Cote n° 161-3 · pages 1–54 · Lecture modernisée · Topos : notes manuscrites (s.d.) — lecture modernisée du dossier entier
Datation de l’inventaire : [vers 1963-1973]
Édition de démonstration — interprétation personnelle de l'œuvre

Résumé

Une chemise portant au crayon le seul mot « Topos », cinquante-quatre pages sans date, et — c'est la première chose à dire — pas un texte. Ce dossier a été rassemblé, non écrit : cinq chantiers sans rapport entre eux y voisinent parce qu'ils touchent tous au même mot. Qui y cherche un argument continu en inventera un. Ce qu'on peut faire, en revanche, c'est démêler les fils, et c'est ce que cette lecture fait : elle suit chaque chantier d'un bout à l'autre, dans l'ordre de son propre développement et non dans celui des feuillets.

Ce désordre n'est pas une figure de style. Deux fils traversent les coupures : la page 41 reprend l'argument de la page 39, et la page 48 répond à une question posée page 40. Et surtout, à partir de la page 34, deux manuscrits distincts sont reliés en alternance — les pages paires portent des notes de cours, les impaires une théorie des espèces de structure, l'alternance étant exacte jusqu'à la page 48. Deux feuillets sont même reliés à l'envers : la page 54 précède la page 53, ce que la numérotation des théorèmes et une phrase coupée en deux établissent l'une et l'autre. Lu dans l'ordre des pages, ce dossier paraît une suite de fragments interrompus ; lu par fils, il n'a presque pas de lacunes.

Multiplier deux espaces. Le premier chantier (pages 3 à 14) part d'une question qu'on peut poser sans rien savoir. Pour deux espaces ordinaires, le produit est le produit cartésien, et personne n'y regarde à deux fois. Mais un topos ne se donne pas par ses points : il se donne par ce qu'on peut y poser comme données locales — ses faisceaux — et le produit doit donc être l'endroit où vivent les données à deux variables, locales séparément en chacune. Grothendieck montre que cet objet est bien un topos et bien le produit ; puis vient la surprise, qui occupe quatre pages : le produit de deux espaces ne porte pas toujours le produit des topos. C'est l'écart familier en algèbre linéaire entre les fonctions de deux variables et celles qu'on obtient à partir des produits \(f(x)g(y)\) — savoir une chose séparément en \(x\) et en \(y\) n'est pas la savoir en \((x,y)\). Il isole exactement la condition qui referme l'écart, et sa démonstration tient en trois passages à la borne supérieure. Deux notes techniques ferment le chantier (pages 15 à 21).

Quand la topologie est une combinatoire. Le deuxième chantier (pages 23 à 28) est le plus joli du dossier. Autour d'un point, en général, il y a une infinité de voisinages de plus en plus petits, sans plus petit. Mais il arrive qu'il y en ait un — et alors toute la topologie tient dans une relation d'ordre, et réciproquement tout ensemble ordonné donne un tel espace. Topologie et combinatoire coïncident exactement. Grothendieck monte le dictionnaire dans les deux sens et en tire la notion de point essentiel, dont dépendra la suite.

Une page d'algèbre égarée. Le troisième chantier (pages 30 à 32) n'a rien à faire là : deux façons de décrire la même chose lorsqu'une algèbre ressemble localement à une algèbre de matrices. C'est le début de ce qu'on appelle aujourd'hui le groupe de Brauer d'un topos, et on y voit Grothendieck écrire le mot « gerbe », puis le barrer.

Peut-on axiomatiser les corps ? Le quatrième chantier (pages 35 à 47, pages impaires) prend les théories elles-mêmes pour objets. Un anneau se définit par des opérations et des identités, et cette définition a la propriété d'être aveugle au monde où on l'interprète. Un corps, lui, se définit par une condition d'un autre genre — « tout élément non nul est inversible » — qui parle d'éléments un par un, et rien ne dit d'avance qu'elle se transporte. La réponse n'est ni oui ni non mais une ligne de partage : avec les seuls moyens qui définissent les anneaux, non ; dès qu'on s'autorise en plus la localisation, oui — et l'axiome qui apparaît alors est exactement celui qu'on écrit aujourd'hui pour un corps dans un topos. Les dernières pages du fil poussent la machinerie jusqu'à un énoncé qu'on reconnaît : une théorie et sa catégorie de modèles se déterminent l'une l'autre.

Le cours. Le cinquième chantier (pages 34 à 54, pages paires puis toutes) est le seul endroit du dossier où Grothendieck dise pourquoi il fait ce qu'il fait. Pourquoi remplacer les espaces par les topos ? Parce que, écrit-il, c'est le cadre naturel de presque toute structure algébrique ; parce qu'on peut y construire, pour chaque espèce de structure, un topos qui la classifie — « algèbre \(=\) topologie ! », avec le point d'exclamation ; parce que ces objets se recollent, se quotientent et se localisent là où les espaces refusent. La géométrie algébrique, qui est le motif historique, vient en dernier dans sa liste. Suit une énumération des morphismes de topos par l'exemple, et deux pages qu'il faut signaler à qui ne lira rien d'autre : pour un groupe \(G\) et un sous-groupe \(H\), se restreindre à \(H\) et se localiser au-dessus de \(G/H\) sont la même opération — et si \(G\) est le groupe fondamental d'un espace, cet énoncé formel est la théorie de Galois des revêtements, qui tombe comme cas particulier d'une remarque sur les topos. Le dossier s'achève sur trois pages de sites — topologies sur une catégorie, faisceau associé, théorèmes de Giraud — qui sont, à la compression près, ce que SGA 4 mettra plusieurs exposés à établir.

Les noms modernes sous lesquels chercher : 2-produit et 2-limite de topos, produit de locales et compacité locale, morphisme et point essentiels, topologie d'Alexandrov, espace sobre et sobrification, topos classifiant, dualité de Gabriel–Ulmer et catégories localement présentables, objet corps et topos de Zariski, théorème de Giraud et foncteur faisceau associé, algèbres d'Azumaya et groupe de Brauer.

Keywords — product of topoi, locale product, Alexandrov topology, essential point, sober space, classifying topos, Gabriel–Ulmer duality, Giraud's theorem, Azumaya algebra

3–3

Le produit de deux topos (pages 3 à 8)

Dans tout ce qui suit, \(C\) et \(D\) sont de petits sites, \(\widehat{C}\) la catégorie des préfaisceaux d'ensembles sur \(C\) et \(\widetilde{C}\) celle des faisceaux ; \(i_{C} : \widetilde{C} \to \widehat{C}\) est l'inclusion, \(a_{C}\) son adjoint à gauche, le foncteur « faisceau associé », qui est exact à gauche.1 Les topos sont les topos de Grothendieck ; \(E\), \(F\) en désignent deux.

3–3

Quatre descriptions du même objet

La page 3 pose, sans le nommer autrement que par la lettre, l'objet \[ \Pi(E,F) \;=\; \bigl\{\, \varphi : E^{\circ} \to F \ \text{commutant aux limites} \,\bigr\}, \] et en donne aussitôt quatre lectures équivalentes :

La dernière description est celle qui porte tout : un objet du produit est une donnée locale à deux variables, locale séparément en chacune.

3–4

\(\Pi(E,F)\) est un topos

Proposition 1. \(\Pi(E,F)\) est un topos.

La démonstration est un emboîtement de sous-topos, et elle est complète. On peut supposer \(E = \widetilde{C}\), \(F = \widetilde{D}\) avec \(C\), \(D\) petites et stables par limites projectives finies.

  1. [a)] Topologies discrètes. Un bifaisceau sur \((\widehat{C}, \widehat{D})\) n'est astreint à rien, donc \[ \Pi(\widehat{C}, \widehat{D}) \;\simeq\; \widehat{C \times D}, \] qui est un topos.
  2. [b)] Un cran plus loin, \(\Pi(\widehat{C}, \widetilde{D}) \simeq \operatorname{Hom}(C^{\circ}, \widetilde{D})\), et l'inclusion \[ \Pi(\widehat{C}, \widetilde{D}) \hookrightarrow \Pi(\widehat{C}, \widehat{D}), \qquad \varphi \longmapsto i_{D} \circ \varphi, \] est le foncteur image directe d'un plongement de topos : son adjoint à gauche est \(\varphi \mapsto a_{D} \circ \varphi\), qui est exact à gauche puisque \(a_{D}\) l'est et que limites finies et composition se calculent argument par argument. Donc \(\Pi(\widehat{C}, \widetilde{D})\) est un sous-topos de \(\Pi(\widehat{C}, \widehat{D})\), et \(\Pi(\widetilde{C}, \widehat{D})\) aussi, par la raison symétrique.

Enfin \[ \Pi(\widetilde{C}, \widetilde{D}) \;=\; \Pi(\widetilde{C}, \widehat{D}) \,\cap\, \Pi(\widehat{C}, \widetilde{D}) \] à l'intérieur de \(\Pi(\widehat{C}, \widehat{D})\) : un bifaisceau est un faisceau en chaque variable, ce qui est exactement l'appartenance aux deux sous-topos à la fois. Or l'intersection de deux sous-topos est un sous-topos. Donc \(\Pi(E,F)\) est un topos.4

4–5

Fonctorialité

Pour deux morphismes de topos \(u : E \to E'\) et \(v : F \to F'\), on veut \(\Pi(u,v) : \Pi(E,F) \to \Pi(E',F')\). En termes de bifaisceaux, l'image directe est immédiate : \[ \Pi(u,v)_{*}(\varphi)(X',Y') \;=\; \varphi(u^{*}X',\, v^{*}Y'). \] La page laisse en regard « \(\Pi(u,v)^{*}(\varphi)(X,Y) \overset{?}{=}\) » sans la remplir.5

Que ce couple de foncteurs soit bien un morphisme de topos se ramène, en factorisant \(\Pi(E,F) \to \Pi(E,F') \to \Pi(E',F')\), au cas où l'un des deux morphismes est l'identité. Restent alors deux vérifications, dont la seconde est le cœur : sur \(\operatorname{Hom}(C, F) \to \operatorname{Hom}(C, F')\), le foncteur en jeu est \(\varphi \mapsto v_{*} \circ \varphi\), et son adjoint à gauche est \(\varphi \mapsto v^{*} \circ \varphi\), qui est exact à gauche puisque \(v^{*}\) l'est. C'est bien un morphisme de topos.6

5–8

C'est le 2-produit

Prenant pour \(v\) le morphisme \(F \to P\) vers le topos ponctuel et notant que \(\Pi(E,P) \simeq E\), on obtient deux projections canoniques \(\Pi(E,F) \to E\) et \(\Pi(E,F) \to F\), d'où un morphisme de topos \[ \Pi(E,F) \longrightarrow E \times_{\mathrm{top}} F, \] 2-fonctoriel en \(E\) et \(F\). C'est une équivalence, et c'est là le théorème : \(\Pi(E,F)\) « est » le 2-produit des topos \(E\) et \(F\).

La démonstration se réduit encore. On a vu que \(\Pi(\widetilde{C}, \widetilde{D})\) est l'intersection, dans \(\Pi(\widehat{C}, \widehat{D}) \simeq \widehat{C \times D}\), des images inverses des sous-topos \(\widetilde{C} \subset \widehat{C}\) et \(\widetilde{D} \subset \widehat{D}\) par les deux projections. Il suffit donc de savoir que \(\widehat{C \times D}\) est le 2-produit de \(\widehat{C}\) et \(\widehat{D}\), et cela résulte du calcul suivant : pour tout topos \(X\), \[ \operatorname{Hom}_{\mathrm{top}}(X, \widehat{C}) \;\simeq\; \operatorname{Hom}_{\mathrm{ex.g.}}(C, X)^{\circ}, \]\(\operatorname{Hom}_{\mathrm{ex.g.}}\) désigne les foncteurs exacts à gauche.7 On a alors \[ \operatorname{Hom}_{\mathrm{ex.g.}}(C, X) \times \operatorname{Hom}_{\mathrm{ex.g.}}(D, X) \;\simeq\; \operatorname{Hom}_{\mathrm{ex.g.}}(C \times D, X), \] qui est le point de fond : un foncteur exact à gauche \(w\) sur \(C \times D\) équivaut au couple \(\bigl(a \mapsto w(a, e_{D}),\ b \mapsto w(e_{C}, b)\bigr)\), de reconstitution \(w(a,b) \simeq u(a) \times v(b)\). La vérification que ce \(w\) est encore exact à gauche est le calcul que la page mène en marge, et il n'y a là de subtil qu'un point : les limites dans \(C \times D\) se calculent composante par composante, mais elles portent sur des diagrammes de couples et non sur les deux variables séparément — mise en garde que la page prend soin d'écrire.

