Cote n° 39 · pages 1–19 · Lecture modernisée · Fonctions et structures « élémentaires » [Schémas formels, théorème de préparation] : notes manuscrites (s.d.) — lecture modernisée du dossier entier
Datation de l’inventaire : [vers 1960-1970]
Édition de démonstration — interprétation personnelle de l'œuvre

Résumé

Qu'est-ce qu'une classe « raisonnable » de fonctions ? Les polynômes, les fractions rationnelles, les fonctions algébriques, les fonctions qu'on obtient en résolvant des équations différentielles : chacune de ces familles est plus riche que la précédente, et chacune est stable par un certain nombre d'opérations — additionner, multiplier, composer, inverser une application, parfois intégrer. Ces dix-neuf pages cherchent à dire, une fois pour toutes, quelles opérations une telle famille doit supporter pour qu'on puisse faire de la géométrie avec elle.

Le cadre est celui des séries formelles : une « fonction » de \(n\) variables est une série entière \(f(t_1, \ldots, t_n)\) dont on ne demande pas qu'elle converge. Toutes les séries formelles forment un monde trop grand et sans contenu propre ; une classe de fonctions sera un choix, pour chaque \(n\), d'un sous-anneau \(A_n\) de séries. Grothendieck dresse la liste des exigences : contenir les coordonnées, être stable par substitution, puis par inversion des changements de variables — et découvre qu'une telle liste, si on la prend au sérieux, force la famille à ressembler aux fonctions algébriques. Il en tire la conséquence qui compte : on peut alors définir des « variétés » dont les changements de cartes sont dans la classe, comme on définit les variétés analytiques en exigeant des changements de cartes analytiques plutôt que seulement différentiables. Il pousse ensuite la liste jusqu'aux sous-variétés, aux quotients, au calcul différentiel, et — en caractéristique nulle — aux exponentielles de champs de vecteurs, aux groupes de Lie formels et aux feuilletages.

Le dossier contient deux rédactions de ce programme, la première sur un corps (pages 2 à 7), la seconde sur un anneau quelconque (pages 9 à 16), plus ordonnée et plus prudente : on y voit Grothendieck s'objecter en marge à un pas de sa propre démonstration, et réorganiser ses axiomes pour que chacun ne serve qu'une fois. Les deux dernières pages démontrent le théorème de préparation de Weierstrass sous forme formelle : toute série se divise par une série dont les coefficients d'indice \(< N\) sont « petits » et celui d'indice \(N\) inversible, avec un reste polynomial de degré \(< N\). Les feuillets ne disent pas pourquoi ce théorème est là ; mais c'est exactement l'outil qui, dans la théorie qu'on a développée depuis, sert d'axiome central à ces classes de fonctions.

Car la question a eu une postérité. Les familles de séries stables par substitution, par inversion et par division de Weierstrass sont aujourd'hui appelées systèmes de Weierstrass ; elles servent en théorie des modèles et en géométrie modérée, et les séries formelles algébriques, qui sont la plus petite famille qu'impose la liste de ces pages, sont l'objet du théorème d'approximation d'Artin. L'autre fil — des changements de cartes pris dans une classe donnée — est celui des structures définies par un pseudogroupe.

Keywords — Weierstrass system, Weierstrass division theorem, henselian pair, algebraic power series, pseudogroup structure, formal Frobenius theorem, Baker–Campbell–Hausdorff formula, Hasse derivative

2–19

Le fil du dossier, et les conventions

Le dossier ne porte aucun titre de sa main avant la page 18 ; les pages 1, 8 et 17 sont des feuillets intercalaires vierges, qui séparent trois ensembles.

La seconde rédaction n'est pas une copie de la première : elle change de base, et surtout elle remet les axiomes en ordre. On les garde distincts ci-dessous, et l'on désigne les conditions par des noms plutôt que par les lettres de la page, qui se chevauchent1 . La correspondance est la suivante.

Conventions. \(k\) est l'anneau de base ; \(S_n = k[[t_1, \ldots, t_n]]\), \(\mathfrak{m}_n = (t_1, \ldots, t_n)\), \(\varepsilon : S_n \to k\) l'augmentation \(f \mapsto f(0)\), et \(X_n = \mathrm{Spf}\, S_n\), le germe formel de l'espace affine de dimension \(n\) à l'origine. Une classe est une famille \(A = (A_n)_{n \geq 0}\) de parties \(A_n \subset S_n\)2 . Un morphisme de \(k\)-schémas formels \(X_m \to X_n\) est un homomorphisme continu \(S_n \to S_m\), c'est-à-dire un \(n\)-uplet \((f_1, \ldots, f_n)\) d'éléments de \(S_m\) dont les valeurs \(f_i(0)\) sont nilpotentes dans \(k\) ; sur un corps, nulles3 . C'est un \(A\)-morphisme si les \(f_i\) sont dans \(A_m\).

Le point de vue. Les objets \(X_n\) et les \(A\)-morphismes forment, sous les conditions ci-dessous, une catégorie à produits finis (\(X_m \times X_n = X_{m+n}\)) dont les automorphismes sont les « changements de coordonnées admissibles » : ce que Grothendieck appelle un \(A\)-schéma formel est un germe formel lisse muni d'une classe de systèmes de coordonnées définis à un tel changement près — une structure de pseudogroupe, au sens d'Ehresmann, dans le cadre formel4 .

Ce que le dossier annonce sans l'établir. Que la condition d'hensélianité entraîne celle d'inversion (page 3) ; que \(S_n\) soit fidèlement plat sur \(A_n\) (page 12) ; que la loi de Hausdorff soit une \(A\)-loi (page 5) ; la correspondance entre quotients formels et relations d'équivalence formelles (page 15). Et surtout le lien entre le théorème de préparation des pages 18 et 19 et les classes \(A\) : les feuillets ne le font pas.

