Cote n° 51 · pages 1–22
· Lecture modernisée · « Bonne réduction » (Shimura-Koizumi) : notes manuscrites (s.d.) — lecture modernisée du dossier entier
Datation de l’inventaire : s.d. — le groupe « Variétés abéliennes » (45 à 56) est daté 1961-1973
Édition de démonstration — interprétation personnelle de l'œuvre
Résumé
Une courbe elliptique, ou plus généralement une variété abélienne, peut être donnée par des équations à coefficients rationnels. On peut alors réduire ces équations modulo un nombre premier \(p\) et regarder ce qu'il en reste. Parfois l'objet réduit est encore une variété abélienne de même dimension : on dit que la variété a bonne réduction en \(p\). Parfois il dégénère, comme un cercle qui s'écrase sur une croix quand on fait tendre un paramètre vers zéro. Ces feuillets posent une question simple : quelles opérations respectent la bonne réduction ? Si une variété a bonne réduction, en va-t-il de même de ses quotients, de ses sous-variétés, des variétés qui lui sont reliées par une isogénie, c'est-à-dire par un homomorphisme surjectif à noyau fini ? La chemise du dossier porte deux noms, Shimura et Koizumi, qui avaient répondu oui pour les quotients.
L'outil de Grothendieck est l'adhérence schématique. On a un objet au-dessus du point « générique » — sur le corps des rationnels, disons — et une famille qui le contient. Son adhérence dans la famille est la plus petite façon de le prolonger jusqu'à la réduction modulo \(p\) : son ombre portée sur la fibre spéciale. Elle existe toujours, elle est unique, et elle garde la structure de groupe. Mais elle peut être moins bonne que l'objet de départ. En caractéristique \(p\), deux sous-groupes distincts d'ordre \(p\) d'une courbe elliptique peuvent se confondre à la réduction, comme deux points qui se rejoignent à la limite. L'adhérence d'une sous-variété abélienne peut alors acquérir, sur la fibre spéciale, une structure infinitésimale qui l'empêche d'être abélienne. En caractéristique nulle cela n'arrive jamais, et le dossier en tire un énoncé propre : sur une base normale, tout sous-groupe de la fibre générique se prolonge d'une seule manière.
Le reste du dossier passe aux familles. D'abord la variété de Picard et celle d'Albanese d'une variété projective, dont la bonne réduction se ramène, par une courbe tracée sur la variété et sa jacobienne, au théorème de Shimura et Koizumi. Ensuite une question en famille : la partie abélienne du schéma de Picard d'une famille de variétés forme-t-elle elle-même une famille ? La réponse passe par un problème de modules dont chaque fibre n'a qu'un point. Grothendieck la mène à bout en caractéristique nulle, et le note en marge ; en caractéristique \(p\) il écrit qu'« il faut regarder de plus près ». La dernière page change de cadre. Au-dessus d'une base régulière, un objet défini génériquement ne peut refuser de se prolonger qu'en codimension un. La page se demande alors si la bonne réduction, vérifiée le long de chaque hypersurface, suffit partout. C'est ce qu'on appelle aujourd'hui la question de pureté pour les schémas abéliens.
Le dossier n'est pas daté. Son vocabulaire — « préschéma », « simple » pour lisse, un renvoi à un « Ch. II » pour les critères de propreté — est celui des premières années des Éléments. C'est une indication, pas une date.
Keywords — good reduction, abelian scheme, schematic closure, isogeny, Picard scheme, torsor, purity
Le fil du dossier, et les conventions
- 1.L'adhérence schématique au-dessus d'un trait (pages 2 à 5) : quotients plats, sous-schémas fermés plats, sous-groupes fermés plats.
- 2.Le schéma des sous-groupes (pages 6 et 7), fermé dans le schéma de Hilbert, et propre par morceaux grâce au point 1.
- 3.Isogénies et théorème de Koizumi–Shimura (pages 8 à 11) : les isogénies se prolongent, la bonne réduction est un invariant d'isogénie, les quotients et les sous-variétés d'une variété à bonne réduction ont bonne réduction.
- 4.Caractéristique \(p\) contre caractéristique nulle (pages 12 à 15) : un contre-exemple, puis le prolongement unique des sous-groupes en caractéristique nulle, une question, une remarque sur les \(\mathrm{Hom}\), et un lemme sur les sections rationnelles.
- 5.Picard et Albanese (pages 16 et 17).
- 6.La partie abélienne de \(\mathrm{Pic}_{X/S}\) (pages 18 à 21), démontrée en caractéristique nulle seulement.
- 7.Schémas abéliens sur une base régulière (page 22).
Conventions. \(V\) est un anneau de valuation discrète, \(\pi\) une uniformisante, \(K\) son corps des fractions et \(k\) son corps résiduel. Pour un \(V\)-schéma \(X\), on note \(X_K\) la fibre générique, \(j \colon X_K \to X\) l'immersion ouverte, et \(X_k\) la fibre spéciale ; l'indice \(K\) ou le prime (\(F' = F_K\)) désignent indifféremment la restriction à \(X_K\), comme sur les pages. Un schéma abélien sur \(S\) est un \(S\)-schéma en groupes propre et lisse à fibres géométriquement connexes ; on dit que \(A_K\) a bonne réduction sur \(V\) s'il est la fibre générique d'un schéma abélien sur \(V\) — la page dit qu'il « se réduit bien ». Le mot multiabélien, qui est le sien et n'est pas usuel, désigne ici un \(S\)-schéma en groupes propre et lisse dont la composante neutre est un schéma abélien.1 On écrit \(\mathrm{Hilb}\) et \(\mathrm{Pic}\) sans le double soulignement qu'il leur donne.
Ce que le dossier annonce et n'établit pas : le fait « connu » sur lequel repose la proposition 2 ; l'énoncé de la page 14 sans l'hypothèse de normalité, et sa note marginale, illisible ; le théorème sur les \(\mathrm{Hom}\) esquissé page 15 ; le théorème des pages 18 à 21 en caractéristique \(p\) ; les affirmations b) et d) de la page 22, et la question de pureté qui la clôt.
2–5
L'adhérence schématique au-dessus d'un trait (pages 2 à 5)
Proposition 1. Soient \(X\) un \(V\)-schéma et \(F\) un \(\mathcal{O}_X\)-module quasi-cohérent, \(F_K = j^{*}F\).
