Cote n° 2 · pages 1–44
· Lecture modernisée · Théorème de Riemann-Roch / RR [Riemann-Roch] Notes Antiques (antérieur[es à] 1958) : notes manuscrites (s.d.). — lecture modernisée du dossier entier
Datation de l’inventaire : [1957]
Édition de démonstration — interprétation personnelle de l'œuvre
Résumé
Ces quarante-quatre feuillets tournent autour d'un théorème et autour d'un nombre. Le théorème est celui de Riemann-Roch. Le nombre est \((-1)^{i-1}(i-1)!\), et c'est lui, plutôt que le théorème, qui donne au dossier son unité.
Voici d'abord le théorème, dans sa forme la plus ancienne. Prenons une courbe algébrique compacte et lisse — on peut se la représenter comme une surface : la sphère, le tore, le bretzel à \(g\) trous. Donnons-nous dessus un nombre fini de points et, en chacun, un ordre de pôle autorisé. Combien existe-t-il de fonctions sur la courbe n'ayant de pôles qu'aux endroits permis, et pas plus forts que permis ? Ces fonctions forment un espace vectoriel de dimension finie, et la question est de calculer cette dimension. Il se trouve qu'elle ne dépend presque que de deux entiers : le nombre total de pôles autorisés, que l'on appelle le degré, et le nombre \(g\) de trous, que l'on appelle le genre. Presque : la formule exacte fait apparaître un terme correctif, qui est lui-même une dimension du même type pour une autre donnée de pôles. C'est ce que l'on appelle le théorème de Riemann-Roch, et sous cette forme il date du XIXe siècle.
Le terme correctif est gênant tant qu'on le prend pour un reste. Il devient naturel dès qu'on cesse de compter une dimension pour compter une différence alternée de dimensions — première dimension moins seconde. Cette différence porte un nom, la caractéristique d'Euler-Poincaré, et elle a sur chacun des deux termes pris isolément un avantage décisif : elle est additive. Si un objet se décompose en deux morceaux, sa caractéristique est la somme des leurs. Or c'est exactement ce dont on a besoin pour calculer : une quantité additive se laisse suivre à travers les découpages.
De là vient l'idée qui organise tout le dossier. Considérons tous les objets que l'on peut poser sur la courbe — ce sont les faisceaux cohérents, mais l'essentiel est qu'il y en a beaucoup et qu'ils se découpent les uns dans les autres — et décidons de ne retenir de chacun qu'une étiquette, sa classe, avec une seule règle : quand un objet se découpe en deux, sa classe est la somme des deux autres. On obtient ainsi un groupe, et même, le produit tensoriel fournissant une multiplication, un anneau. Cet anneau ne se souvient de rien d'autre que de ce qui est additif ; c'est toute sa force. On l'appelle aujourd'hui le groupe de Grothendieck, ou l'anneau \(K\) ; ces pages l'écrivent tantôt \(E\), tantôt \(K\), ce qui est déjà un indice sur leur date. Le théorème de Riemann-Roch, une fois ces classes en main, tient littéralement sur une ligne, et la page 3 l'écrit sur une ligne.
Reste à savoir mesurer une classe. Il y a pour cela deux règles graduées, et la tension entre elles est le sujet véritable du dossier. La première, les classes de Chern, est à coefficients entiers : elle ne ment pas, mais elle se comporte mal vis-à-vis de l'addition et de la multiplication, où apparaissent des formules compliquées. La seconde, le caractère de Chern, est parfaitement additive et multiplicative — mais il faut, pour l'écrire, autoriser des dénominateurs, c'est-à-dire sortir des entiers. On veut évidemment les deux à la fois : la bonne algèbre et les coefficients entiers. On ne les a pas. Le passage de l'une à l'autre coûte, en degré \(i\), exactement le facteur \((-1)^{i-1}(i-1)!\) — et ce facteur, qui est le nombre annoncé plus haut, traverse le dossier d'un bout à l'autre.
Il y apparaît sous quatre visages, sur des feuillets qui n'ont visiblement pas été écrits ensemble. Comme la classe de Chern d'un point plongé dans un espace projectif de dimension \(r\), qui vaut \((-1)^{r-1}(r-1)!\) fois la classe de ce point (page 9). Comme le défaut d'un certain isomorphisme, qui n'en est pas un, entre deux façons de graduer l'anneau des classes (page 21). Comme la raison pour laquelle une classe non nulle peut avoir une classe de Chern totale parfaitement triviale — il suffit d'une classe de torsion tuée par \((r-1)!\), et c'est le contre-exemple de la page 13. Et enfin, quoique aucun feuillet ne l'écrive, comme le coefficient qui relie le logarithme de la classe de Chern totale au caractère de Chern, dont la page 43 calcule les deux premiers termes. Quand Grothendieck, quelques années plus tard, cherchera un « Riemann-Roch sans dénominateurs », c'est contre ce facteur qu'il se battra.
Le dossier lui-même n'est pas un texte. Il est un paquet : cinq chemises inscrites de sa main le découpent en cinq courses — « Classique pour les Courbes », « Contre-exemples », « Cas des schémas », « Construction des Chern covariants », « R.R. des surfaces » — écrites sur trois sortes de papier, dont les versos d'un texte dactylographié qui n'est pas de lui. Et ces courses ne peuvent pas être contemporaines : certaines ne connaissent que les faisceaux et les classes de Chern, tandis que d'autres emploient des mots — topos, complexe parfait, catégorie dérivée — qui n'existaient pas encore lorsque le théorème a été démontré. L'inventaire range le tout sous une date unique, antérieure à 1958 ; les feuillets montrent que cela ne peut pas valoir pour tous. Ce que l'on peut établir de ces écarts, et ce que l'on ne peut pas en conclure, fait l'objet d'une section à part, immédiatement après celle-ci ; c'est, pour un lecteur d'archives, la question centrale du dossier.
Il faut enfin dire ce que le dossier n'est pas. Ce ne sont pas des notes de lecture, et ce n'est pas non plus une rédaction : c'est un homme qui recommence le même calcul dans plusieurs langues successives, qui se pose des questions par écrit — « Est-ce que \(\varphi_{K}\) est toujours bijectif ??? » — et qui y répond, deux lignes plus bas, « Non », en encadrant le mot. Plusieurs feuillets s'arrêtent au milieu d'une phrase, un autre porte un titre sous lequel rien n'est écrit, et le dernier s'interrompt six lignes après son début, à une identification près de la formule d'adjonction qu'il allait obtenir. Le dossier ne se termine pas : il cesse.
Les noms modernes sous lesquels chercher la suite : théorème de Grothendieck-Riemann-Roch, caractère de Chern et classe de Todd, groupe de Grothendieck d'un schéma, \(\lambda\)-anneaux et filtration \(\gamma\), Riemann-Roch sans dénominateurs, complexes parfaits et \(K\)-théorie à supports, formule d'adjonction.
Keywords — Riemann-Roch theorem, Grothendieck-Riemann-Roch, Chern character, Todd class, total Chern class, Grothendieck group, K-theory of coherent sheaves, divisor class group, Picard group, Euler characteristic of a coherent sheaf, canonical class, lambda-ring, gamma-filtration, associated graded of the gamma-filtration, Chern ring, splitting principle, Riemann-Roch without denominators, regular closed immersion, normal bundle, projective space bundle, torsion in K-theory, ringed topos, equivariant module, induction product, symmetric group, tensor power operations, wreath product, projection formula, perfect complex, derived category, K-theory with supports, family of supports, Chow ring with supports, covariant Chern character, proper pushforward, higher direct image, fibration, degree of a covering, normalisation of a curve, adjunction formula, genus
1–1
Le fil du dossier, et les conventions
Les stations. Le dossier est un paquet de courses, séparées par cinq chemises qu'il a inscrites lui-même (pages 1, 8, 19, 31 et 39) et que les titres de section reprennent ici. Voici ce que chacune contient.
- Pages 2 et 3, sous « Classique pour les Courbes » : Riemann-Roch sur une courbe non singulière, écrit dans l'anneau \(E\) des classes de faisceaux cohérents. C'est la \(K\)-théorie avant la lettre \(K\).
- Pages 4, 6 et 7 : le même énoncé refait en \(K\)-théorie, pour un schéma noethérien de dimension \(\leqslant 1\), avec les deux variances \(K^{\bullet}\) et \(K_{\bullet}\), la filtration \(\gamma\), \(\operatorname{Pic}\) et \(\pi_{0}\).
- Pages 9, 11 et 13, sous « Contre-exemples » : la classe de Chern totale d'une image directe le long de \(X \to X \times \mathbb{P}^{r}\), le facteur \((r-1)!\), et une classe non nulle dont la classe de Chern totale vaut \(1\).
- Pages 15 à 18 : les Modules sur un topos annelé où un groupe opère, le produit d'induction sur les groupes symétriques, et les formules pour les puissances tensorielles \(T^{n}\).
- Pages 20 à 29, sous « Cas des schémas » : le formalisme des \(\lambda\)-anneaux. L'anneau de Chern \(CK\), le gradué \(GK\) de la filtration \(\gamma\), la comparaison entre les deux, le facteur \((-1)^{i-1}(i-1)!\), et un contre-exemple à la bijectivité.
- Pages 32 à 37, sous « Construction des Chern covariants, et \(K^{\bullet}\) et \(A^{\bullet}\) à supports » : les catégories dérivées de complexes parfaits, la \(K\)-théorie et les groupes de Chow à supports, et Riemann-Roch conçu comme la mesure d'un défaut de covariance.
- Pages 40 à 44, sous « R.R. des surfaces, et autres cas particuliers divers » : le carré de Grothendieck-Riemann-Roch, ses formules (1), (1 bis), (2) et (1 ter), puis les exemples — une fibration, une courbe dans une courbe, un revêtement, une courbe dans une surface.
Ce que seule une lecture d'ensemble peut dire. Quatre liens, qu'aucun feuillet n'énonce, et dont chacun enjambe au moins une chemise.
Le premier : le facteur \(1 - \tfrac{1}{2}K\) par lequel la page 3 multiplie la classe d'un faisceau est la classe de Todd \(\tau_{h}(X) = 1 - \tfrac{1}{2}k\) de la page 42. Le même nombre, sur le même objet — une courbe —, à trente-neuf feuillets et au moins une campagne d'écriture de distance, sous deux notations dont aucune ne renvoie à l'autre.
Le deuxième : l'opérateur \(K_{1}\) de la page 3, défini comme la forme linéaire nulle sur \(\mathbb{Z}\) et égale au degré sur les classes de diviseurs, est l'opérateur \(K_{p}\) de la page 41 et le \(K_{2}\) de la page 44. Un seul opérateur : prendre la composante de degré \(p\), puis son degré. Il est écrit ici \(\deg\) partout.
Le troisième, et c'est le plus lourd : le \((r-1)!\) des pages 9 à 13 et le \((i-1)!\) de la page 21 sont le même facteur, et les deux contre-exemples qu'ils servent à construire sont le même contre-exemple. Sur les feuillets géométriques, une classe de diviseur de torsion tuée par \((r-1)!\) donne une classe non nulle de classe de Chern totale triviale. Sur les feuillets algébriques, l'anneau \(CK\) a de la torsion là où le gradué \(GK\) n'en a pas, et la flèche de l'un vers l'autre n'est donc pas injective. C'est une seule et même chose, dite deux fois et jamais rapprochée.