2–3

Première rédaction : les conditions algébriques sur un corps (pages 2 et 3)

Soit \(k\) un corps. Les anneaux \(S_n\) sont reliés entre eux par les substitutions de variables : toute application \(\sigma : \{1, \ldots, n\} \to \{1, \ldots, m\}\) définit \(S_n \to S_m\), \(t_i \mapsto t_{\sigma(i)}\). Les \(S_n\) forment ainsi un foncteur de la catégorie des ensembles finis (toutes applications, ensemble vide compris) vers les anneaux5 . On se donne \(A_n \subset S_n\), et l'on demande :

L'équivalence dans \((\mathrm{L})\) est immédiate : si tout élément de \(A_n\) hors de \(\mathfrak{m}_n\) est inversible dans \(A_n\), alors \(A_n \cap \mathfrak{m}_n\) est un idéal dont le complémentaire est formé d'unités, donc l'unique idéal maximal ; réciproquement, si \(A_n\) est local et l'inclusion locale, un élément hors de \(\mathfrak{m}_n\) n'est pas dans l'idéal maximal de \(A_n\).

Les plus petits modèles. Notons \(\Lambda\) l'image de \(\mathbf{Z}\) dans \(k\) (\(\mathbf{Z}\) ou \(\mathbf{F}_p\)) et \(P\) le sous-corps premier de \(k\) (\(\mathbf{Q}\) ou \(\mathbf{F}_p\)).

La composition. La condition suivante porte sur les morphismes :

Moyennant \((\mathrm{S})\), on a \(\mathrm{Hom}_A(X_m, X_n) \simeq \mathrm{Hom}(A_n, A_m)\), les homomorphismes locaux de \(A_0\)-algèbres8 . Les deux familles \(P[t]\) et \(P[t]_{\mathfrak{p}}\) la vérifient : substituer des polynômes, ou des fractions régulières nulles à l'origine, dans une fraction régulière à l'origine en donne une.

Grothendieck observe alors qu'une partie des axiomes peut être remplacée par une condition sur trois morphismes seulement9 . Si les coordonnées sont dans \(A\) et que \(A\) est stable par substitution au sens fort — \(\varphi \in A_n\) et \(f_1, \ldots, f_n \in A_m\) nuls à l'origine entraînent \(\varphi(f_1, \ldots, f_n) \in A_m\) —, la stabilité est automatique (les substitutions de variables sont des substitutions par des coordonnées), et \((\mathrm{R})\) équivaut à \[ 1 \in A_0, \qquad t_1 - t_2 \in A_2, \qquad t_1 t_2 \in A_2, \] c'est-à-dire : la différence et le produit \(X_1 \times X_1 \to X_1\) sont des \(A\)-morphismes. Autrement dit, \(X_1\) est un objet anneau de la catégorie des \(A\)-morphismes.

3–3

Inversion et hensélianité (page 3)

La condition qui donne son contenu à la théorie est la suivante.

C'est l'analogue, pour les morphismes, de la condition \((\mathrm{L})\) pour les fonctions : \((\mathrm{L})\) inverse une fonction, \((\mathrm{H})\) inverse un changement de coordonnées. Elle entraîne :

Plus précisément, \((\mathrm{H})\) en dimension \(n\) entraîne que \(A_{n-1}\) est hensélien, par l'argument que la seconde rédaction détaille (page 12, corollaire 3) : une équation \(F(t, Z) = 0\) à racine simple se résout en inversant le changement de coordonnées \((t, z) \mapsto (t, F(t, z))\). La réciproque — \((\mathrm{H}')\) entraîne-t-il \((\mathrm{H})\) ? — est posée en marge et n'est pas tranchée par les feuillets10 . Un passage barré esquissait une description de \(u^{-1}\) par une clôture hensélienne.

Le plus petit modèle hensélien. La plus petite famille satisfaisant stabilité, \((\mathrm{R})\), \((\mathrm{L})\), \((\mathrm{I})\) et \((\mathrm{H}')\) est \[ A_n = P\{t_1, \ldots, t_n\}, \] l'hensélisé de \(P[t_1, \ldots, t_n]_{\mathfrak{p}_n}\), et elle satisfait \((\mathrm{S})\) et \((\mathrm{H})\). L'hensélisé se plonge dans \(S_n\) : c'est l'anneau des séries formelles à coefficients dans \(P\) qui sont algébriques sur \(P[t_1, \ldots, t_n]\), et la minimalité découle de sa propriété universelle (un homomorphisme local vers un anneau hensélien se prolonge de façon unique à l'hensélisé)11 .

Moyennant ces conditions, conclut la page, on peut définir la catégorie des \(A\)-schémas formels, les Modules sur eux, et le calcul différentiel (opérateurs différentiels, parties principales)12 .

4–5

En caractéristique nulle : exponentielles et groupes formels (pages 4 et 5)

On suppose désormais \(k\) de caractéristique nulle. Un champ de vecteurs formel \(\xi\) sur un schéma formel lisse \(X\) a alors une exponentielle, \[ X_1 \times X \longrightarrow X, \qquad (t, x) \longmapsto \exp(t\xi) \cdot x = \sum_{r \geq 0} \frac{t^r}{r!}\, \xi^r(x), \] où \(t\) est le « temps », une variable formelle. On demande :

Il suffit de le demander pour \(X = X_n\). La seconde forme, remarque la page, fait du temps une variable explicite ; c'est elle qui sert.

