Cote n° 161-6 · pages 1–33
· Lecture modernisée · Graphes, icosaèdre [etc.] : notes manuscrites (s.d.) — lecture modernisée du dossier entier
Datation de l’inventaire : [à partir de 1973-vers 1977] — le groupe « Dossiers rassemblés par Grothendieck sur différentes thématiques » (161-1 à 162-6) est daté [après 1961-vers 1977]
Édition de démonstration — interprétation personnelle de l'œuvre
Résumé
La chemise porte deux mots, « Graphes, icosaèdre », et l'inventaire ajoute prudemment « etc. ». Les feuillets qu'elle contient ne forment pas un texte suivi : une mise au net à l'encre, des brouillons, quatre pages d'un carnet à spirale, quelques feuilles volantes. Ils traitent de trois sujets, et d'un quatrième en passant.
Le premier est l'un des plus anciens objets des mathématiques, l'icosaèdre régulier, le solide à vingt faces triangulaires. Une mise au net soignée le construit à partir de presque rien : deux vecteurs unitaires orthogonaux, un angle de 72 degrés, un peu de trigonométrie. On obtient douze points sur la sphère, et l'on montre que les rotations qui les préservent sont au nombre de soixante, chacune déterminée par l'image d'une seule arête orientée. Puis vient le mouvement qui fait l'intérêt de ces pages. Le solide construit, la géométrie est mise de côté : tout ce qu'on a démontré sur ce groupe se lit sur le seul schéma d'incidence — quels sommets sont reliés à quels sommets. Le solide devient un graphe. Une chose pourtant échappe au graphe : l'orientation de l'espace, ce qui distingue une rotation de son reflet dans un miroir. Pour la retrouver, il faut ajouter en chaque sommet un ordre circulaire sur les arêtes qui en partent, comme les heures sur un cadran. La page s'arrête sur ce souhait.
Autour de cette mise au net gravitent des calculs sur le nombre \(2\cos(2\pi/5)\), racine de \(t^{2} + t - 1 = 0\) — l'inverse du nombre d'or —, faits dans l'anneau engendré par les racines cinquièmes de l'unité, et une page qui transporte l'icosaèdre en géométrie algébrique : un icosaèdre non plus dans l'espace euclidien mais relativement à une forme quadratique sur une base quelconque, dont elle annonce, sans le démontrer, que le groupe de symétries reste en chaque point le groupe alterné à cinq lettres.
Le deuxième sujet prend l'ordre circulaire aux sommets pour point de départ, dans une tout autre généralité : un graphe quelconque dessiné sans croisement sur une surface. Posez un graphe en fil de fer sur une table et collez un ruban de papier le long de chaque fil, en recollant les rubans aux carrefours dans l'ordre où les fils y arrivent : vous obtenez une surface percée de trous. Grothendieck énonce que cette surface-ruban ne dépend que des ordres circulaires, et montre que classer les dessins revient à classer les façons de la compléter en une surface, puis à comprendre comment les déformations de la surface agissent sur eux. Il y retrouve le groupe des classes d'homéomorphismes d'une surface, qu'il appelle groupe de Teichmüller, et laisse une question ouverte. Deux pages enfin décrivent les graphes dont le groupe de symétries agit transitivement sur les sommets et les arêtes : trois sous-groupes emboîtés et un élément d'ordre deux suffisent à les coder, et l'icosaèdre en est l'exemple — rapprochement qui est le nôtre.
Le sujet traité en passant est le produit. Une suite au crayon démontre qu'un certain ensemble ordonné est la « somme » de deux autres, et ce qu'elle manipule est ce qu'on appelle aujourd'hui un frame : l'ensemble ordonné des ouverts d'un espace, pris pour lui-même. Une page barrée pose, pour les topos, la question voisine du produit d'un topos par un topos de préfaisceaux — question que le dossier 161-4 travaille aussi, dans les mêmes notations.
Ce que ces pages montrent de sa manière est net sur l'icosaèdre : une construction faite avec des sinus et des cosinus est aussitôt relue comme une structure combinatoire, et la question devient de savoir ce que la combinatoire voit et ce qu'elle ne voit pas. La datation de l'inventaire, « à partir de 1973 », place ces feuillets à Montpellier. Les noms sous lesquels chercher la suite sont ceux de graphe enrubanné (ribbon graph), de système de rotation, de groupe modulaire d'une surface, de graphe arc-transitif, de frame et de locale. Les graphes sur les surfaces et l'icosaèdre sont aussi des objets qu'étudie l'Esquisse d'un programme (1984), sous le nom de « cartes » et de « dessins d'enfants » ; ces pages ne la citent pas.
Keywords — regular icosahedron, icosahedral group, golden ratio, real cyclotomic field, equiangular lines, frame, coproduct of frames, product of topoi, presheaf topos, ribbon graph, rotation system, mapping class group, Dehn–Nielsen–Baer theorem, arc-transitive graph, coset graph
1–33
Le fil du dossier, et les conventions
Les pièces. Le dossier est fait de feuillets de nature différente, sans pagination de sa main. Les pages 2, 11, 20, 23 et 31 sont blanches.
- Page 1, la chemise. Sur l'onglet, au crayon : « Graphes, icosaèdre ». En tête, un « 6 » cerclé, un mot qui se lit peut-être « Groupes », et entre parenthèses une mention de prêt : « Notes sur formes paradoxiques prêtées à Labarde », ou « à Laborde » : les deux mots décisifs sont d'une lecture incertaine, et dans le nom la main ne distingue pas le a du o.1
- Pages 3 à 10, encre sur papier réglé, titrée « L'icosaèdre » : une mise au net (section I).
- Pages 14 et 12, encre : calculs sur les racines cinquièmes de l'unité, à lire dans cet ordre (section III).
- Pages 15, 13 et pied de la page 12, crayon : une démonstration sur des ensembles ordonnés (section V). Les pages 15 et 13 sont barrées chacune d'un long trait oblique, les deux lignes du pied de la page 12 ne le sont pas ; la page 13 et ces deux lignes sont écrites tête-bêche par rapport à l'encre, la page 15 dans le même sens qu'elle.
- Pages 16 à 19, quatre feuillets d'un carnet à spirale : croquis, le calcul des pages 3 et 4 avec d'autres lettres, le groupe \(\mathfrak{A}_5\) (section II).
- Page 21, l'icosaèdre relativement à une forme quadratique (section IV).
- Page 22, écrite dans l'autre sens et barrée d'une croix : le produit d'un topos par un topos de préfaisceaux (section VI).
- Pages 24 à 30 : plongements d'un graphe dans une surface orientée (section VII).
- Pages 32 et 33 : graphes à groupe transitif (section VIII).
Le fil. Trois sujets, que rien sur les pages ne relie explicitement. L'icosaèdre (I à IV) est construit, puis réduit à son graphe, et la page 10 demande comment retrouver combinatoirement les rotations parmi les symétries ; la réponse qu'elle esquisse — des ordres circulaires « cohérents » aux sommets — est exactement la donnée \(\omega(\varphi)\) dont partent les pages 24 à 30, et l'icosaèdre est un cas des graphes des pages 32 et 33. Ces deux rapprochements sont les nôtres ; ils expliquent peut-être pourquoi ces feuillets sont réunis sous « Graphes, icosaèdre », mais ils ne sont écrits nulle part. Le produit (V et VI) est un sujet à part : la suite au crayon établit une propriété universelle de somme dans une catégorie d'ensembles ordonnés, la page 22 pose la question du produit de deux topos ; que la seconde soit la version topos de la première est encore notre lecture.
Notations. Chaque partie garde les lettres de ses pages, sauf là où une même lettre y désigne deux objets. Les renommages sont les suivants, chacun signalé en note au point où il se produit : la rotation que les pages 5 et 6 appellent \(\gamma\) est notée \(r\), et \(R_{a,t}\) désigne la rotation d'angle \(t\) autour du vecteur unitaire \(a\) ; le nombre \(\zeta + \zeta^{-1} = 2\cos(2\pi/5)\), que les pages appellent tour à tour \(\gamma\), \(\eta\), \(t\) ou \(c\), est noté \(\eta\) ; dans la suite au crayon, l'application que la page appelle \(\gamma\) est notée \(m\) ; aux pages 24 à 30, le genre que la page appelle \(\gamma(\alpha)\) est noté \(g(\alpha)\), et le groupe que la page appelle \(G\) est noté \(\mathrm{Mod}(S)\). Restent des collisions entre parties, qu'on ne corrige pas mais qu'il faut avoir en tête : \(S\) est la sphère unité en I, un schéma de base en IV, une surface en VII, l'ensemble des sommets en VIII ; \(G\) est \(\mathrm{O}(E)\) en I, un groupe abstrait en II et VIII ; \(\alpha\) est un angle en I, un système d'ordres circulaires en VII ; \(\pi\) est une partition en VII.
Ce que le dossier annonce sans l'établir. Les énoncés a), b), c) de la page 21 ; la réponse à la Question de la page 22 ; la Question de la page 29 ; l'exactitude de la suite de la page 30, marquée « ?? » ; la conclusion de la version infinie de la page 13. Les hypothèses de la suite au crayon, dans sa forme à deux facteurs, sont sur une page qui n'est pas dans ce dossier.
3–10
I. L'icosaèdre (pages 3 à 10)
3–4
Le triangle équilatéral d'angle \(\theta\) (pages 3 et 4)
Soit \(E\) un espace euclidien orienté de dimension \(3\), de produit scalaire \(x \cdot y\), et \(S\) sa sphère unité.2 Pour \(u \in S\), on note \(\Sigma_u = u^{\perp} \cap S\) l'ensemble des directions tangentes unitaires en \(u\) ; pour \(v \in \Sigma_u\), on pose \(w = u \wedge v\), de sorte que \((u, v, w)\) est une base orthonormée directe. Le groupe \(\mathrm{SO}(E)\) agit simplement transitivement sur l'ensemble des couples \((u, v)\) avec \(u \in S\), \(v \in \Sigma_u\) ; le groupe \(\mathrm{O}(E) = \mathrm{SO}(E) \times \{\pm 1\}\) y agit transitivement, le stabilisateur d'un couple étant d'ordre \(2\), engendré par la symétrie par rapport au plan de \(u\) et \(v\).3
Le grand cercle issu de \(u\) dans la direction \(v\) est paramétré par \(x(u,v;\alpha) = u\cos\alpha + v\sin\alpha\), et les directions tangentes en \(u\) s'écrivent \(v' = v\cos\theta + w\sin\theta\). Pour \(\theta\) fixé, le triangle de sommets \(u\), \(x = x(u,v;\alpha)\), \(x' = x(u,v';\alpha)\) est isocèle, et \[ \|x - u\|^{2} = \|x' - u\|^{2} = 4\sin^{2}\tfrac{\alpha}{2}, \qquad \|x - x'\|^{2} = \sin^{2}\alpha\,\|v - v'\|^{2} = 16\sin^{2}\tfrac{\alpha}{2}\cos^{2}\tfrac{\alpha}{2}\sin^{2}\tfrac{\theta}{2}. \] Pour \(0 < \alpha < \pi\), il est donc équilatéral si et seulement si \[ (1)\quad \cos\frac{\alpha}{2} = \frac{1}{2\sin(\theta/2)}, \qquad\text{soit}\qquad (1')\quad \cos\alpha = \frac{\cos\theta}{1 - \cos\theta}. \] Pour \(0 < \theta \leqslant \pi\), un tel \(\alpha\) existe si et seulement si \(\theta > \pi/3\).4 Les trois angles sphériques du triangle sont alors égaux à \(\theta\), et c'est le seul triangle équilatéral inscrit dans \(S\), d'angle \(\theta\), ayant un sommet en \(u\), un deuxième dans la direction \(v\), et tel que \((u, x, x')\) soit direct.