Le quatrième est de cette lecture et non du dossier. Les trois manifestations précédentes sont des cas particuliers d'une identité que personne n'écrit ici : si \(c\) est la classe de Chern totale et \(\operatorname{ch}\) le caractère de Chern, alors \[ \log c \;=\; \sum_{m \geqslant 1} (-1)^{m-1}(m-1)!\,\operatorname{ch}_{m} . \] La page 43 en calcule, sans la nommer, les deux premiers termes, en écrivant la classe de Chern totale comme l'exponentielle de \(\operatorname{ch}_{1} - \operatorname{ch}_{2}\).1
Deux liens plus faibles, et il faut dire pourquoi ils sont plus faibles. Les pages 15 à 18 construisent les opérations \(\lambda^{i}\) par puissances tensorielles à opérateurs, c'est-à-dire exactement les opérations dont les pages 20 à 29 se donnent les axiomes ; mais aucune des deux courses ne renvoie à l'autre, et l'ordre des feuillets n'est pas un argument. Et la filtration \(\gamma\) figure sur la page 4 comme sur la page 20 : elle ne peut donc pas servir à distinguer les campagnes, contrairement à ce qu'on pourrait croire en ne lisant que la seconde moitié du dossier.
Les conventions. Sa notation change d'une course à l'autre ; une seule est tenue ici, et les variantes sont signalées en note à l'endroit où elles apparaissent.
- Le caractère de Chern est \(\operatorname{ch}\). Il écrit \(c = \mathrm{ch}\) aux pages 4 et 6, \(\operatorname{ch}\) aux pages 36 et 37, et \(\varphi\) indexé par la base aux pages 40 à 44.
- La classe de Todd est \(\operatorname{Todd}\). Il écrit \(1 - \tfrac12 K\) à la page 3 et \(\tau_{h}\) aux pages 40 à 44.
- Les classes de Chern sont \(c^{i}\), la classe totale \(c\), et \(\widetilde{c}(x) = [\varepsilon(x),\, 1 + c^{1}(x) + c^{2}(x) + \cdots]\) lorsque le rang est porté à côté. Pour un anneau gradué \(A\), on note \(\widetilde{A} = \mathbb{Z} \times (1 + A^{\geqslant 1})\), muni de l'addition qui est la multiplication des séries et du produit \(\ast\) décrit à la section sur les pages 20 à 29. C'est l'anneau où vivent les classes totales, et c'est le \(\widetilde{A}\) des pages 9, 24, 27 et 40.
- \(\deg\) est l'opérateur « composante de degré \(p\), puis degré » : ses \(K_{1}\), \(K_{p}\), \(K_{2}\).
- Les classes canoniques sont \(k_{X}\), \(k_{Y}\). Il écrit \(K\) à la page 3, \(k\) et \(k'\) à la page 42, et \(k_{x}\), \(k_{y}\), \(k_{X}\), \(k_{Y}\) aux pages 42 à 44.
- Aux pages 2 et 3, les fibrés vectoriels sont \(V\), \(V'\), \(V''\) : la lettre \(E\) y désigne déjà l'anneau des classes, et le feuillet l'emploie pour les deux.
- La lettre \(E\) a trois emplois dans le dossier, dans trois courses distinctes : l'anneau des classes (pages 2 et 3), les éléments distingués \(E_{s}\) d'un \(\lambda\)-anneau (pages 27 à 29), un fibré vectoriel (pages 41 à 43). Aucun rapport entre les trois.
- La lettre \(\xi\) en a trois aussi : \(\xi = 1 - L^{-1}\) dans \(K(\mathbb{P}^{r})\) (pages 9 à 13, conservé), le générateur de \(CK\) à la page 21 (écrit \(\zeta\) ici), et la classe \((n,d) \in K(X)\) aux pages 42 et 43 (conservé). La page 42 emploie de plus \(\xi\) pour la classe du faisceau tordant, sur le même feuillet que l'emploi précédent : cette dernière est écrite \(h\) ici.
1–44
Les campagnes du dossier : ce que les feuillets montrent
Trois lecteurs indépendants, travaillant sur trois tranches différentes, ont relevé la même chose : le dossier ne peut pas être homogène. Il faut le dire de front, et il faut séparer soigneusement ce qui s'observe sur les feuillets, ce qui s'en déduit, et ce qui n'en résulte pas.
Ce qui s'observe. D'abord la matière. Le dossier est un paquet, non un cahier : cinq chemises de sa main le découpent (pages 1, 8, 19, 31, 39), et les courses qu'elles ouvrent sont écrites sur des supports différents — feuillets blancs libres, feuillets bleu-gris, et versos d'un texte dactylographié qui n'est pas de lui, lequel occupe à lui seul huit des quarante-quatre pages. Ensuite le vocabulaire, et c'est là que la chose se tranche.
Certaines pages emploient des mots dont la date de naissance est connue et postérieure à 1958.
- Page 15 : « topos annelé ». Le mot topos est du séminaire de 1963-1964, et n'a pas de sens avant lui.
- Page 32 : \(D_{\mathrm{parf}}(f)\), « complexes de \(\mathcal{O}_{X}\)-Modules parfaits relativement à \(f\) », \(K_{\mathrm{parf}}(f)\), ainsi que \(\mathrm{R}i_{*}\) et les catégories \(D_{Z}(X)\). Les catégories dérivées sont du début des années soixante ; les complexes parfaits relatifs à un morphisme sont l'objet propre du séminaire de 1966-1967 sur Riemann-Roch.
- Pages 32 à 36 : les familles de supports \(\Phi\) en \(K\)-théorie, \(K_{\Phi}(X)\), \(A_{\Phi}(X)\), et les classes de Chern entre les deux.
- Pages 4 et 34 : le mot « préschéma », et le mot « Module » avec une capitale pour un faisceau de modules. Ce sont deux conventions des Éléments, dont le premier volume est de 1960.
D'autres pages ne portent rien de tel. Les pages 2 et 3 écrivent \(E\), et non \(K\), pour l'anneau des classes ; elles parlent de « faisceau algébrique cohérent » et de « courbe non singulière », et leur seul outil est la classe de Chern \(c^{1}\) à valeurs dans le groupe des classes de diviseurs. Les pages 9 à 13 et 40 à 44 calculent avec la classe de Chern totale, le caractère de Chern, la classe de Todd, \(f_{!}\) et \(f_{*}\), dans un anneau de Chow tensorisé par \(\mathbb{Q}\) : c'est l'appareil du théorème tel qu'il a été exposé en 1957 et rédigé en 1958, et l'on n'y trouve ni complexe, ni support, ni catégorie dérivée.
Ce qui s'en déduit. Le dossier contient au moins deux campagnes, et la datation « antérieures à 1958 » ne peut pas couvrir les deux. C'est une conclusion sûre : elle ne repose pas sur une impression d'écriture mais sur des mots dont on sait qu'ils n'existaient pas.
Un point mérite d'être ajouté, parce qu'il dérange la coupure la plus naturelle. La frontière ne tombe pas sur les chemises. La première chemise, « Classique pour les Courbes », contient à la fois les pages 2 et 3, qui ignorent la lettre \(K\), et les pages 4, 6 et 7, qui emploient \(K^{\bullet}\) et \(K_{\bullet}\) avec leurs deux variances, \(\pi_{0}(X)\), \(\operatorname{Pic}(X)\), la filtration \(\gamma\) et le mot « préschéma ». Autrement dit, une couture passe à l'intérieur d'une course que sa chemise donne pour une. Et la filtration \(\gamma\), dont on pourrait croire qu'elle marque le tard, est déjà sur la page 4.
Ce qui n'en résulte pas. Trois choses, qu'il serait facile et faux de croire acquises.
Aucun feuillet n'est daté par cette lecture. Que les pages 40 à 44 ne contiennent aucune catégorie dérivée ne prouve nullement qu'elles soient anciennes : un calcul classique s'écrit à n'importe quelle date, et ces pages pourraient tout aussi bien être une reprise tardive, pour un cours ou pour une rédaction. Ce que l'on peut dire est exactement ceci : les courses classiques ne portent rien qui soit postérieur à 1958, et les courses tardives portent quelque chose qui ne peut pas lui être antérieur. La première moitié de cette phrase est beaucoup plus faible que la seconde, et c'est volontaire.
L'inventaire n'est pas pris en défaut. Sa date reste ici telle quelle, \([1957]\), entre les crochets qui sont la convention des archivistes pour une date déduite et non lue ; l'inférence appartient au lecteur, et cette édition ne la fait pas. On notera seulement, comme un fait et non comme une thèse, que les mots de l'inventaire — « Notes Antiques (antérieures à 1958) » — ne figurent sur aucune des cinq chemises transcrites, qui portent respectivement « Classique pour les Courbes », « Contre-exemples », « Cas des schémas », « Construction des Chern covariants » et « R.R. des surfaces ». D'où ils viennent, la transcription ne le dit pas. Si l'étiquette est de lui, elle désigne un paquet et non chacune de ses pièces, et un paquet ainsi étiqueté est précisément ce à quoi l'on ajoute des feuillets plus tard — mais ceci est une conjecture, elle est signalée comme telle, et le dossier ne la tranche pas.
Enfin, et c'est ce qui importe le plus pour qui vient lire les mathématiques : rien de ce qui suit ne dépend de la réponse. Les courses classiques démontrent le théorème de 1957 ; les courses tardives construisent la machinerie qui portera son nom dix ans après. La question qu'elles traitent, elle, est la même de bout en bout — la distance entre la classe de Chern et le caractère de Chern, qui est le facteur \((-1)^{i-1}(i-1)!\) —, et c'est vraisemblablement pour cela que ces feuillets ont fini dans une même chemise. Qu'un feuillet ait été écrit en 1957 ou en 1966 change l'histoire du texte ; cela ne change aucun de ses énoncés.
2–3
Classique pour les Courbes : Riemann-Roch avant la lettre \(K\) (pages 2 et 3)
Soit \(X\) une courbe algébrique non singulière, irréductible et propre.2
L'anneau des classes
On considère le groupe libre sur les faisceaux cohérents sur \(X\), et l'on y impose une relation par suite exacte courte : pour toute \(0 \to F' \to F \to F'' \to 0\), la classe de \(F\) est la somme de celles de \(F'\) et de \(F''\). Le produit tensoriel en fait un anneau, que le feuillet note \(E\). C'est le groupe que l'on appelle aujourd'hui \(K_{0}(X)\) ; la lettre \(K\) ne figure pas sur ces deux pages.3
Le feuillet distingue dans \(E\) les sous-objets suivants.
- \(N\), le sous-groupe engendré par les éléments \((F) - (F') - (F'')\) — c'est-à-dire, dans le groupe libre, ce que l'on quotiente.4
- \(\mathcal{D}\), le sous-groupe engendré par les faisceaux gratte-ciel \(k_{x}\) : c'est le groupe des diviseurs.
- \(\mathcal{L} \subset \mathcal{D}\), le groupe des diviseurs linéairement équivalents à \(0\).
- \(\Phi\), la sous-algèbre engendrée par les faisceaux localement libres, isomorphe à l'algèbre des classes de fibrés vectoriels, et \(\Phi_{N}\) son intersection avec \(N\).
- \(E_{0}\), le noyau d'une augmentation dont le feuillet ne laisse pas lire le nom.5
Le feuillet affirme alors, en marquant chaque ligne d'une étoile : \[ E = \Phi + \mathcal{D}, \qquad \Phi \cap \mathcal{D} = 0, \qquad E/N \;\simeq\; \Phi/\Phi_{N} \;\simeq\; \mathbb{Z} + \mathfrak{P} , \] où \(\mathfrak{P}\) est le groupe des classes de diviseurs, c'est-à-dire \(\mathcal{D}/\mathcal{L} = \operatorname{Pic}(X)\), et où l'isomorphisme envoie \((1,0)\) sur la classe de \(\mathcal{O}_{X}\) et induit sur \(\mathfrak{P}\) le passage au quotient de l'inclusion \(\mathcal{D} \subset E\).6
La proposition, et ce qu'elle sert à établir
Proposition (page 2). Le sous-groupe \(N\) est engendré par les éléments \[ c(V) - c(V') - c(V''), \qquad c(V) - c(W) - c\bigl(\mathcal{O}_{X}(V)/f\,\mathcal{O}_{X}(W)\bigr), \] où la première famille court sur les suites exactes de fibrés vectoriels et la seconde sur les couples de fibrés en droites munis d'une section \(f \in H^{0}(X, \mathcal{O}_{X}(W^{*} \otimes V))\) non nulle.7
Le feuillet reformule aussitôt : cela revient à dire que \(N\) est engendré par les \(\lambda(D + D') - \lambda(D) - \lambda(D')\), où \(\lambda(\Delta)\) est la classe du faisceau inversible associé au diviseur \(\Delta\), et qu'on peut s'y ramener au cas \(D \geqslant 0\).