Groupes de Lie formels. Soit \(k_0 = A_0\) ; par \((\mathrm{L})\), c'est un sous-corps de \(k\). Pour une algèbre de Lie \(\mathfrak{g}_0\) de dimension finie sur \(k_0\), la formule de Baker–Campbell–Hausdorff définit une loi de groupe formel sur le complété à l'origine \(\widehat{W}(\mathfrak{g}_0)\) de l'espace vectoriel \(\mathfrak{g}_0 \otimes_{k_0} k\) — un \(A\)-schéma formel, une base de \(\mathfrak{g}_0\) fournissant des coordonnées. On obtient un foncteur \[ \mathcal{L}(k_0) \longrightarrow \{\text{groupes formels sur } k_0\} \longrightarrow \{\text{groupes formels sur } k\}, \] la seconde flèche étant l'extension des scalaires. Grothendieck annonce que ce foncteur se factorise par les \(A\)-groupes formels : la loi de Hausdorff est une \(A\)-loi, et un homomorphisme \(\mathfrak{g}_0 \to \mathfrak{h}_0\) donne un \(A\)-homomorphisme. Par le théorème d'Ado, il ramène l'énoncé au cas d'une sous-algèbre \(\mathfrak{g}_0 \subset \mathfrak{gl}(n, k_0)\) : il suffirait de savoir que le sous-groupe formel de \(\mathrm{GL}_n\) qu'elle définit est un sous-\(A\)-schéma formel.

La page s'arrête là, sur des points de suspension, et le cas linéaire n'est pas fait13 . Nous le laissons pour ce qu'il est : un énoncé annoncé.

6–7

Primitives, fonctions usuelles, feuilletages (pages 6 et 7)

Corollaire. \(A_1\) est stable par primitivation nulle à l'origine, et contient \(\log(1 + t)\), \(\exp t\), \(\cos t\), \(\sin t\), \(\tan t\).

La primitive \(\int_0^t f\) d'un \(f \in A_1\) est la solution, pour \(x_0 = 0\), de l'équation \(dx/dt = f(t)\) sur \(X_1\), dont le second membre est dans \(A_2\) ; elle est dans \(A_1\) par \((\mathrm{E})\). Ensuite14 :

Feuilletages. Soit \(X\) un schéma formel lisse de dimension \(n = p + q\). Un feuilletage de dimension \(p\) de \(X\) est la donnée d'un quotient formel lisse \(X \to B\), submersif, avec \(\dim B = q\). Il lui correspond le sous-module \(\mathfrak{P} \subset \Theta(X)\) des champs de vecteurs tangents aux fibres, qui est un sous-fibré de rang \(p\) involutif, et en caractéristique nulle, par le théorème de Frobenius formel, tout sous-fibré involutif s'obtient ainsi15 .

Si \(X\) est un \(A\)-schéma formel, un feuilletage est un \(A\)-feuilletage s'il existe sur \(B\) une \(A\)-structure faisant de \(X \to B\) un \(A\)-morphisme ; elle est alors unique, par \((\mathrm{H})\). Le sous-fibré \(\mathfrak{P}\) d'un \(A\)-feuilletage est engendré par des \(A\)-champs. On demande la réciproque :

Il en résulte que la feuille passant par \(0\) est un sous-\(A\)-schéma formel. \((\mathrm{F})\) entraîne \((\mathrm{E})\), et pour \(p = 1\) lui est équivalente16 .

La page 7 reprend la fin de la page 6 et a été barrée tout entière. Elle y formule l'équivalence de deux conditions pour une rétraction \(\pi\) comme ci-dessus : \(\pi\) est un \(A\)-morphisme ; il existe un \(A\)-isomorphisme \(X \simeq B \times Y\) qui transforme le feuilletage en celui de la première projection. Une parenthèse, encadrée et biffée, construisait d'abord un isomorphisme formel \(X \simeq Y \times Z\) à partir de deux transversales.

9–10

Seconde rédaction : les conditions élémentaires sur un anneau (pages 9 et 10)

La seconde rédaction reprend tout sur un anneau commutatif \(k\) quelconque. Les \(X_n\) forment un schéma formel simplicial augmenté, les \(S_n\) un anneau topologique cosimplicial coaugmenté, et l'on pose les trois conditions élémentaires :

La page donne \((\mathrm{S})\) sous la forme « le composé de deux \(A\)-morphismes est un \(A\)-morphisme », qu'elle déclare équivalente à la forme ci-dessus. Les deux ne coïncident que si les constantes suivent : la clôture par composition ne porte que sur des fonctions nulles à l'origine, et pour l'étendre à un \(\varphi\) quelconque il faut que \(\varphi(0)\) soit dans \(A_m\), ce qui est vrai dès que \(\mathrm{Im}(A_0 \to S_m) \subset A_m\)17 . Nous prenons \((\mathrm{S})\) sous la forme forte.

Ces trois conditions font de \(A\) un sous-anneau cosimplicial de \(S\), stable par toutes les substitutions de variables. La plus petite classe est \[ A_n = \mathrm{Im}\bigl(\mathbf{Z}[t_1, \ldots, t_n] \to k[[t_1, \ldots, t_n]]\bigr) = \Lambda[t_1, \ldots, t_n], \] où \(\Lambda\) est l'image de \(\mathbf{Z}\) dans \(k\), isomorphe à \(\mathbf{Z}\) ou à \(\mathbf{Z}/c\mathbf{Z}\), \(c\) la caractéristique de \(k\).

La catégorie des \(A\)-schémas formels. Les \(X_n\) et les \(A\)-morphismes forment une catégorie \(\mathrm{Sfl}_A\), avec produits finis \(X_n \simeq X_1^n\). La page y annonce aussi des produits fibrés dans le cas transversal18 .