On fixe désormais \[ (2)\quad \theta = \frac{2\pi}{5}, \qquad\text{d'où}\qquad \cos\alpha = \frac{1}{\sqrt{5}},\quad \sin\alpha = \frac{2}{\sqrt{5}},\quad \cos 2\alpha = -\frac{3}{5}, \] les deux dernières valeurs étant notées en marge de la page 4. On abrège \(c = \cos\alpha\) et \(s = \sin\alpha\).
4–5
Les douze points, et les calottes (pages 4 et 5)
Pour \(u\), \(v\) fixés, on pose, pour \(i \in \mathbb{Z}/5\mathbb{Z}\), \[ v_i = v\cos i\theta + w\sin i\theta,\qquad x_i = u\cos\alpha + v_i\sin\alpha,\qquad x'_i = -x_i,\qquad u' = -u . \] Les six points \(u, x_0, \ldots, x_4\) sont distincts — leurs projections sur \(u^{\perp}\) sont \(0\) et les \(s\,v_i\) — et ont une coordonnée positive le long de \(u\), puisque \(c > 0\) ; les douze points \(u, u', x_i, x'_i\) sont donc distincts. Leur ensemble est l'icosaèdre \(I = I_{u,v}\) défini par \((u,v)\). Les \(x_i\) sont en ordre circulaire sur le cercle de \(S\) de centre \(u\) et de rayon (rectiligne) \(\ell = 2\sin\frac{\alpha}{2}\).5
On note \[ \ell = 2\sin\frac{\alpha}{2} = \|a - b_i\|,\qquad \ell' = 2\cos\frac{\alpha}{2} = \|a + b_i\|, \] les deux distances qui interviennent entre le centre \(a\) d'une calotte et ses points périphériques \(b_i\) ou leurs opposés ; \(\ell^{2}\) et \(\ell'^{2}\) sont les racines de \(\lambda^{2} - 4\lambda + 4\sin^{2}\alpha = 0\).6
Un triangle icosaédral est un ensemble de trois points de \(S\) deux à deux à distance \(\ell\) ; de façon équivalente, l'image de \(\{u, x_0, x_1\}\) par une rotation. Une calotte d'icosaèdre est l'image de \(\{u, x_0, \ldots, x_4\}\) par un élément de \(\mathrm{O}(E)\). Il revient au même de demander un ensemble de six points qu'on puisse écrire \((a; b_0, \ldots, b_4)\) de sorte que les triangles \((a, b_i, b_{i+1})\), \(0 \leqslant i \leqslant 3\), soient icosaédraux : la rotation d'angle \(\pm\theta\) autour de \(a\) envoie alors chaque \(b_i\) sur \(b_{i+1}\), et, parce que \(5\theta = 2\pi\), le triangle \((a, b_4, b_0)\) est lui aussi icosaédral. Le point \(a\), le seul qui soit à distance \(\ell\) des cinq autres, est le sommet de la calotte ; les \(b_i\) en sont les points périphériques. L'orientation de \(E\) munit ceux-ci d'un ordre circulaire canonique — celui dans lequel les rencontre une rotation directe autour de \(a\) —, qui en fait un torseur sous \(\mathbb{Z}/5\mathbb{Z}\).
Le stabilisateur \(G_C\) d'une calotte \(C\) dans \(G = \mathrm{O}(E)\) est un groupe diédral d'ordre \(10\). Son intersection \(G'_C\) avec \(G' = \mathrm{SO}(E)\) est le groupe des rotations autour de \(a\) d'angle multiple de \(\theta\), canoniquement isomorphe à \(\mathbb{Z}/5\mathbb{Z}\) grâce à l'orientation, et il agit simplement transitivement sur les points périphériques, ce qui redonne leur ordre circulaire. Les cinq autres éléments sont d'ordre \(2\) : ce sont les symétries \(g_i\) par rapport aux plans \(\langle a, b_i \rangle\), et \(\{1, g_i\}\) est le stabilisateur de \(b_i\) dans \(G_C\). Ainsi \(G_C = G'_C \rtimes \mathbb{Z}/2\mathbb{Z}\), le facteur \(\mathbb{Z}/2\mathbb{Z}\) agissant sur \(G'_C\) par inversion.7
Jusqu'ici, la page le note, \(\theta = 2\pi/5\) n'a joué aucun rôle : on aurait pu prendre \(\theta = 2\pi/m\). Ce choix intervient avec le lemme suivant.
5–7
Le lemme de la calotte voisine (pages 5 à 7)
Lemme. L'ensemble \(\{x_0, x_1, u, x_{-1}, x'_2, x'_{-2}\}\) est une calotte de sommet \(x_0\), et l'ordre circulaire canonique de ses points périphériques est \((x_1, u, x_{-1}, x'_2, x'_{-2})\).8
La page ébauche d'abord une démonstration par les distances : la symétrie par rapport au plan \(\langle u, x_0 \rangle\) échange \(x_1\) et \(x_{-1}\), \(x'_2\) et \(x'_{-2}\), et ramène le lemme, à l'orientation près, à vérifier que \(x_0 - x'_2\), \(x_{-1} - x'_2\) et \(x'_2 - x'_{-2}\) sont de longueur \(\ell\) — la dernière étant évidente. Elle préfère ensuite une voie « plus astucieuse ». Soit \[ r = R_{w,\alpha} \circ R_{u,-\theta/2}, \] composé de la rotation d'angle \(-\theta/2\) autour de \(u\) et de la rotation d'angle \(\alpha\) autour de \(w\).9 Sa matrice dans la base \((u, v, w)\) est \[ r = \begin{pmatrix} \cos\alpha & -\sin\alpha\cos\frac{\theta}{2} & -\sin\alpha\sin\frac{\theta}{2} \\ \sin\alpha & \cos\alpha\cos\frac{\theta}{2} & \cos\alpha\sin\frac{\theta}{2} \\ 0 & -\sin\frac{\theta}{2} & \cos\frac{\theta}{2} \end{pmatrix}, \] et le lemme résulte des six relations \[ r u = x_0,\quad r x_0 = x'_2,\quad r x_1 = x'_{-2},\quad r x_2 = x_1,\quad r x_3 = u,\quad r x_4 = x_{-1}, \] puisque \(r\) est une rotation, qui transporte la calotte \((u; x_0, \ldots, x_4)\) et son ordre canonique.
La page vérifie la première, écrit \(r x_0\) et pose les trois égalités à prouver pour la deuxième, commence \(r x_1\) et s'arrête. On achève le calcul.10 La rotation \(R_{u,-\theta/2}\) envoie \(v_i\) sur le vecteur unitaire d'angle \(\beta_i = (2i - 1)\pi/5\) dans le plan \((v, w)\), d'où \[ r x_i = \bigl(c^{2} - s^{2}\cos\beta_i\bigr)\,u + cs\,(1 + \cos\beta_i)\,v + s\sin\beta_i\,w . \] On compare aux coordonnées de \(x_j = c\,u + s\cos j\theta\,v + s\sin j\theta\,w\) et de \(x'_j = -x_j\). Les coordonnées selon \(w\) concordent d'elles-mêmes ; pour \(i = 3\), \(\beta_3 = \pi\) et \(r x_3 = u\) ; pour les quatre autres valeurs de \(i\), en utilisant \(s^{2} = 1 - c^{2}\), les deux autres coordonnées se ramènent aux deux identités \[ \text{(A)}\quad c\,(1 - \cos\tfrac{2\pi}{5}) = \cos\tfrac{2\pi}{5}, \qquad \text{(B)}\quad c\,(1 + \cos\tfrac{\pi}{5}) = \cos\tfrac{\pi}{5}, \] (A) pour \(i = 2\) et \(i = 4\), (B) pour \(i = 0\) et \(i = 1\). L'identité (A) est (1'). Posons \(\eta = 2\cos\frac{2\pi}{5}\) et \(p = 2\cos\frac{\pi}{5}\) ; alors \(p = \eta + 1\) et \(p\,\eta = 1\), deux formes de la relation \(\eta^{2} + \eta - 1 = 0\), et, compte tenu de (A), l'identité (B) équivaut à \(\eta + p\eta = p\), qui en découle. C'est là, et seulement là, que \(\theta = 2\pi/5\) intervient : par l'équation du nombre d'or, que les pages 14 et 12 établissent pour elles-mêmes, sans rapport écrit avec celle-ci.11
Corollaire. Toute \(g \in \mathrm{O}(E)\) qui envoie la calotte \((u; x_0, \ldots, x_4)\) sur celle du lemme préserve l'icosaèdre \(I\). En effet, pour l'une et l'autre calotte \(C\), on a \(I = C \cup (-C)\), et \(g\) est linéaire. En particulier \(r\) préserve \(I\).
7–8
Le groupe de l'icosaèdre (pages 7 et 8)
Soit \(\Gamma\) le stabilisateur de \(I\) dans \(\mathrm{O}(E)\), et \(\Gamma' = \Gamma \cap \mathrm{SO}(E)\). Comme \(-1 \in \Gamma\) et \(-1 \notin \Gamma'\), on a \(\Gamma = \Gamma' \times \{\pm 1\}\).
Les arêtes de \(I\) sont les trente paires \[ \{u, x_i\},\ \{u', x'_i\},\ \{x_i, x_{i+1}\},\ \{x'_i, x'_{i+1}\},\ \{x_i, x'_{i-2}\},\ \{x'_i, x_{i-2}\}\qquad (i \in \mathbb{Z}/5\mathbb{Z}), \] c'est-à-dire les paires de points distincts de \(I\) à distance minimale \(\ell\). Ses faces sont les vingt triples \[ \{u, x_i, x_{i+1}\},\ \{u', x'_i, x'_{i+1}\},\ \{x_i, x'_{i-2}, x_{i+1}\},\ \{x'_i, x_{i-2}, x'_{i+1}\}, \] c'est-à-dire les triples deux à deux reliés par une arête ; cinq d'entre eux contiennent \(u\). Tout point de \(I\) est le sommet d'une unique calotte contenue dans \(I\), formée de lui-même et des cinq points qui lui sont reliés par une arête.
Théorème. (i) \(\Gamma'\) agit transitivement sur les douze sommets de \(I\). (ii) \(\Gamma'\) agit simplement transitivement sur les soixante arêtes orientées, c'est-à-dire sur les couples \((x, d)\) formés d'un sommet \(x\) et d'une arête \(d\) issue de \(x\). (iii) \(\Gamma\) agit simplement transitivement sur les cent vingt triples ordonnés \((x, y, z)\) qui forment une face.12
Démonstration. La rotation \(R_{u,\theta}\) préserve \(I\) et permute circulairement les \(x_i\), et les \(x'_i\) ; la rotation \(r\) envoie \(u\) sur \(x_0\) et \(x_0\) sur \(x'_2\), et, étant linéaire, \(u'\) sur \(x'_0\). Tous les sommets sont donc congrus sous \(\Gamma'\). Un élément de \(\Gamma'\) qui fixe \(u\) préserve l'ensemble des points de \(I\) à distance \(\ell\) de \(u\) — les autres sont à distance \(\ell' > \ell\) ou \(2\) — donc la calotte de sommet \(u\) ; inversement, une rotation qui préserve cette calotte \(C\) préserve \(I = C \cup (-C)\). Le stabilisateur de \(u\) dans \(\Gamma'\) est donc \(G'_C\), simplement transitif sur les \(x_i\), d'où (ii). Pour (iii), on se ramène par (ii) aux triples \((u, x_0, z)\) ; il n'y a que deux faces contenant l'arête \(\{u, x_0\}\), de troisièmes sommets \(x_1\) et \(x_{-1}\), échangés par la symétrie par rapport au plan \(\langle u, v \rangle\), qui préserve \(I\) ; et une application linéaire qui fixe \(u\), \(x_0\), \(x_1\), linéairement indépendants, est l'identité.
