans tous les cas, le foncteur
« valeur en <formula notation="TeX">S</formula> » est <del>en tous cas</del> fidèle).<note type="editorial" resp="#pass">« en tous cas » biffé
à l'encre.</note></p>
<p>Ceci <unclear>défini</unclear>,<note type="editorial" resp="#pass">correction à l'encre sur le mot tapé, qu'elle
recouvre.</note> on voit que pour tout cristal <formula notation="TeX">\underline{M}</formula> sur <formula notation="TeX">S</formula> de type
<formula notation="TeX">\underline{F}</formula> (relativement à <formula notation="TeX">R</formula>), sa valeur
<formula notation="TeX">\underline{M}(S)=M</formula> est un objet de <formula notation="TeX">\underline{F}_S</formula> muni d'une
<hi rend="italic">stratification canonique</hi> relativement à <formula notation="TeX">R</formula>, d'où un foncteur :
cristaux relatifs de type <formula notation="TeX">\underline{F}</formula> <formula notation="TeX">\rightsquigarrow</formula> objets de
<formula notation="TeX">\underline{F}</formula> munis d'une stratification. La remarque de 1.4. montre
d'ailleurs que ce foncteur n'est pas toujours fidèle. Il y a cependant des cas
intéressants</p>
<pb n="6" facs="https://grothendieck.umontpellier.fr/6.pdf#page=7"/><p><note type="editorial" resp="#pass">p. 5 de la lettre.</note>
où ce foncteur est une <hi rend="italic">équivalence de catégories</hi> : il en est en tous cas
ainsi si <formula notation="TeX">S\to R</formula> est « <hi rend="italic">formellement lisse</hi> », par exemple si c'est un
morphisme lisse, ou si <formula notation="TeX">S</formula> et <formula notation="TeX">R</formula> sont des spectres de corps <formula notation="TeX">k_0,k</formula>, avec <formula notation="TeX">k</formula>
une extension <hi rend="italic">séparable</hi> de <formula notation="TeX">k_0</formula>. <del>Dans ce dernier cas</del>(Quand
d'ailleurs <formula notation="TeX">S\to R</formula> est même formellement étale, alors les deux catégories :
celle des cristaux et celle des objets à stratification, deviennent
<del>d'ailleurs</del> équivalentes<supplied resp="#pass">,</supplied> par le foncteur « valeur en
<formula notation="TeX">S</formula> »<supplied resp="#pass">,</supplied> à <formula notation="TeX">\underline{F}_S</formula> lui-même, ce qui nous redonne l'exemple à la
noix de 1.5 où <formula notation="TeX">k</formula> est de car. nulle).<note type="editorial" resp="#pass">« Dans ce dernier cas » est
biffé à la machine, « d'ailleurs » à l'encre.</note> Sauf erreur, on a encore une
équivalence de catégories si <formula notation="TeX">S\to R</formula> est <hi rend="italic">plat et localement de
présentation finie</hi>, <supplied resp="#pass">(du moins si <formula notation="TeX">R</formula> loc. noeth., et se bornant aux
Modules cohérents),</supplied> mais je n'ai pas écrit de démonstration.<note type="editorial" resp="#pass">ajout à
l'encre dans l'interligne, relié par un trait à la virgule ; le soulignement
de « plat et localement de présentation finie » est de sa main.</note></p>
<p>1.9. <hi rend="italic">Une digression sur la notion de stratification en caractéristique
nulle.</hi> Quand <formula notation="TeX">S</formula> est lisse sur <formula notation="TeX">R</formula> (en fait, il suffit que <formula notation="TeX">S</formula> soit
différentiellement lisse sur <formula notation="TeX">R</formula>, i.e. le morphisme diagonal
<formula notation="TeX">S\to S\times_R S</formula> une immersion régulière), et si <formula notation="TeX">R</formula> est de caractéristique
nulle, alors une stratification d'un Module <formula notation="TeX">M</formula> sur <formula notation="TeX">S</formula> (relativement à <formula notation="TeX">R</formula>)
est connue quand on connait la <formula notation="TeX">1</formula>-connexion qu'elle définit, et on peut se
donner celle-ci arbitrairement, soumise à la seule condition que le « tenseur
courbure », qui est une certaine section de
<formula notation="TeX">\underline{\Omega}^2_{S/R}\otimes\underline{\mathrm{End}}(M)</formula>, soit nul.
(Cela peut aussi s'exprimer en disant qu'on fait opérer le faisceau
<formula notation="TeX">\underline{\mathrm{Dér}}_{S/R}</formula> des dérivations relatives de <formula notation="TeX">S</formula> sur <formula notation="TeX">R</formula>, sur
<formula notation="TeX">M</formula>, de façon à satisfaire aux relations habituelles, y compris celle de
transformer crochet en crochet). J'ignore dans quelle mesure
<del>la propriété</del><supplied resp="#pass">l'hypothèse</supplied> de lissité est nécessaire pour cet
énoncé,<note type="editorial" resp="#pass">« propriété » biffé, « hypothèse » tapé dans l'interligne,
« la » corrigé en « l' ».</note> ou si (dans le cas lisse disons) on peut formuler
un énoncé analogue pour toute catégorie fibrée <formula notation="TeX">\underline{F}</formula> sur
<formula notation="TeX">(\mathrm{Sch})_{/R}</formula>. Mais bien entendu, l'hypothèse de caractéristique nulle
faite sur <formula notation="TeX">R</formula> est tout à fait essentielle. Si <formula notation="TeX">R</formula> est de caractéristique <formula notation="TeX">p&gt;0</formula>,
l'énoncé qui remplace le précédent (et qui sauf erreur est dû à Cartier) est
que dans ce cas, la donnée d'une « connexion sans torsion » sur <formula notation="TeX">M</formula>
<supplied resp="#pass">« compatible avec puissances <formula notation="TeX">p</formula>.ièmes »</supplied><note type="editorial" resp="#pass">ajout à l'encre dans la
marge de gauche, appelé par un trait après « <formula notation="TeX">M</formula> ».</note> équivaut à une « donnée
de descente » sur <formula notation="TeX">M</formula> relativement à frobenius <formula notation="TeX">S\to S^{(p/R)}</formula>. Il y a loin
de là à une <del>rigidifi</del> stratification !</p>
<p>1.10. <hi rend="italic">La notion de <formula notation="TeX">p</formula>-cristal et ses variantes.</hi></p>
<p>Nous supposons maintenant que <formula notation="TeX">S</formula> est de caractéristique <formula notation="TeX">p&gt;0</formula>,
<del><gap reason="illegible"/></del><note type="editorial" resp="#pass">un mot biffé à la machine en fin de ligne.</note></p>
<pb n="7" facs="https://grothendieck.umontpellier.fr/6.pdf#page=8"/><p><note type="editorial" resp="#pass">p. 6 de la lettre.</note>
et <formula notation="TeX">R=\operatorname{Spec}(\underline{Z})</formula> (ou
<formula notation="TeX">\operatorname{Spec}(\underline{Z}_p)</formula>, spectre des entiers <formula notation="TeX">p</formula>-adiques, cela
reviendrait au même). Si <formula notation="TeX">\underline{M}</formula> est un cristal de modules sur <formula notation="TeX">S</formula>,
<supplied resp="#pass">de présentation finie,</supplied> alors en vertu de 1.5., pour tout <formula notation="TeX">s\in S</formula>, si
<formula notation="TeX">s'</formula> est le spectre d'une clôture parfaite de <formula notation="TeX">k(s)</formula>, l'image inverse
<formula notation="TeX">\underline{M}(s')</formula> de <formula notation="TeX">\underline{M}</formula> en <formula notation="TeX">s'</formula> peut être interprétée comme un
module de type fini sur l'anneau des vecteurs de Witt <formula notation="TeX">W(k(s'))</formula>.<note type="editorial" resp="#pass">« de
présentation finie, » est tapé dans l'interligne et appelé à l'encre.</note> Ainsi,
la notion de cristal de modules sur <formula notation="TeX">S</formula> (au sens absolu) semble convenable pour
formaliser la notion de <hi rend="italic">« famille <supplied resp="#pass">algébrique »</supplied> de modules sur les
anneaux de vecteurs de Witt aux différents points parfaits au dessus de</hi>
<formula notation="TeX">S</formula>.<note type="editorial" resp="#pass">« algébrique" » est tapé dans l'interligne et appelé à l'encre ; le
soulignement est en partie de sa main.</note> Bien entendu, la notion de cristal est
plus fine que ça encore, et doit donner, j'espère, la bonne notion de
« famille » lorsque, disons, <formula notation="TeX">S</formula> est le spectre d'un corps de fonctions (donc
pas nécessairement parfait). Je vais maintenant introduire une structure
supplémentaire, qui devrait permettre de formuler, de même, la notion de
« famille algébrique de modules de Dieudonné », paramétrée par <formula notation="TeX">S</formula>,</p>
<p>Considérons le morphisme « puissance <formula notation="TeX">p</formula>.ème »
<formula notation="TeX" rend="display">S\xrightarrow{\ \mathrm{frob}_S\ }S\ ,</formula>
il permet d'associer, à tout cristal (absolu) sur <formula notation="TeX">S</formula>, d'espèce quelconque, un
cristal image inverse :
<formula notation="TeX" rend="display">\underline{M}^{(p)}=\mathrm{frob}_S(\underline{M})\ .</formula>
On appelle <formula notation="TeX">p</formula>-<hi rend="italic">cristal</hi> sur <formula notation="TeX">S</formula> un cristal <formula notation="TeX">\underline{M}</formula> sur <formula notation="TeX">S</formula>, muni
d'un morphisme de cristaux
<formula notation="TeX" rend="display">F\colon \underline{M}^{(p)}\longrightarrow\underline{M}\ .</formula>
Evidemment, les <formula notation="TeX">p</formula>-cristaux <supplied resp="#pass">sur <formula notation="TeX">S</formula></supplied> d'espèce <formula notation="TeX">\underline{F}</formula> donnée
forment encore une catégorie, dépendant fonctoriellement de <formula notation="TeX">\underline{F}</formula>
(pour les foncteurs <hi rend="italic">covariants</hi> cartésiens de catégories fibrées), ce qui
permet par exemple, pour les <formula notation="TeX">p</formula>-cristaux de modules sur <formula notation="TeX">S</formula>, d'introduire
toutes les opérations tensorielles habituelles covariantes (produits
tensoriels, puissances alternées et symétriques etc). Pour <del>formuler</del>
définir le <hi rend="italic">dual</hi> d'un <formula notation="TeX">p</formula>-cristal de modules, il y a lieu d'introduire
une notions duale de celle de <formula notation="TeX">p</formula>-cristal d'espèce <formula notation="TeX">\underline{F}</formula>, c'est celle
de <formula notation="TeX">p^{-1}</formula>-<hi rend="italic">cristal</hi> d'espèce <formula notation="TeX">\underline{F}</formula> : c'est un cristal
d'espèce <formula notation="TeX">\underline{F}</formula>, avec un morphisme de cristaux en sens inverse :</p>
<pb n="8" facs="https://grothendieck.umontpellier.fr/6.pdf#page=9"/><p><note type="editorial" resp="#pass">p. 7 de la lettre.</note>
<formula notation="TeX" rend="display">V\colon \underline{M}\longrightarrow\underline{M}^{(p)}\ .</formula>
Ainsi un <supplied resp="#pass">contra-</supplied>foncteur cartésien entre catégories fibrées sur
<formula notation="TeX">(\mathrm{Sch})</formula> transforme <formula notation="TeX">p</formula>-cristaux en <formula notation="TeX">p^{-1}</formula>-cristaux, et inversement.
