Cote n° 23 · pages 1–98 · Lecture modernisée · EGA IV. Compléments : notes manuscrites (s.d.), lettres (1966, 1968), tapuscrit (s.d.). — lecture modernisée du dossier entier
Datation de l’inventaire : 1966-1968
Édition de démonstration — interprétation personnelle de l'œuvre

Résumé

Dériver, c'est comparer un objet avec lui-même déplacé d'une quantité si petite qu'on convient de négliger son carré. Tout ce dossier part de là, et la première chose qu'il fait est de prendre cette convention au mot : on décrète qu'il existe une quantité \(\varepsilon\) non nulle dont le carré est nul, et l'on regarde ce que deviennent les objets de la géométrie quand on leur permet de bouger de \(\varepsilon\).

La réponse tient en une phrase, et c'est la phrase que ces feuillets écrivent quatre fois dans quatre langages. Bouger d'un infiniment petit, c'est la même chose que dériver. Un automorphisme qui ne bouge rien au premier ordre est une dérivation déguisée ; une dérivation, réciproquement, s'exponentie en un automorphisme — exactement comme, en analyse, la donnée d'un champ de vitesses équivaut à la donnée du mouvement qu'il engendre. La formule qui fait passer de l'un à l'autre est la série de l'exponentielle, et elle ne demande rien d'autre que de pouvoir diviser par les entiers.

Ce qui est plus surprenant, et qui occupe la moitié du dossier, est que cette équivalence ne se contente pas d'être vraie : elle est rigide. Quand on déforme un objet géométrique d'un infiniment petit, les manières de le déformer ne forment pas un ensemble quelconque. Elles forment ce qu'on appelle un espace principal homogène : un ensemble sur lequel un groupe agit de telle sorte qu'on peut toujours passer d'un point à un autre, et d'une seule façon. C'est la situation d'un plan sans origine — les vecteurs agissent sur les points par translation, et dès qu'on choisit un point pour origine, le plan devient l'espace des vecteurs, mais le choix n'est pas donné avec le plan. Les déformations d'un schéma sur une base infinitésimale sont dans ce rapport-là avec les dérivations : il y a autant de déformations que de dérivations, mais rien ne dit laquelle est la déformation nulle tant qu'on n'a pas choisi une trivialisation. Le dossier démontre cela deux fois, pour les déformations d'un schéma d'abord, puis pour un objet qu'il appelle une connexion — une manière de transporter, le long des directions de la base, ce qui vit au-dessus d'elle.

Entre les deux, il construit l'outil : le jet. Le jet d'ordre \(n\) d'une fonction en un point, c'est son développement de Taylor tronqué à l'ordre \(n\) ; et l'observation qui organise tout est qu'on peut fabriquer un espace géométrique dont les points sont les développements de Taylor. Il s'obtient en épaississant la diagonale — l'ensemble des couples de points égaux — jusqu'à l'ordre \(n\) : un couple de points « égaux à l'ordre \(n\) près » est exactement ce qu'il faut pour parler de la variation d'une fonction entre eux. Toute la théorie des opérateurs différentiels tient dans cette idée, et ces feuillets en donnent la version où l'on ne suppose plus que les objets sont des fonctions.

L'autre moitié du dossier ne construit rien : elle corrige. Et c'est là qu'il faut dire ce que ce dossier est. Les Éléments de géométrie algébrique étaient, au moment de ces feuillets, un ouvrage en cours d'impression, et le chapitre IV en était la partie la plus lourde. Ce que la chemise contient sous le mot « compléments » est le courrier de ce chantier : les errata qu'un jeune lecteur, Lê Dũng Tráng, relève en janvier 1968 dans les définitions des paragraphes 20 et 21, en s'excusant de leur trivialité ; et trois lettres de Pierre Deligne, de l'automne 1966, qui font tout autre chose que relever des coquilles. Deligne lit le chapitre et renvoie ce qui casse. Une hypothèse de séparation lui « semble idiote » et il en donne un contre-exemple. Une démonstration est « canulée », et il dit en trois lignes pourquoi. Il comble au passage ce qui manque : le théorème d'Auslander qui relie la dimension projective d'un module à sa profondeur, un énoncé de relèvement d'un corps résiduel inséparable, l'équivalence entre platitude et projectivité formelle. Il avoue aussi, deux fois, ce qu'il ne sait pas faire.

De cet échange sort une décision dont ces feuillets sont, à notre connaissance, le dossier : la notion d'immersion régulière telle que le chapitre IV la définissait est mauvaise. Elle repose sur celle de suite régulière, qui a un défaut que Grothendieck énonce en une phrase : l'ordre des éléments compte, et il est facile de donner deux éléments \(x\), \(y\) d'un anneau local tels que \((x,y)\) soit une suite régulière et \((y,x)\) non. Une notion qui dépend d'un ordre arbitraire ne se comporte bien ni par localisation, ni par descente, et une définition bâtie dessus ne survit pas hors du cas noethérien. La bonne notion, qui ne dépend d'aucun ordre, s'exprime par l'annulation d'un complexe — le complexe de Koszul. Le dossier contient la lettre qui apporte les théorèmes nécessaires, la fiche de travail où la question est posée puis rayée, et le post-scriptum dactylographié où il tranche, propose d'ajouter aux épreuves un aveu en bonne et due forme, et va jusqu'à proposer que les deux notions échangent leurs noms — « il s'imposera alors de réserver le mot le plus court à la notion qui manifestement est la plus serviable ». C'est ce qui est arrivé.

Il reste, pour finir, ce que ces feuillets montrent et qu'aucun livre ne montre : un texte mathématique encore vivant. Deligne écrit qu'il a été malade et qu'il lit le chapitre IV « comme lecture de convalescence ». Il avoue « avec honte » qu'il serait prêt, « dans le même geste sacrilège », à supposer tous les schémas séparés et noethériens. Il demande, à propos d'un autre chapitre, s'il ne faudrait pas « parler de topologie avant de parler d'espace topologique ». Et Grothendieck répond dans les marges, au crayon, par un mot chaque fois : « oui », « Err », « dans réédition du Chap I ? », « faire errata ». On voit, sur ces pages, la différence entre un résultat et le travail qui le précède : le résultat est ce qui reste quand on a cessé de se tromper, et ces feuillets sont le moment d'avant.

Les noms sous lesquels on cherchera la suite : dérivations et automorphismes infinitésimaux, restriction de Weil et foncteur de Greenberg, jets et parties principales, connexions, déformations et torseurs, suites Koszul-régulières et complexe de Koszul, formule d'Auslander-Buchsbaum, critère de Serre, et — pour la seule note du dossier qui regarde ailleurs — les théorèmes de type Lefschetz pour le groupe de Picard.

Keywords — adjunction formula, complete intersection, projective bundle, Euler sequence, conormal sheaf, discriminant of a hypersurface, exponential map, topologically nilpotent element, bialgebra, primitive element, group-like element, Baker-Campbell-Hausdorff formula, Cartier-Milnor-Moore theorem, universal enveloping algebra, Poincare-Birkhoff-Witt theorem, derivation, infinitesimal automorphism, tangent sheaf, infinitesimal deformation, square-zero extension, Weil restriction, Greenberg functor, principal homogeneous space, torsor, jet bundle, sheaf of principal parts, infinitesimal neighbourhood of the diagonal, connection, differential operator, geometrically integral, geometrically regular, separable field extension, p-basis, imperfect field, fibred category, effective descent morphism, etale sheaf, constructible sheaf, regular sequence, quasi-regular sequence, Koszul complex, Koszul-regular sequence, regular immersion, prime avoidance lemma, Auslander-Buchsbaum formula, projective dimension, depth, Tor-dimension, pro-object, Artin-Rees lemma, formally projective module, local flatness criterion, purely inseparable extension, Zariski main theorem, quasi-finite morphism, essentially of finite presentation, von Neumann regular ring, constructible topology, Serre's criterion, finiteness of integral closure, Cohen-Macaulay locus, Poincare series, graded algebra, translation functor, Lefschetz condition for the Picard group

1–98

Le fil du dossier, et les conventions

Ce que la chemise contient. Quatre-vingt-dix-huit feuillets, dont onze ne portent qu'un titre de sa main en haut à droite et servent de chemises intérieures. Ces onze titres sont la table des matières du dossier, et il vaut mieux les avoir sous les yeux avant d'entrer :

  1. p. 1« EGA IV, Calcul diff. (compléments) » — couverture de toute la cote.
  2. p. 2« Discriminant etc » — couvre les pages 3 à 5.
  3. p. 7« Exponentielle » — couvre les pages 8 à 16.
  4. p. 17« Fibrés des germes d'ordre \(n\) de sections, etc. Transformations infinitésimales » — couvre les pages 18 à 22, et, de fait, la suite jusqu'à la page 32.
  5. p. 33« Exemples, cas particuliers » — couvre les pages 34 à 36.
  6. p. 38« Foncteurs différentiels d'ordre \(n\) » — couvre les pages 39 et 40.
  7. p. 49« Suites régulières / Th. 11.2.9 de Raynaud » — couvre les pages 50 à 53.
  8. p. 54« Lettres Deligne » — couvre les pages 55 à 64.
  9. p. 65« Divers …. » — couvre les pages 66 à 80.
  10. p. 81« IV 5 », puis « Compléments d'ordre divers » — couvre les pages 82 à 89.
  11. p. 90« IV 12 », puis « Fibres des morphismes plats de présentation finie » — couvre les pages 91 à 98.

Les errata de Lê Dũng Tráng (pages 43 à 46) et le feuillet « EGA IV 18 ; EGA VI » (page 48) ne sont couverts par aucune chemise : ils sont glissés entre celle des « Foncteurs différentiels » et celle des « Suites régulières », et c'est le seul indice de classement qu'on ait sur eux. Les pages 6, 41, 42, 47, 68, 71, 85 et 94 sont blanches. La page 37 est un tapuscrit de rédaction bourbachique, « no 215 », étranger au dossier : elle n'est pas lue.

Les trois mouvements. Le premier, des pages 3 à 40, est de sa main et construit. Le deuxième, des pages 43 à 64, n'est pas de sa main — deux correspondants et un tapuscrit — et corrige. Le troisième, des pages 66 à 98, est de nouveau de sa main et range : des compléments classés par paragraphe du chapitre.

Ce qui relie les deux premiers est le paragraphe 16 des Éléments, qui s'appelle « Calcul différentiel » et que la couverture du dossier nomme. Le premier mouvement en construit l'appareil — les voisinages infinitésimaux de la diagonale, les parties principales, les automorphismes infinitésimaux. Le deuxième en démolit une définition, celle de 16.9.2. Le même paragraphe est l'objet des deux, et c'est ce qui fait de cette chemise un dossier plutôt qu'un tiroir.

La forme que le premier mouvement répète. Il faut la dire une fois, parce qu'elle revient quatre fois et qu'aucun feuillet ne la nomme. On se donne une base infinitésimale — un anneau ou un schéma dont on a décrété qu'une certaine puissance d'un idéal est nulle. Au-dessus d'elle, un objet, et sa réduction quand on annule l'infiniment petit. Alors :

Aux pages 8 à 16 l'objet est une algèbre et le troisième point est un théorème (l'exponentielle) ; aux pages 18 à 22 l'objet est un schéma et c'est le deuxième point qui est le théorème ; aux pages 23 à 29 l'objet est une connexion et c'est encore le deuxième ; aux pages 30 à 32 l'objet est un morphisme et le dossier n'énonce plus que la première moitié. Le troisième point n'est jamais repris au niveau des schémas : le dossier ne calcule nulle part le faisceau \(\mathrm{Aut}^{X_0}_T(\xi)\) en termes de \(\mathcal{T}_{X_0/S}\), et ne prend nulle part la cohomologie qui transformerait ces théorèmes de torseur en une classification. C'est la lacune principale du dossier, et elle est délibérée : il construit l'objet et s'arrête avant de l'exploiter.

Les notations, valables pour tout le dossier. Ses lettres soulignées — \(\mathcal{O}_S\), \(\mathcal{O}_X\), \(\Lambda\), \(I\), \(\Gamma\), \(S\), \(\mathrm{Aut}\), \(\mathrm{Is}\) — sont écrites ici sans soulignement, sauf \(\underline{\mathrm{Hom}}\) et \(\underline{P}\), où le trait ne relève pas de son habitude mais note le Hom interne, c'est-à-dire le faisceau des homomorphismes, et le faisceau des parties principales : c'est encore la notation d'aujourd'hui, et l'effacer perdrait une distinction. L'exposant entre accolades \(X^{\{\Lambda\}}\) est le sien et est gardé : il est introduit au bas de la page 21 et désigne le schéma des points de \(X\) « de type \(\Lambda\) », c'est-à-dire la restriction de Weil le long de \(\mathrm{Spec}\,\Lambda \to S\).1 L'ordre d'un jet est écrit partout en exposant entre parenthèses, \(\Delta^{(n)}\), \(\pi^{(n)}\), \(P^{(n)}\), \(d^{(n)}\), \(\varepsilon^{(n)}\), alors que les feuillets alternent librement entre \((n)\) et \(n\) selon le symbole ; le choix est nôtre et ne prétend qu'à la constance.2 \(\mathrm{OF}(S)\) désigne l'ensemble des parties ouvertes et fermées de \(S\), que les pages 74 à 79 écrivent d'un seul signe ligaturé.

Une clef de lecture, enfin, qui vaut pour les pages 74 à 79 et sans laquelle elles ne se lisent pas : chaque condition y est écrite sous sa forme faible, avec la forme forte entre parenthèses — « injectif (bijectif) », « surjectif (bijectif) », « fidèle (pleinement fidèle) ». Chacune de ces listes est donc deux listes, et les équivalences valent deux fois, une fois avec chaque lecture. La convention est constante sur six feuillets et elle est de lui.

Ce que le dossier annonce et n'établit pas. Il faut le dire d'emblée, parce qu'un dossier de travail promet beaucoup et qu'un lecteur qui cherche un de ces énoncés perdrait son temps à le chercher ici.

3–5

I. Le canonique d'une intersection complète, et le discriminant (pages 3 à 5)

Trois feuillets sous la chemise « Discriminant etc ». Les deux premiers sont écrits au net et se lisent d'un bout à l'autre ; le troisième est un brouillon.

La formule d'adjonction. Soient \(S\) un préschéma, \(E\) un faisceau localement libre de rang \(r+1\) sur \(S\), et \(P = \mathbf{P}(E)\) le fibré projectif associé, de morphisme structural \(g : P \to S\).3 On dispose de la suite exacte d'Euler \[ 0 \longrightarrow \Omega^{1}_{P/S} \longrightarrow g^{*}(E)(-1) \longrightarrow \mathcal{O}_{P} \longrightarrow 0 , \] d'où, en prenant les déterminants, \[ \Omega^{r}_{P/S} \xrightarrow{\;\sim\;} g^{*}\bigl(\Lambda^{r+1}_{\mathcal{O}_S} E\bigr)(-r-1) . \tag{1} \]

Soit maintenant \(X \subset P\) un sous-préschéma lisse sur \(S\), de dimension relative \(n = r - p\), d'idéal \(J\), et \(f : X \to S\) son morphisme structural. La suite exacte conormale \[ 0 \longrightarrow J/J^{2} \longrightarrow \Omega^{1}_{P/S} \otimes \mathcal{O}_X \longrightarrow \Omega^{1}_{X/S} \longrightarrow 0 \] donne de même \[ \Omega^{r}_{P/S} \otimes \mathcal{O}_X \;\simeq\; \Omega^{n}_{X/S} \otimes \Lambda^{p}_{\mathcal{O}_X}(J/J^{2}) , \tag{2} \] et en composant (1) et (2) \[ f^{*}\bigl(\Lambda^{r+1}_{\mathcal{O}_S} E\bigr)(-r-1) \;\simeq\; \Omega^{n}_{X/S} \otimes \Lambda^{p}_{\mathcal{O}_X}(J/J^{2}) . \] C'est la formule d'adjonction, sous la forme \(\omega_{X/S} \simeq (\omega_{P/S} \otimes \det \mathcal{N}_{X/P})|_X\).

Le cas d'une intersection complète. Supposons \(X\) définie par un sous-module gradué \(M \subset \mathrm{Sym}^{*}(E)\), localement facteur direct et localement libre de rang \(p\).4 Si \(I_d\) désigne la composante de degré \(d\) de l'idéal, on a des homomorphismes \(g^{*}(I_d)(-d) \to J\), d'où des homomorphismes surjectifs \(\coprod g^{*}(M_d)(-d) \to J\) induisant un isomorphisme \[ \coprod f^{*}(M_d)(-d) \xrightarrow{\;\sim\;} J/J^{2} , \] le faisceau conormal de \(X\) dans \(P\).5 Notant \(M_{d_i}\) les composantes non nulles de \(M\), de degré \(d_i\) et de rang \(\alpha_i\), avec \(p = \sum \alpha_i\), il vient \[ \Lambda^{p}_{\mathcal{O}_X}\, J/J^{2} \;\simeq\; f^{*}\Bigl(\bigotimes_{i} \Lambda^{\alpha_i} M_{d_i}\Bigr) \bigl(-\textstyle\sum \alpha_i d_i\bigr) , \] et donc \[ \Omega^{n}_{X/S} \xrightarrow{\;\sim\;} f^{*}\Bigl(\bigl(\Lambda^{r+1}_{S} E\bigr) \otimes \bigotimes_{i} \Lambda^{\alpha_i} \check{M}_{d_i}\Bigr) \bigl(\textstyle\sum \alpha_i d_i - r - 1\bigr) . \tag{3} \]

Lorsque \(\sum \alpha_i d_i = r+1\), la torsion disparaît et le canonique relatif est image inverse d'un faisceau sur la base : \[ \Omega^{n}_{X/S} \xrightarrow{\;\sim\;} f^{*}\Bigl(\bigl(\Lambda^{r+1}_{S} E\bigr) \otimes \bigotimes_{i} \Lambda^{\alpha_i} \check{M}_{d_i}\Bigr) . \tag{4} \] La parenthèse est laissée vide sur le feuillet, avec un simple tiret.6

L'exemple de la cubique plane. Soit \(E\) localement libre de rang \(3\), donc \(r = 2\), avec un seul \(M_{d_i}\), de degré \(d_i = 3\) et de rang \(\alpha_i = 1\) : \(X\) est une courbe elliptique lisse sur \(S\), et l'on est dans le cas \(\sum \alpha_i d_i = 3 = r+1\). La formule (4) donne \[ \Omega^{1}_{X/S} \xrightarrow{\;\sim\;} f^{*}\bigl(\Lambda^{3} E \otimes \check{M}\bigr) . \] Si \(E\) admet une filtration de facteurs \(\mathcal{O}_S\), \(L^{\otimes 2}\), \(L^{\otimes 3}\), où \(L\) est inversible avec \(f^{*}(L) \simeq \mathcal{T}_{X/S}\),7 alors \(\Lambda^{3} E \simeq L^{\otimes 5}\), et de \(\Omega^{1}_{X/S} \simeq f^{*}(\check{L})\) on tire \(\check{L} \simeq L^{\otimes 5} \otimes \check{M}\), c'est-à-dire \[ M \simeq L^{\otimes 6} . \] C'est le degré classique de l'équation de Weierstrass dans le fibré de Hodge : la forme cubique qui définit la courbe vit à la sixième puissance du faisceau inversible qui mesure son canonique.

Le discriminant. Le troisième feuillet est un brouillon — des formules alignées à gauche, un bloc de prose, une insertion en diagonale dans la marge — et n'établit rien de complet. Ce qu'il pose est ceci. On note \(\Phi^{k}(P^{r})\) l'espace des hypersurfaces de degré \(k\) de \(P^{r}\), et \(\delta_{r,k}\) son discriminant, défini au signe près comme une section de \(\mathcal{O}_{\Phi^{k}(P^{r})}(N)\), où \(N\) est le degré du discriminant en les coefficients de la forme, soit \[ N = (r+1)(k-1)^{r} . \] Ce degré n'est pas celui du feuillet.8

Le reste du feuillet est juste et lisible. Une section \(\varphi\) de \(\Phi^{k}(P^{r})\) au-dessus de \(S\) — c'est-à-dire une famille d'hypersurfaces de degré \(k\) paramétrée par \(S\) — définit un faisceau inversible \(\check{M}\) sur \(S\), image inverse de \(\mathcal{O}_{\Phi^{k}(P^{r})}(1)\), et le discriminant s'y transporte en une section \(\delta\) de \(\check{M}^{\otimes N}\). L'énoncé visé est alors : \[ P^{r}_{\varphi} \text{ est lisse sur } S \iff \delta \text{ est partout non nulle.} \] Et si \(J = J_{\varphi}\) est l'idéal que \(\varphi\) définit sur \(P^{r}\), on a \(J \simeq g^{*}(M)(-k)\), provenant de l'homomorphisme \(\mathcal{O}(-k) \otimes g^{*}(M) \to \mathcal{O}_{P^{r}}\) obtenu en restreignant \(\mathcal{O}(-k) \otimes g^{*}\mathrm{Sym}^{k}(E) \to \mathcal{O}_{P^{r}}\).9

8–16

II. L'exponentielle : une dérivation est un automorphisme infinitésimal (pages 8 à 16)

Neuf feuillets sous la chemise « Exponentielle », intitulés par lui « Sorites sur l'exponentielle » et numérotés \((1)\), \((2)\), \((3)\), \((4)\) — avec un \((6)\) à la page 12 et aucun \((5)\) dans le dossier. Les feuillets 8, 14, 15 et 16 sont écrits au net ; les feuillets 9 à 13 sont un brouillon rapide, biffé et surchargé, dont les formules portent et dont la prose de liaison, pour l'essentiel, ne porte pas.