La page 3 en tire quatre identités équivalentes : \[ \mathcal{D} + N = E_{0}, \qquad \mathcal{D} \cap N = \mathcal{L}, \qquad \Phi \cap N = \Phi_{N} , \] la quatrième, \(\Phi + N = E\), étant biffée sur le feuillet.8 La deuxième est le cœur de l'affaire : elle dit que deux diviseurs dont les classes coïncident dans l'anneau des classes sont linéairement équivalents, et c'est exactement ce que la seconde famille de générateurs de la proposition fournit, puisque celle-ci n'identifie deux diviseurs que lorsqu'une fonction les relie.9
Riemann-Roch en une ligne
On définit \(E \to \mathbb{Z} + \mathfrak{P}\) ainsi : sur \(\mathcal{D}\), c'est l'application canonique \(\mathcal{D} \to \mathfrak{P}\) ; sur \(\Phi\), un fibré vectoriel \(V\) de rang \(n\) va sur \((n,\, c^{1}(V))\). C'est, dans le langage d'aujourd'hui, le caractère de Chern : pour une courbe, \(\operatorname{ch} = (\operatorname{rg}, c^{1})\), et il est à valeurs entières puisque les termes de degré \(\geqslant 2\) n'existent pas.
La formule de la page 3, pour \(F\) un faisceau cohérent, est alors \[\begin{equation*} \chi(F) \;=\; \deg\Bigl( \operatorname{ch}(F)\cdot \bigl(1 - \tfrac{1}{2}k_{X}\bigr) \Bigr) \tag{1} \end{equation*}\] où \(k_{X} \in \mathfrak{P}\) est la classe canonique, et où \(\deg\) est la forme linéaire nulle sur \(\mathbb{Z}\) et égale au degré sur \(\mathfrak{P}\).10
C'est le théorème de Riemann-Roch. Il suffit en effet, comme le feuillet le note, de le vérifier sur \(F = k_{x}\) et sur \(F = \mathcal{O}_{X}\), tout faisceau cohérent sur une courbe ayant même classe qu'une combinaison de ceux-là. Pour \(\mathcal{O}_{X}\) : \(\operatorname{ch} = (1,0)\), le produit vaut \((1, -\tfrac12 k_{X})\), et son degré est \(-\tfrac12(2g-2) = 1-g = \chi(\mathcal{O}_{X})\). Pour \(k_{x}\) : \(\operatorname{ch} = (0, [x])\), le produit vaut \((0,[x])\), de degré \(1 = \chi(k_{x})\). Pour \(F\) quelconque de rang \(n\) et de degré \(d\), on trouve \(d + n(1-g)\).
Le facteur \(1 - \tfrac12 k_{X}\) est la classe de Todd de la courbe. Il reviendra page 42, à l'autre bout du dossier, calculé cette fois comme \(-k/(1 - e^{k})\) et noté \(\tau_{h}(X)\) : c'est le même nombre, et rien sur les feuillets ne les rapproche.
4–7
Le même énoncé en \(K\)-théorie : dimension \(\leqslant 1\) (pages 4, 6 et 7)
Les trois feuillets suivants refont la page 3 dans un autre vocabulaire. Soit \(X\) un schéma noethérien de dimension \(\leqslant 1\) admettant un faisceau inversible ample.11 On dispose de deux groupes de Grothendieck, celui des fibrés vectoriels \(K^{\bullet}(X)\), contravariant, et celui des faisceaux cohérents \(K_{\bullet}(X)\), covariant.12
Le côté contravariant
\(K^{\bullet}(X)\) est augmenté vers \(H^{0}(X, \mathbb{Z}) = \mathbb{Z}^{\pi_{0}(X)}\) par le rang, qui est localement constant. Soit \(I(X)\) l'idéal d'augmentation. Pour \(x \in I(X)\) on a \(\gamma^{i}(x) = 0\) dès que \(i \geqslant 2\), d'où \(F^{i}_{\gamma}(K^{\bullet}(X)) = 0\) pour \(i \geqslant 2\), et par conséquent \[ K^{\bullet}(X) \;\simeq\; \mathbb{Z}^{\pi_{0}(X)} \times \operatorname{Pic}(X), \qquad \operatorname{Pic}(X) \simeq \prod_{i \in \pi_{0}(X)} \operatorname{Pic}(X_{i}), \] la classe d'un fibré \(V\) étant \(\bigl[\operatorname{rg}(V),\, \det V\bigr]\), c'est-à-dire \[ \operatorname{cl}(V) \;=\; \sum_{i} \bigl(\operatorname{rg}_{i}(V) - 1\bigr)\,1_{i} \;+\; \operatorname{cl}(\det V). \] La raison est que sur un tel \(X\) tout fibré vectoriel est somme directe d'un fibré trivial et de son déterminant.13 On pose \(B^{\bullet}(X) = \mathbb{Z}^{\pi_{0}(X)} \times \operatorname{Pic}(X)\) ; avec ces identifications, le caractère de Chern \(K^{\bullet}(X) \to B^{\bullet}(X)\) est l'identité.
Le côté covariant
\(K_{\bullet}(X)\) est augmenté vers \(\mathbb{Z}^{\pi_{0}^{(1)}(X)}\), où \(\pi_{0}^{(1)}(X)\) est l'ensemble des composantes irréductibles de dimension \(1\), par les longueurs aux points génériques. Le noyau est engendré par les classes de faisceaux à support fini et par les différences de faisceaux inversibles sur les composantes de dimension \(1\).14
La flèche d'un côté à l'autre
Les pages 6 et 7 sont un palimpseste rapide dont la prose de liaison est en très grande partie perdue, et la seconde est barrée d'obliques depuis son milieu.15 Ce qu'elles établissent malgré tout est net.
En dimension \(0\), le rang et la longueur sont des isomorphismes de \(\lambda\)-anneaux \(K^{\bullet}(X) \simeq \mathbb{Z}\) et \(K_{\bullet}(X) \simeq \mathbb{Z}\), et le caractère de Chern est l'identité. En dimension \(1\), la page 6 dresse la liste des invariants : l'ensemble fini \(\pi_{0}(X)\) des composantes irréductibles, le groupe \(\operatorname{Pic}(X)\), le groupe \(K_{(0)} = \prod_{i} K_{(0)}(X_{i})\), les entiers \(\mu_{i} = \operatorname{lg}_{i}(\mathcal{O}_{X})\), un élément \(\delta \in K_{0}(X)\), et enfin des applications \(u_{i} : \operatorname{Pic}(X) \to K_{(0)}\), \(L \mapsto \operatorname{cl}\bigl((L-1)\mathcal{O}_{X_{i}}\bigr)\).
La page 7 écrit alors l'homomorphisme \(K^{\bullet}(X) \to K_{\bullet}(X)\). Il est déterminé par l'image de \(1\), soit \(1_{\bullet} = \sum_{i} \mu_{i} 1_{i} + \delta_{\varepsilon}\), et vaut \[ u(n, \xi) \;=\; n \sum_{i} \mu_{i}\,1_{i} \;+\; \Bigl( n\,\delta_{\varepsilon} + \sum_{i} \mu_{i}\,u_{i}(\xi) \Bigr), \qquad n \in \mathbb{Z},\ \xi \in \operatorname{Pic}(X). \] Ce que les feuillets ne disent pas, et qui explique tout, est que cette flèche est simplement la multiplication par la classe de \(\mathcal{O}_{X}\) dans \(K_{\bullet}(X)\) : \(K_{\bullet}\) est un module sur \(K^{\bullet}\), et l'unique morphisme de modules \(K^{\bullet} \to K_{\bullet}\) est \(x \mapsto x \cdot [\mathcal{O}_{X}]\). La formule s'obtient alors en développant \((n + \xi)\cdot 1_{\bullet}\) et en observant que \(\xi \cdot \delta_{\varepsilon} = 0\) pour raison de degré, tandis que \(\xi \cdot 1_{i} = u_{i}(\xi)\) par définition de \(u_{i}\).16
9–13
Contre-exemples : la classe de Chern d'une immersion, et le facteur \((r-1)!\) (pages 9 à 13)
Cette course pose une question précise : les classes de Chern d'une image directe sont-elles calculables à partir de celles de la classe qu'on pousse ? La réponse est oui, avec un facteur entier qui grossit ; et le prix de ce facteur est qu'une classe non nulle peut avoir une classe de Chern totale triviale. C'est là le contre-exemple qui donne son titre à la chemise.
La situation
Soit \(X\) un schéma, \(r \geqslant 1\), et \(i : X \to X \times \mathbb{P}^{r}\) l'immersion fermée d'une section constante. C'est une immersion régulière de codimension \(r\) à fibré normal trivial. On dispose de \[ K(X \times \mathbb{P}^{r}) \;=\; K(X) \otimes K(\mathbb{P}^{r}), \qquad K(\mathbb{P}^{r}) = \mathbb{Z}[\xi]/(\xi^{r+1}),\quad \xi = 1 - L^{-1}, \] où \(L = \mathcal{O}(1)\) ; la classe \(\xi^{r}\) est celle du faisceau structural d'un point.17 On a donc \(i_{!}(x) = x \otimes \xi^{r}\), et la flèche \(K(X) \to K(X \times \mathbb{P}^{r})\) est injective, la composée avec \(p_{*}\) valant l'identité :
LaTeX source
\begin{tikzcd}[column sep=large, row sep=small]
K(X) \arrow[r, "\text{inj.}"] \arrow[d, "\widetilde{c}_{X}"'] & K(X \times \mathbb{P}^{r}) \arrow[d, "\widetilde{c}_{X \times \mathbb{P}^{r}}"] \\
\widetilde{A}(X) \arrow[r] & \widetilde{A}(X \times \mathbb{P}^{r})
\end{tikzcd}
La classe de Chern totale d'un point
Puisque \(\xi^{r} = \sum_{i=0}^{r} \binom{r}{i}(-1)^{i} L^{-i}\) et \(c(L^{-i}) = 1 - i\eta\), avec \(\eta\) la classe d'un hyperplan, on a \[ c(\xi^{r}) \;=\; \prod_{i=0}^{r} (1 - i\eta)^{(-1)^{i}\binom{r}{i}} . \] En passant au logarithme, le coefficient de \(\eta^{m}\) est \(-\frac{1}{m}\sum_{i}(-1)^{i}\binom{r}{i} i^{m}\), somme qui est nulle pour \(m < r\) et vaut \((-1)^{r} r!\) pour \(m = r\). Comme \(\eta^{r+1} = 0\), il ne reste qu'un terme et l'exponentielle se réduit à sa partie linéaire : \[ c(\xi^{r}) \;=\; 1 + (-1)^{r-1}(r-1)!\ \eta^{r} . \] C'est le premier visage du nombre du dossier : la classe de Chern de dimension maximale du faisceau structural d'un point de \(\mathbb{P}^{r}\) n'est pas la classe de ce point, mais son multiple par \((-1)^{r-1}(r-1)!\).18
Les polynômes \(Q^{(r)}_{i}\)
Le feuillet écrit ensuite \(c(i_{!}(x)) = c(x) \ast c(\xi^{r})\) et développe. Le résultat auquel il arrive est \[ c\bigl(i_{!}(x)\bigr) \;=\; 1 + (-1)^{r-1}(r-1)!\ \eta^{r} \Bigl[\, \varepsilon(x) + \sum_{i \geqslant 1} Q^{(r)}_{i}\bigl(c^{1}(x), \ldots, c^{i}(x)\bigr) \Bigr], \] où \(Q^{(r)}_{i-r}\) est, par définition, la partie linéaire en la variable de degré \(r\) du polynôme universel \(Q_{i}\) qui exprime \(c^{i}\) d'un produit — les termes de degré \(\geqslant 2\) en cette variable disparaissant puisque \((\eta^{r})^{2} = 0\).19
Le feuillet ne calcule le coefficient dominant de \(Q^{(r)}_{i}\) que pour \(i = 1\), où il trouve \(-r\,c^{1}\). Sa propre méthode le donne pour tout \(i\) : \[ Q^{(r)}_{i}\bigl(c^{1}, \ldots, c^{i}\bigr) \;=\; -\,\frac{(r+i-1)!}{(r-1)!\,(i-1)!}\ c^{i} \;+\; (\text{termes décomposables}), \] et la lettre du feuillet le confirme, puisqu'il écrit son coefficient sous la forme \(-\frac{(r+1-1)!}{(r-1)!\,(1-1)!}\), c'est-à-dire précisément cette expression pour \(i = 1\).20 Le feuillet ajoute, en marge de ce calcul, l'avertissement que les coefficients numériques proviennent tous du \((r-1)!\) : c'est exact, et c'est ce qui rend le paragraphe suivant possible.