Soit \(k_0 = A_0\). On a un foncteur \(\mathbb{V}_A\) de la catégorie des \(k_0\)-modules libres de type fini vers les \(A\)-schémas formels, \(M_0 \mapsto \mathrm{Spf}\, \widehat{\mathrm{Sym}}_k(M_0 \otimes_{k_0} k)\), qui est contravariant19 , fidèle, et qui transforme les objets en groupe en \(A\)-groupes formels20 . Plus généralement, le complété à l'origine d'un \(k_0\)-schéma lisse pointé porte une \(A\)-structure, et ce foncteur commute aux produits finis, donc envoie groupes sur groupes21 .

La marge de la page 10 note l'anneau \(\mathcal{O}_A(X) \subset \mathcal{O}(X)\) des \(A\)-fonctions sur \(X\), et l'identifie à \(\mathrm{Hom}_A(X, X_1)\) au sein de \(\mathrm{Hom}(X, X_1)\). Il faut distinguer : \(\mathrm{Hom}(X, X_1)\) n'est que l'idéal des fonctions nilpotentes à l'origine, et c'est \(\mathrm{Hom}_A(X, X_1) = \mathcal{O}_A(X) \cap \mathrm{Hom}(X, X_1)\) qui est vrai ; \(\mathcal{O}_A(X)\) lui-même est l'anneau qui vaut \(A_n\) en coordonnées. La même marge mentionne les Modules \(A\)-formels et les fibrés vectoriels \(A\)-formels, et affirme que le foncteur « anneau des \(A\)-fonctions » commute aux limites projectives, sans préciser lesquelles.

11–12

La condition hensélienne et ses corollaires (pages 11 et 12)

Sur un anneau, un endomorphisme \((f_1, \ldots, f_n)\) de \(X_n\) dont les \(f_i(0)\) sont nilpotents et dont le jacobien à l'origine est inversible est bien un automorphisme : on écrit \(f = c + h\) avec \(c = f(0)\) nilpotent et \(h(0) = 0\) ; \(h\) est inversible par le théorème d'inversion formel, et \(h^{-1}(x - c)\) converge.

Corollaire 1. Si \(f \in A_n\) et si \(f(0)\) est inversible dans \(k\), alors \(f^{-1} \in A_n\). En particulier \(A_n \cap \mathfrak{m}_n\) est contenu dans le radical de Jacobson de \(A_n\) (prendre \(f = 1 + ag\), \(g \in A_n \cap \mathfrak{m}_n\)).

La démonstration de la page considère l'automorphisme \(u(x, s) = (x, f(x)\, s)\) de \(X_{n+1}\), de jacobien \(f(0)\) à l'origine, d'inverse \((x, s) \mapsto (x, f(x)^{-1} s)\). Par \((\mathrm{H})\), \(g = f^{-1}\, t_{n+1} \in A_{n+1}\). La page substitue alors \(t_{n+1} = 1\) pour conclure — et objecte elle-même, en marge, que \(1\) n'est pas nilpotent, de sorte que \((\mathrm{S})\) n'autorise pas cette substitution ; elle propose d'exiger une propriété de divisibilité, \(t_{n+1} f \in A_{n+1} \Rightarrow f \in A_n\)22 . La condition sur les coefficients \((\mathrm{D})\) de la page 14 suffit : \(f^{-1}\) est le coefficient de \(t_{n+1}\) dans \(g\), donc est dans \(A_n\). C'est sous cette hypothèse supplémentaire que nous tenons le corollaire pour démontré.

La page passe ensuite, par des équivalences, aux formes « \(f(0) = 1\) » et « \(A_n \cap \mathfrak{m}_n \subset \mathrm{rad}\, A_n\) ». Revenir de là à la première forme suppose \(f(0)^{-1} \in A_0\) ; c'est vrai, mais c'est le cas \(n = 0\) de la première forme, donc de l'argument ci-dessus, et non une conséquence des seules formes affaiblies.

Corollaire 2. Soit \(P(Z) = Z^N + f_1 Z^{N-1} + \cdots + f_N \in A_n[Z]\) unitaire, et \(\zeta \in k_0\) une racine du polynôme réduit \(P^\varepsilon(Z) = Z^N + a_1 Z^{N-1} + \cdots + a_N\), \(a_i = f_i(0) \in k_0\), telle que \((P^\varepsilon)'(\zeta)\) soit inversible dans \(k\). L'unique \(F \in S_n\) tel que \(P(F) = 0\) et \(F(0) = \zeta\) est dans \(A_n\). En d'autres termes, le couple \((A_n, A_n \cap \mathfrak{m}_n)\), déjà zariskien par le corollaire 1, est hensélien23 .

Corollaire 3. Soit \(P \in A_{n+1}\), vu comme série en \((t_1, \ldots, t_n, Z)\), avec \(P(0) = 0\) et \(\frac{\partial P}{\partial Z}(0)\) inversible dans \(k\). L'unique \(F \in S_n\) tel que \(P(t, F(t)) = 0\) et \(F(0) = 0\) est dans \(A_n\).

En effet, \(u(x, z) = (x, P(x, z))\) est un \(A\)-morphisme de \(X_{n+1}\) compatible aux projections sur \(X_n\) et un isomorphisme formel ; par \((\mathrm{H})\) son inverse est de la forme \((x, z) \mapsto (x, \varphi(x, z))\) avec \(\varphi \in A_{n+1}\), et \(F = \varphi(t, 0) \in A_n\). Le corollaire 3 contient le corollaire 2 (translater \(Z\) de \(\zeta\)) : c'est le théorème des fonctions implicites dans la classe.