Il faut le dire avant d'entrer : ce qui suit des pages 9 à 13 est une reconstitution. Les énoncés donnés ici sont ceux que les formules survivantes imposent, dans l'ordre où elles viennent ; les phrases qui les articulaient sont perdues, et l'on ne peut pas garantir qu'il les enchaînait ainsi. Les pages 8, 14, 15 et 16, elles, se lisent.

(1) L'exponentielle dans une algèbre topologique (page 8)

Soit \(U\) une algèbre associative unitaire sur \(\mathbf{Q}\), linéairement topologisée, séparée et complète, et \(N(U)\) l'ensemble de ses éléments topologiquement nilpotents.10 Les deux séries \[ \exp \xi = \sum_{n \geqslant 0} \frac{1}{n!}\,\xi^{n} , \qquad \log(1+\eta) = \sum_{n > 0} \frac{(-1)^{n+1}}{n}\,\eta^{n} \] convergent et définissent deux bijections réciproques \[ N(U) \;\underset{\log}{\overset{\exp}{\rightleftarrows}}\; 1_U + N(U) . \] Elles échangent addition et multiplication lorsque les éléments commutent : \[ \begin{cases} \exp(\xi + \xi') = \exp \xi \, \exp \xi' & \text{si } [\xi, \xi'] = 0 , \\[4pt] \log(g g') = \log g + \log g' & \text{si } g g' = g' g . \end{cases} \] La seconde identité est écrite sur le feuillet sans signe \(+\) visible, sous la forme « \(\log g g' = \log g \; \log g'\) ».11

Deux compléments, que le feuillet porte entre crochets avec une flèche les renvoyant après la ligne suivante. Si \(I\) est un idéal à gauche ou à droite de \(U\), fermé, les bijections se restreignent en \(N(U) \cap I \rightleftarrows 1_U + N(U) \cap I\). Et si \(\varphi : U \to V\) est un homomorphisme d'algèbres topologiques, alors \(\varphi(N(U)) \subset N(V)\) et \[ \varphi(\exp \xi) = \exp \varphi(\xi) , \qquad \varphi(\log g) = \log \varphi(g) . \] En particulier toute sous-algèbre fermée est stable pour \(\exp\) et \(\log\).12

(2) Éléments primitifs et éléments multiplicatifs (pages 9 à 11)

On suppose maintenant \(U\) munie d'une structure de bigèbre sur \(k\) : augmentation d'idéal \(I(U)\), et diagonale \[ \Delta : U \longrightarrow U \,\widehat{\otimes}_{k}\, U \] qui soit un homomorphisme d'algèbres augmentées. On note \(\delta\) la diagonale réduite sur \(I(U)\), c'est-à-dire \(\delta(\xi) = \Delta(\xi) - \xi \otimes 1 - 1 \otimes \xi\).13

On pose alors \[ \gamma(U) = \{\, g \in 1 + I(U) \;:\; \Delta(g) = g \otimes g \,\} , \qquad \pi(U) = \{\, \xi \in I(U) \;:\; \delta(\xi) = 0 \,\} , \] les éléments multiplicatifs (aujourd'hui : de type groupe) et les éléments primitifs.14 Que \(\gamma(U)\) soit un groupe est vérifié sur le feuillet par les deux calculs \[ \Delta(g g') = \Delta(g)\,\Delta(g') = (g \otimes g)(g' \otimes g') = g g' \otimes g g' , \qquad \Delta(g^{-1}) = \Delta(g)^{-1} = g^{-1} \otimes g^{-1} , \] et la formation de \(\gamma(U)\) est fonctorielle en le couple \((k, U)\). Que \(\pi(U)\) soit une algèbre de Lie est immédiat sur la définition et n'est pas vérifié sur le feuillet.

Si de plus \(U\) est une \(\mathbf{Q}\)-algèbre, alors \(\exp\) et \(\log\) échangent les deux : \[ \pi(U) \;\underset{\log}{\overset{\exp}{\rightleftarrows}}\; \gamma(U) \] sont des bijections réciproques. Il note lui-même ce qu'il suffit de vérifier : que \(\exp\) envoie \(\pi(U)\) dans \(\gamma(U)\) et \(\log\) envoie \(\gamma(U)\) dans \(\pi(U)\), le reste étant déjà acquis au point (1). On transporte alors la loi de groupe de \(\gamma(U)\) sur \(\pi(U)\), et la loi obtenue s'exprime en termes de crochets par la formule universelle de Campbell-Hausdorff.15

(3) Changement de base par une algèbre infinitésimale (pages 11 et 12)

Soit \(\Lambda\) une \(k\)-algèbre infinitésimale : augmentée, d'idéal d'augmentation \(I(\Lambda)\) nilpotent. Alors \(U \otimes_{k} I(\Lambda)\) est topologiquement nilpotent dans \(U \otimes_k \Lambda\), et le point (1) s'applique : \[ U \otimes_k I(\Lambda) \;\underset{\log}{\overset{\exp}{\rightleftarrows}}\; 1 + U \otimes_k I(\Lambda) , \] et de même avec \(I(U) \otimes_k I(\Lambda)\).

On note \(\pi_{0}(U \otimes_k \Lambda)\) et \(\gamma_{0}(U \otimes_k \Lambda)\) les éléments primitifs, respectivement multiplicatifs, de \(U \otimes_k \Lambda\) qui deviennent triviaux dans \(U\) par l'augmentation \(U \otimes_k \Lambda \to U\).16 On obtient alors des bijections réciproques \[ \pi_{0}(U \otimes_k \Lambda) \;\underset{\log}{\overset{\exp}{\rightleftarrows}}\; \gamma_{0}(U \otimes_{k} \Lambda) . \]

Reste à comparer \(\pi_0(U \otimes_k \Lambda)\) à \(\pi(U) \otimes_k I(\Lambda)\). Il y a toujours un homomorphisme canonique \[ \alpha : \pi(U) \otimes_{k} I(\Lambda) \longrightarrow \pi_{0}(U \otimes_{k} \Lambda) , \] et si \(\Lambda\) est plate sur \(k\), c'est un isomorphisme : car \(\pi(U)\) est le noyau de \(\delta : I(U) \to I(U) \otimes_k I(U)\), c'est-à-dire qu'on a une suite exacte \[ 0 \longrightarrow \pi(U) \longrightarrow I(U) \xrightarrow{\;\delta\;} I(U) \otimes_k I(U) , \] et le foncteur \(- \otimes_{k} I(\Lambda)\) la préserve. D'où, en composant avec l'exponentielle, un isomorphisme \[ \pi(U) \otimes_{k} I(\Lambda) \xrightarrow[\;\sim\;]{\;\exp \circ\, \alpha\;} \gamma_{0}(U \otimes_{k} \Lambda) . \] Le feuillet écrit ce second membre « \(1 + \pi_{0}(U \otimes_k \Lambda)\) », tel quel.17

La marge du feuillet 12, écrite de bas en haut sur toute la hauteur de la page et en deux ou trois colonnes serrées, esquisse ce qui manque : le théorème de Cartier, \(U \simeq U(\mathfrak{g})\) pour \(\mathfrak{g} = \pi(U)\), et Poincaré-Witt, \(\mathfrak{g} \simeq \pi(U(\mathfrak{g}))\).18

(4) Le théorème : dérivations et automorphismes infinitésimaux (pages 13 à 16)

Le point (4) spécialise. Soit \(M\) un \(k\)-module, \(\mathfrak{g} = L_k(M)\) l'algèbre de Lie de ses endomorphismes \(k\)-linéaires, et \(U\) son algèbre enveloppante, de topologie discrète. Pour \(\xi\) nilpotent et \(g = \exp \xi\), le feuillet 13 aligne trois équivalences : \[ \xi . a = 0 \iff g a = a , \qquad M' \text{ stable par } \xi \iff M' \text{ stable par } g \quad (M' \subset M) , \] et, si \(M\) est de plus muni d'une multiplication \((x,y) \mapsto x . y\), \[ \xi(x . y) = (\xi x) y + x (\xi y) \iff g(x . y) = (g x)(g y) . \] Sous les deux membres de cette dernière il écrit, soulignés, les deux mots qui sont tout l'énoncé : dérivations à gauche, automorphismes à droite.19

Proposition (pages 14 et 15). Soient \(k \supset \mathbf{Q}\), \(A\) une \(k\)-algèbre commutative, et \(\Lambda\) une \(k\)-algèbre infinitésimale. Alors les \(\Lambda\)-automorphismes de \(A \otimes_{k} \Lambda\) qui induisent l'identité modulo \(I(\Lambda)\) correspondent biunivoquement aux \(k\)-dérivations \[ D : A \longrightarrow A \otimes_{k} I(\Lambda) , \] la loi de groupe du premier ensemble se transportant sur le second par la formule de Hausdorff-Campbell.20

La vérification est le calcul du feuillet 15, et elle tient en une chaîne. Avec \(B = A \otimes_{k} \Lambda\) : \[ \mathcal{T}_{B/\Lambda} = \mathrm{Hom}_{B}(\Omega^{1}_{B/\Lambda}, B) \simeq \mathrm{Hom}_{B}(\Omega^{1}_{A/k} \otimes_{k} \Lambda, A \otimes_{k} \Lambda) \simeq \mathrm{Hom}_{A}(\Omega^{1}_{A/k}, A \otimes_{k} \Lambda) = \mathrm{Der}_k(A,\, A \otimes_{k} \Lambda) , \] et les \(\Lambda\)-dérivations de \(B\) qui induisent \(0\) sur \(B \otimes_{\Lambda} k \simeq A\) s'identifient aux \(k\)-dérivations \(A \to A \otimes_{k} I(\Lambda)\).21 Le reste est le point (4) : une dérivation s'exponentie en un automorphisme, et réciproquement.

Le feuillet 16 en tire le cas où l'on veut un module et non seulement un ensemble : si \(\Omega^{1}_{A/k}\) est libre de rang fini sur \(A\), alors \[ \mathrm{Hom}_{A}(\Omega^{1}_{A/k},\, A \otimes_{k} I(\Lambda)) \simeq \mathcal{T}_{A/k} \otimes_{k} I(\Lambda) , \] de sorte que le groupe des automorphismes infinitésimaux de type \(\Lambda\) de \(A\) est le \(k\)-module \(\mathcal{T}_{A/k} \otimes_{k} I(\Lambda)\).22

Une remarque qui n'est pas du dossier et qu'il faut faire. L'hypothèse \(k \supset \mathbf{Q}\) n'est pas un confort : en caractéristique \(p\) la série de l'exponentielle n'a pas de sens, l'équivalence entre dérivations et automorphismes infinitésimaux tombe, et ce qui la remplace — puissances divisées, théorème de Cartier sur les groupes formels — est d'une autre nature. Les pages 34 à 36 du dossier, qui sont tout entières en caractéristique \(p\), montrent d'ailleurs le genre de phénomène que cette section n'atteint pas.

18–22

III. Déformations d'un schéma sur une base infinitésimale (pages 18 à 22)

La chemise 17 porte, de sa main et souligné en partie, « Fibrés des germes d'ordre \(n\) de sections, etc. Transformations infinitésimales ». Elle couvre les cinq feuillets qui suivent, et en fait toute la suite jusqu'à la page 32 : les pages 21 et 22 achèvent la série de corollaires commencée page 20, et c'est le premier des deux endroits où l'argument du dossier enjambe une limite de lot.

Le cadre (page 18)

Soient \(S\) un préschéma et \(\Lambda\) un faisceau localement libre de rang fini de \(\mathcal{O}_{S}\)-algèbres augmentées, d'idéal d'augmentation \(I\), tel que \(\mathrm{gr}^{I}(\Lambda)\) soit localement libre — donc \(I^{n} = 0\) pour \(n\) grand. Un tel \(\Lambda\) est dit de type infinitésimal. On pose \[ T = \mathrm{Spec}(\Lambda) , \] schéma fini et plat sur \(S\), muni d'une section \(S \to T\), et \(\Lambda_{n} = \Lambda/I^{n+1}\), \(T_{n} = \mathrm{Spec}(\Lambda_{n})\), de sorte que \[ S \simeq T_{0} \subset T_{1} \subset T_{2} \subset \cdots \subset T_{N} = T . \] Soit \(X\) un \(T\)-schéma plat et lisse sur \(T\), \(X_{n} = X \times_{T} T_{n}\).23 On considère enfin la déformation triviale \[ \xi = X_{0} \times_{S} T = X_{0} \otimes_{\mathcal{O}_S} \Lambda , \qquad \xi_{n} = X_{0} \times_{S} T_{n} , \quad \xi_{0} = X_{0} . \]

Topologiquement rien ne bouge : \(|X| = |\xi| = |X_{0}| = |\xi_{0}|\). Tout se passe dans le faisceau structural. \(\mathcal{O}_{X}\) est un faisceau de \(f_{0}^{*}(\Lambda)\)-algèbres sur \(X_{0}\), augmenté vers \(\mathcal{O}_{X_0}\), et la platitude de \(X\) sur \(T\) se lit sur la filtration \(I\)-adique de \(\mathcal{O}_{X}\) : le gradué associé est localement libre sur \(\mathcal{O}_{X_0}\).

On note alors \(\mathrm{Aut}^{X_0}_{T}(X)\) le faisceau sur \(X_0\) qui, à un ouvert \(U\), associe le groupe des \(T\)-automorphismes de \(U\) induisant l'identité sur \(X_{0} \cap U\).24 C'est aussi, la page le note, le faisceau des automorphismes de la \(f_{0}^{*}(\Lambda)\)-Algèbre \(\mathcal{O}_{X_0}\)-augmentée \(\mathcal{O}_{X}\) — autrement dit, la version faisceautique exacte de ce que la section II vient de calculer au niveau des algèbres.

Le schéma des sections, et le théorème (pages 19 et 20)

On considère le \(S\)-schéma \[ \overline{X} = \underline{\mathrm{Hom}}_{T/S}(T, X) , \] que la marge appelle « schéma des sections de \(X\) sur \(\Lambda\) » : c'est la restriction de Weil de \(X\) le long de \(T \to S\). La section \(S \xrightarrow{\sim} T_{0} \to T\) définit \[ \underline{\mathrm{Hom}}_{T/S}(T, X) \longrightarrow \underline{\mathrm{Hom}}_{T_0/S}(T_{0}, X \times_{T} T_{0}) \simeq X_{0} , \] d'où un morphisme de \(S\)-préschémas \(\pi^{X}_{\Lambda} : \overline{X} \to X_{0}\), compatible avec les restrictions aux ouverts : \(\overline{U} \simeq (\pi^{X}_{\Lambda})^{-1}(U)\). Par suite \(\mathrm{Aut}^{X_0}_{T}(X)\) opère comme faisceau d'automorphismes sur le \(X_0\)-schéma \(\overline{X}\), donc aussi sur le faisceau \[ \mathcal{S}(\overline{X}/X_{0}) \] des sections de \(\overline{X}\) au-dessus de \(X_{0}\).

D'autre part on dispose du faisceau \(\mathrm{Is}^{X_0}_{T}(\xi, X)\) des isomorphismes de \(\xi\) sur \(X\) induisant l'identité sur \(X_0\) : c'est un faisceau principal homogène sous \(\mathrm{Aut}^{X_0}_{T}(X)\) opérant à gauche et sous \(\mathrm{Aut}^{X_0}_{T}(\xi)\) opérant à droite. La déformation triviale fournit une section privilégiée \(s_{0}\) de \(\mathcal{S}(\overline{\xi}/\xi_{0})\), et l'on pose \(u \mapsto u(s_{0})\).

Proposition (page 20). L'homomorphisme \[ \mathrm{Is}^{X_0}_{T}(\xi, X) \longrightarrow \mathcal{S}(\overline{X}/X_{0}) , \qquad u \longmapsto u(s_{0}) , \] est un isomorphisme de faisceaux, compatible avec l'opération à gauche de \(\mathrm{Aut}^{X_0}_{T}(\xi)\) et celle à droite de \(\mathrm{Aut}^{X_0}_{T}(X)\).25

Corollaire 1. \(\mathcal{S}(\overline{X}/X_{0})\) est principal homogène sous \(\mathrm{Aut}^{X_0}_{T}(X)\), à droite.

Corollaire 2. \(\mathrm{Aut}^{X_0}_{T}(\xi)\) opère naturellement sur \(\mathcal{S}(\overline{X}/X_{0})\).

Corollaire 3 (page 21). Il existe un homomorphisme naturel de faisceaux \[ \mathcal{S}(\overline{X}/X_{0}) \longrightarrow \mathrm{Is}_{X_{0}}(\overline{\xi}, \overline{X}) , \] compatible avec les deux opérations, et il est injectif — car \(\mathrm{Aut}^{X_0}_{T}(\xi)\) opère fidèlement dans \(\overline{\xi}\).

C'est le premier des deux théorèmes de torseur du dossier, et il dit ceci : une déformation de \(X_0\) sur la base infinitésimale \(T\), munie d'une trivialisation, n'est pas autre chose qu'une section du schéma des sections ; les déformations trivialisées forment un espace principal homogène sous les automorphismes infinitésimaux, et il n'y a pas d'origine.

La lecture inverse, et la notation à accolade (pages 21 et 22)

La fin du feuillet 21 retourne l'énoncé, en signalant lui-même que ce n'est pas très utile : \(\overline{X}/X_{0}\) peut être vu comme un schéma sur \(X_0\) à faisceau structural \[ \mathrm{Aut}^{X_0}_{T}(\xi) = G^{\Lambda}_{X_{0}} , \] opérant sur le schéma-type \(\xi = X_{0} \times_{S} T\) ; et la donnée de \(X\) sur \(T\) se réduisant suivant \(X_0\) équivaut à la donnée d'un schéma \(\overline{X}\) sur \(X_{0}\) muni d'un tel faisceau structural, le faisceau principal associé n'étant autre que \(\mathcal{S}(\overline{X}/X_{0})\).26

C'est là qu'est introduite la notation qui servira dans tout le reste du dossier : \(\overline{\xi}\) est noté \[ X_{0}^{\{\Lambda\}} , \] schéma des points de \(X_0\) de type \(\Lambda\).27 Le feuillet 22, qui ne porte que quatre lignes et achève la phrase laissée en suspens au bas de la page 21, donne les deux lectures d'un de ses points : soit comme un automorphisme de \(X_{0} \otimes_{\mathcal{O}_S} \Lambda\) induisant l'identité sur \(X_{0}\), soit comme la donnée d'un champ de sections.

23–29

IV. Jets, parties principales, connexions (pages 23 à 29)

Aucune chemise ne sépare cette suite de la précédente : elle commence sans transition au feuillet 23, sous un titre qu'il écrit en toutes lettres en tête de la page — « éléments de sections d'ordre \(n\) de \(Y/S\) sur \(X/S\) » — et qu'il reprend, souligné, dans la marge du feuillet 24.

Le voisinage de la diagonale, et le schéma \(\pi^{(n)}\) (page 23)

\(X \times_{S} X\) est muni de ses deux projections \(\mathrm{pr}_{1}\), \(\mathrm{pr}_{2}\) et de l'immersion diagonale \(\Delta_{X}\). On note \(\Delta^{(n)}_{X/S}\) le \(n\)-ième voisinage infinitésimal de cette immersion, vu comme \(X\)-préschéma par \(\mathrm{pr}_{1}\), et \(i^{(n)}_{X} : \Delta^{(n)}_{X/S} \to X \times_{S} X\) l'immersion, \(\delta^{(n)}_{X/S} : \Delta^{(n)}_{X/S} \to X\) le morphisme structural. C'est l'objet qui représente, géométriquement, la notion de « deux points égaux à l'ordre \(n\) près ».