Il note enfin cette situation \(c(i_{!}(x)) = (i_{*})_{r}\bigl(c(x)\bigr)\), en introduisant donc un « \(i_{*}\) » agissant directement sur les classes de Chern totales. C'est la question que l'on appellera plus tard Riemann-Roch sans dénominateurs : obtenir une formule d'image directe pour les classes de Chern entières, et non pour le caractère de Chern rationnel.
Le contre-exemple
Soit \(Y \subset X\) un diviseur, de classe \(x' \in A^{1}(X)\). On a \(c(\mathcal{O}_{Y}) = (1 - x')^{-1} = \sum_{n} (x')^{n}\). En appliquant ce qui précède à \(x = [\mathcal{O}_{Y}]\), chaque terme du crochet porte en facteur \((r-1)!\) multiplié par une puissance de \(x'\).21 Par conséquent :
Si \((r-1)!\,x' = 0\) dans \(A^{1}(X)\), alors \(c\bigl(i_{!}(\mathcal{O}_{Y})\bigr) = 1\).22
Autrement dit, la classe non nulle \([\mathcal{O}_{Y \times \mathbb{P}^{r}}]\) a une classe de Chern totale triviale : les classes de Chern ne séparent pas. Reste à produire un \(x' \neq 0\) tué par \((r-1)!\), ce qu'une classe de torsion de \(\operatorname{Pic}^{0}\) fournit — par exemple un point de torsion d'ordre divisant \((r-1)!\) sur une courbe elliptique.23
C'est le même phénomène que celui de la page 21, qui l'énoncera en pure algèbre : \(CK\) a de la torsion, \(GK\) n'en a pas, et la flèche de l'un vers l'autre n'est donc pas injective. Ici la torsion est celle de \(\operatorname{Pic}^{0}\) ; là, celle qu'introduisent les factorielles.
15–18
Modules sur un topos annelé où un groupe opère (pages 15 à 18)
Ces quatre feuillets ne sont précédés d'aucune chemise et leur sujet n'est pas celui de la course qui les précède.24 C'est, en apparence, une digression ; c'est en réalité la construction des opérations dont la course suivante se donnera les axiomes, et c'est aussi la course la plus tardive du dossier, puisqu'elle commence par le mot topos.
Soit \(\mathcal{X}\) un topos annelé, d'anneau commutatif \(\mathcal{O}\). Pour tout groupe \(G\) on note \(A(\mathcal{X}, G)\) la catégorie des \(\mathcal{O}\)-Modules de \(\mathcal{X}\) munis d'une action de \(G\) — autrement dit, la catégorie des \(\mathcal{O}[G]\)-Modules.
Restriction, induction, et le produit extérieur
Un homomorphisme \(u : G \to G'\) donne une restriction \(u^{*} : A(\mathcal{X}, G') \to A(\mathcal{X}, G)\) et une induction \(u_{*}\) en sens inverse. Lorsque \(u\) est injectif d'indice fini, on a l'isomorphisme canonique de \(\mathcal{O}\)-Modules \[ u^{*} u_{*}(F) \;\simeq\; \bigsqcup_{G'/G} F , \] la somme portant sur les classes à gauche, \(G\) permutant les facteurs par translation.25 Les sous-catégories pleines des Modules localement libres, libres de type fini, et localement libres de type fini sur \(\mathcal{O}[G]\) sont stables par ces foncteurs.
On dispose dans \(A(\mathcal{X}, G)\) du produit tensoriel, commutatif et associatif, et des isomorphismes fonctoriels \[ u^{*}(F' \otimes G') \simeq u^{*}(F') \otimes u^{*}(G'), \qquad u_{*}\bigl(F \otimes u^{*}(G')\bigr) \simeq u_{*}(F) \otimes G' , \] la seconde étant la formule de projection. Pour \(F \in A(\mathcal{X}, G)\) et \(H\) un second groupe, \(G \in A(\mathcal{X}, H)\), on pose \[ F \boxtimes G \;=\; \mathrm{pr}_{1}^{*}(F) \otimes \mathrm{pr}_{2}^{*}(G) \;\in\; A(\mathcal{X}, G \times H), \] et le produit tensoriel ordinaire se retrouve par restriction le long de la diagonale : \(F \otimes G = (\mathrm{diag}_{G})^{*}(F \boxtimes G)\).26
Le produit d'induction, et les puissances tensorielles
Soit \(u_{pq} : \mathfrak{S}_{p} \times \mathfrak{S}_{q} \to \mathfrak{S}_{p+q}\) l'injection canonique. Pour \(F\) dans \(A(\mathcal{X}, \mathfrak{S}_{p})\) et \(G\) dans \(A(\mathcal{X}, \mathfrak{S}_{q})\) on pose \[ F \ast G \;=\; u_{pq\,*}\bigl(F \boxtimes G\bigr) \;\in\; A(\mathcal{X}, \mathfrak{S}_{p+q}), \] opération commutative et associative : elle fait de la somme des \(A(\mathcal{X}, \mathfrak{S}_{n})\) un anneau gradué.27
Notant \(T^{n}(F)\) la puissance tensorielle \(n\)-ième munie de son action de \(\mathfrak{S}_{n}\), la page 18 énonce les trois formules \[ T^{n}(F + G) \simeq \bigsqcup_{p+q=n} T^{p}(F) \ast T^{q}(G), \qquad T^{m}\bigl(T^{n}(F)\bigr) \simeq w_{m,n}^{*}\bigl(T^{mn}(F)\bigr), \qquad T^{m}(F \otimes G) \simeq T^{m}(F) \otimes T^{m}(G), \] où \(w_{m,n} : \mathfrak{S}_{n} \wr \mathfrak{S}_{m} \to \mathfrak{S}_{mn}\) est le plongement du produit en couronne.28 La première est la formule du binôme pour les puissances tensorielles, et c'est elle qui produit les opérations \(\lambda^{i}\) : le facteur \(T^{p}(F) \ast T^{q}(G)\) est exactement ce qui rend \(\lambda\) additif au sens des \(\lambda\)-anneaux.
Le feuillet termine en isolant la condition (\(\ast\)) que doit remplir un Module \(F\) pour que les \(u_{pq\,*}\) de ses composantes soient localement libres sur les \(\mathcal{O}[\mathfrak{S}_{p_{1}} \times \cdots \times \mathfrak{S}_{p_{r}}]\), pour toute décomposition \(\sum p_{i} = n\). C'est la condition d'admissibilité qui fait fonctionner tout ce qui précède ; son énoncé n'est pas lisible au-delà de sa forme.29
20–29
Cas des schémas : les \(\lambda\)-anneaux, \(CK\) et \(GK\) (pages 20 à 29)
La chemise qui ouvre cette course porte, de sa main, le programme : « Filtration des \(\lambda\)-anneaux, classes de Chern universelles ; \(\lambda\)-anneaux « spéciaux» i.e. avec éléments « géométriques» ; Application ». Le dossier exécute les deux premiers points et pas le troisième.
Le cadre
Soit \(K\) un \(\lambda\)-anneau spécial, augmenté vers \(\mathbb{Z}\) par \(\varepsilon\), muni d'une famille \((E_{s})_{s \in S}\) d'éléments géométriques, c'est-à-dire tels que \[ \varepsilon(E_{s}) = n_{s} \geqslant 0, \qquad \lambda^{i}(E_{s}) = 0 \ \text{ pour } i > n_{s}, \qquad \lambda^{n_{s}}(E_{s}) \ \text{ inversible.} \] Ce sont les axiomes que vérifie la classe d'un fibré vectoriel de rang \(n_{s}\), dont le déterminant est inversible ; d'où le nom. On demande de plus un homomorphisme déterminant \(\det : K \to K^{*}\) avec \(\det(E_{s}) = \lambda^{n_{s}}(E_{s})\).30
On note \(I(K) = \ker \varepsilon\), \(\gamma^{i}\) les opérations déduites des \(\lambda^{i}\) par \(\gamma_{t} = \lambda_{t/(1-t)}\), et \(K^{(i)}\) la filtration \(\gamma\) : le sous-groupe engendré par les produits \(\gamma^{i_{1}}(x_{1})\cdots\gamma^{i_{m}}(x_{m})\) avec \(x_{j} \in I(K)\) et \(\sum i_{j} \geqslant i\). Le gradué associé est \(GK = \operatorname{gr} K\), et les classes de Chern sont \[ c^{i}(x) \;=\; \gamma^{i}\bigl(x - \varepsilon(x)\bigr) \bmod K^{(i+1)} \;\in\; GK^{i} . \]
L'anneau \(\widetilde{A}\) et le produit \(\ast\)
Pour un anneau gradué \(A\), on note \(\widetilde{A} = \mathbb{Z} \times (1 + A^{\geqslant 1})\), dont les éléments s'écrivent \([\varepsilon,\, 1 + a^{1} + a^{2} + \cdots]\). L'addition de \(\widetilde{A}\) est l'addition des rangs et la multiplication des séries ; sa multiplication, notée \(\ast\), est donnée par les polynômes universels \(Q_{n}\) : \[ c^{n}(x \ast y) \;=\; Q_{n}\bigl(c^{1}(x), \ldots, c^{n}(x);\, c^{1}(y), \ldots, c^{n}(y)\bigr), \] lesquels sont déterminés par le principe de scindage : si \(c(x) = \prod_{i}(1 + a_{i})\) sur \(\varepsilon(x)\) racines et \(c(y) = \prod_{j}(1 + b_{j})\) sur \(\varepsilon(y)\) racines, alors \(c(x \ast y) = \prod_{i,j}(1 + a_{i} + b_{j})\). C'est l'anneau où vit la classe de Chern totale, et c'est celui que le dossier note \(\widetilde{A}\) aux pages 9, 24, 27 et 40.