Les <formula notation="TeX">p^{-1}</formula>-cristaux de modules se multiplient tensoriellement entre eux comme
les <formula notation="TeX">p</formula>-cristaux de modules.</p>
<p>Pour obtenir une notion « autoduale », il y a lieu d'introduire la notion de
<hi rend="italic">bi-cristal</hi> <supplied resp="#pass"><hi rend="italic">de poids</hi> 1</supplied> sur <formula notation="TeX">S</formula>, qu'on pourrait aussi appeler
un <hi rend="italic">cristal de Dieudonné</hi> sur <formula notation="TeX">S</formula>, lorsque <formula notation="TeX">\underline{F}</formula> est fibré en
catégories additives : c'est un cristal muni à la fois d'une <formula notation="TeX">p</formula>-structure et
d'une <formula notation="TeX">p^{-1}</formula>-structure, satisfaisant aux relations
<formula notation="TeX" rend="display">FV=p.\,\mathrm{id}_M,\qquad VF=\mathrm{id}_{M^{(p)}}\ .</formula>
<note type="editorial" resp="#pass">« contra- » et « de poids 1 » sont tapés dans l'interligne et appelés à
l'encre ; le « <formula notation="TeX">p.</formula> » manque dans la seconde relation, qui est donnée comme
tapée.</note></p>
<p>Cette notion semble tout à fait adéquate à l'étude des groupes formels, ou ce
qui revient moralement au même, à l'étude de la cohomologie de De Rham en
dimension 1. En dimension<del>s</del> supérieure<del>s</del> <supplied resp="#pass"><formula notation="TeX">i</formula></supplied>, il y a
lieu d'introduire la notion de <hi rend="italic">bi-cristal de poids</hi> <formula notation="TeX">i</formula>, qui est un
cristal muni de <formula notation="TeX">F</formula> et <formula notation="TeX">V</formula> satisfaisant aux relations
<formula notation="TeX" rend="display">FV=p^i\,\mathrm{id}_M\ ,\qquad VF=p^i\,\mathrm{id}_{M(p)}\ .</formula>
Par exemple, on définit le <hi rend="italic">bicristal de Tate de poids</hi> <formula notation="TeX">2i</formula>, qui est
défini par le cristal de modules unité (associant à tout <formula notation="TeX">T</formula> sous <formula notation="TeX">S</formula> le
Module <formula notation="TeX">\underline{O}_T</formula> lui-même), et les morphismes de cristaux
<formula notation="TeX" rend="display">F=p^i\,\mathrm{id}_{T^i}\ ,\qquad V=p^i\,\mathrm{id}_{T^i}\ .</formula>
<note type="authorial" place="margin"><formula notation="TeX">2i</formula></note><note type="editorial" resp="#pass">dans la marge de gauche, entouré, à hauteur de « poids
<formula notation="TeX">2i</formula> », où le chiffre tapé a été refrappé ; l'indice est tapé « <formula notation="TeX">T\,i</formula> ».</note>
Ainsi le bicristal de Tate de poids <formula notation="TeX">2i</formula> est la puissance tensorielle <formula notation="TeX">i</formula>.ème
du bicristal de Tate de poids 1.<note type="editorial" resp="#pass">sic : « poids 1 » ; d'après ce qui
précède on attendrait le poids 2, celui de <formula notation="TeX">T^1</formula> en 1.11.</note> (NB les bicristaux
de poids quelconques se multiplient tensoriellement, de <del>sorte</del>
<supplied resp="#pass">façon</supplied> que les poids s'ajoutent).<note type="editorial" resp="#pass">« façon » à l'encre, sur le mot
tapé.</note></p>
<p>1.11. Si on veut « rendre inversible » le bicristal de Tate <formula notation="TeX">T^1</formula>, on est
obligé, qu'on le veuille ou non, de passer à une catégorie de fractions de la
catégorie des cristaux de modules sur <formula notation="TeX">S</formula>, [qui entre parenthèses est une
catégorie <formula notation="TeX">\underline{Z}_p</formula>-linéaire, (i.e. les Hom sont des
<formula notation="TeX">\underline{Z}_p</formula>-modules …), tout comme les catégories de <formula notation="TeX">p</formula>-cristaux
etc qu'on en déduit]. Il revient donc au même de passer à une catégorie de
fractions, en déclarant qu'on veut rendre notre catégorie abélienne
<formula notation="TeX">\underline{Q}</formula>-linaire, ou en déclarant qu'on la veut rendre
<formula notation="TeX">\underline{Q}_p</formula>-linéaire : il faut faire le quotient par la sous-catégorie
abélienne épaisse formée des objets de torsion, qui sont aussi des objets de
<formula notation="TeX">p</formula>-torsion <supplied resp="#pass">(et cela revient simplement à garder les mêmes objets, et à
prendre comme nouveaux Hom les <formula notation="TeX">\mathrm{Hom}\otimes_{\underline{Z}}\mathbf{Q}</formula>.)</supplied>.<note type="editorial" resp="#pass">ajout
à l'encre au pied de la page, encadré et appelé après « <formula notation="TeX">p</formula>-torsion » ; les
crochets sont aussi de sa main.</note> On trouve la catégorie des <hi rend="italic">« cristaux
de modules</hi></p>
<pb n="9" facs="https://grothendieck.umontpellier.fr/6.pdf#page=10"/><p><note type="editorial" resp="#pass">p. 8 de la lettre.</note>
<hi rend="italic">à isogénie près »</hi>, ou <hi rend="italic">isogristaux</hi><note type="editorial" resp="#pass">sic.</note>, sur <formula notation="TeX">S</formula>. Utilisant cette
nouvelle notion, on définit comme ci-dessus la notion de <formula notation="TeX">p</formula>-isocristal, comme
étant la donnée d'un isocristal <formula notation="TeX">\underline{M}</formula> muni d'un homomorphisme
<formula notation="TeX">F\colon\underline{M}^{(p)}\to\underline{M}</formula>. La notion de bi-isocristal de
poids <formula notation="TeX">i</formula>, qui serait calquée de celle de bicristal de poids <formula notation="TeX">i</formula>, n'est pas
très raisonnable alors, car <formula notation="TeX">V</formula> doit être alors donné en termes de <formula notation="TeX">F</formula> comme
<formula notation="TeX">p^iF^{-1}</formula>. Il y a lieu plutôt d'appeler <hi rend="italic">bi-isocristal</hi> (sans
précision de poids) un <formula notation="TeX">p</formula>-isocristal pour lequel <formula notation="TeX">F</formula> est un
<hi rend="italic">isomorphisme</hi>, et de ne pas choisir entre les différents <formula notation="TeX">p^iF^{-1}</formula>
possibles ; il vaut mieux également ne pas parler ici de
<formula notation="TeX">p^{-1}</formula>-isocristal, la notion intéressante étant celle de bi-isocristal, qui
est manifestement <hi rend="italic">autoduale</hi> <del>: si <formula notation="TeX">\phi</formula> est un foncteur
contravariant de catégories fibrées sur</del> <supplied resp="#pass">quand on se restreint aux objets
de type fini :</supplied> le dual de <formula notation="TeX">(\underline{M},F)</formula> est
<formula notation="TeX">(\underline{M},{}^tF^{-1})</formula>, où <formula notation="TeX">\underline{M}</formula> est le iso-cristal dual de
<formula notation="TeX">M</formula>.<note type="editorial" resp="#pass">la ligne biffée l'est à la machine et à l'encre ; « quand on se
restreint aux objets de type fini : » est tapé dans l'interligne. Aucun signe
ne distingue, dans « <formula notation="TeX">(\underline{M},{}^tF^{-1})</formula> », le dual de
<formula notation="TeX">\underline{M}</formula> : sic.</note></p>
<p>On peut également, bien sûr, localiser par rapport à <formula notation="TeX">p</formula> en partant déjà de la
catégorie des bi-cristaux de poids <formula notation="TeX">i</formula>, on trouve les <hi rend="italic">bicristaux de
poids</hi> <formula notation="TeX">i</formula> <hi rend="italic">à isogénie près</hi>, qui forment une catégorie abélienne
<formula notation="TeX">\mathrm{Isbicr}(S,i)</formula>, et un foncteur exact « oubli de <formula notation="TeX">V</formula> »
<formula notation="TeX" rend="display">\mathrm{Isbicr}(S,i)\longrightarrow\mathrm{Isbicr}(S)\ ,</formula>
à valeurs dans la catégorie <formula notation="TeX">\mathrm{Isbicr}(S)</formula> des iso-bicristaux sur <formula notation="TeX">S</formula>.
