Cote n° 4 · pages 1–11 · Lecture modernisée · Torsion en cohomologie cristalline : notes manuscrites (s.d.), copies de tapuscrit annoté (s.d.) — lecture modernisée du dossier entier
Datation de l’inventaire : [à partir de 1958]
Édition de démonstration — interprétation personnelle de l'œuvre

Résumé

Une variété algébrique définie sur un corps fini a un nombre fini de points, et ce nombre se lit sur sa cohomologie : il est une somme alternée de puissances de nombres algébriques, les valeurs propres de Frobenius. Ces feuillets posent une question fine sur ces nombres. Si l'on les réduit modulo le nombre premier \(p\) qui est la caractéristique du corps, certains s'annulent et d'autres survivent ; ceux qui survivent — les « unités \(p\)-adiques » — sont exactement ce que la cohomologie voit encore quand on ne garde que l'arithmétique modulo \(p\). Combien y en a-t-il ?

On peut penser à un objet dont on ne regarde que l'ombre : la cohomologie cristalline est l'objet entier, avec ses nombres ; la cohomologie « cohérente » des fonctions sur la variété, que l'on calcule avec de l'algèbre linéaire ordinaire en caractéristique \(p\) (c'est la matrice de Hasse-Witt), en est l'ombre portée. Le texte cherche à dire exactement combien de l'objet passe dans l'ombre. La réponse est une suite exacte, le « théorème » 8.5 : le nombre de valeurs propres unités est au moins le rang de la partie de l'ombre qui « survit » à l'itération du Frobenius, et la différence est mesurée par la torsion de la cohomologie cristalline, c'est-à-dire par ce que les nombres entiers \(p\)-adiques voient et que les nombres rationnels ne voient pas.

La variété étudiée n'est pas quelconque : c'est une section \(Y\) d'une variété fixée \(X\) par une hypersurface, et l'on ne regarde que la partie de la cohomologie de \(Y\) qui ne vient pas de \(X\), la cohomologie « évanescente ». Quand \(Y\) varie, la réponse s'organise en une famille ; la partie qui vient de la torsion de \(X\) ne bouge pas, et celle qui bouge est gouvernée par les matrices de Hasse-Witt des \(Y\). Le texte finit par une question : le groupe qui décrit comment cette partie mobile tourne sur elle-même quand \(Y\) parcourt la famille est-il aussi gros que possible ? Si oui, on pourrait choisir \(Y\) de façon que son nombre de points soit congru modulo \(p\) à n'importe quel résidu donné d'avance — et le texte note que personne ne savait le faire, pas même pour les courbes planes.

Le dossier montre aussi une manière de travailler. Le texte dactylographié est relu à la main, et la relecture change la démonstration : là où le texte passait par la dualité de Poincaré, une feuille ajoutée calcule directement, et ce calcul rend fausses deux affirmations et un exemple que le texte avançait, qui sont barrés. La marge le dit en une phrase : il est malcommode d'utiliser ici la dualité. Le titre lui-même prévient que tout cela est « heuristique » : plusieurs ingrédients de la cohomologie cristalline sont admis, dont certains ont été démontrés depuis.

Keywords — crystalline cohomology, p-torsion, unit-root eigenvalues, vanishing cohomology, Hasse–Witt matrix, mod p monodromy

Le fil du dossier, et les conventions

Le dossier tient en deux pièces : les pages 2 à 11, copies d'un tapuscrit qui est le §8 d'un texte plus long — il renvoie à des n° 6 et 7 qui ne sont pas ici —, repris au crayon et à l'encre ; et la page 1, une feuille manuscrite marquée « 8.4.4 », qui est la « feuille jointe » à laquelle renvoie la marge de la page 5. On lit le tapuscrit dans l'ordre, et la page 1 à la place que la révision lui donne, après le lemme 8.4.3.1

  1. 1.Le cadre (page 2) : coefficients universels entre cohomologie cristalline et cohomologie de De Rham ; la suite du serpent pour la restriction de \(X\) à \(Y\).
  2. 2.Une voie abandonnée (pages 2 et 3) : le n° 8.2, barré, qui calculait les termes de torsion par dualité de Poincaré.
  3. 3.Lefschetz (pages 3 et 4) : la cohomologie évanescente est sans torsion.
  4. 4.Parties semi-simples (pages 4 et 5) : le foncteur exact \(V \mapsto V_{\mathrm{ss}}\), et le lemme 8.4.3.
  5. 5.La feuille 8.4.4 (page 1, et la marge de la page 2) : nilpotence de \(F\) sur la torsion au-dessus de la dimension.
  6. 6.Le « théorème » 8.5 (pages 5 à 7) : la suite exacte (8.5.1) et l'inégalité (8.5.6).
  7. 7.Remarques (pages 7 à 10) : injectivité de \(v\), variation avec \(Y\), critère de bijectivité de \(\varphi\), l'exemple de Serre.
  8. 8.Monodromie (page 11) : la question finale.

Il y a donc deux couches, et elles ne disent pas la même chose. Le tapuscrit calcule la torsion par dualité, et en tire des conditions sur \(\mathrm{Tors}^{n-1}\) et \(\mathrm{Tors}^{n+1}\) ; la révision calcule directement, trouve que \(\varphi\) est toujours surjectif, et barre ce qui disait le contraire. La lecture suit la révision, et dit en note ce que le tapuscrit avait.

Conventions, valables pour tout le dossier. \(k\) est un corps parfait de caractéristique \(p > 0\), \(W = W(k)\) l'anneau des vecteurs de Witt, \(\sigma\) son Frobenius. \(X \subset \mathbf{P}^{r}_{k}\) est lisse, projective, connexe, de dimension \(n\) ; \(H^{i}(X)\) désigne sa cohomologie cristalline, un \(W\)-module de type fini, muni d'un Frobenius \(F\) \(\sigma\)-linéaire ; \(\mathrm{Tors}^{i}(X)\) est son sous-module de torsion, \(H^{i}_{\mathrm{lib}}(X) = H^{i}(X)/\mathrm{Tors}^{i}(X)\), et \({}_{p}\mathrm{Tors}^{i}(X) = \{x \in H^{i}(X) : px = 0\} = \mathrm{Tor}^{W}_{1}(H^{i}(X), k)\). \(Y\) est une section lisse de \(X\) par une hypersurface de degré \(d \geq 1\). Pour un \(k\)-vectoriel de dimension finie muni d'un endomorphisme \(p\)-linéaire \(F\), l'indice \(\mathrm{ss}\) désigne la partie semi-simple pour \(F\) ; l'exposant \(\mathrm{ss}\), celle pour l'opérateur transposé \(V\), \(p^{-1}\)-linéaire. Ces deux conventions sont celles de la page 1.

