Cote n° 40 · pages 1–27
· Lecture modernisée · Calculs [affines sur des] fibrés principaux affines : notes manuscrites (s.d.) — lecture modernisée du dossier entier
Datation de l’inventaire : [années 1960-1970]
Édition de démonstration — interprétation personnelle de l'œuvre
Résumé
Ces vingt-sept pages sont des calculs de travail, écrits vite, sur une question simple à dire : quand un groupe agit sur un objet de façon « parfaitement régulière », que peut-on dire de cet objet, et combien y en a-t-il ?
Le modèle à garder en tête est celui d'un groupe \(G\) qui agit sur un ensemble \(E\) librement et transitivement : pour deux points \(x\), \(y\) de \(E\), il existe un et un seul \(g\) tel que \(x = g\,y\). Un tel \(E\) ressemble trait pour trait à \(G\) lui-même, à ceci près qu'on n'y a pas choisi d'origine — comme un espace affine ressemble à un espace vectoriel dont on aurait oublié où est le zéro. On l'appelle un espace principal homogène, ou aujourd'hui un torseur. Sur un ensemble il n'y a rien à classer : dès qu'on choisit un point, \(E\) s'identifie à \(G\). Mais si \(E\) dépend d'un paramètre, on ne peut pas toujours choisir ce point de façon cohérente, et les torseurs non triviaux mesurent exactement cette impossibilité.
Ici, groupes et espaces ne sont pas des ensembles mais des objets de la géométrie algébrique, connus par leurs algèbres de fonctions. Le dossier commence donc par traduire tout le langage des groupes dans celui des algèbres : la loi de groupe devient une « diagonale » \(B \to B \otimes B\), l'action devient une application \(C \to B \otimes C\), et la condition « libre et transitive » devient l'affirmation qu'une certaine application \(C \otimes C \to B \otimes C\) est un isomorphisme. Quand l'algèbre \(B\) est de dimension finie, on peut aussi passer à son dual, qui est une algèbre d'opérateurs agissant sur \(C\), et la condition se lit sur ces opérateurs : ils doivent fournir une base de tous les endomorphismes de \(C\).
Puis vient un exemple qui n'a pas d'équivalent pour les ensembles. En caractéristique \(p\), le groupe des \(x\) tels que \(x^p = 0\) n'a qu'un seul point, et pourtant n'est pas trivial : il est « infinitésimal ». Agir par ce groupe, c'est la même chose que se donner une dérivation \(D\) de puissance \(p\)-ième nulle. Le dossier montre que ses torseurs sont exactement les algèbres obtenues en adjoignant une racine \(p\)-ième, \(A[U]/(U^p - a)\), et que deux d'entre elles sont isomorphes si et seulement si les nombres \(a\) diffèrent d'une puissance \(p\)-ième. La classification tient en une formule : le groupe de ces torseurs est \(A/A^p\).
Les dernières pages refont ce résultat d'un seul coup d'œil, à l'aide d'une suite exacte — le groupe infinitésimal est le noyau de l'élévation à la puissance \(p\) — et en tirent une version globale, valable sur une variété quelconque. Une remarque finale montre un phénomène inattendu : deux torseurs « lisses » peuvent avoir une somme qui ne l'est pas.
Ce qu'on cherchera ensuite : schémas en groupes affines et algèbres de Hopf, dualité de Cartier, torseurs et cohomologie plate, le schéma en groupes \(\alpha_p\), et les extensions radicielles de hauteur un.
Keywords — affine group scheme, Hopf algebra, comodule algebra, module algebra, pseudo-torsor, torsor, Cartier duality, Frobenius kernel, restricted Lie algebra, purely inseparable extension, fppf cohomology
Le fil du dossier, et les conventions
Le dossier a une seule ligne, sans reprise ni mouture.
- Pages 1 et 2 — les schémas en groupes affines comme algèbres de Hopf commutatives ; le dual \(\mathcal{U}\) quand l'algèbre est libre de rang fini.
- Pages 2 à 4 — les actions, sous forme de coaction, puis sous forme de module sur \(\mathcal{U}\).
- Pages 4 à 10 — les espaces principaux homogènes : la condition d'isomorphisme, le quotient par le groupe, et deux critères équivalents pour \(B\) et \(C\) libres de type fini.
- Pages 11 à 15 — reprise catégorique et démonstration de l'équivalence des deux critères, dont une direction reste inachevée sur la page.
- Pages 16 à 18 — l'exemple de \(\alpha_p\) : actions par dérivations, et la « Proposition ».
- Pages 18 à 23 — la classification : \(H^1(A,\alpha_p) = A/A^p\), le « Théorème » et son « Corollaire ».
- Pages 24 à 27 — la suite exacte de Frobenius, la version globale, et la « Remarque » sur \(k[[X]]\).
Conventions valables pour tout le dossier. \(A\) est un anneau commutatif, les algèbres sont commutatives et unitaires sauf mention contraire, et les produits tensoriels sont pris sur \(A\). Le groupe est \(G = \operatorname{Spec} B\), l'espace sur lequel il agit est \(E = \operatorname{Spec} C\). On note \(\Delta_B\) la comultiplication de \(B\) (la page écrit \(p_B\)), \(\varepsilon\) sa coünité, \(J = \operatorname{Ker}\varepsilon\), \(S\) son antipode (la page écrit \(x \mapsto \check{x}\)), et \(m_C \colon C \otimes C \to C\) la multiplication de \(C\).1 On note \(p_1, p_2 \colon C \to C \otimes C\) les homomorphismes \(x \mapsto x \otimes 1\) et \(x \mapsto 1 \otimes x\), duaux des deux projections \(E \times E \to E\), comme le fait la page. Les invariants de \(C\) sont notés \(C^G\).2 À partir de la page 16 le groupe est \(\alpha_p\), que la page appelle \(B\), et son faisceau sur un préschéma \(X\) est \(\alpha_{p,X}\).
1–2
Groupes affines et algèbres de Hopf (pages 1 et 2)
Un groupe dans la catégorie opposée à celle des \(A\)-algèbres — c'est-à-dire un schéma en groupes affine \(G = \operatorname{Spec} B\) sur \(A\) — est une \(A\)-algèbre \(B\) munie d'un homomorphisme d'algèbres coassociatif \(\Delta_B \colon B \to B \otimes B\), d'une coünité \(\varepsilon \colon B \to A\) et d'une antipode \(S \colon B \to B\) : une algèbre de Hopf commutative. La coünité est caractérisée par \[ \Delta_B x - (x \otimes 1 + 1 \otimes x) \in J \otimes J \qquad (x \in J), \] et elle est unique si elle existe.3 L'antipode est l'homomorphisme d'algèbres tel que, si \(\Delta_B x = \sum y_i \otimes z_i\), \[ \sum S(y_i)\, z_i = \sum y_i\, S(z_i) = \varepsilon(x)\cdot 1 . \] Elle est unique, c'est une involution (parce que \(B\) est commutative), et l'on a \(\varepsilon \circ S = \varepsilon\) et \(\Delta_B (S x) = \sum S(z_i) \otimes S(y_i)\).