<note type="editorial" resp="#pass">dans les deux premières occurrences, « bi » est ajouté au sigle
« Iscr » tapé d'abord.</note> Ce foncteur est <del><gap reason="illegible"/></del> <hi rend="italic">pleinement
fidèle</hi>, de sorte que <hi rend="italic">les <unclear>bi-isocristaux</unclear> forment une
généralisation commune des bicristaux de poids</hi> <formula notation="TeX">i</formula> <hi rend="italic">à isogénie près</hi>.
<note type="editorial" resp="#pass">un mot à l'encre, biffé, précède « pleinement fidèle » ; le préfixe de
« … cristaux » est refrappé et se lit mal.</note> Pour préciser ce point,
désignant par <formula notation="TeX">\mathrm{Bicr}(S,i)</formula> la catégorie des bicristaux de poids <formula notation="TeX">i</formula> sur
<formula notation="TeX">S</formula>, il y a lieu d'introduire des foncteurs canoniques
<formula notation="TeX" rend="display">\mathrm{Bicr}(S,i)\longrightarrow\mathrm{Bicr}(S,i+1)\longrightarrow\cdots,</formula>
donnés par <formula notation="TeX">(\underline{M},F,V)\rightsquigarrow(\underline{M},F,pV)</formula>. Quand on
localise ces foncteurs par <formula notation="TeX">p</formula>, on trouve des foncteurs
<formula notation="TeX" rend="display">\mathrm{IsBicr}(S,i)\longrightarrow\mathrm{IsBicr}(S,i+1)\longrightarrow\cdots</formula>
qui se trouvent être <hi rend="italic">pleinement fidèles</hi> : on peut donc considérer que,
pour <formula notation="TeX">i</formula> croissant, la notion de « bicristal de poids <formula notation="TeX">i</formula>, à isogénie près »
constitue une généralisation de plus en plus large de celle de « cristal de
Dieudonné ». La noti-</p>
<pb n="10" facs="https://grothendieck.umontpellier.fr/6.pdf#page=11"/><p><note type="editorial" resp="#pass">p. 9 de la lettre.</note>
on de « bi-isocristal » est à ce titre une <del><gap reason="illegible"/></del>
<supplied resp="#pass">généralisation</supplied> qui englobe toutes les précédentes, et qui de plus a la
louable vertu d'être stable par produit tensoriel<supplied resp="#pass"> et passage au dual.</supplied>
Cela semble donc une catégorie toute indiquée comme catégorie des valeurs pour
un foncteur « cohomologie de De Rham » convenable, lorsqu'on se décide à
travailler à isogénie près.<note type="editorial" resp="#pass">« généralisation » est tapé au-dessus du mot
biffé à la machine ; « et passage au dual. » est ajouté à l'encre, la virgule
qui suivait « tensoriel » changée en point-virgule par la même main.</note></p>
<p>1.12. <hi rend="italic">Exemple</hi> 1 : <hi rend="italic">Cas où <formula notation="TeX">S</formula> est le spectre d'un corps parfait</hi>
<formula notation="TeX">k</formula>. Alors la donnée d'un cristal de modules de type fini sur <formula notation="TeX">k</formula> équivaut à la
donnée d'un module de type fini <formula notation="TeX">M</formula> sur <formula notation="TeX">W</formula><supplied resp="#pass">,</supplied> la formation du motif
<formula notation="TeX">\underline{M}^{(p)}</formula> correspond à la formation de
<formula notation="TeX" rend="display">M^{(p)}=M\otimes_W(W,f_W)\ ,</formula>
où <formula notation="TeX">f_W</formula> est l'endomorphisme de frobenius de <formula notation="TeX">W</formula>, et <formula notation="TeX">(W,f_W)</formula> est la
<formula notation="TeX">W</formula>-algèbre définie par <formula notation="TeX">f_W</formula>. Par suite un structure de <formula notation="TeX">p</formula>-cristal sur <formula notation="TeX">M</formula>
revient à la donnée d'un homomorphisme de <formula notation="TeX">W</formula>-modules <formula notation="TeX">M^{(p)}\to M</formula>, ou si on
préfère, à la donnée d'un homomorphisme <formula notation="TeX">f_W</formula>-semi-linéaire
<formula notation="TeX" rend="display">F_M\colon M\longrightarrow M\ .</formula>
Comme l'application <formula notation="TeX">x\mapsto x\otimes 1</formula> de <formula notation="TeX">M</formula> dans <formula notation="TeX">M\otimes_W(W,f_W)</formula> est
bijective, <formula notation="TeX">f_W</formula> étant un automorphisme de <formula notation="TeX">W</formula>, on peut considérer la bijection
inverse, qui est <formula notation="TeX">f_W^{-1}</formula>-semi-linéaire. Par suite, la donnée d'une
<formula notation="TeX">p^{-1}</formula>-structure sur <formula notation="TeX">M</formula> revient à la donnée d'un homomorphisme
<formula notation="TeX">f_W^{-1}</formula>-linéaire :
<formula notation="TeX" rend="display">V_M\colon M\longrightarrow M\ .</formula>
La donnée d'un couple <formula notation="TeX">(F,V)</formula> définit sur <formula notation="TeX">M</formula> une structure de bi-cristal de
poids <formula notation="TeX">i</formula> si et seulement si on a
<formula notation="TeX" rend="display">FV=VF=p^i\,\mathrm{id}_M\ .</formula>
En particulier, pour <formula notation="TeX">i=1</formula>, on retrouve la notion de <hi rend="italic">module de
Dieudonné</hi> : la catégorie des cristaux de Dieudonné sur <formula notation="TeX">k</formula> est canoniquement
équivalente à celle des modules de Dieudonné relativement à <formula notation="TeX">k</formula>.</p>
<p>La catégorie des isocristaux de type fini sur <formula notation="TeX">k</formula> est équivalente à la
catégorie des vectoriels de dimension finie sur le corps des fractions
<supplied resp="#pass"><formula notation="TeX">K</formula></supplied> <del><gap reason="illegible"/></del> de <formula notation="TeX">W</formula>. Donc un bi<supplied resp="#pass">iso</supplied>cristal (de type fini) sur
<formula notation="TeX">k</formula> s'identifie à un tel vectoriel, muni d'un <formula notation="TeX">f_K</formula>-endomorphisme
bijectif.<note type="editorial" resp="#pass">« <formula notation="TeX">K</formula> » est ajouté à l'encre en fin de ligne, le mot qui
commence la ligne suivante biffé à l'encre ; « iso » est tapé dans
l'interligne et appelé à l'encre ; un exposant tapé après <formula notation="TeX">f_K</formula> est biffé.</note></p>
<pb n="11" facs="https://grothendieck.umontpellier.fr/6.pdf#page=12"/><p><note type="editorial" resp="#pass">p. 10 de la lettre.</note>
Toutes ces descriptions sont compatibles avec les opérations tensorielles, et
la formation d'images inverses pour <formula notation="TeX">k</formula> variable.</p>
<p>On peut se demander, avec la description précédente des bi-isocristaux, quels
sont ceux qui sont dans l'image essentielle de
<formula notation="TeX">\mathrm{Isbicr}(S,i)\to\mathrm{Isbicr}(S)</formula>, On trouve que ce sont les couples
<formula notation="TeX">(E,F)</formula>, <formula notation="TeX">E</formula> un vectoriel sur <formula notation="TeX">K</formula> et <formula notation="TeX">F</formula> un automorphisme semi-linéaire, tels
que, si on pose <formula notation="TeX">V=p^iF^{-1}</formula>, pour tout <formula notation="TeX">x\in E</formula>, l'ensemble de ses
transformés par les différents monômes non commutatifs en <formula notation="TeX">F,V</formula> soit une
partie <hi rend="italic">bornée</hi> de <formula notation="TeX">E</formula> : c'est une pure tautologie.<note type="editorial" resp="#pass">la lettre <formula notation="TeX">E</formula>
est refrappée sur un <formula notation="TeX">V</formula>.</note> Pour qu'il existe un <formula notation="TeX">i</formula> ayant cette propriété, il
faut et il suffit que pour tout <formula notation="TeX">x\in E</formula>, l'ensemble des <formula notation="TeX">F^nx</formula> soit borné.