- (i)Soit \(G' = F_K/J'\) un quotient quasi-cohérent de \(F_K\). Soit \(J^{*}\) le plus grand sous-module de \(F\) dont la restriction à \(X_K\) est contenue dans \(J'\), c'est-à-dire le noyau de \(F \to j_{*}G'\), et \(G = F/J^{*}\). Alors \(G\) est quasi-cohérent, plat sur \(V\), et \(G|_{X_K} = G'\). C'est le plus petit quotient de \(F\) qui induise sur \(X_K\) un quotient majorant \(G'\).
- (ii)Réciproquement, si \(G = F/J\) est un quotient quasi-cohérent de \(F\) plat sur \(V\), alors \(J = J^{*}\) pour \(J' = J|_{X_K}\) : \(G\) est le plus petit quotient de \(F\) qui induise \(G|_{X_K}\).
Démonstration. L'immersion \(j\) est affine — localement, \(X_K = \mathrm{Spec}\, R[1/\pi]\) — donc \(j_{*}G'\) est quasi-cohérent, et \(J^{*}\) aussi, comme noyau d'un morphisme de modules quasi-cohérents.2 Le module \(G\) s'identifie à l'image de \(F\) dans \(j_{*}G'\), sur lequel \(\pi\) est inversible ; \(\pi\) n'est donc pas diviseur de zéro dans \(G\), ce qui, sur un anneau de valuation discrète, est la platitude. Comme \(j^{*}\) est exact et \(j^{*}j_{*}G' = G'\), on a \(G|_{X_K} = G'\).3
Pour (ii), on a \(J \subset J^{*}\) puisque \(J|_{X_K} = J'\). Le quotient \(N = J^{*}/J\) est un sous-module de \(G\), donc sans \(\pi\)-torsion, et il est nul sur \(X_K\) : toute section locale de \(N\) est tuée par une puissance de \(\pi\). Donc \(N = 0\).4
Corollaire 1. L'application \(G \mapsto G|_{X_K}\) est une bijection de l'ensemble des quotients quasi-cohérents de \(F\) plats sur \(V\) sur l'ensemble des quotients quasi-cohérents de \(F_K\).
Corollaire 2. Soient \(X_1\), \(X_2\) deux \(V\)-schémas et \(F_1\), \(F_2\) des modules quasi-cohérents sur eux. La bijection du corollaire 1 est compatible au produit tensoriel externe : si \(G_i\) est le quotient plat de \(F_i\) qui correspond à \(G'_i\), le quotient plat de \(F_1 \boxtimes F_2\) sur \(X_1 \times_V X_2\) qui correspond à \(G'_1 \boxtimes G'_2\) est \(G_1 \boxtimes G_2\).5 En effet \(G_1 \boxtimes G_2\) est un quotient de \(F_1 \boxtimes F_2\), plat sur \(V\) comme produit tensoriel de modules plats, de restriction \(G'_1 \boxtimes G'_2\) ; on applique (ii).
Corollaire 3. Les sous-schémas fermés \(Y\) de \(X\) plats sur \(V\) correspondent bijectivement aux sous-schémas fermés \(Y'\) de \(X_K\), par \(Y \mapsto Y_K\) et \(Y' \mapsto \overline{Y'}\), l'adhérence schématique de \(Y'\) dans \(X\) : le plus petit sous-schéma fermé de \(X\) dont la restriction à \(X_K\) contient \(Y'\). Cette correspondance est compatible aux produits fibrés sur \(V\) : \(\overline{Y'_1 \times_K Y'_2} = \overline{Y'_1} \times_V \overline{Y'_2}\).
C'est le cas \(F = \mathcal{O}_X\) des corollaires 1 et 2. L'espace sous-jacent à \(\overline{Y'}\) est l'adhérence de \(Y'\) dans \(X\), d'où le nom.6
Corollaire 4. Soient \(G\) un \(V\)-schéma en groupes et \(H'\) un sous-schéma en groupes fermé de \(G_K\). Alors \(H = \overline{H'}\) est un sous-schéma en groupes fermé de \(G\), plat sur \(V\), de fibre générique \(H'\), et c'est le seul.
Démonstration. L'unicité est celle du corollaire 3. L'inversion de \(G\) est un automorphisme qui préserve \(H'\), donc son adhérence. Pour la multiplication \(m \colon G \times_V G \to G\), le sous-schéma fermé \(m^{-1}(H)\) contient \(H' \times_K H'\) sur la fibre générique, donc contient son adhérence, qui est \(H \times_V H\) par le corollaire 3. Enfin la section unité \(e \colon \mathrm{Spec}\, V \to G\) se factorise par \(H\) : \(e^{-1}(H)\) est un sous-schéma fermé de \(\mathrm{Spec}\, V\) qui contient le point générique, donc c'est \(\mathrm{Spec}\, V\).7
6–7
Le schéma des sous-groupes (pages 6 et 7)
Proposition 2. Soient \(S\) un schéma localement noethérien et \(G\) un \(S\)-schéma en groupes dont le schéma de Hilbert \(\mathrm{Hilb}_{G/S}\) existe ; il paramètre les sous-schémas fermés de \(G\) propres et plats sur \(S\).8 Pour tout \(S' \to S\), soit \(\mathcal{M}(S')\) l'ensemble des sous-schémas fermés de \(G_{S'}\), propres et plats sur \(S'\), qui sont des sous-schémas en groupes.
- (a)Le sous-foncteur \(\mathcal{M}\) de \(\mathrm{Hilb}_{G/S}\) est représentable par un sous-schéma fermé de \(\mathrm{Hilb}_{G/S}\).
- (b)Si \(G\) est propre sur \(S\) et si \(\mathrm{Hilb}_{G/S}\) est réunion disjointe d'ouverts \(H_i\) de type fini sur \(S\), alors \(\mathcal{M}\) est réunion disjointe des \(\mathcal{M}_i = \mathcal{M} \cap H_i\), et chaque \(\mathcal{M}_i\) est propre sur \(S\).