La marge de la page 12 pose une question que les feuillets laissent ouverte : les conditions \((\mathrm{I})\), \((\mathrm{S})\), \((\mathrm{R})\), \((\mathrm{H})\) entraînent-elles que \(S_n\) soit fidèlement plat sur \(A_n\)24 ?

13–13

Sous-schémas formels (page 13)

Soit \(X\) un \(A\)-schéma formel et \(Y \subset X\) un sous-schéma formel lisse. On dit que \(Y\) est un sous-\(A\)-schéma formel s'il existe sur \(Y\) une \(A\)-structure pour laquelle l'inclusion est un \(A\)-morphisme. Une telle structure est unique. On trouve en effet un \(A\)-morphisme \(X \to Y'\) vers un \(A\)-schéma formel \(Y'\) dont la restriction \(Y \to Y'\) est un isomorphisme formel25 ; alors \(Y\) est un sous-\(A\)-schéma formel si et seulement si le composé \(Y' \xrightarrow{\sim} Y \hookrightarrow X\) est un \(A\)-morphisme, et la structure de \(Y\) est celle transportée de \(Y'\) — par \((\mathrm{H})\)26 .

Exemples. La diagonale de \(X \times X\) ; plus généralement celle de \(X \times_Y X\) si \(X \to Y\) est un \(A\)-morphisme submersif. Et, en marge : un morphisme formel \(X \to Y\) entre \(A\)-schémas formels est un \(A\)-morphisme si et seulement si son graphe est un sous-\(A\)-schéma formel de \(X \times Y\) (la projection du graphe sur \(X\) est un \(A\)-isomorphisme, par \((\mathrm{H})\)).

Schémas au-dessus de l'anneau des \(A\)-fonctions. Soit \(\mathcal{X}\) un schéma sur \(\mathrm{Spec}\, \mathcal{O}_A(X)\), muni d'une section \(s_0\), et lisse aux points de cette section. Le complété formel \(\widehat{\mathcal{X}}\) de \(\mathcal{X} \otimes_{\mathcal{O}_A(X)} \mathcal{O}(X)\) le long de la section déduite \(s\) porte une \(A\)-structure pour laquelle \(X \to \widehat{\mathcal{X}} \to X\) sont des \(A\)-morphismes ; \(\widehat{\mathcal{X}}\) dépend fonctoriellement du triple \((X, \mathcal{X}, s_0)\), et sa formation commute aux images inverses par \(X' \to X\)27 .

14–14

La condition sur les coefficients et le calcul différentiel (page 14)

Les \(D_p\) sont les dérivations de Hasse, qui ont un sens sur tout anneau. L'équivalence est la formule de Taylor : \(f(x + y) = \sum_p (D_p f)(x)\, y^p\), où \(f(x+y) \in A_{2n}\) par \((\mathrm{S})\) ; dans l'autre sens, \(f_p(x) = (D^{(y)}_p f)(x, 0)\).

La page marque la lettre de cette condition « d) », qui est déjà celle de la condition hensélienne ; elle est vraisemblablement celle qu'invoquent les pages 13 et 15 sous la lettre e).

Conséquences. Pour un \(A\)-schéma formel \(X\), les algèbres de parties principales \(\mathcal{P}^r_{X/k} = \mathcal{O}(X \times X)/\mathcal{I}_\Delta^{r+1}\) ont une \(A\)-structure canonique et fonctorielle : en coordonnées, c'est le module libre de base les \((y - x)^p\), \(|p| \leq r\), sur \(A_n\), et \((\mathrm{D})\) dit précisément que l'image de \(\mathcal{O}_A(X \times X)\) dans \(\mathcal{P}^r_{X/k}\) est ce module. De même pour \(\mathcal{P}^r_{X/Y}\) si \(X \to Y\) est un \(A\)-morphisme submersif, et pour les invariants normaux \(\mathcal{O}_X/\mathcal{J}^r\) d'un couple \(Y \subset X\) de \(A\)-schémas formels, compatiblement aux images inverses transversales. L'opérateur différentiel universel \(\mathcal{O}(X) \to \mathcal{P}^r_{X/k}\) envoie \(\mathcal{O}_A(X)\) dans \((\mathcal{P}^r_{X/k})_A\). Les opérateurs différentiels \(\mathrm{Diff}^r(X/k)\), duaux des \(\mathcal{P}^r_{X/k}\), ont des \(A\)-structures ; la composition respecte les \(A\)-opérateurs, qui stabilisent \(\mathcal{O}_A(X)\) ; de même pour les opérateurs relatifs à un \(A\)-morphisme submersif28 .

Corollaire. \(A_n \subset k_0[[t_1, \ldots, t_n]]\) : les coefficients \((D_p f)(0)\) d'un \(f \in A_n\) sont dans \(A_0 = k_0\). D'où un foncteur des \(A\)-schémas formels vers les schémas formels sur \(k_0\) — la classe \(A\) est toujours définie sur le corps, ou l'anneau, de ses constantes.

15–16

Quotients et condition intégrale (pages 15 et 16)

Soit \(p : X \to Y\) un morphisme submersif de schémas formels lisses, \(X\) muni d'une \(A\)-structure. On dit que \(Y\) admet une \(A\)-structure quotient s'il admet une \(A\)-structure faisant de \(p\) un \(A\)-morphisme. Elle est unique : il existe un sous-\(A\)-schéma formel \(Y' \subset X\) (une transversale aux fibres) tel que \(Y' \to Y\) soit un isomorphisme formel ; la \(A\)-structure quotient existe si et seulement si le composé \(X \to Y \xrightarrow{\sim} Y'\) est un \(A\)-morphisme, et c'est alors celle de \(Y'\)29 .