Ce que le dossier annonce et n'établit pas : l'injectivité de \(v\) en général (8.5.7) ; la non-nullité générique de \(E(Y, \mathcal{O}_{Y})_{\mathrm{ss}}\) pour \(d\) grand (8.5.8, renvoyée au n° 7) ; la « conjecture du n° 6 » sur le niveau de la cohomologie évanescente ; la réponse à la question de monodromie de 8.6, et la congruence sur \(\mathrm{card}\, Y(k')\) qui en découlerait. Le théorème de Lefschetz faible, torsion comprise, est admis en cohomologie cristalline d'un bout à l'autre.

2–2

Le cadre : coefficients universels et suite du serpent (page 2)

8.1. La cohomologie cristalline et la cohomologie de De Rham sont liées par l'isomorphisme, dans la catégorie dérivée des \(k\)-modules, \[ (8.1.1) \qquad R\Gamma_{\mathrm{DR}}(X/k) \simeq R\Gamma_{\mathrm{cris}}(X/W) \otimes^{L}_{W} k , \] d'où, pour tout \(i\), une suite exacte fonctorielle en \(X\) : \[ (8.1.2) \qquad 0 \to H^{i}(X) \otimes_{W} k \to H^{i}_{\mathrm{DR}}(X) \to {}_{p}\mathrm{Tors}^{i+1}(X) \to 0 . \] 2 Le Frobenius de \(H^{i}(X)\) induit sur \(H^{i}(X) \otimes_{W} k\) un endomorphisme \(p\)-linéaire, et sur \(H^{i}_{\mathrm{DR}}(X)\) c'est l'endomorphisme \(F_{X}^{*}\) induit par le Frobenius absolu de \(X\) ; (8.1.2) leur est compatible.

La restriction à \(Y\). Pour \(i = n - 1\), la restriction de \(X\) à \(Y\) envoie la suite (8.1.2) de \(X\) dans celle de \(Y\), par un triple \(u = (u_{0} \otimes k, u_{1}, u_{2})\), où \(u_{0} : H^{n-1}(X) \to H^{n-1}(Y)\), \(u_{1} : H^{n-1}_{\mathrm{DR}}(X) \to H^{n-1}_{\mathrm{DR}}(Y)\), et \[ (8.1.4) \qquad u_{2} : {}_{p}\mathrm{Tors}^{n}(X) \to {}_{p}\mathrm{Tors}^{n}(Y) . \] Posons \[ E(Y) = \mathrm{Coker}\bigl(H^{n-1}(X) \xrightarrow{u_{0}} H^{n-1}(Y)\bigr), \qquad E_{\mathrm{DR}}(Y) = \mathrm{Coker}\, u_{1} , \] la cohomologie évanescente, cristalline et de De Rham. Le produit tensoriel étant exact à droite, \(\mathrm{Coker}(u_{0} \otimes k) = E(Y) \otimes_{W} k\), et le lemme du serpent donne la suite exacte \[ (8.1.3) \qquad 0 \to \mathrm{Ker}(u_{0} \otimes k) \to \mathrm{Ker}\, u_{1} \to \mathrm{Ker}\, u_{2} \to E(Y) \otimes_{W} k \to E_{\mathrm{DR}}(Y) \to \mathrm{Coker}\, u_{2} \to 0 . \] 3

2–3

La voie de la dualité, abandonnée (pages 2 et 3)

Le n° 8.2 du tapuscrit, entièrement barré, interprétait les termes extrêmes par dualité de Poincaré. Comme \(\mathrm{Tor}^{W}_{1}(-, k) \simeq \mathrm{Hom}_{W}(k, -)\), et que la dualité entre torsions échange \(\mathrm{Tors}^{i}\) et \(\mathrm{Tors}^{2m+1-i}\) sur une variété de dimension \(m\), le but de \(u_{2}\) est dual de \(\mathrm{Tors}^{n-1}(Y) \otimes k\), sa source de \(\mathrm{Tors}^{n+1}(X) \otimes k\), et \(u_{2}\) est le transposé de l'application de Gysin \[ (8.2.1) \qquad u'_{2} : \mathrm{Tors}^{n-1}(Y) \otimes_{W} k \to \mathrm{Tors}^{n+1}(X) \otimes_{W} k ; \] \(\mathrm{Ker}\, u_{2}\) et \(\mathrm{Coker}\, u_{2}\) sont alors les duaux de \(\mathrm{Coker}\, u'_{2}\) et \(\mathrm{Ker}\, u'_{2}\).4

3–4

Lefschetz : la cohomologie évanescente est sans torsion (pages 3 et 4)

8.3. En cohomologie \(\ell\)-adique (\(\ell \neq p\)), le théorème de Lefschetz faible à coefficients \(\mathbf{Z}/\ell^{\nu}\mathbf{Z}\) dit que \(u_{0}\) est injectif et que son conoyau \(E(Y)\) est sans torsion.5 On admet qu'il en va de même en cohomologie cristalline.6 Il en résulte :

  1. (i)\(u_{0}\) induit un isomorphisme \(\mathrm{Tors}^{n-1}(X) \simeq \mathrm{Tors}^{n-1}(Y)\) (8.3.1), puisque la torsion de \(H^{n-1}(Y)\) s'envoie sur zéro dans \(E(Y)\) ;
  2. (ii)\(E(Y)\) est un \(W\)-module libre, de sorte que \(\mathrm{Tor}^{W}_{1}(E(Y), k) = 0\) et que, \(u_{0}\) étant injectif, \[ (8.3.3) \qquad \mathrm{Ker}(u_{0} \otimes k) = 0 ; \]
  3. (iii)les valeurs propres d'un endomorphisme de \(E(Y)\) — un Frobenius — se réduisent modulo \(p\) en celles de l'endomorphisme induit sur \(E(Y) \otimes k\).

7

4–5

Parties semi-simples, et le lemme 8.4.3 (pages 4 et 5)

8.4. Soit \(V\) un \(k\)-vectoriel de dimension finie muni d'un endomorphisme \(p\)-linéaire \(F\). Comme \(k\) est parfait, les images \(F^{m}(V)\) sont des sous-espaces, et l'on a la décomposition \[ V = V_{\mathrm{ss}} \oplus V_{\mathrm{nil}}, \qquad V_{\mathrm{ss}} = \bigcap_{m} F^{m}(V), \quad V_{\mathrm{nil}} = \bigcup_{m} \mathrm{Ker}\, F^{m} , \] où \(F\) est bijectif sur \(V_{\mathrm{ss}}\) et nilpotent sur \(V_{\mathrm{nil}}\). \(V_{\mathrm{ss}}\) est le plus grand sous-espace stable sur lequel \(F\) est surjectif ; le foncteur \(V \mapsto V_{\mathrm{ss}}\) est exact.8 Le même énoncé vaut, avec \(\bigcap F^{m}(T)\), pour un \(W\)-module de longueur finie \(T\) muni d'un endomorphisme \(\sigma\)-linéaire ; on s'en servira pour la torsion.

