Cote n° 41 · pages 1–13
· Lecture modernisée · Construction de morphismes étales (Chap. V) : notes manuscrites (s.d.) — lecture modernisée du dossier entier
Datation de l’inventaire : [années 1960-1970]
Édition de démonstration — interprétation personnelle de l'œuvre
Résumé
Une famille d'objets géométriques qui dépend d'un paramètre peut changer de forme quand le paramètre varie. Une conique \(xy = t\) est d'un seul tenant pour \(t \neq 0\) et se casse en deux droites pour \(t = 0\) ; inversement, deux morceaux séparés peuvent venir se recoller. Ces feuillets posent une question très simple sur ce phénomène : peut-on compter les morceaux — les composantes irréductibles — de chaque membre de la famille d'une manière qui dépende elle-même bien du paramètre ?
Compter ne suffit pas ; on veut étiqueter. L'idée est de fabriquer un second objet \(M\), posé au-dessus de l'espace des paramètres, dont les points au-dessus d'une valeur \(y\) du paramètre soient exactement les composantes du membre de la famille correspondant à \(y\). C'est un revêtement, au sens où les topologues l'entendent : au-dessus de chaque point, un ensemble discret de feuillets, qui se prolongent quand on bouge un peu. En géométrie algébrique ce genre d'objet s'appelle un schéma étale sur la base, et le titre du dossier le dit : ce sont des morphismes étales associés aux composantes irréductibles des fibres.
La difficulté est que les feuillets d'un tel revêtement ne se comportent pas tous bien. Quand une composante se casse en deux au passage d'une valeur spéciale, un feuillet se dédouble — l'objet \(M\) ressemble alors à une droite dont on aurait doublé un point, et il n'est plus séparé. Quand une composante disparaît, un feuillet s'arrête net, et \(M\) n'est plus propre. Le cœur du dossier (pages 8 à 10) est l'énoncé qui fait correspondre ces pathologies de \(M\) à la manière dont les composantes des fibres se spécialisent les unes dans les autres : une composante générique ne doit pas se casser en deux, deux composantes génériques ne doivent pas venir se fondre, aucune ne doit s'évanouir. C'est la traduction, dans ce cadre, des critères valuatifs par lesquels on teste la séparation et la propreté d'un morphisme : on regarde ce qui se passe au-dessus d'un petit disque.
Le brouillon est difficile et souvent illisible, et il ne démontre pas son théorème. Il en montre la genèse : une notion forgée pour l'occasion (monogène, pour une section qui choisit dans chaque fibre le point générique d'une composante de manière continue), la question de sa représentabilité, le passage à une base locale et complète, et l'essai d'une construction, repris plusieurs fois. Le sujet s'appelle aujourd'hui l'espace des composantes irréductibles d'un morphisme, et on le traite dans le cadre des espaces algébriques, précisément parce que \(M\) n'est pas toujours séparé.
Keywords — irreducible components of fibres, geometrically irreducible, universally open morphism, space of irreducible components, valuative criterion, strictly henselian trait
Le fil du dossier, et les conventions
Le dossier est une seule section de rédaction, sous un titre de sa main, et il avance en quatre temps.
- 1.La notion et la question (page 3). Une section est monogène si elle choisit continûment le point générique d'une composante géométriquement irréductible de chaque fibre ; ces sections forment un foncteur de la base ; est-il représentable, et par quoi ?
- 2.Réduction et construction (pages 4 à 7). Le problème est local sur la base, se ramène à une base locale complète, et s'y construit quand la fibre fermée est irréductible. Un Lemme résume ce qui a été obtenu.
- 3.Le théorème (pages 8 à 10). Existence d'un \(M\) étale séparé sous deux conditions de spécialisation, puis d'un \(M\) propre sous une troisième, avec deux remarques.
- 4.Reprise (pages 11 à 13). Retour au cas des fibres irréductibles, où la continuité de la section générique équivaut à l'ouverture du morphisme ; définitions arrêtées de « universellement monogène » et de « monogène » ; la question de représentabilité reposée ; un essai de lemme de spécialisation, barré.