Démonstration de (a). Soit \(H \subset G_{T}\) le sous-schéma universel au-dessus de \(T = \mathrm{Hilb}_{G/S}\). Il faut montrer que les \(T' \to T\) au-dessus desquels \(H_{T'}\) est un sous-groupe sont ceux qui se factorisent par un sous-schéma fermé de \(T\). Être un sous-groupe se dit par trois inclusions : la section unité \(e\) se factorise par \(H\) ; \(H\) est contenu dans son image \(\check{H}\) par l'inversion ; \(H \times_T H\) est contenu dans \(P = m^{-1}(H)\). Or si \(Z\) est un sous-schéma fermé propre et plat sur la base et \(W\) un sous-schéma fermé quelconque, les points de la base au-dessus desquels \(Z \subset W\) forment un sous-schéma fermé.9 Pour la section unité, c'est \(e^{-1}(H)\). On prend pour \(\mathcal{M}\) l'intersection des trois sous-schémas fermés ainsi obtenus.10
Démonstration de (b). Chaque \(H_i\), ouvert d'une réunion disjointe, est aussi fermé ; \(\mathcal{M}_i\) est donc fermé dans \(H_i\), de type fini et séparé sur \(S\). Reste le critère valuatif d'existence. Si \(\mathrm{Spec}\, V \to S\) est un trait et \(H'\) un sous-groupe fermé propre de \(G_K\), son adhérence schématique dans \(G_V\) est un sous-groupe fermé plat (corollaire 4 de la proposition 1), propre puisque \(G\) l'est : c'est un \(V\)-point de \(\mathcal{M}\) qui prolonge le \(K\)-point donné, et il reste dans \(\mathcal{M}_i\) puisque \(\mathrm{Spec}\, V\) est connexe. C'est pour cela que la proposition 1 est là.11
Variantes. La page note encore que les sous-groupes finis, et de même les sous-groupes abéliens, forment des parties ouvertes de \(\mathcal{M}\), la première étant aussi fermée.12
8–11
Isogénies, et le théorème de Koizumi–Shimura (pages 8 à 11)
Proposition 3. Soient \(A\) un schéma abélien sur \(V\) et \(u' \colon A_K \to B'\) une isogénie vers une variété abélienne \(B'\) sur \(K\). Il existe un schéma abélien \(B\) sur \(V\), avec \(B_K \simeq B'\), et un homomorphisme \(u \colon A \to B\) qui induit \(u'\).
La page souligne que la démonstration n'utilise pas le théorème de prolongement de Weil, selon lequel un \(K\)-morphisme \(A_K \to B_K\) entre fibres génériques de schémas abéliens provient d'un morphisme \(A \to B\).
Démonstration. Le noyau \(H' = \operatorname{Ker} u'\) est un sous-groupe fini de \(A_K\). Son adhérence \(H = \overline{H'}\) est un sous-groupe fermé de \(A\), plat sur \(V\) (corollaire 4), propre, et quasi-fini. En effet chaque point de \(H'\) a un corps résiduel fini sur \(K\), et son adhérence dans \(H\) est de dimension au plus \(1\) ; elle ne rencontre donc la fibre spéciale qu'en un nombre fini de points. Ainsi \(H\) est fini et plat sur \(V\).13 Comme \(A\) est projectif sur \(V\), le quotient \(B = A/H\) existe. C'est un \(V\)-schéma en groupes, plat et propre, et \(A \to B\) a pour noyau \(H\).14 La formation de ce quotient commute au changement de base. Donc \(B_K = A_K/H' \simeq B'\) et \(B_k = A_k/H_k\), qui est une variété abélienne. Un schéma en groupes plat et propre dont les fibres sont des variétés abéliennes est un schéma abélien.15
Corollaire 1. Si \(A'\) et \(B'\) sont deux variétés abéliennes isogènes sur \(K\), \(A'\) a bonne réduction si et seulement si \(B'\) a bonne réduction, et alors les deux réductions sont isogènes.
En effet, toute isogénie \(u'\) admet une isogénie \(v'\) en sens inverse (avec \(v' u' = n\) pour un entier \(n\)), et on applique la proposition 3 dans les deux sens. Le prolongement \(u \colon A \to B\) a un noyau fini \(H\), et sa réduction \(u_k\) est surjective par égalité des dimensions : c'est une isogénie.
Conséquence. La bonne réduction est une propriété de la classe d'isogénie. Un produit de variétés à bonne réduction a bonne réduction. En particulier, si les facteurs simples de \(A'\) — au sens du théorème de complète réductibilité de Poincaré — ont bonne réduction, \(A'\) a bonne réduction. La réciproque est le théorème suivant.
Théorème (Koizumi–Shimura). Si \(A'\) a bonne réduction sur \(V\), tout quotient abélien de \(A'\) a bonne réduction, et de même toute sous-variété abélienne de \(A'\).16
Démonstration. Soit \(B'\) un quotient abélien de \(A'\). Par la complète réductibilité de Poincaré, \(A'\) est isogène à \(B' \times C'\) pour une variété abélienne \(C'\), et par le corollaire 1 on peut supposer \(A' = B' \times C'\). On peut donc supposer que le quotient est un facteur direct. Il y a alors des endomorphismes \(p'\), \(q'\) de \(A'\) tels que \[ p' + q' = \mathrm{id}, \qquad p'^{2} = p', \qquad q'^{2} = q'. \] Ils se prolongent en endomorphismes \(p\), \(q\) de \(A\), qui satisfont les mêmes identités, puisque \(\mathrm{End}(A) \to \mathrm{End}(A_K)\) est bijectif.17 On en déduit un isomorphisme de schémas en groupes \[ A \xrightarrow{\ \sim\ } \operatorname{Ker} p \times_V \operatorname{Ker} q = A_1 \times_V A_2, \qquad x \mapsto (q x,\ p x), \] d'inverse \((y, z) \mapsto y + z\). Chaque \(A_i\) est un rétracte de \(A\), donc lisse et propre sur \(V\). Comme \(A_k = (A_1)_k \times (A_2)_k\) est connexe, les deux facteurs le sont. Ce sont des schémas abéliens, et \(B'\) est la fibre générique de l'un d'eux.