Supposons \(B\) libre de rang fini sur \(A\)4 et soit \(\mathcal{U} = \operatorname{Hom}_A(B, A)\) son dual. Toute la structure passe au dual en se retournant : la multiplication de \(B\) devient une comultiplication \(\Delta_{\mathcal{U}}\), cocommutative et coassociative, avec la coünité \(\eta(u) = u(1_B)\) ; la comultiplication de \(B\) devient une multiplication associative et unitaire, en général non commutative ; les deux sont compatibles (\(\Delta_{\mathcal{U}}\) est un homomorphisme d'algèbres) ; l'antipode devient un antiautomorphisme involutif \(S_{\mathcal{U}}\), déterminé de façon unique par l'identité \(\sum y_i\, S_{\mathcal{U}}(z_i) = \sum S_{\mathcal{U}}(y_i)\, z_i = \eta(x)\cdot 1\) pour \(\Delta_{\mathcal{U}} x = \sum y_i \otimes z_i\). Bref, \(\mathcal{U}\) est une algèbre de Hopf cocommutative, l'« hyperalgèbre » du groupe.5
2–4
Actions : coactions et modules-algèbres (pages 2 à 4)
Faire agir \(G\) à gauche sur \(E = \operatorname{Spec} C\), c'est se donner un homomorphisme d'algèbres unitaires \[ q_C \colon C \longrightarrow B \otimes C \] qui satisfait à deux conditions : l'associativité, \((\mathrm{id}_B \otimes q_C)\, q_C = (\Delta_B \otimes \mathrm{id}_C)\, q_C\), et l'unité, \((\varepsilon \otimes \mathrm{id}_C)\, q_C = \mathrm{id}_C\), qui s'écrit aussi \(q_C(y) \in 1 \otimes y + J \otimes C\). C'est ce qu'on appelle aujourd'hui une algèbre-comodule sur \(B\).
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\begin{tikzcd}[column sep=huge, row sep=large]
B \otimes B \otimes C & B \otimes C \arrow[l, "\mathrm{id}_B \otimes q_C"'] \\
B \otimes C \arrow[u, "\Delta_B \otimes \mathrm{id}_C"] & C \arrow[l, "q_C"] \arrow[u, "q_C"']
\end{tikzcd}
Si \(B\) est libre de rang fini, \(B \otimes C' \simeq \operatorname{Hom}_A(\mathcal{U}, C')\) pour tout \(A\)-module \(C'\), de sorte qu'une application \(A\)-linéaire \(C \to B \otimes C'\) est la même chose qu'une application \(A\)-linéaire \(\mathcal{U} \to \operatorname{Hom}_A(C, C')\). Pour \(C' = C\), la coaction devient ainsi une action de \(\mathcal{U}\) sur \(C\), que l'on note \(u \cdot x = (u \otimes \mathrm{id}_C)\, q_C(x)\). Les axiomes d'associativité et d'unité disent que \(C\) est un \(\mathcal{U}\)-module unitaire6 ; et que \(q_C\) soit un homomorphisme d'algèbres unitaires se traduit par \[ u \cdot 1_C = \eta(u)\, 1_C, \qquad u \cdot (xy) = \sum (v_i \cdot x)(w_i \cdot y) \quad\text{si } \Delta_{\mathcal{U}} u = \sum v_i \otimes w_i . \] C'est la notion de \(\mathcal{U}\)-module-algèbre.7 Si \(u\) est un élément « primitif » (\(\Delta_{\mathcal{U}} u = u \otimes 1 + 1 \otimes u\)), la seconde condition dit simplement que \(u\) agit par une dérivation : c'est ce qui servira à partir de la page 16.
4–8
Espaces principaux homogènes et quotient (pages 4 à 8)
La condition
Que \(E\) soit un espace principal homogène sous \(G\) — que l'action soit « libre et transitive » — s'exprime en demandant que le morphisme \(G \times E \to E \times E\), \((g, y) \mapsto (g y, y)\), soit un isomorphisme. Sur les algèbres, c'est l'homomorphisme \[ \varphi = (q_C, p_2) \colon C \otimes C \longrightarrow B \otimes C, \qquad \varphi(x \otimes y) = q_C(x)\,(1 \otimes y), \] c'est-à-dire le composé \((\mathrm{id}_B \otimes m_C) \circ (q_C \otimes \mathrm{id}_C)\). Il revient au même de demander qu'il existe un homomorphisme d'algèbres unitaires \(g_C \colon B \to C \otimes C\) — le morphisme \(E \times E \to G\) qui envoie \((x, y)\) sur l'unique \(g\) tel que \(x = g y\) — rendant commutatifs les deux triangles \[ (g_C, p_2) \circ q_C = p_1, \qquad \varphi \circ g_C = p_1, \] où \((g_C, p_2) \colon B \otimes C \to C \otimes C\) est \(b \otimes y \mapsto g_C(b)\,(1 \otimes y)\) et où \(p_1\) désigne, dans le second, l'homomorphisme \(b \mapsto b \otimes 1\) de \(B\) dans \(B \otimes C\). En effet \((g_C, p_2)\) est alors l'inverse de \(\varphi\).8
Cette condition seule ne fait pas de \(E\) un torseur au sens d'aujourd'hui : elle est satisfaite, par exemple, par l'objet vide (\(C = 0\)). On dit qu'un tel \(E\) est formellement principal homogène, ou un pseudo-torseur.9
Le quotient par le groupe
Soit \(h \colon \mathcal{D} \to C\) un homomorphisme d'algèbres tel que \(q_C \circ h = (x \mapsto 1 \otimes x) \circ h\), autrement dit un morphisme \(E \to \operatorname{Spec}\mathcal{D}\) constant sur les orbites. Cela signifie exactement que \(h\) prend ses valeurs dans la sous-algèbre des invariants \[ C^G = \{\, x \in C \;:\; q_C(x) = 1 \otimes x \,\}. \] Donc le quotient de \(E\) par \(G\) dans la catégorie des schémas affines existe, et c'est \(\operatorname{Spec} C^G\) : c'est l'égalisateur des deux homomorphismes \(C \rightrightarrows B \otimes C\).10 La question que pose la page 6 — un tel \(h\) se factorise-t-il par \(A\) ? — revient donc à savoir si \(C^G = A\).