Conventions. \(f : X \to Y\) est de type fini. On note \(X_y\) la fibre en \(y \in Y\), \(X_{\bar{y}}\) une fibre géométrique, c'est-à-dire \(X \otimes_{Y} \Omega\) pour une extension algébriquement close \(\Omega\) de \(\kappa(y)\), et \(\mathrm{Irr}(Z)\) l'ensemble des composantes irréductibles d'un espace \(Z\). On garde sa notation \(E_{X/Y}(y)\) pour l'ensemble des composantes de la fibre \(X_y\) qu'il qualifie de « relativement irréductibles », et l'on écrit ici géométriquement irréductibles.1 « Monogène » est son mot, et on le garde.
Deux définitions de « monogène ». La page 3 appelle monogène une application \(\varphi : Y \to X\) telle qu'il existe un ouvert \(U\) de \(X\), universellement ouvert sur \(Y\), avec \(\varphi(y)\) point générique de \(U \cap X_y\) pour tout \(y\). La page 11 passe par un intermédiaire : \(U \to Y\) est universellement monogène (fibres géométriquement irréductibles, morphisme universellement ouvert), et \(\varphi\) est monogène si elle est la section des points génériques d'un tel \(U\). Les deux disent la même chose, et c'est la seconde qu'on adopte.
Ce que le dossier annonce et n'établit pas : la démonstration du théorème de la page 8 ; la plupart des hypothèses du Lemme de la page 7 ; les conditions a), b), c) de la page 10 ; la représentabilité que la page 12 redemande avec trois points d'interrogation ; les deux conclusions de la page 13, qu'il fait suivre de « Vérifier ! ».
1–1
Le titre (page 1)
Le premier feuillet ne porte que l'en-tête d'une rédaction : « Chap. VI », une ligne sur un paragraphe consacré à la descente et à ses applications, deux mots biffés — « Construction », « Étude » —, et le titre, souligné sur deux lignes : Morphismes étales associés à l'étude des composantes irréductibles d'un morphisme ouvert.2
3–3
Sections monogènes et le foncteur qu'elles forment (page 3)
Soit \(f : X \to Y\) de type fini. On dit que \(X\) est monogène sur \(Y\) si ses fibres sont géométriquement irréductibles et si \(f\) est ouvert ; qu'une application \(\varphi : Y \to X\) est monogène s'il existe un ouvert \(U\) de \(X\), universellement ouvert sur \(Y\), tel que pour tout \(y\), \(U \cap X_y\) soit non vide et géométriquement irréductible, de point générique \(\varphi(y)\).3
Stabilité par changement de base. Si \(\varphi\) est monogène, et \(Y' \to Y\) un morphisme quelconque, posons \(X' = X \times_Y Y'\) et \(U' = U \times_Y Y'\). Alors \(U'\) est ouvert dans \(X'\) et encore universellement ouvert sur \(Y'\) ; la fibre de \(U'\) en \(y'\) au-dessus de \(y\) est \(U_y \otimes_{\kappa(y)} \kappa(y')\), irréductible parce que \(U_y\) est géométriquement irréductible. On définit \(\varphi'(y')\) comme son point générique, et \(\varphi'\) est monogène.4 Ainsi \[ F(Y') = \{\text{sections monogènes de } X' / Y'\} \] est un foncteur contravariant en \(Y'\).
La question. \(F\) est-il représentable ? Si oui, remarque-t-il, le représentant \(M\) est vraisemblablement étale de type fini sur \(Y\), mais pas nécessairement séparé.
Le critère. Soit \(M\) étale de type fini sur \(Y\), et \(\varphi_M\) une application monogène pour \(X \times_Y M / M\). Supposons que pour tout \(y \in Y\) et toute extension algébriquement close \(\Omega\) de \(\kappa(y)\), l'application qui à un point \(m \in M(\Omega)\) associe la composante de \(X \otimes_Y \Omega\) de point générique \(\varphi_M(m)\), \[ M(\Omega) \longrightarrow \mathrm{Irr}(X \otimes_Y \Omega), \] soit bijective. Alors \((M, \varphi_M)\) représente \(F\). La page ne le démontre pas ; la page 4 dit à quoi la démonstration se ramène.5
4–4
Réduction au cas d'une base locale complète (page 4)
Ce qu'il faut prouver. Soit \(\psi : Y \to M\) une application (d'ensembles) telle que \(\psi(y)\) soit rationnel sur \(\kappa(y)\) pour tout \(y\), et que l'application \(\varphi : Y \to X\) qui à \(y\) associe le point générique de la composante géométriquement irréductible de \(X_y\) indexée par \(\psi(y)\) soit monogène. Alors \(\psi(Y)\) est ouvert dans \(M\), et \(\psi\) provient d'une section de \(M\) sur \(Y\).6
Conséquence : le problème est local. Si le problème des modules a une solution au-dessus du schéma local \(\mathrm{Spec}(\mathcal{O}_{Y,y})\), il en a une au-dessus d'un voisinage ouvert de \(y\).7 On se ramène ainsi, pour l'existence, au cas \(Y = \mathrm{Spec}(A)\) avec \(A\) local.