Deux corollaires suivent :

  1. [a)] pour une famille \((C_{i})_{i \in I}\) de petites catégories à limites finies, \[ \prod_{i} \widehat{C_{i}} \;\simeq\; \widehat{\textstyle\prod'_{i} C_{i}}, \]\(\prod'\) est le produit restreint : la sous-catégorie pleine du produit formée des systèmes \((x_{i})\) tels que \(x_{i} \simeq e_{C_{i}}\) pour presque tout \(i\) ;
  2. [b)] si \(E'_{i} \subset E_{i}\) sont des sous-topos et \(E = \prod_{i} E_{i}\), alors \(\bigcap_{i} \mathrm{pr}_{i}^{-1}(E'_{i})\) est un 2-produit des \(E'_{i}\).

Corollaire. Le 2-produit d'une famille quelconque de topos existe toujours.8

9–9

Le produit d'espaces contre le produit de topos (pages 9 à 12)

Soient \(X\) et \(Y\) deux espaces topologiques, \(\mathcal{O}_{X}\) la catégorie (l'ensemble ordonné) de leurs ouverts. Le produit cartésien \(X \times Y\) porte sa topologie usuelle, dont les rectangles \(U \times V\) forment une base ; d'où un morphisme canonique de topos \[ (*) \qquad \operatorname{Top}(X \times Y) \longrightarrow \operatorname{Top}(X) \times_{\mathrm{top}} \operatorname{Top}(Y), \] et la question : quand est-ce une équivalence ?

La réponse ne va pas de soi, et c'est ce qui rend ces quatre pages intéressantes. Le membre de droite est, par ce qui précède, le topos des bifaisceaux sur \(\mathcal{O}_{X} \times \mathcal{O}_{Y}\) ; le membre de gauche est le topos des faisceaux sur \(X \times Y\). Les deux sont des topos de faisceaux sur le même site \(\mathcal{O}_{X} \times \mathcal{O}_{Y}\), mais pour deux topologies distinctes :9

Tout faisceau sur \(X \times Y\) est un bifaisceau, donc \(\pi'\) est plus fine que \(\pi\), et \((*)\) est un plongement de topos. Reste à savoir s'il est une équivalence, c'est-à-dire si \(\pi = \pi'\), c'est-à-dire enfin si tout recouvrement ensembliste \[ \bigcup_{i} U_{i} \times V_{i} \;=\; U \times V \qquad\text{entraîne}\qquad \operatorname*{Sup}_{i} U_{i} \times V_{i} \;=\; U \times V, \] le \(\operatorname{Sup}\) étant pris dans le treillis des sous-objets de \(U \times V\) dans le topos produit.10

9–10

Le critère, et sa démonstration

Proposition. Pour qu'il en soit ainsi, il suffit que tout point de \(U\) — ou tout point de \(V\) — admette un voisinage quasi-compact contenu dans l'ouvert.

Corollaire. Si tout point de \(X\) (ou de \(Y\)) admet un système fondamental de voisinages quasi-compacts, \((*)\) est une équivalence.

La démonstration tient en trois passages à la borne supérieure, et il vaut de la donner : elle est complète sur la page, et c'est le lemme du tube.

Pour \(x \in X\), soit \(U_{x} \subset U\) un voisinage quasi-compact de \(x\), et \(\mathring{U}_{x}\) son intérieur. Fixons \(y \in V\). Comme \(U_{x} \times \{y\}\) est quasi-compact, il est recouvert par un nombre fini des \(U_{i} \times V_{i}\), disons pour \(i \in I_{x,y}\) ; posons \(V_{x,y} = \bigcap_{i \in I_{x,y}} V_{i}\), voisinage ouvert de \(y\). On a alors \(U_{x} \subset \bigcup_{i \in I_{x,y}} U_{i}\) et \(V_{i} \supset V_{x,y}\) pour \(i \in I_{x,y}\), d'où, en posant \(S = \operatorname*{Sup}_{i \in I}(U_{i} \times V_{i})\) : \[ S \;\geqslant\; \operatorname*{Sup}_{i \in I_{x,y}}(U_{i} \times V_{i}) \;\geqslant\; \operatorname*{Sup}_{i \in I_{x,y}}(U_{i} \times V_{x,y}) \;=\; \Bigl(\operatorname*{Sup}_{i \in I_{x,y}} U_{i}\Bigr) \times V_{x,y} \;\geqslant\; \mathring{U}_{x} \times V_{x,y}. \] La seule égalité de cette chaîne est celle qui fait marcher tout l'argument : \(W \mapsto W \times V'\) commute aux bornes supérieures quelconques dans le produit de locales.11 Faisant maintenant varier \(y\), puis \(x\) : \[ S \;\geqslant\; \operatorname*{Sup}_{y \in V} \bigl(\mathring{U}_{x} \times V_{x,y}\bigr) = \mathring{U}_{x} \times V, \qquad S \;\geqslant\; \operatorname*{Sup}_{x \in U} \bigl(\mathring{U}_{x} \times V\bigr) = U \times V, \] puisque les \(V_{x,y}\) recouvrent \(V\) et les \(\mathring{U}_{x}\) recouvrent \(U\). D'où l'égalité cherchée.

10–11

Le sens réciproque

La page 10 poursuit par une réciproque, sous une hypothèse plus faible que la compacité locale : supposons que toute partie localement fermée non vide de \(X\) possède un point admettant, dans elle, un voisinage relatif quasi-compact. Alors \((*)\) est encore une équivalence.

L'argument est un argument de maximalité, et il faut le compléter d'un pas que la page passe. Soit \(U'\) le plus grand ouvert de \(U\) tel que \(S \geqslant U' \times V\) — il existe, la famille de ces ouverts étant stable par réunion et contenant \(\emptyset\). Supposons \(U' \neq U\). Alors \(Z = U \setminus U'\) est localement fermé et non vide, donc contient un point \(x\) admettant dans \(Z\) un voisinage relatif quasi-compact \(T\) ; soit \(U'' \subset U\) un ouvert contenant \(x\) avec \(U'' \cap Z \subset T\). Pour chaque \(y \in V\), la quasi-compacité de \(T\) donne une partie finie \(I_{y}\) avec \(T \subset \bigcup_{i \in I_{y}} U_{i}\), et \(V_{y} = \bigcap_{i \in I_{y}} V_{i}\) est un voisinage de \(y\) ; comme au paragraphe précédent, \[ S \;\geqslant\; \Bigl(\operatorname*{Sup}_{i \in I_{y}} U_{i}\Bigr) \times V_{y}. \] Or \(U'' \setminus U' \subset U'' \cap Z \subset T \subset \bigcup_{i \in I_{y}} U_{i}\), donc \(U'' \subset U' \cup \bigcup_{i \in I_{y}} U_{i}\), et comme par ailleurs \(S \geqslant U' \times V \geqslant U' \times V_{y}\), il vient \(S \geqslant (U' \cup U'') \times V_{y}\).12 Faisant varier \(y\), on obtient \(S \geqslant (U' \cup U'') \times V\), ce qui contredit la maximalité de \(U'\) puisque \(x \in U'' \setminus U'\). Donc \(U' = U\).

11–14

Produits infinis

Les pages 11 et 12 passent à une famille quelconque \((X_{i})_{i \in I}\), avec la conclusion suivante : si tous les facteurs sauf au plus un ont des systèmes fondamentaux de voisinages quasi-compacts, et si tous sauf au plus un sont quasi-compacts, alors \[ \operatorname{Top}\Bigl(\prod_{i \in I} X_{i}\Bigr) \longrightarrow \prod_{i}{}^{\mathrm{top}} \operatorname{Top}(X_{i}) \] est une équivalence.13

L'argument est le même, mené sur le produit restreint \(\prod' \mathcal{O}_{X_{i}}\) — les familles \((U_{i})\) avec \(U_{i} = X_{i}\) pour presque tout \(i\) — et sur \(I = \varinjlim_{\alpha} J_{\alpha}\), réunion filtrante de ses parties finies. Le cas fini étant acquis, on écrit \[ \prod_{i}{}^{\mathrm{top}} \operatorname{Top}(X_{i}) \;\simeq\; \varprojlim_{\alpha}{}^{\mathrm{top}} \operatorname{Top}\bigl(\textstyle\prod_{i \in J_{\alpha}} X_{i}\bigr) \;\simeq\; \bigl(\varinjlim_{\alpha} \mathcal{O}_{Z_{\alpha}}\bigr)^{\sim}, \] et l'on reprend le même dévissage : tout \(W\) du produit restreint est de la forme \(U \times Z'_{\alpha}\) avec \(Z'_{\alpha} = \prod_{i \notin J_{\alpha}} X_{i}\) quasi-compact, et une famille \((V_{\lambda})\) le recouvrant se raffine, en chaque point, sur un \(J_{\beta} \supset J_{\alpha}\) fini.

La page 14 aborde enfin les contre-exemples, avec tous les \(X_{i}\) discrets, écrit le système fondamental de voisinages \(V_{z} = \{z' \mid z'_{i} = z_{i}\ \text{hors d'une partie finie}\}\), se demande si ces \(V_{z}\) recouvrent pour \(\pi\) — et s'arrête, un point d'interrogation en marge.14

15–15

Limites filtrantes de topos essentiels (page 15)

Une note d'une page, indépendante de ce qui précède, et laissée inachevée.

Un morphisme de topos est dit essentiel lorsque son image inverse admet elle-même un adjoint à gauche. Pour les topos de préfaisceaux, ce sont exactement les morphismes provenant d'un foncteur entre les sites. Soit donc un système projectif filtrant de topos \(\widehat{C_{i}}\), dont les morphismes de transition \(\widehat{f}_{ij} : \widehat{C_{j}} \to \widehat{C_{i}}\) proviennent de foncteurs \(f_{ij} : C_{j} \to C_{i}\) admettant des adjoints à droite \(g_{ji} : C_{i} \to C_{j}\). Alors \[ \mathcal{X} \;=\; \varprojlim_{i}{}^{\mathrm{top}} \widehat{C_{i}} \;\simeq\; \widehat{C}, \qquad C = \operatorname*{colim}_{i, g} C_{i}, \] et les projections \(\mathrm{pr}_{i} : \mathcal{X} \to \widehat{C_{i}}\) sont associées aux foncteurs canoniques \(\alpha_{i} : C_{i} \to C\), avec \[ \mathrm{pr}_{i*}(F) = F \circ \alpha_{i}, \qquad \mathrm{pr}_{i}^{*}(G) = \alpha_{i!}(G), \] \(\alpha_{i!}\) désignant l'extension de Kan à gauche le long de \(\alpha_{i}\).15 16 Une limite filtrante de topos se calcule comme une colimite filtrante de sites : c'est l'énoncé, et l'hypothèse d'essentialité est ce qui permet de le lire au niveau des sites plutôt qu'à celui des topos.

17–17

Les foncteurs cocontinus sur un topos de faisceaux (pages 17 à 20)

La dernière note de cette série est la plus achevée, et c'est elle qui court jusqu'à la page 21. Soient \(C\) un site et \(E\) une catégorie où les petites colimites existent. On veut décrire les foncteurs \(u : \widetilde{C} \to E\) commutant aux petites colimites, à partir de leur seule restriction à \(C\).

17–18

L'adjonction

Notons \(\varepsilon_{C} = a_{C} \circ j_{0} : C \to \widetilde{C}\) le foncteur canonique (\(j_{0} : C \to \widehat{C}\) étant Yoneda), et posons \[ \alpha(u) = u \circ \varepsilon_{C}, \qquad \beta(u_{0}) = \Bigl[\, F \longmapsto \varinjlim_{C/F} u_{0}(X) \,\Bigr], \] deux foncteurs entre \(\operatorname{Hom}(\widetilde{C}, E)\) et \(\operatorname{Hom}(C, E)\).17

Deux morphismes fonctoriels s'écrivent alors sans effort. Le premier, \[ i_{u} : \beta\alpha(u) \longrightarrow u, \qquad \varinjlim_{C/F} u(\varepsilon_{C}X) \longrightarrow u(F), \] est déduit de l'isomorphisme canonique \(\varinjlim_{C/F} \varepsilon_{C}(X) \xrightarrow{\ \sim\ } F\) en lui appliquant \(u\). Le second, \[ j_{u_{0}} : u_{0} \longrightarrow \alpha\beta(u_{0}), \] envoie \(u_{0}(Z)\) dans \(\varinjlim_{C/\varepsilon_{C}(Z)} u_{0}(X)\) par la composante d'indice \(Z\) lui-même. Ce sont les morphismes d'adjonction d'une adjonction \(\beta \dashv \alpha\) : \(i\) en est la coünité, \(j\) l'unité.

Et l'on lit aussitôt sur eux la partie fixe de l'adjonction, au sens usuel :

L'adjonction se restreint donc en une équivalence entre ses deux parties fixes, et en particulier \(\alpha\) induit un foncteur pleinement fidèle \(\operatorname{Hom}'(\widetilde{C}, E) \to \operatorname{Hom}(C, E)\), où \(\operatorname{Hom}'\) désigne partout les foncteurs commutant aux petites colimites.