Bien entendu, c'est là une propriété qui est stable par changement de <formula notation="TeX">F</formula> en
<formula notation="TeX">pF</formula> (correspondant à la tensorisation par le bi-isocristal de Tate de poids
2), mais non par le changement de <formula notation="TeX">F</formula> en <formula notation="TeX">p^{-1}F</formula> (correspondant à la
tensorisation par l'inverse <formula notation="TeX">T^{-1}</formula> du bi-isocristal précédent). Comme on
tient beaucoup à inverser Tate, on voit qu'il n'est pas naturel, en effet, de
poser une condition de croissance sur l'ensemble des itérés de <formula notation="TeX">F</formula>. De façon
précise, appelant <hi rend="italic">effectifs</hi> les bi-isocristaux qui proviennent d'un
objet d'un <formula notation="TeX">\mathrm{Isbicr}(S,i)</formula>, on voit que tout bi-isocristal est de la
forme <formula notation="TeX">T^{-i}\otimes\underline{N}</formula>, avec <formula notation="TeX">\underline{N}</formula> effectif : on n'a pas
ajouté plus de nouveaux objets qu'il n'était absolument nécessaire !</p>
<p>1.13. <hi rend="italic">Exemple</hi> 2 : <formula notation="TeX">S</formula> <hi rend="italic">lisse sur un corps parfait</hi> <formula notation="TeX">k</formula>.
Déterminons d'abord dans ce cas les cristaux sur <formula notation="TeX">S</formula>, sans plus. Tout d'abord,
sans condition de lissité, on voit à l'aide de la propriété caractéristique de
<formula notation="TeX">W</formula> que la catégorie <formula notation="TeX">C</formula> introduite dans 1.0. ne change pas<supplied resp="#pass">,</supplied>
essentiellement<supplied resp="#pass">,</supplied> quand on remplace <formula notation="TeX">R=\operatorname{Spec}(\underline{Z})</formula>
par <formula notation="TeX">R=\operatorname{Spec}(W)</formula>. D'autre part, il résulte aussitôt des
définitions que la donnée d'un cristal sur <formula notation="TeX">S</formula>, relativement à <formula notation="TeX">W</formula>, revient à
la donnée d'un système cohérent de cristaux sur <formula notation="TeX">S</formula>, relatifs aux
<formula notation="TeX">W_n=W/p^{n+1}W</formula>. (NB On n'a pas formulé avec la généralité qui convenait
l'exemple 3 de 1.7. ! ) Théoriquement, on est donc ramené à déterminer, pour
chaque <formula notation="TeX">n</formula>, la catégorie des cristaux sur <formula notation="TeX">S</formula> relatifs à <formula notation="TeX">W_n</formula>, et les
foncteurs restriction entre ces catégories. D'ailleurs, il est inoffensif de se
localiser sur <formula notation="TeX">S</formula>, par exemple de supposer au besoin <formula notation="TeX">S</formula> affine. Utilisant
maintenant la lissité de <formula notation="TeX">S</formula>, on peut donc supposer que pour tout <formula notation="TeX">n</formula>, <formula notation="TeX">S</formula> se
remonte en</p>
<pb n="12" facs="https://grothendieck.umontpellier.fr/6.pdf#page=13"/><p><note type="editorial" resp="#pass">p. 11 de la lettre.</note>
un <formula notation="TeX">S_n</formula> lisse sur <formula notation="TeX">W_n</formula>, de façon que ces choix se recollent (il suffit pour
ceci <formula notation="TeX">S</formula> lisse et affine). Or, il résulte encore facilement des définitions,
utilisant seulement que <formula notation="TeX">S=S_0\to S_n</formula> est une immersion fermée définie par un
Idéal nilpotent, que le foncteur restriction des cristaux sur <formula notation="TeX">S_n</formula>
(relativement à une base quelconque – ici on prendra <formula notation="TeX">W_n</formula>) vers les
cristaux sur <formula notation="TeX">S_0</formula>, est une équivalence de catégories, donc un cristal sur <formula notation="TeX">S</formula>
relativement à <formula notation="TeX">W_n</formula> s'identifie à un cristal <supplied resp="#pass">sur <formula notation="TeX">S_n</formula></supplied> relativement à
<formula notation="TeX">W_n</formula>. Comme <formula notation="TeX">S_n</formula> est lisse sur <formula notation="TeX">W_n</formula>, il résulte de ce qui a été dit dans
1.8. que les cristaux en question s'identifient aux objets (de l'espèce
<formula notation="TeX">\underline{F}</formula> considérée) sur <formula notation="TeX">S_n</formula>, <hi rend="italic">munis d'une stratification
relativement à</hi> <formula notation="TeX">R_n=\operatorname{Spec}(W_n)</formula>. Les foncteurs restrictions sur
les cristaux s'expriment alors par les foncteurs restrictions correspondants
pour objets stratifiés. En résumé : <hi rend="italic">un cristal</hi> <supplied resp="#pass"><formula notation="TeX">\underline{M}</formula></supplied>
<hi rend="italic">sur</hi> <formula notation="TeX">S</formula> <hi rend="italic">s'identifie à un système cohérent</hi> <formula notation="TeX">(M_n)</formula> <hi rend="italic">d'objets
à stratification sur les différents</hi> <formula notation="TeX">S_n</formula> <hi rend="italic">sur</hi>
<formula notation="TeX">R_n=\operatorname{Spec}(W_n)</formula>.<note type="editorial" resp="#pass">« sur <formula notation="TeX">S_n</formula> » et « <formula notation="TeX">\underline{M}</formula> »
sont tapés dans l'interligne et appelés à l'encre.</note> Pour relier ceci à des
objets qui soient plus dans la nature d'objets « définis en caractéristique
nulle », supposons d'abord que l'on puisse même relever <formula notation="TeX">S</formula> en un schéma <formula notation="TeX">X</formula>
<hi rend="italic">propre sur</hi> <formula notation="TeX">R=\operatorname{Spec}(W)</formula>, hypothèse évidemment bien
restrictive. On voit alors, utilisant les théorèmes de comparaison EGA III 4,5
que <hi rend="italic">dans le cas de cristaux de modules cohérents sur</hi> <formula notation="TeX">S</formula>, <hi rend="italic">la
catégorie desdits est canoniquement équivalente à la catégorie des Modules
cohérents</hi> <formula notation="TeX">\underline{M}</formula> <hi rend="italic">sur</hi> <formula notation="TeX">X</formula>, <hi rend="italic">munis d'une stratification
relativement à</hi> <formula notation="TeX">R=\operatorname{Spec}(W)</formula>. (NB Il se trouve donc, à
posteriori, que cette dernière catégorie est essentiellement indépendante du
relèvement choisi <formula notation="TeX">X</formula> de <formula notation="TeX">S</formula>). Considérant la fibre générique <formula notation="TeX">X_K</formula> de <formula notation="TeX">X</formula> sur
<formula notation="TeX">R</formula>, qui est un schéma propre et lisse sur un corps de caractéristique nulle,
on trouve donc un foncteur remarquable « restriction » ou « localisation »,
allant de la catégorie des cristaux de modules cohérents sur <formula notation="TeX">S</formula>, dans la
catégorie des Modules cohérents sur <formula notation="TeX">X_K</formula>, stratifiés relativement à <formula notation="TeX">X_K</formula>. Or
(oubli de 1.8.) on voit facilement qu'un Module cohérent stratifié sur un
préschéma localement de type fini sur un corps est nécessairement localement
libre. De plus comme ici <formula notation="TeX">K</formula> est de caractéristique nulle<supplied resp="#pass"> et <formula notation="TeX">X_K</formula> lisse
dessus</supplied>, on a signalé dans 1.8. que la notion de stratification s'explicite
très simplement comme celle de « connexion inté-<note type="editorial" resp="#pass">« et <formula notation="TeX">X_K</formula> lisse
dessus » est tapé dans l'interligne et appelé à l'encre. « stratifiés
relativement à <formula notation="TeX">X_K</formula> » : sic (on attendrait « à <formula notation="TeX">K</formula> »).</note></p>
<pb n="13" facs="https://grothendieck.umontpellier.fr/6.pdf#page=14"/><p><note type="editorial" resp="#pass">p. 12 de la lettre.</note>
grable ». [Enfin, lorsque <formula notation="TeX">S</formula> donc <formula notation="TeX">X_K</formula> est géométriquement connexe, et que
<formula notation="TeX">K</formula> peut se plonger dans le corps des complexes <formula notation="TeX">\underline{C}</formula>, alors la notion
de module cohérent à connexion intégrable sur <formula notation="TeX">X_K</formula> s'interprète en termes de
représentations linéaires <supplied resp="#pass">(complexes)</supplied> du groupe fondamental transcendant
de <formula notation="TeX">X_{\underline{C}}^{\mathrm{an}}</formula>, de façon bien connue.<note type="editorial" resp="#pass">« ex » est
récrit à l'encre sur le mot tapé « connexion », mal frappé ; « (complexes) »
est tapé dans l'interligne, appelé à l'encre, avec un signe de vérification en
marge droite.</note> Si par exemple le groupe fondamental transcendant est le groupe
unité, alors on conclut par descente que tout Module cohérent stratifié sur
<formula notation="TeX">X_K</formula> est trivial, ce qui en termes de <formula notation="TeX">S</formula> s'énonce en disant que tout cristal
de modules cohérents sur <formula notation="TeX">S</formula> est isogène à un cristal « constant », i.e. 