Corollaire. \(|\Gamma'| = 60\) et \(|\Gamma| = 120\) : il y a trente arêtes, donc soixante arêtes orientées ; et vingt faces, chacune avec six ordres sur ses sommets.
En marge de la page 8, la liste des données équivalentes : un icosaèdre et l'un de ses sommets ; un icosaèdre et une calotte contenue dans lui ; une calotte ; un couple \((u, v)\) modulo les rotations de \(v\) dans \(u^{\perp}\) d'angle multiple de \(\theta\). Autrement dit, l'espace de ces données est le quotient de l'espace des couples \((u, v)\) — un torseur sous \(\mathrm{SO}(E)\), qui est aussi un fibré principal sur \(S\) de groupe \(\mathrm{SO}(2)\) — par le sous-groupe \(\mu_5\) du groupe structural : c'est un fibré principal sur \(S\) de groupe \(\mathrm{SO}(2)/\mu_5\).13
8–10
Deux graphes, et ce que la combinatoire ne voit pas (pages 8 à 10)
Les sommets et les arêtes de \(I\) forment un graphe \(\mathcal{G}_1\) : douze sommets, trente arêtes, cinq arêtes en chaque sommet. Le groupe \(\Gamma\) y agit fidèlement, puisque les sommets engendrent \(E\).
Proposition (une « Remarque » de la page). Le groupe des automorphismes de \(\mathcal{G}_1\) est \(\Gamma\), d'ordre \(120\).14
Démonstration. Les faces sont les triangles du graphe, donc tout automorphisme permute les triples ordonnés formant une face ; par (iii), il suffit de montrer qu'un automorphisme qui fixe \(u\), \(x_0\), \(x_1\) est l'identité. Il fixe \(x_2\), seul voisin commun de \(u\) et \(x_1\) autre que \(x_0\), et \(x_{-1}\), seul voisin commun de \(u\) et \(x_0\) autre que \(x_1\) ; puis \(x_3\), dernier voisin de \(u\). La calotte de sommet \(u\) est donc fixée point par point ; de même celle de sommet \(x_0\), puis, de proche en proche le long des triangles \((u, x_i, x_{i+1})\), celles de sommet \(x_i\). Cela donne tous les sommets sauf \(u'\), qui est fixé comme le seul restant. Le groupe des automorphismes agit donc librement sur les \(120\) faces ordonnées, ce qui majore son ordre par \(120 = |\Gamma|\).
Les faces et les arêtes forment un second graphe \(\mathcal{G}_2\) : vingt sommets, trente arêtes, trois arêtes en chaque sommet, une arête de \(I\) reliant les deux faces qui la contiennent. C'est le graphe des sommets et arêtes du dodécaèdre, dual de l'icosaèdre. Son groupe d'automorphismes est encore \(\Gamma\) : il suffit de voir qu'un automorphisme qui fixe une face, disons \(F_0 = \{u, x_0, x_1\}\), et chacune de ses trois voisines, est l'identité. Il fixe alors \(\{u, x_2, x_3\}\) et \(\{u, x_3, x_4\}\), seul couple de faces adjacentes entre elles et adjacentes respectivement à \(\{u, x_1, x_2\}\) et à \(\{u, x_4, x_0\}\) ; donc chacune des voisines de \(F_0\) a ses trois voisines fixées. De proche en proche, toutes les faces sont fixées.15
La page 10 tire la leçon. Les propriétés de l'action de \(\Gamma\) sur les sommets, les arêtes et les faces sont conséquences de la seule structure combinatoire — le graphe \(\mathcal{G}_1\), le graphe \(\mathcal{G}_2\), ou le système des trois ensembles avec leurs incidences. Mais les rotations \(\Gamma'\), sous-groupe d'indice \(2\), ne sont pas visibles sur le graphe seul. La page propose de les caractériser comme les automorphismes qui respectent les ordres circulaires des points périphériques des calottes, et note qu'on peut définir combinatoirement deux « systèmes cohérents » de tels ordres, correspondant aux deux orientations de l'espace.
On peut préciser ce qu'est un système cohérent, dans les termes de la section VII.16 Un choix d'ordre circulaire sur les cinq voisins de chaque sommet — un système de rotation — définit des cycles de bord, obtenus en tournant, à chaque sommet atteint, vers l'arête suivante. Est cohérent un système dont les cycles de bord sont les vingt triangles. Il y en a exactement deux, échangés par tout élément de \(\Gamma \smallsetminus \Gamma'\), et \(\Gamma'\) est le stabilisateur de l'un d'eux dans \(\Gamma = \mathrm{Aut}(\mathcal{G}_1)\). Qu'un graphe planaire \(3\)-connexe n'ait, à homéomorphisme près, qu'un plongement dans la sphère est un théorème de Whitney (1933) ; rien n'indique que Grothendieck le connaissait, et la page ne le cite pas. Un système cohérent est exactement l'invariant \(\omega(\varphi)\) que les pages 24 à 30 attachent au plongement de l'icosaèdre dans la sphère \(S\).
16–19
II. Les feuillets du carnet (pages 16 à 19)
Quatre feuillets d'un carnet à spirale, écrits en largeur et en travers, couverts pour partie de croquis — fleurs légendées « corolle », « racine », « tige », « cœur », « pétale », tétraèdres, un cube, une projection de l'icosaèdre. On en retient trois choses.
17–17
Le calcul des pages 3 et 4, avec d'autres lettres (page 17)
Avec d'autres lettres (\(\rho_i\) pour \(v_i\), \(v'\) et \(w'\) pour deux directions tangentes faisant l'angle \(2\pi/5\)), la page 17 fait le calcul des côtés du triangle et aboutit à la même condition (1), encadrée : \(\cos\frac{\alpha}{2} = 1/(2\sin\frac{\pi}{5})\). Elle note en marge que \(2\sin\frac{\pi}{5}\) est le côté du pentagone régulier inscrit dans le cercle unité.17
18–18
Le groupe des rotations est \(\mathfrak{A}_5\) (page 18)
Soit \(G\) un groupe d'ordre \(60\) — ici \(\Gamma'\) — agissant transitivement sur un ensemble \(I_{15}\) à quinze éléments, les paires d'arêtes opposées de l'icosaèdre, c'est-à-dire les quinze axes passant par les milieux des arêtes. Ces axes se groupent en cinq triples d'axes deux à deux orthogonaux, et l'on peut munir chaque triple d'un ordre circulaire, de façon invariante par \(G\) : c'est l'automorphisme \(\alpha\) d'ordre \(3\) de \(I_{15}\) commutant à \(G\) de la page, dont le quotient est un ensemble \(J\) à cinq éléments.18 Le groupe \(G\) agit transitivement sur \(J\), avec des stabilisateurs d'ordre \(12\) ; d'où un morphisme \(G \to \mathfrak{S}_5\). S'il est injectif, son image est un sous-groupe d'indice \(2\) de \(\mathfrak{S}_5\), donc \(\mathfrak{A}_5\), et \(G \simeq \mathfrak{A}_5\).
L'injectivité, la page commence à l'établir en passant par le normalisateur d'un \(2\)-sous-groupe de Sylow, et s'arrête au bord du feuillet. On l'achève ainsi.19 Le noyau \(K\) est distingué dans \(G\) et contenu dans un stabilisateur, donc d'ordre au plus \(12\) ; il est réunion de classes de conjugaison. Or les classes non triviales de \(\Gamma'\) ont \(15\), \(20\), \(12\) et \(12\) éléments — les demi-tours autour des axes d'arêtes, les rotations d'angle \(\pm 2\pi/3\) autour des axes de faces, les rotations d'angle \(\pm 2\pi/5\) et celles d'angle \(\pm 4\pi/5\) autour des axes de sommets —, ce qu'on lit sur les centralisateurs, d'ordres \(4\), \(3\), \(5\) et \(5\). Aucune ne tient dans \(K \smallsetminus \{1\}\), qui a au plus onze éléments ; donc \(K = \{1\}\).
16–19
Deux lemmes sur les ensembles homogènes (pages 16 et 19)
Au milieu des croquis, deux calculs qui sont exactement les outils des pages 32 et 33. Page 16 : pour un \(G\)-ensemble \(E\) et un sous-groupe \(H\), \[ \mathrm{Hom}_G(G/H, E) \simeq E^{H}, \] une application équivariante étant déterminée par l'image de la classe neutre, qui doit être fixée par \(H\). Page 19 : la multiplication à droite par \(a \in G\) passe au quotient \(G/H\) si et seulement si \(a^{-1}Ha \subset H\) ; d'où, \(G\) étant fini, \[ \mathrm{Aut}_G(G/H) \simeq N_G(H)/H . \] La page 19 note aussi que le normalisateur d'un sous-groupe de Klein dans \(\mathfrak{A}_5\) est \((\mathbb{Z}/2\mathbb{Z})^{2} \rtimes \mathbb{Z}/3\mathbb{Z} \simeq \mathfrak{A}_4\), le stabilisateur d'ordre \(12\) ci-dessus.20
12–14
III. Le nombre d'or dans le corps des racines cinquièmes (pages 14 et 12)
Les deux pages d'encre se lisent dans l'ordre 14, puis 12 : le calcul de la norme de \(\eta\), qui s'arrête page 14 sur un signe \(=\), se termine en tête de la page 12, qui en tire l'équation de \(\eta\).21
14–14
Le quotient par l'inversion (page 14)
Soit \(A = \mathbb{Z}[\frac15]\) et \(\mu_5^{*} \subset \mu_5\) le schéma des racines primitives cinquièmes de l'unité sur \(\mathrm{Spec}\,A\) : \[ \mu_5^{*} = \mathrm{Spec}\,B,\qquad B = A[T]/(1 + T + T^{2} + T^{3} + T^{4}). \] Il est fini étale de rang \(4\) sur \(A\), galoisien de groupe \((\mathbb{Z}/5\mathbb{Z})^{*} \simeq \mathbb{Z}/4\mathbb{Z}\), qui agit par \(\zeta \mapsto \zeta^{k}\) ; \(2\) et \(3\) en sont les générateurs, et \(-1\) l'élément d'ordre \(2\).22 Soit \(\beta\) l'inversion \(\zeta \mapsto \zeta^{-1}\). Dans la base \(1, T, T^{2}, T^{3}\), \[ \beta(c_0 + c_1T + c_2T^{2} + c_3T^{3}) = (c_0 - c_1) - c_1T + (c_3 - c_1)T^{2} + (c_2 - c_1)T^{3}, \] de sorte que les invariants sont les \(c_0 + c_2(T^{2} + T^{3})\) : l'anneau \(B^{\beta}\) est libre de rang \(2\) sur \(A\), de base \(1\) et \(T^{2} + T^{3} = \zeta^{2} + \zeta^{-2}\). Ce calcul vaut sur tout anneau \(A\).23
Posons \(\eta = \zeta + \zeta^{-1}\) et \(\eta' = \zeta^{2} + \zeta^{-2}\), son conjugué par \(\zeta \mapsto \zeta^{2}\) ; on a \(\eta' = -1 - \eta\), donc \(B^{\beta} = A[\eta]\).24 Sa trace et sa norme sont \[ \mathrm{Tr}\,\eta = \eta + \eta' = \zeta + \zeta^{2} + \zeta^{3} + \zeta^{4} = -1, \qquad \mathrm{N}\,\eta = \eta\,\eta' = \zeta^{3} + \zeta^{-1} + \zeta + \zeta^{-3} = -1, \] la seconde égalité étant celle de la page 12.