19–20

L'image essentielle, et la question du bas de page

Reste à décrire cette image essentielle, et c'est ici que les pages 19 et 20 prennent le détour qui porte. On identifie d'abord \(\operatorname{Hom}(C, E) \simeq \operatorname{Hom}'(\widehat{C}, E)\) — propriété universelle de \(\widehat{C}\) comme cocomplétion libre de \(C\) — ce qui transporte \(\alpha\) et \(\beta\) en \[ \alpha'(u) = u \circ a, \qquad \beta'(v) = v \mid \widetilde{C}, \] avec \(\beta'\alpha'(u) \simeq u\). La pleine fidélité de \(\alpha'\) tient à ce que \(\widetilde{C}\) est, par \(a\), une catégorie de fractions de \(\widehat{C}\) : \(\operatorname{Hom}(\widetilde{C}, E)\) s'identifie à la sous-catégorie pleine de \(\operatorname{Hom}(\widehat{C}, E)\) des foncteurs qui inversent les flèches que \(a\) inverse — les morphismes bicouvrants. Et la cocontinuité se transporte dans cette identification, par le calcul de la page 20 : si \(\mathcal{U} \circ a\) commute aux colimites, alors \[ \mathcal{U}\Bigl(\varinjlim_{\alpha}{}^{\widetilde{C}} X_{\alpha}\Bigr) = \mathcal{U}a\Bigl(\varinjlim_{\alpha}{}^{\widehat{C}} X_{\alpha}\Bigr) = \varinjlim_{\alpha} (\mathcal{U}a)(X_{\alpha}) = \varinjlim_{\alpha} \mathcal{U}(X_{\alpha}), \] puisque les colimites de \(\widetilde{C}\) sont celles de \(\widehat{C}\) suivies de \(a\).

D'où l'énoncé, qui est la conclusion de la note :

Théorème. \(\alpha'\) induit une équivalence de \(\operatorname{Hom}'(\widetilde{C}, E)\) sur la sous-catégorie pleine de \(\operatorname{Hom}(\widehat{C}, E)\) formée des foncteurs qui a) commutent aux petites colimites, et b) transforment les morphismes bicouvrants en isomorphismes.18

La page 20 s'achève sur une tentative d'affaiblissement. La condition b) est malcommode : elle porte sur \(\widehat{C}\) et non sur \(C\). Ne suffirait-il pas de demander que toute famille couvrante \(X_{\alpha} \to X\) aille sur une famille épimorphique de \(E\) ? « Cela est-il suffisant ? », écrit-il — et, en bas de page, au crayon, non.

Le « non » est juste. Une famille épimorphique ne contrôle que la surjectivité du morphisme de comparaison \(\varinjlim_{C/R} u_{0} \to u_{0}(X)\), alors que b) en demande la bijectivité : un crible couvrant \(R \subset X\) doit aller sur un isomorphisme, ce qui exige en outre le recollement, c'est-à-dire l'injectivité.19

21–21

La phrase interrompue (page 21)

La page 20 s'achevait sur une question — la condition « toute famille couvrante va sur une famille épimorphique » suffit-elle à caractériser les foncteurs cocontinus sur \(\widetilde{C}\) ? — et sur un « non » porté au crayon en bas de page. La page 21 en commence la démonstration : « soit \(F \to G\) dans \(\widehat{C}\), bicouvrant, prouvons que \(\widehat{u}_{0}(F) \to \widehat{u}_{0}(G)\) est un isomorphisme. On a … » La ligne suivante est entièrement raturée, et rien ne poursuit.

Nous n'y suppléons pas. La raison pour laquelle la réponse est négative a été donnée à sa place, plus haut : une famille épimorphique ne contrôle que la surjectivité du morphisme de comparaison, là où le caractère bicouvrant en demande la bijectivité.

23–23

Espaces essentiels et ensembles préordonnés (pages 23 à 26)

23–23

Le dictionnaire

Soit \(X\) un ensemble, \(\mathcal{T}(X)\) l'ensemble des topologies sur \(X\) et \(\underline{\omega}(X)\) celui des préordres. Deux constructions les relient, fonctorielles en \(X\) pour les images inverses.

D'une topologie à un préordre. On pose \[ x \leq y \iff x \in \overline{\{y\}} \] — le préordre de spécialisation : \(x\) est une spécialisation de \(y\), et \(y\) le point le plus générique des deux.20

D'un préordre à une topologie. On déclare ouvertes les parties stables vers le haut, \[ \mathrm{Ouv} = \{\, U \subset X \mid x \in U,\ x \leq y \Rightarrow y \in U \,\}, \] qui sont exactement les réunions quelconques des \(O_{x} = \{\, y \mid y \geq x \,\}\) ; les fermés sont les parties stables vers le bas. C'est ce qu'on appelle aujourd'hui la topologie d'Alexandrov du préordre, et \(O_{x}\) y est le plus petit voisinage ouvert de \(x\).

Une application entre espaces topologiques qui est continue est croissante ; une application entre préordres qui est croissante est continue pour les topologies associées. D'où deux foncteurs, et deux morphismes fonctoriels :

Ce sont les morphismes d'adjonction d'une adjonction \(\beta \dashv \alpha\) : \[ \operatorname{Hom}_{(\mathrm{Esp})}(\beta I, X) \;\simeq\; \operatorname{Hom}_{(\text{Préord})}(I, \alpha X). \]

24–24

Ce que le dictionnaire attrape

\(\sigma\) étant un isomorphisme, \(\beta\) est pleinement fidèle : les préordres forment une sous-catégorie coréflexive de celle des espaces. Son image essentielle est décrite exactement :

Corollaire. \(\beta\) est pleinement fidèle, et son image essentielle est formée des espaces où tout point \(x\) possède un plus petit voisinage ouvert \(O_{x}\) — de façon équivalente, où toute intersection d'ouverts est ouverte.

La seule chose à vérifier est que \(O_{x}\), lorsqu'il existe, coïncide avec \(\{y \mid y \geq x\}\), et cela tient en une ligne : \(y \in O_{x}\) signifie que tout ouvert contenant \(x\) contient \(y\), c'est-à-dire \(x \in \overline{\{y\}}\). Ces espaces sont ceux qu'on appelle aujourd'hui d'Alexandrov ; le manuscrit les dira essentiels, pour une raison qui apparaîtra plus bas.21

Deux compléments de la même page :

25–26

Points, points génériques, points essentiels

La page 25 poursuit sur les fermés irréductibles. Pour \(X\) d'Alexandrov, \(X\) est irréductible si et seulement si deux ouverts non vides se rencontrent, c'est-à-dire si et seulement si l'ensemble ordonné est filtrant, et les fermés irréductibles sont donc les parties \(Y\) qui sont a) stables vers le bas et b) filtrantes.24 On retrouve ainsi le sobrifié \(\widetilde{X}\) — l'ensemble des fermés irréductibles, ordonné — et l'application canonique \[ x \longmapsto \overline{\{x\}} = \{\, y \mid y \leq x \,\}, \qquad X \longrightarrow \widetilde{X}, \] qui s'identifie au foncteur canonique \(\underline{X} \to \mathrm{Pro}(\underline{X})\) et à l'application de \(X\) dans l'espace sobre associé.

Un point générique d'un fermé irréductible \(Y\) est alors un plus grand élément de \(Y\), et la page 26 énumère les conditions équivalentes :

  1. [\(\alpha\))] \(X \to \widetilde{X}\) est surjective ;
  2. [\(\beta\))] toute partie fermée filtrante de \(X\) a un plus grand élément ;
  3. [\(\gamma\))] toute suite croissante de \(X\) est stationnaire ;
  4. [\(\delta\))] tout point de \(\widetilde{X}\) est essentiel.

\(\alpha\)) et \(\beta\)) sont deux façons de dire la même chose. L'équivalence avec \(\gamma\)) tient à ce qu'un ensemble filtrant sans élément maximal contient une suite strictement croissante, et qu'un ensemble filtrant avec un élément maximal a celui-ci pour plus grand élément.25 Quant à \(\delta\)), il repose sur ce que la page note en marge, d'un trait et d'un point d'exclamation : l'image de \(X\) dans \(\widetilde{X}\) est exactement l'ensemble des points essentiels de \(\widetilde{X}\).

Un point essentiel d'un topos est un point dont le foncteur image inverse — le foncteur fibre — admet lui-même un adjoint à gauche ; pour un espace, c'est un point qui a un plus petit voisinage ouvert, et c'est encore un point dont le foncteur fibre commute aux produits quelconques.26

La page 26 clôt le dictionnaire par sa forme la plus forte. Pour un topos \(E\), sont équivalentes :

  1. [\(\alpha\))] \(E\) est équivalent à la fois à un \(\operatorname{Top}(X)\) et à un \(\widehat{C}\) ;
  2. [\(\beta\))] \(E \simeq \operatorname{Top}(X)\) avec \(X\) d'Alexandrov ;
  3. [\(\gamma\))] \(E \simeq \widehat{I}\) avec \(I\) un ensemble ordonné ;
  4. [\(\delta\))] \(E\) est engendré par les sous-objets de son objet final, et a suffisamment de points essentiels.

Un tel \(E\) est appelé espace topologique essentiel, et l'on a des équivalences de 2-catégories entre les topos spatiaux essentiels, les préordres et les espaces d'Alexandrov. Deux tests accompagnent l'énoncé : \(\widehat{C}\) est de ce type si et seulement si \(C\) est préordonnée ; \(\operatorname{Top}(X)\) l'est si et seulement si l'ensemble des points essentiels de \(X\) est très dense.27

28–28

Le produit, du côté des treillis (page 28)

Un feuillet isolé, dont la moitié supérieure porte un calcul de quaternions et de formules de duplication trigonométriques sans aucun rapport — le dossier est fait de papiers réemployés. Le bas de la page revient au produit des pages 9 à 12, et en donne la face manquante.

Soient \(\sigma\) un treillis à bornes supérieures quelconques et bornes inférieures finies distributives par rapport à elles — un cadre, dirait-on aujourd'hui — et \(\alpha : \mathcal{O}_{X} \to \sigma\), \(\beta : \mathcal{O}_{Y} \to \sigma\) deux morphismes de cadres. La question est de savoir si le couple \((\alpha,\beta)\) provient d'un unique morphisme \(\gamma\) défini sur les ouverts de \(X \times Y\).

L'injectivité est immédiate : \(\gamma\) est connu dès que l'on connaît \(\gamma(U \times V) = \alpha(U) \wedge \beta(V)\), puisque tout ouvert de \(X \times Y\) est borne supérieure de rectangles. Pour la surjectivité, on pose \[ \gamma(W) \;=\; \operatorname*{Sup}_{U \times V \subset W} \alpha(U) \wedge \beta(V), \] et tout revient à vérifier que \(\gamma\) commute aux bornes inférieures finies. Le calcul de la page est complet et correct : \[ \gamma(W) \wedge \gamma(W') = \operatorname*{Sup}_{\substack{U \times V \subset W \\ U' \times V' \subset W'}} \alpha(U \cap U') \wedge \beta(V \cap V') = \gamma(W \cap W'), \] la première égalité par distributivité dans \(\sigma\) et parce que \(\alpha\), \(\beta\) commutent aux intersections finies, la seconde parce que \((U \cap U') \times (V \cap V')\) est bien contenu dans \(W \cap W'\) et que tout rectangle contenu dans \(W \cap W'\) est de cette forme. Reste \(\gamma(X \times Y) = \alpha(X) \wedge \beta(Y) = 1\), et le calcul \(\gamma(X' \times Y) = \alpha(X')\) que la page mène en supposant \(Y \neq \emptyset\).

C'est donc oui, et l'objet ainsi caractérisé est le produit de locales \(\mathcal{O}_{X} \otimes \mathcal{O}_{Y}\) : le treillis des ouverts du produit de topos, celui que les pages 9 à 12 appelaient la topologie \(\pi\).28

30–30

Un lemme sur les algèbres d'Azumaya (pages 30 à 32)

Ce lemme n'a rien à voir avec le reste du dossier, et il faut le prendre pour ce qu'il est : une page d'algèbre, rangée là par accident de classement.