<supplied resp="#pass">à un cristal</supplied> qui est l'image inverse d'un cristal sur <formula notation="TeX">k</formula>, <supplied resp="#pass">(</supplied>lui-même
défini par un module de type fini sur <formula notation="TeX">W</formula><supplied resp="#pass">)</supplied>.<note type="editorial" resp="#pass">« à un cristal » à
l'encre au-dessus d'un mot biffé à la machine ; les parenthèses sont de sa
main.</note> De ceci et de la rigidité de la notion de cristal on déduit<supplied resp="#pass">,</supplied> par
exemple<supplied resp="#pass">,</supplied> facilement que tout <formula notation="TeX">p</formula>-cristal cohérent sur <formula notation="TeX">S</formula> ou tout
bi-cristal de poids <formula notation="TeX">i</formula> donné (par exemple tout cristal de Dieudonné) est
isogène à un fourbis de même espèce <hi rend="italic">trivial</hi>.<note type="editorial" resp="#pass">« facilement » est
entouré à l'encre et les virgules qui l'isolent ajoutées, comme pour le
déplacer.</note> On voit donc là un principe d'approche transcendante pour l'étude
des familles de groupes formels (par exemple) en caractéristique <formula notation="TeX">p</formula>
…]<note type="editorial" resp="#pass">les crochets sont tracés à l'encre.</note> Quand à la notion
d'isocristal (de modules cohérents) sur <formula notation="TeX">S</formula>, on constate aussitôt que le
foncteur précédent induit un foncteur <hi rend="italic">pleinement fidèle</hi> de la catégorie
de ces derniers, dans la catégorie des modules cohérents stratifiés sur <formula notation="TeX">X_K</formula>.
Il s'impose évidemment d'en déterminer l'image essentielle, et pour commencer
d'examiner <del>quelle est l'im</del> si par hasard ce foncteur ne serait pas une
équivalence de catégories. Cela me semble un peu <hi rend="italic">trop
optimiste</hi><note type="authorial" place="margin">Effectivement, ça <unclear>ne marche</unclear> pas !</note>, mais je ne
suis sûr de rien, faute d'avoir regardé.<note type="editorial" resp="#pass">« trop optimiste » est souligné
d'un trait ondulé à l'encre qui mène à la note marginale, à gauche.</note> Tout ce
qu'on peut dire à priori, c'est que la condition cherchée sur un Module
stratifié doit être<del>, à priori</del> de nature locale en les points de <formula notation="TeX">X</formula>
qui sont maximaux dans <formula notation="TeX">S</formula>.</p>
<p>Quand on ne suppose pas <formula notation="TeX">S</formula> <del>remonté</del> propre et remonté globalement,
mais qu'on suppose seulement qu'on a remonté <formula notation="TeX">S</formula> formellement, en un
<hi rend="italic">schéma formel</hi> <formula notation="TeX">X</formula> sur <formula notation="TeX">R</formula>, alors il est vrai (en fait, de façon
essentiellement triviale) que <hi rend="italic">la catégorie des cristaux de modules
cohérents sur</hi> <formula notation="TeX">S</formula> <hi rend="italic">est équivalente à la catégorie des Modules cohérents
sur le schéma formel</hi> <formula notation="TeX">X</formula>, <hi rend="italic">munis d'une stratification relativement à</hi>
<formula notation="TeX">\operatorname{Specf}(W)=\mathcal{R}</formula> (quand on transcrit de façon évidente
toutes les définitions envisagées dans 1.8. dans le cadre formel).<note type="editorial" resp="#pass">le
<formula notation="TeX">\mathcal{R}</formula> final est de sa main.</note> Si on veut encore,</p>
<pb n="14" facs="https://grothendieck.umontpellier.fr/6.pdf#page=15"/><p><note type="editorial" resp="#pass">p. 13 de la lettre.</note>
comme il est légitime, trouver un analogue pour la restriction à <formula notation="TeX">X_K</formula>
<supplied resp="#pass">envisagée</supplied> plus haut, il faut définir <formula notation="TeX">X_K</formula> comme <hi rend="italic">l'espace
rigide-analytique sur <formula notation="TeX">K</formula> défini par le schéma formel</hi> <formula notation="TeX">X</formula>, et considérer sur
<formula notation="TeX">X_K</formula> des Modules cohérents munis de <del>connexions</del> <hi rend="italic">stratifications
au sens rigide-analytique</hi>, ou ce qui revient au même, de connexions
intégrables <supplied resp="#pass">en ce sens</supplied>. De tels Modules sont encore nécessairement
localement libres.<note type="editorial" resp="#pass">« envisagée » est à l'encre ; « en ce sens » est tapé
dans l'interligne et appelé à l'encre.</note> On trouve ainsi un foncteur des
cristaux de Modules cohérents sur <formula notation="TeX">S</formula> dans les Modules cohérents stratifiés sur
<formula notation="TeX">X_K</formula>, induisant un foncteur pleinement fidèle de la catégorie des isocristaux
cohérents sur <formula notation="TeX">S</formula>, dans la catégorie des Modules cohérents stratifiés sur
<formula notation="TeX">X_K</formula>. Comme tout à l'heure (et même plus, si on peut dire, car c'est vraiment
ici la situation « naturelle »), il s'impose de regarder quelle est l'image
essentielle. On peut également se demander si les Modules cohérents stratifiés
sur un espace rigide-analytique n'admettraient pas une description simple, en
termes d'un groupe plus ou moins discret jouant le rôle du groupe fondamental
dans la théorie transcendante sur le corps des complexes.</p>
<p>La description donnée <supplied resp="#pass">des cristaux sur <formula notation="TeX">S</formula></supplied>, toute triviale qu'elle soit,
a déjà des conséquences intéressantes pour la structure de la catégorie des
cristaux <supplied resp="#pass">de modules</supplied> cohérents sur <formula notation="TeX">S</formula> : cette catégorie est
noethérienne (si <formula notation="TeX">S</formula> est noethérien i.e. de type fini sur <formula notation="TeX">k</formula>), tout objet
contient donc un plus grand sous-objet de torsion, de plus les objets sans
torsion correspond<supplied resp="#pass">ent</supplied> dans la description ci-dessus aux Modules
stratifiés sans torsion sur <formula notation="TeX">X</formula>, lesquels <supplied resp="#pass">sont</supplied> alors automatiquement
localement libres. Il est bien probable que des résultats analogues doivent
être vrais<supplied resp="#pass">,</supplied> sans hypothèse du genre lissité sur <formula notation="TeX">S</formula>.<note type="editorial" resp="#pass">les ajouts de
ce paragraphe sont tapés dans l'interligne et appelés à l'encre, sauf la
virgule, à l'encre ; un numéro tapé en tête de ligne, avant « La
description », est biffé à la machine.</note></p>
<p>1.14. Il faut encore expliciter, dans la description générale précédente, le
<del>donnée</del> foncteur <formula notation="TeX">M\rightsquigarrow M^{(p)}</formula>, pour pouvoir décrire de
façon analogue les bicristaux et bi-isocristaux. De façon générale, si en plus
de la donnée de <formula notation="TeX">S</formula> sur <formula notation="TeX">k</formula>, on a un <formula notation="TeX">S'</formula> lisse sur <formula notation="TeX">k'</formula> parfait, et des
morphismes <formula notation="TeX">S'\to S</formula> et <formula notation="TeX">\operatorname{Spec}(k')\to\operatorname{Spec}(k)</formula>
donnant lieu à un carré commutatif, et si enfin on peut relever <formula notation="TeX">S'</formula>
formellement en <formula notation="TeX">X'</formula>, et <formula notation="TeX">S'\to S</formula> en <formula notation="TeX">X'\to X</formula>, donnant un carré commutatif
avec <formula notation="TeX">\operatorname{Spec}W'\to\operatorname{Spec}W</formula>, alors la notion d'image
inverse de cristaux de modules cohérents, de <formula notation="TeX">S</formula> à <formula notation="TeX">S'</formula>, s'explicite en termes
d'image inverse de Modules cohérents stratifiés, de <formula notation="TeX">X</formula></p>
<pb n="15" facs="https://grothendieck.umontpellier.fr/6.pdf#page=16"/><p><note type="editorial" resp="#pass">p. 14 de la lettre.</note>
à <formula notation="TeX">X'</formula>. Lorsque <formula notation="TeX">k=k'</formula>, <formula notation="TeX">S=S'</formula>, et que les morphismes envisagés sont les
puissances <formula notation="TeX">p</formula>.èmes, on est donc conduit à chercher à <del>prolonger</del>
relever ce morphisme à <formula notation="TeX">X</formula> de façon compatible avec le morphisme
<formula notation="TeX">\operatorname{Specf}(W)\to\operatorname{Specf}(W)</formula> déduit de <formula notation="TeX">f_W</formula>, ou ce qui
revient au même, de relever le morphisme canonique <formula notation="TeX">S\to S^{(p/k)}</formula> en un
morphisme de <formula notation="TeX">R</formula>-schémas formels <formula notation="TeX">X\to X\times_R(R,f_R)</formula>.<note type="editorial" resp="#pass">le « f » de
« Specf » paraît récrit sur la parenthèse tapée.</note> C'est en tous cas toujours
possible si <formula notation="TeX">S</formula> est affine, cas auquel on peut se ramener. Ayant donc ainsi un
morphisme
<formula notation="TeX" rend="display">f_X\colon X\longrightarrow X\ ,</formula>
compatible avec <formula notation="TeX">f_R</formula> sur <formula notation="TeX">R=\operatorname{Specf}(W)</formula>, et induisant <formula notation="TeX">f_S</formula> sur
<formula notation="TeX">S</formula>, le foncteur <formula notation="TeX">\underline{M}\rightsquigarrow\underline{M}^{(p)}</formula> s'explicite
comme l'image inverse ordinaire de Modules stratifiés sur <formula notation="TeX">X</formula> relativement à
<formula notation="TeX">R</formula>, resp. (dans le cas de isocristaux) de Modules stratifiés sur l'espace
rigide-analytique <formula notation="TeX">X_K</formula>, pour le « morphisme » <formula notation="TeX">X_K\to X_K</formula> d'espaces
rigide-analytiques (relatif à <formula notation="TeX">f_K</formula> sur le corps de base !) induit par <formula notation="TeX">f_X</formula>.