Mais ce quotient « dans la catégorie » peut être très différent du quotient géométrique. Soit \(k\) algébriquement clos, \(E\) le groupe linéaire, \(G\) un sous-groupe de Borel agissant par translations. Le quotient \(E/G\) existe dans la catégorie des schémas : c'est la variété des drapeaux, qui est complète. Ses seules fonctions globales sont les constantes ; donc \(C^G = k\), et le quotient dans la catégorie des variétés affines est réduit à un point.11
Les invariants d'un pseudo-torseur
Si \(E\) est un pseudo-torseur et \(x \in C^G\), le premier triangle appliqué à \(x\) donne \[ x \otimes 1 = 1 \otimes x \quad\text{dans } C \otimes C . \] Si de plus \(A \cdot 1_C\) est un facteur direct du \(A\)-module \(C\), avec \(\lambda \mapsto \lambda 1_C\) injectif, cette égalité force \(x \in A \cdot 1_C\) : écrivant \(C = A \cdot 1 \oplus N\) et \(x = \lambda + n\), la composante de \(x \otimes 1 - 1 \otimes x\) dans \(N \otimes A\) est \(n \otimes 1\), d'où \(n = 0\). Donc \(C^G = A\). L'hypothèse est satisfaite dès que \(C\) est un \(A\)-module libre ayant une base contenant \(1_C\), et en particulier dès que \(C\) est libre de type fini et non nul.12
Sans hypothèse de cette sorte, c'est faux, et la page 8 le montre : si \(J\) est un idéal de \(A\) et \(C = B / JB\), avec la coaction obtenue en réduisant \(\Delta_B\) modulo \(J\), les axiomes restent vérifiés, \(E\) est même un pseudo-torseur, et pourtant \(C^G = A/J\).13
9–10
Deux critères quand \(B\) et \(C\) sont libres de type fini (pages 9 et 10)
Supposons \(B\) et \(C\) libres de type fini, \(C \neq 0\). Le paragraphe précédent montre alors que la condition sur les invariants est conséquence de celle de pseudo-torseur. Le critère s'écrit de deux façons.
Par \(\varphi\). Via \(B \otimes C \simeq \operatorname{Hom}_A(\mathcal{U}, C)\), l'homomorphisme \(\varphi\) devient \[ \varphi \colon C \otimes C \longrightarrow \operatorname{Hom}_A(\mathcal{U}, C), \qquad \varphi(x \otimes y)(u) = (u \cdot x)\, y , \] le second membre étant muni de la convolution \(v * w = m_C \circ (v \otimes w) \circ \Delta_{\mathcal{U}}\), pour laquelle \(\varphi\) est un homomorphisme d'algèbres. \(E\) est un pseudo-torseur si et seulement si \(\varphi\) est bijectif.
Par les opérateurs. Soit \[ \psi \colon C \otimes \mathcal{U} \longrightarrow \operatorname{End}_A(C), \qquad \psi(x \otimes u)(y) = x\,(u \cdot y). \] \(\varphi\) est un isomorphisme si et seulement si \(\psi\) en est un : autrement dit, \(E\) est un pseudo-torseur si et seulement si les opérateurs de \(\mathcal{U}\), pris avec des coefficients dans \(C\), fournissent exactement tous les endomorphismes \(A\)-linéaires de \(C\).14
Enfin, la condition sur les invariants s'écrit en termes de \(\mathcal{U}\) : \(x \in C^G\) si et seulement si \(u \cdot x = \eta(u)\, x\) pour tout \(u \in \mathcal{U}\).
11–15
Reprise catégorique ; l'équivalence des deux critères (pages 11 à 15)
Le cadre
Soit \(\mathcal{C}\) une catégorie avec objet final \(e\) et produits, \(G\) un groupe de \(\mathcal{C}\), \(E\) un objet sur lequel \(G\) opère par \(q_E \colon G \times E \to E\). On dit que \(E\) est formellement principal homogène si \((q_E, p_2) \colon G \times E \to E \times E\) est un isomorphisme ; il revient au même qu'il existe \(g_E \colon E \times E \to G\) — « \(x = g(x, y)\, y\) », dit la marge — tel que \[ q_E \circ (g_E, p_2) = p_1 \ \text{sur } E \times E, \qquad g_E \circ (q_E, p_2) = p_1 \ \text{sur } G \times E . \] Pour \(\mathcal{C}\) opposée à la catégorie des \(A\)-algèbres, on retrouve exactement les deux triangles des pages 4 et 5.
Le critère \(\psi\) est le transposé du critère \(\varphi\)
On n'a plus besoin ici que \(B\) soit libre. Posons \[ \psi \colon \operatorname{Hom}_A(B, C) \longrightarrow \operatorname{End}_A(C), \qquad \psi(v) = m_C \circ (v \otimes \mathrm{id}_C) \circ q_C . \] Quand \(B\) est libre de type fini, \(\operatorname{Hom}_A(B, C) \simeq C \otimes \mathcal{U}\) et l'on retrouve le \(\psi\) de la page 9.
Si \(\varphi\) est un isomorphisme, \(\psi\) en est un, d'inverse \[ \psi'(w) = m_C \circ (w \otimes \mathrm{id}_C) \circ g_C . \] La page le vérifie par deux colonnes de diagrammes (page 13), qui réécrivent \(\psi\psi'(w)\) et \(\psi'\psi(v)\) en échangeant l'ordre des étapes jusqu'à reconnaître \(w\) et \(v\).15 Il y a une raison plus courte, qui explique aussi la réciproque. Munissons \(B \otimes C\) et \(C \otimes C\) de leur structure de \(C\)-module par le facteur de droite ; \(\varphi\) est alors \(C\)-linéaire. Une application \(A\)-linéaire \(v \colon B \to C\) est la même chose qu'une application \(C\)-linéaire \(\tilde v \colon B \otimes C \to C\), et de même \(\operatorname{End}_A(C) \simeq \operatorname{Hom}_C(C \otimes C, C)\), \(w \mapsto (x \otimes y \mapsto w(x)\,y)\). Dans ces identifications, \[ \psi(v) = \tilde v \circ \varphi \ \text{restreint à } C \otimes 1 : \qquad \psi = \operatorname{Hom}_C(\varphi, C). \] Le critère \(\psi\) est donc le transposé, en tant que \(C\)-module, du critère \(\varphi\).16 Il en résulte aussitôt que \(\psi\) est bijectif si \(\varphi\) l'est.
La réciproque
Réciproquement, si \(C\) est un \(A\)-module projectif de type fini (par exemple libre de type fini) et \(B\) libre de type fini, et si \(\psi\) est un isomorphisme, alors \(\varphi\) en est un. En effet \(B \otimes C\) et \(C \otimes C\) sont alors des \(C\)-modules projectifs de type fini, pour lesquels un homomorphisme est bijectif dès que son transposé l'est.