Soit \(E\) un topos localement annelé. On considère deux catégories fibrées sur \(E\) :

Lemme. Le foncteur \[ F : (\mathcal{G}, \mathcal{E}) \longmapsto \bigl(\underline{\operatorname{End}}(\mathcal{G}),\ \mathcal{E},\ \mathcal{G} \otimes \mathcal{E},\ \varphi_{\mathcal{G},\mathcal{E}}\bigr) \] — où \(\varphi_{\mathcal{G},\mathcal{E}}\) est l'isomorphisme canonique \(\underline{\operatorname{End}}(\mathcal{G}) \otimes \underline{\operatorname{End}}(\mathcal{E}) \simeq \underline{\operatorname{End}}(\mathcal{G} \otimes \mathcal{E})\) — est une équivalence.29

30–32

La démonstration

Elle procède par dévissage sur les rangs, ce qui est l'idée juste : \(F\) provient d'un morphisme de champs \(\underline{C} \to \underline{C}'\), et il suffit de prouver que celui-ci est une équivalence. En décomposant selon les rangs, \[ \underline{C} \simeq \coprod_{g,e} \underline{C}_{g,e}, \qquad \underline{C}' \simeq \coprod_{a,e,f} \underline{C}'_{a,e,f}, \] le foncteur induit est \(F_{g,e} : \underline{C}_{g,e} \to \underline{C}'_{g^{2},\,e,\,ge}\).30 On est ramené à prouver que chaque \(F_{g,e}\) est une équivalence, et comme il s'agit de champs en groupoïdes, cela se scinde en deux vérifications : deux objets sont localement isomorphes, et \(F\) est bijectif sur les automorphismes.

La première est le point où le vocabulaire hésite. La page écrit « \(\underline{C}_{g,e}\) est une gerbe (liée par \(Gl(e) \times Gl(g)\)) », puis barre entièrement les deux lignes et reprend : « c'est essentiellement un champ en groupoïdes, donc reste à prouver que deux objets sont localement isomorphes ».31 La vérification elle-même est courte : deux isomorphismes \(\varphi, \varphi'\) diffèrent par un automorphisme de \(\underline{\operatorname{End}}(\mathcal{F})\), lequel est localement intérieur, donc provient localement d'un automorphisme de \(\mathcal{F}\).

Pour la seconde, un automorphisme \((u,v)\) de \(\xi = (\mathcal{G}, \mathcal{E})\) a pour image \(\bigl(\underline{\operatorname{End}}(u),\ v,\ u \otimes v\bigr)\). L'injectivité est immédiate : \(v\) est lu directement, \(u \otimes v\) aussi, d'où \(u\) puisque \(\mathcal{E}\) est partout non nul. Pour la surjectivité, on part d'un automorphisme \(\tau = (\lambda, v, w)\) de \(\xi'\), dont la compatibilité s'écrit

LaTeX source
\begin{tikzcd}[column sep=large]
\underline{\operatorname{End}}(\mathcal{G}) \otimes \underline{\operatorname{End}}(\mathcal{E}) \arrow[r, "\varphi"] \arrow[d, "\lambda \otimes \underline{\operatorname{End}}(v)"'] & \underline{\operatorname{End}}(\mathcal{G} \otimes \mathcal{E}) \arrow[d, "\underline{\operatorname{End}}(w)"] \\
\underline{\operatorname{End}}(\mathcal{G}) \otimes \underline{\operatorname{End}}(\mathcal{E}) \arrow[r, "\varphi"'] & \underline{\operatorname{End}}(\mathcal{G} \otimes \mathcal{E})
\end{tikzcd}

et il s'agit de trouver localement \(u\) avec \(\lambda = \underline{\operatorname{End}}(u)\) et \(w = u \otimes v\). Le premier point est encore le caractère localement intérieur de \(\lambda\) ; quitte à composer par \(F(u,v)^{-1}\), on peut donc supposer \(\lambda = \mathrm{id}\), et il reste à voir que \(w = \mathrm{id}_{\mathcal{G}} \otimes v\). La commutativité donne \[ w\,(\mathrm{id}_{\mathcal{G}} \otimes X)\,w^{-1} = \mathrm{id}_{\mathcal{G}} \otimes v X v^{-1} \qquad \text{pour tout endomorphisme } X \text{ de } \mathcal{E}, \] c'est-à-dire que \(w\,(\mathrm{id} \otimes v)^{-1}\) centralise le facteur \(\mathrm{id}_{\mathcal{G}} \otimes \underline{\operatorname{End}}(\mathcal{E})\) — et la page devient ici trop surchargée pour être suivie.32

35–35

Espèces de structure et types de limites (pages 35 à 39)

L'autre manuscrit, celui des pages impaires. Il prend les théories elles-mêmes pour objets, et sa question finale est de savoir si les corps en forment une.

35–35

Une espèce de structure comme foncteur

Soit \(T\) une espèce de structure définie par limites projectives finies (resp. quelconques) sur une famille d'ensembles de base \((E_{i})_{i \in I}\), \(I\) fixé. Pour toute catégorie \(C\) à limites finies, on dispose de la catégorie \(T(C)\) des structures d'espèce \(T\) dans \(C\), et du foncteur « famille d'objets sous-jacente » \[ \varphi^{T}_{C} : T(C) \longrightarrow C^{I} ; \] pour tout foncteur \(u : C \to C'\) commutant aux limites finies, un \(T(u) : T(C) \to T(C')\) au-dessus de \(u^{I}\). Ces données étant fonctorielles, \(T\) est un foncteur \[ T : L_{0} = (\mathrm{Cat} \text{ à } \varprojlim \text{ finies}) \longrightarrow \mathrm{Cat}, \] d'où une catégorie fibrée \(\mathcal{T}\) munie de \(\varphi^{T} : \mathcal{T} \to \mathcal{T}_{I}\).33 Pour deux espèces \(T\), \(T'\) on définit \(\underline{\operatorname{Hom}}_{L}(T,T')\), et si elles portent le même \(I\), la catégorie \(\underline{\operatorname{Hom}}_{L}(I;T,T')\) des homomorphismes munis d'une donnée de compatibilité entre \(\varphi^{T}\) et \(\varphi^{T'}\).

37–37

Quand la théorie est représentable

La page 37 pose la condition qui donne à tout cela sa forme définitive. Supposons \(T\) 2-représentable : il existe \(\beta^{T}\), catégorie à limites, telle que \[ T(C) \;\simeq\; \underline{\operatorname{Hom}}_{\varprojlim}(\beta^{T},\, C) \qquad \text{pour toute } C \text{ à limites.} \] Alors trois choses suivent.

  1. [a)] \(\beta^{T}\) est unique à équivalence près, et l'équivalence unique à isomorphisme unique près.
  2. [b)] Pour toute catégorie 2-cofibrée \(\mathcal{F}\) sur \((\mathrm{Cat}\ \varprojlim)\), on a \(\underline{\operatorname{Hom}}(T, \mathcal{F}) \simeq \mathcal{F}(\beta)\) ; en particulier, si \(\mathcal{F}\) est définie par une espèce \(T'\), \[ \underline{\operatorname{Hom}}(T, T') \;\simeq\; T'(\beta). \]
  3. [c)] En prenant pour \(T'\) l'espèce « ensemble de base sans structure », pour laquelle \(T'(\beta) = \beta\), on trouve \[ \beta \;=\; \underline{\operatorname{Hom}}(T,\, i) \;=\; \Gamma^{T}. \]

Ce dernier énoncé est le cœur du fragment, et il vaut d'être dit en clair : la théorie se retrouve comme la catégorie de ses propres opérations naturelles. \(\Gamma^{T}\) est ce que toute structure d'espèce \(T\) sait fabriquer, uniformément en la structure ; l'énoncé dit que cela suffit à reconstituer la théorie.34

39–39

Les corps forment-ils une espèce de structure ? (page 39)

Vient enfin la question qui occupe la fin du manuscrit, et qui est posée avec une netteté remarquable.

L'espèce de structure « anneau commutatif » est définie par limites finies ; notons \(\lambda_{0}\) le type correspondant. Fixons pour tout le dossier la notation : un type \(\lambda\) est un couple \(\lambda = (\underleftarrow{\lambda}, \underrightarrow{\lambda})\) formé d'une classe de types de diagrammes dont on exige les limites et d'une classe dont on exige les colimites ; \(\mathrm{Cat}_{\lambda}\) est la 2-catégorie des catégories qui les possèdent et des foncteurs qui y commutent ; et tout \(\lambda\) recevant \(\lambda_{0}\) définit une espèce \(T_{\lambda}\).

Question. Pour quels \(\lambda\) existe-t-il un sous-type plein \(T^{*}_{\lambda}\) — c'est-à-dire \(T^{*}_{\lambda}(C) \to T_{\lambda}(C)\) pleinement fidèle pour tout \(C\) — tel que, pour \(C = (\mathrm{Ens})\), on retrouve exactement la catégorie des corps commutatifs ? Et un tel sous-type est-il unique ?

La machinerie de réponse est en place dès cette page. \(T_{\lambda}\) est \(\lambda\)-représentable par la sous-catégorie pleine \(S^{T}_{\lambda}\) de \((\mathrm{Ann})\) engendrée, par les colimites de type \(\lambda\), par l'objet libre à un générateur \(\mathbb{Z}[t]\) ; et les sous-types pleins de \(T_{\lambda}\) correspondent aux catégories de fractions de \(S^{T}_{\lambda}\) par un ensemble \(M\) de flèches stable par composition et par les colimites de type \(\lambda\). La traduction de la condition « les modèles ensemblistes sont les corps » est alors : \[ M \;=\; \bigl\{\, u : A \to B \ \bigm|\ \operatorname{Hom}(B,k) \xrightarrow{\ \sim\ } \operatorname{Hom}(A,k) \ \text{pour tout corps } k \,\bigr\}, \] c'est-à-dire, géométriquement, les morphismes de schémas affines \(X \to Y\) tels que \(X(k) \simeq Y(k)\) pour tout corps \(k\) — les morphismes bijectifs à extensions résiduelles triviales. Cet ensemble de flèches est manifestement stable par composition et par colimites de type \(\lambda\), et il le serait pour n'importe quelle sous-catégorie de \((\mathrm{Ann})\).

L'unicité est acquise dès que \(\underrightarrow{\lambda} = \emptyset\). Reste l'existence, et la page ouvre l'énumération des cas : a) si \(\lambda = \lambda_{0}\), il n'existe pas de tel sous-type — la démonstration est page 41, qui reprend l'énumération là où celle-ci l'abandonne.35

41–41

Les corps sont-ils une espèce de structure ? (page 41)

Cette page reprend l'argument de la page 39 — la page 40 qui les sépare physiquement appartient à l'autre manuscrit — mais elle ne s'y raccorde pas mot à mot : son premier membre de phrase, « … des corps) », appartient à un feuillet qui n'est pas dans le dossier. Ce qui se poursuit d'une page à l'autre est l'énumération des cas, non la phrase.36

Rappelons la mise en place. Un type est un couple \(\lambda = (\underleftarrow{\lambda}, \underrightarrow{\lambda})\) — les diagrammes dont on exige les limites, ceux dont on exige les colimites ; \(T\) est l'espèce de structure « anneau commutatif », de type \(\lambda_{0}\) ; \(S^{T}_{\lambda}\) est la sous-catégorie pleine de \((\mathrm{Ann})\) engendrée par \(\mathbb{Z}[t]\) sous les colimites de type \(\lambda\) ; et l'on cherche un sous-type plein \(T^{*}_{\lambda}\) dont les modèles ensemblistes soient les corps. Le critère est celui qu'énonce la première phrase de la page :

La question a une solution affirmative si et seulement si tout anneau \(\mathcal{C}\) qui rend bijective l'application \(\operatorname{Hom}(B,\mathcal{C}) \to \operatorname{Hom}(A,\mathcal{C})\) pour toute flèche \(u : A \to B\) de \(M\), est un corps.

\(M\) désignant, comme à la page 39, l'ensemble des flèches que tout corps inverse.

41–41

a) Avec les seuls moyens qui définissent les anneaux : non

Si \(\lambda = \lambda_{0}\), la catégorie \(S^{T}_{\lambda}\) se réduit aux anneaux de polynômes \(\mathbb{Z}[t_{1}, \ldots, t_{n}]\), et une flèche entre deux d'entre eux qui induit une bijection sur les \(k\)-points pour tout corps \(k\) est un isomorphisme — la page invoque là le théorème principal de Zariski.37 Donc \(M\) est réduit aux isomorphismes ; tout anneau inverse \(M\) ; le critère demanderait que tout anneau soit un corps. Absurde : il n'existe pas de tel sous-type.