L'anneau de Chern \(CK\) et la comparaison avec \(GK\)
La page 28 définit \(CK\) par générateurs et relations : des générateurs \(c^{i}(x)\) pour \(x \in K\) et \(i \geqslant 1\), et les relations \[ \begin{cases} c^{i}(1) = 0 & i \geqslant 1, \\[3pt] c^{n}(x+y) = \displaystyle\sum_{i+j=n} c^{i}(x)\,c^{j}(y) & x, y \in K,\ n \geqslant 1, \\[8pt] c^{n}(x \ast y) = Q_{n}\bigl(c^{1}(x), \ldots ;\, c^{1}(y), \ldots\bigr) & x, y \in I(K),\ n \geqslant 1, \\[5pt] c^{n}(E_{s}) = 0 & n > n_{s}. \end{cases} \] La dernière relation est celle qui fait intervenir la donnée géométrique. Puisque \(\lambda^{i}(E_{s}) = 0\) pour \(i > n_{s}\) entraîne \(\gamma^{n}(E_{s} - n_{s}) = 0\) pour \(n > n_{s}\), les classes \(\gamma^{i}(x - \varepsilon(x))\) satisfont à toutes ces relations, d'où un homomorphisme \[ \varphi_{K} : CK \longrightarrow GK, \qquad c^{i}(x) \longmapsto \gamma^{i}\bigl(x - \varepsilon(x)\bigr) \bmod K^{(i+1)}, \] visiblement surjectif. Le feuillet note en passant — et c'est l'observation juste — que plus la famille \((E_{s})\) est grande, plus \(CK\) est petit, et plus il y a de chances que \(\varphi_{K}\) soit un isomorphisme.31
La page 29 ajoute la réciproque du point de vue : tout homomorphisme de Chern \(\chi : K \to \widetilde{A}\) respectant les \(E_{s}\) envoie \(K^{(i)}\) dans \(A^{(i)}\), d'où une flèche \(\psi : GK \to G(\widetilde{A}) \simeq A\) en sens inverse. Le feuillet s'arrête après trois lignes, les deux tiers inférieurs étant restés blancs.
Le facteur \((-1)^{i-1}(i-1)!\), et la réponse à la question
La page 20 numérote trois propositions. Des deux premières il ne reste que le mot et le numéro, la prose qui les énonçait étant perdue ; la troisième se laisse reconstituer, non par son énoncé mais par sa démonstration, qui occupe le haut de la page 21.
Proposition (page 21). Sur la composante de degré \(i\), \(\varphi \psi = (-1)^{i-1}(i-1)! \cdot \mathrm{id}\).
La démonstration est celle du feuillet, et elle est bonne : \(CB \to CK\) et \(GB \to GK\) étant surjectifs, on se ramène à l'anneau universel \(B\) ; pour \(P \in B^{(i)}\) on a \(\varphi\psi\) appliqué à la classe de \(P\) égal à \(\gamma^{i}(P - \varepsilon(P)) \bmod B^{(i+1)}\), et \[ \gamma^{i}\bigl(P - \varepsilon(P)\bigr) - (-1)^{i-1}(i-1)!\,P \;\in\; B^{(i+1)} . \] 32 Il en résulte que \(\varphi_{K}\) est toujours surjectif, et qu'il devient bijectif après tensorisation par \(\mathbb{Q}\) ; le feuillet énonce la surjectivité en corollaire.
Il pose alors la question, en toutes lettres : « Est-ce que \(\varphi_{K}\) est toujours bijectif ??? », et répond « Non », le mot encadré, en renvoyant à l'exemple qui suit.
Exemple (page 21). Soit \(K = \mathbb{Z}[L]/(L-1)^{n}\), avec \(\lambda_{t}(L) = 1 + Lt\) — c'est-à-dire \(K = K(\mathbb{P}^{n-1})\), comme le feuillet le note en marge. La filtration \(\gamma\) y est la filtration par les puissances de \((L-1)\), si bien que \(GK = \mathbb{Z}[\zeta]/(\zeta^{n})\) est sans torsion. Or \(CK\) a de la torsion, engendrée par la relation \[ (1+\zeta)^{\,\cdot} \;=\; 1 + (-1)^{n-1}(n-1)!\,\zeta^{n} + \cdots \] Un homomorphisme surjectif d'un anneau avec torsion sur un anneau sans torsion n'est pas injectif : \(\varphi_{K}\) ne l'est donc pas.33 C'est le contre-exemple des pages 9 à 13 — le même facteur, la même torsion — énoncé sans géométrie.
L'anneau libre, et deux énoncés de finitude
Lemme (page 22). Sur l'anneau libre \(B = \mathbb{Z}\bigl[ (\lambda^{i}(X_{s}))_{1 \leqslant i \leqslant \varepsilon(s)},\, (\lambda^{d}(Y_{t}))_{d \geqslant 1}\bigr]\), engendré par une famille géométrique \((X_{s})\) et une famille libre \((Y_{t})\), et muni de la filtration \(B^{(k)}\) par les monômes de poids \(\geqslant k\) en les \(\gamma^{i}(X_{s} - \varepsilon(X_{s}))\) et \(\gamma^{d}(Y_{t} - \varepsilon(Y_{t}))\), la classe totale \(x \mapsto \widetilde{c}(x)\) vérifie \[ \widetilde{c}(x+y) = \widetilde{c}(x)\,\widetilde{c}(y), \qquad c^{i}(xy) = Q_{i}\bigl(c^{1}(x), \ldots ;\, c^{1}(y), \ldots\bigr). \] La première résulte de \(\gamma_{t}(x' + y') = \gamma_{t}(x')\gamma_{t}(y')\) pour \(x' = x - \varepsilon(x)\) ; la seconde de la formule correspondante pour les \(\gamma^{i}\).34 Le feuillet annonce ensuite que \(\gamma^{i}(xy)\) est un polynôme universel en les \(\gamma^{k}(x)\) et \(\gamma^{h}(y)\) de poids \(\geqslant i\), et s'arrête sans l'écrire ; c'est la première des choses que le dossier promet et ne donne pas.
Proposition (page 24). Soit \(x\) avec \(\varepsilon(x) = n\) et \(\lambda_{t}(x)\) polynomial de degré \(\leqslant n\). Alors \(\gamma^{i}(x - n) = 0\) pour \(i > n\).
C'est immédiat : \(\gamma_{t}(x - n) = \lambda_{t/(1-t)}(x)\,(1-t)^{n} = \sum_{i \leqslant n} \lambda^{i}(x)\, t^{i}(1-t)^{n-i}\), polynôme de degré \(\leqslant n\) en \(t\).35 L'énoncé dit qu'un élément de rang fini a une filtration \(\gamma\) bornée par son rang : c'est la propriété qui rend la filtration utilisable en géométrie, où les fibrés ont un rang.
32–37
Construction des Chern covariants, et \(K^{\bullet}\) et \(A^{\bullet}\) à supports (pages 32 à 37)
Cette course est la plus tardive du dossier et la plus lacunaire : elle est écrite au crayon puis à l'encre sur les versos d'un texte dactylographié, et la prose qui relie ses formules est presque entièrement perdue aux pages 36 et 37. Ce qui suit s'en tient à ce que portent les formules et les titres.
Les catégories dérivées de complexes parfaits
Soit \(f : X \to Y\) localement de type fini. On note \(D_{\mathrm{parf}}(f)\) la catégorie dérivée des complexes de \(\mathcal{O}_{X}\)-Modules parfaits relativement à \(f\), et \(K_{\mathrm{parf}}(f)\) le groupe de Grothendieck correspondant.36 Pour \(Z \subset X\) fermé, on définit de même \(D_{\mathrm{parf},Z}(X)\) et \(K_{Z}(X)\), et pour \(\Phi\) une famille de supports \[ D_{\mathrm{parf},\Phi}(X) = \varinjlim_{Z \in \Phi} D_{\mathrm{parf},Z}(X), \qquad K_{\Phi}(X) = \varinjlim_{Z \in \Phi} K_{Z}(X) . \] Pour \(i : Z \to X\) on a \(\mathrm{R}\,i_{*}\) vers \(D_{Z}(X)\) et \(i_{!}\) vers \(K_{Z}(X)\) ; et si \(i_{n} : Z_{n} \to X\) parcourt les voisinages infinitésimaux de \(Z\) dans \(X\), le foncteur \[ \varinjlim_{n} D_{\mathrm{parf}}(i_{n}) \longrightarrow D_{Z}(X) \] est pleinement fidèle.37
Les groupes de Chow à supports, et les classes de Chern
La page 34 demande, en parallèle de \(K_{\Phi}(X)\), un anneau de Chow à supports \(A_{\Phi}(X)\) — qui n'a pas d'unité, l'élément \(1\) n'ayant pas de support dans \(\Phi\), d'où la parenthèse « (pseudo-)anneaux … par voie d'éliminer \(1\) » — et des classes de Chern \[ c^{i}_{\Phi} : K_{\Phi}(X) \longrightarrow A_{\Phi}(X), \qquad i > 0, \] soumises à la formule de Whitney écrite sans unité : \[ c^{n}_{\Phi}(x+y) \;=\; c^{n}_{\Phi}(x) + c^{n}_{\Phi}(y) \;+\; \sum_{\substack{p+q=n \\ p,\,q > 0}} c^{p}_{\Phi}(x)\,c^{q}_{\Phi}(y), \] et compatibles avec les homomorphismes d'oubli du support :
LaTeX source
\begin{tikzcd}[column sep=large, row sep=small]
K_{\Phi}(X) \arrow[r] \arrow[d, "c_{\Phi}"'] & K(X) \arrow[d, "c"] \\
A_{\Phi}(X) \arrow[r] & A(X)
\end{tikzcd}
Le feuillet ne construit rien de tout cela : il pose trois cas, et les trois sont des questions. Pour \(X\) lisse, prendre les cycles à support dans \(\Phi\). Pour \(X\) général, se demander si la « \(\lambda\)-procédure » — c'est-à-dire la définition de \(A\) comme gradué d'une filtration \(\gamma\) — s'applique à \(K_{\Phi}(X)\). Et enfin : des classes de Chern cohomologiques ? Aucune des trois n'est traitée.38
Riemann-Roch comme mesure d'un défaut
La page 36 est un palimpseste dont presque toute la prose est perdue. Ce que ses formules dessinent est le programme suivant. On veut des groupes \(K^{\Phi}(X/S)\) et \(A^{\Phi}(X/S)\) covariants en \(X\) au-dessus de \(S\), et entre eux un caractère de Chern qui commute strictement aux images directes : \[ \operatorname{ch}^{Y/S}\bigl(g_{!}(x)\bigr) \;=\; g_{*}\bigl(\operatorname{ch}^{X/S}(x)\bigr) . \] Le caractère de Chern ordinaire, lui, ne commute pas aux images directes — c'est précisément l'objet du théorème. La phrase qui subsiste, « Mais « R.R.» s'interprète comme … », dit donc que Riemann-Roch est ce qui traduit l'écart entre les deux : la classe de Todd est la comparaison entre le caractère de Chern covariant et le caractère de Chern contravariant.39
La page 37 dresse une échelle à quatre montants comparant les deux variances :
LaTeX source
\begin{tikzcd}[column sep=small, row sep=small, nodes={font=\scriptsize}]
K^{\bullet}(i_{n}) \arrow[r, "u"] \arrow[d, "\alpha"'] & \varinjlim_{n} K^{\bullet}(i_{n}) \arrow[r] \arrow[d, "\beta"] & K^{\bullet}_{X}(X') \arrow[r] \arrow[d, "\gamma"] & K^{\bullet}(X') \arrow[d, "\delta"] \\
K_{\bullet}(X_{n}) \arrow[r, "u'"'] & \varinjlim_{n} K_{\bullet}(X_{n}) \arrow[r] & K^{X}_{\bullet}(X') \arrow[r, "w'"'] & K_{\bullet}(X')
\end{tikzcd}
Les quatre flèches verticales portent la même glose, et c'est la seule chose que la page dise d'elles.40 Suit l'expression \(\operatorname{ch}(i_{!}x)\cdot \operatorname{Todd}(X'/S)\), qui est le membre de gauche de Riemann-Roch relatif, puis un titre — « Filtration sur \(K^{\bullet}_{X}(X')\) » — sous lequel rien n'est écrit.
40–41
R.R. des surfaces : le carré, les trois formules, et la fibration (pages 40 et 41)
La dernière course du dossier, annoncée par la chemise « R.R. des surfaces, et autres cas particuliers divers », est une suite d'exemples calculés. Elle n'emploie que l'appareil classique : caractère de Chern, classe de Todd, \(f_{!}\) et \(f_{*}\). Aucun complexe, aucun support, aucune catégorie dérivée.