Appliqué à (8.1.3), compte tenu de (8.3.3), le foncteur donne la suite exacte \[ (8.4.1) \qquad 0 \to (\mathrm{Ker}\, u_{1})_{\mathrm{ss}} \to (\mathrm{Ker}\, u_{2})_{\mathrm{ss}} \to (E(Y) \otimes_{W} k)_{\mathrm{ss}} \to E_{\mathrm{DR}}(Y)_{\mathrm{ss}} \to (\mathrm{Coker}\, u_{2})_{\mathrm{ss}} \to 0 . \]

8.4.2. Un vectoriel à opérateur \(p\)-linéaire bijectif est la même chose qu'une représentation continue de \(G = \mathrm{Gal}(\overline{k}/k)\) sur un \(\mathbf{F}_{p}\)-vectoriel de dimension finie : à \(V\) on associe \((V \otimes_{k} \overline{k})^{F = 1}\), de même dimension, et l'on retrouve \(V\) par extension des scalaires. En famille, sur une base \(S\), les Modules localement libres à Frobenius bijectif correspondent de même aux systèmes locaux étales de \(\mathbf{F}_{p}\)-vectoriels.9

Lemme 8.4.3. Soit \(X\) un schéma propre sur \(k\). Pour tout \(i\), l'application d'augmentation \(H^{i}_{\mathrm{DR}}(X) \to H^{i}(X, \mathcal{O}_{X})\) induit un isomorphisme sur les parties semi-simples pour le Frobenius.10

Démonstration. L'augmentation provient du quotient \(\Omega^{\bullet}_{X/k} \to \mathcal{O}_{X}\) du complexe de De Rham par son sous-complexe \(\sigma_{\geq 1}\Omega^{\bullet}\). Comme \(F_{X}^{*}(dx) = d(x^{p}) = 0\), le Frobenius est nul sur ce sous-complexe, donc sur sa cohomologie, dont la partie semi-simple est nulle ; l'exactitude du foncteur, appliquée à la suite longue, conclut.11

En combinant le lemme avec (8.1.2), qui reste exacte sur les parties semi-simples, on obtient pour tout \(i\) \[ 0 \to (H^{i}(X) \otimes_{W} k)_{\mathrm{ss}} \to H^{i}(X, \mathcal{O}_{X})_{\mathrm{ss}} \to ({}_{p}\mathrm{Tors}^{i+1}(X))_{\mathrm{ss}} \to 0 . \] C'est la suite que la marge de la page 2 écrit « grâce à 8.4.3 » ; la feuille 8.4.4 en tire ce dont le théorème a besoin.

1–2

La feuille 8.4.4 : nilpotence au-dessus de la dimension (page 1)

8.4.4. (a) Pour \(i > n\), \(F\) est nilpotent sur \(H^{i}(X) \otimes_{W} k\), sur \(\mathrm{Tors}^{i}(X) \otimes_{W} k\) et sur \({}_{p}\mathrm{Tors}^{i}(X)\).

En effet \(H^{i}(X, \mathcal{O}_{X}) = 0\) pour \(i > n\), donc, par la suite précédente, \((H^{i}(X) \otimes k)_{\mathrm{ss}} = 0\). Comme \(H^{i}_{\mathrm{lib}}\) est libre, \(\mathrm{Tors}^{i} \otimes k \subset H^{i} \otimes k\), et \(F\) y est nilpotent. Enfin, si \(F^{m}(T) \subset pT\) pour \(T = \mathrm{Tors}^{i}(X)\), alors, \(F\) étant \(\sigma\)-linéaire, \(F^{jm}(T) \subset p^{j}T\), donc \(F\) est nilpotent sur \(T\), et a fortiori sur \({}_{p}T\).12

Il en résulte, avec la suite précédente pour \(i = n\), que \(H^{n}(X, \mathcal{O}_{X})_{\mathrm{ss}} \simeq (H^{n}(X) \otimes_{W} k)_{\mathrm{ss}}\), d'où \[ (*) \qquad 0 \to (\mathrm{Tors}^{n}(X) \otimes k)_{\mathrm{ss}} \to H^{n}(X, \mathcal{O}_{X})_{\mathrm{ss}} \to (H^{n}_{\mathrm{lib}}(X) \otimes k)_{\mathrm{ss}} \to 0 . \] 13

(b) Dualement, pour l'opérateur \(V\) transposé de \(F\) par la dualité de Poincaré en cohomologie de De Rham — sur \(H^{\bullet}(X, \Omega^{n}_{X})\), c'est l'opérateur de Cartier —, \(V\) est nilpotent sur \(H^{i}(X) \otimes k\) pour \(i < n\), et sur \(\mathrm{Tors}^{i}(X) \otimes k\) et \({}_{p}\mathrm{Tors}^{i}(X)\) pour \(i \leq n\) ; et l'on a la suite transposée de \((*)\) : \[ (**) \qquad 0 \to (H^{n}_{\mathrm{lib}}(X) \otimes k)^{\mathrm{ss}} \to H^{0}(X, \Omega^{n}_{X})^{\mathrm{ss}} \to ({}_{p}\mathrm{Tors}^{n+1}(X))^{\mathrm{ss}} \to 0 . \] 14 Plus généralement, pour tout \(i\), la marge de la page 2 écrit \[ 0 \to (H^{i}(X) \otimes_{W} k)^{\mathrm{ss}} \to H^{i-n}(X, \Omega^{n}_{X})^{\mathrm{ss}} \to ({}_{p}\mathrm{Tors}^{i+1}(X))^{\mathrm{ss}} \to 0 , \] qui est (8.1.2) prise en parties \(V\)-semi-simples, compte tenu de ce que \(H^{i-n}(X, \Omega^{n}_{X})^{\mathrm{ss}} \simeq H^{i}_{\mathrm{DR}}(X)^{\mathrm{ss}}\), transposé du lemme 8.4.3.15

Notation : l'indice \(\mathrm{ss}\) pour la partie semi-simple relativement à \(F\), l'exposant \(\mathrm{ss}\) relativement à \(V\).