41–41

b) Avec la localisation en plus : oui

Supposons maintenant que \(S^{T}_{\lambda}\) contienne, à côté de \(\mathbb{Z}[t]\), l'anneau \(\mathbb{Z}[t,t^{-1}]\) — ce qui a lieu dès que \(\lambda\) autorise toutes les limites finies de schémas affines, auquel cas \(S^{T}_{\lambda}\) est la catégorie des anneaux de type fini sur \(\mathbb{Z}\).38 Considérons alors la flèche canonique \[ u_{0} : \mathbb{Z}[t] \longrightarrow \mathbb{Z}[t,t^{-1}] \times \mathbb{Z}, \qquad t \longmapsto (t,\,0), \] et notons que le but est de présentation finie : \(\mathbb{Z}[t,t^{-1}] \times \mathbb{Z} \simeq \mathbb{Z}[x,y] \big/ \bigl(x(xy-1),\, y(xy-1)\bigr)\), l'idempotent \(e = xy\) découpant les deux facteurs.39

Appliquons \(\operatorname{Hom}(-,\mathcal{C})\). Un homomorphisme d'un produit d'anneaux dans \(\mathcal{C}\) équivaut à une décomposition \(\mathcal{C} = \mathcal{C}_{1} \times \mathcal{C}_{2}\) — c'est-à-dire à un idempotent, c'est-à-dire à une partition de \(\operatorname{Spec}\mathcal{C}\) en deux ouverts-fermés — accompagnée d'un élément inversible \(\varepsilon \in \mathcal{C}_{1}^{\times}\) ; et \(u_{0}\) l'envoie sur l'élément \((\varepsilon, 0)\) de \(\mathcal{C}\). La transformée de \(u_{0}\) est donc \[ \coprod_{\mathcal{C} = \mathcal{C}_{1} \times \mathcal{C}_{2}} \mathcal{C}_{1}^{\times} \longrightarrow \mathcal{C}, \] et elle est bijective si et seulement si \(\mathcal{C}\) est un corps : tout élément doit s'écrire, d'une seule manière, comme inversible sur une pièce et nul sur la pièce complémentaire — ce qui force \(\operatorname{Spec} \mathcal{C}\) connexe, c'est-à-dire \(\mathcal{C}\) sans idempotent non trivial, et tout élément inversible ou nul.40

En particulier \(u_{0}\) appartient à \(M\), et à lui seul il force le critère : tout anneau inversant \(M\) est un corps. Le sous-type existe. La réponse du dossier n'est donc pas un refus mais une ligne de partage — les corps échappent aux moyens qui définissent les anneaux, et sont récupérés dès qu'on ajoute la localisation.41

43–43

Catégories \(\lambda\)-abstraites (pages 43, 45, 47)

Les trois pages impaires suivantes reprennent la machinerie des pages 35 et 37 — une espèce de structure \(T\), la catégorie \(T(C)\) de ses modèles dans \(C\), le foncteur d'oubli \(b^{T}_{C} : T(C) \to C^{I}\) — et la poussent jusqu'à un énoncé de reconstitution.

43–43

Une page de travail

La page 43 est un feuillet de notes : le carré comparant \(\mathrm{Cat}_{\lambda}\) et \(\mathrm{Cat}_{\lambda'}\) pour \(\lambda \subset \lambda'\), le carré 2-cartésien \[ \operatorname{Hom}_{\lambda}(R, C) \hookrightarrow \operatorname{Hom}_{\lambda}(R, \widehat{C}\,) \quad\text{au-dessus de}\quad C^{I} \hookrightarrow \widehat{C}^{\,I}, \] et une liste de cinq questions ouvertes qu'il vaut de garder telle quelle : rigidité de \(R_{T}\) ; existence des colimites de type \(\lambda\) dans \(T(C)\) ; existence des limites ; existence d'un adjoint au foncteur d'oubli \(\varphi : T(\mathrm{Ens}) \to (\mathrm{Ens})^{I}\) lorsque \(\lambda\) est formé de diagrammes finis ; et enfin \[ R_{T} \;\overset{?}{\simeq}\; \operatorname{Hom}_{\lambda} \bigl((T(\mathrm{Ens}))_{\circ},\, (\mathrm{Ens})\bigr), \] avec deux points d'interrogation de sa main.42

45–45

La reconstitution

La page 45 pose les hypothèses. Soit \(T\) une catégorie \(\lambda\)-abstraite sur \(\mathrm{Cat}_{\lambda}\), munie de ses foncteurs \(b^{T}_{C} : T(C) \to C^{I}\), et supposons :

  1. [a)] pour tout foncteur pleinement fidèle \(C \to C'\) dans \(\mathrm{Cat}_{\lambda}\), \(T(i) : T(C) \to T(C')\) est pleinement fidèle, et le carré qu'il forme avec les \(b^{T}\) est 2-cartésien — il suffit de l'exiger pour \(C \hookrightarrow \widehat{C}\) ;
  2. [b)] pour tout \(C\), le foncteur canonique \[ T(\widehat{C}\,) \longrightarrow \operatorname{Hom}_{\lambda}(C^{\circ}, S), \qquad S \overset{\text{déf}}{=} T(\mathrm{Ens}), \] est une équivalence de catégories.43

Alors \(T(C)\) se reconstitue à partir de deux données seulement : la catégorie \(S\) des modèles ensemblistes, et la famille \(\beta = (\beta_{i})_{i \in I}\) des foncteurs fibres \(\beta_{i} : S \to (\mathrm{Ens})\). Précisément, \[ T(C) \;=\; \bigl\{\, \varphi : C^{\circ} \to S \ \text{dans} \ \operatorname{Hom}_{\lambda} \ \bigm| \ \beta_{i} \circ \varphi \ \text{représentable pour tout } i \,\bigr\}, \] sous-catégorie pleine de \(\operatorname{Hom}_{\lambda}(C^{\circ}, S)\).44

Reste à identifier la théorie elle-même. Soit \(R\) la sous-catégorie pleine de \(\operatorname{Hom}_{\lambda}(S, (\mathrm{Ens}))\) formée des \(\psi\) tels que \(\psi \circ \xi\) soit représentable pour tout \(C\) et tout \(\xi \in T(C)\) : elle est stable par les limites de type \(\underleftarrow{\lambda}\), et l'on dispose d'un accouplement \(T(C) \times R \to C\), d'où \[ T(C) \longrightarrow \operatorname{Hom}_{\lambda}(R, C). \] À quelle condition est-ce une équivalence ? Deux conditions sont nécessaires, et ce sont elles qui donnent sa forme finale à l'énoncé :

  1. [a)] \(R\) doit être formé de foncteurs représentables, c'est-à-dire \(R \simeq \Sigma^{\circ}\) pour une sous-catégorie pleine \(\Sigma \subset S\) — la donnée de \(R\) équivaut alors à celle de \(\Sigma\) ;
  2. [b)] \(\Sigma\) doit engendrer \(S\), au sens où \(S \to \operatorname{Hom}(\Sigma^{\circ}, (\mathrm{Ens})) = \widehat{\Sigma}\) est pleinement fidèle.

47–47

La forme finale

La page 47 prend \(\lambda\) = l'ensemble des types de diagrammes finis et énonce le résultat dans l'autre sens : on part de \(\Sigma\) et l'on fabrique \(S\). Soient donc \(\Sigma\) une catégorie stable par limites de type \(\lambda\), \(R = \Sigma^{\circ}\), et \[ S \;=\; \operatorname{Hom}_{\underrightarrow{\lambda}}(R, \mathrm{Ens}), \qquad \Sigma \;\subset\; S \;\subset\; \widehat{\Sigma}, \] les foncteurs sur \(R\) commutant aux colimites de type \(\underrightarrow{\lambda}\).45 Alors :

  1. [a)] \(S\) admet des colimites quelconques ;
  2. [b)] pour toute catégorie \(\mathcal{T}\) à colimites quelconques, la restriction \[ \operatorname{Hom}_{\underrightarrow{\lambda}}(\Sigma, \mathcal{T}) \xrightarrow{\ \sim\ } \operatorname{Hom}_{\lambda'}(S, \mathcal{T}) \] est une équivalence, \(\operatorname{Hom}_{\lambda'}\) désignant les foncteurs cocontinus ;
  3. [c)] \(S\) est engendré par \(\Sigma\) sous les colimites.

Autrement dit : \(S\) est la cocomplétion libre de \(\Sigma\) respectant les colimites que \(\Sigma\) possède déjà, et \(\Sigma\) s'y retrouve comme la sous-catégorie des objets de présentation finie. La théorie \(R = \Sigma^{\circ}\) et la catégorie de modèles \(S\) se déterminent donc l'une l'autre, et la correspondance est celle des propriétés universelles.46

34–34

Notes de cours : les topos contre les espaces (pages 34 à 40)

À partir d'ici, deux manuscrits alternent. Les pages paires — 34, 36, 38, 40, puis 42, 44, 46 et 48 — portent des notes de cours sur les topos ; les pages impaires, un tout autre sujet, repris plus bas.

Ces pages-ci sont écrites en anglais. Ce qui suit n'en est pas une traduction mais une restatement en français, comme tout le reste de cette édition ; qui veut les mots de la page ira à la transcription, qui suit la langue du feuillet.47

34–34

Ce que \(\operatorname{Top}(X)\) retient de \(X\)

Le cours part d'un rappel — images directes et inverses, foncteur fibre comme image inverse, faisceaux à structures algébriques, définis par limites finies et préservés en sens contraire par les deux images — puis pose sa thèse : la catégorie \(\operatorname{Top}(X)\) contient toute l'information topologique exploitable sur \(X\). La liste qui l'appuie vaut d'être gardée telle quelle : les faisceaux à structures algébriques, la notion de champ sur \(X\), la connexité, la cohomologie et l'homotopie, le rapport entre \(\pi_{1}\) et les revêtements, l'algèbre homologique non commutative de \(H^{1}\), la connexité locale, la totale discontinuité, la quasi-compacité, et les opérations sur les espaces (sommes, sommes amalgamées) telles que les opérations sur les topos les reflètent.

Le point technique est le suivant. Notons \(\mathrm{Fib}(E)\) l'ensemble des classes d'isomorphie de foncteurs fibres généralisés. Pour \(E = \operatorname{Top}(X)\), il s'identifie à l'ensemble \(\widetilde{X}\) des fermés irréductibles de \(X\), muni de la topologie évidente, et l'application canonique est \(x \mapsto \overline{\{x\}}\). D'où trois équivalences, que la page énonce avec la précision qui manquait à la page 24 :

Enfin \(X \mapsto \widetilde{X}\) est l'adjoint à gauche de l'inclusion des espaces sobres dans les espaces : \[ \operatorname{Hom}_{\mathrm{Sp}}(X,\, i Z) \;\simeq\; \operatorname{Hom}_{\mathrm{Sp\ sob}}(\widetilde{X},\, Z), \] c'est-à-dire que \(X \to \widetilde{X}\) est l'application universelle de \(X\) dans un espace sobre.48

36–36

Pourquoi les topos

« En d'autres termes, \(X\) et \(\widetilde{X}\) ont la même théorie des faisceaux » : pour tous les usages pratiques, ou presque, on peut remplacer l'un par l'autre. De même l'application \[ \operatorname{Hom}_{\mathrm{Sp}}(X, Y) \longrightarrow \operatorname{Hom}_{\mathrm{top}}\bigl(\operatorname{Top}(X), \operatorname{Top}(Y)\bigr) \] est bijective dès que \(Y\) est sobre, la catégorie de droite étant rigide et associée à l'ordre de spécialisation.

Puis vient la seule page du dossier où Grothendieck dise ce qu'il cherche, et elle mérite d'être suivie de près. Pourquoi la notion de topos est-elle une généralisation naturelle et utile de celle d'espace ?

  1. [a)] parce que c'est le cadre naturel de la plupart des structures algébriques, et de bien des structures non algébriques ;
  2. [b)] parce que, à ce titre, elle permet de construire des topos classifiants pour ces structures — peut-être pour toutes : « algèbre \(=\) topologie ! » ;49
  3. [c)] parce que la classe des topos est stable par des opérations qui, dans les espaces, n'auraient pas de sens : le passage au quotient par des relations d'équivalence sauvages, dont le quotient topologique serait pathologique, et le recollement de morceaux à la manière d'Artin ;
  4. [d)] parce qu'ils apparaissent d'eux-mêmes, comme topos modulaires, dans diverses questions de géométrie ;
  5. [e)] parce qu'ils fournissent le cadre le plus commode partout où l'on passe systématiquement au quotient ;
  6. [f)] parce qu'ils donnent son aboutissement à la notion intuitive de localisation ;
  7. [g)] parce qu'ils sont l'outil technique des théories cohomologiques en géométrie algébrique.

L'ordre de cette liste est à noter : la géométrie algébrique, qui est le motif historique, y vient en dernier.

38–40

Spécialisations, générateurs, et la question laissée ouverte

La page 38 revient sur le lien entre \(X\) et \(\operatorname{Top}(X)\) par les spécialisations. Si \(x \in \overline{\{y\}}\), tout voisinage de \(y\) contient \(x\), d'où un homomorphisme fonctoriel de foncteurs fibres \(F_{x} \to F_{y}\), et donc un foncteur de \(X\) ordonné par la spécialisation vers \(\mathrm{Fib}(\operatorname{Top}(X))\).

Proposition. Ce foncteur est pleinement fidèle : \(\operatorname{Hom}(\xi_{x}, \xi_{y})\) est vide si \(x \not\leq y\), et réduit à l'homomorphisme de spécialisation sinon.

Corollaire. C'est une équivalence si et seulement si \(X \to \widetilde{X}\) est surjective — en particulier si \(X\) est sobre.