La page suit un autre chemin, qu'elle ne mène pas à son terme. Elle part de l'inverse \(\psi'\) de \(\psi\), le regarde comme une application \(\psi'_1 \colon B \to \operatorname{Hom}(\operatorname{End}_A(C), C)\), et cherche à en tirer \(g_C\) en composant avec une application naturelle \[ \rho \colon \operatorname{Hom}(\operatorname{End}_A(C), C) \simeq C \otimes C^{\vee} \otimes C \xrightarrow{\ \mathrm{id} \otimes \varepsilon_C \otimes \mathrm{id}\ } C \otimes C, \] où \(\varepsilon_C \colon C^{\vee} \to A\) est l'évaluation en \(1_C\). Il resterait à vérifier que \(g_C = \rho \circ \psi'_1\) satisfait aux deux triangles ; la page s'arrête sur « Pour ceci, —- », avec « ??? » en marge, et le reste de la page 15 est blanc.17
16–18
L'exemple de \(\alpha_p\) (pages 16 à 18)
Le groupe et son hyperalgèbre
Soit \(A\) de caractéristique \(p\) et \[ \mathcal{U} = A[X]/(X^p), \qquad \Delta X = X \otimes 1 + 1 \otimes X, \quad \varepsilon(X) = 0, \quad S(X) = -X . \] La comultiplication est bien définie parce que, en caractéristique \(p\), \(\Delta(X^p) = X^p \otimes 1 + 1 \otimes X^p\) appartient à l'idéal engendré par \(X^p \otimes 1\) et \(1 \otimes X^p\). C'est l'algèbre de Hopf du schéma en groupes \(\alpha_p\) des \(x\) tels que \(x^p = 0\) — le noyau du Frobenius du groupe additif, comme le diront les pages 24 et suivantes. Elle est isomorphe à sa duale : la base duale de \((X^i)_{0 \le i < p}\) est formée des \(Y^i / i!\), où \(Y\) est primitif et \(Y^p = 0\).18 On peut donc regarder \(\mathcal{U}\) indifféremment comme l'algèbre du groupe ou comme son hyperalgèbre, et la page passe de l'un à l'autre : elle appelle \(B\) le groupe dont \(\mathcal{U}\) est le dual.
Actions par dérivations
Faire opérer \(\mathcal{U}\) sur une \(A\)-algèbre commutative \(C\), c'est se donner l'image \(D\) de \(X\), un endomorphisme \(A\)-linéaire de \(C\), soumis à deux conditions : \(D^p = 0\), pour que \(A[X]/(X^p)\) agisse ; et \(D(xy) = x\,Dy + y\,Dx\), parce que \(X\) est primitif. Une action de \(\alpha_p\) sur \(\operatorname{Spec} C\) est donc la même chose qu'une \(A\)-dérivation de \(C\) de puissance \(p\)-ième nulle.19
Supposons \(C\) libre de type fini et non nul. Comme \(C \otimes C \simeq B \otimes C\), son rang est nécessairement \(p\).20 Par le critère de la page 9, \(\operatorname{Spec} C\) est alors principal homogène si et seulement si \[ 1, D, D^2, \ldots, D^{p-1} \ \text{forment une base du $C$-module}\ \operatorname{End}_A(C), \] où \(C\) agit sur \(\operatorname{End}_A(C)\) par \((\lambda w)(y) = \lambda\, w(y)\).
La « Proposition »
Supposons que \(C\) admette une \(p\)-base sur \(A\) réduite à un élément \(u\) : \(C \simeq A[u]/(u^p - a)\) avec \(a \in A\). Toute valeur de \(Du\) définit une \(A\)-dérivation, puisque \(D(u^p - a) = p\, u^{p-1} Du = 0\) ; prenons \(Du = 1\), de sorte que \(D(u^n) = n\, u^{n-1}\) et \(D^p = 0\). Identifions \(\operatorname{End}_A(C)\) à \(C^p\) par \(w \mapsto (w(u^j))_{0 \le j \le p-1}\) — c'est un isomorphisme de \(C\)-modules. Les \(D^i\) deviennent les lignes de la matrice triangulaire \[ \bigl(D^i(u^j)\bigr)_{0 \le i, j \le p-1} = \begin{pmatrix} 1 & u & u^2 & \cdots & u^{p-1} \\ 0 & 1 & 2u & \cdots & (p-1)\, u^{p-2} \\ 0 & 0 & 2! & \cdots & (p-1)(p-2)\, u^{p-3} \\ \vdots & & & \ddots & \vdots \\ 0 & 0 & 0 & \cdots & (p-1)! \end{pmatrix}, \] de déterminant \(0!\,1!\,2!\cdots(p-1)!\), image d'un élément non nul de \(\mathbb{Z}/p\mathbb{Z}\), donc inversible. D'où :
Proposition (page 18). Soit \(C\) une \(A\)-algèbre admettant une \(p\)-base réduite à un élément \(u\), c'est-à-dire \(C = A[u]/(u^p - a)\). Muni de la dérivation \(D\) telle que \(Du = 1\), \(\operatorname{Spec} C\) est un torseur sous \(\alpha_p\).
C'est bien un torseur et non seulement un pseudo-torseur, puisque \(C\) est libre et non nul, donc fidèlement plat.21
18–18
Deux « Questions »
La page 18 pose deux questions qu'elle ne reprend pas. La première : pour \(C\) comme ci-dessus, déterminer toutes les façons d'obtenir la \(C\)-algèbre \(\operatorname{End}_A(C)\) comme \(C \otimes \mathcal{U}\) à partir d'une sous-\(A\)-hyperalgèbre \(\mathcal{U}\) libre de rang \(p\). La seconde : déterminer celles de ces \(\mathcal{U}\) qui sont l'algèbre enveloppante d'une \(p\)-algèbre de Lie libre de rang un, de puissance \(p\)-ième nulle.22 Les pages 22 et 23 répondent en partie à la première, pour \(\mathcal{U} \simeq \alpha_p\).
19–23
La classification : \(H^1(A, \alpha_p) = A/A^p\) (pages 19 à 23)
Les invariants d'un torseur sous \(\alpha_p\)
Soit \(C\) une \(A\)-algèbre libre de rang \(p\), munie d'une \(A\)-dérivation \(D\) telle que \(D^p = 0\) et que \(1, D, \ldots, D^{p-1}\) forment une base de \(\operatorname{End}_A(C)\) sur \(C\). Alors \(\operatorname{Ker} D = A\).
Cela repose sur un lemme d'orthogonalité. Pour un sous-\(A\)-module \(M\) de \(C\), notons \(M^{\circ} \subset \operatorname{End}_A(C)\) l'ensemble des endomorphismes nuls sur \(M\), et pour \(L \subset \operatorname{End}_A(C)\) notons \(L^{\circ} \subset C\) l'ensemble des éléments annulés par \(L\).