Pour \(Y\) un \(S\)-préschéma, on pose alors \[ \pi^{(n)}(Y/X/S) = \bigl(\mathrm{pr}_{2}\, i^{(n)}_{X}\bigr)^{*}(Y) = \Delta^{(n)}_{X/S} \times_{X \times_{S} X} (X \times_{S} Y) , \] un \(\Delta^{(n)}_{X/S}\)-schéma.28 Sa restriction le long de la diagonale redonne \(Y\) : \[ X \times_{\Delta^{(n)}_{X/S}} \pi^{(n)}(Y/X/S) = Y , \] d'où une section \(\varepsilon^{(n)}(Y/X/S) : Y \to \pi^{(n)}(Y/X/S)\), et dans l'autre sens le morphisme \[ d^{(n)}(Y/X/S) : \pi^{(n)}(Y/X/S) \longrightarrow X \times_{S} Y \longrightarrow Y . \] Ce dernier n'est pas un \(X\)-morphisme en général, et la page le note : il passe par \(\mathrm{pr}_{2}\) alors que la structure de \(X\)-schéma vient de \(\mathrm{pr}_{1}\). C'est précisément l'écart entre les deux projections qui porte toute l'information différentielle.29

Le fibré des éléments de sections (pages 24 à 26)

Supposons maintenant \(\Delta^{(n)}_{X/S}\) localement libre sur \(X\).30 On peut alors former l'image directe \[ P^{(n)}(Y/X/S) = \bigl(\delta^{(n)}_{X/S}\bigr)_{*} \bigl(\pi^{(n)}(Y/X/S) \,/\, \Delta^{(n)}_{X/S}\bigr) , \] que la marge du feuillet 24 nomme, sur trois lignes soulignées, « fibré des éléments de sections d'ordre \(n\) de \(Y/S\) sur \(X/S\) ». C'est encore une restriction de Weil, cette fois le long de \(\delta^{(n)}_{X/S}\), et elle est caractérisée par l'adjonction : pour tout \(X\)-préschéma \(\varphi : X' \to X\), \[ \mathrm{Hom}_{X}\bigl(X', P^{(n)}(Y/X/S)\bigr) \simeq \mathrm{Hom}_{\Delta^{(n)}_{X/S}}\bigl(X' \times_{X} \Delta^{(n)}_{X/S},\ \pi^{(n)}(Y/X/S)\bigr) , \] et en particulier \(\Gamma\bigl(\pi^{(n)}/\Delta^{(n)}_{X/S}\bigr) \simeq \Gamma\bigl(P^{(n)}/X\bigr)\).

Un élément de cet ensemble, la page le décrit concrètement : on prend le graphe \[ \Gamma_{\varphi} = (\mathrm{id}_{X'},\, \varphi) : X' \longrightarrow X' \times_{S} X , \] on en prend le \(n\)-ième voisinage infinitésimal \(\Gamma_{\varphi}^{(n)} \to X' \times_{S} X\), et l'on se donne une section de \(X' \times_{S} Y\) au-dessus de lui. Le feuillet écrit le graphe « \(\Gamma_{\varphi} = \varphi \times_{S} \mathrm{id}_{X}\) ».31

Les \(\Delta^{(n)}_{X/S}\) forment un système inductif de schémas sur \(X\), de limite \(\Delta^{(\infty)}_{X/S}\), et l'on a pour \(n' \geqslant n\) \[ \pi^{(n)}(Y/X/S) = \pi^{(n')}(Y/X/S) \times_{\Delta^{(n')}_{X/S}} \Delta^{(n)}_{X/S} , \] d'où un système transitif de \(X\)-morphismes \(\varphi^{(n,n')} : P^{(n')}(Y/X/S) \to P^{(n)}(Y/X/S)\) vérifiant \[ \begin{cases} \varepsilon^{(n)} \circ \varphi^{(n,n')} = \varepsilon^{(n')} , \\[3pt] \varphi^{(n,n')} \circ d^{(n')} = d^{(n)} . \end{cases} \]

Les deux opérations sur les sections (page 25)

Sur les faisceaux de sections, la construction donne deux morphismes en sens inverse : \[ d^{(n)}(Y/X/S) : \Gamma(Y/X) \longrightarrow \Gamma\bigl(P^{(n)}(Y/X/S)/X\bigr) , \] \[ \varepsilon^{(n)}(Y/X/S) : \Gamma\bigl(P^{(n)}(Y/X/S)/X\bigr) \longrightarrow \Gamma(Y/X) , \] avec \[ \varepsilon^{(n)} \, d^{(n)} = \mathrm{id} . \] C'est exactement le couple « jet d'ordre \(n\) » et « valeur » : \(d^{(n)}\) associe à une section son développement tronqué, \(\varepsilon^{(n)}\) oublie le développement et ne garde que la section. Le feuillet construit \(d^{(n)}\) en passant par \[ \mathrm{Hom}_{X}\bigl(\Delta^{(n)}_{X/S}, Y\bigr) = \Gamma\bigl(Y \times_{X} \Delta^{(n)}_{X/S} \,/\, \Delta^{(n)}_{X/S}\bigr) , \] et en vérifiant que la construction se recolle sur les sections locales.

Les connexions d'ordre \(n\), et le second théorème de torseur (pages 27 et 28)

Le feuillet 27 reprend la construction en termes d'anneaux, sur un diagramme affine : \(A \to A \otimes A\) muni de ses deux structures de \(A\)-algèbre, \(B\) une \(A\)-algèbre, et \(A'\) le quotient de \(A \otimes A\) qui définit \(\Delta^{(n)}\).32 La flèche en pointillé du diagramme supérieur porte l'exposant à accolade \(Y^{\{\Delta^{(n)}_{X/S}\}}\), de la même famille que le \(X_{0}^{\{\Lambda\}}\) de la page 21 : c'est la même construction, appliquée à la base infinitésimale \(\Delta^{(n)}_{X/S}\) au lieu de \(\mathrm{Spec}\,\Lambda\).

Le feuillet 28 donne alors les deux lectures qui sont l'aboutissement de la suite : le groupe \[ \Gamma\bigl(Y^{\{\Delta^{(n)}_{X/S}\}}/Y\bigr) \] est celui des automorphismes infinitésimaux d'ordre \(n\) des fibres de \(Y/X\) ; et le groupe \[ \Gamma\bigl(P^{(n)}(Y/X/S)/Y\bigr) \] est celui des automorphismes de \(\pi^{(n)}(Y/X/S)\) sur \(\Delta^{(n)}_{X/S}\) induisant l'identité sur \(Y\), c'est-à-dire l'ensemble des connexions d'ordre \(n\) de \(Y/X/S\) — cette dernière égalité soulignée d'un trait gras sur la page : c'est la définition qu'elle visait. Et l'énoncé :

Si \(Y/X\) est lisse, les connexions d'ordre \(n\) de \(Y/X/S\) forment un espace principal homogène sous le groupe des automorphismes infinitésimaux d'ordre \(n\) des fibres.33

C'est la même forme qu'aux pages 20 et 21, un cran plus haut. La page pose ensuite la comparaison des parties principales relatives et absolues, et s'arrête sur une question qu'elle n'élucide pas : de l'homomorphisme d'\(\mathcal{O}_{Y}\)-algèbres augmentées \(P^{n}(Y/X) \to f^{*}(P^{n}(X/S))\) elle passe à une flèche \(P^{n}(Y/S) \to f^{*}P^{n}(X/S)\) qui porte, sur le feuillet, un point d'interrogation et, sous lui, de sa main, le mot « comment ? ».

Le feuillet 29 est une feuille de calcul entièrement barrée de quatre longues diagonales, sur laquelle survivent la formule \(\varphi(g\, d^{n}f \otimes m) = m \otimes f\, d^{n}g\) et quelques produits tensoriels : c'est la traduction algébrique du même passage, abandonnée.

30–32

V. Transformations infinitésimales d'un morphisme (pages 30 à 32)

Le dernier des quatre registres, et le plus bref. Soit \(f : X \to Y\) un \(S\)-morphisme et \(S'\) une base infinitésimale au-dessus de \(S\). On appelle transformation infinitésimale de type \(S'\) de \(f\) un couple \(w = (u,v)\) de \(S'\)-automorphismes de \(X_{S'}\) et de \(Y_{S'}\), induisant l'identité sur \(X\) et sur \(Y\), et rendant commutatif

LaTeX source
\begin{tikzcd}
  X_{S'} \arrow[r, "u"] \arrow[d, "f_{S'}"'] & X_{S'} \arrow[d, "f_{S'}"] \\
  Y_{S'} \arrow[r, "v"] & Y_{S'}
\end{tikzcd}

Ces couples forment un groupe, contenu dans le produit des groupes des transformations infinitésimales de type \(S'\) de \(X\) et de \(Y\) pris séparément — c'est-à-dire que la condition de compatibilité avec \(f\) découpe un sous-groupe dans le produit, et rien de plus.

Ce groupe opère sur les sections. Si \(g\) est une section de \(X/Y\), on pose \[ \widetilde{w}(g) = u \, g_{S'} \, v^{-1} , \] qui est une section de \(X_{S'}\) sur \(Y_{S'}\) — la vérification est immédiate : \(f_{S'} u g_{S'} v^{-1} = v f_{S'} g_{S'} v^{-1} = v v^{-1} = \mathrm{id}\). Le feuillet appelle \(\widetilde{w}(g)\) le « produit » de \(g\), et identifie l'ensemble où il vit : \[ \Gamma(X_{S'}/Y_{S'}) \simeq \Gamma\bigl(X_{Y}^{\{Y_{S'}\}} \,/\, Y\bigr) , \] retrouvant l'exposant à accolade de la page 21, cette fois relatif à \(Y\).

Les pages 31 et 32 énoncent trois propriétés fonctorielles, dont la prose de liaison est très lacunaire et dont seules les formules portent.

  1. 1)Le groupe des transformations infinitésimales de type \(S'\) de \(X/Y\) opère sur \(\Gamma(X_{S'}/Y_{S'})\), et l'on a la flèche de spécialisation \(\Gamma(X/Y) \to \Gamma(X_{S'}/Y_{S'}) \simeq \Gamma(X_{Y}^{\{Y_{S'}\}}/Y)\), l'ensemble d'arrivée étant muni de son groupe d'opérateurs.34
  2. 2)Un \(Y\)-morphisme \(h : X \to X'\) compatible avec deux transformations \(w = (u,v)\) et \(w' = (u',v')\) — c'est-à-dire tel que \(u' h_{S'} = h_{S'} u\) — vérifie \[ h^{\{Y_{S'}\}}\bigl(\widetilde{w}(g)\bigr) = \widetilde{w}'(h \circ g) \qquad \text{pour toute } g \in \Gamma(X/Y) . \]
  3. 3)Compatibilité avec les produits fibrés. Si \(w\), \(w'\) sont des transformations de \(X/Y\) et \(X'/Y\) au-dessus de la même \(v\), elles en définissent une, \(w''\), de \(X \times_{Y} X'\), via \((X \times_{Y} X')_{S'} = X_{S'} \times_{Y_{S'}} X'_{S'}\), et l'on a \[ \widetilde{w}''\bigl(g \times_{Y} g'\bigr) = \widetilde{w}(g) \times_{Y} \widetilde{w}'(g') , \qquad \bigl(X \times_{Y} X'\bigr)_{Y}^{\{Y_{S'}\}} \simeq X_{Y}^{\{Y_{S'}\}} \times_{Y} X'^{\,\{Y_{S'}\}}_{Y} . \]

Le feuillet 30 porte, dans un cadre dessiné à la main et traversé d'un trait oblique, trois lignes dont il ne subsiste presque rien.35 Et le bas du feuillet 32 est une esquisse de trois ou quatre mots par ligne, sur une loi de composition, qui ne se lit pas. Le registre des morphismes n'atteint donc pas, dans le dossier, le théorème de torseur que les deux registres précédents ont atteint : il en pose le cadre et les compatibilités, et s'arrête là.

34–36

VI. Deux contre-exemples en caractéristique \(p\), et une feuille de critères (pages 34 à 36)

Sous la chemise « Exemples, cas particuliers », deux feuillets écrits au net — les mieux lisibles du dossier avec les lettres — et une feuille de récapitulation à l'italienne. Les deux contre-exemples sont calibrés, et il faut dire d'abord sur quoi : ils séparent chacun une propriété d'une propriété géométrique, c'est-à-dire d'une propriété qui doit survivre à l'extension du corps de base. C'est la matière des paragraphes 4, 6 et 17 du chapitre IV.

(i) Intègre, avec \(k\) algébriquement fermé dans le corps des fractions, et pourtant pas géométriquement intègre (page 34)

Soient \(k\) un corps imparfait de caractéristique \(p\), et \(a\), \(b\), \(c\) des éléments de \(k\). On pose \[ F = a X^{p} + b Y^{p} - c , \qquad A = k[X,Y]/(F) . \] Alors \(A\) est un anneau régulier, \(k\) est algébriquement fermé dans son corps des fractions, et pourtant \(A \otimes_{k} \overline{k}\) n'est pas intègre : en effet, sur \(\overline{k}\) on peut extraire les racines \(p\)-ièmes, et en posant \(Z = a^{1/p} X + b^{1/p} Y\) puis \(T = Z - c^{1/p}\), il vient \(F = Z^{p} - c = T^{p}\), de sorte que \[ A \otimes_{k} \overline{k} \;\simeq\; \overline{k}[X][T]/(T^{p}) , \] qui n'est même pas réduit.36

L'enjeu est net une fois dit dans le vocabulaire d'aujourd'hui. Que \(k\) soit algébriquement fermé dans le corps des fractions assure que \(A \otimes_k \overline{k}\) est irréductible ; cela n'assure pas qu'il soit réduit, ce qui demanderait que l'extension \(\mathrm{Frac}(A)/k\) soit séparable. Géométriquement intègre est strictement plus fort que intègre plus « \(k\) algébriquement fermé dedans », et cet exemple est l'écart.

(ii) Régulier, à corps des fractions séparable, et pourtant pas géométriquement régulier (pages 34 et 35)

Soient \(p \neq 2\), \(a \in k\) non puissance \(p\)-ième, et \[ F = Y^{2} - X^{p} + a , \qquad A = k[X,Y]/(F) . \] Ici \(\mathrm{Frac}(A)\) est séparable sur \(k\) : \(y\) est de degré \(2\) sur \(k(x)\), et \(2\) est inversible.37 Et \(A\) est régulier. Le seul point qui puisse être singulier est celui où \(\partial F/\partial Y = 2Y\) s'annule, c'est-à-dire l'idéal maximal \[ \mathfrak{m}' = (Y,\ X^{p} - a) = (Y,\ Y^{2} - X^{p} + a) , \] de corps résiduel \(k[X]/(X^{p}-a) = k(a^{1/p})\), purement inséparable de degré \(p\) sur \(k\). Le calcul du feuillet 35 tranche : le carré \(\mathfrak{m}''\) est engendré par \(Y^{2}\), \(Y(X^{p}-a)\), \((X^{p}-a)^{2}\) et \(F\), donc contient \(X^{p}-a = Y^{2} - F\), de sorte que \[ \mathfrak{m}'/\mathfrak{m}'^{2} \text{ est engendré par } Y \text{ seul} . \] Il est donc de dimension \(1\) sur le corps résiduel, égale à \(\dim A_{\mathfrak{m}'}\) : le point est régulier.

Mais \(A \otimes_{k} \overline{k}\) ne l'est pas. Sur \(\overline{k}\), posant \(\lambda = a^{1/p}\) et \(Z = X - \lambda\), on a \(F = Y^{2} - Z^{p}\), et à l'origine \(Y^{2} - Z^{p} \in \mathfrak{m}^{2}\) puisque \(p \geqslant 3\) : le cotangent est de dimension \(2\) pour une dimension \(1\), le point est singulier. Le feuillet conclut en deux mots, qui sont les bons : le point est « simple, mais non absolument simple » — régulier, mais non lisse. Et il ajoute, comme dernière ligne du feuillet 35, ce qui reste à vérifier pour que l'exemple soit complet : que \(k\) soit algébriquement fermé dans \(A\).38

La feuille de critères (page 36)

Un feuillet écrit à l'italienne sur papier faiblement réglé, en deux colonnes que rien ne relie explicitement, et dont les mots de liaison sont pour la plupart perdus. Ce sont des critères de séparabilité en caractéristique \(p\), et ce qui se lit est ceci. D'un côté, la caractérisation par les dérivations : pour \(A \subset B\), \[ \delta f = 0 \iff f \in A[B^{p}] , \qquad \delta^{(\infty)} f = 0 \iff f \in A[B^{p^{k}}] , \] c'est-à-dire qu'un élément annulé par toutes les \(A\)-dérivations de \(B\) est exactement un élément de la sous-algèbre engendrée par les puissances \(p\)-ièmes, et qu'un élément annulé par toutes les dérivations itérées est dans les puissances \(p^{k}\)-ièmes.39 De l'autre côté, les critères qui n'utilisent pas les dérivations : \(\Omega^{1}_{B/A} = 0\), la même condition jointe à la platitude, et une condition sur \(\Delta_{B/A}\). Le feuillet attribue l'un des critères à Chevalley.40

39–40

VII. Foncteurs différentiels d'ordre \(n\) (pages 39 et 40)

Deux feuillets sous la chemise « Foncteurs différentiels d'ordre \(n\) », et ce sont les plus abîmés du premier mouvement : la page 39 est un brouillon rapide et lourdement biffé, la page 40 est traversée de deux longues diagonales et son tiers supérieur porte trois couches d'écriture superposées. Le titre annonce une définition que le dossier n'atteint pas. Ce qui suit est donc une description de ce qui est sur les feuillets, et non un énoncé.

Le cadre posé est celui des catégories fibrées. \(S\) est un préschéma, \(\mathcal{E}\ell_{S}\) la catégorie des préschémas sur \(S\), \(\mathcal{C}\) une catégorie fibrée sur elle — le feuillet précise « pleine », d'une lecture douteuse — et \(\mathcal{C}'\) une autre. On se donne un foncteur \[ F : \mathcal{C} \longrightarrow \Phi^{\mathcal{C}} \] dont le feuillet demande qu'il soit une « section continue », et l'on regarde ses objets \(\{X'/S'\}\), \(\{X''/S''\}\) au-dessus d'une tour \(S \to S' \to S''\), en exigeant la compatibilité aux extensions de la base. L'exemple donné est \(\underline{P}^{n}_{X'/S'}\), c'est-à-dire précisément le foncteur des parties principales construit à la section IV.

L'intention se laisse donc deviner — un foncteur entre catégories fibrées est différentiel d'ordre \(\leqslant n\) lorsqu'il se factorise à travers le \(n\)-ième voisinage infinitésimal, ce qui est la forme abstraite de la notion d'opérateur différentiel d'ordre \(\leqslant n\) — mais les feuillets ne l'écrivent pas, et elle n'est pas écrite ici à leur place. La page 40 ajoute des schémas auxiliaires \(S^{d,n} = \mathrm{Spec}\,\bigl(A[t_{1},\ldots,t_{n}] / (t_{i} - \cdots)\bigr)\) et \(E^{n}_{S^{d,n}} = E^{n} \times_{S} S^{d,n}\), munis d'une section \(\varepsilon : S \to S^{d,n}\), sans que l'anneau quotient se laisse lire entièrement ni que l'usage qui en est fait apparaisse.

43–46

VIII. Les errata de Lê Dũng Tráng aux §§ 20 et 21 (pages 43 à 46)

Ici commence le deuxième mouvement, et il n'est plus de sa main. Une lettre datée « Paris le 11/01/68 », adressée « à Monsieur le Professeur A. Grothendieck, IHES, Bures s/Yvette », accompagnée de trois feuillets d'errata numérotés 1, 2 et 3 par leur auteur, chaque chiffre entouré d'un cercle. C'est la pièce que l'inventaire désigne par « lettres (1968) ».

La lettre elle-même dit exactement ce que les errata sont, et mérite d'être citée pour ce qu'elle enseigne sur la lecture d'un texte en cours d'impression : « Les errata ont été relevés pour la plupart dans les définitions. Je ne sais pas s'ils entravent des démonstrations car celles-ci faisaient intervenir des éléments de mathématiques que je ne possède pas comme les idéaux associés ou la profondeur d'un anneau. Pardonnez donc la trivialité de ces errata. »

Ils ne sont pas triviaux, et le motif qui les traverse est un seul. Le paragraphe 20 du chapitre IV construit le faisceau des fonctions méromorphes \(\mathcal{K}_X\) en inversant les sections régulières de \(\mathcal{O}_X\), et la difficulté est que la régularité d'une section n'est pas une propriété locale au sens naïf : une section peut être régulière sur un ouvert \(U\) et cesser de l'être par restriction à un ouvert plus petit. Toutes les corrections de Lê, sauf la dernière, réparent ce point.

Un dernier erratum était prévu pour (21.3.6) : le numéro est écrit puis barré de hachures croisées, et rien ne le suit. L'objection a été abandonnée avant d'être formulée.

48–48

IX. EGA IV 18 ; EGA VI : les sections d'un morphisme non ramifié (page 48)

Un feuillet isolé, de sa main, à l'encre, rapide, portant ses deux titres — « EGA IV 18 » en tête, « EGA VI » au milieu, séparés par un trait horizontal. C'est le feuillet le plus difficile du troisième lot, et plusieurs de ses mots de liaison sont perdus.

Le second titre mérite qu'on s'y arrête : le chapitre VI des Éléments n'a jamais paru. Ce feuillet est donc un fragment de ce qui devait y aller, et ce qu'il y met est la descente des sections d'un morphisme non ramifié.

Premier énoncé (EGA IV 18). Soit \(u : X \to Y\) non ramifié. Soient \(U\) un ouvert schématiquement dense de \(Y\), \(Y_{0}\) un sous-schéma fermé de \(Y\) tel que \(|Y_{0}| = |Y|\), \(u_{U}\) une section de \(X\) sur \(U\), \(u_{Y_{0}}\) une section de \(X\) sur \(Y_{0}\), coïncidant sur \(U_{0} = Y_{0} \cap U\). Alors il existe une unique section \(u\) de \(X\) sur \(Y\) dont les restrictions à \(Y_{0}\) et à \(U\) soient \(u_{Y_{0}}\) et \(u_{U}\).

C'est un énoncé de recollement : un ouvert schématiquement dense et un sous-schéma fermé de même espace sous-jacent couvrent \(Y\) pour ce qui concerne les sections d'un morphisme non ramifié. La non-ramification est ce qui donne l'unicité — deux sections qui coïncident sur un sous-schéma schématiquement dense coïncident.