De même, l'ensemble ordonné des applications continues \(X \to Y\), pour l'ordre \(f \leq g\) lorsque \(f(x) \in \overline{\{g(x)\}}\) pour tout \(x\), se plonge pleinement fidèlement dans \(\underline{\operatorname{Hom}}\bigl( \operatorname{Top}(X), \operatorname{Top}(Y)\bigr)\).50

Le cours aborde alors la définition d'un topos, sous deux formes : par des propriétés et des générateurs, ou bien par un plongement \[ E \overset{f_{*}}{\hookrightarrow} \widehat{C}, \qquad C \text{ petite}, \] pleinement fidèle et admettant un adjoint à gauche \(f^{*}\) exact à gauche. Grothendieck note en marge que plusieurs jeux d'axiomes équivalents sont possibles et se demande, dans une phrase à demi lisible, ce qui gouverne le choix.

La page 40 précise le second point : on peut prendre pour \(C\) n'importe quelle sous-catégorie génératrice de \(E\) et poser \(f_{*}(X) = \bigl(A \mapsto \operatorname{Hom}(A,X)\bigr)\) ; dire que ce foncteur est conservatif signifie que \(C\) est génératrice, et cela équivaut à la pleine fidélité de \(f_{*}\), laquelle entraîne l'existence de l'adjoint à gauche.51 Suivent les usages des générateurs — existence d'adjoints, représentabilité des foncteurs contravariants transformant les colimites en limites — puis les exemples : le topos vide \(\operatorname{Top}(\emptyset)\) et le topos ponctuel \(\operatorname{Top}(1)\) ; \(\operatorname{Top}(X,G)\), avec \(\operatorname{Top}(*,G) = B_{G}\) et \(H^{i}(B_{G}, -) = H^{i}(G,-)\), le foncteur fibre de \(B_{G}\) étant le foncteur d'oubli ; et les \(\widehat{C}\), avec le plongement pleinement fidèle \(C^{\circ} \to \mathrm{Fib}(\widehat{C})\), qui est même une équivalence \(\mathrm{Ind}(C^{\circ}) \simeq \mathrm{Fib}(\widehat{C})\).

La page s'achève sur une question, et c'est elle qui court d'un bout à l'autre du dossier :

Peut-on avoir une équivalence \(\widehat{C} \simeq \operatorname{Top}(X)\) ?

Il en esquisse aussitôt la réponse : il suffirait que \(C\) soit une catégorie ordonnée et que \(X\) ait des points admettant un plus petit voisinage — des points essentiels — qui soient denses ; on prendrait alors \(X = \mathrm{Ind}(C)\). La page s'arrête là, plusieurs mots illisibles.52

42–42

Morphismes de topos (pages 42, 44, 46)

L'autre manuscrit, celui des pages paires, reprend son cours. Il est ici en français ; les pages 48, 52, 53 et 54 seront en anglais, et l'on en donne comme plus haut une restatement française et non une traduction.

42–42

Les topos forment une 2-catégorie

Un morphisme de topos \(f : X \to Y\) est déterminé par son image directe, le foncteur \[ \underline{\mathrm{Mor\,Top}}(X,Y) \hookrightarrow \underline{\operatorname{Hom}}_{\mathrm{cat}}(X,Y), \qquad f \mapsto f_{*}, \] étant pleinement fidèle ; la composition en fait une 2-catégorie. La notion d'équivalence de topos — \(f\) tel qu'il existe \(g\) avec \(gf \simeq \mathrm{id}\) et \(fg \simeq \mathrm{id}\) — y remplace exactement la notion d'homéomorphisme pour les espaces, et c'est l'équivalence usuelle de catégories. La page prend soin de le noter en marge : il n'y a plus d'isomorphisme, seulement de l'équivalence.

42–44

Les exemples, un à un

46–46

Les cas dégénérés, et l'induction

La page 46 achève l'énumération. Vers le topos ponctuel, l'image inverse donne les objets constants et l'image directe le foncteur des sections globales. Quant au topos vide, un morphisme \(E \to \operatorname{Top}(\emptyset)\) n'existe que si \(E \simeq \operatorname{Top}(\emptyset)\) lui-même : l'image inverse devrait envoyer l'unique objet à la fois sur l'objet initial et sur l'objet final de \(E\), ce qui les identifie et rend \(E\) ponctuel.

Vient enfin le morphisme d'induction \(j_{X} : E_{/X} \to E\), qui portera tout ce qui suit : \[ j_{X}^{*}(Y) = Y \times X, \qquad j_{X!}(Y \to X) = Y, \] le troisième, \(j_{X*}\), étant « plus compliqué » de l'aveu de la page, et n'y étant pas explicité. On a \(j_{X!} \dashv j_{X}^{*} \dashv j_{X*}\) — d'où le fait, que la page souligne, que \(j_{X}^{*}\) commute aux limites et aux colimites quelconques. Comme foncteur en \(X\), \[ \operatorname{Hom}_{\mathrm{top}_{E}}(E_{/X}, E_{/Y}) \;\simeq\; \operatorname{Hom}_{E}(X,Y) \quad \text{(catégorie discrète)}. \] Un dernier titre, « topos somme de topos », reste sans texte.

48–48

Quand un topos de préfaisceaux est-il spatial ? (page 48)

C'est la réponse à la question laissée ouverte au bas de la page 40, et il faut la lire d'affilée avec elle : deux pages éloignées, une seule question.

Sens direct. \(\widehat{C}\) est équivalent à un \(\operatorname{Top}(X)\) si et seulement si \(C\) est une catégorie ordonnée, c'est-à-dire si \(x \to e_{\widehat{C}}\) est un monomorphisme pour tout objet \(x\). On prend alors pour \(X\) l'ensemble \(\mathrm{Ob}\,C\), muni de la topologie engendrée par les \(O_{x} = \{ y \mid y \leq x \}\), lesquels en forment une base ; les ouverts sont les cribles.57

La démonstration tient en une observation : les recouvrements sont triviaux. Si les \(O_{x_{i}}\) recouvrent \(O_{x}\), l'un d'eux contient \(x\), donc \(x \leq x_{i}\) ; mais \(x_{i} \leq x\) puisque \(O_{x_{i}} \subset O_{x}\), d'où \(x \approx x_{i}\) et \(O_{x_{i}} = O_{x}\). Un faisceau sur cette base n'est donc astreint à rien de plus qu'un préfaisceau sur \(C\), et l'on a bien \(\operatorname{Top}(X) \simeq \widehat{C}\).

Sens réciproque. Si \(X\) est un espace sobre, \(\operatorname{Top}(X)\) est équivalent à un \(\widehat{C}\) si et seulement si les points essentiels de \(X\) — ceux qui ont un plus petit voisinage ouvert, ou, ce qui revient au même, ceux dont le foncteur fibre commute aux produits quelconques — sont très denses, et l'on peut prendre pour \(C\) la catégorie de ces points.

Cet énoncé referme exactement la liste de conditions équivalentes de la page 26, et lui donne sa forme constructive : la page 26 disait qu'un topos est à la fois spatial et de préfaisceaux si et seulement s'il est engendré par les sous-objets de son objet final et a suffisamment de points essentiels ; la page 48 dit comment fabriquer \(X\) à partir de \(C\), et \(C\) à partir de \(X\).58

49–49

Images directes et inverses, localisation, Galois (pages 49 à 51)

49–49

Les trois foncteurs et leurs prolongements

Soit \(f : C \to C'\) un foncteur, \(g\) son adjoint à droite et \(h\) celui de \(g\), lorsqu'ils existent. Les trois foncteurs entre topos de préfaisceaux se répartissent alors ainsi : \(f_{!}\) prolonge \(f\), \(f^{*}\) prolonge \(g\), \(f_{*}\) prolonge \(h\). Si \(f\) commute aux limites projectives finies, \(f_{!}\) y commute encore, et l'on obtient un morphisme de topos \(\varphi : \widehat{C}' \to \widehat{C}\) avec \[ \varphi^{*} = f_{!}, \qquad \varphi_{*} = f^{*}. \] 59

Les deux calculs de la page sont les identités d'adjonction lues sur les représentables : \(f_{!}(x) = f(x)\) d'une part, et de l'autre \[ f_{*}(x) = \bigl(x' \longmapsto \operatorname{Hom}_{\widehat{C}} (x' \circ f^{\circ},\, x)\bigr) = \bigl(x' \longmapsto \operatorname{Hom}_{C}(g(x'),\, x)\bigr) \] lorsque \(g\) existe. La page porte enfin, à part, « \((\mathbb{Z}, G)\) » et « \(B_{G} \to B_{e}\) » : c'est l'annonce des deux pages suivantes.

50–50

Un sous-groupe, c'est une localisation

Voici le morceau le plus frappant du dossier. Soient \(G\) un groupe d'un topos \(E\), \(B_{G}\) son topos classifiant, \(H \subset G\) un sous-groupe et \(X = G/H\), muni de son point marqué \(\varepsilon \in \Gamma(X)\). On a alors un carré

LaTeX source
\begin{tikzcd}[row sep=large]
(B_{G})_{/X} \arrow[r, "\varphi"] \arrow[d, "j_{X}"'] & B_{H} \arrow[d, "B_{i}"] \\
B_{G} & B_{G}
\end{tikzcd}

dans lequel \(\varphi\) est une équivalence, donnée dans les deux sens par \[ \varphi(E') = E' \times_{X} (e, \varepsilon), \qquad \psi(F) = G \wedge_{H} F, \] et l'on vérifie \(\varphi(j_{X}^{*}(E')) = (E' \times X) \times_{X} (e, \varepsilon) \simeq E'\).60

Le sens de tout cela est que se restreindre à un sous-groupe et se localiser au-dessus de \(G/H\) sont la même opération. Via \(\varphi\), le morphisme d'induction \(j_{X}\) s'interprète comme \(B_{i}\), et les trois foncteurs deviennent les trois opérations classiques de la théorie des représentations : \[ j_{X}^{*} = \text{restriction}, \qquad j_{X!} : F \mapsto G \wedge_{H} F \ (\text{induction}), \qquad j_{X*} : F \mapsto \operatorname{Hom}_{H}(G, F) \ (\text{coinduction}). \]

50–51

Et c'est la théorie de Galois

La page tire aussitôt le cas des groupes discrets, et c'est là que l'énoncé formel devient une théorie connue. Si \(G = \pi_{1}(Z)\) est le groupe fondamental d'un espace \(Z\) connexe, localement connexe et localement 1-connexe, alors \(B_{G}\) est la catégorie des revêtements de \(Z\) ; la donnée de \(X = G/H\) est celle d'un revêtement pointé au-dessus du point base ; et l'équivalence \(\varphi\) ci-dessus devient l'équivalence \[ \mathrm{Rev}(X) \;\simeq\; B_{H}, \qquad H \simeq \pi_{1}(X,x), \] c'est-à-dire la théorie de Galois du revêtement \(X\). Le dictionnaire entre sous-groupes du groupe fondamental et revêtements tombe comme cas particulier d'une remarque sur les topos induits.61

La page 51 refait le même calcul avec un espace : si un groupe discret \(G\) opère sur un espace \(Z\), le foncteur « restriction des opérations à \(H\) » \[ \operatorname{Top}(Z, G) \longrightarrow \operatorname{Top}(Z, H) \] est encore un foncteur de localisation. On pose \(Z' = Z \times G/H\) avec l'action diagonale, et le foncteur \(\operatorname{Top}(Z,G)_{/Z'} \to \operatorname{Top}(Z,H)\), \(E' \mapsto E' \times_{Z'} (X,e)\), est une équivalence — \(Z'\) étant, comme le note la page, un « revêtement topologique » de \(Z\).62

52–52

Sites (pages 52, 54, 53)

Les trois dernières pages sont un condensé de la théorie des sites, en anglais. Elles sont reliées dans le désordre : la page 54 précède la page 53, et c'est dans cet ordre qu'on les lit ici.63

52–52

Ce qu'est une topologie

Le plan est celui d'un cours : (1) la notion de localisation, « yoga » ; (2) la donnée d'une localisation sur une catégorie, c'est-à-dire une topologie, sous deux formes équivalentes.

En termes de familles couvrantes, lorsque les produits fibrés existent : stabilité par changement de base (Cov 1), par composition (Cov 2), présence des identités (Cov 3), et, entre crochets, la saturation (Cov 4). La page note en accolade qu'il suffit de supposer les \(X_{\alpha} \to X\) carrables.

En termes de cribles couvrants : changement de base (T1), caractère local (T2), et une troisième condition biffée. Les topologies sont alors ordonnées par l'inclusion, se coupent, ont des bornes supérieures, et sont engendrées par des familles de cribles ou de morphismes.