Lemme (page 19). Si \(M\) est libre de rang \(m\) et facteur direct dans \(C\), alors \(M^{\circ}\) est un sous-\(C\)-module libre de rang \(p - m\) et facteur direct de \(\operatorname{End}_A(C)\), et \(M = (M^{\circ})^{\circ}\). Si \(L \subset M^{\circ}\) est un sous-\(C\)-module libre de rang \(p - m\) et facteur direct, alors \(L = M^{\circ}\), et donc \(M = L^{\circ}\).
Si \(C = M \oplus N\), on a \(M^{\circ} \simeq \operatorname{Hom}_A(N, C)\), libre de rang \(p - m\) sur \(C\) ; un \(x \notin M\) a une composante non nulle dans \(N\), que la projection sur \(N\) ne tue pas ; et \(L\), facteur direct de \(M^{\circ}\) de même rang, lui est égal. On applique le lemme à \(M = A \cdot 1_C\) et à \(L\) engendré par \(D, D^2, \ldots, D^{p-1}\), qui sont nuls sur \(A\) et font partie d'une base : il vient \(A = L^{\circ} = \{x : D^i x = 0,\ 1 \le i \le p-1\} = \operatorname{Ker} D\).23
Une conséquence au passage : pour tout \(x \in C\), \(x^p \in A\), puisque \(D(x^p) = p\,x^{p-1}\,Dx = 0\).
L'élément \(u\)
Corollaire (page 20). Il existe \(u \in C\) tel que \(Du = 1\), et \(u\) est unique à l'addition près d'un élément de \(A\).
L'unicité vient de \(\operatorname{Ker} D = A\). Pour l'existence, la question est locale sur \(\operatorname{Spec} A\) : l'ensemble des \(u\) tels que \(Du = 1\), s'il n'est pas vide, est un espace principal homogène sous le groupe additif \(A\), et un torseur sous le faisceau structural d'un schéma affine est trivial (\(H^1(\operatorname{Spec} A, \mathcal{O}) = 0\)) ; on peut donc supposer \(A\) local, d'idéal maximal \(\mathfrak{m}\) et de corps résiduel \(k\). Les hypothèses passent à \(\bar C = C / \mathfrak{m} C\) et à la dérivation réduite \(\bar D\), et l'énoncé sur les invariants donne \(\operatorname{Ker}\bar D = k\). Un endomorphisme nilpotent d'un \(k\)-espace de dimension \(p\) dont le noyau est une droite a un seul bloc de Jordan, donc \(\bar D^{p-1} \neq 0\). Choisissons \(x \in C\) avec \(\bar D^{p-1} \bar x \neq 0\) : alors \(D^{p-1} x\) est dans \(\operatorname{Ker} D = A\) et a une image non nulle dans \(k\) ; c'est une unité \(c\) de \(A\), et \(u = c^{-1} D^{p-2} x\) convient.24
20–21
Tout torseur est \(A[U]/(U^p - a)\)
Si \(Du = 1\), les \(u^i\) (\(0 \le i \le p-1\)) forment une base de \(C\) sur \(A\). Posons \(a = u^p\), qui est dans \(A\), et \(C_a = A[U]/(U^p - a)\) avec la dérivation \(D_a U = 1\). Par la Proposition, \(C_a\) est un torseur. L'homomorphisme \(C_a \to C\), \(U \mapsto u\), commute aux dérivations, donc est un morphisme de torseurs sous \(\alpha_p\) ; et un morphisme entre deux torseurs sous un même groupe est un isomorphisme.25
Le début de la page 21 contient une autre démonstration, barrée, de l'indépendance linéaire des \(u^i\) : d'une relation \(\sum \lambda_i u^i = 0\), on tire une contradiction en appliquant une puissance de \(D\). Il faut l'appliquer au dernier coefficient non nul \(\lambda_\beta\) : \(D^\beta\) donne alors \(\beta!\,\lambda_\beta = 0\), donc \(\lambda_\beta = 0\).26
22–23
Le « Théorème » et le « Corollaire »
Théorème (page 22). L'ensemble \(H^1(A, \alpha_p)\) des classes de torseurs sous \(\alpha_p\) s'identifie au groupe additif \(A/A^p\), où \(A^p = \{x^p : x \in A\}\). À \(a \in A\) correspond la classe de \(C_a = A[U]/(U^p - a)\), munie de la dérivation \(D_a U = 1\) ; et \(C_a \simeq C_b\) si et seulement si \(a \equiv b \pmod{A^p}\). Tout torseur \(C\) est isomorphe à un \(C_a\), avec \(a = u^p\) pour un \(u\) tel que \(Du = 1\), lui-même déterminé à l'addition près d'un élément de \(A\).
Le dernier point est la section précédente. Pour le critère d'isomorphie : un isomorphisme équivariant \(C_a \to C_b\) envoie \(U\) sur un élément \(v\) tel que \(D_b v = 1\), donc \(v = U + c\) avec \(c \in A\), et \(a = v^p = b + c^p\). Comme \(A\) est de caractéristique \(p\), \(A^p\) est un sous-anneau et le quotient \(A/A^p\) un groupe.27
La page ajoute : « On n'a pas prouvé que la loi additive naturelle de \(H^1(A; B)\) correspond à celle de \(A/A^p\) ». Elle y correspond. La bijection est le cobord \(\delta \colon A \to H^1(A, \alpha_p)\) de la suite exacte de Frobenius des pages 24 et 25 — \(\delta(a)\) est le torseur des racines \(p\)-ièmes de \(a\), c'est-à-dire \(\operatorname{Spec} C_a\) — et un cobord est un homomorphisme de groupes.28
Corollaire (pages 22 et 23). Une \(A\)-algèbre commutative \(C\) admet une structure de torseur sous \(\alpha_p\) si et seulement si elle admet une \(p\)-base réduite à un élément, c'est-à-dire un \(u\) tel que les \(u^i\) (\(0 \le i \le p-1\)) forment une base de \(C\) sur \(A\) et que \(u^p \in A\).29 Une telle structure équivaut à la donnée d'une classe de tels \(u\) modulo \(A\), ou encore de la dérivation \(D\) telle que \(Du = 1\).
Enfin, la page décrit les sous-\(A\)-hyperalgèbres \(\mathcal{U}' \subset \operatorname{End}_A(C)\), isomorphes à \(A[X]/(X^p)\), qui font de \(C\) un torseur. Une telle \(\mathcal{U}'\) est \(A[D]\), et elle détermine \(D\) au produit près par une unité de \(A\), puisque les éléments primitifs de \(A[X]/(X^p)\) sont les \(cX\) et que ses automorphismes sont les \(X \mapsto cX\) avec \(c \in A^*\). Remplacer \(D\) par \(c^{-1} D\) remplace \(u\) par \(cu\) ; la donnée de \(\mathcal{U}'\) équivaut donc à celle d'une classe de \(p\)-bases modulo \(u \mapsto au + b\), avec \(a \in A^*\) et \(b \in A\), c'est-à-dire d'un point de \((C/A)/A^*\).30 En réponse partielle à la première « Question » de la page 18 : pour \(C\) radiciel de degré \(p\) sur un corps, les façons de présenter \(\operatorname{End}_k(C)\) comme \(C \otimes \mathcal{U}'\) avec \(\mathcal{U}' \simeq A[X]/(X^p)\) forment un espace projectif.