Remarque (page 11). Soient \(A\) un schéma abélien sur \(V\) et \(B'\) une sous-variété abélienne de \(A_K\). D'après ce qui précède, \(B' = B_K\) pour un schéma abélien \(B\) sur \(V\), et l'inclusion \(B' \to A_K\) se prolonge en un homomorphisme \(v \colon B \to A\), par le théorème de Weil. L'image schématique de \(v\) est l'adhérence \(\overline{B'}\). En effet l'image induit \(B'\), donc contient \(\overline{B'}\). Inversement \(v^{-1}(\overline{B'})\) est un sous-schéma fermé de \(B\) qui contient \(B_K\), donc c'est \(B\) puisque \(B\) est plat. Ainsi \(\overline{B'}\) est un sous-groupe fermé de \(A\), plat sur \(V\). Les conditions suivantes sont alors équivalentes : \(\overline{B'}\) est un schéma abélien ; \(B \to \overline{B'}\) est un isomorphisme ; \(v\) est une immersion fermée ; le noyau de \(v\) est trivial.18
12–15
Caractéristique \(p\), caractéristique nulle (pages 12 à 15)
Le contre-exemple
Ces conditions peuvent être en défaut. Supposons \(k\) de caractéristique \(p > 0\) et \(K\) de caractéristique nulle. Soit \(B\) une courbe elliptique sur \(V\) dont la réduction \(B_k\) n'a pas de point d'ordre \(p\), c'est-à-dire est supersingulière. Alors \(B_k\) n'a qu'un sous-groupe d'ordre \(p\), le noyau du Frobenius. Quitte à remplacer \(K\) par une extension finie, \(B_K\) a deux sous-groupes distincts \(\Gamma'_1\), \(\Gamma'_2\) d'ordre \(p\). Leurs adhérences \(\Gamma_1\), \(\Gamma_2\) sont finies et plates d'ordre \(p\), et leurs fibres spéciales coïncident. Ainsi \(\Gamma'_1 \cap \Gamma'_2 = (e)\) mais \(\Gamma_1 \cap \Gamma_2 \neq (e)\). On pose \[ A = B/\Gamma_1 \times_V B/\Gamma_2 \] et on y envoie \(B\) diagonalement. Sur la fibre générique c'est une immersion fermée, de noyau \(\Gamma'_1 \cap \Gamma'_2\) ; sur la fibre spéciale, non. Par la remarque précédente, l'adhérence de \(B_K\) dans \(A\) est un sous-groupe plat qui n'est pas un schéma abélien : sa fibre spéciale n'est pas réduite.19
La caractéristique nulle
En caractéristique nulle, tout schéma en groupes de type fini sur un corps est lisse (théorème de Cartier). L'adhérence d'un sous-groupe fermé de \(A_K\), plate à fibres lisses, est donc lisse. Si le sous-groupe est une sous-variété abélienne, les fibres géométriques de l'adhérence restent connexes, puisque leur nombre de composantes est localement constant dans une famille propre et lisse. L'adhérence est alors un schéma abélien. Plus généralement, l'adhérence d'un sous-groupe quelconque de \(A_K\) est multiabélienne.20
Soit maintenant \(S\) localement noethérien de caractéristique nulle et \(A\) un schéma abélien projectif sur \(S\), de sorte que \(\mathrm{Hilb}_{A/S}\) existe et est localement de type fini. Le schéma \(\mathcal{M}\) de la proposition 2 est alors localement propre sur \(S\) : c'est la proposition 2 (b), l'adhérence d'un sous-groupe restant, en caractéristique nulle, un sous-groupe lisse. De plus \(\mathcal{M}\) est non ramifié sur \(S\). Un sous-groupe fini est contenu dans un \(A[n]\), qui est fini étale, et ses sous-groupes forment un schéma fini étale. Une sous-variété abélienne ne se déforme pas comme sous-groupe.21
Théorème (page 14). Soient \(S\) un schéma localement noethérien, connexe et normal, de caractéristique nulle, de corps des fonctions \(K\), et \(A\) un schéma abélien sur \(S\) tel que \(\mathrm{Hilb}_{A/S}\) existe et soit localement de type fini (par exemple, \(A\) projectif sur \(S\)). Pour tout sous-schéma en groupes fermé \(B'\) de \(A_K\), il existe un unique sous-schéma en groupes fermé multiabélien \(B\) de \(A\) tel que \(B_K = B'\). Si \(B'\) est abélien, \(B\) l'est.
Démonstration. Les composantes \(\mathcal{M}_i\) de \(\mathcal{M}\) sont propres et non ramifiées sur \(S\), donc finies et non ramifiées. Le sous-groupe \(B'\) est une section rationnelle de l'une d'elles. Par le lemme ci-dessous, elle est partout définie, et la section obtenue \(S \to \mathcal{M}_i\) est le \(B\) cherché. L'unicité vient de ce que \(\mathcal{M}\) est séparé et \(S\) réduit.22
Question (page 14). En caractéristique nulle, un \(S\)-schéma en groupes propre \(A\) a-t-il un plus grand sous-schéma abélien ?23
Remarque (page 15). Pour \(A\), \(B\) multiabéliens sur \(S\), la situation est analogue pour \(\mathrm{Hom}_{S\text{-gr}}(A, B)\), et cette fois sans hypothèse de caractéristique. Ce schéma, s'il existe et est localement de type fini, est non ramifié et localement propre sur \(S\). D'où un théorème de prolongement des homomorphismes analogue au précédent.24
Lemme (page 15). Soit \(X\) un schéma localement noethérien, géométriquement unibranche, et soit \(f \colon X' \to X\) un morphisme fini et non ramifié. Toute section rationnelle de \(f\) est partout définie.
Démonstration. On se ramène à \(X = \mathrm{Spec}\, R\) intègre et à \(X'\) l'adhérence de l'image de la section. Alors \(X'\) est intègre, et \(f \colon X' \to X\) est fini, non ramifié et birationnel, défini par une \(R\)-algèbre \(R'\) contenue dans la clôture intégrale de \(R\) dans son corps des fractions. Comme \(X\) est géométriquement unibranche, les fibres de \(f\) ont un seul point géométrique. Un morphisme fini, non ramifié et radiciel est une immersion fermée. Birationnelle, elle est un isomorphisme.25
16–17
Picard et Albanese (pages 16 et 17)
Proposition (page 16). Soient \(A_K\) une variété abélienne sur \(K\), \(X\) un schéma projectif et plat sur \(V\), à fibre générique géométriquement intègre, dont les fibres sont lisses en dehors d'une partie de codimension au moins \(2\). Soit \(u \colon X_K \dashrightarrow A_K\) une application rationnelle qui engendre \(A_K\), au sens où les différences \(u(x) - u(y)\) engendrent \(A_K\). Alors \(A_K\) a bonne réduction sur \(V\).