Le carré
Soit \(f : X \to Y\) un morphisme propre de variétés non singulières.41
LaTeX source
\begin{tikzcd}[column sep=large, row sep=large]
K(X) \arrow[r, "f_{!}"] \arrow[d, "\operatorname{ch}\,\cdot\,\operatorname{Todd}(X)"'] & K(Y) \arrow[d, "\operatorname{ch}\,\cdot\,\operatorname{Todd}(Y)"] \\
A(X) \otimes \mathbb{Q} \arrow[r, "f_{*}"'] & A(Y) \otimes \mathbb{Q}
\end{tikzcd}
\[\begin{equation*} \operatorname{Todd}(Y) \cdot \operatorname{ch}\bigl(f_{!}(\xi)\bigr) \;=\; f_{*}\bigl(\operatorname{Todd}(X) \cdot \operatorname{ch}(\xi)\bigr) \tag{1} \end{equation*}\]
C'est le théorème de Grothendieck-Riemann-Roch.42
Les trois variantes
Pour \(f\) une immersion fermée, la formule de projection permet de rentrer \(\operatorname{Todd}(Y)^{-1}\) sous \(f_{*}\) et les classes de Todd de \(X\) et de \(Y\) se combinent en celle du fibré normal \(N\) de \(X\) dans \(Y\) : \[\begin{equation*} \operatorname{ch}\bigl(f_{!}(\xi)\bigr) \;=\; f_{*}\Bigl(\operatorname{ch}(\xi)\cdot \operatorname{Todd}(N)^{-1}\Bigr) \tag{1 bis} \end{equation*}\] 43
Il annonce ensuite pour ce cas « une formule meilleure », numérotée (2), qui donnerait la classe de Chern de degré \(q+d\) de \(f_{!}(\xi)\) à partir de \(\widetilde{c}(\xi) \ast \lambda_{-1}(\widetilde{c}(N))\) et de \(c^{q}(N)\) : ce serait la version entière du théorème, ce que l'on appellera Riemann-Roch sans dénominateurs, et c'est la suite directe du calcul des pages 9 à 13. Sa forme exacte n'est pas établie ici.44
Pour \(f\) une fibration, avec \(E\) un fibré vectoriel sur \(X\) et \(E^{(i)} = \mathrm{R}^{i}f_{*}(E)\), on a \(f_{!}(E) = \sum_{i}(-1)^{i}E^{(i)}\) et donc \[\begin{equation*} \operatorname{Todd}(Y) \sum_{i}(-1)^{i}\operatorname{ch}\bigl(E^{(i)}\bigr) \;=\; f_{*}\bigl(\operatorname{Todd}(X)\cdot\operatorname{ch}(E)\bigr) \tag{1 ter} \end{equation*}\]
Ce que (1 ter) contient de plus que Hirzebruch
C'est le meilleur passage du dossier, et il tient en deux observations.
En degré \(0\), (1 ter) redonne Riemann-Roch sur la fibre.45 Le membre de gauche devient \(\sum_{i}(-1)^{i}\operatorname{rg} E^{(i)} = \chi(Z;\, E|_{Z})\) pour \(Z\) une fibre. Le membre de droite devient le degré de la composante de degré \(p = \dim Z\) de \(i^{*}\bigl[ \operatorname{Todd}(X)\operatorname{ch}(E)\bigr]\), et l'on calcule \[ i^{*}\bigl(\operatorname{Todd}(X)\bigr)\cdot i^{*}\bigl(\operatorname{ch}(E)\bigr) \;=\; \operatorname{Todd}\bigl(i^{*}T_{X}\bigr)\operatorname{ch}\bigl(E|_{Z}\bigr) \;=\; \operatorname{Todd}(T_{Z})\operatorname{ch}\bigl(E|_{Z}\bigr) , \] la dernière égalité parce que le fibré normal d'une fibre est trivial.46 On retrouve la formule de Hirzebruch pour la fibre.
En degré \(\geqslant 1\), en revanche, (1 ter) donne les classes de Chern de \(\sum_{i}(-1)^{i}E^{(i)}\) — et cela, comme le feuillet le souligne, n'est pas contenu dans la formule de Hirzebruch proprement dite. Il en tire un énoncé qui n'est pas trivial : pour \(n\) grand, la classe de Chern de \(f_{*}(E(n))\) dépend polynomialement de \(n\).47
42–43
Le développement en \(n\), et une courbe dans une courbe (pages 42 et 43)
La dépendance polynomiale en \(n\)
Si \(h\) est la première classe de Chern du faisceau tordant et \(E(n) = E \otimes \mathcal{O}(n)\), alors \(\operatorname{ch}(E(n)) = \operatorname{ch}(E)e^{nh}\), d'où \[ f_{*}\bigl(\operatorname{Todd}(X)\operatorname{ch}(E(n))\bigr) \;=\; \sum_{k} n^{k}\, f_{*}\!\left(\frac{h^{k}}{k!}\, \operatorname{Todd}(X)\,\operatorname{ch}(E)\right), \] somme finie puisque \(h\) est nilpotente. C'est la démonstration de l'énoncé annoncé au bas de la page 41 : le membre de droite est un polynôme en \(n\) à coefficients indépendants de \(n\).48
Morphismes propres particuliers
Le feuillet ouvre alors, sous un titre de sa main séparé par un trait ondulé, une suite de cas particuliers. Le premier est celui d'un morphisme d'une courbe dans une variété.
Dans tout ce qui suit, \(X\) est la courbe source et \(Y\) le but.49
Sur une courbe non singulière, \(K(X) \simeq \mathbb{Z} + \operatorname{Pic}(X)\), l'isomorphisme étant donné par la classe de Chern. Pour \(\xi = (n,d)\) : \[ \operatorname{ch}(\xi) = n + d, \qquad c(T_{X}) = 1 - k_{X}, \qquad \operatorname{Todd}(X) = \frac{-k_{X}}{1 - e^{k_{X}}} = 1 - \tfrac{1}{2}k_{X}, \] \(k_{X}\) étant la classe canonique, et donc \[ \operatorname{ch}(\xi)\operatorname{Todd}(X) \;=\; \bigl(1 - \tfrac{1}{2}k_{X}\bigr)(n+d) \;=\; n + \bigl(d - \tfrac{1}{2}n\,k_{X}\bigr). \] On reconnaît la formule (1) de la page 3, écrite trente-neuf feuillets plus tôt : la classe de Todd d'une courbe est \(1 - \tfrac12 k_{X}\) dans les deux cas, et le degré de ce produit est la caractéristique d'Euler-Poincaré.
a) Le but est une courbe
Soit \(k_{Y}\) son diviseur canonique, \(\operatorname{Todd}(Y) = 1 - \tfrac12 k_{Y}\), et \(\delta\) le degré de \(f\), de sorte que \(f_{*}(1) = \delta\). Alors \[ f_{*}\bigl(\operatorname{ch}(\xi)\operatorname{Todd}(X)\bigr) \;=\; n\delta + \bigl(f_{*}(d) - \tfrac{1}{2}n\,f_{*}(k_{X})\bigr), \] et en divisant par \(\operatorname{Todd}(Y)\) : \[ \operatorname{ch}\bigl(f_{!}(\xi)\bigr) \;=\; \bigl(1 + \tfrac{1}{2}k_{Y}\bigr) \Bigl( n\delta + f_{*}(d) - \tfrac{1}{2}n\,f_{*}(k_{X}) \Bigr) \;=\; n\delta + \Bigl[\tfrac{1}{2}n\delta\,k_{Y} + f_{*}(d) - \tfrac{1}{2}n\,f_{*}(k_{X})\Bigr], \] soit, dans les coordonnées \((\text{rang},\, c^{1})\) : \[ f_{!}(\xi) \;=\; \Bigl(n\delta,\ \ \tfrac{1}{2}n\delta\,k_{Y} + f_{*}(d) - \tfrac{1}{2}n\,f_{*}(k_{X})\Bigr), \qquad f : X \to Y . \] 50
Le revêtement
Appliquant cela à \(\xi = [\mathcal{O}_{X}]\), c'est-à-dire \(n = 1\), \(d = 0\), pour \(f\) un revêtement de degré \(\delta\) : le faisceau \(f_{*}(\mathcal{O}_{X})\) est un fibré vectoriel sur \(Y\), de rang \(\delta\), et sa première classe de Chern vaut \[ c^{1}\bigl(f_{*}\mathcal{O}_{X}\bigr) \;=\; \tfrac{1}{2}\bigl(\delta\,k_{Y} - f_{*}(k_{X})\bigr). \] 51
43–44
b) Une courbe dans une surface, et la formule d'adjonction (pages 43 et 44)
Soit maintenant \(Y\) une surface non singulière et \(f : X \to Y\) un morphisme depuis une courbe, d'image la courbe \(C\), de degré \(\delta\) sur son image.52
De \(c(T_{Y}) = 1 - k_{Y} + c^{2}(T_{Y})\) on tire \[ \operatorname{Todd}(Y) = 1 - \tfrac{1}{2}k_{Y} + \tfrac{1}{12}\bigl[k_{Y}^{2} + c^{2}(T_{Y})\bigr], \qquad \operatorname{Todd}(Y)^{-1} = 1 + \tfrac{1}{2}k_{Y} + \tfrac{1}{12}\bigl[k_{Y}^{2} - c^{2}(T_{Y})\bigr] \cdot \] 53
On a \(f_{*}(1) = \delta\,C\), et \(f_{*}(k_{X})\), \(f_{*}(d)\) sont des classes de \(0\)-cycles. D'où, pour \(\xi = (n,d)\) : \[ \operatorname{ch}\bigl(f_{!}(\xi)\bigr) \;=\; n\delta\,C + \Bigl[\,f_{*}(d) - \tfrac{1}{2}n\,f_{*}(k_{X}) + \tfrac{1}{2}n\delta\,(C\cdot k_{Y})\,\Bigr], \] et en passant à la classe de Chern totale, \[ c\bigl(f_{!}(\xi)\bigr) \;=\; 1 + n\delta\,C + \Bigl[\,\tfrac{1}{2}n^{2}\delta^{2}C^{2} - \tfrac{1}{2}n\delta\,(C\cdot k_{Y}) - f_{*}(d) + \tfrac{1}{2}n\,f_{*}(k_{X})\,\Bigr]. \] Le passage se fait par \(c = \exp\bigl(\operatorname{ch}_{1} - \operatorname{ch}_{2}\bigr)\) à l'ordre \(2\), ce que le feuillet écrit exactement.54 Pour \(n = \delta = 1\) : \[ c\bigl(f_{!}(\xi)\bigr) \;=\; 1 + C + \Bigl[\,\tfrac{1}{2}\bigl(C^{2} - C\cdot k_{Y}\bigr) - f_{*}(d) + \tfrac{1}{2}f_{*}(k_{X})\,\Bigr]. \]
La dernière page, et la formule qu'elle n'écrit pas
Le dernier feuillet applique ceci à \(f : \widetilde{C} \to Y\), la normalisée d'une courbe \(C\) tracée sur la surface, avec \(\xi = [\mathcal{O}_{\widetilde{C}}]\). Il trouve \[ c^{2}\bigl(\mathcal{O}_{C}\bigr) \;=\; \tfrac{1}{2} \Bigl[\,C^{2} - C\cdot k_{Y} + f_{*}\bigl(k_{\widetilde{C}}\bigr)\,\Bigr], \] puis, \(Y\) étant compacte et \(\widetilde{C}\) de genre \(g\), en prenant le degré des deux membres : \[ \deg c^{2}\bigl(\mathcal{O}_{C}\bigr) \;=\; \tfrac{1}{2}\bigl[\,C^{2} - C\cdot k_{Y} + 2g - 2\,\bigr] \;=\; \tfrac{1}{2}\bigl(C^{2} - C\cdot k_{Y}\bigr) + g - 1 . \] 55
Le feuillet s'arrête là, et le reste de la page est blanc : c'est la fin du dossier. Or il est à une identification de la formule d'adjonction. La classe \([\mathcal{O}_{C}]\) vaut \(1 - [\mathcal{O}_{Y}(-C)]\) dans \(K(Y)\), d'où \(c(\mathcal{O}_{C}) = (1-C)^{-1}\) et \(c^{2}(\mathcal{O}_{C}) = C^{2}\) lorsque \(C\) est lisse. Égaler les deux valeurs donne \[ C^{2} \;=\; \tfrac{1}{2}\bigl(C^{2} - C\cdot k_{Y}\bigr) + g - 1, \qquad \text{c'est-à-dire} \qquad 2g - 2 \;=\; C^{2} + C\cdot k_{Y} . \] C'est la formule d'adjonction, obtenue comme corollaire de Grothendieck-Riemann-Roch pour la normalisée d'une courbe sur une surface.56
Notes
- L'identité se lit sur les racines de Chern : \(\log \prod_{j}(1 + a_{j}) = \sum_{m} \frac{(-1)^{m-1}}{m}\sum_{j} a_{j}^{m}\), et \(\sum_{j} a_{j}^{m} = m!\, \operatorname{ch}_{m}\). Elle n'est écrite sur aucun feuillet du dossier ; elle est donnée ici parce qu'elle est ce qui fait des trois observations précédentes une seule. ↩
- Le feuillet dit seulement « \(X\) courbe non singulière ». L'irréductibilité et la propreté sont indispensables : sans la première le groupe \(\pi_{0}\) intervient, sans la seconde la caractéristique d'Euler-Poincaré de la formule (1) n'est pas finie. Elles sont ajoutées ici. ↩
- La page 2 se sert de la lettre \(E\) à la fois pour l'anneau et pour un fibré vectoriel, dans la même proposition. Les fibrés sont écrits \(V\), \(V'\), \(V''\) ici. ↩