Second énoncé (EGA VI). Soit \(X \to Y\) non ramifié, \(Y' \to Y\) localement noethérien, fini et épimorphisme, et \(Y'' \to Y' \times_{Y} Y'\) surjectif. Alors la suite \[ X(Y) \longrightarrow X(Y') \rightrightarrows X(Y'') \] est exacte : le foncteur des points de \(X\) est un faisceau pour cette topologie.41 La marge de droite porte, en vertical, le dernier mot souligné : « On doit pouvoir éliminer l'hyp. loc. noeth. et remplacer fini par entier ». C'est le programme que le chapitre VI aurait exécuté.

Suit un corollaire des deux — la variante du premier énoncé où \(Y_{0}\) est remplacé par un \(Y'\) fini surjectif sur \(Y\) — et un second corollaire, « Si \(f : X \to Y\) est … », que le feuillet interrompt sur ses propres points de suspension.42

49–53

X. Suites régulières : la définition de 16.9.2 n'est pas la bonne (pages 49 à 53)

C'est le sommet du dossier, et la seule de ses questions qui se pose, se travaille et se tranche à l'intérieur de la même chemise. Elle porte, de sa main, en haut à droite d'un feuillet par ailleurs blanc : « Suites régulières / Th. 11.2.9 de Raynaud ».

Les deux fiches de travail (pages 50 et 51)

Deux feuillets à en-tête de l'IHES, et ce sont des listes. Le premier, au crayon, inventorie les applications du théorème 11.2.9 dans la suite du chapitre IV : 11.3.4 (i), 11.3.8 b'), 17.12.1 c'), 19.2.4 c'), 19.4.6 (ii), et une note soulignée, « À signaler » suivi d'un mot court qui ne se lit pas, puis « remarques ? ». Le second, à l'encre, inventorie les paragraphes où la notion est en jeu : \(0_{\mathrm{IV}}\) 15, IV 11.3.7 et 11.3.8, IV 16.9, IV 19, IV 21.15 — puis, sans transition, la ligne qui fait de cette fiche autre chose qu'un index :

Lettres Deligne 17. Oct. 66. et 29 Oct. 66.

et, au-dessous, encadré de deux traits horizontaux et barré de deux longues diagonales :

Notion d'immersion régulière dans le cas non noethérien : est-elle vraisemblable ?? Vérifier § 16 !!

Les lettres qu'il cite sont dans le dossier, quatre feuillets plus loin, et la mathématique qui répond à la question est dedans. La question est rayée parce qu'elle a reçu sa réponse, et cette réponse est le tapuscrit qui suit immédiatement.

Le post-scriptum : la notion n'est pas la bonne (pages 52 et 53)

Deux feuillets de tapuscrit, copie carbone, sans en-tête ni signature, à la première personne et de sa voix — « Dans mon séminaire sur Riemann-Roch cette année ». Le destinataire n'est pas nommé. C'est un post-scriptum de lettre, et il est complet sur les deux pages.

L'aveu tient en une phrase : « il apparait (hélas) que la notion introduite sous ce nom dans EGA 16.9.2. n'est pas la bonne notion ». Et la raison tient en une autre, qui est le genre d'observation dont dépend la solidité d'un chapitre entier :

Si \(A\) est un anneau local et \(x\), \(y\) deux éléments de son idéal maximal, il est facile de donner un exemple où \((x,y)\) est une suite régulière et \((y,x)\) ne l'est pas.

Une notion qui dépend de l'ordre dans lequel on écrit les générateurs ne jouit d'aucune des propriétés qu'on en attend : on ne peut pas prendre une base de \(J/J^{2}\) et la relever, la notion d'immersion régulière ne se comporte pas bien par localisation plate ni même étale, et « toute sorte d'autres » inconvénients s'ensuivent.

Ce qu'il propose à la place est la condition de Koszul. Une suite \((f_{1},\ldots,f_{n})\) d'éléments d'un anneau, engendrant un idéal \(J\), est Koszul-régulière lorsque le complexe de l'algèbre extérieure construit sur elle est acyclique en degrés \(> 0\).43 Il énonce alors ce qui rend la notion bonne, et c'est exactement ce qui manquait à l'autre :

Ce qu'il décide d'en faire

La seconde page est la décision pratique, et c'est elle qui fait de ce tapuscrit un document et non une note. Il est trop tard pour corriger les épreuves de IV 16 et 19. On ajoutera donc une remarque 19.1.8 « dans laquelle nous ferions l'aveu » que la définition adoptée s'est avérée peu maniable dans le cas non noethérien, en renvoyant le lecteur, pour les détails et en attendant la réédition du chapitre IV, au séminaire SGA 6 « qui devrait sortir vers la fin de l'année 67 ou début 68 » ; et l'on insérera, au paragraphe 16, une note de bas de page renvoyant à cette remarque. Il ajoute entre parenthèses ce qui limite les dégâts : « Dans le par. 16, c'est en fait la notion quasi-régulière qui sert vraiment ».

Puis vient la proposition de terminologie, et c'est la page la plus instructive du dossier sur la manière dont un vocabulaire se fixe. À la réédition il faudra revoir \(0_{\mathrm{IV}}\) 15 dans le même esprit, et y remplacer partout l'hypothèse « suite régulière » par l'hypothèse plus faible et plus maniable « suite Koszul-régulière ». Et alors :

il s'imposera alors, pour les suites également, de réserver le mot le plus court à la notion qui manifestement est la plus serviable, et il faudra envisager de changer notre terminologie, en disant « suite régulière » au lieu de « suite Koszul-régulière », et en réservant tout au plus un terme tel que « suite strictement régulière » à la notion éculée.

Il termine par la remarque qui explique pourquoi rien de tout cela n'avait été vu plus tôt : « Bien sûr, dans le cas noethérien, les trois variantes (régulière, quasi, et Koko) sont équivalentes. »44

La décision a été suivie pour moitié. La condition de Koszul est bien celle dont on se sert hors du cas noethérien, et c'est elle qui gouverne la notion d'immersion régulière telle qu'on l'emploie aujourd'hui. Mais l'échange de noms qu'il envisage n'a pas eu lieu : « suite régulière » a gardé son sens ancien, et c'est la notion serviable qui porte le qualificatif, sous le nom de suite Koszul-régulière. La réédition du chapitre IV, dont tout ce feuillet suppose la venue, n'a pas paru.

55–64

XI. Les lettres de Deligne (pages 55 à 64)

Une chemise par ailleurs blanche, la page 54, porte de sa main les deux mots « Lettres Deligne ». Ce qu'elle couvre est dix feuillets à l'encre, de la main de Pierre Deligne, annotés au crayon par le destinataire.

Deux avertissements sont nécessaires avant de les lire, et ni l'un ni l'autre ne peut se voir à l'intérieur d'un seul lot de transcription.

Il y a trois lettres et non quatre. Les feuillets 61 à 64, qui suivent immédiatement, sont paginés 3 à 6 en haut à droite par leur auteur et signés « P. Deligne » : ce sont les pages 3 à 6 de la lettre du 17 octobre 1966, dont les pages 1 et 2 sont les feuillets 59 et 60. La soudure est exacte — la page 60 s'achève en construisant \(A' = A[[T_{i}]]\) et en établissant l'isomorphisme \(\mathfrak{m}'/(\mathfrak{m}'^{2} + \mathfrak{m}A') \simeq \mathfrak{n}/(\mathfrak{n}^{2} + \mathfrak{m}B)\) ; la page 61 s'ouvre sur « Remplaçant \(A\) par \(A'\), il reste à prouver que si \(\mathfrak{m}/\mathfrak{m}^{2} \otimes K \to \mathfrak{n}/\mathfrak{n}^{2}\) est surjectif… », qui est exactement le point où l'on vient d'arriver.45

Elles sont classées dans l'ordre inverse des dates. Le dossier donne 15 décembre, puis 29 octobre, puis 17 octobre. Lues ainsi, elles sont incompréhensibles : la lettre du 15 décembre répond à une lettre du 28 et reprend une objection formulée le 29 octobre. Elles sont donc lues ici dans l'ordre où elles ont été écrites, ce qui oblige à remonter les pages — d'abord 59 à 64, puis 57 et 58, puis 55 et 56.

Les annotations au crayon dans les marges sont de Grothendieck. Elles sont courtes — « oui », « Err », « ! », « ? », « Th. de Auslander », « dans réédition du Chap I ? » — et elles sont son seul mot dans cet échange : c'est le dossier d'un homme qui reçoit.

59–64

a) La lettre du 17 octobre 1966 (pages 59 à 64)

Six pages, la plus longue et la plus riche. Elle s'ouvre sur deux phrases qu'il faut garder telles quelles : « Je n'ai pas l'intention d'essayer de démontrer, cette année, le “théorème de Lefschetz vache”. J'espère donc que tu trouves quelqu'un qui le fasse. » Et : « J'ai été malade au début du mois et, comme lecture de convalescence, je lis EGA IV. »

\(0_{\mathrm{IV}}\) 19.3.12 est faux.

Le premier verdict est net. Il faut prendre pour \(W_{\lambda}\) l'ensemble des homomorphismes d'algèbre \(B \to C_{\lambda}\) relevant \(B \to C_{\lambda} / J_{\lambda}\), et ce n'est pas une variété linéaire, puisqu'on n'a pas \(J_{\lambda}^{2} = 0\). Pour sauver l'argument il faudrait savoir que, pour \(A\) artinien, les parties de \(A^{I}\) définies par des équations \(P(x_{i}) \in \mathfrak{b}\) jouissent d'une propriété de compacité — ce qui est faux dès que \(I\) est infini, et déjà pour \(A\) un corps infini : prenant \(I = k \cup \{\infty\}\) et les parties \((x_{\infty} - a)\,y_{a} = 1\), les intersections finies sont non vides et l'intersection totale est vide. Il conclut : « Je crois qu'il n'y a pas d'espoir. » La marge porte, au crayon et entouré, un seul mot : oui.

La formule d'Auslander (page 59).

À propos de \(0_{\mathrm{IV}}\) 17.3.4, il signale « une jolie démonstration cohomologique de ce résultat, qui fournit un résultat plus complet (lequel se trouve dans Northcott) », et la marge au crayon le nomme : Th. de Auslander.

Proposition. Soient \(A\) un anneau local noethérien et \(M\) un \(A\)-module de type fini, non nul, de dimension projective finie. Alors \[ \dim\mathrm{proj}(M) = \mathrm{prof}\,A - \mathrm{prof}\,M . \]

C'est la formule d'Auslander-Buchsbaum, et la démonstration de la lettre est celle qu'on donne aujourd'hui. On part de la formule, valable pour un complexe parfait \(L\), \[ R\mathrm{Hom}(K, L) = R\mathrm{Hom}(K, A) \overset{L}{\otimes} L , \] avec \(K = k\) et \(L = M\) ; on en tire la suite spectrale \[ E_{2}^{pq} = \mathrm{Tor}_{-p}\bigl(\mathrm{Ext}^{q}(k, A),\, M\bigr) \Longrightarrow \mathrm{Ext}^{p+q}(k, M) . \] Posant \(d = \dim\mathrm{proj}\,M\) et \(a = \mathrm{prof}\,A\), le terme \(E_{2}\) est nul pour \(q < a\) et pour \(p < -d\) : c'est une bande, et Deligne la dessine en marge.46 Le coin de la bande donne alors \[ \mathrm{Ext}^{n}(k, M) = 0 \text{ pour } n < a - d , \qquad \mathrm{Ext}^{a-d}(k, M) = \mathrm{Tor}_{d}\bigl(\mathrm{Ext}^{a}(k, A),\, M\bigr) \neq 0 , \] la non-nullité venant de ce que \(\mathrm{Ext}^{a}(k,A)\) est somme de copies de \(k\) et que \(\mathrm{Tor}_{d}(k, M) \neq 0\) par définition de \(d\). Donc \(\mathrm{prof}\,M = a - d\).

La page 60 étend le résultat : il vaut encore, en remplaçant \(\dim\mathrm{proj}\) par la \(\mathrm{Tor}\)-dimension, pour \(M\) de type fini sur un anneau noethérien \(B\) qui est une \(A\)-algèbre avec \(\mathfrak{m}B \subset \mathrm{rad}(B)\).

\(\mathrm{Tor}\) et la complétion pro-objective (page 60).

L'extension repose sur un énoncé pour lequel, dit-il, « je ne connais pas de référence ».

Proposition. Soient \(A\) un anneau local noethérien, \(B\) une \(A\)-algèbre locale noethérienne (\(A \to B\) local), \(\mathfrak{m}\) un idéal de \(A\), \(N\) un \(A\)-module de type fini et \(M\) un \(B\)-module de type fini. Alors \[ \varprojlim_{k} \mathrm{Tor}_{p}^{A}(N/\mathfrak{m}^{k}N,\, M) = \mathrm{Tor}_{p}^{A}(N, M)^{\wedge} , \] et plus précisément on a une égalité de pro-objets \[ \varprojlim\;\mathrm{Tor}_{p}^{A}(N, M) \big/ \mathfrak{m}^{k}\,\mathrm{Tor}_{p}^{A}(N, M) \;\xrightarrow{\;\sim\;}\; \varprojlim\;\mathrm{Tor}_{p}^{A}(N/\mathfrak{m}^{k}N,\, M) . \]

Si \(B\) était plat sur \(A\), on prendrait une résolution de \(M\) sur \(B\) et Artin-Rees conclurait — c'est lui qui exprime que « le pro-objet complétion » est un foncteur exact. On se ramène donc, en remplaçant \(B\) par une algèbre dont il est quotient et en le complétant, à un lemme de structure :

Proposition. Soit \(A \to B\) un homomorphisme local d'anneaux locaux noethériens, avec \(B\) complet. Alors \(B\) est quotient d'un anneau \(C\) tel que (i) \(C\) soit local et \(A \to C\), \(C \to B\) locaux ; (ii) \(C\) soit plat sur \(A\) ; (iii) si \(k\) est le corps résiduel de \(A\), \(C_{0} = C \otimes_{A} k\) soit régulier et \(\mathrm{gr}\,C_{0} \to \mathrm{gr}\,B_{0}\) bijectif en degrés \(0\) et \(1\).47

Le relèvement d'une extension résiduelle purement inséparable (pages 60 à 62).

Ici commence la démonstration, et c'est elle qui franchit la limite des lots. On choisit une base \(t_{i}\) d'un supplémentaire de l'image de \(\mathfrak{m}/\mathfrak{m}^{2} \otimes_{k} K \to \mathfrak{n}/\mathfrak{n}^{2}\), on la relève dans \(B\), ce qui définit \(A[[T_{i}]] \to B\), et l'on pose \(A' = A[[T_{i}]]\), plat sur \(A\), avec \(\mathfrak{m}'/(\mathfrak{m}'^{2} + \mathfrak{m}A') \xrightarrow{\sim} \mathfrak{n}/(\mathfrak{n}^{2} + \mathfrak{m}B)\). Remplaçant \(A\) par \(A'\), il reste à traiter le cas où \(\mathfrak{m}/\mathfrak{m}^{2} \otimes K \to \mathfrak{n}/\mathfrak{n}^{2}\) est surjectif, c'est-à-dire \(K = B \otimes_A k\), et il s'agit alors de trouver \(C\) avec \(K = C \otimes_A k\). « On va manger \(K\) par étapes », écrit-il, et les trois étapes sont :

  1. a)La partie transcendante. Soit \((x_{i})_{i \in I}\) une base de transcendance de \(K\) sur \(k\) ; on relève les \(x_{i}\) dans \(B\), définissant \(A(x_{i}) \to B\), où \(A(x_{i})\) est la limite inductive des localisés, au point générique de la fibre spéciale, des \(A[X_{i}]_{i \in J}\) pour \(J\) fini dans \(I\) — la construction de Nagata.48
  2. b)La partie séparable. On est ramené à \(K\) algébrique sur \(k\), et l'on trouve « sans histoire » \(A'\) plat sur \(A\), non ramifié, de corps résiduel la clôture séparable de \(k\) dans \(K\).
  3. c)La partie purement inséparable, « et on va utiliser une propriété “d'intersection complète” des corps, que je n'ai pas su bien dégager ».

Le point c) est le cœur. Soit \(K_{n} = K \cap k^{p^{-n}}\) le sous-corps des \(x\) tels que \(x^{p^{n}} \in k\), et \(x_{n}^{\alpha}\) une \(p\)-base de \(K_{n}\) sur \(K_{n-1}\). Alors \(K\) est engendré par les \(x_{n}^{\alpha}\) soumis aux relations \((x_{n}^{\alpha})^{p} = P_{n}^{\alpha}(x_{m}^{\beta},\ m < n)\) à coefficients dans \(k\). Relevant les \(x_{n}^{\alpha}\) dans \(B\) et corrigeant par récurrence, on obtient \[ \boxed{\;(x_{n}^{\alpha})^{p} = P_{n}^{\alpha}(x_{m}^{\beta},\ m < n) + \sum_{i \geqslant 1} Q_{n,i}^{\alpha}(x_{m}^{\beta}) \;} \] où \(P_{n}^{\alpha}\) est à coefficients dans \(A\) et \(Q_{n,i}^{\alpha}\) à coefficients dans \(\mathfrak{m}^{i}\).49 On prend alors pour \(C\) l'anneau complet engendré par des générateurs \(x_{n}^{\alpha}\) soumis à ces relations — rigoureusement, la limite projective des \(A/\mathfrak{m}^{k}\)-algèbres définies par les relations tronquées à \(i \leqslant k-1\).

Reste à voir que c'est plat, et la vérification est courte : il suffit de le faire pour le quotient de \(A[X_{n}^{\alpha}]\) par un nombre fini de relations, où seules un nombre fini d'indéterminées interviennent ; on applique \(0_{\mathrm{IV}}\) 15.1.16 c) \(\Rightarrow\) b), et il faut vérifier que dans \(k[X_{n}^{\alpha}]\) les \((X_{n}^{\alpha})^{p} - P_{n}^{\alpha}(X_{m}^{\beta},\ m<n)\) forment une suite régulière, « et cela résulte d'un calcul de dimension trivial — CQFD ».

Il ajoute la formulation générale qu'il n'a pas su dégager, et qui vaut d'être retenue : toute extension algébrique \(K/k\) est du type \(K = k[T_{\alpha}]/(P_{i})\) de sorte qu'en relevant les \(P_{i}\) à un anneau artinien \(A\) de corps résiduel \(k\), l'algèbre \(A[T_{\alpha}]/(\widetilde{P}_{i})\) soit plate sur \(A\). C'est une propriété « d'intersection complète » des corps, et c'est ce qui fait marcher tout le point c).

Les résultats manquants sur les suites régulières (pages 62 et 63).

« Il manque des résultats sur les suites régulières, notamment le suivant auquel Quillen faisait une référence fantôme dans sa lettre sur \(\Omega_{B/A}\). » La marge du destinataire, en oblique et d'une encre plus grasse, répond : « garder EGA IV 19, à compléter éventuellement. » Et une autre, au-dessus : « \(0_{\mathrm{IV}}\) 15 », le \(16.4\) qui la précédait étant biffé.

C'est ici que le dossier répond à la question rayée de la page 51.

Proposition. Soient \(A\) noethérien et \(I\) un idéal. Les conditions suivantes sont équivalentes :

  1. (i)\(\mathrm{Sym}_{A/I}(I/I^{2}) \xrightarrow{\sim} \mathrm{gr}_{I}(A)\) et \(I/I^{2}\) est projectif sur \(A/I\) ;
  2. (ii)\(\Lambda^{\bullet}(I/I^{2}) \xrightarrow{\sim} \mathrm{Tor}^{A}_{\bullet}(A/I, A/I)\) et idem.

Si de plus \(A\) est local et si \(f_{1},\ldots,f_{n}\) est un système minimal de générateurs de \(I\) — c'est-à-dire \(n = \dim_{k} I \otimes k\) — cela équivaut encore à

  1. (iii)\(f_{1},\ldots,f_{n}\) est une suite régulière ;
  2. (iv)le complexe de l'algèbre extérieure \(K(f, A)\) est une résolution de \(A/I\) ;
  3. (v)\(\mathrm{Ext}^{i}(A/I, A) = 0\) pour \(i < n\).

L'hypothèse de minimalité du système de générateurs est ce qui rend l'équivalence vraie et ce qui en marque la limite : c'est précisément le passage à un système quelconque de générateurs qui casse dans le cas non noethérien, et c'est ce que la notion de Koszul répare.

La démonstration donnée est celle-ci. On se ramène à \(A\) local et \(I \neq A\). Les implications (i) \(\Leftrightarrow\) (iii) \(\Rightarrow\) (iv) \(\Rightarrow\) (ii) et (iv) \(\Rightarrow\) (v) sont claires, la dernière parce que (iv) entraîne que \(\mathrm{Tor}^{1}(A/I, A/I) = I/I^{2}\) est \(A/I\)-libre. Pour (ii) \(\Rightarrow\) (iv) : soit \(P_{*}\) une résolution projective de \(A/I\) ; il existe une seule classe d'homotopie d'applications \(K(f,A) \to P_{*}\) induisant l'identité sur \(A/I\), et l'application déduite \(\Lambda^{\bullet}(I/I^{2}) = H_{*}(K(f,A) \otimes A/I) \to \mathrm{Tor}(A/I,A/I) = H_{*}(P_{*} \otimes A/I)\) coïncide avec celle de (ii). Soit \(E\) le cylindre de cette application : (ii) signifie que \(E \otimes A/I\) est acyclique, donc par Nakayama que \(E\) l'est, c'est-à-dire (iv).