Démonstration. Quitte à faire une extension non ramifiée de \(V\), ce qui ne change pas la question,26 on choisit une « courbe générique » \(C \subset X\), intersection complète d'hyperplans généraux. Elle évite le lieu singulier de \(X_k\), de codimension au moins \(2\) dans \(X_k\), et le lieu d'indétermination de \(u\). \(C\) est donc une courbe lisse et propre sur \(V\), à fibres géométriquement connexes, et \(C_K \to A_K\) est un morphisme qui engendre encore \(A_K\).27 Par la propriété universelle de la jacobienne, on obtient un homomorphisme surjectif \(\mathrm{Pic}^{0}(C_K) \to A_K\). Or \(\mathrm{Pic}^{0}(C_K)\) a bonne réduction : c'est la fibre générique du schéma abélien \(\mathrm{Pic}^{0}_{C/V}\). Par le théorème de Koizumi–Shimura, \(A_K\) a bonne réduction.28
Théorème (page 17). Soit \(X\) un schéma projectif et plat sur \(V\), dont les fibres sont lisses en dehors d'une partie de codimension au moins \(2\), et dont la fibre générique est géométriquement intègre et géométriquement normale. Alors la variété d'Albanese \(\mathrm{Alb}(X_K)\) et la variété de Picard \((\mathrm{Pic}^{0}_{X_K/K})_{\mathrm{red}}\) ont bonne réduction sur \(V\).29
Démonstration. La page rappelle d'abord que, s'il existe dans \(\mathrm{Pic}^{0}(X_K)\) un sous-schéma abélien de même ensemble sous-jacent, \(\mathrm{Alb}(X_K)\) est défini comme son dual.30 Quitte à faire une extension non ramifiée de \(V\), \(X\) a une section, qui passe par un point lisse de \(X_k\) (lemme de Hensel). Cette section donne un point rationnel de \(X_K\), et avec lui le morphisme d'Albanese \(X_K \to \mathrm{Alb}(X_K)\), qui engendre. Par la proposition précédente, \(\mathrm{Alb}(X_K)\) a bonne réduction, et son dual \((\mathrm{Pic}^{0})_{\mathrm{red}}\) aussi : le dual d'un schéma abélien est un schéma abélien.31
18–21
La partie abélienne du schéma de Picard (pages 18 à 21)
La page énonce : si \(f \colon X \to S\) est projectif, \(S\) localement noethérien et réduit, il existe un unique sous-schéma abélien \(A\) de \(\mathrm{Pic}_{X/S}\) dont l'ensemble sous-jacent soit la réunion \(P\) des composantes neutres des fibres de \(\mathrm{Pic}_{X/S}\). Les hypothèses « plat, à fibres géométriques intègres et simples en codimension \(1\) » ont été écrites puis biffées. Deux notes marginales restreignent l'énoncé : « Prouvé seulement en car. \(0\) pour l'instant… » et, au bas de la page 20, « Attention, cela est-il vrai si \(f \colon X \to S\) n'est pas simple ?! ».32
On énonce donc le théorème dans le cadre où chaque étape de l'argument tient, et que les marges désignent.
Théorème. Soit \(f \colon X \to S\) un morphisme projectif et lisse à fibres géométriquement connexes, \(S\) étant un schéma localement noethérien réduit de caractéristique nulle. Il existe un unique sous-schéma abélien \(A\) de \(\mathrm{Pic}_{X/S}\) dont l'ensemble sous-jacent est la réunion \(P\) des composantes neutres des fibres.33
Démonstration. C'est un problème de modules. Les fibres de \(P\) sont propres, donc \(P\) est propre sur \(S\).34 Pour \(S' \to S\), soit \(\mathcal{F}(S')\) l'ensemble des sous-schémas fermés de \(P_{S'}\), plats sur \(S'\), qui sont des sous-groupes de \(\mathrm{Pic}_{X_{S'}/S'}\), abéliens, et ensemblistement égaux à \(P_{S'}\). Ce foncteur est représentable par un \(S\)-schéma \(\mathcal{M}\). Sans la dernière condition, c'est un sous-schéma de \(\mathrm{Hilb}_{P/S}\) (proposition 2), où la condition « abélien » est ouverte. La condition ensembliste est elle aussi ouverte : elle est stable par changement de base, et, vraie en un point, elle l'est au voisinage par raison de dimension.
(i) Les fibres géométriques de \(\mathcal{M}\) sont réduites à un point réduit. Sur un corps algébriquement clos, la seule sous-variété abélienne de \(\mathrm{Pic}\) qui ait pour ensemble sous-jacent \((\mathrm{Pic}^{0})_{\mathrm{red}}\) est celle-ci, et une sous-variété abélienne est rigide. La page invoque « le th. de rigidité ». Donc \(\mathcal{M} \to S\) est radiciel et non ramifié : c'est un monomorphisme.
(ii) \(\mathcal{M} \to S\) est propre. Il est de type fini et séparé. Reste le critère valuatif. Soit \(S = \mathrm{Spec}\, V\) un trait, et donnons-nous une section rationnelle de \(\mathcal{M}\), c'est-à-dire la sous-variété abélienne \(A_K\) de \(\mathrm{Pic}^{0}(X_K)\) de même ensemble sous-jacent. Par le théorème de la page 17, \(A_K\) a bonne réduction : c'est la fibre générique d'un schéma abélien \(A\) sur \(V\).35 L'inclusion \(A_K \to \mathrm{Pic}_{X_K}\) se prolonge en un morphisme \(u \colon A \to P\).36 L'image de \(u\) est fermée, de dimension relative \(\dim A_K\). Or \(\dim A_K = \dim \mathrm{Pic}^{0}(X_K) = \dim \mathrm{Pic}^{0}(X_k)\), par la constance de la dimension des fibres du Picard, que la lissité de \(f\) garantit.37 L'image de \(u\) est donc \(P\) (page 21).
Reste à voir que le noyau \(N\) de \(u\), fini sur \(S\), est trivial. Sa fibre spéciale \(N_0\) est un \(p\)-groupe, \(p\) étant l'exposant caractéristique de \(k\). En effet, pour \(n\) premier à \(p\), \(\mathrm{Pic}_{X/S}[n]\) est non ramifié sur \(S\) et \(A[n]\) est un revêtement étale de \(S\). Le noyau de \(A[n] \to \mathrm{Pic}[n]\) est donc ouvert et fermé dans \(A[n]\), de fibre générique triviale, donc trivial. Si \(k\) est de caractéristique nulle, \(p = 1\) et « on a fini » : \(u\) est un monomorphisme propre, donc une immersion fermée d'image \(P\), et c'est la section cherchée.38 Sinon, écrit-il, « il faut regarder de plus près ».
(iii) Conclusion. Un monomorphisme propre est une immersion fermée. Elle est surjective, puisqu'au-dessus de chaque point de \(S\) — de corps résiduel parfait en caractéristique nulle — \((\mathrm{Pic}^{0})_{\mathrm{red}}\) est une sous-variété abélienne. Comme \(S\) est réduit, \(\mathcal{M} = S\), et l'objet universel au-dessus de \(\mathcal{M}\) est le \(A\) cherché. C'est là, et là seulement, que sert l'hypothèse « \(S\) réduit ».