- Le feuillet travaille donc simultanément dans le groupe libre et dans son quotient, sans le dire. Les énoncés \(E/N \simeq \cdots\) n'ont de sens que dans le premier ; les lignes qui identifient \(E\) à l'anneau des classes n'ont de sens que dans le second. La lecture suit cet usage, qui est cohérent pourvu qu'on prenne \(E\) pour le groupe libre et \(E/N\) pour l'anneau des classes proprement dit. ↩
- Le mot, abrégé, commence par un \(g\) et se termine en
-ti.; il n'a pas été lu. Le rôle que \(E_{0}\) joue dans les deux identités \(\mathcal{D} + N = E_{0}\) et \(E = \Phi + \mathcal{D}\) est celui du noyau du rang, mais la lecture n'est pas reconstruite ici. ↩ - Sur le feuillet, \(\mathcal{L}\), \(\mathcal{D}\) et \(\mathfrak{P}\) ne se distinguent que par le tracé de la lettre, et le transcripteur signale que ces lectures sont solidaires : si \(\mathfrak{P}\) n'est pas le groupe des classes de diviseurs, elles bougent toutes. L'algèbre les fixe pourtant sans recours au tracé. La page 3 pose \(\mathcal{D} \cap N = \mathcal{L}\), donc \(E_{0}/N = (\mathcal{D} + N)/N \simeq \mathcal{D}/\mathcal{L}\) : le quotient est forcément le groupe des classes de diviseurs, et c'est ce groupe qui reçoit \(c^{1}\) et qui contient la classe canonique \(K\) de la formule (1). Aucune autre lecture ne rend ces quatre emplois compatibles. ↩
- Le feuillet laisse illisible le mot qualifiant \(f\) ; le membre de droite n'a de sens que si \(f\) est injective, ce qu'une section non nulle assure sur une courbe intègre. La restriction aux fibrés de rang \(1\) est celle du feuillet. ↩
- Elle est d'ailleurs fausse telle quelle : \(\Phi + N\) ne contient pas les classes de faisceaux de torsion, qui engendrent \(\mathcal{D}\). La raturer est la bonne décision, et la lecture la respecte. ↩
- Le feuillet écrit les éléments de \(\mathcal{D} \cap N\) « diviseurs « \(f\)-équivalents » à \(0\) », le préfixe entre guillemets étant une haste bouclée que le transcripteur ne tranche pas entre \(f\) et \(l\) (pour « linéairement »). Le contenu de la proposition rend les deux lectures équivalentes : \(f\)-équivalent, c'est-à-dire équivalent au moyen d'une fonction, est linéairement équivalent. ↩
- Il écrit le membre de gauche avec un \(s\) long bouclé, que la transcription rend par \(\int\) : c'est la caractéristique d'Euler-Poincaré, et elle est écrite \(\chi\) ici. Il écrit \(K\) pour la classe canonique et \(K_{1}\) pour la forme linéaire ; ces deux lettres sont remplacées, la première parce que \(K\) désigne partout ailleurs dans le dossier un \(\lambda\)-anneau ou un groupe de Grothendieck, la seconde parce que le même opérateur reparaît aux pages 41 et 44 sous le nom \(K_{p}\). ↩
- Le feuillet écrit « préschéma », qui est la convention des Éléments ; et il commence par écrire « admettant aussi un Module inversible ample », le mot « aussi » étant biffé. L'hypothèse d'amplitude n'est pas décorative : c'est elle qui donne le théorème de structure des fibrés utilisé plus bas. ↩
- Il les écrit avec un point surélevé et un point souscrit. Ce sont les groupes que l'on note aujourd'hui \(K^{0}(X)\) et \(K_{0}(X)\). ↩
- Le feuillet ne donne pas cette raison et laisse illisible la phrase qui suivait « faisceau loc. libre de rang », ainsi que le rang lui-même, lu \(0\). C'est le théorème de structure des fibrés sur un schéma de dimension \(\leqslant 1\) à faisceau ample, et c'est là que sert l'hypothèse d'amplitude. ↩
- Le feuillet écrit ce noyau \(K_{0}(X) \simeq \mathbb{Z}^{k^{(0)}(X)} \times \operatorname{Pic}'(X)\) et glose le second facteur comme un produit de \(K_{0}(X_{i})\) sur les composantes de dimension \(1\). Les indices ne sont pas tous lisibles et la description exacte du premier facteur est perdue ; ce qui est donné ici est la part de l'énoncé que le feuillet soutient. ↩
- Aucune tentative n'est faite ici de combler ces lacunes. Ce qui suit est ce que portent les formules, non ce que disait le texte qui les reliait. ↩
- C'est donc, en langage moderne, la flèche \(K^{0}(X) \to K_{0}(X)\), dont on sait qu'elle est bijective lorsque \(X\) est régulier. Le feuillet demande, en dimension \(0\), « pour \(2\) choix ! », et l'annotation marginale signale que l'invariant en cause dépend du choix de la classe de \(1\) dans \(K_{\bullet}(X)\) : c'est exactement l'observation ci-dessus. ↩
- Le feuillet écrit la présentation sous la forme \(K(X) \otimes K(\mathbb{P}^{r})/(\xi = 1 - L^{-1})\), c'est-à-dire en nommant le générateur plutôt qu'en donnant la relation \(\xi^{r+1} = 0\). Les deux disent la même chose. ↩
- L'exposant de \((-1)\) est écrit \(r+1\) à la page 9 et \(r-1\) à la page 11, et la transcription signale que la page ne tranche pas entre les deux. Elle n'a pas à trancher : \((-1)^{r+1} = (-1)^{r-1}\). Les deux leçons sont la même, et la variance relevée n'en est pas une. ↩
- La page 9 développe \(c(x) \ast (1 - i\eta)\) en \(\sum_{j \leqslant k} c^{j}(x)(-i\eta)^{k-j}\), sans les coefficients binomiaux : le terme de degré \(k\) de \(c(x \otimes M)\), pour \(M\) inversible de première classe \(m\), est \(\sum_{j=0}^{k}\binom{n-j}{k-j} c^{j}(x) m^{k-j}\) avec \(n = \varepsilon(x)\). Les binômes sont rétablis ici. Le feuillet porte sous cette ligne une accolade et une glose dont le milieu est illisible. ↩
- La formule générale est fournie ici et ne figure pas sur le feuillet, qui n'écrit que le cas \(i=1\). Voici d'où elle vient. Le fibré normal étant trivial, \(\operatorname{ch}(i_{!}x) = \eta^{r} \operatorname{ch}(x)\), d'où \(\operatorname{ch}_{r+j}(i_{!}x) = \eta^{r} \operatorname{ch}_{j}(x)\) et, par l'identité \(\log c = \sum_{m}(-1)^{m-1}(m-1)! \operatorname{ch}_{m}\) et \((\eta^{r})^{2} = 0\), \(c(i_{!}x) = 1 + (-1)^{r-1}\eta^{r}\sum_{j}(-1)^{j}(r+j-1)!\operatorname{ch}_{j}(x)\). On conclut par \(\operatorname{ch}_{i} = \frac{(-1)^{i-1}}{(i-1)!}c^{i} + (\text{décomposables})\), conséquence des identités de Newton. Le feuillet note au passage \(Q^{(r)}_{0} = 0\), ce qui est cohérent : le terme de rang est porté à part, sous la forme du \(\varepsilon(x)\) entre crochets. ↩
- Explicitement, le terme de rang \(j\) vaut \((r+j-1)!\operatorname{ch}_{j}(\mathcal{O}_{Y})/(r-1)! = \binom{r+j-1}{j}(-1)^{j-1}(x')^{j}\) au signe près, dont tous les coefficients sont des entiers multipliés par \((r-1)!\) une fois le facteur global rétabli. ↩
- Le dernier membre de la page 13 est lu \(0\) ; la classe de Chern totale vaut \(1\), et c'est sa partie de degré \(\geqslant 1\) qui vaut \(0\). Les deux énoncés disent la même chose et ne diffèrent que par ce que \(\widetilde{C}\) désigne ; le feuillet ne tranche pas, et il n'y a rien à trancher. ↩
- Le feuillet demande seulement \((r-1)!\,x' = 0\), et la fin de sa dernière phrase est illisible. L'en-tête de la transcription du lot nomme une courbe elliptique ; le corps transcrit du feuillet ne la nomme pas. L'exemple est donc donné ici comme ce qu'exige la condition, non comme ce que la page écrit. ↩
- Le titre de cette section est de l'éditeur ; les mots sont ceux de la première ligne du feuillet 15. C'est la seule course du dossier qui ne soit annoncée par aucune chemise inscrite. ↩
- Le feuillet écrit \(F^{(G'/G)}\), notation qui se lit aussi bien comme un produit. Pour un indice fini les deux coïncident ; l'hypothèse d'indice fini n'est pas sur le feuillet et est ajoutée ici. ↩
- Le feuillet écrit l'objet dans \(A(\mathcal{X}, H \times G)\) alors que la définition le place dans \(A(\mathcal{X}, G \times H)\) ; c'est une inversion sans conséquence, les deux catégories étant canoniquement isomorphes. ↩
- Il abrège \(A(\mathcal{X}, p)\) pour \(A(\mathcal{X}, \mathfrak{S}_{p})\). C'est le produit d'induction, celui qui fait de la somme des catégories de représentations des groupes symétriques l'anneau des fonctions symétriques. ↩
- Le feuillet écrit \(w_{m,n} : \mathfrak{S}_{m} \to \mathfrak{S}_{?}\), la cible étant illisible, et le qualifie de « convenable ». La source ne peut pas être \(\mathfrak{S}_{m}\) : \(T^{m}(T^{n}F)\) est \(T^{mn}(F)\) muni de l'action du groupe des permutations de \(mn\) objets rangés en \(m\) paquets de \(n\), qui est le produit en couronne. La correction est faite ici. ↩
- La prose de cette dernière ligne est presque entièrement perdue. Rien n'en est reconstruit ici. ↩
- Les pages 27 et 28 posent ces axiomes ; la page 20 les annonce et la page 21 en donne, sous forme de proposition barrée d'une grande croix, une variante équivalente en termes des \(c^{i}\) : une famille engendre \(K\) pour la structure de \(\lambda\)-anneau avec déterminants inversibles si et seulement si \(c^{i}(E_{s}) = 0\) pour \(i > \varepsilon(E_{s})\). Il l'avait notée « à prouver directement ? » avant de la rayer. ↩
- Le bas de la page 28 porte une longue note d'une plume plus fine dont seul le premier mot se laisse lire, et une note marginale interrogeant l'itération du produit \(\ast\) sur les \(P(\gamma^{i}(x - \varepsilon(x)))\). Ni l'une ni l'autre n'est reconstruite ici. ↩
- La page 20 écrit ce coefficient \((-1)^{i}(i-1)!\) ; c'est \((-1)^{i-1}(i-1)!\) qui est correct, comme la page 21 le démontre et comme le vérifie le cas géométrique de la page 9, où \(c^{r}(\xi^{r}) = (-1)^{r-1}(r-1)!\,\eta^{r}\) tandis que \(\operatorname{ch}_{r}(\xi^{r}) = \eta^{r}\). La page 20 est un feuillet très serré dont la prose de liaison n'est pas lisible ; la leçon de la page 21 est retenue. ↩