Reste (v) \(\Rightarrow\) (iii), et Deligne l'ajourne d'une ligne — « Va être modulée » — puis démontre une proposition plus forte, à coefficients dans un module :

Proposition. Si \(I\) est un idéal de l'anneau local \(A\), \(f_{1},\ldots, f_{n}\) un système minimal de générateurs de \(I\), \(M\) un \(A\)-module de type fini, et si \(\mathrm{Ext}^{i}(A/I, M) = 0\) pour \(i < n\), alors \(f_{1},\ldots,f_{n}\) est une suite \(M\)-régulière.

La démonstration est en trois temps, dont le troisième est le joli. On remarque d'abord que la conclusion ne dépend qu'apparemment du système de générateurs, en déroulant la chaîne d'équivalences entre régularité, quasi-régularité et bijectivité de \(\mathrm{gr}_{I}(A) \otimes_{A/I} M/IM \to \mathrm{gr}_{I}(M)\). Puis, s'il existe \(f \in I \setminus \mathfrak{m}I\) qui soit \(M\)-régulier, on descend d'un cran et l'on conclut par récurrence sur \(n\). Enfin, s'il n'en existe aucun, alors \[ I \subset \mathfrak{m}I \cup \bigcup_{\mathfrak{p} \in \mathrm{Ass}(M)} \mathfrak{p} , \] et un lemme d'évitement conclut qu'il existe \(\mathfrak{p} \in \mathrm{Ass}\,M\) avec \(I \subset \mathfrak{p}\), d'où \(\mathrm{Hom}(A/I, M) \neq 0\), donc \(n = 0\), \(I = 0\), et l'assertion est vraie.

Lemme (que Deligne attribue par un « (Nagata !) »). Soient \(\mathfrak{a}\) un idéal d'un anneau \(A\), \((\mathfrak{b}_{i})_{0 < i \leqslant n}\) des idéaux et \((\mathfrak{p}_{i})_{0 < i \leqslant m}\) des idéaux premiers. Si \(\mathfrak{a} \subset \bigcup_{i} \mathfrak{b}_{i} \cup \bigcup_{i} \mathfrak{p}_{i}\), alors ou bien \(\mathfrak{a} \subset \bigcup \mathfrak{b}_{i}\), ou bien il existe \(i\) avec \(\mathfrak{a} \subset \mathfrak{p}_{i}\).

C'est le lemme d'évitement des idéaux premiers, dans la forme forte où les idéaux non premiers sont traités en bloc. Sa démonstration en deux lignes est celle de la lettre : on se ramène à \(m = 1\) et à \(\mathfrak{p} \not\supset \mathfrak{b}_{i}\) ; si \(\mathfrak{a} \not\subset \bigcup \mathfrak{b}_{i}\), on prend \(x \in \mathfrak{a} \setminus \bigcup \mathfrak{b}_{i}\), donc \(x \in \mathfrak{p}\), et pour \(y \in \mathfrak{a} \cap \bigcap \mathfrak{b}_{i}\) on a \(x + y \in \mathfrak{a} \setminus \bigcup \mathfrak{b}_{i}\), donc \(x+y \in \mathfrak{p}\) et \(y \in \mathfrak{p}\) ; d'où \(\mathfrak{a} \cap \bigcap \mathfrak{b}_{i} \subset \mathfrak{p}\) et, comme \(\mathfrak{b}_{i} \not\subset \mathfrak{p}\), \(\mathfrak{a} \subset \mathfrak{p}\).50

Plat \(\Longleftrightarrow\) formellement projectif (pages 63 et 64).

En marge, « \(0_{\mathrm{IV}}\) 19.2 », et : « Il manque la proposition suivante, dont tu démontres un cas particulier en 19.7.1.1 ».

Proposition. Soient \(A \to B\) un homomorphisme local d'anneaux locaux noethériens et \(M\) un \(B\)-module de type fini, \(A\) et \(M\) munis des topologies \(\mathfrak{m}\)- et \(\mathfrak{n}\)-adiques. Alors \(M\) est plat sur \(A\) si et seulement s'il est formellement projectif sur \(A\).

La démonstration est un enchaînement d'équivalences dont l'intérêt est la méthode — tout se passe dans les catégories de pro- et d'ind-objets, et la dualité entre les deux fait le travail. On se ramène à \(A\) artinien local, puis \[\begin{align*} \text{(ii)} &\iff \varinjlim_{k} \mathrm{Ext}^{1}_{A}(M/\mathfrak{n}^{k}M, N) = 0 \quad \forall N \\ &\iff \text{idem pour } N \text{ un } k\text{-espace vectoriel (dévissage)} \\ &\iff \varinjlim \mathrm{Ext}^{1}_{A}(M/\mathfrak{n}^{k}M, k) = 0 \text{ comme Ind-objet} \\ &\iff \varprojlim \mathrm{Tor}^{A}_{1}(M/\mathfrak{n}^{k}M, k) = 0 \text{ comme pro-objet,} \end{align*}\] le précédent étant le dual de celui-ci. On calcule ce \(\mathrm{Tor}\) par une résolution plate de \(k\), et Artin-Rees identifie le pro-objet à \(\varprojlim\ \mathrm{Tor}^{A}_{1}(M,k)/\mathfrak{n}^{k} \mathrm{Tor}^{A}_{1}(M,k)\), dont la nullité signifie \(\mathrm{Tor}_{1}(M,k) = 0\), c'est-à-dire la platitude.51

Les six dernières remarques, et la signature (page 64).

Le reste de la lettre est une suite de notes marginales numérotées par le paragraphe qu'elles visent, et elles montrent le genre de lecture dont un texte en épreuves a besoin.

Et la lettre se ferme sur un aveu : « En relisant cette lettre, je suis honteux de la démonstration tordue donnée pg 2 de ce que \(\mathrm{Tor}\) et “pro-objet complétion” commutent. Il suffirait, par dévissage, de traiter directement le cas \(N = A\) et \(M = B\), ié “\(\varprojlim\)” \(\mathrm{Tor}^{A}_{p}(A/\mathfrak{m}^{k}, M) = 0\) si \(p > 0\), mais j'en suis incapable. Tu trouveras ci-joint une lettre de Serre que je te renvoie. » La lettre de Serre n'est pas dans le dossier.

57–58

b) La lettre du 29 octobre 1966 (pages 57 et 58)

Deux pages, sur EGA IV 19. Elles portent sur une seule chose : les hypothèses de séparation.

L'hypothèse \((*)\) « semble idiote »

L'hypothèse mise en cause est : « tout quotient de tout sous-module de \(M\) (resp. \(M^{n}\)) est séparé pour la topologie \(J\)-adique », et l'objection est en deux points.

  1. (i)Elle n'est pas impliquée par l'hypothèse de finitude relative noethérienne standard — « \(M\) fini sur la \(A\)-algèbre noethérienne \(B\), \(A\) noethérien, \(JB \subset R(B)\) » — « qui elle est naturelle ». La marge porte un point d'interrogation au crayon.
  2. (ii)Le seul exemple non trivial indiqué où l'hypothèse soit vérifiée, soit 19.5.6 (ii), est faux : dans \((*)\) on ne se limite pas à prendre des quotients par des sous-modules gradués. Contre-exemple : \(A = B[T]\), \(M = N[T]\), \(N\) un \(A\)-module où \(T\) agit par \(1\) ; ce \(A\)-module est quotient de \(M\). La marge porte « Err », souligné, au crayon — verdict accepté — et un point d'exclamation contre l'exemple.

Suit la phrase qui dit le parti pris : « Je crois qu'il faut éviter d'employer des hypothèses de séparation qu'on ne rencontre pas dans la nature, comme “idéalement séparé” etc., et se limiter à utiliser (i) — J'avoue toutefois, avec honte, que dans le même geste sacrilège je serais prêt à supposer tous les schémas séparés et noethériens… » Il propose tout de même, pour coiffer (i) et \((*)\), une hypothèse intermédiaire : \[ \forall f : N \to P ,\ N \text{ et } P \text{ finis sur } A ,\quad \mathrm{Ker}(M \otimes N \to M \otimes P) \text{ est } J\text{-séparé} , \] contre laquelle la marge porte un point d'exclamation.52

La réponse à 19.5.6 (iii), et quatre remarques.

« L'implication b) \(\Rightarrow\) c) de 19.5.5 est vraie sans qu'on doive faire aucune hypothèse de séparation. Pour le voir, il suffit de lire le cas \(n = 1\) de la démonstration “à la Schwartz”. » Il joint, vu l'urgence signalée, une rédaction de la démonstration, « copiée sur la primitive » — cette rédaction n'est pas dans le dossier.

Puis, en quatre tirets, ce qui n'appartient à aucun théorème :

55–56

c) La lettre du 15 décembre 1966 (pages 55 et 56)

Deux pages, et la dernière des trois. Elle répond à une lettre du 28 — qui n'est pas dans le dossier — et elle revient sur l'objection d'octobre : « Après avoir tourné 7 fois ma langue dans ma bouche, je répète mon objection à l'hypothèse “tout quotient de tout sous-module de \(M\) est séparé pour la topologie \(J\)-adique”, qui n'est pas en général vérifiée pour \(M\) de type fini sur la \(A\)-algèbre \(B\), \(A\) et \(B\) noethériens, \(JB \subset R(B)\). »

Le contre-exemple est en trois lignes. \(A\) noethérien local, \(J = \mathfrak{m}\), \(B = A[[T]]\), \(M = B\). Comme \(A\)-module, \(B \simeq A^{\mathbf{N}}\), donc tout module quotient de \(A^{(\mathbf{N})}\) est quotient d'un sous-\(A\)-module de \(B\) ; et « un module ayant un système dénombrable de générateurs n'a aucune raison d'être séparé ! ».53

Deux post-scriptum. Le premier donne son adresse militaire en Allemagne. Le second est le plus lourd :

Je commence à lire IV § 16. La démonstration de 16.1.5 est canulée, comme on le voit en prenant \(X = \mathrm{Spec}(k[T])\), \(Y = \mathrm{Spec}(k[T]) \sqcup \mathrm{Spec}(k)\), tous deux affins.

Avec les notations de 16.1.15 (i), \(J = 0\), mais les voisinages infinitésimaux de \(Y\) ne sont pas triviaux en \(\mathrm{Spec}(k)\). Il ajoute : « J'ignore si la proposition est vraie. »54

Et enfin : « même en admettant 16.1.5, 16.1.6 n'est pas convaincant en général : si \(B\) est de présentation finie sur \(A\), j'ignore si le noyau de \(A \to B\) est un idéal de type fini. C'est sans doute faux. »

C'est donc le paragraphe 16 — celui-là même que la fiche de la page 51 demande de vérifier, celui dont le tapuscrit des pages 52 et 53 va retirer une définition — qui reçoit ici, deux mois plus tard, son second coup.

66–80

XII. Divers (pages 66 à 80)

Une feuille kraft par ailleurs vierge porte, en haut à droite et suivi de points de suspension, le seul mot « Divers …. ». Ce qu'elle couvre est quinze feuillets sans lien entre eux, qui sont des compléments au chapitre IV rangés dans aucun ordre. On les prend comme ils viennent.

La structure d'une démonstration du Main Theorem (pages 66 et 67)

Ce n'est pas une démonstration : c'est le plan d'une démonstration, et c'est à ce titre qu'il vaut d'être lu, car on y voit comment une preuve se décompose en couches d'hypothèses qu'on enlève une à une.

  1. a)Démonstration par voie globale, dans le cas \(Y\) localement noethérien et \(f\) quasi-projectif.
  2. b)Extension au cas où \(f\) est quasi-fini séparé de présentation finie et \(Y\) quasi-compact quasi-séparé. On prouve que la question est alors locale sur \(Y\) (IV 8.12.3), ce qui ramène au cas noethérien ; et que l'hypothèse faite implique \(f\) quasi-affine (IV 8.11.2), ce qui ramène aux conditions de a).
  3. c)Élimination de l'hypothèse « \(f\) de présentation finie », ne gardant que « \(f\) quasi-fini séparé ».

L'élimination de la méthode globale est traitée à part : on se ramène au cas où \(Y\) est local essentiellement de type fini sur \(\mathrm{Spec}\,\mathbf{Z}\), on passe aux complétés et l'on fait une récurrence sur la dimension, en utilisant que le passage au complété est compatible avec la fermeture intégrale (IV 6.14.4).

Et pour c), deux voies : ou bien supposer \(f\) quasi-projectif et passer à la limite dans \(X = \varprojlim X_{i}\) ; ou bien prouver que \(f\) est nécessairement quasi-affine, donc quasi-projectif (IV 18.12.12), par la technique de localisation étale. Il note alors l'objection qui pèse sur la seconde voie, et c'est l'observation la plus intéressante du feuillet : la technique de localisation étale utilise elle-même le Main Theorem, sous la forme locale en haut qu'établit b). Le choix reste ouvert « entre la démonstration chronologique globale, ou démonstration purement locale… », et le feuillet s'arrête là.

Morphismes essentiellement de présentation finie, et essentiellement affines (pages 69 et 70)

Deux définitions et deux propositions, sous ses propres titres.

Soit \(f : X \to Y\) un morphisme. On considère les conditions :

  1. (i)\(f\) est la limite projective d'un système projectif filtrant essentiellement affine de \(Y\)-préschémas de présentation finie ;
  2. (ii)\(f\) se factorise en \(X \xrightarrow{f_{1}} X_{0} \xrightarrow{f_{0}} Y\) avec \(f_{0}\) de présentation finie et \(f_{1}\) affine ;
  3. (iii)comme (ii), mais avec \(X = \mathrm{Spec}(\mathcal{A})\) où \(\mathcal{A}\) est une Algèbre quasi-cohérente sur \(X_{0}\) limite inductive filtrante d'Algèbres de présentation finie.

Alors (i) \(\Leftrightarrow\) (iii) \(\Rightarrow\) (ii), et tout est équivalent si \(Y\) est localement noethérien.

Définition. \(f\) est essentiellement de présentation finie s'il satisfait (ii) ; \(X\) l'est si \(X \to \mathrm{Spec}\,\mathbf{Z}\) l'est. On note que cela entraîne \(f\) quasi-compact quasi-séparé.

La proposition qui suit donne la boîte à outils habituelle : la présentation finie implique la notion ; un morphisme affine de but localement noethérien, ou de but quasi-compact quasi-séparé avec faisceau inversible ample, l'est ; une immersion de but quasi-compact quasi-séparé l'est ; la notion est stable par changement de base et par composition ; et si \(g\) est essentiellement de présentation finie (avec \(S\) quasi-compact quasi-séparé, ou \(g\) de présentation finie), alors \(gf\) l'étant, \(f\) l'est.

Une seconde proposition, plus fine : si \(S\) est universellement japonais — par exemple \(S = \mathrm{Spec}\,\mathbf{Z}\) — et si \(X\) est essentiellement de présentation finie sur \(S\), alors pour que \(X\) soit géométriquement unibranche il faut et il suffit qu'il soit de la forme \(\varprojlim X_{i}\) avec les \(X_{i}\) géométriquement unibranches (resp. normaux).

Le feuillet 70 reprend la seule notion « essentiellement affine » — même factorisation, sans la condition de présentation finie sur \(f_{0}\) — et commence une liste de propriétés dont le (i) est écrit et le (ii) resté vide. Le feuillet s'arrête là.

Les préschémas dont les anneaux locaux réduits sont des corps (page 72)

Un feuillet de conditions équivalentes, et c'est une caractérisation des préschémas de dimension zéro. La liste, dans sa numérotation finale :

  1. (i)Tout point est fermé.
  2. (ii)Tout point admet un voisinage ouvert localement compact ; (ii b) idem, compact ; (ii ter) tout ouvert affine est compact ; (ii quater) si \(X\) est quasi-séparé, \(X\) est localement compact.
  3. (iii)Les anneaux locaux de \(X_{\mathrm{réd}}\) sont des corps.
  4. (iv)\(X^{\mathrm{cons}} \to X\) est un homéomorphisme (ou : un isomorphisme) ; (iv bis) toute partie localement constructible est ouverte ; (iv ter) si \(X\) est quasi-séparé, toute partie constructible est ouverte ; (iv quater) tout ouvert affine est fermé.

\(X^{\mathrm{cons}}\) désigne l'espace \(X\) muni de la topologie constructible. L'équivalence de (i) et (iii) est triviale — tout point fermé signifie tout idéal premier maximal, c'est-à-dire dimension zéro. Les autres disent que l'espace est un espace localement compact totalement discontinu.

Le feuillet porte ensuite une chaîne d'implications, et il faut la lire avec un avertissement. La liste a été renumérotée de \((v\ldots)\) en \((iv\ldots)\) et la chaîne ne l'a pas été.55 Les justifications qu'il donne sont d'un mot — « if », pour « immédiat » ou « il faut » — sauf une, (i) \(\Rightarrow\) (iv quater) : « car l'adhérence est formée des spécialisations ».

Le feuillet ajoute enfin deux choses. Un N.B. : tout espace localement compact totalement discontinu muni d'un faisceau d'anneaux dont les fibres sont des corps est un préschéma. Et un corollaire, qui est le véritable intérêt de la page :

Corollaire. Conditions équivalentes : (i) \(X\) est « localement compact » (pas nécessairement séparé) et réduit ; (ii) tout Module sur \(X\) est plat ; (ii bis) tout Module de présentation finie sur un ouvert affine de \(X\) est plat ; (ii ter) si \(X\) est quasi-séparé, tout Module quasi-cohérent sur \(X\) est plat ; (iii) \(X^{\mathrm{cons}} \to X\) est un isomorphisme d'espaces annelés.

C'est la caractérisation des anneaux absolument plats, dits aujourd'hui von Neumann réguliers : un anneau sur lequel tout module est plat. La condition (iii) est l'énoncé géométrique correspondant — le spectre coïncide avec son spectre constructible.

Deux feuillets de tapuscrit (pages 73 et 78)

Le premier, paginé 41, énonce un théorème de descente effective pour les faisceaux étales. Ses annotations manuscrites sont des consignes de mise en page pour la dactylographe et ne concernent pas le contenu.

Théorème 9.4. Soit \(f : X' \to X\) un morphisme surjectif de préschémas. On suppose vérifiée l'une des hypothèses : a) \(f\) entier ; b) \(f\) propre ; c) \(f\) plat et localement de présentation finie ; d) \(X\) discret (par exemple le spectre d'un corps). Alors \(f\) est un morphisme de descente effective pour la catégorie fibrée des faisceaux étales : le foncteur \(f^{*}\) induit une équivalence entre la catégorie des faisceaux sur \(X\) et celle des faisceaux sur \(X'\) munis d'une donnée de descente relativement à \(f\).

La démonstration commencée (9.4.1) définit, à partir d'un faisceau \(F'\) muni d'une donnée de descente, le foncteur \(G(Y) = \mathrm{Ker}\bigl(F'(Y') \rightrightarrows F''(Y'')\bigr)\), constate que c'est un faisceau pour la topologie étale, et construit un homomorphisme canonique injectif \(G \to f_{*}(F')\). Le feuillet s'interrompt là.

Le second tapuscrit, paginé 24 et corrigé de sa main, est la démonstration d'un énoncé (i) par récurrence noethérienne. On réduit à montrer que \(f_{*}F'\) est localement constant et constructible sur un ouvert non vide convenable ; on prend \(x\) un point maximal de \(X\) ; en remplaçant \(X\) par un revêtement étale d'un voisinage de \(x\), on rend radiciel chaque point de \(X'\) au-dessus de \(x\), de sorte que \(X' \to X\) est somme de morphismes radiciels au voisinage de \(x\) (EGA IV.9.6.1) ; en rétrécissant encore on rend \(F'\) constant, et alors \(f_{*}F'\) est produit d'un nombre fini de faisceaux constructibles constants, donc constructible et constant.56

La condition \((h_{0})\) (pages 74 à 76)

Définition. Un morphisme \(f : T \to S\) vérifie \((h_{0})\) lorsque l'application \(\mathrm{OF}(S) \to \mathrm{OF}(T)\) est injective, ce qui équivaut à dire que pour toute partie ouverte et fermée non vide \(\mathcal{U}\) de \(S\), \(f^{-1}(\mathcal{U})\) est non vide ; et encore à dire que le foncteur \(S' \mapsto T' = T \times_{S} S'\) des revêtements de \(S\) aux revêtements étales de \(T\) est conservatif. Cela entraîne qu'il est pleinement fidèle.

Deux cas immédiats : si \(S\) est connexe non vide, la condition équivaut à \(T \neq \emptyset\) ; et si \(S = \coprod_{i} S_{i}\) avec les \(S_{i}\) connexes non vides, elle équivaut à \(f^{-1}(S_{i}) \neq \emptyset\) pour tout \(i\). C'est donc exactement la condition de surjectivité sur les composantes connexes.