Sous un trait horizontal, la page ouvre un programme : étudier noyaux et images d'homomorphismes de schémas abéliens et multiabéliens en caractéristique \(\neq 0\), notamment sur une base non réduite.39
22–22
Schémas abéliens sur une base régulière (page 22)
Le titre est de sa main. \(S\) est un schéma régulier intègre, de corps des fonctions \(K\). Pour un diviseur premier \(D\) de \(S\), \(\mathcal{O}_D\) est l'anneau local de \(S\) au point générique de \(D\), un anneau de valuation discrète.
a) Un schéma abélien sur \(S\) est projectif sur \(S\), par un « raisonnement de Nakai- » dont le second nom est illisible.40
b) Pour un tel \(P\), il existe un schéma abélien \(G\) « de translations », et \(P\) est un torseur isotrivial sous \(G\).41
c) Si \(G\) est un schéma abélien sur \(S\), l'application \[ H^{1}(S, G) \longrightarrow H^{1}(K, G) \] est injective. Un torseur \(P_K\) sous \(G_K\) provient d'un torseur sous \(G\) si et seulement s'il « se réduit bien ». Il y a un plus grand ouvert dense \(U\) de \(S\) au-dessus duquel \(P_K\) se prolonge.42
d) Le fermé \(S - U\) est de codimension \(1\) : c'est ce que la marge rattache au « th. de pureté ».43
Il en résulte une injection \[ H^{1}(K, G) / H^{1}(S, G) \;\hookrightarrow\; \bigoplus_{D} H^{1}(K, G) / H^{1}(\mathcal{O}_D, G), \] la somme portant sur les diviseurs premiers de \(S\). La somme est directe parce qu'un torseur sur \(K\) se prolonge au-dessus d'un ouvert dense, qui ne manque qu'un nombre fini de diviseurs. L'application est injective : une classe qui se prolonge en chaque \(D\) a un \(U\) qui contient tous les points de codimension \(1\), et d) force \(U = S\).44
La page s'achève sur une question, prise dans une boucle : existe-t-il un analogue du théorème de pureté pour la bonne réduction des schémas abéliens ? Autrement dit, si \(A_K\) a bonne réduction en chaque diviseur premier d'une base régulière, a-t-il bonne réduction sur la base entière ?45
Notes
- Le mot apparaît aux pages 14, 15 et 21 sans définition. C'est la seule lecture compatible avec l'usage qu'il en fait : l'adhérence d'un sous-groupe quelconque, fini ou non, d'une variété abélienne en caractéristique nulle. Les pages écrivent aussi « simple » au sens de « lisse », selon l'usage de l'époque ; on écrit « lisse ». ↩
- La page dit seulement « on sait déjà (bof) que \(J\) est q. coh. » ; la justification est la nôtre. ↩
- La page raisonne autrement, par minimalité : le noyau \(\mathcal{N}\) de la multiplication par \(\pi\) dans \(G\) est nul sur \(X_K\), donc son image inverse dans \(F\) est contenue dans \(J^{*}\), donc \(\mathcal{N} = 0\). Les deux arguments sont équivalents. ↩
- Deux mots interlinéaires de ce passage ne se lisent pas sûrement ; l'argument, lui, est clair sur la page : « il suffit de prouver qu'un tel Module q. coh. est Nul. Or c'est immédiat, puisque \(N \otimes_V K = 0\) ». ↩
- La page écrit \(F_1 \otimes_V F_2\), pour le produit tensoriel externe sur \(X_1 \times_V X_2\). ↩
- C'est aujourd'hui EGA IV\(_{2}\), § 2.8 (cité de mémoire), où l'adhérence schématique et sa platitude au-dessus d'un trait sont traitées dans ces termes. La page écrit « sous-préschéma adhérence ». ↩
- La page traite l'inversion (« évident ») et la multiplication, et omet la section unité ; l'argument pour celle-ci est le nôtre. ↩
- Une note marginale demande « \(G\) q.-projectif sur \(S\) ??? » : c'est l'hypothèse sous laquelle on sait construire ce schéma. ↩
- C'est le fait que la page dit « connu » : l'inclusion \(Z \subset W\) équivaut à la nullité d'un morphisme de modules cohérents à valeurs dans \(\mathcal{O}_Z\), qui est plat et propre sur la base, et le lieu où un tel morphisme s'annule est fermé (EGA III\(_{2}\), § 7.7, cité de mémoire). ↩
- La page n'exprime que les deux dernières conditions et prend \(T = T_1 \cap T_2\). La première est nécessaire : le schéma de Hilbert contient le sous-schéma vide, qui est stable par inversion et par multiplication sans être un sous-groupe. Sur une fibre non vide, les deux autres l'entraînent. ↩
- La page renvoie en une ligne à « la caractérisation habituelle des propriétés » et au « Cor. 4 de prop. 1. OK. » ; on a déplié. ↩
- Une troisième classe, entre les deux, est lue « séparables » sans certitude. Ces affirmations ne sont pas démontrées sur la page. Pour les sous-groupes finis, elles tiennent parce que, pour un schéma en groupes plat et de présentation finie, la dimension des fibres est localement constante (SGA 3, exposé VI\(_{B}\), cité de mémoire). Pour les sous-groupes abéliens, la lissité est une condition ouverte, et la connexité des fibres est ouverte et fermée dans une famille propre et lisse. ↩
- La page dit seulement « propre et quasi-fini sur \(V\) : fibre générale finie ». L'argument de dimension qui donne la finitude de la fibre spéciale est le nôtre. La page appelle ce sous-groupe \(H\), \(H'\) dans les deux premières lignes, puis \(\Gamma\), \(\Gamma'\) à partir de « \(A/\Gamma\) ». Les deux glyphes se ressemblent, et c'est vraisemblablement la même lettre ; on écrit \(H\) partout. ↩
- La justification de la projectivité est illisible sur la page. Le quotient d'un schéma projectif par un groupe fini et plat qui opère librement existe (SGA 3, exposé V, cité de mémoire). ↩
- La page écrit « \(A \otimes k / \Gamma' \otimes k\) », avec le prime ; c'est \(H_k\), la fibre spéciale de l'adhérence. ↩
- Shimura et Koizumi ont établi cet énoncé dans le langage des spécialisations de Weil (G. Shimura et S. Koizumi, articles de 1959 sur la spécialisation des variétés abéliennes, cités de mémoire). Dans le langage actuel, c'est un corollaire du critère de Néron–Ogg–Šafarevič : la bonne réduction se lit sur la non-ramification du module de Tate, qui passe aux sous-quotients (Serre–Tate, 1968). La démonstration de ces pages n'utilise ni modèle de Néron ni module de Tate, seulement l'adhérence schématique et des idempotents. La page énonce le théorème pour les quotients ; les sous-variétés viennent de la remarque de la page 11. ↩