24–26
Le point de vue global : la suite de Frobenius (pages 24 à 26)
Sous le titre « Autre façon d'obtenir ces résultats, et des résultats globaux », la page reprend tout en une suite exacte. Soit \(X\) un préschéma sur \(\mathbb{F}_p\) — un schéma, dirait-on aujourd'hui. Le groupe additif \(\mathbb{G}_{a,X}\) a pour algèbre de Hopf \(\mathcal{O}_X[T]\), avec \(T\) primitif ; le Frobenius \(\Phi\), donné par \(T \mapsto T^p\), est un endomorphisme du groupe, et son noyau — l'image inverse de la section unité, d'algèbre \(\mathcal{O}_X[T]/(T^p)\) — est \(\alpha_{p,X}\).31 D'où la suite exacte \[ 0 \longrightarrow \alpha_{p,X} \longrightarrow \mathbb{G}_{a,X} \xrightarrow{\ \Phi\ } \mathbb{G}_{a,X} \longrightarrow 0 . \] Qu'elle soit exacte à droite est le point délicat. La page affirme que \(\Phi\) est surjectif « en un sens technique suffisant » : tout morphisme \(\mathbb{G}_{a,X} \to Y\) invariant sous l'action de \(\mathbb{G}_{a,X}\) par \(\Phi\) se factorise par \(X\) — autrement dit \(\Phi\) est un épimorphisme effectif.32 La suite longue de cohomologie, où \(A = \Gamma(X, \mathcal{O}_X)\), s'écrit \[ 0 \to H^0(X, \alpha_p) \to A \xrightarrow{\ F\ } A \to H^1(X, \alpha_p) \to H^1(X, \mathcal{O}_X) \xrightarrow{\ F\ } H^1(X, \mathcal{O}_X), \] en utilisant que la cohomologie plate de \(\mathbb{G}_a\) est la cohomologie ordinaire de \(\mathcal{O}_X\).33 Donc \(H^1(X, \alpha_p)\) est une extension \[ 0 \to A/A^p \to H^1(X, \alpha_p) \to \operatorname{Ker}\bigl(F \mid H^1(X, \mathcal{O}_X)\bigr) \to 0 . \] Pour \(X\) affine, \(H^1(X, \mathcal{O}_X) = 0\) et l'on retrouve le Théorème de la page 22. Pour \(X\) une variété complète sur un corps algébriquement clos \(k\), \(A = k\) est parfait, \(A/A^p = 0\), et \[ H^1(X, \alpha_p) = \operatorname{Ker}\bigl(F \mid H^1(X, \mathcal{O}_X)\bigr), \] le sous-espace du \(k\)-espace de dimension finie \(H^1(X, \mathcal{O}_X)\) tué par le Frobenius.34
26–27
Une remarque sur les revêtements de \(k[[X]]\) (pages 26 et 27)
Soit \(A = k[[X]]\), \(k\) algébriquement clos. Un torseur non trivial sous \(\alpha_p\) est \(A[T]/(T^p - f)\) avec \(f \notin A^p\), et l'on peut retrancher de \(f\) toute puissance \(p\)-ième, c'est-à-dire ses termes d'exposant divisible par \(p\). Soit \(n\) le plus petit exposant non divisible par \(p\) qui reste : en changeant d'uniformisante (\(Y = X\,\epsilon^{1/n}\) pour une unité \(\epsilon\) convenable), l'anneau devient \[ A[X^{n/p}] \simeq A[T]/(T^p - X^n), \qquad n \ge 1,\ p \nmid n ; \] pour \(f \in A^p\) on obtient l'anneau \(A[T]/(T^p)\).35 Si \(n = 1\) c'est un anneau local régulier ; sinon il ne l'est pas. Pour \(p = 3\) et \(n = 2\), on obtient \(A[X^{2/3}]\), le sous-anneau de \(k[[Y]] = k[[X^{1/3}]]\) formé des séries sans terme en \(Y\) — le cusp.
Or, pour la loi de groupe de \(H^1(A, \alpha_p) = A/A^p\), ce torseur non régulier est la somme de deux torseurs réguliers : ceux des racines \(p\)-ièmes de \(X\) et de \(-X + X^2\), puisque \(X + (-X + X^2) = X^2\).36 La régularité ne passe donc pas à la somme. Elle ne passe même pas au produit fibré : si \(C_1\) et \(C_2\) sont ces deux anneaux, \(C_1 \otimes_A C_2 \simeq C_1[T]/(T^p)\) a des nilpotents. En effet, dans \(C_1\), on a \(X = s^p\) et \(-X + X^2 = (-s + s^2)^p\), de sorte que l'équation de \(C_2\) devient une puissance \(p\)-ième parfaite.37
Notes
- La page note \(\Delta_C\) la multiplication de \(C\) (pages 5, 10 à 13). On la renomme \(m_C\) parce que \(\Delta\) désigne ailleurs une comultiplication, et que les deux se rencontrent dans les mêmes formules. ↩
- La page les note \(C'\) (page 6). Elle emploie aussi \(C'\) pour un second module quelconque (page 3) et pour le dual \(\operatorname{Hom}_A(C, A)\) (page 14) ; ce dernier est noté ici \(C^{\vee}\). ↩
- La page écrit cette condition pour tout \(x \in B\). Elle est fausse pour \(x = 1\), puisque \(\Delta_B(1) - 2\,(1 \otimes 1) = -\,1 \otimes 1 \notin J \otimes J\) ; elle est juste pour \(x \in J\), ou, pour tout \(x\), sous la forme \(\Delta_B x - x \otimes 1 - 1 \otimes x + \varepsilon(x)\, 1 \otimes 1 \in J \otimes J\). Comme \(B = A \cdot 1 \oplus J\), la condition sur \(J\) équivaut aux deux axiomes de coünité \((\varepsilon \otimes \mathrm{id})\Delta_B = (\mathrm{id} \otimes \varepsilon)\Delta_B = \mathrm{id}\). ↩
- La page écrit « libre de rang fini sur \(B\) » ; il faut lire \(A\). ↩
- Le mot est celui de Dieudonné, qui l'introduit au cours des années cinquante pour les groupes de Lie formels en caractéristique \(p\). On dit aujourd'hui algèbre des distributions (au sens de Demazure–Gabriel) ou, pour un groupe fini et plat comme ici, algèbre du groupe ; quand \(G\) est commutatif, \(\mathcal{U}\) est commutative et son spectre est le dual de Cartier de \(G\). Le dossier emploie le mot plus librement, pour toute algèbre de Hopf (page 24) ; la page ne dit pas où elle l'a pris. ↩
- Un point d'ordre que la page ne fixe pas. Si l'on munit \(\mathcal{U}\) de la convolution \((uv)(b) = (u \otimes v)\,\Delta_B(b)\), une coaction à gauche fait de \(C\) un module à droite : on trouve \((uv)\cdot x = v \cdot (u \cdot x)\). Pour que \(C\) soit un module à gauche, comme la page l'écrit, on prend la convolution opposée, \((uv)(b) = (v \otimes u)\,\Delta_B(b)\), et c'est la convention adoptée ici. Quand \(G\) est commutatif — c'est le cas de tous les exemples du dossier — les deux coïncident. ↩