Proposition. Soient \(f : T \to S\) un morphisme de \(k\)-préschémas (\(k\) un corps), \(R'\) un \(k\)-préschéma, et \(f' : T' \to S'\) le morphisme déduit par changement de base. Si \(f\) satisfait \((h_{0})\), alors \(f'\) aussi ; et réciproquement si \(R' \neq \emptyset\).

Le sens facile est celui de la réciproque : \(S' \to S\) étant surjectif, une partie ouverte et fermée de \(S\) dont l'image inverse dans \(S'\) est vide est vide. Le sens direct se traite fibre par fibre, ce qui ramène à \(R' = \mathrm{Spec}\,k'\) avec \(k'\) un corps, que l'on peut supposer algébriquement clos, puis clôture algébrique de \(k\) ; on conclut alors par un argument galoisien — l'image directe d'une partie ouverte et fermée de \(S'\) est stable par \(\mathrm{Gal}(k'/k)\), donc ouverte et fermée dans \(S\), et son image inverse dans \(T\) étant vide, elle est vide.57 Le feuillet note en marge : « Cf simplification éventuelles de EGA IV 4 ».

Corollaire 1. Si \(f : T \to S\) satisfait \((h_{0})\) et si \(R' \neq \emptyset\), le carré

LaTeX source
\begin{tikzcd}
  \mathrm{OF}(S) \arrow[r, hook] \arrow[d] & \mathrm{OF}(T) \arrow[d] \\
  \mathrm{OF}(S') \arrow[r, hook] & \mathrm{OF}(T')
\end{tikzcd}

est cartésien. L'injectivité de \(\mathrm{OF}(S) \to \mathrm{OF}(T)\) donne l'injectivité de \(\mathrm{OF}(S) \to \mathrm{OF}(T) \times_{\mathrm{OF}(T')} \mathrm{OF}(S')\), et la surjectivité est immédiate par descente, en utilisant que \(\mathrm{OF}(S'') \to \mathrm{OF}(T'')\) est injective.

Le feuillet 76 est une page de croquis, sans titre : trois diagrammes et quelques lignes, à propos du prolongement d'un morphisme \(A_{T} \to B_{T}\) en un morphisme \(A \to B\).58 Ce qui s'en dégage est un énoncé d'unicité et un critère d'existence : sous les deux hypothèses que toute partie ouverte et fermée de \(S''\) d'image inverse vide dans \(T''\) est vide — c'est-à-dire \((h_{0})\) pour \(T'' \to S''\) — et que \(S' \to S\) est un morphisme de descente pour la catégorie des schémas relatifs, il existe au plus un \(u : A \to B\) induisant un \(v : A_{T} \to B_{T}\) donné, et il en existe un si et seulement s'il en existe un après le changement de base \(S' \to S\).

Les conditions sur \(Y \to X\) : composantes connexes et revêtements étales (pages 77 et 79)

Deux feuillets au crayon, sur le dos de deux tapuscrits qui transparaissent, et qui portent deux fois la même liste sous deux formes. Ce sont les plus difficiles du dossier, et la comparaison des deux rédactions est le seul moyen de les lire.

Rappelons la clef : chaque condition porte sa forme forte entre parenthèses, et la liste vaut donc deux fois.

Conditions équivalentes pour \(f : Y \to X\).

  1. (i)Pour tout \(X'\) étale sur \(X\), posant \(Y' = Y \times_{X} X'\), l'application \(\mathrm{OF}(X') \to \mathrm{OF}(Y')\) est injective (bijective).
  2. (i bis)(\(X\), \(Y\) localement noethériens) Pour tout tel \(X'\), \(\pi_{0}(Y') \to \pi_{0}(X')\) est surjective (bijective).
  3. (ii)\(\Gamma(X'/X) \to \Gamma(Y'/Y)\) est injective (bijective).
  4. (iii)Le foncteur \(X' \mapsto Y' = X' \times_{X} Y\), de la catégorie des revêtements étales finis de \(X\) dans celle des revêtements étales finis de \(Y\), est fidèle (pleinement fidèle).

C'est la condition de type Lefschetz sur le groupe fondamental : dans la lecture forte, la pleine fidélité du foncteur des revêtements étales finis est exactement la surjectivité de \(\pi_{1}(Y) \to \pi_{1}(X)\).59

Le feuillet 77 porte, entre les conditions, les raisons des équivalences, écrites en deux flèches courbes dans la marge : de (iii) vers (i), « considération des graphes » ; de (i) vers (iii), « par considération des Hom » ; et sous elles la ligne qui fait le pont, « Car \(\mathrm{OF}(X') \simeq \Gamma(I_{X'}/X')\) ».

Le feuillet 79 ajoute une quatrième condition — \(f(Y)\) dense dans \(X\) — et, surtout, la réserve que la page 77 ne portait pas. L'implication (i) \(\Rightarrow\) (ii) ne vaut « comme avant » que tant qu'on se borne aux schémas séparés sur \(X\), ou qu'il ne s'agit que de l'énoncé faible ; sinon « il semble qu'il faille supposer \(f\) universellement [quelque chose] et [qu'il] reste tel après changement de base ». Il note enfin que si \(X\) et \(Y\) sont essentiellement de présentation finie et qu'on impose des conditions stables par tout changement de base fini, « alors c'est de nouveau OK. (cf SGAA) ».60 Le haut du feuillet 77, au-dessus d'un trait horizontal, porte des croquis étrangers à la liste — un \(X'\) biffé d'où partent deux flèches vers \(Y\), et trois modules de différentielles dont un biffé.

Croquis : images directes et changement de base (page 80)

Un feuillet de croquis à l'encre, tracés en travers d'un tapuscrit filmé tête-bêche qui n'est pas de sa main. Seuls des fragments portent : \[ i_{*}(\Lambda_{V}) = \Lambda_{C} , \qquad R^{1} i_{*}(\Lambda_{V}) = \mathcal{H}^{-1}_{Z,C} , \] ce dernier souligné deux fois et suivi d'un renvoi « 2.14. » ; puis deux carrés cartésiens et la flèche de changement de base \[ u^{*}\bigl(R^{i} p_{*}(\overline{F})\bigr) \longrightarrow R^{i} p_{Y*}\bigl(u'^{*}(\overline{F})\bigr) . \] C'est le morphisme de changement de base pour les images directes supérieures, noté pour lui-même. Le feuillet ne dit pas sous quelles hypothèses il serait un isomorphisme, et rien n'est supposé ici à sa place.

82–89

XIII. IV 5 : dimension, une \(\partial\)-catégorie, la clôture intégrale (pages 82 à 89)

Une chemise orange porte, à l'encre puis au crayon : « IV 5 », un mot biffé qui ne se lit plus, « Compléments d'ordre divers ».

Un lemme de codimension, et deux corollaires (pages 82 et 83)

Lemme 1. Soient \(X\) un préschéma noethérien, \(Y\) une partie fermée non vide, \((Y_{i})_{i \in I}\) l'ensemble de ses composantes irréductibles, \((X_{k})_{k \in K}\) celles de \(X\). Posons \(r = \mathrm{Codim}(Y, X)\), \(I'\) l'ensemble des \(i\) tels que \(\mathrm{Codim}(Y_{i}, X) = r\), et pour \(i \in I'\), \(K_{i}\) l'ensemble des \(k\) tels que \(X_{k} \supset Y_{i}\) et \(\mathrm{Codim}(Y_{i}, X_{k}) = r\). Soit enfin \(x\) une section d'un Module inversible \(L\) sur \(X\) telle que \(V(x) \supset Y\). Alors :

  1. 1o)\(\mathrm{Codim}(Y, V(x)) \geqslant r - 1\), avec égalité si et seulement s'il existe \(i \in I'\) et \(k \in K_{i}\) tels que \(V(x) \not\supset X_{k}\) ;
  2. 2o)si \(X\) est local et \(r > 0\), il existe \(x \in \mathfrak{m}\) tel que \(\mathrm{Codim}(Y, V(x)) = r - 1\) et \(\dim V(x) = \dim X - 1\).

La démonstration de 1o est l'enchaînement du feuillet, et c'est le théorème de l'idéal principal de Krull qui la porte : \(\mathrm{Codim}(Y, V(x)) = \mathrm{Inf}_{i}\, \mathrm{Codim}(Y_{i}, V(x))\), et \[ \mathrm{Codim}(Y_{i}, V(x)) = \dim \mathcal{O}_{V(x), y_{i}} \geqslant \dim \mathcal{O}_{X, y_{i}} - 1 = \mathrm{Codim}(Y_{i}, X) - 1 \geqslant \mathrm{Codim}(Y, X) - 1 . \] L'égalité impose donc les deux égalités simultanées \(\mathrm{Codim}(Y_{i}, V(x)) = \mathrm{Codim}(Y_{i}, X) - 1\) et \(\mathrm{Codim}(Y_{i}, X) = \mathrm{Codim}(Y, X)\), c'est-à-dire \(i \in I'\) et l'existence d'un \(k \in K_{i}\) avec \(V(x) \not\supset X_{k}\) — autrement dit la section doit couper effectivement au moins une composante de la bonne codimension.

Pour 2o : comme \(r > 0\), aucune composante irréductible \(X_{\alpha}\) de \(X\) n'est contenue dans \(Y\), donc \(\mathfrak{m} \not\subset \mathfrak{p}_{\alpha}\) pour tout \(\alpha\), et le lemme d'évitement fournit \(x \in \mathfrak{m}\) n'appartenant à aucun des \(\mathfrak{p}_{\alpha}\).61

Corollaire 1. Soient \(A\) un anneau noethérien et \(\mathfrak{m}\) un idéal de hauteur \(r\). Alors il existe \(x_{1},\ldots,x_{r} \in \mathfrak{m}\) avec \(\mathrm{ht}\bigl(\sum x_{i}A\bigr) = r\) ; si \(\mathfrak{m}\) est premier, il est minimal au-dessus de \((x_{1},\ldots,x_{r})\). Si \(A\) est local et \(\mathfrak{m}\) son idéal maximal, les \(x_{i}\) forment un système de paramètres.62

Corollaire 2. Soient \(A\) local noethérien, \(\mathfrak{p}\) un idéal premier et \(r = \dim A_{\mathfrak{p}}\). Alors il existe \(x_{1},\ldots,x_{r} \in \mathfrak{p}\) définissant un système de paramètres de \(A_{\mathfrak{p}}\) ; et si \(\dim A/\mathfrak{p} + \dim A_{\mathfrak{p}} = \dim A\) — par exemple si \(A\) est caténaire et équidimensionnel — ils font partie d'un système de paramètres de \(A\).63

La marge gauche du feuillet 83, écrite de bas en haut sur toute la hauteur, ajoute un corollaire de plus : pour \(x_{1},\ldots,x_{p} \in \mathfrak{m}_{A}\), \(A\) local noethérien, les conditions \(\mathrm{ht}(\sum A x_{i}) = p\) — l'autre inégalité étant toujours vraie — et « \(x_{1}\) ne s'annule sur aucune composante irréductible de \(\mathrm{Spec}(A)\), …, \(x_{n}\) ne s'annule sur aucune composante irréductible de \(\mathrm{Spec}\,A/\sum_{i<n} x_{i}A\) » sont équivalentes.64

Une \(\partial\)-catégorie (page 84)

Un feuillet entier, barré de traits diagonaux mais parfaitement lisible sous la rature, qui pose les premiers axiomes d'une notion de catégorie graduée à translation.

Définition. Une \(\partial\)-catégorie \(\mathcal{H}\) est une catégorie additive graduée — les \(\mathrm{Hom}(X,Y)\) sont des groupes gradués et la composition est additive sur les degrés — satisfaisant les axiomes qui suivent. On note \(\mathcal{H}_{(0)}\) la catégorie où l'on ne garde que les morphismes de degré \(0\).

Axiome \(\partial 1\). Pour tout objet \(X\), il existe un objet \(X(1)\) et un isomorphisme fonctoriel en \(X\) sur \(\mathcal{H}_{(0)}\) \[ \mathrm{Hom}_{1}(X, Y) \xrightarrow{\;\sim\;} \mathrm{Hom}_{0}(X, Y(1)) . \]

Le feuillet donne aussitôt la forme concrète de cet axiome, qui lui est équivalente : il existe un objet \(X(1)\) et un isomorphisme \(\alpha_{X} : X(1) \to X\) de degré \(1\), et un objet \(X(-1)\) et un isomorphisme \(\beta_{X} : X(-1) \to X\) de degré \(-1\).65

On en déduit, par composition avec \(\alpha_{X}\) et \(\beta_{X}\), quatre isomorphismes pour tout \(Y\) : \[ \text{I} \begin{cases} \mathrm{Hom}_{n}(X, Y) \xrightarrow{\sim} \mathrm{Hom}_{n+1}(X(1), Y) \\ \mathrm{Hom}_{n}(Y, X(1)) \xrightarrow{\sim} \mathrm{Hom}_{n+1}(Y, X) \end{cases} \qquad \text{II} \begin{cases} \mathrm{Hom}_{n}(X, Y) \xrightarrow{\sim} \mathrm{Hom}_{n-1}(X(-1), Y) \\ \mathrm{Hom}_{n}(Y, X(-1)) \xrightarrow{\sim} \mathrm{Hom}_{n-1}(Y, X) \end{cases} \] et la marge ajoute, contre la première ligne de I, l'identification \[ \mathrm{Hom}_{n}(X,Y) = \mathrm{Hom}_{n-1}(X, Y(1)) . \]

Le feuillet s'arrête après ce premier axiome : le second n'est pas dans le dossier, et la notion n'est donc pas définie. Ce qu'elle serait devenue se reconnaît toutefois sans peine — \(X \mapsto X(1)\) est un foncteur de translation, et une catégorie additive graduée munie d'une translation est le cadre dans lequel se formulent les catégories triangulées et, plus tard, les catégories différentielles graduées.66

La finitude de la clôture intégrale (pages 86 à 88)

Un argument écrit hors de l'ordre des pages. La Remarque commence au feuillet 88 et se poursuit au feuillet 87 ; la marge de 87 porte « cf verso », et le verso est le feuillet 86, qui contient le lemme dont elle se sert. L'ordre de lecture est donc 88, puis 87, puis 86.

Remarque (page 88). Soient \(A\) un anneau intègre quotient d'un anneau régulier et \(K\) son corps des fractions. Pour que la clôture intégrale de \(A\) dans \(K\) soit de type fini, il faut et il suffit que :

  1. a)l'ensemble des \(\mathfrak{p}_{i} \in \mathrm{Spec}\,A\) tels que \(A_{\mathfrak{p}_{i}}\) soit de dimension \(1\) et non régulier soit fini ;
  2. b)pour chacun d'eux, la normalisée de \(A_{\mathfrak{p}_{i}}\) soit finie sur \(A_{\mathfrak{p}_{i}}\).

La nécessité est évidente : le lieu non normal de \(\mathrm{Spec}\,A\) est fermé, et les \(\mathfrak{p}_{i}\) en sont les points génériques de codimension \(1\).

La suffisance est la construction que le reste des trois feuillets exécute. Comme \(A\) est quotient d'un régulier, le lieu où \(A_{x}\) satisfait \((S_{2})\) est ouvert, et contient un ouvert \(X_{f}\) ; grâce à a) et b), il existe un sous-anneau \(B\) de \(K\) contenant \(A\), fini sur \(A\), tel que les \(B_{\mathfrak{p}_{i}}\) soient normaux. Posons \(Z = \mathrm{Supp}(B/A)\) : il est contenu dans \(X - X_{f}\) et de codimension \(\geqslant 2\). Soient \(U = X - Z\), \(i : U \to X\) l'immersion, \(\mathcal{B} = \widetilde{B}\), et \[ \mathcal{C} = i_{*} i^{*}(\mathcal{B}) . \] C'est le prolongement de \(\mathcal{B}\) à travers \(Z\), et comme \(Z\) est de codimension \(\geqslant 2\) et \(\mathcal{B}\) satisfait \((S_{2})\), le faisceau \(\mathcal{C}\) est cohérent — c'est le théorème de prolongement à travers une codimension \(2\).

On montre ensuite que \(\mathcal{C}\) est normal par le critère de Serre.

\((S_{2})\). Par construction \(\mathcal{C} \xrightarrow{\sim} i_{*}i^{*} \mathcal{C}\), et sur \(U\) on a \(\mathcal{C} \simeq \mathcal{B}\), où \(\mathcal{B}_{x}\) est une algèbre finie et normale sur \(\mathcal{O}_{X,x}\), donc \((S_{2})\) comme anneau et par suite comme module ; \(\mathcal{C}\) est donc \((S_{2})\) partout, et \(A \subset \mathcal{C} \subset K\).

\((R_{1})\). Soit \(\mathfrak{p}\) un idéal premier de \(\mathcal{C}\) avec \(\dim \mathcal{C}_{\mathfrak{p}} = 1\), et \(\mathfrak{q}\) l'idéal qu'il induit sur \(A\). Comme \(A\) est quotient d'un régulier, \(\dim A_{\mathfrak{q}} = 1\).67 Alors ou bien \(A_{\mathfrak{q}}\) est normal, et \(A_{\mathfrak{q}} = \mathcal{B}_{\mathfrak{p}}\) est normal ; ou bien il ne l'est pas, c'est-à-dire \(\mathfrak{q}\) est l'un des \(\mathfrak{p}_{i}\), et alors \(\mathcal{B}_{\mathfrak{p}}\) est normal par construction, comme localisé de \(B_{\mathfrak{q}}\). Dans les deux cas \(\mathcal{C}_{\mathfrak{p}}\) est régulier.

\(\mathcal{C}\) est donc normal, fini sur \(A\), et compris entre \(A\) et \(K\) : c'est la clôture intégrale, et elle est finie.

Le lemme (page 86). Soient \(A\) un anneau, \(B\) une algèbre finie sur \(A\), \(M\) un \(B\)-module de type fini. On peut supposer \(A \subset B\) et \(\mathrm{Supp}\,M = \mathrm{Spec}\,B\).

  1. (i)Si \(M\), vu comme \(A\)-module, est \((S_{k})\), alors \(M\) est \((S_{k})\) sur \(B\).
  2. (ii)Si, pour deux idéaux premiers \(\mathfrak{q}\), \(\mathfrak{q}'\) de \(B\) au-dessus d'un même \(\mathfrak{p}\) de \(A\), on a \(\dim M_{\mathfrak{q}} = \dim M_{\mathfrak{q}'}\), alors \(M\) étant \((S_{k})\) sur \(B\), il l'est sur \(A\).

La démonstration repose sur les deux formules qui comparent les invariants de part et d'autre d'un morphisme fini : pour \(\mathfrak{p}\) dans \(A\), \[ \mathrm{prof}_{A_{\mathfrak{p}}} M_{\mathfrak{p}} = \mathrm{Inf}_{\mathfrak{q}\,|\,\mathfrak{p}}\; \mathrm{prof}_{B_{\mathfrak{q}}} M_{\mathfrak{q}} , \qquad \dim_{A_{\mathfrak{p}}} M_{\mathfrak{p}} = \mathrm{Sup}_{\mathfrak{q}\,|\,\mathfrak{p}}\; \dim_{B_{\mathfrak{q}}} M_{\mathfrak{q}} , \] la profondeur prenant l'inf et la dimension le sup. Pour (i), il vient alors, pour \(\mathfrak{q}\) au-dessus de \(\mathfrak{p}\) : \[ \mathrm{prof}_{B_{\mathfrak{q}}} M_{\mathfrak{q}} \geqslant \mathrm{prof}_{A_{\mathfrak{p}}} M_{\mathfrak{p}} \geqslant \mathrm{Inf}\bigl(k,\, \dim_{A_{\mathfrak{p}}} M_{\mathfrak{p}}\bigr) \geqslant \mathrm{Inf}\bigl(k,\, \dim_{B_{\mathfrak{q}}} M_{\mathfrak{q}}\bigr) , \] ce qui est \((S_{k})\) sur \(B\). Pour (ii), l'hypothèse d'équidimensionnalité des fibres donne \(\dim_{A_{\mathfrak{p}}} M_{\mathfrak{p}} = \dim_{B_{\mathfrak{q}}} M_{\mathfrak{q}}\) pour tout \(\mathfrak{q}\) au-dessus de \(\mathfrak{p}\) — le sup d'éléments égaux — et la profondeur est atteinte en un \(\mathfrak{q}\) convenable, d'où la conclusion.68

Un brouillon, et une couche au crayon (page 89)

Le feuillet 89 est un brouillon à l'encre pour le lemme précédent, barré de traits diagonaux, où l'on retrouve les inégalités de profondeur et une remarque qu'il souligne d'un trait ondulé : \(B\) normal est \((S_{2})\) « comme anneau, mais pas comme module ». C'est exactement la distinction dont la démonstration de la page 87 avait besoin.

Sous l'encre, une couche antérieure au crayon, en anglais, écrite dans l'autre sens du feuillet, et sans rapport avec le reste du dossier. Elle porte sur \(\varphi : \mathrm{Pic}(X') \to \mathrm{Pic}(Y')\) :

  1. 1)si pour tout \(x \in X' - Y'\) avec \(\dim \overline{x} = 1\) on a \(\mathrm{prof}\,A_{x} \geqslant 3\), alors \(\varphi\) est injectif ;
  2. 2)si de plus \(\mathrm{prof}\,A_{x} \geqslant 4\) et \(\mathrm{Pic}(\mathrm{Spec}\,A_{x} - \{x\}) = 0\), alors \(\varphi\) est bijectif.