Bien que <formula notation="TeX">f_X</formula> et par suite <formula notation="TeX">f_{X_K}</formula> soit loin d'être unique, le foncteur
envisagé qu'il définit ne dépend pas<supplied resp="#pass">,</supplied> essentiellement<supplied resp="#pass">,</supplied> des choix
faits.</p>
<p>1.15. <hi rend="italic">Bicristaux et biisocristaux sur une base quelconque.</hi> Ne supposons
plus nécessairement <formula notation="TeX">S</formula> de caractéristique déterminée <formula notation="TeX">p</formula>. Pour chaque nombre
premier <formula notation="TeX">p</formula>, soit <formula notation="TeX">S_p</formula> la fibre <formula notation="TeX">V(p.1_{\underline{O}_S})</formula> de <formula notation="TeX">S</formula> sur le point
<formula notation="TeX">p\underline{Z}</formula> de <formula notation="TeX">\operatorname{Spec}(\underline{Z})</formula>. Un bicristal de poids
<formula notation="TeX">i</formula> sur <formula notation="TeX">S</formula> est par définition la donnée d'un cristal de modules
<formula notation="TeX">\underline{M}</formula> sur <formula notation="TeX">S</formula>, et pour chaque <formula notation="TeX">p</formula> d'une structure de bi-cristal de
poids <formula notation="TeX">i</formula> sur la restriction <formula notation="TeX">\underline{M}_p</formula> de <formula notation="TeX">\underline{M}</formula> à <formula notation="TeX">S_p</formula>,
définie par la donnée de <formula notation="TeX">F_p,V_p</formula>. On définit de même la notion de
bi-isocristal sur <formula notation="TeX">S</formula>, étant entendu qu'un isocristal est un objet de la
catégorie des isocristaux sur <formula notation="TeX">S</formula> (comme de juste), définie à partir de la
catégorie des cristaux de modules en « localisant » par rapport à des entiers
<formula notation="TeX">n&gt;0</formula> arbitraires, i.e. en tensorisant les Hom sur <formula notation="TeX">\underline{Z}</formula> par
<formula notation="TeX">\underline{Q}</formula>. – Lorsque <formula notation="TeX">S</formula> est de caractéristique nulle, le supplément de
structure impliqué par « bi » est évidemment vide, tandis que si <formula notation="TeX">S</formula> est de
caractéristique <formula notation="TeX">p</formula>, on retrouve les notions de 1.10. Lorsque enfin <formula notation="TeX">S</formula> est de
type fini sur <formula notation="TeX">\underline{Z}</formula> et domine <formula notation="TeX">\operatorname{Spec}(\underline{Z})</formula>,
alors la notion envisagée est d'une nature essentiellement arithmétique, les
différents <formula notation="TeX">F_p</formula> jouant le rôle d'homomorphismes de frobenius, comme de bien
entendu ; dans le cas du poids 1, en</p>
<pb n="16" facs="https://grothendieck.umontpellier.fr/6.pdf#page=17"/><p><note type="editorial" resp="#pass">p. 15 de la lettre.</note>
particulier, on peut considérer que le cristal avec sa bi-structure
supplémentaire permet de relier entre eux les groupes formels en les diverses
caractéristiques auxquels il donne naissance …</p>
<p>1.16. <hi rend="italic">Un retour en arrière.</hi> La définition 1.1. et le sorite 1.3. sont
un petit peu canulés. Au lieu de prendre dans 1.0. pour <formula notation="TeX">C</formula> la catégorie des
<supplied resp="#pass"><formula notation="TeX">R</formula>-</supplied>flèches <formula notation="TeX">S\to T</formula> qui …, il faut prendre la catégorie des
<formula notation="TeX">R</formula>-flèches <formula notation="TeX">U\to T</formula> qui …, où <formula notation="TeX">U</formula> est un ouvert induit non précisé de
<formula notation="TeX">S</formula>. De plus, la définition n'est guère raisonnable alors que si la catégorie
fibrée envisagée <formula notation="TeX">\underline{F}</formula> est un « champ » pour la topologie de Zariski
sur <formula notation="TeX">(\mathrm{Sch})_{/R}</formula>, i.e. si on peut y recoller flèches et objets. Ceci
est nécessaire en tous cas pour pouvoir dans 1.3. définir la notion d'image
inverse, la définition que j'y ai donnée n'étant raisonnable que si <formula notation="TeX">S,S'</formula> sont
affines. Dans le cas général, il faut se localiser sur <formula notation="TeX">S</formula> et <formula notation="TeX">S'</formula> pour se
ramener à cette situation. Autrement on bute sur des canulars idiots de nature
globale, comme le fait que sans restriction sur <formula notation="TeX">S'\to S</formula>, la construction
<del>indiquée</del> <supplied resp="#pass">envisagée</supplied> de somme amalgamée fait sortir de la
catégorie des préschémas … Il est probable qu'il y aura bien d'autres
canulars de détail dans ces notes, mais<supplied resp="#pass">,</supplied> je pense<supplied resp="#pass">,</supplied> sans
conséquence !</p>
<p>Il est évidemment tentant de vouloir interpréter les cristaux de modules comme
faisceaux de modules sur un certain site. C'est possible, en prenant le
« <hi rend="italic">site cristallogène</hi><supplied resp="#pass">*</supplied> <hi rend="italic">de</hi> <formula notation="TeX">S</formula> <hi rend="italic">sur</hi> <formula notation="TeX">R</formula> », qui est
précisément le site dont la catégorie sous-jacente <supplied resp="#pass"><formula notation="TeX">C</formula></supplied> est celle des
<formula notation="TeX">R</formula>-morphismes <formula notation="TeX">U\to T</formula> (<formula notation="TeX">U</formula> ouvert de <formula notation="TeX">S</formula>, <formula notation="TeX">U\to T</formula> immersion fermée
surjective définie par Ideal nilpotent sur <formula notation="TeX">T</formula>), la topologie est celle de
Zariski : on prend comme familles couvrantes « de définition » de <formula notation="TeX">(U\to T)</formula>
les familles définies par des recouvrements ouverts <formula notation="TeX">(T_i)</formula> de <formula notation="TeX">T</formula>, chaque
<formula notation="TeX">T_i</formula> muni de la structure induite, et définissant <formula notation="TeX">(U_i\to T_i)</formula> par
<formula notation="TeX">U_i=U\cap T_i</formula>. Un faisceau d'ensembles sur ce site s'identifie à un système
de faisceaux d'ensembles <formula notation="TeX">F_{U\to T}</formula> sur les <supplied resp="#pass">objets</supplied> buts des objets de
<formula notation="TeX">C</formula>, avec<supplied resp="#pass">,</supplied> pour toute flèche <formula notation="TeX">(U\to T)\to(U'\to T')</formula> de <formula notation="TeX">C</formula><supplied resp="#pass">,</supplied> un
homomorphisme de l'image inverse de <formula notation="TeX">F_{U'\to T'}</formula> <del>sur dans</del>
<supplied resp="#pass"><unclear>sur</unclear></supplied> <formula notation="TeX">T</formula>, dans <formula notation="TeX">F_{U\to T}</formula> (homomorphisme qui n'est pas
nécessairement un isomorphisme !) <supplied resp="#pass">(et qui est un isom. si <formula notation="TeX">T\to T'</formula> est
une imm. <unclear>ouverte</unclear>)</supplied>. En particulier, associ-<note type="editorial" resp="#pass">« <formula notation="TeX">R</formula>- »,
« <formula notation="TeX">C</formula> » et le petit « sur » au-dessus de « sur dans » biffé sont à l'encre ;
« envisagée » et « objets » sont tapés dans l'interligne et appelés à
l'encre ; l'astérisque après « cristallogène » est à l'encre ; la parenthèse
finale est ajoutée à l'encre au pied de la page, entourée et appelée après
« isomorphisme ! ) ».</note></p>
<pb n="17" facs="https://grothendieck.umontpellier.fr/6.pdf#page=18"/><p><note type="editorial" resp="#pass">p. 16 de la lettre.</note>
ant <del>en particulier</del> à tout <formula notation="TeX">(U\to T)</formula> le faisceau <formula notation="TeX">\underline{O}_T</formula> sur
<formula notation="TeX">T</formula>, on trouve un faisceau d'anneaux <formula notation="TeX">\underline{O}_C</formula> sur <formula notation="TeX">C</formula>. Ceci posé, les
cristaux de modules (quasi-cohérents) sur <formula notation="TeX">S</formula> s'identifient aux Modules
quasi-cohérents (i.e. localement conoyau d'un homomorphisme de Modules
libres) sur <formula notation="TeX">\underline{O}_C</formula> ; les cristaux « de <del>type</del> <supplied resp="#pass">prés.</supplied> 
finie » i.e. les cristaux de Modules de présentation finie, correspondent
exactement aux Modules de présentation finie sur <formula notation="TeX">\underline{O}_C</formula>.<note type="editorial" resp="#pass">« en
particulier » est biffé à l'encre ; « prés. » est tapé au-dessus de « type »
biffé à la machine.</note></p>
<p>Quand on a un <formula notation="TeX">R</formula>-morphisme <formula notation="TeX">S'\to S</formula>, je ne vois pas de morphisme naturel
correspondant entre les <hi rend="italic">sites</hi> cristallogènes correspondants à <formula notation="TeX">S,S'</formula>.