Relations d'équivalence. Si \(p : X \to Y\) est submersif, \(R = X \mathbin{\widehat{\times}_Y} X \subset X \mathbin{\widehat{\times}} X\) est un sous-schéma formel lisse, et une relation d'équivalence : symétrique, contenant la diagonale, transitive. Plus précisément, \(X\) étant donné, la page affirme une correspondance biunivoque entre quotients formels submersifs \(Y\) et relations d'équivalence formelles lisses \(R\)30 . Si \(Y\) admet une \(A\)-structure quotient, \(R\) est un sous-\(A\)-schéma formel de \(X \mathbin{\widehat{\times}} X\). On demande la réciproque :

C'est la forme, dans la seconde rédaction, de la condition \((\mathrm{F})\) des feuilletages de la page 6, et Grothendieck le dit en ces termes : heuristiquement, étant donné un \(A\)-feuilletage de \(X\), la variété formelle des feuilles admet une \(A\)-structure quotient ; en caractéristique nulle, les \(A\)-feuilletages correspondent aux systèmes de Pfaff complètement intégrables, et la condition intégrale signifie que l'intégration de ce système — par le morphisme formel \(X \to Y'\) de tout à l'heure — se fait par un \(A\)-morphisme. La page s'arrête sur cette phrase ; le reste du feuillet est blanc.

18–19

Le théorème de préparation formel (pages 18 et 19)

Théorème (« de préparation “formel” »). Soit \(A\) un anneau linéairement topologisé, séparé et complet, \(Z\) une indéterminée, \(F = \sum_{i \geq 0} a_i Z^i \in A[[Z]]\), et \(N \in \mathbf{N}\) tel que

Alors \(F\) est un élément régulier de \(A[[Z]]\), et \(A[[Z]]/F A[[Z]]\) est un \(A\)-module libre de base les images des \(Z^i\), \(0 \leq i \leq N-1\) : tout \(G \in A[[Z]]\) s'écrit de façon unique \[ G = QF + \sum_{0 \leq i \leq N-1} b_i Z^i, \qquad Q \in A[[Z]],\ b_i \in A. \]

C'est la division de Weierstrass sous sa forme formelle31 .

Démonstration. \(A\) est limite projective de ses quotients discrets \(A/I\), \(I\) parcourant les idéaux ouverts, et \(A[[Z]] = \varprojlim (A/I)[[Z]]\). L'unicité fait que les écritures sur les \(A/I\) se recollent, et un \(H\) tel que \(FH = 0\) est nul modulo chaque \(I\) : on peut supposer \(A\) discret. Alors (i) signifie que \(a_0, \ldots, a_{N-1}\) sont nilpotents.

Soit \(\mathfrak{m}\) l'idéal qu'ils engendrent : il est de type fini et engendré par des nilpotents, donc nilpotent. Posons \(A_0 = A/\mathfrak{m}\) et notons \(\dot{a}_i\), \(\dot{F}\) les réductions modulo \(\mathfrak{m}\). On a \(\dot{a}_i = 0\) pour \(i < N\), donc \[ \dot{F} = \dot{a}_N Z^N + \dot{a}_{N+1} Z^{N+1} + \cdots = Z^N \dot{u}, \] où \(\dot{u} = \dot{a}_N + \dot{a}_{N+1} Z + \cdots\) est une unité de \(A_0[[Z]]\) puisque \(\dot{a}_N\) est inversible32 . Considérons l'application \(A\)-linéaire \[ \varphi : A^N \times A[[Z]] \longrightarrow A[[Z]], \qquad \bigl((b_i)_{0 \leq i \leq N-1}, Q\bigr) \longmapsto \sum_{0 \leq i \leq N-1} b_i Z^i + QF. \] Elle respecte les filtrations \(\mathfrak{m}\)-adiques, qui sont finies, et \(\mathfrak{m}^j A[[Z]] = \mathfrak{m}^j[[Z]]\) puisque \(\mathfrak{m}\) est de type fini. En degré \(j\), l'application graduée associée est, pour le \(A_0\)-module \(M = \mathfrak{m}^j/\mathfrak{m}^{j+1}\), \[ M^N \times M[[Z]] \longrightarrow M[[Z]], \qquad \bigl((b_i), Q\bigr) \longmapsto \sum_{0 \leq i \leq N-1} b_i Z^i + Q\, \dot{u}\, Z^N, \] qui est manifestement bijective : on sépare les termes de degré \(< N\) et l'on divise le reste par \(Z^N\), puis par l'unité \(\dot{u}\). Une application filtrée dont le gradué est bijectif, pour des filtrations finies, est bijective ; \(\varphi\) l'est donc. La bijectivité donne l'écriture unique, et la régularité de \(F\) : \(FH = 0\) s'écrit \(\varphi(0, H) = \varphi(0, 0)\), d'où \(H = 0\).

Cette démonstration est la seconde de la page. Une première, encadrée et barrée, procédait en trois temps : les \(Z^i\), \(i < N\), engendrent \(A[[Z]]/F A[[Z]]\) parce qu'ils l'engendrent modulo \(\mathfrak{m}\) et par Nakayama ; \(F\) est régulier, par le gradué associé ; enfin, dans le cas polynomial \(F = Z^N + a_{N-1} Z^{N-1} + \cdots + a_0\), l'application \(A[Z]/F A[Z] \to A[[Z]]/F A[[Z]]\) est surjective, et bijective si et seulement si \(F A[[Z]] \cap A[Z] = F A[Z]\). L'argument par l'application \(\varphi\) remplace les trois à la fois.