Ce sont les conditions de type Lefschetz pour le groupe de Picard : la profondeur en tout point du complémentaire mesure jusqu'à quel degré la restriction à \(Y'\) perd de l'information, \(3\) suffisant pour l'injectivité et \(4\) pour la surjectivité.69 C'est la seule page du dossier qui soit écrite en anglais, et la seule qui regarde vers la cohomologie.

91–98

XIV. IV 12 : un lieu non Cohen-Macaulay qui saute dans la mauvaise direction, et une proposition sur les algèbres graduées (pages 91 à 98)

La dernière chemise orange porte « IV 12 » à l'encre et, au crayon, « Fibres des morphismes plats de présentation finie ».70 Elle couvre huit feuillets, en deux blocs que rien ne relie : un exemple au brouillon, et une proposition mise au net.

L'exemple (pages 91 à 93)

Un brouillon rapide, encre par-dessus crayon, avec un croquis à gauche. Ce qu'il cherche est dit par la note qu'il écrit en accolade en haut à droite, d'une encre plus noire que le titre :

Où le [lieu] des points non Coh. Mac. fait un saut dans la mauvaise direction…

L'objet est donc un contre-exemple, et à ceci : on s'attendrait à ce que la codimension du lieu non Cohen-Macaulay ne puisse pas augmenter quand on coupe par une hypersurface. Elle le peut.

La construction est un recollement, et elle est décrite deux fois — abstraitement à la page 91, puis explicitement à la page 93.

La forme générale (page 91). On prend \(X'\) un schéma local intègre de dimension \(n'\), de centre \(x\), avec \(Z'_{0}\) un point où il n'est pas Cohen-Macaulay ; \(X''\) un schéma local intègre de dimension \(n'' > n'\) ; et \(D\) un schéma local intègre de dimension \(1\), muni de deux immersions fermées \[ u' : D \to X' , \qquad u'' : D \to X'' , \qquad\text{avec}\qquad u'(D) \not\supset Z'_{0} , \] cette dernière condition entourée et soulignée deux fois sur le feuillet. On pose \[ X = X' \coprod_{D} X'' . \] On choisit alors \(f_{0} \in \mathcal{O}_{D,x}\) non nul, on le relève en \(f'\) et \(f''\), d'où \(f \in \mathcal{O}_{X,x}\), et l'on a \[ V(f) \simeq V(f') \coprod_{V(f_{0})} V(f'') . \]

Ce que l'exemple montre (page 92). Si \(V(f')\) et \(V(f'')\) sont sans idéaux immergés et si \[ V(f') \cap Z'_{0} = \{x\} , \qquad V(f'') \cap Z''_{0} \subset \{x\} , \] alors \(V(f)\) est sans idéaux immergés et est Cohen-Macaulay en dehors de \(\{x\}\). Le lieu où \(X\) n'est pas Cohen-Macaulay contient \(Z = Z'_{0} \cup Z''_{0} \cup D\) — le recollement le long d'une courbe crée, tout le long de \(D\), des points de profondeur trop petite — et sa codimension dans \(X\) est majorée par \(\mathrm{codim}_{X'} Z'_{0}\). Tandis que le lieu où \(V(f)\) n'est pas Cohen-Macaulay est réduit au point \(x\), de codimension \(\dim V(f) = n'' - 1 \geqslant n'\) dans \(V(f)\). La codimension a donc augmenté en passant de \(X\) à \(V(f)\), et c'est le saut annoncé.71

La construction effective (page 93). Pour \(X'\), on prend le localisé au sommet du cône projetant d'un schéma projectif normal \(S'\) de dimension \(d \geqslant 3\) qui n'est pas Cohen-Macaulay, plongé projectivement normalement : alors \(n' = d + 1 \geqslant 4\), et la condition \(Z'_{0} \neq \emptyset\), \(Z'_{0} \neq \{x\}\) est vérifiée. Pour \(X''\), le localisé à l'origine d'un espace affine de dimension \(n'' > n' = d+1\) — il est régulier, donc \(Z''_{0}\) est vide et la seconde condition d'intersection est triviale. Pour \(D\), \(\mathrm{Spec}\,k[t]_{(t)}\), avec \(u'\) obtenue en prenant une générisation non générique de façon que \(u'(D) \not\supset Z'_{0}\), et \(u''\) une droite à l'origine. On choisit \(f_{0}\) quelconque, puis \(f'\) et \(f''\) de façon à vérifier \(V(f') \cap Z'_{0} = \{x\}\). Le feuillet s'arrête sur cette phrase.

L'exemple est donc complet dans sa conception et inachevé dans sa rédaction : il donne tous les ingrédients et ne fait aucune des vérifications.

Une proposition sur trois algèbres graduées (pages 95 à 98)

Quatre feuillets à l'encre bleue, mis au net et agrafés ensemble : ce sont les seuls du dossier à avoir la forme d'un texte achevé, et ils traitent d'un sujet qui n'a de rapport visible ni avec le paragraphe 12 ni avec le reste.

Proposition. Soient \(K\) un anneau, \(A\), \(B\), \(C\) des \(K\)-algèbres graduées à degrés positifs, réduites à \(K\) en degré \(0\), et \[ A \xrightarrow{\;\psi\;} B \xrightarrow{\;\varphi\;} C \] des homomorphismes. On suppose

(1) Sous a), les deux conditions suivantes sont équivalentes :

En particulier b') ne dépend pas du choix des \(u^{j}\), ce que le feuillet note entre crochets.

(2) Si l'on suppose de plus

alors \(\psi\) est injectif, et les \(B^{i}\) sont plats — resp. projectifs — sur \(K\) si et seulement si les \(A^{i}\) et les \(C^{i}\) le sont.

(3) Pour \(x \in \mathrm{Spec}\,K\), posons \[ P_{A,x}(t) = \sum_{i} \mathrm{rg}_{k(x)}\bigl(A^{i}(x)\bigr)\, t^{i} \in \mathbf{Z}[[t]] , \] et de même \(P_{B,x}\), \(P_{C,x}\). Alors on a, coefficient par coefficient, \[ P_{B,x} \ll P_{A,x}\, P_{C,x} , \tag{$*$} \] avec égalité si b'') est vérifié ; et réciproquement, si les \(A^{i}\), \(B^{i}\), \(C^{i}\) sont plats de présentation finie — c'est-à-dire projectifs de type fini — alors la condition

implique b'').

C'est une proposition de scindage gradué : sous a) et b''), \(B\) est, comme \(K\)-module gradué, le produit tensoriel \(A \otimes_{K} C\), et la série de Poincaré se multiplie. L'inégalité \((*)\) vaut toujours et l'égalité caractérise le cas scindé — c'est la forme algébrique de l'énoncé qu'on connaît pour une fibration, où la série de Poincaré de l'espace total est majorée par le produit de celles de la base et de la fibre, avec égalité exactement lorsque la suite spectrale dégénère.72

Corollaire 1 (page 97). Moyennant a), les conditions suivantes sont équivalentes : (i) \(v^{*}\) bijectif et les \(B^{i}\) projectifs de type fini ; (ii) \(v^{*}\) bijectif et les \(A^{i}\), \(C^{i}\) projectifs de type fini ; (iii) les \(A^{i}\), \(B^{i}\), \(C^{i}\) projectifs de type fini et \(P_{B,x} = P_{A,x} P_{C,x}\) pour tout \(x\). Si \(K\) est local, il suffit de regarder au point fermé.

Il nomme alors la situation : l'ensemble des conditions a), b'') sera dit « bonnes conditions », et « très bonnes » si de plus les \(B^{i}\) sont projectifs de type fini.

Corollaire 2 (page 98). Supposons \(C \simeq K[t_{1},\ldots,t_{r}]\) avec les \(t_{i}\) homogènes de degrés \(> 0\). Alors (a, b'') équivaut à \[ \begin{cases} B \simeq A[t_{1},\ldots,t_{r}] , \\ \psi \simeq \text{l'homomorphisme canonique } A \to A[t_{1},\ldots,t_{r}] , \\ \varphi \simeq \text{la projection } A[t_{1},\ldots,t_{r}] \to (A/A^{+})[t_{1},\ldots,t_{r}] . \end{cases} \] Le choix d'un tel isomorphisme équivaut à celui d'un homomorphisme d'algèbres \(u : C \to B\) avec \(\varphi u = \mathrm{id}_{C}\), ou encore à celui d'un homomorphisme \(K\)-linéaire relevant \(B^{+} \to C^{+}/C^{+2}\). C'est le cas où le scindage est réalisé par une section algébrique et non seulement linéaire, et il dit exactement ceci : sous les bonnes conditions, une algèbre de polynômes en quotient force \(B\) à être une algèbre de polynômes sur \(A\).

Question (page 97). Les feuillets se ferment sur trois implications qu'il pose et ne résout pas. Sous les « bonnes conditions », peut-on prouver :

  1. (i)\(A\) plat sur \(K\) \(\Longrightarrow\) \(C\) plat sur \(B\) ;
  2. (ii)\(C\) plat sur \(K\) \(\Longrightarrow\) \(B\) plat sur \(A\) ;
  3. (iii)\(A\) et \(C\) plats sur \(K\) \(\Longrightarrow\) \(B\) plat sur \(K\).

La deuxième et la troisième sont celles que le scindage \(B \simeq A \otimes_{K} C\) rend plausibles. La première ne suit pas ce dessin.73