Le lien entre les deux formes est l'identité \[ \operatorname{Hom}_{\widehat{C}}(R, F) \;=\; \varprojlim_{C/R} F(X) \;\simeq\; \operatorname{Ker}\Bigl( \prod_{\alpha} F(X_{\alpha}) \rightrightarrows \prod_{\alpha,\beta} F(X_{\alpha} \times_{X} X_{\beta}) \Bigr), \] qui dit qu'un crible engendré par une famille impose exactement la condition de recollement de cette famille.64 Sous Cov 1 à Cov 3, les cribles engendrés par les familles couvrantes sont cofinaux parmi les cribles couvrants — c'est ce qui rend les deux présentations interchangeables.

Vient (3) la notion de faisceau, et celle de préfaisceau séparé, données d'un seul geste : \(F\) est un faisceau (resp. séparé) lorsque \(\operatorname{Hom}(X,F) \to \operatorname{Hom}(R,F)\) est bijective (resp. injective) pour tout crible couvrant \(R \subset X\). Enfin, étant donnée une famille \(\Phi\) de préfaisceaux, il existe une plus fine topologie \(T_{\Phi}\) faisant de tout \(F \in \Phi\) un faisceau, décrite explicitement par changement de base.

54–54

Le faisceau associé

La page 54 construit le foncteur \(L\) : \[ LF(X) \;=\; \varinjlim_{R \in T(X)} \operatorname{Hom}(R, F), \qquad \ell : \mathrm{id} \longrightarrow L, \] avec les quatre propriétés qui font toute la construction : a) \(L\) est exact à gauche ; b) \(LF\) est toujours séparé ; c) \(F\) est séparé si et seulement si \(F \to LF\) est un monomorphisme, et alors \(LF\) est un faisceau ; d) \(F \to LF\) est un isomorphisme si et seulement si \(F\) est un faisceau.

Théorème 1. L'inclusion \(\widetilde{C} \subset \widehat{C}\) admet un adjoint à gauche \(a\), et \(a\) est exact à gauche — car \(a = L \circ L\), b) et c) donnant la conclusion en deux applications.65

Corollaires. Les limites projectives existent dans \(\widetilde{C}\) et l'inclusion y commute ; les colimites existent, données par \(\varinjlim^{\widetilde{C}} F_{i} \simeq a\bigl(\varinjlim^{\widehat{C}} F_{i}\bigr)\) ; et tout faisceau est colimite de ses représentables, \(F \simeq \varinjlim_{C/F} a(X)\).66

Théorème 2. Soit \(\varepsilon_{C} : C \to \widetilde{C}\), \(X \mapsto a(X)\), qui est exact à gauche. Alors a) une famille \(X_{\alpha} \to X\) est couvrante si et seulement si \(\coprod \varepsilon_{C}(X_{\alpha}) \to \varepsilon_{C}(X)\) est un épimorphisme ; b) un crible \(R \subset X\) est couvrant si et seulement si \(\varepsilon_{C}(R) \xrightarrow{\ \sim\ } \varepsilon_{C}(X)\).67

On récupère ainsi la topologie \(T\) à partir de la seule donnée de \(\widetilde{C} \subset \widehat{C}\) : c'est la topologie la plus fine pour laquelle les objets de \(\widetilde{C}\) sont des faisceaux.68

53–53

Les théorèmes de Giraud

Théorème 3 (Giraud). \(T \mapsto \widetilde{C}_{T}\) est une correspondance bijective entre les topologies sur \(C\) et les sous-catégories strictement pleines \(E \subset \widehat{C}\) dont l'inclusion admet un adjoint à gauche exact à gauche. Elle renverse l'ordre : \(T \leq T' \iff \widetilde{C}_{T'} \subset \widetilde{C}_{T}\).69

Théorème 5. Une catégorie \(E\) est équivalente à un \(\widetilde{C}\), pour une petite \(C\), si et seulement si elle vérifie les axiomes a) b) c) d)70 . On peut alors prendre pour \(C\) n'importe quelle sous-catégorie pleine génératrice de \(E\), munie de la topologie induite par la topologie canonique de \(E\) ; et la donnée d'une équivalence \(\widetilde{C}_{T} \simeq E\) équivaut à celle d'un foncteur pleinement fidèle \(C \to E\) d'image génératrice.

Théorème 4 (lemme de comparaison). Soit \(C \hookrightarrow C'\) un foncteur pleinement fidèle entre sites, la topologie de \(C\) étant induite. Si tout objet de \(C'\) peut être couvert par des objets de \(C\), alors \(\widetilde{C}' \xrightarrow{\ \sim\ } \widetilde{C}\). La page ajoute qu'il y a une réciproque lorsque la topologie de \(C\) est moins fine que la topologie canonique.

La marge porte les derniers mots du dossier, et ils sont d'un praticien : « analogue bien connu en topologie ordinaire ; possibilité de définir des \(\widetilde{C}\) équivalents de bien des façons différentes ». C'est là que la chemise s'arrête.71