La page esquisse ensuite la situation pour \(n\) quelconque : sur \(\mathbb{Z}[\frac1n]\) et pour \(n \geqslant 3\), l'inversion agit librement sur \(\mu_n^{*}\), le quotient \(\vartheta_n = \mu_n^{*}/(\zeta \sim \zeta^{-1})\) est fini étale de rang \(\varphi(n)/2\), \(\mu_n^{*} \to \vartheta_n\) est étale de rang \(2\), et \(\lambda \mapsto \lambda + \lambda^{-1}\) plonge \(\vartheta_n\) dans la droite affine — ce qui revient au fait classique que l'anneau des entiers du sous-corps réel de \(\mathbb{Q}(\zeta_n)\) est \(\mathbb{Z}[\zeta_n + \zeta_n^{-1}]\).25
12–12
L'équation (page 12)
De la trace et de la norme : \[ \eta^{2} + \eta - 1 = 0,\qquad \mathcal{O}(\vartheta_5) = \mathbb{Z}[\tfrac15][t]/(t^{2} + t - 1). \] Le discriminant du polynôme est \(5\) : \(\vartheta_5\) est étale sur \(\mathbb{Z}[\frac15]\), et non au-dessus de \(5\).26 Sur \(\mathbb{R}\), \[ \eta = 2\cos\tfrac{2\pi}{5} = \frac{\sqrt5 - 1}{2},\qquad \eta' = 2\cos\tfrac{4\pi}{5} = -\frac{\sqrt5 + 1}{2} : \] \(\eta\) est l'inverse du nombre d'or, \(\eta'\) son opposé. Les deux racines s'échangent par \(t \mapsto t^{2} - 2\), trace de l'élévation au carré : \(\eta' = \eta^{2} - 2\) et \(\eta = \eta'^{2} - 2\). La page note enfin \(\cos'(D, \zeta D) = \mathrm{Tr}\,\zeta^{2} = t^{2} - 2\) : pour deux droites d'un plan, l'invariant naturel n'est pas le cosinus de leur angle, défini au signe près, mais \(\cos' = 2\cos\) de l'angle double. C'est la notation que reprend la page 21.
21–21
IV. L'icosaèdre relativement à une forme quadratique (page 21)
La page 21 transporte l'icosaèdre sur une base quelconque. Elle écrit « icosaèdre projectif — icosaèdre » : ce qui se transporte bien n'est pas l'ensemble des douze sommets, mais celui des six droites qui joignent les sommets opposés.
Dans l'espace euclidien de la section I, avec \(Q(x) = x \cdot x\), de forme polaire \(B(x, y) = Q(x + y) - Q(x) - Q(y) = 2\,x \cdot y\) et \(B' = B/2\), ces six droites \(D_1, \ldots, D_6\) font deux à deux le même angle \(\alpha\) ou \(\pi - \alpha\) : ce sont six droites équiangulaires, le maximum possible en dimension \(3\). La page le calcule à partir du nombre d'or : \[ \cos\alpha = \frac{\eta}{2 - \eta} = \frac{2\eta + 1}{5} = \frac{1}{\sqrt5}, \qquad \cos 2\alpha = -\frac35, \] la forme \(a + b\eta\) étant obtenue en identifiant à \(\eta^{2} + \eta - 1\).27 Pour \(x\) et \(y\) engendrant deux droites distinctes, \[ \cos'(D_i, D_j) = \frac{B(x,y)^{2}}{Q(x)Q(y)} - 2 = 2\cos 2\alpha = -\frac65, \] \[ B(x,y)^{2} = \frac45\,Q(x)Q(y), \qquad B'(x,y)^{2} = \frac15\,Q(x)Q(y). \]
La page ne définit pas l'« icosaèdre local ». Ce qu'elle calcule conduit à la définition suivante, qui est la nôtre. Soit \(S\) un schéma sur lequel \(2\) et \(5\) sont inversibles, \(\mathcal{E}\) un \(\mathcal{O}_S\)-module localement libre de rang \(3\) muni d'une forme quadratique non dégénérée \(Q\), et \(B' = B/2\). Un icosaèdre (projectif) relatif à \(Q\) est une famille de six sous-modules \(D_1, \ldots, D_6\) localement facteurs directs de rang \(1\), tels que, pour des générateurs locaux \(x_i\), les \(Q(x_i)\) soient inversibles et \[ B'(x_i, x_j)^{2} = \tfrac15\,Q(x_i)Q(x_j)\qquad (i \neq j). \] La page annonce alors, sans les démontrer :
- a)il existe localement des icosaèdres ;
- b)deux icosaèdres sont localement conjugués par \(\mathrm{SO}(Q)\) ;
- c)le stabilisateur d'un icosaèdre dans \(\mathrm{SO}(Q)\) — son groupe d'automorphismes — est un schéma en groupes fini étale sur \(S\), dont les fibres géométriques sont isomorphes au groupe alterné \(\mathfrak{A}_5\).
Sur \(\mathbb{R}\), c) est le théorème de la section II. On ne vérifie pas ces énoncés en toute généralité, en particulier en caractéristique \(3\), qui divise \(|\mathfrak{A}_5|\).28 « Localement » doit s'entendre pour une topologie qui adjoint \(\sqrt5\) — la topologie étale, par exemple : sur un corps où \(5\) n'est pas un carré, trois droites \(D_1, D_2, D_3\) ne peuvent être toutes rationnelles, car le produit des \(Q(x_i)Q(x_j)/5\) sur les trois paires serait à la fois un carré et \(5\) fois un carré.29
Deux éléments de la page ne s'accordent pas avec ce calcul. En marge des énoncés, la page écrit \(c^{2} + c - 1 = 0\) pour la constante \(c = \cos'(D_i, D_j)\) ; or \(c = -\frac65\) ne vérifie pas cette équation. La relation du nombre d'or est celle de \(\eta = 2\cos\frac{2\pi}{5}\), qui sert à calculer \(\cos\alpha\) mais n'est pas l'invariant d'une paire d'axes.30
12–15
V. Une somme dans une catégorie d'ensembles ordonnés (pages 15, 13 et pied de la page 12)
Une suite au crayon, qui se lit dans l'ordre : page 15, page 13, deux lignes au pied de la page 12. Les pages 15 et 13 sont barrées chacune d'un long trait oblique ; les deux lignes du pied de la page 12 ne le sont pas. La page 13 et ces deux lignes sont écrites tête-bêche par rapport à l'encre ; la page 15 est dans le même sens que les pages d'encre. Elle commence au milieu d'un raisonnement : la catégorie qu'elle appelle \((\mathrm{OM})\) et les hypothèses a), b), c) de sa forme à deux facteurs sont sur une page qui n'est pas dans ce dossier.
15–15
La catégorie, et les hypothèses (page 15)
Ce que la démonstration utilise fixe la catégorie. Ses objets sont des ensembles ordonnés ayant des bornes supérieures quelconques et des bornes inférieures finies, les secondes distribuant sur les premières : \[ x \wedge \bigvee_j y_j = \bigvee_j\, (x \wedge y_j) ; \] ses morphismes sont les applications qui commutent aux bornes supérieures quelconques et aux bornes inférieures finies. Ce sont les frames : l'ensemble ordonné des ouverts d'un espace topologique en est le modèle, et leur catégorie opposée est celle des locales.31
Soient \(I\), \(J\), \(K\) trois frames et \(m : I \times J \to K\) une application ; on pose \(a(U) = m(U, 1)\) et \(b(V) = m(1, V)\).32 Les hypothèses dont la démonstration se sert sont les suivantes :
- a)\(a\) et \(b\) commutent aux bornes supérieures quelconques ;
- b)\(m\) commute aux bornes inférieures finies : \(m(1,1) = 1\) et \(m(U \wedge U', V \wedge V') = m(U,V) \wedge m(U',V')\) ; en particulier \(m(U,V) = a(U) \wedge b(V)\), et \(a\), \(b\) sont des morphismes ;
- c)tout élément de \(K\) est borne supérieure d'éléments \(m(U,V)\) ;
- d)si \(m(U,V) \leqslant a(U')\), alors \(U \leqslant U'\) ou \(V = 0\) ; et symétriquement pour \(b\) ;
- e)si \(m(U,V) \leqslant \bigvee_i W_i\), il existe des décompositions \(U = \bigvee_j U_j\) et \(V = \bigvee_k V_k\) telles que chaque \(m(U_j, V_k)\) soit majoré par l'un des \(W_i\).
Les hypothèses a), b), c) sont reconstituées d'après leur usage. Les hypothèses d) et e) sont écrites au pied de la page 12, mais sous la forme infinie de la page 13 ; la page 15 invoque d) sous la forme à deux facteurs donnée ici, et la page 13 utilise e) sous cette forme sans la nommer.33
Proposition. Sous ces hypothèses, \((a, b)\) fait de \(K\) la somme de \(I\) et \(J\) dans la catégorie des frames.
Unicité. Si \(\varphi : K \to L\) est un morphisme, il est connu sur les \(a(U)\) et les \(b(V)\), donc sur leurs bornes inférieures \(m(U,V) = a(U) \wedge b(V)\) par b), donc sur leurs bornes supérieures, donc sur tout \(K\) par c).
Existence. Soient \(f_1 : I \to L\) et \(f_2 : J \to L\) deux morphismes vers un frame \(L\). On pose \[ f(W) = \bigvee_{m(U,V) \leqslant W} f_1(U) \wedge f_2(V). \] 1°) \(f \circ a = f_1\). Les couples \((U, V)\) avec \(m(U,V) \leqslant a(U')\) sont, par d), ceux pour lesquels \(V = 0\), dont le terme est nul, et ceux pour lesquels \(U \leqslant U'\) ; la borne supérieure vaut donc \(f_1(U') \wedge f_2(1) = f_1(U')\). De même \(f \circ b = f_2\).34
2°) \(f\) est un morphisme. Elle est croissante ; \(f(1) = f_1(1) \wedge f_2(1) = 1\). Pour les bornes inférieures finies, b) donne \(m(U \wedge U', V \wedge V') \leqslant W \wedge W'\) dès que \(m(U,V) \leqslant W\) et \(m(U',V') \leqslant W'\), d'où, par la distributivité dans \(L\), \[ f(W \wedge W') = \bigvee_{\substack{m(U,V) \leqslant W \\ m(U',V') \leqslant W'}} \bigl(f_1(U) \wedge f_2(V)\bigr) \wedge \bigl(f_1(U') \wedge f_2(V')\bigr) = f(W) \wedge f(W'). \] Pour les bornes supérieures : \(f(\bigvee W_i) \geqslant \bigvee f(W_i)\) est clair. Inversement, si \(m(U,V) \leqslant \bigvee W_i\), on décompose par e) ; chaque \(f_1(U_j) \wedge f_2(V_k)\) est majoré par un \(f(W_i)\), et \(f_1(U) \wedge f_2(V) = \bigvee_{j,k} f_1(U_j) \wedge f_2(V_k)\) par distributivité.