Application aux termes de (8.4.1). La variété \(Y\) est de dimension \(n - 1 < n\) ; (a) appliqué à \(Y\) rend \(F\) nilpotent sur \({}_{p}\mathrm{Tors}^{n}(Y)\). Donc \[ (\mathrm{Ker}\, u_{2})_{\mathrm{ss}} = ({}_{p}\mathrm{Tors}^{n}(X))_{\mathrm{ss}}, \qquad (\mathrm{Coker}\, u_{2})_{\mathrm{ss}} = 0 . \] C'est ce qu'écrit la marge de la page 4, « en vertu de 8.4.4 ».16 Et par le lemme 8.4.3, \((\mathrm{Ker}\, u_{1})_{\mathrm{ss}}\) et \(E_{\mathrm{DR}}(Y)_{\mathrm{ss}}\) sont le noyau et le conoyau de \[ (8.5.2) \qquad v : H^{n-1}(X, \mathcal{O}_{X})_{\mathrm{ss}} \to H^{n-1}(Y, \mathcal{O}_{Y})_{\mathrm{ss}} . \]

5–7

Le « théorème » 8.5 (pages 5 à 7)

Posons \(E(Y, \mathcal{O}_{Y}) = \mathrm{Coker}\bigl(H^{n-1}(X, \mathcal{O}_{X}) \to H^{n-1}(Y, \mathcal{O}_{Y})\bigr)\), la cohomologie évanescente cohérente ; par exactitude, \(E(Y, \mathcal{O}_{Y})_{\mathrm{ss}} = \mathrm{Coker}\, v\).

« Théorème » 8.5. Admettons, pour la cohomologie cristalline, la formule des coefficients universels et le théorème de Lefschetz faible torsion comprise. Soit \(X \subset \mathbf{P}^{r}_{k}\) lisse projective connexe de dimension \(n\) sur un corps parfait de caractéristique \(p > 0\), et \(Y\) une section de \(X\) par une hypersurface de degré \(d \geq 1\), lisse de dimension \(n - 1\). On a une suite exacte \[ (8.5.1) \qquad 0 \to \mathrm{Ker}\, v \xrightarrow{w} ({}_{p}\mathrm{Tors}^{n}(X))_{\mathrm{ss}} \to (E(Y) \otimes_{W} k)_{\mathrm{ss}} \xrightarrow{\varphi} E(Y, \mathcal{O}_{Y})_{\mathrm{ss}} \to 0 , \] où \(w\) est la restriction à \(\mathrm{Ker}\, v \subset H^{n-1}_{\mathrm{DR}}(X)_{\mathrm{ss}}\) de la surjection \(H^{n-1}_{\mathrm{DR}}(X)_{\mathrm{ss}} \to ({}_{p}\mathrm{Tors}^{n}(X))_{\mathrm{ss}}\) de (8.1.2).

C'est (8.4.1), réécrite avec les quatre identifications qui précèdent. 17

Interprétation. \(E(Y)\) étant libre, si \(k\) est fini, le rang de \((E(Y) \otimes k)_{\mathrm{ss}}\) est le nombre — avec multiplicités — des valeurs propres du Frobenius relatif à \(k\) opérant sur la cohomologie cristalline évanescente de \(Y\) qui sont des unités \(p\)-adiques ; réduites modulo \(p\), elles sont les valeurs propres du Frobenius linéarisé sur \((E(Y) \otimes k)_{\mathrm{ss}}\), ou, dans le langage de 8.4.2, de l'inverse du Frobenius arithmétique de \(G\) sur le \(\mathbf{F}_{p}\)-vectoriel correspondant.18

Comme \(w\) est injectif, on a \[ (8.5.5) \qquad \dim (E(Y) \otimes_{W} k)_{\mathrm{ss}} = \dim E(Y, \mathcal{O}_{Y})_{\mathrm{ss}} + \bigl(\dim ({}_{p}\mathrm{Tors}^{n}(X))_{\mathrm{ss}} - \dim \mathrm{Ker}\, v\bigr) , \] la parenthèse étant \(\geq 0\), et a fortiori, par la surjectivité de \(\varphi\), \[ (8.5.6) \qquad \dim (E(Y) \otimes_{W} k)_{\mathrm{ss}} \geq \dim E(Y, \mathcal{O}_{Y})_{\mathrm{ss}} : \] le nombre de valeurs propres de Frobenius sur la cohomologie évanescente qui sont des unités \(p\)-adiques est au moins le rang semi-simple de la cohomologie évanescente cohérente, c'est-à-dire le rang stable de la matrice de Hasse-Witt de \(Y\) en dimension critique, prise modulo celle de \(X\).19

7–9

Injectivité de \(v\), et variation avec \(Y\) (pages 7 à 9)

8.5.7. Le texte pense que \(v\) est toujours injectif, ce qui simplifierait (8.5.1) et (8.5.5) ; c'est vrai en tout cas

  1. (i)si \(d\) est assez grand pour que \(H^{n-1}(X, \mathcal{O}_{X}(-d)) = 0\) : la suite \(0 \to \mathcal{O}_{X}(-d) \to \mathcal{O}_{X} \to \mathcal{O}_{Y} \to 0\) rend alors \(H^{n-1}(X, \mathcal{O}_{X}) \to H^{n-1}(Y, \mathcal{O}_{Y})\) injectif, et a fortiori \(v\) ; pour \(n \geq 2\), cette annulation a lieu pour \(d \gg 0\) par dualité de Serre ;
  2. (ii)si \(n = 2\).20

21

8.5.8. Prenons pour \(Y\) une section par une hypersurface de degré \(d\) « assez générale », c'est-à-dire telle que le rang de \(E(Y, \mathcal{O}_{Y})_{\mathrm{ss}}\) soit maximal — condition ouverte, ce rang étant celui d'une puissance itérée de la matrice de Hasse-Witt. Alors, au terme \(- \dim \mathrm{Ker}\, v\) près, nul pour \(d\) grand par 8.5.7, le second membre de (8.5.5) ne dépend pas de \(Y\). Si \(k\) est fini, il y a donc un ouvert \(U_{d}\) de l'espace projectif des hypersurfaces de degré \(d\) sur lequel le nombre de valeurs propres unités de Frobenius sur la cohomologie évanescente de \(Y_{\overline{k}}\) est constant, pour les points de \(U_{d}\) à valeurs dans les extensions finies de \(k\).