Passage au complété. Par descente des morphismes étales, on se ramène ensuite au cas où \(A\) est complet, et l'on peut supposer que la fibre fermée se décompose en composantes géométriquement irréductibles.8
5–6
La construction quand la fibre fermée est irréductible (pages 5 et 6)
Hypothèses : \(f : X \to Y = \mathrm{Spec}(A)\) universellement ouvert, de type fini, \(A\) local noethérien complet, \(y\) le point fermé, et \(X_y\) irréductible.9
Premier temps : exclure la ramification. Soit \(x\) un point de la fibre fermée. La page commence par supposer que \(x\) est dans l'adhérence de deux composantes distinctes d'une fibre, et construit, pour réfuter cette éventualité, un trait \(Y' = \mathrm{Spec}(W)\) au-dessus de \(Y\), \(W\) anneau de valuation discrète, en normalisant \(A\) dans une extension finie \(K'\) du corps des fractions \(K\) : l'anneau \(A'\) obtenu est fini sur \(A\) et local, parce que \(A\) est local complet, donc hensélien.10 Le cas est déclaré « absurde ».
Second temps : la section. Pour chaque \(y \in Y\) il y a donc une unique composante \(\xi \in E_{X/Y}(y)\) dont l'adhérence contient \(x\), et elle est géométriquement irréductible. On pose \(\varphi(y) = \) son point générique. Les deux conditions d'une application monogène sont satisfaites, et il existe un ouvert \(U\) de \(X\) contenant \(\varphi(Y)\) dont les fibres sur \(Y\) sont géométriquement irréductibles.
Reste la continuité (page 6), que la page ramène à l'ouverture de \(X \to Y\), et c'est exactement ce que la Prop. 1 de la page 11 établira : pour la section des points génériques d'un morphisme à fibres irréductibles, continuité et ouverture sont une seule et même chose.11
7–7
Le Lemme de la page 7
La page récapitule sous forme de lemme ce qui vient d'être fait. Soit \(X\) de type fini sur \(Y = \mathrm{Spec}(A)\), avec \(A\) local complet et \(X\) universellement ouvert sur \(Y\), et supposons que les composantes de la fibre fermée soient géométriquement irréductibles. Il existe alors un \(Y\)-schéma \(M\) qui représente les composantes géométriquement irréductibles des fibres de \(X/Y\) ; au-dessus de l'ouvert \(Y' = Y - \{y\}\) il est séparé et fini.12
La page ajoute un critère de séparation, sous un titre souligné que la transcription lit « Le Moyen » sans l'assurer : si, après tout changement de base local \(A \to A_1\), aucune composante d'une fibre de \(X \times_Y Y_1\) ne se spécialise en deux composantes distinctes, alors \(M/Y\) est séparé.13
8–9
Le théorème (pages 8 et 9)
L'énoncé du feuillet. Soit \(f : X \to Y\) de type fini. On suppose que pour tout point générique \(x\) d'une composante d'une fibre \(X_y\), il existe un voisinage de \(x\) qui soit universellement ouvert et quasi-fini sur \(Y[t_1, \ldots, t_{n-1}]\) — condition vérifiée, dit-il, si \(X\) est plat sur \(Y\) au voisinage de \(x\).14 Pour qu'il existe un \(M\) étale et séparé sur \(Y\) indexant les composantes géométriquement irréductibles des fibres de \(X/Y\), il faut et il suffit que, pour tout trait \(Y' = \mathrm{Spec}(W) \to Y\), de point générique \(y'\) et de point fermé \(\bar{y}'\), en posant \(X' = X \times_Y Y'\) :
- (ii)aucune composante de la fibre générique \(X'_{y'}\) ne se spécialise en deux composantes irréductibles distinctes de la fibre spéciale ;
- (iii)deux composantes irréductibles distinctes ne se rencontrent pas dans une même spécialisation.