L'hypothèse e) demande une subdivision « en damier », unique pour tout le recouvrement. Dans la somme de deux frames, la relation de recouvrement s'obtient par subdivisions successives, qui ne se ramènent pas a priori à un damier : e) est donc une vraie hypothèse, et la proposition un critère suffisant.35
13–13
Sommes infinies (page 13 et pied de la page 12)
La page généralise à une famille \((I_\lambda)_{\lambda \in \Lambda}\). Le produit restreint \(\prod' I_\lambda\) est formé des familles \((V_\lambda)\) avec \(V_\lambda = 1\) pour presque tout \(\lambda\), et \(\alpha^{0}_\mu : I_\mu \to \prod' I_\lambda\) insère un élément à la place \(\mu\) et \(1\) ailleurs. Pour \(m : \prod' I_\lambda \to K\) et \(a_\mu = m \circ \alpha^{0}_\mu\), les hypothèses sont : a) les \(a_\mu\) commutent aux bornes supérieures quelconques ; b) \(m\) commute aux bornes inférieures finies, de sorte que \(m((V_\lambda)) = \bigwedge_\lambda a_\lambda(V_\lambda)\), borne inférieure en fait finie ; c) tout élément de \(K\) est borne supérieure d'éléments de l'image de \(m\) ; d) et e), au pied de la page 12, comme ci-dessus.36 La conclusion attendue — \(K\) est la somme des \(I_\lambda\) — n'est pas écrite ; la démonstration à deux facteurs s'y transpose mot pour mot.
22–22
VI. Le produit d'un topos par un topos de préfaisceaux (page 22)
Une page barrée d'une croix, entièrement lisible. Soient \(E\) un topos de Grothendieck et \(C\) une petite catégorie. La catégorie \[ \pi(C, E) = \underline{\mathrm{Hom}}(C^{\circ}, E) \] des préfaisceaux sur \(C\) à valeurs dans \(E\) est un topos. Un foncteur \(f : C \to C'\) et un morphisme de topos \(g : E \to E'\) définissent un morphisme de topos \(\pi(f, g) : \pi(C, E) \to \pi(C', E')\), d'image inverse et d'image directe \[ \pi(f,g)^{*}(u') = g^{*} \circ u' \circ f^{\circ}, \qquad \pi(f,g)_{*}(u) = g_{*} \circ f_{*}(u), \] où \(f_{*}\) est l'extension de Kan à droite le long de \(f^{\circ}\), calculée dans \(E\) ; comme \(g_{*}\) commute aux limites, on peut aussi la calculer après \(g_{*}\), dans \(E'\). Ainsi \(\pi\) est un \(2\)-foncteur \((\mathrm{Cat}) \times (\mathrm{Top}) \to (\mathrm{Top})\).37
On définit un morphisme de topos \[ (1)\qquad \gamma(C, E) : \pi(C, E) \longrightarrow \hat{C} \times E \] vers le produit dans la \(2\)-catégorie des topos, par ses deux composantes : \(\gamma_1 = \pi(\mathrm{id}_C, p_E)\), où \(p_E : E \to P\) est le morphisme vers le topos ponctuel et \(\hat{C} = \pi(C, P)\), d'image inverse \(F \mapsto (X \mapsto F(X)_E)\), le préfaisceau d'objets constants ; et \(\gamma_2 = \pi(p_C, \mathrm{id}_E)\), où \(p_C : C \to C_0\) est le foncteur vers la catégorie ponctuelle et \(E = \pi(C_0, E)\), d'image inverse \(X \mapsto (i \mapsto X)\), le préfaisceau constant.38
Question (de la page). \(\gamma(C, E)\) est-il toujours une équivalence ? La page note trois cas. a) Les deux membres transforment sommes en sommes, en chacun des arguments ; on peut donc supposer \(C\) connexe. b) Si \(C\) est un groupoïde connexe, équivalent à un groupe \(G\), alors \(\hat{C}\) est le topos classifiant \(B_G\) et \(\pi(C, E)\) la catégorie des objets de \(E\) munis d'une action de \(G\). c) Si \(E = \hat{D}\), alors \(\pi(C, E) \simeq (C \times D)^{\wedge}\), et \(\gamma\) est le morphisme évident \((C \times D)^{\wedge} \to \hat{C} \times \hat{D}\).
La réponse est oui : que la catégorie des préfaisceaux sur \(C\) à valeurs dans un topos de Grothendieck \(E\) soit le produit de \(\hat{C}\) et de \(E\) — ce qu'on énonce aussi en disant que le changement de base de \(\hat{C}\) le long de \(E \to P\) est \(\underline{\mathrm{Hom}}(C^{\circ}, E)\) — est aujourd'hui un résultat classique de la théorie des topos (voir par exemple P. T. Johnstone, Sketches of an Elephant, 2002).39
24–30
VII. Graphes plongés dans une surface orientée (pages 24 à 30)
24–24
Les ordres circulaires aux sommets (page 24)
Soit \(X\) un espace compact triangulable de dimension au plus \(1\) — un graphe fini — et \(S\) une surface orientée. On étudie les classes d'isotopie de plongements modérés \(\varphi : X \hookrightarrow S\) ; leur ensemble est noté \(\mathrm{Pl}_{\mathrm{isot}}(X, S)\).
Les sommets topologiques de \(X\) sont les points où \(X\) n'est pas localement un intervalle : points isolés, bouts (une seule branche), points de ramification. On note \(X'_0\) l'ensemble de ces derniers, où partent \(\nu_x \geqslant 3\) branches. Un plongement induit en chaque \(x \in X'_0\) un ordre circulaire \(\omega_x(\varphi)\) sur les branches issues de \(x\) — celui dans lequel on les rencontre en tournant autour de \(\varphi(x)\) dans le sens de l'orientation ; l'ensemble \(\Omega_x(X)\) de ces ordres a \((\nu_x - 1)!\) éléments.40 On obtient une application \[ \omega : \mathrm{Pl}_{\mathrm{isot}}(X, S) \longrightarrow \Omega(X) = \prod_{x \in X'_0} \Omega_x(X), \] et l'on se propose d'étudier ses fibres \(\mathrm{Pl}^{\alpha}_{\mathrm{isot}}(X, S)\), ou plus généralement, pour \(X\) et \(\alpha \in \Omega(X)\) fixés, tous les plongements \(\varphi\) de \(X\) dans des surfaces orientées tels que \(\omega(\varphi) = \alpha\).
Dans le langage d'aujourd'hui, un couple \((X, \alpha)\) est un graphe enrubanné (ribbon graph, fat graph), et \(\alpha\) un système de rotation.41
24–25
Le voisinage tubulaire, et ses bords (pages 24 et 25)
Théorème 1. Pour \(\alpha\) fixé, le voisinage tubulaire fermé d'un plongement \(\varphi\) avec \(\omega(\varphi) = \alpha\) ne dépend, à un homéomorphisme près induisant l'identité sur \(X\) — unique à isotopie près —, que de \(\alpha\), et non de \(S\) ; on le note \(\mathcal{U}_\alpha\). La restriction à \(X\) induit une bijection \[ \mathrm{Pl}^{+}_{\mathrm{isot}}(\mathcal{U}_\alpha, S) \xrightarrow{\ \sim\ } \mathrm{Pl}^{\alpha}_{\mathrm{isot}}(X, S), \] où l'exposant \(+\) désigne les plongements qui préservent l'orientation.42
\(\mathcal{U}_\alpha\) est une surface compacte orientée à bord, qui se rétracte par déformation sur \(X\) : c'est la surface-ruban du graphe enrubanné. Son complémentaire \(\mathcal{V}_\alpha = \mathcal{U}_\alpha \smallsetminus X\) a pour composantes connexes des anneaux semi-ouverts \(\mathcal{V}^{i}_\alpha \simeq S^{1} \times [1, 2[\), dont l'extrémité fermée \(S^{1} \times \{1\}\) est une composante du bord de \(\mathcal{U}_\alpha\), et dont l'extrémité ouverte est collée à \(X\) : les voisinages de \(X\) dans \(\mathcal{U}_\alpha\) induisent sur \(\mathcal{V}^{i}_\alpha\) le filtre des \(S^{1} \times {]2 - \varepsilon, 2[}\).43
On note \(I(\alpha) = \pi_0(\mathcal{V}_\alpha)\) l'ensemble de ces anneaux, c'est-à-dire des composantes du bord de \(\mathcal{U}_\alpha\). La page demande de l'« expliciter combinatoirement » ; voici comment.44 Soit \(\mathsf{H}\) l'ensemble des demi-arêtes de \(X\) (pour une triangulation quelconque), \(\iota\) l'involution qui échange les deux moitiés d'une arête, et \(\sigma\) la permutation qui envoie une demi-arête sur la suivante autour de son sommet pour l'ordre \(\alpha\). Les composantes du bord de \(\mathcal{U}_\alpha\) correspondent aux orbites de \(\sigma \circ \iota\), auxquelles s'ajoute un cercle par point isolé de \(X\). Si \(g(\alpha)\) désigne la somme des genres des surfaces fermées obtenues en bouchant chaque bord de chaque composante de \(\mathcal{U}_\alpha\) par un disque, la formule d'Euler donne \[ |I(\alpha)| = b_0(X) + b_1(X) - 2\,g(\alpha). \] La marge de la page 25 conjecture « le nombre des \(\mathcal{V}^{i}_\alpha\) est \(b_1(X) + 1\) si \(X\) est connexe non vide », et en général \(b_1(X) + b_0(X)\) : c'est exact si et seulement si \(g(\alpha) = 0\).
25–26
Recoller le complémentaire : les surfaces modèles (pages 25 et 26)
Pour un plongement de \(\mathcal{U}_\alpha\) dans \(S\), la surface \(S\) s'obtient en recollant à \(\mathcal{U}_\alpha\) la surface orientée à bord \(\mathcal{U}' = \overline{S \smallsetminus \varphi(\mathcal{U}_\alpha)}\), compacte si et seulement si \(S\) l'est, par un isomorphisme de \(\partial\,\mathcal{U}'\) sur \(-\partial\,\mathcal{U}_\alpha \simeq I(\alpha) \times S^{1}\). Si toute composante connexe de \(S\) rencontre \(X\), toute composante connexe de \(\mathcal{U}'\) a un bord non vide. Trouver tous les plongements de \(X\) dans une surface orientée, à isomorphisme près induisant l'identité sur \(X\), revient donc à trouver toutes les façons d'écrire \(I(\alpha) \times S^{1}\) comme bord orienté d'une surface.
Une telle surface est décrite par a) une partition \(\pi\) de \(I = I(\alpha)\) en parties \((I_\lambda)_{\lambda \in \Lambda}\) ; b) pour chaque \(\lambda\), une surface orientée connexe \(\mathcal{U}'_\lambda\) et un isomorphisme \(\partial\,\mathcal{U}'_\lambda \simeq -I_\lambda \times S^{1}\). Si l'on se borne aux surfaces « algébriques », compactes moins un ensemble fini, une telle \(\mathcal{U}'_\lambda\) est déterminée par son genre \(g_\lambda\) — celui de la surface fermée obtenue en rajoutant les bouts et en contractant chaque composante du bord en un point — et par son nombre de bouts \(\nu_\lambda\).45 Explicitement, \[ \mathcal{U}'_\lambda = S_{g_\lambda} \smallsetminus \Bigl(\bigcup_{j \in I_\lambda} \mathring{D}_j \cup P_\lambda\Bigr), \] où \(S_g\) est la surface fermée orientée de genre \(g\), les \(D_j\) des disques fermés disjoints, et \(P_\lambda\) un ensemble de \(\nu_\lambda\) points hors des disques. Un homéomorphisme orienté de \(\mathcal{U}'_\lambda\) peut permuter les composantes du bord de façon prescrite ; il est donc inutile de préciser laquelle est recollée à quel \(j\).