- Le générateur de \(CK\) est écrit \(\xi\) sur le feuillet ; il est écrit \(\zeta\) ici, la lettre \(\xi\) servant déjà à \(1 - L^{-1}\) aux pages 9 à 13 et à une classe de \(K(X)\) aux pages 42 et 43. L'exposant de \((1+\zeta)\) et le générateur exact de l'idéal sont illisibles, ainsi qu'une note marginale en diagonale dont seuls l'idéal et l'anneau \(\mathbb{Z}[\zeta]/\zeta^{n}\) se laissent lire ; l'argument, lui, ne dépend d'aucun des deux, et n'est pas reconstruit au-delà. ↩
- Le feuillet écrit la seconde ligne avec \(\widetilde{c}(xy)\) au membre de gauche, après avoir biffé une ligne qui portait \(c^{i}(xy)\). C'est la ligne biffée qui est correcte : le membre de droite est homogène de degré \(i\). La leçon rayée est retenue ici. ↩
- Le feuillet donne un argument différent, passant par la nilpotence, dont la moitié des mots manque ; la démonstration ci-dessus est celle que la formule elle-même fournit. La Remarque et le Corollaire qui suivent sur le même feuillet portent sur la condition exacte de nullité de \(n!\,x^{n+1}\) et sur la filtration de \(\gamma^{m}(X - m)\) dans l'anneau \(\mathbb{Z}[(\lambda^{i}(X))_{i}]\) ; ils sont trop lacunaires pour être restitués, et rien n'en est reconstruit ici. ↩
- Le feuillet qualifie cette catégorie d'un adjectif lu « hégélienne », que la transcription donne comme incertain et que rien n'éclaire. Il n'est pas repris ici. Le mot « parfait » figure deux fois sur la ligne, la première biffée. ↩
- L'objet dont \(\mathrm{R}i_{*}\) est pris et le qualificatif des voisinages \(Z_{n}\) sont illisibles. L'énoncé donné est celui que la flèche écrite supporte, et pas davantage. ↩
- Le feuillet écrit, au milieu de cette page, en anglais : « l'anneau de Chow ordinaire whatever that means ». C'est le seul endroit du dossier où il change de langue. ↩
- Cette lecture est de l'éditeur. Les mots qui relient les formules de la page 36 sont perdus au point que la phrase citée n'est lisible qu'à un tiers ; ce qui est avancé ici est ce que la disposition des formules impose, et rien n'est reconstruit au-delà. C'est, en termes d'aujourd'hui, la construction d'une transformation naturelle de la \(K\)-théorie vers l'homologie commutant aux images directes propres — ce que le théorème de Riemann-Roch singulier fera vingt ans plus tard. ↩
- La glose est lue « isom. si \(X'/X\) rig. ». Ce sont les comparaisons entre la \(K\)-théorie des fibrés et celle des faisceaux cohérents, dont on sait qu'elles sont bijectives sous une hypothèse de régularité ; l'abréviation n'est pas tranchée par la transcription et n'est pas interprétée ici. Un bloc de trois lignes au milieu du feuillet est entièrement raturé, dont ne subsistent en marge que \(w'v' = \mathrm{id}\) et \(v'w' = \mathrm{id}\). ↩
- La page 40 ne dit que « morphisme propre ». La non-singularité est indispensable pour que \(\operatorname{Todd}(X)\) et \(\operatorname{Todd}(Y)\) aient un sens et pour que \(f_{!}\) opère sur \(K(X) = K^{0}(X)\) ; elle est ajoutée ici, et les exemples des pages 42 à 44 la supposent tous. ↩
- Le feuillet dessine le carré en quatre lignes plutôt qu'en deux, décomposant chaque flèche verticale en trois : \(\widetilde{c}\) vers \(\widetilde{A}\), puis \(h\) vers \(A \otimes \mathbb{Q}\), puis \(\tau_{h}\). Le composé est le produit du caractère de Chern par la classe de Todd, et c'est lui qui est dessiné ici ; la décomposition du feuillet dit d'où vient chacun des deux facteurs. ↩
- Le feuillet écrit \(T_{Y/X}\) là où l'on écrit aujourd'hui \(N_{X/Y}\) : c'est bien le fibré normal, et non un fibré tangent relatif, comme le montre l'exposant \(-1\) et comme le confirme la formule (2) de la même page, où \(\lambda_{-1}\) lui est appliqué. La lettre du feuillet est conservée dans la transcription et traduite ici. ↩
- La transcription signale que la ligne inférieure de (2), à l'encre bleue et portée sous une barre, est lue comme le dénominateur d'une fraction mais peut tout aussi bien être une variante ajoutée après coup. Les deux lectures donnent des énoncés différents, et rien sur le feuillet ne permet de choisir. L'énoncé n'est donc pas donné ici, ni sous une forme ni sous l'autre. Suivent sur le feuillet une référence « (5.13) » et la formule \(f_{!}(\tau_{X}(F)) = \tau_{Y}(F)\), dont le contexte est perdu. ↩
- Le feuillet écrit « Prenant les … des deux membres », le mot gouvernant toute la réduction étant illisible. Ce que le calcul exige est : les composantes de degré \(0\). C'est ainsi qu'il est restitué ici, et la lacune est signalée. ↩
- C'est la seule chose que la réduction demande, et elle vaut dès que \(f\) est lisse : \(N_{Z/X} \simeq f^{*}T_{Y,y}\) est trivial, donc \(i^{*}T_{X}\) et \(T_{Z}\) ont même classe de Todd. La lissité n'est pas énoncée sur le feuillet et est fournie ici. ↩
- Le feuillet porte cet énoncé au bas de la page 41 sous une longue barre terminée par une flèche, et sa dernière ligne se poursuit en tête de la page 42 : c'est une note ajoutée au résultat, non la suite du texte. Les mots « pour \(n\) grand » et l'adjectif « modifiée » qualifiant la classe de Chern sont donnés comme incertains par la transcription ; « modifiée » n'est pas interprété ici. Une note marginale sur le bord inférieur gauche, dont ne se laissent lire que « ensuite » et « dans le cas général », n'est pas restituée. ↩
- Le feuillet écrit \(\xi\) pour cette classe, sur le feuillet même où \(\xi\) désigne déjà l'élément \((n,d)\) de \(K(X)\). Elle est écrite \(h\) ici. ↩
- C'est ce qu'exigent toutes les formules de ces trois feuillets, et ce que porte la formule encadrée de la page 42, « \(f : X \to Y\) ». Les lettres vacillent pourtant : le titre du feuillet 42 annonce « morphismes d'une courbe dans une variété \(X\) », et la lettre est effacée sous un pâté à chacune de ses premières occurrences, ce qui donne à penser qu'il a renommé source et but en cours de route. Rien n'a été réparé dans la transcription ; ici, les lettres sont tenues, et chaque endroit où le feuillet porte l'autre est signalé. ↩
- Le feuillet écrit le membre de gauche de l'avant-dernière ligne \(\varphi_{X}(f_{!}(\xi))\) : c'est \(\varphi_{Y}\) qu'il faut, puisque \(f_{!}(\xi)\) vit dans \(K(Y)\). La ligne suivante de la page 43 écrit d'ailleurs \(\varphi_{Y}\). La lettre du feuillet est reproduite telle quelle dans la transcription, et corrigée ici. Dans la formule encadrée il distingue les deux classes canoniques en portant la base en indice, \(k_{y}\) et \(k_{x}\), là où les lignes précédentes portaient \(k'\) et \(k\) ; l'indexation par la base est ce qui est tenu ici. ↩
- Le feuillet place \(f_{*}(\mathcal{O}_{X})\) « sur \(X\) » là où le calcul le demande sur \(Y\) ; la lettre est reproduite telle quelle dans la transcription et corrigée ici. Il indique aussi un degré, dont la transcription ne retient que le fragment « \(-\,g\,\delta\) » ; le degré que la formule donne est \(\deg c^{1}(f_{*}\mathcal{O}_{X}) = \delta(g_{Y}-1) - (g_{X}-1)\), ce qui est bien \(\chi(\mathcal{O}_{X}) - \delta\,\chi(\mathcal{O}_{Y})\) comme il se doit. Le fragment lisible ne suffit pas à dire si c'est ce qu'il avait écrit, et rien de plus n'est affirmé ici. ↩
- Les trois lignes qui ouvrent ce cas sont barrées d'un long trait et portent deux additions interlinéaires ; seuls « classe canonique » et deux \(k_{Y}\) s'en laissent lire. Le feuillet note \(k_{Y}^{1}\) et \(k_{Y}^{2}\) les deux classes de Chern du fibré tangent, la première étant la classe canonique ; elles sont écrites \(k_{Y}\) et \(c^{2}(T_{Y})\) ici. ↩
- Le signe qui joint les deux termes du crochet de \(\operatorname{Todd}(Y)^{-1}\) est recouvert sur le feuillet et la transcription ne le tranche pas. Il ne sert nulle part dans la suite : le calcul qui vient n'utilise que les termes de degré \(\leqslant 1\), puisque \(f_{*}\) d'une classe de degré \(\leqslant 1\) sur une courbe ne dépasse pas le degré \(2\) sur la surface. Le terme de degré \(2\) est écrit ici sous la forme qu'il a, sans que rien n'en dépende. ↩
- Et c'est le quatrième visage du nombre du dossier : les deux premiers termes de \(\log c = \sum_{m}(-1)^{m-1}(m-1)!\operatorname{ch}_{m}\) sont \(\operatorname{ch}_{1} - \operatorname{ch}_{2}\). Le feuillet écrit l'exponentielle et ne nomme pas l'identité ; le rapprochement avec le \((i-1)!\) de la page 21 et le \((r-1)!\) de la page 9 est de cette lecture. ↩
- La surface est appelée \(Y\) dans les formules et \(X\) dans la phrase qui les commente, sans que rien sur le feuillet distingue les deux ; l'indice du dernier \(k\) est recouvert d'encre et se lit sur la ligne suivante, et le but de \(f : \widetilde{C} \to \,\cdot\) est effacé sous un pâté. Ce que la cohérence demande est ce qui est écrit ici : \(Y\) est la surface, \(f\) va de \(\widetilde{C}\) dans \(Y\), et l'opérateur \(K_{2}\) du feuillet est le \(\deg\) de la page 3 et le \(K_{p}\) de la page 41. ↩
- Ce dernier pas n'est pas sur le feuillet. Il calcule le premier membre et s'arrête ; le second calcul, immédiat, n'est nulle part dans le dossier, et le rapprochement est de cette lecture. On notera qu'écrite dans ce sens, la formule vaut pour \(C\) lisse ; pour \(C\) singulière, c'est la version de gauche qui reste vraie et qui définit le genre géométrique de la normalisée — ce qui est sans doute pourquoi il l'a écrite dans ce sens-là. ↩