La démonstration n'est pas sur les feuillets, et la première condition du théorème, qui précède (ii), est illisible.15
Pourquoi ces conditions : les trois critères valuatifs. Le théorème a la forme qu'il a parce qu'un schéma étale au-dessus d'un trait se lit sur ses points. Supposons \(W\) strictement hensélien et \(M\) étale de type fini sur \(Y' = \mathrm{Spec}(W)\) ; ce qui suit est notre analyse, non celle du feuillet.
- Toute étale. Si \(m\) est un point de la fibre spéciale de \(M\), l'anneau local \(\mathcal{O}_{M,m}\) est une \(W\)-algèbre locale étale de même corps résiduel, donc égale à \(W\) : un seul point générique de \(M\) se spécialise en \(m\). Dans le langage des composantes, une composante de la fibre spéciale provient d'une seule composante générique — deux composantes génériques ne viennent pas se fondre en une.
- Séparation. Par le critère valuatif, \(M\) est séparé si et seulement si un point générique se spécialise en au plus un point spécial : une composante générique ne se casse pas en deux. C'est la condition (ii).
- Propreté. Par le critère valuatif d'existence, \(M\) (séparé, de type fini) est propre si et seulement si tout point générique se spécialise en au moins un point spécial : aucune composante générique ne disparaît. Un schéma étale, séparé et propre étant fini, \(M\) est alors un revêtement étale fini de \(Y\).
Le N.B. et le corollaire (page 9). Sous les conditions du théorème, l'ensemble des composantes de la fibre spéciale s'injecte dans celui des composantes de la fibre générique — à chaque point spécial de \(M\), le Lemme de Hensel attache une unique section de \(M\) sur le trait, et le point générique de cette section —, mais l'injection n'est pas nécessairement surjective.16 D'où le complément : pour que \(M\) soit en outre fini sur \(Y\), il faut et il suffit que
- (iii)pour tout point générique \(\xi'\) d'une composante de la fibre générique, il existe un point générique \(x'\) d'une composante de la fibre spéciale tel que \(x' \in \overline{\{\xi'\}}\).
C'est exactement le critère d'existence ci-dessus.17
10–10
Deux remarques (page 10)
- 1)La première condition du théorème, seule, est nécessaire et suffisante pour l'existence d'un \(M\) étale non nécessairement séparé. C'est l'analogue, dans l'analyse de la page précédente, du premier des trois critères : ce qu'il faut pour que \(M\) soit étale, avant toute question de séparation ou de propreté.18
- 2)La condition (iii) est satisfaite si \(f\) est séparable ; et si \(f\) est propre, \(M\) est propre sur \(Y\).19
11–11
Fibres irréductibles : continuité et ouverture (page 11)
Proposition 1. Soit \(f : X \to Y\) un morphisme de type fini dont les fibres sont irréductibles et non vides, et soit \(\varphi(y)\) le point générique de \(X_y\). On considère les conditions :
- (i)\(\varphi : Y \to X\) est continue ;
- (ii)\(f\) est ouvert ;
- (iii)\(y \in \overline{\{y'\}} \Longrightarrow \varphi(y) \in \overline{\{\varphi(y')\}}\) ;
- (iii bis)pour tous \(y \in \overline{\{y'\}}\) et \(x\) au-dessus de \(y\), il existe \(x'\) au-dessus de \(y'\) tel que \(x \in \overline{\{x'\}}\).
Alors (i) \(\Leftrightarrow\) (ii) sans autre hypothèse, et (ii) \(\Rightarrow\) (iii) \(\Leftrightarrow\) (iii bis) ; si \(f\) est localement de présentation finie — par exemple \(Y\) localement noethérien —, les quatre conditions sont équivalentes.