Soit \(\rho = (\alpha, \pi, (g_\lambda), (\nu_\lambda))\) et \(S_\rho = \mathcal{U}_\alpha \cup \coprod_\lambda \mathcal{U}'_\lambda\) la surface ainsi construite, munie d'un plongement canonique \(\varphi_\rho : X \hookrightarrow S_\rho\). Elle a \(\nu = \sum_\lambda \nu_\lambda\) bouts. Son genre, lorsqu'elle est connexe, est \[ g(S_\rho) = \sum_{\lambda \in \Lambda} g_\lambda + g(\alpha) + b_1(\Delta_\rho), \] où \(\Delta_\rho\) est le graphe biparti dont les sommets sont les composantes connexes de \(X\) et les parties \(I_\lambda\), et dont les arêtes sont les éléments de \(I\), chacun joignant la composante de \(X\) qu'il borde à la partie qui le contient.46
Théorème 2. Tout plongement de \(X\) dans une surface orientée algébrique est isomorphe à un \(\varphi_\rho\), pour un \(\rho\) unique à renumérotation des \(\lambda\) près.47
27–28
Le groupe modulaire (pages 27 et 28)
Pour \(S\) fixée, on a donc une application de \(\mathrm{Pl}_{\mathrm{isot}}(X, S)\) vers l'ensemble des \(\rho\), et l'on est ramené à étudier, pour \(\rho\) fixé, la fibre \(\mathrm{Pl}_{\mathrm{isot}}(X, S; \rho)\), non vide si et seulement si \(S \simeq S_\rho\). La restriction à \(X\) définit une application \[ (*)\qquad r : \mathrm{Isot}^{+}(S_\rho, S) \longrightarrow \mathrm{Pl}_{\mathrm{isot}}(X, S; \rho), \] surjective d'après le Théorème 2, où \(\mathrm{Isot}^{+}\) désigne les classes d'isotopie d'homéomorphismes préservant l'orientation.
Soit \(\mathrm{Mod}(S)\) le groupe des classes d'isotopie d'homéomorphismes de \(S\) préservant l'orientation — le groupe modulaire de \(S\), qu'on appelle aussi mapping class group, et que la page appelle « groupe de Teichmüller ».48 Il agit sur les deux membres de \((*)\), et \(r\) est équivariante ; le premier membre est un torseur sous \(\mathrm{Mod}(S)\). Choisissant \(f : S_\rho \xrightarrow{\sim} S\), et notant \(H \subset \mathrm{Mod}(S)\) le stabilisateur de la classe de \(f|_X\), l'application \(r\) s'identifie à \(\mathrm{Mod}(S) \to \mathrm{Mod}(S)/H\). Il reste deux questions : déterminer \(\mathrm{Mod}(S)\) ; déterminer \(H\), le sous-groupe des \(h\) tels que \(h \circ f|_X\) soit isotope à \(f|_X\). On peut supposer \(S = S_\rho\) et \(f = \varphi_\rho\).
La première est classique, et c'est le théorème de Dehn, Nielsen et Baer : pour \(S\) fermée de genre au moins \(1\), l'homomorphisme canonique \[ \mathrm{Mod}(S) \longrightarrow \mathrm{Out}(\pi_1(S, s)) \] est injectif, d'image le sous-groupe d'indice \(2\) des automorphismes extérieurs qui préservent l'orientation ; il est injectif aussi, plus généralement, pour les surfaces algébriques.49
28–29
Le cas normal, la sphère, et une question (pages 28 et 29)
Supposons \(X\) connexe et \(\pi_1(X) \to \pi_1(S)\) surjectif : la page appelle un tel plongement normal. Cela signifie que la partition \(\pi\) est discrète, que les \(g_\lambda\) sont nuls et que chaque \(\nu_\lambda\) vaut \(0\) ou \(1\) : \(S\) se déduit de \(\mathcal{U}_\alpha\) en bouchant chaque bord par un disque, éventuellement épointé.50 Le genre de \(S\) est alors \(g(\alpha)\).
Si \(h\varphi\) est isotope à \(\varphi\), il lui est homotope, donc \(\pi_1(h) \circ c\) et \(c\) coïncident à automorphisme intérieur près, où \(c = \pi_1(\varphi) : \pi_1(X) \to \pi_1(S)\) ; \(c\) étant surjectif, \(\pi_1(h)\) est intérieur. Par l'injectivité de Dehn–Nielsen–Baer, \(h\) est isotope à l'identité : \(H = \{1\}\), et les plongements normaux de type \(\rho\) forment un torseur sous \(\mathrm{Mod}(S)\).51
En particulier, pour \(S = S^{2}\), dont tout homéomorphisme orienté est isotope à l'identité, et \(X\) connexe : les classes d'isotopie de plongements de \(X\) dans la sphère correspondent bijectivement aux \(\alpha \in \Omega(X)\) tels que \(g(\alpha) = 0\).52 La page 29 ajoute qu'« il faut donner une certaine condition simple sur \(\alpha\) pour qu'il en soit ainsi ». La formule de la page 25 la donne : \(g(\alpha) = 0\) si et seulement si \(\sigma \circ \iota\) a exactement \(b_1(X) + 1\) orbites.53 C'est le cas de l'icosaèdre muni d'un système cohérent au sens de la page 10 : \(b_1 = 30 - 12 + 1 = 19\), et vingt faces.
Question (de la page 29). Soit \(h \in \mathrm{Mod}(S)\) tel que, pour toute composante connexe \(X_i\) de \(X\), de plongement induit \(\varphi_i : X_i \to S\), on ait \(\pi_1(h\varphi_i) = \pi_1(\varphi_i)\) dans \(\mathrm{Homext}(\pi_1(X_i), \pi_1(S))\) — condition évidemment nécessaire pour que \(h \in H\). A-t-on \(h \in H\) ? Autrement dit, pour ces plongements, l'isotopie se lit-elle sur l'homotopie ? La page ne répond pas, et nous ne tranchons pas ici.54
30–30
Une suite exacte (page 30)
La dernière page de la suite écrit, pour le groupe topologique \(\mathcal{G}\) des homéomorphismes de \(S\) et le sous-groupe \(\mathcal{H} = \mathrm{Aut}(S/X)\) de ceux qui induisent l'identité sur \(X\), l'identification de \(\mathcal{G}/\mathcal{H}\) à un espace \(\mathfrak{X}\) de plongements — l'orbite de \(\varphi\) — et la suite d'homotopie \[ \pi_1(\mathcal{H}) \to \pi_1(\mathcal{G}) \to \pi_1(\mathfrak{X}) \to \pi_0(\mathcal{H}) \to \pi_0(\mathcal{G}) \to \pi_0(\mathfrak{X}). \] La page la marque « ?? ». Elle vaut dès que \(\mathcal{G} \to \mathfrak{X}\) est une fibration localement triviale, c'est-à-dire sous un théorème d'extension des isotopies pour les plongements modérés de \(1\)-complexes, que la page ne démontre pas.55 Son intérêt est de donner la réponse de principe à la seconde question de la page 27 : l'exactitude en \(\pi_0(\mathcal{G}) = \mathrm{Mod}(S)\) dit que \(H\) est l'image du groupe des classes d'homéomorphismes de \(S\) qui fixent \(X\) point par point.
32–33
VIII. Graphes à groupe transitif sur les sommets et les arêtes (pages 32 et 33)
Un graphe est ici la donnée d'un ensemble \(S\) de sommets, d'un ensemble \(A\) d'arêtes orientées muni d'une involution sans point fixe \(\sigma\) — le retournement —, d'une partie \(A' \subset A\) stable par \(\sigma\), formée des arêtes qui ont des extrémités, et d'une application « origine » \(\varphi_1 : A' \to S\), d'où \(\varphi = (\varphi_1, \varphi_1 \circ \sigma) : A' \to S \times S\).56 Une arête est circulaire — une boucle — si ses deux extrémités coïncident.
Soit \(G\) un groupe agissant sur un graphe \(\Gamma\), c'est-à-dire un sous-groupe de \(\mathrm{Perm}(S) \times \mathrm{Perm}(A)\) respectant la structure, et supposons \(G\) transitif sur \(S\) et sur \(A\).57 Comme \(A'\) est stable par \(G\), ou bien \(A' = \emptyset\), ou bien \(A' = A\) et \(\varphi_1\) est surjective ; dans ce second cas, par transitivité, ou bien toutes les arêtes sont des boucles, ou bien aucune.
a) Les arêtes n'ont pas d'extrémités. Alors \(\mathrm{Aut}\,\Gamma = \mathrm{Perm}(S) \times \mathrm{Aut}(A, \sigma)\), et, si \(A_1 = A/\sigma\), \(\mathrm{Aut}(A, \sigma) \simeq (\mathbb{Z}/2\mathbb{Z})^{A_1} \rtimes \mathrm{Perm}(A_1)\), le groupe hyperoctaédral.
Dans les deux autres cas, on choisit \(a \in A\) et \(s = \varphi_1(a)\), et l'on note \(H = G_a \subset H' = G_s\) leurs stabilisateurs, de sorte que \(A \simeq G/H\) et \(S \simeq G/H'\). Par les deux lemmes des pages 16 et 19, l'involution \(\sigma\), qui commute à \(G\), est la multiplication à droite par un élément \(\dot\sigma \in N_G(H)/H\) ; elle est sans point fixe si et seulement si \(\dot\sigma \neq 1\), et involutive si et seulement si \(\dot\sigma^{2} = 1\). Le groupe \(G\) agit fidèlement sur \(\Gamma\) si et seulement si \(\bigcap_{g \in G} g H g^{-1} = \{1\}\).
b) Toutes les arêtes sont des boucles. La compatibilité \(\varphi_1 \circ \sigma = \varphi_1\) signifie \(\dot\sigma \in H'/H\), d'où les données \[ G \supset H' \supset H,\qquad \dot\sigma \in \bigl(H' \cap N_G(H)\bigr)/H,\qquad \dot\sigma^{2} = 1,\ \dot\sigma \neq 1 . \] Ce cas est biffé sur la page, qui reste lisible.
c) Aucune arête n'est une boucle (page 33). Les données sont \[ G \supset H' \supset H,\qquad \dot\sigma \in N_G(H)/H,\qquad \dot\sigma^{2} = 1,\qquad \dot\sigma \notin H'/H, \] la dernière condition disant que l'extrémité \(\varphi_1(\sigma a)\) diffère de l'origine.58 Le graphe est simplicial — sans arêtes multiples, donné par un ensemble de parties à deux éléments de \(S\) — si et seulement si \(\varphi : A \to S \times S\), c'est-à-dire \(gH \mapsto (gH', g\dot\sigma H')\), est injective, ce qui équivaut à \[ H' \cap \dot\sigma H' \dot\sigma^{-1} \subset H, \] condition indépendante du représentant de \(\dot\sigma\) puisque \(H \subset H'\).59
Inversement, toute donnée \((G, H \subset H', \dot\sigma)\) de ce type définit, sur \(S = G/H'\) et \(A = G/H\), un graphe sur lequel \(G\) agit transitivement sur les sommets et sur les arêtes orientées — ce que la page annonce par « Si on a une telle situation » avant de s'interrompre. C'est la description d'aujourd'hui des graphes arc-transitifs comme graphes de classes (coset graphs), due pour l'essentiel à Sabidussi (1964).60
L'icosaèdre en est un exemple, et c'est une façon de relire le Théorème de la page 7.61 Pour \(G = \Gamma' \simeq \mathfrak{A}_5\), simplement transitif sur les arêtes orientées, on a \(H = \{1\}\) ; \(H'\) est le groupe cyclique d'ordre \(5\) des rotations autour de \(u\) ; et \(\dot\sigma\) est le demi-tour autour de l'axe qui passe par le milieu de l'arête \(\{u, x_0\}\), qui n'est pas dans \(H'\). La condition simpliciale dit que les stabilisateurs de deux sommets voisins ne se rencontrent qu'en l'identité. On retrouve ainsi douze sommets et soixante arêtes orientées.