Le texte veut montrer que ce nombre est non nul pour \(d\) grand. Cela impliquerait — et serait sans doute équivalent à — que le motif évanescent \(E(Y)\) est de niveau maximal \(n - 1\), pour tous ces \(Y\), ou pour \(Y\) générique. Par (8.5.6), il suffit de savoir que la valeur générique de \(\dim E(Y, \mathcal{O}_{Y})_{\mathrm{ss}}\) est \(> 0\) pour \(d \to \infty\).22

8.5.9. Soit \(k\) à nouveau quelconque, et \(U_{d}\) l'ouvert des hypersurfaces de degré \(d\) dont l'intersection \(Y\) avec \(X\) est lisse de dimension \(n - 1\) et pour lesquelles \(E(Y, \mathcal{O}_{Y})_{\mathrm{ss}}\) est de rang maximal. Les suites (8.5.1), pour \(Y\) parcourant \(U_{d}\), proviennent d'une suite exacte de Modules localement libres sur \(U_{d}\) à Frobenius bijectif, c'est-à-dire (8.4.2) d'une suite exacte de systèmes locaux étales de \(\mathbf{F}_{p}\)-vectoriels sur \(U_{d}\), ou de représentations de \(\pi_{1}(U_{d})\). Le noyau de \(\varphi\), image de \(({}_{p}\mathrm{Tors}^{n}(X))_{\mathrm{ss}}\), est un système local constant, venu du corps de base.23

Si \(k\) est fini, quitte à l'étendre, le Frobenius relatif à \(k\) a toutes ses valeurs propres égales à \(1\) sur ce noyau ;24 la variation des valeurs propres modulo \(p\) du Frobenius sur \(E(Y)\), quand \(Y\) parcourt \(U_{d}\), est alors décrite par la seule représentation de \(G = \pi_{1}(U_{d})\) sur le \(\mathbf{F}_{p}\)-vectoriel des \(E(Y, \mathcal{O}_{Y})_{\mathrm{ss}}\) — c'est-à-dire par les matrices de Hasse-Witt des \(Y\) en dimension critique —, et par la répartition des éléments de Frobenius dans \(G\).

9–10

Quand \(\varphi\) est-il bijectif ? L'exemple de Serre (pages 9 et 10)

8.5.10. Par l'exactitude de (8.5.1), \(\varphi\) est injectif, donc bijectif, si et seulement si \(w\) est surjectif. Si \(\mathrm{Ker}\, v = 0\), cela revient à \(({}_{p}\mathrm{Tors}^{n}(X))_{\mathrm{ss}} = 0\) ; en tout cas, il suffit que \(X\) n'ait pas de \(p\)-torsion cristalline en degré \(n\), ou, ce qui revient au même par dualité, en degré \(n + 1\).25

Lorsque \(X\) se relève, avec sa polarisation, en caractéristique nulle, cette condition devrait pouvoir s'exprimer par la condition analogue sur la torsion de la cohomologie \(p\)-adique de la variété relevée.26

Ce qui est barré, et pourquoi. Le tapuscrit poursuivait : même pour \(n = 2\), \(\varphi\) peut ne pas être surjectif ; puis il donnait (page 10) l'équivalence de trois conditions — \(\varphi\) surjectif (resp. injectif) pour tout \(d\) et tout point de \(U_{d}\) ; la même chose pour un seul \(d\) multiple de \(p\) avec \(\mathrm{Ker}\, v = 0\) ; et \((\mathrm{Tors}^{n-1}(X) \otimes k)_{\mathrm{ss}} = 0\) (resp. \((\mathrm{Tors}^{n+1}(X) \otimes k)_{\mathrm{ss}} = 0\)). Tout cela est barré, et à juste titre : par 8.4.4, \(\varphi\) est toujours surjectif.27

8.5.11. Exemples où \(\varphi\) n'est pas bijectif. Par (8.1.2) et le lemme 8.4.3, pour tout \(i\), \[ \begin{aligned} (8.5.11.1) \qquad \dim_{k} H^{i}(X, \mathcal{O}_{X})_{\mathrm{ss}} &= \dim_{\mathbf{F}_{p}} H^{i}(\overline{X}, \mathbf{Z}/p\mathbf{Z}) \\ &= \dim (H^{i}_{\mathrm{lib}}(X) \otimes k)_{\mathrm{ss}} + \dim (\mathrm{Tors}^{i}(X) \otimes k)_{\mathrm{ss}} \\ &\qquad + \dim ({}_{p}\mathrm{Tors}^{i+1}(X))_{\mathrm{ss}} \\ &\geq \dim (H^{i}_{\mathrm{lib}}(X) \otimes k)_{\mathrm{ss}} , \end{aligned} \] la première égalité par la suite d'Artin-Schreier sur \(\overline{X}\). Pour \(i = n - 1\) et \(\mathrm{Ker}\, v = 0\), l'égalité a lieu si et seulement si \(\varphi\) est bijectif et \((\mathrm{Tors}^{n-1}(X) \otimes k)_{\mathrm{ss}} = 0\).28

L'exemple de Serre. Serre, au symposium de Mexico, donne une variété \(X\) quotient d'une intersection complète par un groupe \(\mathbf{Z}/p\mathbf{Z}\) opérant sans point fixe, pour laquelle \(H^{1}(X) = 0\) en cohomologie cristalline, mais \(H^{1}(\overline{X}, \mathbf{Z}/p\mathbf{Z}) \simeq \mathbf{Z}/p\mathbf{Z} \neq 0\).29 En coupant par des hyperplans, on a le même exemple avec \(\dim X = 2\). Alors, par (8.1.2) pour \(i = 1\), \(H^{1}_{\mathrm{DR}}(X) \simeq {}_{p}\mathrm{Tors}^{2}(X)\), et \[ \dim ({}_{p}\mathrm{Tors}^{2}(X))_{\mathrm{ss}} = \dim_{\mathbf{F}_{p}} H^{1}(\overline{X}, \mathbf{Z}/p\mathbf{Z}) = 1 ; \] comme \(\mathrm{Ker}\, v = 0\) pour \(n = 2\) (8.5.7), \(w = 0\) et \(\mathrm{Ker}\, \varphi \simeq ({}_{p}\mathrm{Tors}^{2}(X))_{\mathrm{ss}} \neq 0\), quels que soient \(d\) et \(Y\) : \(\varphi\) n'est pas injectif.30

Un exemple barré. Le tapuscrit construisait ensuite, avec \(X' = X \times Z\) (\(Z\) lisse projective de dimension \(n - 2\), sans torsion, \((H^{n-4}(Z) \otimes k)_{\mathrm{ss}} \neq 0\), et la formule de Künneth), des exemples où \((\mathrm{Tors}^{n-1}(X') \otimes k)_{\mathrm{ss}} \neq 0\), censés donner \(\varphi\) non surjectif pour tout \(n \geq 4\). Le paragraphe est barré : \(\varphi\) est toujours surjectif. Le calcul de torsion, lui, garde un sens par (8.5.11.1) : il donne des exemples où l'inégalité est stricte pour une autre raison que la non-bijectivité de \(\varphi\).31

11–11

La question de monodromie (page 11)

8.6. La suite exacte de systèmes locaux sur \(U_{d}\) issue de 8.5.9 montre que le système local des \((E(Y) \otimes_{W} k)_{\mathrm{ss}}\) a un sous-système de nature triviale — constant, venu du corps de base — et pour quotient celui des \(E(Y, \mathcal{O}_{Y})_{\mathrm{ss}}\), dont on s'attend qu'il donne une représentation tout à fait non triviale de \(G = \pi_{1}(U_{d})\) sur un \(\mathbf{F}_{p}\)-vectoriel \(V\).32