Démonstration. Pour \(U\) ouvert dans \(X\), le point générique de la fibre irréductible \(X_y\) est dans \(U\) si et seulement si \(U\) rencontre \(X_y\) ; donc \[ \varphi^{-1}(U) = f(U), \] et \(\varphi\) est continue si et seulement si \(f\) est ouvert. Une application continue respecte la spécialisation, d'où (i) \(\Rightarrow\) (iii). Si (iii) vaut, et \(x\) est au-dessus de \(y \in \overline{\{y'\}}\), on a \(x \in \overline{\{\varphi(y)\}} \subset \overline{\{\varphi(y')\}}\), et \(x' = \varphi(y')\) convient : c'est (iii bis). Inversement (iii bis) appliquée à \(x = \varphi(y)\) donne \(\varphi(y) \in \overline{\{x'\}}\) avec \(x' \in X_{y'}\), donc \(x' \in \overline{\{\varphi(y')\}}\), d'où (iii). Enfin (iii bis) dit que les générisations se relèvent le long de \(f\), et pour un morphisme localement de présentation finie cela entraîne que \(f\) est ouvert.20
Définition 2. \(f\) est universellement monogène s'il est universellement ouvert et à fibres géométriquement irréductibles — de sorte que la Proposition 1 s'applique après tout changement de base.21
Définition 3. Une application \(\varphi : Y \to X\) est monogène s'il existe un ouvert \(U\) de \(X\), universellement monogène sur \(Y\), dont \(\varphi\) est la section des points génériques.
12–12
La question reposée (page 12)
La propriété monogène est locale sur \(Y\) : elle dit que \(\varphi(y)\) est le point générique d'une composante de \(X_y\), et qu'au voisinage il existe un ouvert \(U\) universellement ouvert dont les fibres sont géométriquement irréductibles.22
Notant \(I(X/S)\) l'ensemble des sections monogènes de \(X\) sur \(S\), le foncteur \(S' \mapsto I(X \times_S S' / S')\) est contravariant de façon évidente. « Est-il représentable ??? » La question de la page 3 revient donc, cette fois sur une base notée \(S\), et le dossier ne la tranche pas.23
La page se ferme sur un cube de changements de base, au crayon : \(X \to S\), son changement de base \(X_M \to M\) par \(M \to S\), et la face obtenue au-dessus d'un point géométrique \(S' = \mathrm{Spec}(\Omega)\), avec \(X'_{m'} \to m'\).
LaTeX source
\begin{tikzcd}[column sep=small, row sep=small, nodes={font=\scriptsize}]
X \arrow[dd] & & X_M \arrow[ll] \arrow[dd] & \\
& X' \arrow[ul] \arrow[dd] & & X'_{m'} \arrow[ll] \arrow[ul] \arrow[dd] \\
S & & M \arrow[ll] & \\
& S' = \mathrm{Spec}(\Omega) \arrow[ul] & & m' \arrow[ll] \arrow[ul]
\end{tikzcd}
C'est la situation du critère de la page 3 : le point \(m'\) de \(M\) au-dessus du point géométrique \(S'\) doit indexer une composante de \(X'\).24
13–13
Un lemme barré, et la spécialisation des composantes (page 13)
Le lemme barré. Soit \(f : X \to Y\) plat de type fini, \(Y\) local noethérien, \(y\) un point de \(Y\). Il existerait un ouvert \(U\) tel que, pour tout \(y'\) et tout point générique \(x'\) d'une composante de \(X_{y'} \cap U\), un point générique \(x\) d'une composante de \(X_y\) soit spécialisation de \(x'\). Il est annulé par deux grandes diagonales, et il ne tient pas tel quel.25
Le changement de base et les spécialisations. Deux diagrammes cartésiens, \(X' = X \times_Y Y'\) au-dessus de \(Y' \to Y\), puis \(X'' = X \times_Y Y''\) au-dessus de \(Y'' \to Y' \to Y\), portent chacun leurs points : \(x \leftarrow \xi\) au-dessus de \(y \leftarrow \eta\), \(x' \leftarrow \xi'\) au-dessus de \(y' \leftarrow \eta'\).
LaTeX source
\begin{tikzcd}[column sep=small, row sep=small, nodes={font=\scriptsize}]
X \arrow[d, "f"] & X' = X \times_Y Y' \arrow[l] \arrow[d, "f'"] & X'' = X \times_Y Y'' \arrow[l] \arrow[d] \\
Y & Y' \arrow[l] & Y'' \arrow[l]
\end{tikzcd}
Hypothèses : \(x \in E_{X/Y}(y)\), \(\xi \in E_{X/Y}(\eta)\), \(x \in \overline{\{\xi\}}\) ; \(y'\) au-dessus de \(y\), \(\eta'\) au-dessus de \(\eta\), \(y' \in \overline{\{\eta'\}}\). Conclusions espérées :
- a)pour tout \(x' \in E_{X'/Y'}(y')\) au-dessus de \(x\), il existe \(\xi' \in E_{X'/Y'}(\eta')\) au-dessus de \(\xi\) avec \(x' \in \overline{\{\xi'\}}\) ;
- b)pour tout \(\xi' \in E_{X'/Y'}(\eta')\) au-dessus de \(\xi\), il existe \(x' \in E_{X'/Y'}(y')\) au-dessus de \(x\) avec \(x' \in \overline{\{\xi'\}}\).