Ce que les feuillets ne disent pas. Les pages 18 et 19 ne mentionnent ni les classes \(A\) ni les \(A\)-schémas formels. Le lien est pourtant direct : demander qu'une classe de séries soit stable par la division de Weierstrass — le quotient et le reste d'une série de la classe par une série de la classe restant dans la classe — est l'axiome central de ce qu'on appelle depuis Denef et Lipshitz, vers 1980, un système de Weierstrass, et la plupart des conditions des pages 9 à 14 (inversion des unités, fonctions implicites, coefficients) en découlent ou l'accompagnent33 .

Notes

  1. La page 11 appelle d) la condition hensélienne ; la page 14 ouvre la condition sur les coefficients sous la lettre d) elle aussi ; les pages 13 et 15 invoquent une condition e) ; et les lettres a) à f) ne désignent pas les mêmes énoncés dans les deux rédactions. ↩
  2. La page écrit \(A\) dans la première rédaction, \(A_*\) dans la seconde. ↩
  3. La page 2 dit seulement « donné par \(f_1, \ldots, f_n \in S_m\) » ; la condition sur \(\varepsilon(f_i)\) est écrite page 9. Elle est nécessaire : un homomorphisme \(S_n \to S_m\), \(t_i \mapsto f_i\), n'est continu, et une substitution \(\varphi(f_1, \ldots, f_n)\) n'a de sens, que si les \(f_i\) sont topologiquement nilpotents. ↩
  4. Le mot « pseudogroupe » n'est pas sur la page. Les structures définies par un pseudogroupe de transformations (Lie, Cartan, Ehresmann dans les années 1950) lui étaient connues ; l'analogie est de cette lecture. ↩
  5. La page parle d'« anneau cosimplicial ». Les conditions qu'elle impose — permutations, ajout d'une variable, identification de deux variables — engendrent toutes les applications entre ensembles finis, pas seulement les applications croissantes : c'est plus qu'une structure cosimpliciale. La page 9 ajoute « coaugmenté », qui correspond à l'ensemble vide, \(S_0 = k\). ↩
  6. La page écrit « alors \(\frac{1}{f} \in S_n\) », ce qui est toujours vrai ; c'est \(A_n\) qui est voulu, comme le montre l'équivalence qu'elle écrit ensuite. ↩
  7. La page écrit ici \(P[t_1, \ldots, t_n]\), après avoir biffé c) de la liste des conditions. Sans la condition de localité, rien n'oblige à inverser les entiers : en caractéristique nulle, la plus petite famille est \(\mathbf{Z}[t_1, \ldots, t_n]\), et \(\mathbf{Q}[t_1, \ldots, t_n]\) n'est pas minimale. ↩
  8. C'est la note marginale de la page 3, « \(\mathrm{Hom}_A(X_m, X_n) \simeq \mathrm{Hom}_{A_0\text{-alg}}(A_n, A_m)\) », dont le début est d'une lecture incertaine. L'isomorphisme demande de se restreindre aux homomorphismes qui envoient les \(t_i\) dans l'idéal \(A_m \cap \mathfrak{m}_m\) et se prolongent continûment aux \(S\) ; nous l'énonçons ainsi. ↩
  9. La page écrit : « Moyennant b) et e), la condition a) équivaut au fait que \(1 \in A_0\), le morphisme “différence” \(X_1 \times X_1 \to X_1\) est un \(A\)-morphisme, le morphisme “produit” aussi. » Telle quelle, l'équivalence ne tient pas : ces trois conditions disent que les \(A_n\) sont des anneaux, pas qu'ils sont stables par les substitutions de variables. L'énoncé correct est celui que nous donnons, et c'est exactement la réorganisation que fait la seconde rédaction, page 9. ↩
  10. La marge ajoute « il suffit par récurrence », d'une lecture incertaine, sans suite. ↩
  11. La page note \(P\{t_1, \ldots, t_n\}\) et l'identifie à la clôture hensélienne ; l'identification aux séries algébriques, et le nom de séries formelles algébriques, sont de cette lecture. C'est le cadre du théorème d'approximation d'Artin (1969). ↩
  12. Pour les parties principales, il faut davantage : c'est la condition sur les coefficients que la seconde rédaction introduit page 14, précisément dans ce but. Une note marginale en bas de page mentionne des produits fibrés « transversaux » ; elle est en grande partie illisible. ↩
  13. Deux passages, barrés, esquissaient un argument par le système de Pfaff associé ; ils sont illisibles pour l'essentiel. Ce qui reste à faire n'est pas immédiat. En coordonnées de seconde espèce, \((s_1, \ldots, s_d) \mapsto \exp(s_1 e_1) \cdots \exp(s_d e_d)\), chaque facteur est le flot d'un champ linéaire au temps \(s_i\) et relève donc de \((\mathrm{E})\) ; mais la loi de Hausdorff est écrite en coordonnées canoniques, et passer de l'une à l'autre demande que \(x \mapsto \exp(x)\) soit une \(A\)-application — le flot au temps \(1\), que \((\mathrm{E})\) ne fournit pas, le temps n'y étant qu'une variable formelle qu'on ne peut spécialiser en \(1\). ↩
  14. La page donne \(\log(1+t)\) comme primitive de \(\frac{1}{1+t}\) et \(\exp\) comme « série inverse », mais ne dit pas comment on obtient \(\cos\), \(\sin\) et \(\tan\) ; le chemin qui suit est de cette lecture. ↩