Notes

  1. C'est le foncteur que M. Greenberg avait introduit en 1961 dans le cas où \(\Lambda\) est un anneau de vecteurs de Witt tronqués, et le nom propre que la marge de la page 20 porte, lu « Greenberg » sans certitude par le transcripteur, désigne selon toute vraisemblance cette construction : elle est celle de la page même, et la marge la commente. On le dit ici comme un appui à une lecture douteuse, non comme une preuve. ↩
  2. La transcription signale l'alternance à la page 26 et ne la régularise pas, ce qui est sa règle ; celle-ci est l'inverse, et il faut donc savoir que la forme parenthésée sur \(P\), \(d\), \(\varepsilon\) et \(\varphi\) ne se trouve pas sur les feuillets. ↩
  3. Le morphisme \(g\) n'est nommé nulle part sur le feuillet ; les \(g^{*}\) des formules le supposent, et c'est la transcription qui le restitue. ↩
  4. Le feuillet ajoute, entre crochets, que \(M\) n'est déterminé que modulo le carré \(I^{2}\) de l'idéal qu'il définit, et que « sa structure est commune » — dernier mot de lecture incertaine. La remarque est juste et n'est pas utilisée dans la suite. Le module dont \(M\) est sous-module n'est pas répété après le signe \(\subset\) sur la page ; \(\mathrm{Sym}^{*}(E)\) est une restitution de l'éditeur de la transcription. ↩
  5. Le feuillet écrit ce dernier terme \(\mathrm{Conormal}_{P/X}\), l'indice dans cet ordre ; c'est bien le conormal de l'immersion \(X \hookrightarrow P\), que l'on note aujourd'hui \(\mathcal{C}_{X/P}\) ou \(\mathcal{N}^{\vee}_{X/P}\). ↩
  6. Le membre donné ici en (4) est nôtre. C'est le seul que (3) autorise : il suffit d'y faire \(\sum\alpha_i d_i - r - 1 = 0\). Aucune autre lecture de la parenthèse vide n'est compatible avec la formule qui la précède de trois lignes. ↩
  7. Le symbole après « \(f^{*}(L) \simeq\) » est une lettre cursive à boucle ; elle est lue \(\mathcal{T}\), le faisceau tangent, et la ligne suivante du feuillet, \(\Omega^{1}_{X/S} \simeq f^{*}(\check{L})\), confirme la lecture. Le feuillet 15 explicitera la même lettre par \(\mathrm{Hom}_{B}(\Omega^{1}_{B/\Lambda}, B)\), ce qui la fixe pour tout le dossier. ↩
  8. La page écrit \((k-1)(r+1)\), ici et dans les deux exposants suivants, et porte en marge une accolade sous \(\underbrace{k-1 \ \ k-1 \ \cdots \ k-1}\) avec la mention « \(r+1\) facteurs », qui annonce donc \((k-1)^{r+1}\). Les deux écritures de la page ne coïncident même pas entre elles. Le degré du discriminant d'une forme de degré \(k\) en \(r+1\) variables est \((r+1)(k-1)^{r}\) : pour \(r = 1\) il vaut \(2(k-1)\), que la forme écrite sur la page redonne exactement, et c'est sans doute pourquoi elle est écrite ainsi ; dès \(r = 2\) elle est fausse — pour les cubiques planes le degré est \(3 \cdot 2^{2} = 12\), et non \(6\). Le feuillet est un brouillon et ne revient pas dessus. ↩
  9. Le feuillet écrit \(\mathrm{Symm}\), et cette graphie est gardée dans la transcription sans être régularisée ; elle l'est ici. Un signe noirci surmonte le \(M\) de \(J \simeq g^{*}(M)(-k)\), mais la formule encadrée qui suit donne \(M\) sans dual, et c'est la lecture retenue. ↩
  10. Ces qualificatifs sont écrits en petit sous le titre du feuillet, à droite, et raccordés par un trait au mot « algèbre » de la ligne suivante ; ils qualifient \(U\), et la transcription les rattache ainsi. Si la topologie de \(U\) est discrète, \(N(U)\) est l'ensemble des éléments nilpotents, ce que le feuillet note en passant. ↩
  11. C'est une omission, non une autre identité : le second membre serait un produit, et l'équivalence des deux conditions « si », que le feuillet marque par une double flèche verticale \(\Updownarrow\) entre elles, n'aurait plus de sens. Le membre juste est la somme, et c'est lui qui est écrit ici. ↩
  12. Le mot de remplacement écrit au-dessus d'« anneaux » biffé ne se lit pas ; « algèbres » est une conjecture du transcripteur, et le sens le demande — l'énoncé a besoin de la \(\mathbf{Q}\)-structure. ↩
  13. Le feuillet 9 écrit \(\delta\xi = \xi \otimes \xi\) sous \(\Delta(g) = g \otimes g\), et n'a défini \(\delta\) nulle part. La définition donnée ici est celle qui rend la ligne vraie : si \(g = 1 + \xi\), alors \(\Delta(g) = g \otimes g\) s'écrit \(1\otimes 1 + \Delta(\xi) = 1 \otimes 1 + \xi\otimes 1 + 1\otimes\xi + \xi\otimes\xi\), soit exactement \(\delta(\xi) = \xi \otimes \xi\). C'est aussi elle qui donne son sens à « primitif », \(\delta(\xi) = 0\). ↩
  14. Trois notations sont écrites l'une sous l'autre sur le feuillet 9 pour le premier ensemble : \(\mathfrak{g}(U)\), biffé, \(\gamma(U)\), et une troisième biffée par-dessus un \(\pi\) souligné. C'est \(\gamma(U)\) qui est repris aux feuillets 10 à 12, et c'est lui qui est écrit ici. La lettre gothique \(\mathfrak{g}\) servira, dans la marge du feuillet 12, à tout autre chose : l'algèbre de Lie \(\pi(U)\) elle-même. ↩
  15. Le nom est lu « Campbell-Hausdorff » dans le corps du feuillet 10 et « Hausdorff-Campbell » dans sa marge, biffé, puis « Hausdorff-Campbell » aux feuillets 14 et 15 ; l'ordre n'est pas fixé dans le dossier. La justification que le feuillet esquisse entre crochets — par la bigèbre libre complétée sur un ensemble — est celle d'aujourd'hui : la formule est universelle parce qu'elle vaut dans l'algèbre de Lie libre complétée, où elle se calcule une fois pour toutes. ↩
  16. L'indice \(0\) n'est pas explicité sur les feuillets ; le sens donné ici est celui que la prose fragmentaire du feuillet 11 indique — « les primitifs de \(U \otimes_k \Lambda\) qui [s'annulent] dans \(U \otimes_k \Lambda \to U\), et les éléments multiplicatifs de \(U \otimes_k \Lambda\) qui donnent \(1\) » — et le seul qui rende vraies les deux formules qui suivent. ↩
  17. C'est une erreur d'écriture, non une autre assertion : \(1 + \pi_0\) n'est pas un groupe, et l'exponentielle n'y arrive pas. L'image de \(\pi_0\) par \(\exp\) est \(\gamma_0\), par la bijection de la ligne précédente du feuillet même, et c'est \(\gamma_0\) qui est écrit ici. ↩
  18. C'est aujourd'hui le théorème de Cartier-Gabriel-Milnor-Moore : sur un corps de caractéristique nulle, toute bigèbre cocommutative connexe est l'algèbre enveloppante de son algèbre de Lie des éléments primitifs, et les deux foncteurs \(\mathfrak{g} \mapsto U(\mathfrak{g})\) et \(U \mapsto \pi(U)\) sont quasi-inverses l'un de l'autre. Cartier l'avait publié en 1962, Milnor et Moore en 1965 ; le feuillet est donc contemporain de la seconde. La marge n'en donne que les deux noms et les deux formules, tout le reste étant illisible : elle enregistre qu'il sait où cela mène, non une démonstration. ↩
  19. La lecture des quatre mots portés sous l'équivalence (« dérivations », « automorphismes », « multiplicatives », « invariants ») est donnée comme douteuse par la transcription. Les deux premiers sont ceux que la formule impose ; les deux seconds correspondent aux deux premières équivalences de la même accolade. ↩
  20. L'énoncé du feuillet 15 est accolé d'un trait vertical ondulé dans la marge gauche, qui se poursuit sur les trois premières lignes du feuillet 16 : c'est le résultat que la suite de feuillets visait. Le mot qui qualifie \(\Lambda\) dans son énoncé est une abréviation de trois ou quatre lettres qui ne se lit pas ; « infinitésimale » est ce que la démonstration exige et ce que les feuillets 11 à 13 emploient partout. ↩
  21. Le feuillet écrit « \(B \otimes_{\Lambda} k \simeq \Lambda\) », et la transcription signale qu'on lit \(\Lambda\) où l'on attendrait \(A\). C'est bien \(A\) : \(B \otimes_\Lambda k = (A \otimes_k \Lambda) \otimes_\Lambda k = A \otimes_k k = A\). L'énoncé serait faux avec \(\Lambda\), et la suite immédiate du feuillet, qui fait porter les dérivations sur \(A\), le confirme. ↩
  22. Le second membre écrit sur le feuillet, en interligne et relié par une accolade, est « \(\pi_{0}(\mathcal{T} \otimes_{k} U)\) », de lecture douteuse, et la ligne suivante, qui commence par un signe \(=\), ne se lit pas. La forme donnée ici est celle que les hypothèses du feuillet — \(\Lambda\) libre de rang fini sur \(k\), \(\Omega^{1}_{A/k}\) libre de rang fini sur \(A\) — rendent vraie et qui rend ces hypothèses nécessaires : sans finitude, le \(\mathrm{Hom}\) ne se laisse pas sortir du produit tensoriel. Le feuillet s'achève sur une ligne entre crochets, « [alors \(A/k\) est diff. simple] », dont les deux derniers mots sont de lecture incertaine. ↩
  23. L'insertion au-dessus de « sur \(T\) » est de deux mots, dont le second seul se lit à peu près ; la transcription lit « plat simple ». « Simple » était, dans la terminologie des premiers Éléments, le mot d'alors pour ce qu'on appelle aujourd'hui lisse, et c'est ainsi qu'il est rendu ici. La platitude est de toute façon impliquée par la lissité ; qu'il l'écrive quand même est une habitude de ces années. ↩
  24. Le feuillet écrit deux notations l'une sous l'autre avec un tiret devant la seconde, \(\mathrm{Aut}^{X_0}_{T}(X)\) et \(\mathrm{Aut}^{X_0}_{\Lambda}(X)\) : ce sont deux noms du même faisceau, selon qu'on nomme la base par le schéma ou par l'algèbre. Le premier est employé partout ici. ↩
  25. La seconde ligne de l'énoncé est en partie biffée et récrite sur le feuillet, et plusieurs mots de la clause de compatibilité ne se lisent pas ; ce qui est donné ici est ce que les deux corollaires immédiats exigent. Le sens des deux opérations — laquelle à gauche, laquelle à droite — est celui qu'impose la formule \(u \mapsto u(s_0)\), où \(u\) part de \(\xi\) et arrive dans \(X\). ↩
  26. L'adjectif qui qualifie \(X\) sur \(T\) dans cette phrase est souligné d'un trait sur le feuillet et ne se laisse pas décider : quatre ou cinq lettres, dont une haute à l'avant-dernière place. Il s'agit selon toute vraisemblance de « plat », ou de la reprise de l'hypothèse « plat simple » de la page 18, mais aucune reconstitution n'est proposée ici. ↩
  27. Le mot qui suit « s'appelle » est illisible sur le feuillet, un mot biffé le précède, et les deux dernières lignes de la page sont entamées par le bord du scan. « Schéma des points de type \(\Lambda\) » est ce que la transcription restitue de « des pts propres de \(X_0\) de type \(\Lambda\) » ; l'adjectif « propres » n'a pas d'emploi visible et pourrait être un lapsus. La construction, elle, n'est pas douteuse : c'est \(\underline{\mathrm{Hom}}_{S}(\mathrm{Spec}\,\Lambda, X_0)\). ↩
  28. Sur le feuillet, la notation \(P^{(n)}(Y/X/S)\) est d'abord écrite au-dessus de ce produit fibré et reliée à lui par une accolade, puis biffée : c'est la notation qui sera réservée, à la page 24, à l'image directe. La biffure est donc une correction et non une hésitation. ↩
  29. Les deux glyphes \(d\) et \(\varepsilon\) sont presque identiques dans cette main, et la transcription note que la lecture est décidée non par le trait mais par la relation \(\varepsilon^{(n)} d^{(n)} = \mathrm{id}\) de la page 25 et par le sens des flèches des diagrammes. On suit ici cette lecture, qui est la seule cohérente. ↩
  30. Le feuillet écrit d'abord « plat, de présentation finie », biffe, et écrit « loc. libre sur \(X\) ». C'est l'hypothèse qui permet l'image directe, et elle est vérifiée dès que \(X\) est lisse sur \(S\) — auquel cas \(\Delta^{(n)}_{X/S}\) est le spectre du faisceau des parties principales \(\mathcal{P}^{n}_{X/S}\), localement libre de rang \(\binom{n+\dim}{n}\). ↩
  31. Tel quel, \(\varphi \times_S \mathrm{id}_X\) est un morphisme \(X' \times_S X \to X \times_S X\) et ne va pas de \(X'\) dans \(X' \times_S X\) : la formule ne typecheck pas. Le graphe de \(\varphi\) est \((\mathrm{id}_{X'}, \varphi)\), et c'est ce qui est écrit ici. Le membre médian du feuillet est récrit par-dessus un premier essai et la page n'est pas corrigée ; la transcription l'a laissée telle quelle, ce qui est sa règle. ↩
  32. Plusieurs flèches du diagramme inférieur de cette page sont sans pointe sur le feuillet, et la transcription les rend avec pointe faute de pouvoir décider leur sens ; ce sont donc des directions supplées, non lues. Le point est à vérifier sur le feuillet, et c'est l'un des endroits du dossier où un lecteur ayant l'original sous les yeux gagnera le plus. ↩
  33. Les trois lignes du feuillet qui portent cet énoncé sont très lacunaires : les deux objets se lisent, « principal homogène » se lit, et les mots qui les articulent ne se laissent pas tous lire. L'énoncé donné ici est celui que ces fragments composent, et c'est aussi la forme qu'a prise, dans la littérature, l'énoncé correspondant : une connexion n'existe pas toujours, mais dès qu'il en existe une, l'ensemble des connexions est un espace affine sous le module des automorphismes infinitésimaux — ici, sous \(\mathcal{T}_{Y/X} \otimes \Omega^{1}_{X/S}\) à l'ordre un. Le dossier ne fait pas ce dernier calcul. ↩
  34. L'accolade et les deux mots « ensemble : groupe d'opérateurs » sont écrits sous le membre médian, sur le feuillet ; le N.B. qui suit, souligné, n'est lisible que par fragments et paraît noter que la flèche n'est pas une bijection en général, seulement une flèche d'ensembles-à-opérateurs. ↩
  35. C'est, avec le tiers supérieur de la page 40, l'endroit du dossier où un lecteur ayant le feuillet sous les yeux gagnerait le plus : le cadre est manifestement une reformulation de l'ensemble, et il est perdu. Rien n'en est reconstitué ici. ↩
  36. Trois remarques sur ce feuillet, qui est écrit au net mais dont la marge hésite. D'abord la constante : elle est écrite \(c\) dans le corps du feuillet et \(a\) dans la marge, et la page ne les concilie pas ; le calcul ne dépend pas du choix et \(c\) est retenu, comme dans le corps. Ensuite la note marginale « faire \(Z = X + Y\), donc \(F = Z^{p} - [\ldots]\) », surmontée de « \(a X^{p} + b Y^{p}\) » et du mot « non » : la substitution \(Z = X+Y\) ne donne \(Z^p\) que si \(a = b\), et le « non » est vraisemblablement son propre refus de cette simplification. Enfin la ligne « \(A \simeq k[Z]/(Z^{p}-c)[X]\) », écrite juste après la définition de \(A\) : elle décrit le cas dégénéré \(b = 0\), où \(A\) est le polynôme en une variable sur le corps \(k(c^{1/p})\) — cas dans lequel \(k\) n'est précisément pas algébriquement fermé dans le corps des fractions, ce qui ruinerait le contre-exemple. Elle n'est pas conciliée avec le reste du feuillet et n'est pas utilisée ici. Dans la dernière formule il écrit \(k\) et non \(\overline{k}\), tel quel. ↩
  37. Le feuillet ne porte de cette phrase que des bribes : « Cependant, pour \(p \neq 2\) », puis « irréductible », puis « Cela prouve », puis « une extension séparable » ; l'argument donné ici — \(K = k(x)(y)\) avec \(y^2 = x^p - a\), séparablement engendrée sur \(k\) dès que \(p \neq 2\) — est celui que cette phrase désigne. ↩
  38. La transcription lit « il vient à vérifier que \(k\) est algébriquement fermé dans \(A\) », en signalant que les deux mots du milieu sont serrés et la lecture incertaine. C'est bien une vérification restante et non une assertion : le feuillet s'arrête là, le reste est vierge. ↩
  39. L'exposant du second critère est lu \((\infty)\) ; il est écrit très petit et pourrait être un \(n\), et c'est le \(B^{p^{k}}\) du second membre qui décide en faveur de l'itération. L'énoncé demande que \(B\) ait une \(p\)-base sur \(A\) — c'est l'hypothèse sous laquelle la sous-algèbre des constantes des dérivations est exactement \(A[B^{p}]\) — et le feuillet la mentionne quatre lignes plus bas (« \(B/A\) soit une \(p\)-base »), sans la rattacher explicitement aux deux équivalences. Le rattachement est nôtre. ↩
  40. La transcription lit « (Chev. Weyl) » sans certitude. « Chev. » est vraisemblablement Chevalley ; le second nom n'a pas été identifié et rien n'en est proposé ici. ↩
  41. Le mot « noeth. » sous la flèche \(Y' \to Y\) est surchargé et se lit comme biffé — ce qui serait cohérent avec la note marginale qui suit — mais la biffure n'est pas certaine et la transcription le laisse dans le diagramme. ↩
  42. Les deux mots entre « est » et les points de suspension n'ont pas pu être lus ; la transcription note que le premier pourrait être « un. » et que le second commence par un f. Aucune reconstitution n'est proposée ici : l'énoncé du corollaire est perdu. ↩
  43. Le tapuscrit écrit « que le complexe de l'algèbre extérieure construit avec soit nul en degrés \(0\) », le nom du complexe manquant après « avec » et l'inégalité étant frappée sans signe. La condition voulue est l'acyclicité en degrés strictement positifs, c'est-à-dire que le complexe de Koszul \(K_{\bullet}(f, A)\) soit une résolution de \(A/J\) ; c'est ainsi qu'elle est écrite ici, et c'est la condition (iv) que Deligne démontre équivalente aux autres à la page 62. ↩
  44. « Koko » pour « Koszul » est de la frappe. Le tapuscrit porte aussi, frappé, « il faudra envisaher » pour « envisager », et une marge gauche au crayon souligne d'un double trait vertical tout le passage allant de « ajouter une remarque 19.1.8 » à « la définition incriminée » : la marque est de lui, et c'est l'endroit qu'il retient. ↩
  45. La soudure se vérifie une seconde fois, et indépendamment, par la fin de la lettre : à la page 64, Deligne écrit « je suis honteux de la démonstration tordue donnée pg 2 de ce que \(\mathrm{Tor}\) et “pro-objet complétion” commutent ». Sa page 2 est le feuillet 60 du dossier, et la proposition sur la commutation de \(\mathrm{Tor}\) avec la complétion pro-objective y est en effet. Les deux transcriptions disent chacune que la lettre se poursuit dans l'autre lot ; aucune ne pouvait établir la jonction. ↩
  46. Le « dessin ci-contre » est, en bas à gauche du feuillet : un axe horizontal \(p\) et un axe vertical \(q\), une bande verticale hachurée de largeur \(d\) mesurée à gauche de l'axe des \(q\), commençant à la hauteur \(a\) au-dessus de l'axe des \(p\). C'est le support de \(E_{2}^{pq}\), et c'est le dessin qui contient la démonstration : le coin de la bande est le seul terme qui survive. ↩
  47. Dans (iii), le mot « régulier » est écrit par Deligne au-dessus d'un passage biffé dont on lit encore « de séries formelles sur une extension de \(k\) » : il a affaibli sa propre condition, et c'est la version corrigée qui est retenue. Le « et et » de la condition (i) est ainsi sur le feuillet. La marge porte, au crayon et entouré, en oblique, la question de Grothendieck : « dans réédition du Chap I ? ». ↩
  48. La lettre renvoie à Nagata, Local rings, p. 17 et 18, et indique deux manières de conclure à la noethérianité ou à la platitude : \(0_{\mathrm{III}}\) 10.3.1.3, ou bien compléter et appliquer le critère de platitude. ↩
  49. L'exposant de \(\mathfrak{m}\) est entouré d'un cercle sur le feuillet et lu \((n)\) par le transcripteur ; en marge de gauche, au crayon et d'une autre main que celle de la lettre — celle du destinataire — on lit « \(Q_{n i}^{\alpha}\) linéaire en les \(x_{m}^{\beta}\) » et « \((\ )^{i}\) ? ». L'annotateur a raison et la transcription le note : l'exposant attendu est \(i\), non \(n\), puisque la série \(\sum_{i} Q_{n,i}^{\alpha}\) doit converger \(\mathfrak{m}\)-adiquement. C'est le seul endroit du dossier où une marginale de Grothendieck corrige un calcul de Deligne, et la correction est juste. ↩
  50. Suit, entièrement biffé, un N.B. où Deligne croit qu'un dévissage analogue permettrait de montrer (iv) \(\Rightarrow\) (iii) sans l'hypothèse de minimalité. La biffure est la sienne, et l'énoncé n'est pas démontré dans le dossier. C'est exactement le point que le tapuscrit des pages 52 et 53 tranchera autrement, en changeant de définition plutôt qu'en affaiblissant l'hypothèse. ↩
  51. L'indice des \(\mathrm{Ext}\) et \(\mathrm{Tor}\) est un simple trait sur la feuille ; il est lu \(1\), et c'est le seul qui donne un énoncé vrai. ↩
  52. Le \(P\) de cet énoncé est écrit trois fois par-dessus un \(M\), et dans le noyau ce qui précède \(M \otimes P\) est biffé et surchargé ; la transcription retient la lecture corrigée, et c'est elle qui est reprise ici. ↩
  53. L'indice \(s\) de \(A_{s}^{\mathbf{N}}\) et \(A_{s}^{(\mathbf{N})}\) est écrit ainsi sur le feuillet et n'est pas expliqué dans la lettre ; il est omis ici, l'argument n'en ayant pas besoin. Deligne concède immédiatement la limite de son objection : « Bien sûr, les démonstrations n'utilisent que des quotients et sous-modules comme \(B\)-modules. » L'objection porte donc sur le libellé de l'hypothèse et non sur la validité des démonstrations qui l'invoquent. ↩
  54. La marge gauche porte un croquis de Deligne : deux accolades « \(Y\) » et « \(X\) » devant deux traits horizontaux superposés, celui de \(Y\) portant un point isolé au-dessus, et une flèche verticale descendante de \(Y\) vers \(X\) — la droite affine avec un point disjoint, au-dessus de la droite affine. Le contre-exemple est donc un dessin d'une ligne, et c'est un dessin qui suffit. ↩
  55. La transcription note que les numéros (iv bis), (iv ter), (iv quater) sont récrits en surcharge sur « (v bis) », « (v ter) », « (v quater) », et que les renvois gardent la numérotation en (v). Les lignes « (v) \(\Leftrightarrow\) (v bis) », « (v bis) \(\Rightarrow\) (v ter) \(\Leftarrow\) (v quater) », « (i) \(\Rightarrow\) (v quater) » se lisent alors sans peine en remplaçant chaque \(v\) par le \(iv\) correspondant. Une ligne reste sans référent : « (iv) \(\Leftrightarrow\) (v) », qui, après renumérotation, opposerait (iv) à lui-même. Elle est reportée ici telle quelle, sans être interprétée : la liste d'origine comportait vraisemblablement un membre de plus, supprimé au moment de la renumérotation, et il n'est plus possible de dire lequel. ↩
  56. Les corrections manuscrites sont portées dans le texte et signalées par la transcription : « ne » ajouté à « récurrence noethérien », « convenable » substitué à « quelconque » biffé, « (2.4 (i)) » écrit à la main dans un blanc du tapuscrit, « EGA » ajouté devant la référence 9.6.1, et « Rétrécissant » substitué à « Remplaçant ». Toutes sont reprises ici. ↩
  57. Les quatre premières lignes de la page 75, qui portent cet argument, sont un palimpseste : deux lignes biffées, deux ajouts interlinéaires, et le \(\mathcal{U}\) qui nomme l'image directe écrit en exposant au-dessus du mot « (fermée) ». L'ordre des membres donné par la transcription est celui qu'elle a cru lire, et la reconstitution ci-dessus suit le sien. Un lecteur ayant le feuillet devrait y revenir : c'est, avec la page 77, l'endroit le moins sûr du quatrième lot. ↩
  58. Plusieurs traits de ces diagrammes sont sans pointe sur le feuillet et un croquis est redessiné à partir d'un dessin où deux couples \((A_{0}, B_{0})\) et \((A, B)\) sont chacun reliés à deux sommets par des traits obliques. Ce qui est reproduit dans la transcription est une reconstruction, et n'est pas repris ici comme diagramme. ↩
  59. L'identification est celle de la théorie de Galois grothendieckienne, et n'est pas faite sur les feuillets : ils énoncent les quatre conditions et les relient, sans nommer le groupe fondamental. Elle est donnée ici comme le nom moderne de ce que les pages construisent. ↩
  60. Deux mots de cette réserve n'ont pas pu être lus, dont celui qui suit « universellement » — c'est-à-dire précisément la condition à imposer. Le crochet à droite de (ii), sur la page 79, porte la mention « avec réserve », qui est ce qui a conduit à la chercher. Rien n'est reconstitué ici : la réserve est signalée, son contenu manque. ↩
  61. Le feuillet 83 porte, entièrement barré de traits diagonaux, une première rédaction de 2o beaucoup plus longue, qui essayait de choisir \(x\) composante par composante ; elle est remplacée par les trois lignes données ici. En marge, à sa hauteur, une phrase dont ne se lisent que les mots « Je modifie », « conditions » et « indiquées ». ↩
  62. L'énoncé du feuillet hésite entre un anneau local et un anneau noethérien muni d'un idéal \(\mathfrak{m}\) : « local » n'est pas biffé dans la première ligne, mais la clause finale « si \(A\) local » n'aurait aucun sens si \(A\) l'était déjà. C'est donc la seconde lecture qui est retenue, et c'est elle qui rend la dernière clause informative. Le feuillet écrit la conclusion « \(\mathrm{ht}(\mathfrak{m}/(x_{1},\ldots,x_{r})) = 0\) », ce qui est la minimalité de \(\mathfrak{m}\) au-dessus de l'idéal engendré ; elle ne vaut telle quelle que pour \(\mathfrak{m}\) premier, et c'est sous cette forme qu'elle est donnée ici. La ligne suivante du feuillet, « Prenons \(\mathfrak{m}\) premier », confirme que c'est vers ce cas qu'il va. ↩
  63. Deux départs ici. Le feuillet écrit « font partie d'un système de paramètres de \(A/\mathfrak{p}\) », et la transcription note qu'on attendrait \(A\) : c'est bien \(A\), car les \(x_{i}\) appartiennent à \(\mathfrak{p}\) et sont donc nuls dans \(A/\mathfrak{p}\), où ils ne peuvent faire partie de rien. Et la complétion en un système de paramètres de \(A\) n'est pas automatique : elle demande \(\dim A/(x_{1},\ldots,x_{r}) = \dim A - r\), c'est-à-dire la formule de dimension rappelée ici. Le feuillet ne la mentionne pas ; elle est suppléée. ↩
  64. La fin de la condition (ii), en très petits caractères, est lue d'après le sens par la transcription : le quotient et son indice de sommation y sont donnés comme incertains. La forme donnée ici est celle qui rend l'équivalence vraie, et c'est la définition usuelle d'un système de paramètres partiel. ↩
  65. Les deux formulations sont écrites l'une après l'autre sur le feuillet, la seconde introduite par un « il existe » interlinéaire : c'est une reprise, non un second axiome. Le passage de la première à la seconde est la représentabilité rendue explicite — \(Y(1)\) représente \(\mathrm{Hom}_{1}(-, Y)\), et le morphisme universel est l'élément \(i_{Y} \in \mathrm{Hom}_{1}(Y(1), Y)\) que le feuillet nomme, en notant que \((Y(1), i_{Y})\) est déterminé à isomorphisme près. ↩
  66. La rature en diagonale qui barre le feuillet est de lui. Ce rapprochement est le nôtre et ne prétend qu'à situer : rien sur la page ne parle de triangles, de cônes, ni d'axiome octaédral, et le seul axiome présent est celui de la translation. ↩
  67. Le feuillet porte cette raison entre crochets — « [\(A\) est quotient d'un régulier] » — et ne l'argumente pas. C'est là que l'hypothèse sert une seconde fois : elle rend \(A\) universellement caténaire, de sorte que les hauteurs se conservent le long de l'extension finie birationnelle \(A \subset \mathcal{C}\). Le pas est suppléé ; la page ne le fait pas. ↩
  68. Sur le feuillet, les lettres \(\mathfrak{p}\) et \(\mathfrak{q}\) changent de côté entre l'énoncé et la démonstration : dans l'énoncé \(\mathfrak{q}\) est un premier de \(B\) au-dessus de \(\mathfrak{p}\) dans \(A\) ; dans la démonstration, à partir de la ligne biffée « l'hypothèse implique… », c'est \(\mathfrak{p}\) qui est dans \(B\) et \(\mathfrak{q}\) dans \(A\), la flèche \(\mathfrak{p} \to \mathfrak{q}\) notant « au-dessus de ». L'échange est sur le feuillet et la transcription ne l'a pas régularisé, ce qui est sa règle ; il l'est ici, une fois pour toutes, dans le sens de l'énoncé. Le bas du feuillet, une dizaine de lignes, est hachuré au point de ne plus se lire ; seule surnage, en bas à gauche, la formule « \(\mathrm{prof} \geqslant \mathrm{Inf}(k, \dim)\) », qui est le ressort de tout le lemme. Le bas du feuillet 87 porte une première rédaction, hachurée, du même lemme, qui énonçait une équivalence là où la version retenue ne donne que deux implications sous hypothèses : c'est un affaiblissement délibéré, et il est juste. ↩
  69. Elles se lisent aujourd'hui comme les conditions \(\mathrm{Lef}\) et \(\mathrm{Leff}\) du séminaire SGA 2 sur les théorèmes de type Lefschetz. Le rapprochement est nôtre : la page ne nomme rien et ne donne aucune démonstration. Les derniers fragments de la marge — une intersection complète de dimension \(\geqslant 4\), \(\mathrm{Pic}(X - a) = 0\), un idéal \(\mathfrak{a} = \mathfrak{f}A + \mathfrak{g}A\) — sont au crayon, en partie sous l'encre, et leur liaison avec 1) et 2) ne se lit pas. ↩
  70. Le second chiffre est repassé et pourrait aussi se lire \(82\) ; le titre au crayon, qui est celui du paragraphe 12 du chapitre IV, tranche en faveur de \(12\). ↩
  71. Le feuillet 92 est un brouillon et sa chaîne d'inégalités ne se lit pas continûment : le membre « \(X - V(f)\) est de codim \(\leqslant \mathrm{codim}_{X'} Z'_{0} \leqslant n'\) » porte un signe surchargé qui pourrait être « \(-1\) », plusieurs mots de liaison manquent, et c'est la dernière inégalité, \(n'' - 1 \geqslant n'\), qui est soulignée par le sens. La formulation donnée ci-dessus est celle que la conjonction de la note marginale et de ces fragments compose ; elle n'est pas une transcription de la chaîne, et un lecteur qui voudrait s'en servir devrait refaire le calcul. ↩
  72. Ce rapprochement est nôtre ; le dossier ne nomme ni fibration ni suite spectrale, et n'écrit rien d'autre que le contenu algébrique. La démonstration de \((*)\) n'est pas sur les feuillets : ils énoncent l'inégalité et passent à l'égalité. La marge de la page 96, écrite en oblique sur toute la hauteur, n'est lisible que par fragments ; le seul nom sûr qu'elle porte est celui de Nakayama, invoqué pour le sens réciproque de (3), ce qui est en effet l'argument : le rang d'un projectif de type fini se lit fibre à fibre, et Nakayama relève la surjectivité. ↩
  73. « \(C\) plat\(/B\) » est écrit ainsi sur le feuillet. \(C\) étant un quotient de \(B\), la platitude de \(C\) sur \(B\) serait une condition très forte, et le parallélisme avec (ii) ferait plutôt attendre « \(C\) plat\(/K\) ». Rien n'est corrigé ici : c'est une question et non une assertion, et une question mal posée reste une question. Le feuillet, et la cote, s'arrêtent sur ces trois lignes. ↩