Ce sont les deux sens — montée et descente — de la compatibilité entre la spécialisation des composantes et le changement de base, dont la définition de \(M\) comme foncteur a besoin. Il écrit « Vérifier ! », et ne vérifie pas.26
Notes
- Il écrit l'adverbe en abrégé, « rel » suivi d'un t surélevé et souligné, et ne le définit nulle part. Le sens retenu est fixé par la page 4 : la composante « rel. irréd. » qui correspond à un point \(\psi(y)\) de \(M\) est celle pour laquelle \(\psi(y)\) est rationnel sur \(\kappa(y)\), et un point de \(M\) au-dessus de \(y\) rationnel sur \(\kappa(y)\) indexe une composante que l'extension des scalaires ne casse pas. La page 8 introduit l'abréviation parallèle « abs. » (absolument), insérée en interligne au-dessus de « irréductibles » ; dans l'usage de Weil « absolument irréductible » voulait précisément dire géométriquement irréductible, ce qui ferait des deux adverbes des synonymes, et l'on ne comprendrait pas qu'il les distingue. On lit donc ici « abs. irréductible » comme « irréductible », sans plus, et l'on signale que cette lecture est la nôtre. ↩
- Le chiffre est un VI sur le feuillet et non le V du titre de l'inventaire ; le premier des deux mots biffés est celui que les archivistes ont retenu. Les deux mots qui suivent « Dans le § de la » ne sont pas assurés, « descente » étant une lecture incertaine et le suivant illégible. Rien dans le dossier ne dit de quel ouvrage ce chapitre devait faire partie ; l'inventaire range la cote parmi les papiers du Séminaire de géométrie algébrique, et l'on s'en tient là. ↩
- La page écrit d'abord seulement « ouvert », puis reprend la ligne et donne « universellement ouvert sur \(Y\) », qui est aussi ce que retient la définition 3 de la page 11. La non-vacuité et l'irréductibilité géométrique de \(U \cap X_y\) ne sont pas écrites dans la définition de la page 3, mais sans elles « le point générique de \(U \cap f^{-1}(y)\) » n'a pas de sens et la stabilité par changement de base qui suit est fausse ; on les ajoute. Une variante « si \(Y\) est noethérien, il revient au même de dire » suit, dont la seconde condition est illisible, ainsi qu'un bloc marginal en biais qui ne se lit pas au-delà de l'implication qui l'ouvre. ↩
- Ce n'est pas la composée de \(\varphi\) et de la projection — un point générique ne se transporte pas par image réciproque —, d'où son « définie de façon évidente ». C'est là que l'irréductibilité géométrique des fibres, et non leur seule irréductibilité, est indispensable. ↩
- Une note en marge le glose : « \(M\) correspond aux points génériques des fibres de \(X \to Y\) ». Le nom moderne de l'objet est espace des composantes irréductibles de \(X/Y\) ; il est traité dans M. Romagny, « Composantes connexes et irréductibles en familles », Manuscripta Math. 136 (2011), dans le cadre des espaces algébriques — ce que la remarque « pas nécessairement séparé » laisse prévoir. Le dossier ne cite personne, et la parenté n'est pas une filiation. ↩
- La page écrit \(\varphi : Y' \to X'\) dans un énoncé où tout se passe sur \(Y\) ; on lit \(Y\). Elle dit la conclusion « évidente, grâce à la condition de rationalité ». La seconde moitié l'est en effet : un ouvert \(V = \psi(Y)\) de \(M\) qui s'envoie bijectivement sur \(Y\) avec \(\kappa(\psi(y)) = \kappa(y)\) est étale et radiciel et surjectif sur \(Y\), donc isomorphe à \(Y\). Que \(\psi(Y)\) soit ouvert, c'est ce que la monogénéité doit fournir, et la page ne dit pas comment. ↩
- La page écrit \(\mathrm{Spec}(\Omega_y)\), deux fois sur la ligne. Au-dessus d'un point géométrique la solution est tautologique — l'ensemble des composantes de la fibre géométrique — et l'énoncé ne dirait rien ; la phrase suivante de la page, « cela nous ramène au cas où \(Y = \mathrm{Spec}(A)\), \(A\) local », montre que c'est le schéma local qui est en jeu. On le lit ainsi. La page n'argumente pas le passage du schéma local à un voisinage ; c'est un argument de passage à la limite pour un \(M\) de présentation finie, mais la propriété de représentation elle-même doit encore être propagée aux points voisins, et rien ici ne le fait. ↩