- La page écrit « les endomorphismes correspondants \(p\), \(q\) de \(A\) » sans dire pourquoi ils existent. C'est le théorème de prolongement de Weil — celui-là même que le N.B. de la page 8 dit ne pas utiliser pour la proposition 3. La note marginale de la page 10, « on peut le prouver directement comme proposition 3 », indique l'autre route, qui s'en passe. Soit \(C'\) le noyau de \(A' \to B'\) et \(C\) son adhérence, un sous-groupe fermé plat de \(A\). Le quotient \(A/C\) est plat et propre sur \(V\), de fibres les quotients de variétés abéliennes \(A_K/C'\) et \(A_k/C_k\), donc abélien ; c'est le prolongement cherché. Il faut seulement savoir que le quotient d'un schéma abélien par un sous-groupe fermé plat existe au-dessus d'un trait (Anantharaman, 1973, cité de mémoire). ↩
- La page écrit « C'est un schéma abélien, et \(B \to B'\) est un isom. (grâce au th. de Weil p.ex.), i.e. \(B \to A\) est un monomorphisme ». Lu comme une affirmation, c'est faux, et la page le dit elle-même à la ligne suivante : « D'après Shimura–Koizumi, il n'en est pas toujours ainsi ». On lit donc la phrase comme l'énoncé des équivalences. Sur la page, « \(B \to B'\) » est écrit sans barre ; l'argument demande \(B \to \overline{B'}\). ↩
- La page conclut par « OK » après la construction ; la conséquence sur l'adhérence est celle de la remarque qu'elle illustre. Une note marginale en oblique affirme que l'exemple marche encore pour \(B\) abélien de dimension \(\geq 2\) pourvu que la puissance \(p\)-ième soit nulle dans \(\mathrm{Lie}(B)\). Elle est trop illisible pour être reconstituée, et on ne le fait pas. Trois lignes lourdement biffées précèdent la construction. ↩
- La page dit « tout sous-schéma en groupes fermé \(B'\) de \(A_K\) est la restriction d'un ss-schéma abélien \(B\) de \(A\) » : « abélien » ne vaut que si \(B'\) est connexe, et l'énoncé de la page 14 dit « multiabélien ». L'argument sur les composantes connexes est le nôtre. ↩
- Pour le schéma \(\mathcal{M}_{1}\) des sous-groupes finis, l'attribut est illisible sur la page. L'interligne « loc. non ramifié » le suggère, et c'est vrai : \(\mathcal{M}_1\) est même étale. La rigidité des sous-variétés abéliennes est énoncée en caractéristique nulle par les pages 13 et 14, sans démonstration. ↩
- La page met un point d'interrogation après « normal », et se demande dans un alinéa très raturé si « \(S\) réduit » suffirait (« probable, mais… »). La normalité sert au lemme, et « réduit » ne suffit pas. Soit \(S\) une courbe nodale sur \(\mathbb{Q}\), \(\tilde{S}\) sa normalisation, \(a\) et \(b\) les deux points au-dessus du nœud, et \(E\) une courbe elliptique sur \(\mathbb{Q}\). On obtient un schéma abélien \(A\) sur \(S\) en recollant \(E \times E \times \tilde{S}\) par l'automorphisme \((x, y) \mapsto (x, -y)\) entre les fibres en \(a\) et en \(b\). La diagonale de \(A_K = E_K \times E_K\) a pour seul prolongement au-dessus de \(\tilde{S}\) la diagonale, que le recollement envoie sur l'antidiagonale. Elle ne se prolonge donc pas au-dessus de \(S\). Ce contre-exemple est le nôtre. Une note marginale, presque illisible, affirme qu'il suffit que \(A\) soit propre et plat sur \(S\), à composante neutre multiabélienne. ↩
- Si \(A\) est plat sur \(S\), oui. Il est alors lisse (fibres lisses par Cartier), sa composante neutre \(A^{0}\) est un sous-groupe ouvert à fibres connexes (SGA 3, exposé VI\(_{B}\), cité de mémoire), propre, donc un schéma abélien. Tout sous-schéma abélien, à fibres connexes contenant l'unité, est contenu dans \(A^{0}\). Sans platitude, c'est la vraie question, et c'est exactement celle que posent les pages 18 à 21 pour la partie propre de \(\mathrm{Pic}_{X/S}\). ↩
- Aujourd'hui, pour des schémas abéliens sur une base normale, l'application \(\mathrm{Hom}(A, B) \to \mathrm{Hom}(A_K, B_K)\) est bijective (Faltings–Chai, chap. I, cité de mémoire). C'est le théorème que la page annonce, et qu'elle n'écrit pas. ↩
- La page écrit « unibranche », après avoir biffé « normal ». L'hypothèse géométrique est nécessaire. La cubique \(x^{2} + y^{2} = x^{3}\) sur \(\mathbb{R}\) est unibranche à l'origine, dont les deux branches sont conjuguées sur \(\mathbb{C}\). Sa normalisation est finie, non ramifiée et birationnelle, mais la section rationnelle inverse ne se prolonge pas en l'origine. Pour le théorème de la page 14, « normal » suffit, puisqu'un schéma normal est géométriquement unibranche. Tout le lemme est entre crochets sur la page, et deux mots de la fin de la démonstration sont illisibles. ↩
- Par le critère de Néron–Ogg–Šafarevič, la bonne réduction ne change pas par extension non ramifiée. La page écrit seulement « sur un corps alg. clos ». ↩
- La page dit « on sait que cela existe… » et, pour la seconde propriété, « je dis qu'on sait que ». Les deux sont des énoncés de type Bertini et Lefschetz qu'elle ne démontre pas. Le mot lu « successivement » dans « successivement simple » est une conjecture sur un mot réduit à un trait, et la lettre lue \(X\) dans « dans \(X\) » ressemble à un \(V\). ↩
- La page conclut « \(\mathrm{Pic}\, A\) se réduit bien ». C'est \(A_K\) qui est en cause, et l'énoncé l'exige. Un bloc biffé, encadré, tentait la route duale, par \(\mathrm{Pic}^{0}(A_K) \to \mathrm{Pic}^{0}(C_K)\). ↩
- L'hypothèse de normalité géométrique est ajoutée : c'est elle qui fait de \((\mathrm{Pic}^{0})_{\mathrm{red}}\) une variété abélienne. La page ne suppose que les fibres « simples en codim \(\leq 1\) » et \(X_K\) géométriquement irréductible. L'exposant de \(\mathrm{Pic}^{0}(X_K)\) est surchargé ; on le lit « red ». ↩
- « S'il existe » n'est pas une précaution de style. Sur un corps imparfait, le sous-schéma réduit d'un schéma en groupes n'est pas toujours un sous-groupe. ↩