Ce n'est pas bien gênant, car introduisant les <hi rend="italic">topos cristallogènes</hi>
<supplied resp="#pass"><formula notation="TeX">\mathrm{Topcr}_{S/R}</formula> et <formula notation="TeX">\mathrm{Topcr}_{S'/R}</formula></supplied> <del>définis par les
sites</del> en question, on définit par la méthode esquissée dans 1.3. un
morphisme
<formula notation="TeX" rend="display">\mathrm{Topcr}_{S'/R}\longrightarrow\mathrm{Topcr}_{S/R}\ ,</formula>
correspondant à la notion naturelle de « image inverse de faisceaux »
<supplied resp="#pass">au sens <unclear>inverse</unclear></supplied> (qui, j'avoue, devrait être définie avec le
plus grand soin).<note type="editorial" resp="#pass">« <formula notation="TeX">\mathrm{Topcr}_{S/R}</formula> et <formula notation="TeX">\mathrm{Topcr}_{S'/R}</formula> »
est tapé dans l'interligne, au-dessus de « définis par les sites », biffé à
l'encre ; « au sens inverse » (lecture douteuse du second mot) est à
l'encre, appelé avant la parenthèse.</note></p>
<p>1.17. On est donc dans une situation où on peut faire marcher la machine
cohomologique. Etant loin de mes bases, je n'ai pas tenté sérieusement de
tirer au clair si les images directes supérieures qu'on définit ainsi, et en
particulier les groupes de cohomologie du site cristallogène, donnent ce qu'on
voudrait.<note type="editorial" resp="#pass">la fin de « cristallogène » est corrigée à l'encre sur un mot
tapé.</note> Le test-clef est le suivant : <hi rend="italic">si <formula notation="TeX">R</formula> est le spectre d'un corps,
et si <formula notation="TeX">S</formula> est lisse sur <formula notation="TeX">R</formula>, et propre sur <formula notation="TeX">R</formula> dans le cas de la
caractéristique <formula notation="TeX">p&gt;0</formula>, on voudrait trouver, comme cohomologie à coéfficients
dans <formula notation="TeX">\underline{O}_C</formula> lui-même, la cohomologie de De Rham de <formula notation="TeX">S</formula>
relativement à</hi> <formula notation="TeX">R</formula>.<note type="authorial" place="margin">marche en car. 0, et <hi rend="italic">pas</hi> en car
<formula notation="TeX">p&gt;0</formula></note><note type="editorial" resp="#pass">au crayon, dans la marge de gauche, en travers, à hauteur de ce
passage ; « pas » souligné.</note> Plus généralement, sans condition sur <formula notation="TeX">R</formula>, si
<formula notation="TeX">f\colon S'\to S</formula> est propre et lisse, on voudrait trouver comme
<supplied resp="#pass">« valeur en <formula notation="TeX">S</formula> » de</supplied> <formula notation="TeX">R^if_{\mathrm{cris}\,*}(\underline{O}_{C'})</formula>
<supplied resp="#pass">(cf 1.4)</supplied> le faisceau de cohomologie de De Rham
<formula notation="TeX">\underline{R}^if_*(\underline{\Omega}^*_{S'/S})</formula>, <del><gap reason="illegible"/></del> et
<supplied resp="#pass">on voudrait</supplied> que la connexion canonique à la Gauss-Manin sur ce dernier
soit celle associée à la stratification canonique provenant de la structure
cristalline (cf 1.8.).<note type="editorial" resp="#pass">« "valeur en <formula notation="TeX">S</formula>" de » et « (cf 1.4) » sont tapés
dans l'interligne et appelés à l'encre (le texte tape « <formula notation="TeX">S'</formula> » puis le
corrige) ; « on voudrait » est à l'encre.</note><note type="authorial" place="margin">(faut
<unclear>d'introduire des</unclear> <unclear>puiss. div.</unclear>)</note><note type="editorial" resp="#pass">au crayon, dans
la marge de gauche, à hauteur de « que la connexion canonique » ; lecture
douteuse.</note> L'existence d'une connexion de Gauss-Manin en cohomologie de
De-Rham (que j'ai vérifié pour n'importe quel morphisme lisse), et le tapis
de Washnitzer-Monsky, sont en tous cas des indications assez fortes pour
conduire à penser qu'il doive exister une théorie cohomologique, en termes de
cristaux, donnant de telles valeurs pour l'argument <formula notation="TeX">\underline{O}_C</formula>. Au
cas où la cohomologie du site cris-</p>
<pb n="18" facs="https://grothendieck.umontpellier.fr/6.pdf#page=19"/><p><note type="editorial" resp="#pass">p. 17 de la lettre.</note>
tallogène ne donnerait pas les résultats qu'il faut, on pourrait essayer (au
lieu de prendre des foncteurs dérivés dans la catégorie de <hi rend="italic">tous</hi> les
Modules sur le site annelé cristallogène) de prendre des foncteurs dérivés dans
la catégorie des seuls Modules quasi-cohérents sur le site cristallogène, i.e. 
dans la catégorie des cristaux de modules.</p>
</div>
<div type="section">
<head><hi rend="italic">Chapitre</hi> 2   <hi rend="italic">La cohomologie de De Rham est un cristal.</hi></head>
<p>2.1. L'affirmation du titre n'est pour l'instant qu'une hypothèse ou un voeux
pieux, mais je suis convaincu qu'elle est essentiellement correcte. Comme je
l'ai dit dans 1.17., il y a pour le moment deux indications dans cette
direction :</p>
<p>a) Le travail de Washnitzer-Monsky. Deux grosses imperfections dans leur
tapis : 1º ils n'obtiennent que des invariants cohomologiques <hi rend="italic">locaux</hi> sur
leur variété lisse en caractéristique <formula notation="TeX">p&gt;0</formula>, via leurs relèvements ; pour
avoir un invariant global, ils doivent se limiter à la dimension 1. On peut
penser que cela tient à leur manque de familiarité avec les machines
cohomologiques. 2º leurs invariants sont des (faisceaux de) vectoriels sur le
corps des fractions de <formula notation="TeX">W</formula>, et non sur <formula notation="TeX">W</formula>, i.e. ils n'obtiennent que des
invariants « modulo isogénie ». Il semble bien, en effet, que leur
démonstration d'invariance fait intervenir de façon essentielle des
dénominateurs. Il n'est pas exclu, d'après cette indication, que dans le titre
du Chapitre il faille remplacer « cristal » par « isocristal »
<supplied resp="#pass">(et « est » par « définit »)</supplied>. Ce serait bien dommage, mais n'exclurait
pas pour autant l'existence d'une bonne théorie cohomologique pour les
cristaux, qui pour un morphisme propre et lisse et le « cristal unité »
coinciderait <hi rend="italic">modulo isogénie</hi> avec ce que donne De Rham. Le test décisif
reste celui indiqué dans 1.17, savoir : donne-t-il un résultat positif
seulement en caractéristique zéro, ou en toute caractéristique ?<note type="editorial" resp="#pass">« (et
"est" par "définit") » est à l'encre, dans l'interligne.</note></p>
<p>b) L'existence des connexions de Gauss-Manin. J'ai vérifié pour tout
morphisme lisse <formula notation="TeX">f\colon X\to S</formula> l'existence d'une connexion canonique
<supplied resp="#pass">(absolue)</supplied> sur les <formula notation="TeX">\underline{R}^if_*</formula> au sens de De Rham relatif, ou
plus correctement, sur le complexe<note type="editorial" resp="#pass">« (absolue) » est à l'encre ; le
<formula notation="TeX">X</formula> de « <formula notation="TeX">f\colon X\to S</formula> » est récrit à l'encre sur la lettre tapée, et le
« <formula notation="TeX">f_*</formula> » complété à l'encre.</note></p>
<pb n="19" facs="https://grothendieck.umontpellier.fr/6.pdf#page=20"/><p><note type="editorial" resp="#pass">p. 18 de la lettre.</note>
<formula notation="TeX">\underline{R}f_*(\underline{\Omega}^{\bullet}_{X/S})</formula>, considéré comme objet
de la catégorie dérivée <formula notation="TeX">D(\underline{O}_S)</formula>. A vrai dire, je n'ai pas vérifié
pour cette connexion une condition de « nullité de la <supplied resp="#pass">courbure</supplied> » ;
c'est vérifié en tous cas (par voie transcendante !) si <formula notation="TeX">S</formula> est lisse<supplied resp="#pass">,</supplied>
sur <formula notation="TeX">R</formula> réduit de caractéristique nulle.<note type="editorial" resp="#pass">« courbure » est récrit à
l'encre sur le mot tapé.</note> [Il faut noter d'ailleurs qu'il n'y a pas d'espoir
de montrer que la connexion en question provient toujours d'une
stratification : c'est <hi rend="italic">faux</hi> en caractéristique <formula notation="TeX">p&gt;0</formula> ; la raison étant
que la cohomologie de De Rham pour une variété algébrique non complète (par
exemple affine) n'est plus du tout raisonnable, étant beaucoup trop grosse.