Questions. Pour \(n \geq 2\), cette représentation est-elle irréductible ? L'image de \(G\) dans \(\mathrm{Aut}(V)\) est-elle même \(\mathrm{GL}(V)\) tout entier ? Dans ce dernier cas, dès que \(\dim V \geq 2\) — ce qui doit avoir lieu pour \(d\) grand, \(\dim V\) tendant vers l'infini avec \(d\) (8.5.8) —, tout élément de \(\mathbf{F}_{p}\) est la trace d'un élément de \(G\) opérant sur \(V\), car l'application trace \(\mathrm{GL}_{m}(\mathbf{F}_{p}) \to \mathbf{F}_{p}\) est surjective pour \(m \geq 2\).33

Conséquence espérée. Si \(k\) est fini, la formule des traces modulo \(p\) (« formule de Woods Hole ») exprime \(\mathrm{card}\, Y(k')\) modulo \(p\) comme somme alternée des traces du Frobenius sur les \(H^{i}(Y, \mathcal{O}_{Y})\), donc sur leurs parties semi-simples ; la seule contribution qui varie avec \(Y\) est la trace sur \(V\). Avec le théorème de densité de Čebotarev, on en déduirait que, pour tout ouvert non vide \(U\) de l'espace des hypersurfaces de degré \(d\) (\(d\) comme ci-dessus), on peut trouver un point \(s\) de \(U\) à valeurs dans une extension finie \(k'\) de \(k\) dont la section \(Y\) a un nombre de points \(\mathrm{card}\, Y(k')\) congru modulo \(p\) à un élément de \(\mathbf{F}_{p}\) donné à l'avance.34

Le texte note qu'au moment d'écrire, et malgré l'aide de Katz, aucun résultat de cette nature ne semblait prouvé, même pour \(X = \mathbf{P}^{2}\), c'est-à-dire pour les courbes planes \(Y\) de grand degré.35