- La page conclut par l'isogénie entre les deux (« comme \(\mathrm{Pic}^{0}(X_K)'\) est isogène »), ce qui est vrai aussi, via une polarisation, et suffit par le corollaire 1 de la proposition 3. ↩
- Tel qu'il est écrit, l'énoncé est faux. Une famille de cubiques planes lisses qui dégénère en une cubique nodale est projective, plate, à fibres géométriquement intègres, au-dessus d'une courbe lisse. La composante neutre du Picard de la fibre nodale est \(\mathbf{G}_m\), qui n'est pas propre, et \(P\) n'est la réunion des fibres d'aucun schéma abélien. Même les hypothèses biffées n'y suffiraient pas : il faut au moins des fibres géométriquement normales pour que les \(\mathrm{Pic}^{0}\) réduits soient propres, et la page le sent (« comme ses fibres sont propres sur \(k\) [vrai …] »). ↩
- Dans ce cadre, on sait aujourd'hui que \(\mathrm{Pic}^{0}_{X/S}\) est lui-même un schéma abélien, grâce à la théorie de Hodge, qui rend \(R^{1}f_{*}\mathcal{O}_X\) localement libre et compatible au changement de base (Kleiman, The Picard scheme, § 9.5, cité de mémoire) ; \(A = \mathrm{Pic}^{0}_{X/S}\), et l'hypothèse « \(S\) réduit » devient inutile. La seconde note marginale de la page 18 dit déjà que cette hypothèse n'est pas nécessaire, en renvoyant à « la rigidité des Modules formels des V.A. ». Le cas de la caractéristique \(p\), que la page 21 laisse ouvert, n'est pas traité ici. ↩
- « par un théorème connu [renvoyant aux critères de propreté de Ch. II] » : sans doute le chapitre II des Éléments. La page se demande en même temps s'il en est de même de \(\mathrm{Pic}^{\tau}_{X/S}\), et si \(\mathrm{Pic}_{X/S}\) est réunion disjointe d'ouverts propres. Une marge répond « ? Non ». ↩
- La page 20 appelle ce résultat « le théorème de Koizumi ». C'est le théorème de la page 17, ou l'énoncé de Koizumi sur la spécialisation des variétés de Picard et d'Albanese dont il procède ; on ne l'a pas vérifié. ↩
- La page invoque ici « le théorème de connexion de Murre–Chow », qu'elle n'énonce pas, et ajoute : « On n'a pas besoin du théorème si \(X\) simple sur \(S\) », ce qui est notre cadre. ↩
- La page écrit au dernier terme \(\dim \mathrm{Pic}(X_K)\) ; c'est la fibre spéciale qui est en cause. La marge « Attention, cela est-il vrai si \(f \colon X \to S\) n'est pas simple ?! » vise précisément ce pas. ↩
- La page note \(K\) le noyau et \(K_0\) sa fibre spéciale. On écrit \(N\) pour ne pas le confondre avec le corps \(K\). Un N.B. encadré, annulé par deux diagonales, passait par une section d'ordre \(n\) relevée à \(S\). La page 21 porte en haut à droite le chiffre « 11 », de sa main, le seul numéro d'auteur du dossier ; on ne sait pas ce qu'il compte. ↩
- Le signe « \(\neq\) » surcharge une autre lettre et reste douteux ; un point d'interrogation est dans la marge. ↩
- La page écrit « Un schéma abélien \(P\) », le mot « abélien » barré d'un grand trait vertical. La suite traite \(P\) comme un torseur, c'est-à-dire un schéma abélien sans section unité choisie. Que les schémas abéliens sur une base normale soient projectifs localement sur la base est un théorème de Raynaud (Faisceaux amples sur les schémas en groupes, 1970, cité de mémoire). Sur une base régulière, l'argument naturel prolonge un diviseur ample de la fibre générique par adhérence, ce qui est possible parce que les diviseurs de Weil y sont de Cartier, et contrôle l'amplitude fibre à fibre par un critère numérique de type Nakai. C'est vraisemblablement le raisonnement visé, mais c'est une reconstruction. Pour un torseur, nous ne savons pas dire si l'énoncé tient en général. ↩
- Affirmé sans démonstration. Le groupe \(H^{1}(S, G)\) est de torsion sur une base normale, puisqu'il s'injecte dans \(H^{1}(K, G)\) (point c). Un torseur d'ordre \(n\) provient d'un torseur sous \(G[n]\), qui se trivialise sur un revêtement fini, étale si \(n\) est inversible sur \(S\). Au-delà, nous ne le démontrons pas. ↩
- L'injectivité vaut dès que \(S\) est normal. Un torseur qui a une section rationnelle a une section définie en codimension \(1\), par le critère valuatif de propreté, puis partout, par le théorème de prolongement de Weil pour les applications rationnelles vers un schéma en groupes lisse (Bosch–Lütkebohmert–Raynaud, Néron Models, § 4.4, cité de mémoire). Par la même injectivité, les prolongements locaux se recollent, d'où le plus grand ouvert \(U\). Le mot lu « ouvert » a sur la page la forme d'un trait terminé en flèche. ↩
- C'est-à-dire : si \(P_K\) se prolonge au-dessus d'un ouvert dont le complémentaire est de codimension \(\geq 2\), il se prolonge partout. Quand l'ordre \(n\) de \(P_K\) est inversible sur \(S\), c'est le théorème de pureté de Zariski–Nagata appliqué au torseur sous \(G[n]\), qui est fini étale (SGA 1, exposé X, cité de mémoire). Quand \(n\) n'est pas inversible, nous ne savons pas dire si l'énoncé tient. La fin de la phrase de la page, « codim. \(1\) en … », est illisible. ↩
- La page écrit \(H^{1}(K_D, G)\), l'indice lu sans certitude. Comme \(\mathcal{O}_D \subset K\), le corps des fractions de \(\mathcal{O}_D\) est \(K\) lui-même. Une colonne de mots soulignés, à laquelle mène une flèche partie de ce terme, se lit « étudier … complétion ». Elle suggère le passage au complété de \(\mathcal{O}_D\), que la page n'écrit pas. L'inclusion est notée « \(\subset\) » sur la page, et \(\sum\) pour la somme. ↩
- La question a sa littérature propre, sous le nom de « pureté » des schémas abéliens. Quand les caractéristiques résiduelles ne divisent pas l'entier en jeu, le critère de Néron–Ogg–Šafarevič et la pureté de Zariski–Nagata prolongent le module de Tate. Le prolongement du schéma abélien lui-même est traité notamment dans Faltings–Chai (1990, chap. V) et par Vasiu et Zink (2010), références citées de mémoire, dont nous ne résumons pas les énoncés. ↩