  15. La page dit « système de Pfaff de dimension \(p\) complètement intégrable ». Un système de Pfaff désigne classiquement un système de \(1\)-formes ; ici il s'agit de champs de vecteurs, ce qu'on appelle aujourd'hui une distribution involutive. L'hypothèse de caractéristique nulle, posée page 4, est indispensable : en caractéristique \(p\) le théorème de Frobenius formel est faux. ↩
  16. C'est la note marginale « h) implique g), qui équivaut à h) pour \(p = 1\) ». Pour \(p = 1\) et un champ non nul à l'origine, redresser le champ revient à connaître son flot, et \((\mathrm{H})\) fait passer de l'un à l'autre ; un champ quelconque se ramène à ce cas en lui ajoutant \(\partial/\partial s\) sur \(X_1 \times X\). La page ne détaille pas. ↩
  17. C'est exactement la note marginale de la page 9 : « ce serait vrai (sans supposer \(\varepsilon(\varphi)\) nilpotent) … sachant que \(\mathrm{Im}(A_0 \to S_n) \subset A_n\) ». Une autre note, en haut, porte sur les valeurs \(\varepsilon(f_i)\) et se lit mal. La condition \((\mathrm{R})\) est en outre encadrée et barrée sur la page, sans rien qui la remplace ; la page 10 la tient pour acquise, et nous aussi. ↩
  18. Pour paramétrer un produit fibré transversal par des \(A\)-coordonnées, il faut le théorème des fonctions implicites dans la classe, c'est-à-dire la condition hensélienne \((\mathrm{H})\) de la page 11, que la page n'a pas encore introduite. ↩
  19. La page dit « un foncteur » sans préciser la variance ; \(M \mapsto \mathrm{Spf}\,\widehat{\mathrm{Sym}}(M)\) renverse le sens des flèches. ↩
  20. La page écrit « pleinement fidèle », suivi d'un point d'interrogation. Il n'est pas plein : \(t \mapsto t^2\) est un \(A\)-morphisme \(X_1 \to X_1\) qui ne vient d'aucune application linéaire. ↩
  21. Hors du cas des espaces affines, les changements de coordonnées étales qui interviennent sont des séries algébriques, et c'est encore la condition hensélienne qui les met dans \(A\) ; la page 13 fait la construction sous cette hypothèse. ↩
  22. Une autre note marginale, en face de l'énoncé, parle d'une « condition de coefficientabilité » ; la lecture en est incertaine. ↩
  23. « Zariskien » et « hensélien » sont les mots de la page pour le couple \((A_n, \mathfrak{p}_n)\), et ce sont les termes d'aujourd'hui. La page ajoute que \((P^\varepsilon)'(\zeta)\), inversible dans \(k\), est « en fait dans \(k_0^*\) » : il est dans \(k_0\), et son inverse aussi, par le corollaire 1 pour \(n = 0\). Une première démonstration, par l'automorphisme \((x, z) \mapsto (x, z^{N} + f_1(x) z^{N-1} + \cdots)\), a été encadrée et biffée. ↩
  24. La fin de la question porte une restriction sur \(k\) par rapport à \(k_0\), d'une lecture incertaine. Pour les séries algébriques sur un corps, la réponse est oui : \(S_n\) est le complété de l'anneau local noethérien \(A_n\). ↩
  25. La page dit « il est immédiat ». Sur un corps, ou sur un anneau local, une projection sur des coordonnées convenables convient ; sur un anneau quelconque, un sous-espace tangent n'a pas toujours de supplémentaire de coordonnées, et il faut raisonner localement sur \(k\). ↩
  26. La page invoque ici « (d) », d'une lecture incertaine ; c'est bien la condition hensélienne qui sert. ↩
  27. La page dit « une construction utilisant e) permet d'y mettre une \(A\)-structure », sans la donner, et la lettre est incertaine. La construction naturelle choisit des coordonnées étales le long de la section et utilise les corollaires de la condition hensélienne pour que deux choix diffèrent d'un \(A\)-isomorphisme. ↩
  28. La page note l'ordre des parties principales par l'exposant \(n\), qui désigne ailleurs la dimension ; nous écrivons \(r\). Une note marginale encerclée, en haut à gauche, est pour l'essentiel illisible. ↩
  29. La page invoque ici e), d'une lecture incertaine. Le passage de \(Y\) à \(Y'\) et retour est un isomorphisme formel dont on veut l'inverse dans la classe : c'est \((\mathrm{H})\) qui sert. ↩
  30. L'énoncé n'est pas démontré. En caractéristique nulle, il se déduit du théorème de Frobenius formel appliqué à la distribution que définit \(R\). ↩
  31. Le mot « division » n'est pas sur la page, qui dit « préparation ». La lettre \(A\) désigne ici un anneau quelconque et non plus une classe de séries ; nous gardons la notation de la page, qui ne rattache pas ce théorème aux pages précédentes. Sous cette forme, sur un anneau linéairement topologisé, il figure chez Bourbaki (Algèbre commutative, chap. VII, § 3), sauf erreur de notre part sur le lieu exact. ↩
  32. La page écrit \(\dot{F} = \dot{a}_N \alpha Z^N\) en mettant \(\alpha\) dans \(A_0^*\) ; c'est une unité de \(A_0[[Z]]\), de terme constant \(1\), et non une constante. La parenthèse est surchargée à cet endroit. ↩
  33. Ces travaux sont postérieurs de plus de dix ans à la datation de l'inventaire ; les feuillets ne pouvaient pas les connaître, et nous ne suggérons pas qu'ils les annoncent. Le rapprochement, et l'hypothèse qu'il explique la présence du théorème dans le dossier, sont de cette lecture. ↩