Notes
- Le dossier 162-1 du même fonds est un registre de prêts. Rien ne permet de rattacher cette mention à ce registre : la transcription de 162-1, parcourue pour ce travail, ne porte le nom sous aucune de ses lectures, et les « formes paradoxiques » ne correspondent à aucune de ses entrées. On ne suppose aucun lien. ↩
- En marge de la page 3 : « espace vectoriel muni d'une forme quadratique non dégénérée, qu'on supposera définie positive au besoin ». C'est le cadre de la page 21, où l'icosaèdre est défini relativement à une forme quadratique quelconque. ↩
- La page dit que \(\mathrm{O}(E)\) opère « de façon doublement transitive » ; ce qu'elle veut dire est ce qui est écrit ici — la double transitivité, au sens usuel, est autre chose. Elle écrit aussi « \((u,v) \in S\) » là où il faut \(S \times S\). ↩
- La marge de la page 4 écrit \(|\sin\frac{\theta}{2}| \geqslant \frac12\) et conclut \(\theta \geqslant \frac{\pi}{3}\) ; pour \(\theta = \pi/3\) on trouve \(\alpha = 0\) et le triangle dégénère en un point, d'où l'inégalité stricte. La page écrit aussi \(\cos\frac{\alpha}{2} = \pm\frac{1}{2\sin\theta/2}\) ; le signe \(-\) donne \(2\pi - \alpha\), c'est-à-dire le même cercle parcouru dans l'autre sens, et l'ajout interlinéaire « choisissant la détermination principale de \(\alpha\) » l'écarte. ↩
- La page 4 donne pour rayon \(4\sin^{2}\frac{\alpha}{2}\), qui est le carré de la distance calculée page 3. ↩
- La page numérote (4) la formule de \(\ell\), alors que (4) numérote déjà, une page plus haut, la définition des \(x_i\) ; (4') est la formule de \(\ell'\). On nomme les deux longueurs sans les numéroter. ↩
- Aux deux endroits où la page écrit « le sous-groupe \(G_C\) » et « opérant sur \(G_C\) », le sens demande \(G'_C\) ; on ne voit pas le prime sur la page. La page dit « les cinq points de \(G_C \cap \complement G'_C\) » pour les cinq éléments, et la phrase qui les décrit reste inachevée ; « produit ½ direct » est le produit semi-direct. ↩
- La page écrit la calotte \((x_0; x_1, u, x_{-1}, x'_2, x'_{-2})\), sommet en tête, puis « calotte d'icosaèdre de sommet \(u\) » ; la lettre après « sommet » est un lapsus pour \(x_0\). On a vérifié que l'ordre écrit est bien l'ordre direct autour de \(x_0\). ↩
- La page appelle cette rotation \(\gamma = \gamma^{w}_{\alpha}\gamma^{u}_{-\theta/2}\), après avoir nommé \(\gamma^{u}_{\theta/2}\), avec l'indice sans signe, « la rotation d'angle \(-\theta/2\) autour de \(u\) ». On la note \(r\) : la lettre \(\gamma\) désigne dans ce dossier trois autres objets. ↩
- La vérification qui suit est la nôtre ; la page 6 s'arrête sur « \(\gamma x_1 = \gamma u \cos\alpha + \ldots = \) », le reste de la page étant blanc. Les trois égalités qu'elle pose pour \(r x_0 = x'_2\) sont exactes : ce sont, dans l'ordre, les coordonnées selon \(u\), \(v\) et \(w\) ci-dessous, pour \(i = 0\). ↩
- Le rapprochement entre la vérification de la page 6 et les calculs des pages 12 et 14 est le nôtre. Ces derniers sont écrits dans un autre contexte (section III), mais ils calculent exactement ce qui manque ici. ↩
- La page écrit « \((x,d)\) où \(x\) est un sommet de l'icosaèdre, \(I\) une arête » : le \(I\) est un lapsus pour « \(d\) une arête issue de \(x\) ». Une note en marge, en partie illisible, ajoute qu'on peut dire la même chose des triples d'arêtes formant une face. ↩
- La marge dit, entre crochets et d'une lecture douteuse en plusieurs mots : « point du fibré principal sur \(S\) de groupe \(\mathbb{T}\) quotient […] de celui formé des \((u,v)\) ». La formulation ci-dessus est la nôtre. ↩
- La page écrit : « Montrer que tout automorphisme du graphe est dans \(\Gamma'\) », et, pour le second graphe, « le groupe des automorphismes de ce graphe est encore \(\Gamma'\) ». C'est faux : \(-1\) et les quinze symétries planes de \(\Gamma\) sont des automorphismes du graphe qui ne sont pas des rotations. La démonstration de la page, elle, établit l'énoncé juste : elle se ramène aux automorphismes qui fixent \(u\), \(x_0\) et \(x_1\), réduction qui repose sur la transitivité de \(\Gamma\) sur les faces ordonnées, point (iii), et non sur celle de \(\Gamma'\) ; la page 10 dit d'ailleurs « les actions de \(\Gamma\) » et cherche à caractériser \(\Gamma'\) parmi les symétries combinatoires, ce qui n'aurait pas de sens si elles étaient toutes des rotations. Nous avons vérifié par énumération que le graphe a exactement \(120\) automorphismes. ↩
- La page conclut : « par symétrie on voit que pour chacune des faces adjacentes à \((u, x_0, x_1)\), ses faces et leurs arêtes sont fixes. À partir de là la conclusion est triviale ». « Ses faces » est à lire « ses faces adjacentes ». ↩
- Ce paragraphe est le nôtre. ↩
- Parmi les inégalités éparses dans la marge des croquis, la première, « \(\frac{4\pi}{5} < \frac{2\pi}{3}\) », est fausse ; elles sont des essais autour de la condition d'existence de la page 4 et ne servent nulle part. ↩
- La page vérifie sur la figure — une projection de l'icosaèdre le long d'un axe, dont les sommets sont marqués \(A_i\), \(A'_i\) — que \(\alpha^{3}(P) = P\) pour une paire \(P\), en écrivant \((AB, A'B') = \alpha(R) = \alpha^{2}(Q) = \alpha^{3}(P)\). Cette chaîne est exacte : \(\alpha(R) = \alpha(\alpha(Q)) = \alpha^{2}(Q)\), et \(\alpha^{3}(P) = P\) puisque \(\alpha\) est d'ordre \(3\). ↩
- Cet argument est le nôtre. ↩
- La page 19 contient aussi des essais trigonométriques qui ne s'accordent pas avec (1) : on y lit, encadré, \(\cos\alpha = 1/(2\sin\frac{2\pi}{10})\), qui est la valeur de \(\cos\frac{\alpha}{2}\), non de \(\cos\alpha\). De même, page 18, la chaîne \(\cos\alpha = \ldots = \frac{1}{2\sin^{2}\theta} - 1 = 1 - 2\sin^{2}\theta = \cos 2\theta\) confond \(\theta\) et \(\theta/2\) et contient une égalité fausse ; la formule juste est (1'). Ce sont des brouillons ; la mise au net a la formule juste. ↩
- Cet ordre de lecture est le nôtre ; la transcription ne le relève pas. Il est confirmé par la suite au crayon des mêmes feuilles, qui se lit elle aussi 15 avant 13 (section V) : les deux feuilles semblent avoir été rangées dans l'ordre inverse de celui où elles ont été écrites. ↩
- La page note ce groupe \(\Gamma\) ; la lettre est prise, en I, par le groupe de l'icosaèdre. ↩
- Le signe entre \(c_0\) et \(c_1\) est couvert d'une tache sur la page ; la ligne suivante, que l'on suit, suppose \(c_0 - c_1(1 + T + T^{2} + T^{3})\). ↩
- La page écrit ce nombre \(\eta\) en tête, puis \(\gamma\) dans le calcul de la trace et de la norme ; la page 12 l'écrit \(\gamma\) et \(t\), la page 21 \(\gamma\) et \(c\). On garde \(\eta\) partout. ↩
- Le rang de \(\vartheta_n\) est une lecture incertaine sur la page. La page esquisse aussi une version « tordue » de ces objets par un torseur \(T\) (\(\mu_n^{T}\), \(\vartheta_n^{T}\), qu'elle note aussi \(\mathcal{V}_n\)), sans la développer ; on ne l'interprète pas. ↩
- La lettre qui nomme cet anneau sur la page, un \(\mathfrak{D}\) ou un \(\vartheta\) gothique, n'est pas sûre ; on reprend le \(\vartheta_n\) de la page 14. La marge dit que la formule \(\eta = (-1 \pm \sqrt5)/2\) « garde un sens sur tout anneau où 2 et 5 sont inversibles » : plus exactement, les deux racines sont distinctes dès que \(5\) est inversible, et la formule les exprime là où, de plus, \(2\) est inversible et \(5\) a une racine carrée choisie. ↩
- La première équation en \(a, b\) s'écrit sur la page \(2a + (2b - 1 - a)\gamma + b\gamma^{2} = 0\) ; le signe du dernier terme doit être \(-\), comme le confirme la forme normalisée qui suit, juste sur la page, et qui donne \(b = 2a\), \(a = \frac15\), \(b = \frac25\). ↩
- La page ne dit pas sur quelle base elle se place ; l'hypothèse « \(2\) et \(5\) inversibles » est la nôtre, imposée par la formule encadrée (\(B' = B/2\), et le facteur \(\frac15\)). En tête de la page, une colonne \(\boldsymbol{\mu}_5\) — \(\boldsymbol{\mu}_5^{*}\) — \(\mathbb{V}_5\) — \(\mathbb{Z}[\frac14]\) : la transcription lit \(\frac14\), tel qu'écrit, là où l'on attendrait \(\frac15\). La page note aussi qu'« en caractéristique \(2\) », la relation en \(B\) dégénère en \(B(x,y)^{2} = 0\), et passe à \(B'\), qui lui-même demande \(2\) inversible ; la ligne « ceci signifie : \(y \parallel x\) » qui suit reste obscure. ↩
- Cette remarque est la nôtre ; la page ne précise pas la topologie. ↩
- On lit sans doute là une autre idée de la définition, où la constante serait un nombre d'or, que le calcul de la même page ne soutient pas. Le petit diagramme du haut de la page, où un schéma \(\mathrm{Ic}_Q\) est dessiné au-dessus de \(\mathbb{V}_{5s}\), lui-même au-dessus de \(S\), avec une flèche \(S \to \mathbb{V}_5\), appartient vraisemblablement à cette autre idée ; \(\mathbb{V}_5\) est le \(\vartheta_5\) des pages 14 et 12, que la page 14 note aussi \(\mathcal{V}_n\). La page ne dit pas ce que sont ces flèches, et l'indice \(5s\) est d'une lecture douteuse ; on ne les interprète pas. ↩
- Le sigle \((\mathrm{OM})\) n'est pas expliqué dans ce dossier, et la lecture des deux lettres n'est pas sûre. L'identification avec les frames est la nôtre : elle résulte de ce que les démonstrations des pages 15 et 13 utilisent, y compris la distributivité dans l'objet d'arrivée, que la page emploie sans la dire. Les lettres \(U\), \(V\), \(W\) pour les éléments, et l'écriture « \(\gamma(U \times V)\) », suggèrent le modèle des ouverts d'un produit. Les frames, sous d'autres noms, remontent à Ehresmann (1957) et Bénabou (1958) ; le mot frame est de Dowker, celui de locale d'Isbell (1972), et les sommes de frames ont été étudiées dans les années 1970, notamment par Dowker et Strauss. Rien sur ces pages ne cite ces travaux. ↩