Notes

  1. La datation « à partir de 1958 » est celle de l'inventaire et on la garde. Les mentions de Berthelot (page 2) et de Katz (pages 6 et 11) placent sans doute la rédaction plus tard, dans la seconde moitié des années 1960 ; c'est une inférence de notre part, non une datation. ↩
  2. La page écrit « si on dispose d'une bonne théorie de la cohomologie cristalline », et note que « ceci marche dès maintenant pour \(p \neq 2\), grâce à Berthelot » (un « Sauf erreur » est biffé devant). L'isomorphisme (8.1.1) est démontré depuis pour tout \(p\), \(X\) propre et lisse sur \(k\) parfait (Berthelot, 1974 ; Berthelot et Ogus, Notes on crystalline cohomology, 1978). Le « \(L\) » de (8.1.1) est porté à la main. ↩
  3. La page écrit « \(\mathrm{Ker}\, u_{0}\) » pour le premier terme ; c'est le noyau de \(u_{0} \otimes k\) qui intervient. Le triplet \(u\), la mise entre parenthèses des trois premiers termes et « \(= \mathrm{Coker}\, u_{1}\) » sont de sa main. Le texte dit « section hyperplane », un « de degré assez élevé » biffé ; les hypersurfaces de degré \(d\) s'y ramènent par le plongement de Veronese, comme le dira 8.5. ↩
  4. Ces dualités sont correctes au niveau des modules, sous la dualité de Poincaré cristalline admise. Une note de biais, en regard, dit qu'« il est malcommode d'utiliser ici la dualité de Poincaré » (le mot souligné est d'une lecture incertaine). Ce qui est malcommode, à notre sens, est que la dualité transpose \(F\) : la partie \(F\)-semi-simple d'un dual est duale de la partie semi-simple pour l'opérateur transposé, non pour \(F\). C'est pourquoi la page 1 introduit deux notations, indice et exposant. Les termes de torsion se calculent directement (page 1, et plus bas), et la suite du texte n'a plus besoin de 8.2. ↩
  5. Le tapuscrit invoquait la situation complexe et le livre de Lefschetz ; la main remplace par la cohomologie \(\ell\)-adique et le théorème « faible ». L'énoncé avec torsion est juste : si \(U = X - Y\), affine de dimension \(n\), on a \(H^{i}_{c}(U) = 0\) pour \(i < n\) et \(H^{n}_{c}(U, \mathbf{Z}_{\ell})\) sans torsion (sa torsion est duale de celle de \(H^{n+1}(U)\), nulle par dimension cohomologique), et \(E(Y) \subset H^{n}_{c}(U)\). ↩
  6. C'est l'hypothèse la plus forte du texte. Nous ne connaissons pas avec certitude l'état actuel de ce théorème de Lefschetz entier, torsion comprise, pour la cohomologie cristalline, et ne l'affirmons pas. ↩
  7. Le tapuscrit tire aussi de (8.3.1) que l'application (8.2.1) devient le cup-produit par la classe de polarisation, \(u''_{2} : \mathrm{Tors}^{n-1}(X) \otimes k \to \mathrm{Tors}^{n+1}(X) \otimes k\) (8.3.2), qui ne dépend plus de \(Y\). Avec l'abandon de 8.2, ce cup-produit ne sert plus. Une insertion à la main au-dessus d'« aussi du » biffé ne se lit pas. ↩
  8. C'est la décomposition de Fitting, pour un endomorphisme semi-linéaire ; le nom est nôtre. Le tapuscrit la décrit en prose, et souligne à la main « nilpotent ». ↩
  9. Le premier énoncé repose sur le théorème de Lang (\(F - 1\) est surjectif sur \(V \otimes \overline{k}\)) ; la version en famille est classique, on la trouve par exemple chez Katz (1973) pour les cristaux unités. Le tapuscrit ajoute une autodualité de cette catégorie, valable dans les deux langages. ↩
  10. Le numéro tapé « 8.4.2 » est corrigé à la main. L'énoncé dit « un corps \(k\) de car. \(p > 0\) » ; on garde \(k\) parfait, comme dans tout le texte. Pour \(k\) quelconque, il suffit de remplacer les images \(F^{m}(V)\) par les sous-espaces qu'elles engendrent. ↩
  11. La page passe par la suite spectrale de Hodge \(E_{1}^{a,b} = H^{b}(X, \Omega^{a}_{X/k})\), sur laquelle Frob est nul pour \(a \neq 0\), de sorte que les \((E_{1}^{0,b})_{\mathrm{ss}}\) sont des cycles universels, et s'arrête sur « on gagne … ». L'argument donné ici est le même, sans la suite spectrale. ↩
  12. La page énonce (a) sans démonstration ; l'argument est nôtre. Il donne en particulier \(({}_{p}\mathrm{Tors}^{n+1}(X))_{\mathrm{ss}} = 0\), qui ne découle pas de la seule suite de coefficients universels. « \(\mathrm{Tor}\) » et l'indice \(W\) de la ligne (a) sont d'une lecture incertaine ; on écrit \({}_{p}\mathrm{Tors}^{i}\), qui leur est isomorphe. ↩
  13. Les exposants et l'ordre des termes de \((*)\) sont lus sur une première tentative effacée et ne sont pas assurés ; la forme donnée ici est celle que l'argument établit. La marge de la page 2 note de même « (nul si \(i > n\)) » sous \(H^{i}(X, \mathcal{O}_{X})_{\mathrm{ss}}\) et « (nul si \(i \geq n\)) », de lecture incertaine, au-dessus de \(({}_{p}\mathrm{Tors}^{i+1})_{\mathrm{ss}}\) : les deux sont justes. ↩
  14. La page dit seulement « sans doute \((*)\) et \((**)\) sont transposés l'un de l'autre », suivi d'un mot illisible, et souligne deux fois « \(i \leq n\) ». La transposition est juste, terme à terme : \(H^{0}(\Omega^{n})\) est dual de \(H^{n}(\mathcal{O})\) par Serre, \({}_{p}\mathrm{Tors}^{n+1}\) de \(\mathrm{Tors}^{n} \otimes k\) par la dualité de Poincaré entre torsions, et la dualité échange les deux parties semi-simples. Elle repose sur la dualité de Poincaré cristalline, admise. La marge de la page 2 définit \(V_{X} = \sigma^{-1} F_{X*}\), qui est l'opérateur de type Cartier ; nous prenons la transposition comme définition. ↩
  15. La page porte pour le dernier terme l'exposant \(i - n + 1\), de lecture incertaine ; c'est \(i + 1\) qui est juste, comme le montre \((**)\) pour \(i = n\). L'exposant \(i - n\) du terme médian est juste. ↩
  16. Les deux égalités sont écrites au-dessus du terme et encerclées en marge. À la page 5, le long du lemme, la marge renvoie à « Cor. 8.4.4 ter (utilisé dans 8.1. ?) les résultats de la feuille jointe (marquée 8.4.4) » ; la numérotation « ter » et le renvoi sont incertains. ↩
  17. L'énoncé tapé admet aussi la dualité de Poincaré ; l'argument révisé ne s'en sert pas, la page 1 ayant remplacé le calcul par dualité. « Sans négliger la torsion » remplace à la main « “faible”, y compris pour les groupes de torsion », biffé ; « de degré \(d \geq 1\) » est de sa main. La suite (8.5.1) est entièrement reprise à la main : le second terme tapé est noirci et remplacé par \(({}_{p}\mathrm{Tors}^{n}(X))_{\mathrm{ss}}\) encadré, la fin de la ligne tapée est noircie, et les étiquettes \(w\), \(\varphi\) sont ajoutées. La description explicite de \(w\) est nôtre ; le tapuscrit définissait sous ce nom, en (8.5.3), le cup-produit par la classe de polarisation \(d\xi\) sur la torsion, \((\mathrm{Tors}^{n-1}(X) \otimes k)_{\mathrm{ss}} \to (\mathrm{Tors}^{n+1}(X) \otimes k)_{\mathrm{ss}}\) (étiquette lue \(u_{d\xi}\), incertaine), et ce passage est barré. En marge, au crayon très pâle, « Katz fait observer … sur la », le reste illisible. ↩
  18. Le décompte repose sur la décomposition de Fitting de \(E(Y)\) lui-même, en partie où \(F\) est bijectif et partie où il est topologiquement nilpotent ; c'est là que l'absence de torsion sert. Le texte ajoute que ces valeurs propres sont aussi celles de la cohomologie \(\ell\)-adique évanescente, « sous réserve de l'algébricité » des opérations sur les deux cohomologies : c'est établi depuis (Katz et Messing, 1974, à l'aide des conjectures de Weil démontrées par Deligne). Le « \(E\) » de \(E^{n-1}(Y)\) est frappé sur un « \(H\) ». ↩