- Dans la première de ces conditions la page écrit \(q_{\mathcal{U}}\), dans la seconde \(p_{\mathcal{U}}\), pour le même homomorphisme \(\mathcal{U} \to \operatorname{Hom}_A(C, C')\) ; on n'en garde qu'un. La page écrit d'abord ces conditions pour deux algèbres \(C\) et \(C'\) distinctes, puis pour \(C' = C\). ↩
- Le haut de la page 5, où ces conditions sont d'abord cherchées, est barré et à peu près illisible ; la transcription en donne une lecture très incomplète, qu'on ne reconstitue pas. La formulation retenue est celle que la page 11 reprend en termes catégoriques. ↩
- Le terme « formellement principal homogène » est celui de la page 11 ; c'est aussi celui de SGA 3. Un torseur demande en outre que \(E\) soit, localement pour une topologie convenable (la topologie plate), isomorphe à \(G\) — pour \(E\) affine, que \(C\) soit fidèlement plate sur \(A\). La page 10 y ajoute une condition sur les invariants ; quand \(C\) est libre et non nul, comme la page le suppose à partir de la page 9, \(C\) est fidèlement plate et les deux notions coïncident. ↩
- La page appelle ces éléments « primitifs », puis ajoute au-dessus « invariants », qui est le mot juste ; à la page 7 elle dit « semi-primitifs ». La lecture d'une ligne de la page 6 (« on voit qu'on a tout ce qu'il faut ») est très incertaine. ↩
- Paragraphe embrassé d'un grand crochet en marge, à la lecture incertaine en plusieurs mots (« groupe linéaire », « réduit au point »). ↩
- La page dit « comme on voit facilement ». Pour \(C\) projectif de type fini, un élément est unimodulaire dès que son image dans chaque fibre \(C \otimes k(\mathfrak{p})\) est non nulle ; c'est le cas de \(1_C\) dès que toutes ces fibres sont non nulles. L'hypothèse \(C \neq 0\), que la page ne dit pas, est nécessaire. ↩
- Que cet \(E\) soit un pseudo-torseur n'est pas dit par la page, qui écrit seulement que « les axiomes restent vérifiés » ; c'est immédiat, puisque \(\varphi\) est la réduction modulo \(J\) de l'isomorphisme \((\Delta_B, p_2)\) de \(G \times G\). Le même exemple montre, contre ce que suggère la page 16, que la liberté de \(C\) n'est pas conséquence de la seule condition de pseudo-torseur. ↩
- En marge, un « ? » : sur la page, l'équivalence est annoncée, pas démontrée. Elle l'est aux pages 12 à 15, dans un sens seulement ; voir la section suivante. Dans la conclusion entre crochets, la page écrit « fibré principal homogène sous \(C\) » ; il faut lire \(B\). La moitié inférieure de la page 9, barrée, esquisse un argument par changement de base \(A' = C\) qu'on ne reconstitue pas. ↩
- La page donne, pour chacune des deux identités, six colonnes reliées par des accolades ; la transcription ne reproduit que la première et la dernière. Dans les colonnes intermédiaires de la seconde, plusieurs \(B\) figurent là où l'on attend \(C\) ; ce sont des lapsus sans incidence sur le calcul. ↩
- Cette lecture est la nôtre ; la page procède par calcul direct. ↩
- La page 14 contient aussi un crochet barré qui énonce l'application naturelle \(P \otimes \operatorname{Hom}(Q, R) \to \operatorname{Hom}(\operatorname{Hom}(P, Q), R)\). L'argument par transposition donné ci-dessus est le nôtre ; il établit la réciproque sans passer par \(\rho\), et ne dit pas si le \(g_C\) de la page est le bon. ↩
- La page affirme cet autodualité sans la démontrer ; la vérification est la nôtre. Elle utilise que \(i!\) est inversible pour \(i < p\). En termes modernes, \(\alpha_p\) est son propre dual de Cartier. ↩
- En caractéristique \(p\), \(D^p\) est encore une dérivation ; la condition \(D^p = 0\) n'est donc pas automatique, et c'est elle qui distingue \(\alpha_p\) du groupe additif tout entier. ↩
- La page suppose \(C\) libre et ajoute que cela « semble d'ailleurs une conséquence de notre hypothèse ». Ce n'est pas le cas pour un simple pseudo-torseur (exemple de la page 8) ; c'est vrai, localement, pour un torseur : si \(C\) est fidèlement plate, l'isomorphisme \(C \otimes C \simeq B \otimes C\) montre par descente que \(C\) est localement libre de rang \(p\). ↩
- La page dit « espace homogène fibré principal » et n'a pas la distinction ; on la fait parce que la condition des invariants (page 10) est ici satisfaite, \(1_C\) faisant partie d'une base. ↩
- Les ajouts interlinéaires de ces deux lignes sont serrés et en partie illisibles, et l'ordre de lecture est incertain ; on ne garde que ce que la transcription lit. Les noms modernes sont ceux d'algèbre de Lie restreinte (Jacobson, 1941) et d'algèbre enveloppante restreinte. L'équivalence entre schémas en groupes finis de hauteur un et \(p\)-algèbres de Lie est exposée dans SGA 3 (exposé VII\(_{\mathrm{A}}\)) ; la page ne cite rien. ↩
- L'énoncé du lemme est en partie illisible sur la page (une dizaine de mots), et deux notes tournées dans la marge (dont « Lemme ») ne se lisent qu'à peine. La formulation ci-dessus est reconstituée à partir de ce qui est lisible et de l'usage qui en est fait à la page 20 ; la démonstration esquissée est la nôtre. ↩
- La page raisonne autrement, dans un passage encadré et traversé de deux obliques, dont on ne sait s'il est annulé : \(A\) étant local, l'image de \(D\) est libre de rang \(p - 1\) (isomorphe à \(C/A\)), et elle contient \(A\) parce que tout \(v = \sum \lambda_i D^i\) nul sur \(D(C)\) vérifie \(vD = 0\), donc \(\lambda_0 = \cdots = \lambda_{p-2} = 0\), donc \(v\) est nul sur \(A\). Le calcul est juste, mais conclure \(A \subset D(C)\) de \(D(C)^{\circ} \subset A^{\circ}\) demande, par le lemme, que \(D(C)\) soit facteur direct dans \(C\) — ce qui est vrai sur un corps et que la page n'établit pas sur un anneau local. La réduction au corps résiduel ci-dessus est la nôtre. Une note tournée dans la marge, presque illisible, invoque un endomorphisme \(\Theta\) avec \(\Theta(1) = 0\) et \(\Theta(u) = 1\) ; on ne la reconstitue pas. ↩