- La page écrit \(\gamma(U \times V)\), \(\alpha\) et \(\beta\) ; on écrit \(m(U,V)\), \(a\) et \(b\), les lettres \(\alpha\), \(\beta\), \(\gamma\) étant prises ailleurs dans le dossier. De même, \(f_1\), \(f_2\) et \(f\) ci-dessous sont les \(\bar\alpha\), \(\bar\beta\) et \(\bar\gamma\) de la page. ↩
- La forme d) du pied de la page 12 est : « \(\gamma((V_\lambda)) \leq \alpha_\lambda(V'_\lambda) \Rightarrow V_\lambda \leq V'_\lambda\) ou \(\exists\,\mu \neq \lambda\) avec \(V_\mu = 0\) ». Elle se spécialise exactement en la forme à deux facteurs, et c'est celle que la page 15 utilise. ↩
- La page écrit « ou bien \(V = 0_I\) (l'élément correspondant du Sup est alors \(0_K\)) » : il faut \(0_J\), et le terme nul est \(0_L\). Plus bas, elle écrit \(\bar\gamma(1_K) = \ldots = 1_K\), pour \(1_L\). ↩
- Cette remarque est la nôtre ; la page ne discute pas des cas où les hypothèses sont satisfaites. Pour les frames d'ouverts, on sait aujourd'hui que le frame des ouverts de \(X \times Y\) est la somme de ceux de \(X\) et de \(Y\) lorsque \(X\) est localement compact, mais pas en général. ↩
- La page écrit, au c) : « tout élément de \(K\) est le sup d'éléments de \(\prod'_\lambda I_\lambda\) » ; il faut « de l'image de \(\prod' I_\lambda\) par \(m\) ». Elle s'achève sur « TSVP » ; la suite est aux deux lignes du pied de la page 12, qui énoncent d) et le début de e), et s'arrêtent. ↩
- La page écrit \(\pi(f,g)_{*} = (u' \mapsto g_{*} f_{*}^{(E)})\) et note en marge « vérifier l'expression donnée en \(\pi(f,g)_{*}\) » : l'expression est juste, appliquée à \(u \in \pi(C, E)\) plutôt qu'à \(u'\). ↩
- La page qualifie \(p_C\) d'« unique morphisme de topos », d'une lecture incertaine : c'est un foncteur. ↩
- Le dossier 161-4 du même fonds travaille la même comparaison, avec les mêmes notations \(\pi(C, E)\) et \(\gamma(C, E)\), aux pages 15 et 17 de sa transcription. Page 17, il établit le cas c) quand \(C\) et \(D\) ont des limites projectives finies, par la propriété universelle d'un topos de préfaisceaux (\(\underline{\mathrm{Homtop}}(E, \hat{A}) \simeq \underline{\mathrm{Hom}}^{*}_{\mathrm{gex}}(A, E)^{\circ}\) pour \(A\) à limites finies) ; puis, pour \(E = \widetilde{D}\) quelconque, il plonge \(C\) dans une catégorie à limites finies \(C'\) et \(E\) dans \(\hat{D}\), montre que \(\gamma(C, E)\) est un plongement, et s'interrompt sur la phrase « ce qui prouvera que \(\gamma\) est une équivalence ». La page 15 de 161-4 est un fragment de la même démonstration. Les deux dossiers ne sont pas fusionnés ici ; on ne sait pas lequel précède l'autre. ↩
- La page parle des « arêtes issues de \(x\) » ; si une arête est une boucle en \(x\), elle compte pour deux branches, et c'est sur les branches qu'il faut prendre l'ordre. Aux bouts, la donnée est vide ; aux points de valence \(2\), qui ne sont pas des sommets topologiques, elle est unique. ↩
- La notion de système de rotation remonte à Heffter (1891) et a été formalisée par Edmonds (1960) ; elle est au cœur de la démonstration du théorème de coloriage des cartes (Ringel et Youngs, 1968). Les termes ribbon graph et fat graph datent des années 1980. Rien sur la page ne cite ces travaux. Les graphes enrubannés sont aussi des objets que l'Esquisse d'un programme (1984) étudie, sous le nom de « cartes » ; ces pages ne la citent pas. Signalons enfin, sans pouvoir dire s'il y a un lien, que le titre d'un article d'Y. Ladegaillerie, « Classes d'isotopie de plongements de 1-complexes dans les surfaces » (Topology, 1984), issu d'un travail fait à Montpellier dans les années 1970, décrit exactement le sujet de ces pages ; rien sur elles ne le mentionne. ↩
- La page écrit la flèche dans l'autre sens, \(\mathrm{Pl}^{\alpha}_{\mathrm{isot}}(X,S) \to \mathrm{Pl}_{\mathrm{isot}}(\mathcal{U}_\alpha, S)\) (par passage au voisinage tubulaire), et « celle-ci est une bijection », ce dernier mot d'une lecture incertaine. La précision « préservant l'orientation » est la nôtre : un plongement de \(\mathcal{U}_\alpha\) qui renverse l'orientation induirait sur \(X\) l'ordre opposé à \(\alpha\). La page ne démontre pas le théorème. ↩
- Telle que la transcription la lit, la page donne à la fois \(\mathrm{bord}(\mathcal{U}_\alpha) \cap \mathcal{V}^{i}_\alpha \simeq S^{1} \times \{1\}\) et, pour trace des voisinages de \(X\), « le filtre des voisinages de \(S^{1} \times \{1\}\) dans \(S^{1} \times {]0,2[}\) » : les deux extrémités seraient la même. Les chiffres sont récrits sur d'autres et le passage est lourdement raturé. On donne l'énoncé cohérent. ↩
- Cette description et la formule qui suit sont les nôtres. ↩
- La page 26 écrit le nombre de bouts d'une lettre que la transcription lit \(\beta\), et la page 27 d'un \(\nu\) net ; c'est la même lettre. On écrit \(\nu\). ↩
- La marge de la page 26 propose « \(\sum_\lambda g_\lambda + \gamma(\alpha)\), \(\gamma(\alpha)\) un entier (le genre de \(\mathcal{U}_\alpha\)) — vérifier ». La formule est juste exactement lorsque \(\Delta_\rho\) est un arbre ; en général il faut ajouter \(b_1(\Delta_\rho)\), qui compte les anses créées par le recollement lui-même. Exemple : \(X\) un cercle, \(\mathcal{U}_\alpha\) un anneau, les deux bords recollés à un même anneau \(\mathcal{U}'\) ; on obtient un tore, alors que \(g_\lambda = g(\alpha) = 0\). La formule donnée ici, qui se déduit de la caractéristique d'Euler, est la nôtre. ↩
- La phrase de la page s'arrête au bas de la page 26 sur « uniquement déterminés … ». La précision « à renumérotation près » est la nôtre. ↩
- La page note ce groupe \(G = \mathrm{Isot}_o(S,S)\), puis \(G = \mathrm{Isot}(S,S)\) ; elle note aussi \(G_\rho\) à la fois \(\pi_1(S_\rho)\) et \(\mathrm{Isot}_o(S_\rho, S_\rho)\). On écrit \(\mathrm{Mod}(S)\) et \(\Pi = \pi_1(S_\rho)\). « Groupe modulaire de Teichmüller » était le nom courant dans les années 1970. ↩
- La page 28 écrit que cet homomorphisme « est un isomorphisme », et la page 27 que \(\mathrm{Isot}(S_\rho, S)\) est un torseur sous \(\mathrm{Autext}(\pi_1(S_\rho))\), « du moins si \(S_\rho\) est compacte ». Ce n'est vrai que si l'on admet les homéomorphismes qui renversent l'orientation ; or ceux-ci ne préservent pas la fibre au-dessus de \(\rho\), puisqu'ils renversent \(\alpha\). Pour les classes qui préservent l'orientation, qui sont celles qu'il faut ici, l'image est d'indice \(2\). Le genre \(0\) est à part : \(\mathrm{Mod}(S^{2})\) est trivial, et \(\mathrm{Out}(1)\) aussi. ↩
- La page écrit, « sauf erreur », que les \(\nu_\lambda\) sont nuls. Un disque épointé recollé le long de son bord ne change pas le groupe fondamental, puisque la surface se rétracte alors sur \(\mathcal{U}_\alpha\) ; la condition juste est \(\nu_\lambda \leqslant 1\). Elle se réduit à \(\nu_\lambda = 0\) quand \(S\) est compacte. ↩
- La page s'arrête à « \(\pi_1(h)\) est un automorphisme intérieur, \(c\) étant surjectif, en gros » ; la conclusion \(H = \{1\}\) est la nôtre. ↩
- L'exposant de \(S^{2}\), aux deux occurrences, est tracé comme un \(1\) ; c'est la sphère que l'argument demande, et la transcription le lit ainsi en le marquant douteux. La phrase commencée au bas de la page 28 se ferme en tête de la page 29. ↩
- Cette réponse est la nôtre. C'est la forme combinatoire classique du critère de planarité par les systèmes de rotation. ↩
- Pour une seule courbe fermée simple, la réponse est le théorème classique de Baer et Epstein : deux courbes simples homotopes sont isotopes. Pour un \(1\)-complexe quelconque, la question appelle des précautions (courbes parallèles, composantes contractiles) ; le lecteur qui voudrait savoir si elle a reçu une réponse commencera par l'article de Ladegaillerie cité plus haut. ↩
- Cette lecture est la nôtre. Les lettres de la page sont une ronde, une cursive et un \(X\) à double jambage ; que \(\mathcal{G}\) soit le groupe des homéomorphismes préservant l'orientation n'est pas précisé. ↩
- La page écrit \((S, A, A' \xrightarrow{\varphi} S \times S, \sigma)\) sans définir \(A'\) ; qu'il s'agisse des arêtes non isolées est notre lecture, imposée par le cas a), où \(A' = \emptyset\). La page esquisse aussi, avant de la biffer, une autre présentation par une relation d'incidence, et une présentation équivalente \((S, R \subset A \times A, L \to A, \sigma)\), sans la développer. ↩
- La page écrit « \(G \simeq \mathrm{Perm}(S) \times \mathrm{Perm}(A)\) » ; c'est une inclusion. ↩
- Sous \(H'\) et \(H\), la page 33 inscrit \(G_a\) et \(G_s\), l'inverse de la page 32 ; c'est un lapsus, car l'origine \(\varphi_1 : A \to S\) étant équivariante, \(G_a \subset G_{\varphi_1(a)} = G_s\), et la suite de la page suppose bien \(H = G_a\). La condition \(\dot\sigma \notin H'/H\) n'est pas écrite ; elle est la nôtre, et c'est elle qui sépare le cas c) du cas b). ↩
- La page écrit \(\dot\sigma^{-1}H'\dot\sigma\) ; c'est le même sous-groupe, puisque \(\dot\sigma^{2} \in H \subset H'\). ↩
- Rien sur la page ne cite Sabidussi, ni les travaux de Tutte sur les graphes cubiques symétriques (1947). ↩
- Ce rapprochement est le nôtre. ↩