- La descente le long de \(\mathrm{Spec}(\widehat{A}) \to \mathrm{Spec}(A)\), fidèlement plat, est effective pour un \(M\) séparé : un morphisme quasi-fini séparé est quasi-affine (théorème principal de Zariski), et les données de descente sur un schéma quasi-affine sont effectives. Pour un \(M\) non séparé, que la page 3 vient d'envisager, l'effectivité n'est pas garantie dans la catégorie des schémas ; c'est l'une des raisons pour lesquelles la théorie moderne travaille avec des espaces algébriques. La page ne fait pas la distinction. Qu'on puisse rendre les composantes de la fibre fermée géométriquement irréductibles, c'est une extension finie du corps résiduel, relevée à \(A\) complet par un revêtement étale ; la page l'affirme sans le détailler, et plusieurs mots de la ligne sont illisibles. ↩
- Un adjectif est ajouté devant « universellement ouvert », lu « strictement » avec doute et glosé dans un bloc marginal en biais qui ne se lit pas ; on ne le reprend pas. Un « N.B. » entouré surmonte « de type fini », sans texte lisible. ↩
- Il écrit « \(\frac{1}{2}\) local complet », le \(\frac{1}{2}\) étant son abréviation de « semi- » : un anneau fini sur un anneau local complet est semi-local complet, donc produit de locaux, et \(A'\) intègre est local. On restitue l'argument dans ce sens. Le premier alinéa (i) est presque entièrement illisible, et le « lemme b) » qu'il invoque n'est pas identifié dans le dossier. ↩
- Un bloc de deux lignes enfermé dans une boucle est annulé au milieu de la page 6. La page enchaîne sur le cas où la fibre fermée n'est plus irréductible : on traite chacune de ses composantes \(i = 1, \ldots, n\) par la construction précédente, et l'on recolle les \(n\) sections obtenues dans un \(M'\) ; les mots qui disent comment sont presque tous illisibles, et l'on n'en tire pas davantage. ↩
- Des cinq hypothèses du Lemme, seules (i), (ii) et (iii) se lisent ; (iv) parle de la disparition de composantes au-dessus de \(Y'\) et (v) de recollements des composantes suivis d'une extension finie de la base, mais la plupart de leurs mots sont illisibles, et l'on ne les restitue pas. Le nom du \(Y\)-schéma est d'une terminaison incertaine. ↩
- L'énoncé est fait de fragments séparés par des mots illisibles ; on en donne le sens que ses mots lisibles — « se spécialise en », « deux distinctes », « Alors \(M/Y\) est séparé » — permettent, et qui est celui de la condition (ii) de la page 8. ↩
- « Principal » est son mot pour ces points génériques. L'indice \(n - 1\) est sur le feuillet sans que \(n\) soit défini ; on comprend la dimension de la fibre en \(x\) augmentée de un, mais c'est une lecture. L'assertion sur le cas plat n'est pas démontrée ici et cette lecture ne la vérifie pas : ce qu'on sait sans peine est qu'un morphisme plat de présentation finie est universellement ouvert, et c'est cette propriété que la construction des pages 5 et 6 utilise. ↩
- La condition (ii) est donnée avec la glose qu'il écrit en interligne, « i.e. une comp. de la fibre générique ne se spécialise en deux composantes abs. irréductibles distinctes de la fibre spéciale ». La condition (iii) est lacunaire : on lit « composantes abs. irréductibles distinctes », « ne », « spécialiser en », « comp. abs. irréd. de \(f^{-1}(y')\) » ; le sens qu'on lui donne ici est celui que ces mots permettent et que l'analyse qui suit rend nécessaire, et il est le nôtre. Les hypothèses sur le trait — « fini et plat », « \(V^{\circ}\) fini » — ne se lisent qu'en fragments. ↩