  19. Le tapuscrit écrivait, dans (8.5.5) et (8.5.6), des termes correctifs \(- \dim \mathrm{Ker}\, w\) et \(- t^{n-1}(X, p)\) (« nombre de \(p\)-coefficients de torsion »), que la main noircit ou barre : la surjectivité de \(\varphi\), acquise par la page 1, les rend inutiles. Un « \(\mathrm{Coker}\, w\) » biffé est remplacé à la main. ↩
  20. « si \(n = 2\), ou » est ajouté à la main, sans raison donnée. Une justification : pour \(n = 2\), par 8.4.2 et la suite d'Artin-Schreier, \(v\) correspond après extension à \(\overline{k}\) à \(H^{1}(\overline{X}, \mathbf{Z}/p) \to H^{1}(\overline{Y}, \mathbf{Z}/p)\), injectif par le théorème de Lefschetz pour le groupe fondamental (\(Y\) ample et connexe, SGA 2). L'argument est nôtre. ↩
  21. Un second alinéa, qui regroupait dans (8.5.5) les termes \(\dim \mathrm{Coker}\, w - \dim \mathrm{Ker}\, w\) de l'ancien \(w\), est encadré et barré. ↩
  22. Le « niveau » est celui de Grothendieck (1969) : l'écart maximal \(p - q\) des nombres de Hodge. Qu'une valeur propre unité force le niveau maximal est une forme de la minoration « Newton au-dessus de Hodge » (Mazur, puis Ogus, sous des hypothèses de non-torsion). La réciproque n'est pas vraie \(Y\) par \(Y\) ; pour \(Y\) générique, c'est une question d'ordinarité, établie pour les intersections complètes générales dans l'espace projectif (Illusie, 1990) — ce qui règle le cas \(X = \mathbf{P}^{n}\). Pour \(X\) quelconque, nous ne savons pas, et ne l'affirmons pas. Deux lignes et demie à la main, sous la ligne tapée, sont biffées : « on sait seulement (cf. n° 7) que \(\dim E(Y, \mathcal{O}_{Y})_{\mathrm{ss}} \to\) [illisible] pour \(d\) grand », et que \(\varphi \neq 0\) dès qu'une condition sur \(({}_{p}\mathrm{Tors}^{n+1}(X) \otimes k)_{\mathrm{ss}}\) est remplie ; la marge renvoie : « or cela est établi au n° 7 ». Le n° 7 n'est pas dans le dossier. Par 8.4.4 (a), cette partie semi-simple est d'ailleurs toujours nulle. ↩
  23. La main biffe « et le conoyau sont des » : \(\varphi\) est surjectif. « Même pas nécessairement parfait » est au tapuscrit ; les parties semi-simples se prennent alors comme en note au lemme 8.4.3. ↩
  24. La page dit qu'il suffit qu'il en soit ainsi sur « \(H^{n}(X, \mathcal{O}_{X})_{\mathrm{ss}}\) », l'exposant étant repris sur un chiffre noirci et d'une lecture incertaine. Ce qui sert est \(({}_{p}\mathrm{Tors}^{n}(X))_{\mathrm{ss}}\), quotient de \(H^{n-1}(X, \mathcal{O}_{X})_{\mathrm{ss}}\) ; c'est l'un ou l'autre qu'il faut lire. « et sur les deux membres de (8.5.3) » est biffé. ↩
  25. La main biffe partout les « resp. » qui faisaient aussi un énoncé de surjectivité, et insère « donc bijectif » et « et, [illisible] si \(({}_{p}\mathrm{Tors}^{n}(X))_{\mathrm{ss}} = 0\) ». La page place la réserve « \(\mathrm{Ker}\, v = 0\) » sur le « seulement si » de l'équivalence avec la surjectivité de \(w\) ; cette équivalence-là est inconditionnelle, et la réserve porte sur le critère par la torsion. L'exposant de la dernière parenthèse, \(n + 1\), est repris sur un chiffre noirci. ↩
  26. On sait aujourd'hui que les torsions cristalline et étale \(p\)-adique se comparent exactement pour les degrés petits devant \(p\) (Fontaine et Messing ; Caruso), et qu'en général seule une inégalité subsiste, la torsion étale étant majorée par la torsion cristalline (Bhatt, Morrow et Scholze, 2018). La suite, qui réécrivait l'ancien (8.5.3) en termes de cette variété, est barrée de zigzags. ↩
  27. La rature court de « on réécrit » au bas de la page 9 jusqu'à la condition c) de la page 10 ; qu'elle comprenne c) n'est pas sûr. À notre sens, la condition de surjectivité de c) venait du calcul par dualité, et son terme \(\mathrm{Tors}^{n+1}\) y est toujours nul pour \(F\) ; la condition d'injectivité, elle, devient juste si l'on y lit la partie semi-simple pour le transposé \(V\), puisque \(({}_{p}\mathrm{Tors}^{n}(X))_{\mathrm{ss}}\) est duale de \((\mathrm{Tors}^{n+1}(X) \otimes k)^{\mathrm{ss}}\). C'est exactement la distinction que la page 1 introduit. ↩
  28. La page écrit l'inégalité sans la ligne médiane et dit que « \(\varphi\) bijectif signifie que l'inégalité précédente est une égalité ». C'est vrai si l'on ne retranche pas la torsion au second membre (avec \((H^{n-1}(X) \otimes k)_{\mathrm{ss}}\)) ; avec \(H^{n-1}/\mathrm{Tors}^{n-1}\), comme écrit, l'égalité demande en outre l'annulation de \((\mathrm{Tors}^{n-1} \otimes k)_{\mathrm{ss}}\). La remarque « cela marche en toute dimension \(i\) » est juste. Le début de l'alinéa, « Il serait intéressant de donner des exemples où ces conditions ne sont pas satisfaites … », est biffé et remplacé par « \(\varphi\) n'est pas bijectif ». ↩
  29. La formule est coupée par le bord du feuillet après « \(\neq \mathbf{Z}/\) », que la main complète en « \(p\mathbf{Z}\) ». Ce qu'a l'exemple : l'intersection complète étant simplement connexe, le quotient a pour groupe fondamental \(\mathbf{Z}/p\), d'où \(H^{1}(\overline{X}, \mathbf{Z}/p) \simeq \mathbf{Z}/p\) ; et \(b_{1} = 0\), d'où \(H^{1}(X) = 0\) (\(H^{1}\) cristallin étant toujours sans torsion). L'article est J.-P. Serre, « Sur la topologie des variétés algébriques en caractéristique \(p\) », Mexico, 1958. ↩
  30. L'indice \(p\), l'exposant \(2\) repris sur un autre chiffre et « \(\mathrm{Ker}\, \varphi\) » sont de sa main ; au-dessus, il écrit « \(H^{1}(Y, \mathcal{O}_{Y})_{\mathrm{ss}}\) » avec un signe d'égalité vertical dont le terme d'attache n'est pas assuré, et que nous ne reprenons pas. ↩
  31. Le « \(4\) » est repris à la main sur un « \(3\) ». La dernière phrase est notre lecture de ce qui reste valable dans l'exemple. ↩
  32. La main corrige le tapuscrit, qui parlait d'un sous-système et d'un quotient triviaux et d'un composant commun « \(\mathrm{Coim}\, \varphi = \mathrm{Im}\, \varphi\) » : avec \(\varphi\) surjectif, il n'y a plus de quotient trivial. Le texte note que l'on peut tout lire au point générique \(s\) de l'espace des hypersurfaces, avec \(\mathrm{Gal}(\overline{k(s)}/k(s))\) pour groupe, « mais on perd alors les frobenius ». ↩
  33. Les insertions qui transforment la question en « irréductible, ou même » sont au crayon, « irréductible » souligné ; « Si oui » est biffé. La justification par la trace est nôtre. Une longue note au crayon en interligne commence par « (Ce n'est pas [illisible] lorsque \(X = \mathbf{P}^{r-1}_{k}\), cas qu'on peut traiter trivialement.) Lorsque la condition [illisible] » ; une reprise en dessous ne se lit pas. ↩
  34. La formule est démontrée depuis pour \(X\) propre sur un corps fini (SGA 4\(\frac{1}{2}\), « Fonctions \(L\) modulo \(\ell^{n}\) et modulo \(p\) » ; Katz, SGA 7, exposé XXII). Que seule la trace sur \(V\) varie, pour \(d\) grand, est notre explicitation. La déduction, telle que la page l'esquisse, est heuristique : il faut aussi contrôler la monodromie arithmétique, et non seulement géométrique. ↩
  35. Au-dessus de \(X = \mathbf{P}^{2}\), il écrit ce qui semble être « \(2 = r\) ». Des résultats de grande monodromie modulo \(p\) ont été obtenus depuis pour l'espace des modules des courbes (Ekedahl ; Achter et Pries) ; nous ne savons pas s'ils couvrent les familles de sections hypersurfaces d'une \(X\) donnée, et ne l'affirmons pas. Les deux dernières lignes et demie, qui disaient qu'un tel résultat impliquerait la « conjecture du n° 6 sur le niveau de la cohomologie évanescente » (cf. 8.5.8), sont encadrées et barrées. Le n° 6 n'est pas dans le dossier. ↩