Pour pouvoir espérer une stratification sur
<formula notation="TeX">\underline{R}f_*(\underline{\Omega}^{\bullet}_{X/S})</formula>, sans restriction de
caractéristique, il faut donc supposer <formula notation="TeX">f</formula> <hi rend="italic">propre</hi>.]<note type="editorial" resp="#pass">crochets
tracés à l'encre.</note></p>
<p>c) La nécessité d'une interprétation cristallographique de la cohomologie de
De Rham est également suggérée par le problème que j'avais signalé dans mon
papier bleu sur De Rham : si <formula notation="TeX">R</formula> est le spectre du corps des complexes, <formula notation="TeX">S</formula>
lisse sur <formula notation="TeX">R</formula> et <formula notation="TeX">X</formula> lisse et propre sur <formula notation="TeX">S</formula>, alors la théorie transcendante
de la cohomologie nous fournit une suite spectrale
<formula notation="TeX" rend="display">H^p\bigl(S^{\mathrm{an}},R^qf^{\mathrm{an}}_*(\underline{C}_{S^{\mathrm{an}}})\bigr)
  \Longrightarrow H^{\bullet}(X^{\mathrm{an}},\underline{C})\ ,</formula>
dont le terme initial et l'aboutissement d'autre part ont une description
purement algébrique, comme cohomologie de De Rham de <formula notation="TeX">X</formula>, et de <formula notation="TeX">S</formula> à
coéfficients dans les <formula notation="TeX">\underline{R}^qf_*(\underline{\Omega}^{\bullet}_{X/S})</formula>
<hi rend="italic">munis de leur connexion canonique</hi> <supplied resp="#pass">intégrable</supplied> (ce qui permet de
les prendre comme coéfficients dans la cohomologie de De Rham). On aimerait
trouver une interprétation purement algébrique de cette suite spectrale toute
entière.<note type="editorial" resp="#pass">« intégrable » est tapé dans l'interligne et appelé à l'encre ;
dans la suite spectrale, <formula notation="TeX">f^{\mathrm{an}}_*</formula> appliqué à
<formula notation="TeX">\underline{C}_{S^{\mathrm{an}}}</formula> : sic (on attendrait
<formula notation="TeX">\underline{C}_{X^{\mathrm{an}}}</formula>).</note></p>
<p>2.2. Je vais préciser <del><gap reason="illegible"/></del> l'affirmation du titre, en me plaçant
dans l'éventualité optimiste bien sûr où on n'aurait pas besoin de
s'isogéniser.<note type="editorial" resp="#pass">« bien sûr » est entouré au crayon, et un crochet au
crayon marque « dans l'éventualité » : sans doute pour déplacer les mots.</note>
<del>On désigne, pour abréger, par le mot « <hi rend="italic">complexe</hi> » sur un
préschéma <formula notation="TeX">S</formula>, un complexe de Modules à cohomologie quasi-cohérente,
considéré comme objet de la catégorie dérivée qu'on sait ; Les catégories de
ces complexes, pour une base variable,</del><note type="editorial" resp="#pass">passage encadré et hachuré au
crayon.</note> Comme les cristaux de modules sur un préschéma <formula notation="TeX">S</formula> forment une
catégorie abélienne, on peut prendre la catégorie dérivée ; ses objets seront
appelés simplement « complexes de cristaux ». Un tel animal induit sur <formula notation="TeX">S</formula>,
et plus généralement sur tout objet-but <formula notation="TeX">T</formula> d'un objet <formula notation="TeX">(U\to T)</formula> du site
cristal-</p>
<pb n="20" facs="https://grothendieck.umontpellier.fr/6.pdf#page=21"/><p><note type="editorial" resp="#pass">p. 19 de la lettre.</note>
logène <supplied resp="#pass"><formula notation="TeX">C</formula></supplied> de <formula notation="TeX">S</formula>, un complexe de Modules ordinaire (envisagé comme
objet de la catégorie dérivée des faisceaux de Modules sur <formula notation="TeX">S</formula>, resp. <formula notation="TeX">T</formula>).
Un complexe de cristaux est dit pseudo-cohérent (resp. parfait, resp. 
…) si pour tout objet <formula notation="TeX">(U\to T)</formula> de <formula notation="TeX">C</formula>, le complexe induit sur <formula notation="TeX">T</formula> est
pseudo-cohérent (resp. …). Ceci posé, voilà la théorie qu'on voudrait :
A tout morphisme lisse et propre <formula notation="TeX">f\colon X\to S</formula>, serait associé un complexe
de cristaux <supplied resp="#pass">(absolu)</supplied> <formula notation="TeX">\mathrm{DR}(f)</formula> <supplied resp="#pass">sur <formula notation="TeX">S</formula></supplied>, appelé cohomologie
de De Rham <supplied resp="#pass">cristalline</supplied> de <formula notation="TeX">f</formula>.<note type="editorial" resp="#pass">« (absolu) » et « sur <formula notation="TeX">S</formula> » sont
tapés dans l'interligne et appelés à l'encre, avec un petit « c » à l'encre
au-dessus de la ligne ; « cristalline » et le « <formula notation="TeX">C</formula> » en tête de page sont à
l'encre.</note> Ce complexe doit être parfait, sa formation doit être compatible
avec tout changement de base sur <formula notation="TeX">S</formula> (l'image inverse des complexes de
cristaux étant entendue, bien entendu, au sens de catégories dérivées
…), et bien sûr <formula notation="TeX">\mathrm{DR}(f)</formula> dépend fonctoriellement (de façon
cotravariante) de <formula notation="TeX">X</formula> sur <formula notation="TeX">S</formula>. Tôt ou tard, il faudra expliciter aussi une
formule de Künneth
<formula notation="TeX">\mathrm{DR}(f\times_S g)\simeq\mathrm{DR}(f)\overset{L}{\otimes}\mathrm{DR}(g)</formula>,
et une formule de dualité, qui pour <formula notation="TeX">f</formula> partout de dimension relative <formula notation="TeX">d</formula>
s'exprime comme un accouplement<supplied resp="#pass">,</supplied> définissant une autodualité<supplied resp="#pass">,</supplied>
<formula notation="TeX" rend="display">\mathrm{DR}(f)\times\mathrm{DR}(f)\longrightarrow T^d[2d]\ ,</formula>
où <formula notation="TeX">T^d</formula> est le cristal de Tate de poids <formula notation="TeX">2d</formula>, et où <formula notation="TeX">[2d]</formula> indique qu'on
translate les degrés de <formula notation="TeX">2d</formula> (attention au facteur 2 !).<note type="editorial" resp="#pass">les crochets de
<formula notation="TeX">[2d]</formula>, le « 2 » de « poids <formula notation="TeX">2d</formula> » et le signe <formula notation="TeX">\simeq</formula> de la formule de
Künneth sont à l'encre.</note> Enfin, on veut comme de juste un isomorphisme
<formula notation="TeX">\mathrm{DR}(f)(S)\simeq\underline{R}f_*(\underline{\Omega}^{\bullet}_{X/S})</formula>,
fonctoriel en <formula notation="TeX">X</formula>, compatible avec les changements de base, avec Künneth et
la dualité (déjà connus pour la cohomologie de De Rham ordinaire).</p>
<p>Par prudence, je me suis abstenu de dire quoi que ce soit sur le cas <formula notation="TeX">f</formula> non
propre, dont il faudrait parler tout au moins si on voulait faire sérieusement
le lien avec Washnitzer-Monsky.</p>
<p>2.3. <hi rend="italic">La cohomologie de De Rham comme bi<supplied resp="#pass">iso</supplied>cristal.</hi> A supposer
qu'on ait une théorie du type envisagé dans 2.2., <del><gap reason="illegible"/></del> on trouve
pour chaque entier <formula notation="TeX">p</formula> un homomorphisme de frobenius
<formula notation="TeX" rend="display">F_p\colon \mathrm{DR}(f)_p^{(p)}\longrightarrow\mathrm{DR}(f)_p\ ,</formula>
où l'indice <formula notation="TeX">p</formula> au complexe de cristaux <formula notation="TeX">\mathrm{DR}(f)</formula> désigne la
restriction à <formula notation="TeX">S_p=V(p.1)</formula> (au sens des catégories dérivées), qui d'après les
conditions de 2.2. n'est autre que <formula notation="TeX">\mathrm{DR}(f_p)</formula>, <formula notation="TeX">f_p\colon X_p\to S_p</formula>
étant induit par <formula notation="TeX">f</formula>. Utilisant toujours la même condi-<note type="editorial" resp="#pass">« iso » est
récrit à l'encre sur le « cr » tapé de « bicristal » ; les parenthèses autour
de « au sens des catégories dérivées » sont à l'encre. La lettre se poursuit
au lot suivant.</note></p>
</div>
      </div>
    </body>
  </text>
</TEI>