- La page écrit que les composantes de \(f^{-1}(\bar{y}')\) s'injectent dans celles de \(f^{-1}(y')\) ; on lit la barre comme désignant le point fermé du trait, ce que la suite de la page, où \(y'\) est générique et \(y\) spécial, impose. La justification par les sections de \(M\) est la nôtre. ↩
- La page annonce ce complément sous un mot souligné lu « Cor. » sans certitude, et l'énonce comme la condition pour que \(M\) soit « un ouvert étale sur \(Y\) ». Ce que la condition fournit est la propreté, donc la finitude, et non une ouverture ; le mot, tel qu'il se lit, ne porte pas le sens de la condition, et l'on énonce ce que la condition donne. Il numérote ce complément (iii), comme la seconde condition de la page 8 ; on garde ses numéros. ↩
- Le rapprochement est le nôtre, et il repose sur une condition que la page 8 ne laisse pas lire. Au-dessus d'un mot « Corollaire » biffé. ↩
- Entre les deux, la page ramène la conjonction de (ii) et (iii), dans le cas propre, à trois conditions a), b), c), dont on ne lit que des bribes (« d'une composante rel. irréd. », « une spécialisation », « \(M\) existe ») ; on ne les restitue pas. La seconde assertion est cohérente avec l'analyse de la page 9 : si \(f\) est propre, l'adhérence d'une composante générique rencontre la fibre spéciale, et, \(f\) étant de plus universellement ouvert, contient une composante de celle-ci. L'argument est le nôtre. ↩
- La formule \(\varphi^{-1}(U) = f(U)\) est sur la page ; le reste de la démonstration est presque entièrement illisible, et on la rédige. La page énonce (ii) sous la forme « \(f\) soit ouvert, […] si \(Y\) est loc. noeth., \(f\) de type fini », ce qui place l'hypothèse de finitude au bon endroit : elle ne sert qu'au retour de (iii bis) vers (ii), qui est le relèvement des générisations (EGA IV, 1.10.4). La condition (iii bis) est encadrée sur le feuillet. ↩
- La page n'écrit que « Définition de universellement monogène » après une première phrase inachevée ; on complète par ce que la page 3 et la page 12 en utilisent. ↩
- La page ajoute qu'on peut rétrécir \(U\) en un \(U' \subset U\) encore surjectif sur \(Y\) — lecture incertaine —, et plusieurs mots de la phrase sont illisibles. ↩
- Dans l'état des feuillets, la représentabilité n'est acquise que sous les conditions du théorème de la page 8, qui n'est pas démontré. La réponse moderne est qu'en général le foncteur n'est pas représentable par un schéma, mais qu'il l'est par un espace algébrique étale sous des hypothèses de platitude et de présentation finie ; on renvoie à l'article de Romagny cité plus haut pour l'énoncé exact, que cette lecture ne reproduit pas. ↩
- Le montant de gauche du cube porte \(\kappa(s)\) en haut et \(\kappa(s')\) en bas, reliés par un trait à \(S\) et à \(S'\). ↩
- Contre-exemple, si \(U\) doit contenir la fibre \(X_y\) tout entière — la condition sur \(U\) n'est pas lisible : sur un trait \(\mathrm{Spec}(W)\) d'uniformisante \(t\), soit \(X \subset \mathbb{A}^3_W\) la réunion du plan \(z = 0\) et de la droite \(x = 0\), \(z = t\). Chacune des deux composantes domine le trait et \(X\) est réduit, donc \(X\) est plat sur \(W\). La fibre générique a deux composantes, le plan et une droite disjointe ; dans la fibre spéciale la droite vient se coucher dans le plan, dont elle n'est plus une composante. Le point générique de la droite générique n'a donc aucune composante de la fibre spéciale parmi ses spécialisations. Il faudrait une hypothèse d'équidimensionalité. ↩
- Une flèche venue de la marge porte une hypothèse supplémentaire sur \(Y' \to Y\) dont les mots sont illisibles. Un « Concl' » qui suivait, formulé par deux applications \(\Gamma_{X'/Y'}(y', \eta') \to E_{X'/Y'}(y')\) et \(\Gamma_{X'/Y'}(y', \eta') \to E_{X'/Y'}(\eta')\) dont l'une au moins devait être surjective, est annulé par une grande boucle. Sans hypothèse sur \(Y' \to Y\) (plate, par exemple) cette lecture ne garantit ni a) ni b). ↩