- La page énonce ce dernier fait entre crochets, pour deux pseudo-torseurs dans une catégorie \(\mathcal{C}\) quelconque, sous une condition dont la lecture est très incertaine (le mot souligné lu « monomis », un carré \(G \times E \to G \times E'\) au-dessus de \(E \times E \to E' \times E'\)) ; elle l'applique à la catégorie des anneaux finis sur \(A\) et se demande s'il faut \(A\) noethérien. Pour de vrais torseurs il n'en est rien : après un changement de base fidèlement plat qui trivialise les deux, un morphisme équivariant \(G \to G\) est une translation, donc un isomorphisme, et cela descend. Pour de simples pseudo-torseurs l'énoncé est faux (l'objet vide s'envoie dans tout pseudo-torseur). ↩
- La page prend le premier coefficient non nul \(\lambda_\alpha\) et écrit que \(D^\alpha\) donne \(\alpha!\,\lambda_\alpha = 0\) ; c'est faux, car les termes d'indice supérieur laissent des puissances de \(u\). Le passage est encadré et barré, peut-être pour cette raison ; la lecture « \(\alpha!\,\lambda_\alpha = 0\) » est d'ailleurs incertaine. Cet argument ne donnerait de toute façon que l'indépendance, pas la génération. ↩
- Ce qui précède vaut pour les torseurs à algèbre libre, ceux que la page considère. Pour un torseur quelconque, l'algèbre est localement libre de rang \(p\), et l'argument de la section précédente — qui est local, puis recollé par \(H^1(\operatorname{Spec} A, \mathcal{O}) = 0\) — fournit encore un \(u\) global ; l'énoncé vaut donc pour tous les torseurs. ↩
- La fin de la phrase de la page est mal lue (« … paraît être pas facile ») ; on ne sait si elle juge la vérification facile ou difficile. Le recours au cobord est le nôtre ; la page 27 se sert d'ailleurs de cette loi, sans y revenir. ↩
- La page écrit « i.e. un \(u \in C\) tel que les \(u^i\) forment une base de \(C\) sur \(A\) », sans répéter \(u^p \in A\), que contenait la définition de la page 17. La condition est nécessaire : sur un corps \(k\) de caractéristique \(p\), l'algèbre \(k[u]/(u^p - u)\) a la base \((u^i)\) mais est étale, et n'est pas un torseur sous \(\alpha_p\) ; aucune dérivation ne vérifie \(Du = 1\), car on aurait \(0 = D(u^p - u) = -Du\). ↩
- La page écrit que ces données sont en correspondance biunivoque avec les éléments de l'espace projectif \(\mathbf{P}_A(C/A) = (C/A)/A^*\). En général on n'obtient qu'une partie de \((C/A)/A^*\) : les classes dont un représentant engendre une \(p\)-base. Sur un corps \(k\), quand \(C\) est un corps radiciel de degré \(p\), tout \(u \notin k\) convient et l'on obtient tout l'espace projectif privé de la classe nulle, de dimension \(p - 2\). Le passage de la page 23 est par endroits illisible. ↩
- La page écrit que l'idéal d'augmentation « est engendré par \(T^p\) ». C'est \(T\) qui engendre \(\operatorname{Ker}\varepsilon\), et \(T^p = \Phi(T)\) qui engendre l'idéal \(\Phi(\operatorname{Ker}\varepsilon)\) ; la conclusion, \(\mathcal{O}_X[T]/(T^p)\), est juste. La page appelle « hyperalgèbre » l'algèbre de Hopf \(\mathcal{O}_X[T]\). ↩
- En marge, un « ? » et, de biais, « justifier ? ». L'argument esquissé par la page (une injectivité sur les algèbres, « du moins si \(Y\) est affine ») est en partie illisible. L'énoncé correct est que \(\Phi\) est fini et fidèlement plat, donc un épimorphisme de faisceaux pour la topologie plate (fppf). Il ne l'est pas pour la topologie de Zariski ni pour la topologie étale : extraire une racine \(p\)-ième n'est pas possible étale-localement. La cohomologie qui suit est donc la cohomologie plate. ↩
- Ce dernier point — la comparaison des cohomologies plate et de Zariski pour un faisceau quasi cohérent — est un théorème de Grothendieck (descente fidèlement plate) ; la page l'utilise sans le dire. La phrase entre crochets qui suit la suite sur la page est en partie illisible. ↩
- \(F\) est \(p\)-linéaire (\(F(\lambda x) = \lambda^p F(x)\)), de sorte que son noyau est bien un sous-espace vectoriel. Le mot « annulé » est d'une lecture incertaine. L'égalité \(A = k\) suppose \(X\) connexe et réduit, ce que contient le mot « variété ». ↩
- La page borne \(n\) par \(p - 1\) (la borne inférieure est illisible). C'est trop restrictif : \(n\) parcourt tous les entiers positifs premiers à \(p\), et les anneaux obtenus sont deux à deux non isomorphes. Dans \(k[[Z]]\) avec \(Z^p = X\), l'anneau est \(k[[Z^p, Z^n]]\), dont le semi-groupe des valuations, engendré par \(p\) et \(n\), est un invariant ; pour \(n = p+1\) il ne contient aucun entier de \(1\) à \(p - 1\), et ne provient d'aucun \(n \le p-1\). Il s'agit ici de l'anneau, non de la structure de torseur, que l'unité \(\epsilon\) modifie. ↩
- La page dit cela pour \(p\) quelconque, après l'exemple \(p = 3\) ; l'addition est celle de \(A/A^p\), dont la page 22 disait n'avoir pas prouvé qu'elle est celle de \(H^1\). ↩
- Ce calcul est le nôtre ; la page affirme l'isomorphisme \(C_1 \otimes_A C_2 \simeq C_1[T]/(T^p)\) sans le justifier. La somme des deux torseurs est le quotient de ce produit fibré par l'antidiagonale de \(\alpha_p \times \alpha_p\). ↩