Notes

  1. Cette distinction entre \(\widehat{C}\) et \(\widetilde{C}\) est celle du manuscrit, constante dans tout le dossier, et rien n'y est plus important : les pages 53 et 54 portent précisément sur l'inclusion \(\widetilde{C} \subset \widehat{C}\) et son adjoint à gauche exact. Nous ne les confondons nulle part.
  2. L'équivalence des deux formulations n'est pas formelle : un foncteur qui commute aux limites n'a d'adjoint à gauche que sous une hypothèse d'engendrement et de taille. Elle est ici acquise parce qu'un topos est une catégorie localement présentable, donc cocomplète et à générateur petit ; c'est le théorème de l'adjoint spécial. La page ne le dit pas.
  3. La page écrit la troisième condition avec un mot biffé et non remplacé, et la quatrième description du côté \(D\) avec un membre illisible ; les deux se rétablissent sans ambiguïté par symétrie avec les deux premières, que la page écrit en toutes lettres. C'est aussi la seule lecture qui rende vraie la Proposition 1 ci-dessous.
  4. Ce dernier pas est le seul que la page invoque sans le démontrer, et c'est aujourd'hui un énoncé standard : les sous-topos d'un topos \(\mathcal{E}\) correspondent bijectivement aux topologies de Lawvere–Tierney sur \(\mathcal{E}\), et forment un treillis complet, l'intersection correspondant à la borne supérieure des topologies. Le manuscrit note l'inclusion « str. pleine » comme une lecture douteuse ; c'est bien de sous-catégories strictement pleines qu'il s'agit.
  5. Elle est déterminée par adjonction et n'a pas d'expression aussi simple. Sous l'équivalence \(\Pi(E,F) \simeq E \times F\) établie plus bas, \(\Pi(u,v)\) n'est autre que \(u \times v\), et son image inverse est le produit des images inverses — ce qui est la réponse au point d'interrogation, mais elle suppose acquis ce que la page n'a pas encore démontré.
  6. La page écrit « dont l'adjoint à droite est \(\varphi \mapsto v^{*} \circ \varphi\) ». C'est un lapsus : \(v^{*} \dashv v_{*}\), donc \(v^{*} \circ -\) est adjoint à gauche de \(v_{*} \circ -\), et c'est bien l'adjoint à gauche qu'il faut ici, puisque c'est de lui qu'on demande l'exactitude à gauche. La transcription le signale ; l'argument de la page est juste, seul le mot est faux.
  7. Deux précisions que la page porte en marge, et qui sont nécessaires. D'abord l'hypothèse : \(C\) doit être stable par limites projectives finies, faute de quoi le membre de droite est la catégorie des foncteurs plats et non celle des foncteurs exacts à gauche. Ensuite l'exposant \((\ )^{\circ}\), qui enregistre une convention et non un fait : selon que l'on prend pour 2-flèches de topos les transformations des images directes ou celles des images inverses, on obtient l'une ou l'autre des deux catégories opposées. Le choix ne change ni les objets ni l'énoncé du 2-produit.
  8. Énoncé aujourd'hui classique — la 2-catégorie des topos de Grothendieck admet toutes les petites 2-limites — et dont c'est ici la démonstration par les sites. La page 8 entreprend ensuite le cas général d'une \(\varprojlim\) de topos fibré, écrit le diagramme des trois étages \(\prod_{i} E_{i} \rightrightarrows \prod_{\alpha} E_{b(\alpha)} \rightrightarrows \prod_{(\alpha,\beta)} E_{b(\beta)}\), puis barre tout le bas de la page de deux longues diagonales. Nous ne restituons pas un argument qu'il a lui-même abandonné ; la page 15 y reviendra sous une hypothèse filtrante.
  9. Cette identification suppose \(X \neq \emptyset\) et \(Y \neq \emptyset\), pour que \(\mathcal{O}_{X} \times \mathcal{O}_{Y} \subset \mathcal{O}_{X \times Y}\) soit une injection ; la page le suppose expressément. Elle note aussi, sans le souligner, que \(\operatorname{Top}(X \times Y)\) ne dépend que de \(\operatorname{Top}(X)\) et \(\operatorname{Top}(Y)\), c'est-à-dire des espaces sobres associés — fait que les pages 34 et 36 reprendront pour lui-même.
  10. C'est exactement l'écart, familier en algèbre linéaire, entre les fonctions de deux variables et celles qu'on obtient à partir des produits \(f(x)g(y)\) : les rectangles engendrent la topologie de \(X \times Y\) comme base, mais ce qu'ils engendrent par sup dans le produit de topos peut être strictement plus petit. En langage d'aujourd'hui, \((*)\) compare le produit d'espaces au produit de locales \(\mathcal{O}_{X} \otimes \mathcal{O}_{Y}\), et la question est celle de la spatialité du second.
  11. C'est vrai, et c'est précisément ce que le produit de topos garantit : les sous-objets de l'objet final y forment un treillis où les \(\inf\) finis sont distributifs par rapport aux \(\sup\) quelconques. La page ne le justifie pas ; la page 28 y revient en propres termes.
  12. Cette inclusion \(U'' \subset U' \cup \bigcup_{i \in I_{y}} U_{i}\) est le pas que la page ne formule pas : elle écrit directement \(S \geqslant \operatorname{Sup}(U', U_{i}\ i \in I_{y}) \times V_{y} \geqslant (U' \cup U'') \times V_{y}\). Elle est immédiate, et sans elle la conclusion ne suit pas. Le reste de la page est correct tel quel.
  13. C'est aujourd'hui l'énoncé standard : un produit de locales est spatial et coïncide avec le produit d'espaces dès que presque tous les facteurs sont compacts et les autres localement compacts. La double hypothèse du manuscrit — « tous sauf au plus un » deux fois — est exactement celle qu'il faut pour que l'argument du tube passe à la limite, et elle n'est pas plus forte que nécessaire.
  14. La question est réelle et la réponse négative en général : sans compacité, le produit de locales cesse d'être spatial, et le morphisme \((*)\) est un plongement strict. C'est le phénomène qu'Isbell a isolé et qui a fait des locales un objet d'étude pour lui-même. Nous n'attribuons pas au manuscrit un contre-exemple qu'il n'écrit pas : il s'arrête sur son point d'interrogation, et nous avec lui.
  15. Le sens des deux formules est celui-ci, et il vaut de l'écrire en toutes lettres puisque tout y tient : \(\mathrm{pr}_{i}\) va de \(\mathcal{X} = \widehat{C}\) vers \(\widehat{C_{i}}\), donc son image directe va dans ce sens — c'est la restriction le long de \(\alpha_{i} : C_{i} \to C\) — et son image inverse va en sens contraire, c'est l'adjoint à gauche de cette restriction. La page s'arrête d'ailleurs sur « \(\mathrm{pr}_{i}^{*}(G) =\) » sans écrire la formule : celle donnée ici est la nôtre, forcée par l'adjonction, et non une lecture de la page.
  16. Pour que \(\mathrm{pr}_{i}\) soit un morphisme de topos il faut de plus que \(\alpha_{i!}\) soit exact à gauche, ce que la page ne vérifie pas. C'est précisément ce que l'hypothèse d'adjonction achète : lorsqu'un foncteur \(\alpha\) admet un adjoint à droite \(\beta\), l'extension de Kan \(\alpha_{!}\) n'est autre que la restriction \(\beta^{*}\) — car \(\operatorname{Hom}(\alpha x, c) \simeq \operatorname{Hom}(x, \beta c)\) donne \(\alpha_{!}(G)(c) = G(\beta c)\) — et une restriction est exacte, les limites de préfaisceaux se calculant argument par argument.
  17. Les pages 19 et 20 notent \(a\) le foncteur \(u \mapsto u \circ \varepsilon_{C}\), entrant en collision avec le \(a\) du faisceau associé, qui est employé sur la même page. Nous gardons \(\alpha\), \(\beta\) des pages 17 et 18, et réservons \(a\) à la sheafification. La page 19 écrit en outre \(\beta : \operatorname{Hom}(C,E) \to \operatorname{Hom}(C,E)\), le but devant être \(\operatorname{Hom}(\widetilde{C},E)\).
  18. C'est la propriété universelle du topos de faisceaux comme localisation exacte à gauche de \(\widehat{C}\) : \(\widetilde{C}\) est la cocomplétion libre de \(C\) modulo les colimites que la topologie impose. Sous cette forme, l'énoncé est aujourd'hui celui qu'on donne des foncteurs « continus » d'un site vers une catégorie cocomplète.
  19. La page ne donne pas de contre-exemple, et nous n'en fabriquons pas : ce qui est ici affirmé est que la condition proposée est strictement plus faible que b), ce qui se lit sur les deux énoncés. La page 21 porte la phrase suivante — « soit \(F \to G\) dans \(\widehat{C}\), bicouvrant, prouvons que … On a » — et s'interrompt immédiatement, la ligne d'après étant entièrement raturée. La tentative a été abandonnée là.
  20. C'est ici qu'une convention doit être fixée pour tout le dossier, et le manuscrit ne la tient pas. La page 23 définit \(\alpha_{X}(T)\) par « \(y \leq x \iff x \in \overline{\{y\}}\) », c'est-à-dire l'inverse de ce qui précède ; mais les trois autres définitions de la même page — les ouverts comme parties stables vers le haut, les fermés vers le bas, et \(O_{x} = \{y \mid y \geq x\}\) — s'accordent entre elles et exigent la convention adoptée ici. Lue littéralement, la page donne \(\alpha\beta(\omega) = \omega^{\circ}\) et contredit son propre énoncé \(\alpha\beta(\omega) = \omega\). Nous échangeons donc les deux lettres dans la définition de \(\alpha\), et tout le reste de la page devient exact sans autre retouche. Toutes les inégalités de cette section sont écrites dans la convention corrigée, y compris là où la page écrit la relation opposée.
  21. La page note en marge que cette classe n'est pas stable par une opération dont le nom est illisible. C'est le produit : le produit d'une famille infinie d'espaces d'Alexandrov n'est pas d'Alexandrov, une intersection infinie d'ouverts du produit cessant d'être ouverte. La page 24 signale d'ailleurs, dans une note portée en diagonale, que \(\beta\) est exact à gauche — la topologie associée à un préordre produit fini est bien le produit des topologies — mais ne commute pas aux produits quelconques, et annonce un contre-exemple qu'elle n'écrit pas.
  22. La page appelle cette condition la sobriété, et la transcription signale le mot comme une lecture douteuse. Sous cette lecture l'énoncé est faux : la condition écrite est l'axiome \(T_{0}\), strictement plus faible que la sobriété, qui exige en outre que tout fermé irréductible ait un point générique. Le manuscrit lui-même est exact sur ce point ailleurs : la page 34 distingue explicitement les deux moitiés — injectivité pour \(T_{0}\), surjectivité pour l'existence des points génériques, bijectivité pour la sobriété.
  23. La page écrit \(\widehat{\underline{X}}\), c'est-à-dire les foncteurs contravariants. La différence est un passage à l'opposé, et elle est forcée par la convention choisie plus haut : si \(x \leq y\) alors \(O_{y} \subset O_{x}\), donc \(x \mapsto F(O_{x})\) est covariant en \(x\). Avec la convention opposée c'est la forme du manuscrit qui serait juste ; l'une ou l'autre convient, pourvu qu'on n'en change pas en route.
  24. La page écrit « cofiltrant » et « \(\exists z\) avec \(z \leq x\), \(z \leq y\) », ce qui est la même condition lue dans la convention opposée de la note précédente. Nous écrivons filtrant, dans la nôtre : \(O_{x} \cap O_{y} \neq \emptyset\) équivaut à l'existence d'un \(z \geq x\), \(z \geq y\).
  25. Ce passage de la condition de chaîne séquentielle à la condition sur les parties filtrantes quelconques repose sur l'axiome du choix dépendant ; la page ne le mentionne pas. Elle écrit d'ailleurs « artinien » et « suite décroissante », qui est la même condition lue dans sa convention d'ordre : le sens de l'inégalité une fois fixé comme ici, c'est la condition de chaîne ascendante.
  26. Cette troisième formulation est celle que donne la page 48. Nous la rapportons ici parce qu'elle est la définition la plus maniable et qu'elle éclaire le mot « essentiel » : un morphisme de topos est dit essentiel lorsque son image inverse a un adjoint à gauche, exactement comme à la page 15.
  27. Très dense au sens de SGA 4 : l'inclusion induit une bijection entre les ouverts de \(X\) et ceux du sous-espace, donc une équivalence des topos. C'est exactement la condition qu'il faut, et c'est elle que la page 48 reprendra pour répondre à la question du bas de la page 40.
  28. La page ne fait pas ce rapprochement, et les deux feuillets sont éloignés dans le dossier. Il est pourtant exact, et il fournit la justification que la démonstration des pages 9 et 10 utilisait sans la démontrer : \(W \mapsto W \times V\) commute aux bornes supérieures quelconques, ce qui est ici la définition même de \(\gamma\).
  29. Ce que dit ce lemme, en langage d'aujourd'hui : la donnée de \(\varphi\) est une trivialisation de la classe de \(A\) dans le groupe de Brauer de \(E\), et le lemme affirme qu'une telle trivialisation équivaut exactement à la donnée du module \(\mathcal{G}\) qui scinde \(A\) — ni plus, ni moins. La théorie du groupe de Brauer d'un schéma est celle des trois exposés Le groupe de Brauer (1966–1968) ; les gerbes qui la portent sont celles de Giraud (1971). Les pages ne sont pas datées.
  30. Le troisième rang est illisible sur la page ; il vaut nécessairement \(ge\), puisque \(\mathcal{F} = \mathcal{G} \otimes \mathcal{E}\). La convention de rang pour \(A\) est celle de la page : \(A\) de rang \(a^{2}\), donc \(a = g\) ici.
  31. C'est le mot « gerbe » qui est abandonné, non l'idée. Un champ en groupoïdes localement non vide dont deux objets sont localement isomorphes est une gerbe, et c'est bien de cela qu'il s'agit ; le lien est celui que la ligne barrée nomme. La rature date sans doute d'une époque où le terme n'était pas encore stabilisé, ce qui est un des rares indices chronologiques du dossier.
  32. Le pas manquant est le lemme du double centralisateur : le centralisateur de \(1 \otimes \underline{\operatorname{End}}(\mathcal{E})\) dans \(\underline{\operatorname{End}}(\mathcal{G} \otimes \mathcal{E})\) est \(\underline{\operatorname{End}}(\mathcal{G}) \otimes 1\), d'où \(w = u \otimes v\) pour un \(u\) localement défini. Nous le signalons sans l'attribuer à la page, qui s'interrompt avant. La page 31, au crayon et restée à l'état d'esquisse, porte des torseurs \(\mathrm{TORS}^{n}_{U}(X,\Pi)\) et l'isomorphisme \(\pi_{0}(T^{n}) \simeq H^{n}(X,\Pi)\) : c'est la cohomologie non abélienne dans laquelle ce lemme s'inscrit, mais rien n'y est assez formé pour être restitué.
  33. C'est la présentation des théories essentiellement algébriques, ou théories à limites : une structure est une famille d'objets munie d'opérations dont les domaines sont définis par des équations, et une telle espèce se laisse évaluer dans n'importe quelle catégorie à limites finies. Les esquisses d'Ehresmann et les théories de Lawvere en sont les deux formulations contemporaines.
  34. C'est, sous une forme antérieure au vocabulaire, la dualité qu'on appelle aujourd'hui de Gabriel–Ulmer (1971) : entre les petites catégories à limites finies et les catégories localement présentables, une théorie et sa catégorie de modèles se déterminent l'une l'autre. La même construction, avec la même notation \(\Gamma^{T}\) et le même « ensemble de base sans structure » pour objet dualisant, occupe la page 13 de la cote 161-1, où elle est écrite indépendamment. L'énoncé sera poussé jusqu'à sa forme explicite aux pages 45 et 47.
  35. C'est une continuité facile à manquer : la page 40 s'intercale physiquement entre les pages 39 et 41 sans appartenir au même manuscrit. La lecture qui suit les feuillets dans l'ordre y perd le fil ; celle qui suit les fils le garde. Elle n'est toutefois pas une continuité de phrase : la page 39 s'achève sur « (Serait vrai pour toute sous-catégorie de \((\mathrm{Ann})\) », la page 41 s'ouvre sur « … des corps) », et les deux ne se raccordent pas. Il manque un feuillet entre elles, qui n'est pas dans le dossier — ce que confirme la numérotation de Grothendieck lui-même, qui ne porte que sur une page sur deux de cette suite.
  36. C'est aussi la page la plus difficile du dossier : très cursive, lourdement biffée, elle porte à elle seule le tiers des passages illisibles du dossier. Nous restituons ci-dessous la charpente de l'argument autour des lacunes, sans rien reconstruire de ce qu'elles cachent ; là où un pas manque, la note le dit. En particulier l'hypothèse de tête, notée \(\lambda = \mathcal{E}\lambda_{0}\) sur la page, est donnée par la transcription comme une lecture incertaine, et nous ne bâtissons rien sur elle.
  37. L'identification de \(S^{T}_{\lambda_{0}}\) aux anneaux de polynômes est la nôtre ; la page ne l'écrit pas. L'argument intermédiaire — une demi-douzaine de mots dont « fibrée par fibre » et « bien fermée », plusieurs illisibles — n'est pas restituable, et nous ne le restituons pas. Seuls sont lisibles l'appel à Zariski et la conclusion, qui suffisent à porter l'énoncé.
  38. La page écrit cette hypothèse sous la forme \(\lambda = (\underleftarrow{\Sigma}, \underrightarrow{\lambda} = \emptyset)\), lecture que la transcription donne pour douteuse. L'hypothèse substantielle, elle, est parfaitement lisible et c'est la seule dont l'argument se sert : \(\mathbb{Z}[t,t^{-1}]\) est disponible. Nous énonçons celle-là. \(\underrightarrow{\lambda} = \emptyset\) assure par ailleurs l'unicité du sous-type, acquise dès la page 39.
  39. Vérification : dans le quotient, \(e = xy\) vérifie \(e^{2} = e\) ; sur le facteur \(e = 1\) on a \(xy = 1\), d'où \(\mathbb{Z}[x,x^{-1}]\) ; sur le facteur \(e = 0\) les deux relations donnent \(x = y = 0\), d'où \(\mathbb{Z}\). La page écrit d'abord ce quotient avec un autre système de générateurs, qu'elle raye.
  40. Il faut exclure à part l'anneau nul, pour lequel l'application est encore bijective ; la convention moderne veut qu'un corps soit non nul, et la page raisonne dans cette convention sans la dire. La page s'interrompt d'ailleurs au milieu de la justification, le crochet ouvert restant ouvert : elle a écrit la moitié « connexe » et non la moitié « tout élément inversible ou nul ». Les deux sont nécessaires, et les deux suivent de la bijectivité.
  41. C'est, mot pour mot, la distinction moderne entre une théorie essentiellement algébrique — définie par limites finies, dont les modèles sont stables par produits, ce que la classe des corps n'est pas — et une théorie géométrique, où l'axiome des corps s'écrit précisément sous la forme trouvée ici : le morphisme \(\mathcal{C}^{\times} + \{0\} \to \mathcal{C}\) est un isomorphisme. C'est l'axiome sous lequel les corps apparaissent dans le topos de Zariski, chez Hakim (Topos annelés et schémas relatifs, 1972). Les pages ne sont pas datées, et rien n'indique de quel côté de cette date elles tombent.
  42. La quatrième question a aujourd'hui une réponse : pour une théorie à limites finies, le foncteur d'oubli d'une catégorie localement présentable admet un adjoint à gauche — l'objet libre existe. La cinquième est la forme précise de la dualité qui suit.
  43. La page note en marge, et c'est une mise en garde qu'il faut garder : « \(\widehat{C}\) n'est pas une \(\mathcal{U}\)-catégorie ! » Les énoncés qui suivent supposent qu'on a choisi un univers assez grand, ou qu'on s'est restreint aux petites catégories ; la question de taille est réelle et le manuscrit ne la tranche pas.
  44. Une question reste ouverte en marge, et elle est la bonne : « si \(f : C \to C'\) est un \(\lambda\)-foncteur, comment définir \(T(f)\) en fonction de \(S\) et des \((\beta_{i})\) ? » La reconstitution est donnée objet par objet, non comme reconstitution du foncteur \(T\) tout entier.
  45. La page écrit la chaîne d'inclusions en sens inverse, \(S \supset \widehat{\Sigma} \supset \Sigma\). C'est un lapsus : les foncteurs astreints à commuter à des colimites forment une sous-catégorie pleine de \(\widehat{\Sigma}\), laquelle contient les représentables. La ligne porte d'ailleurs un « \(\mathrm{Ens}\) » rayé, signe d'une écriture hésitante.
  46. C'est la dualité de Gabriel–Ulmer (1971), entre les petites catégories à limites finies et les catégories localement de présentation finie, dont ces deux pages énoncent les deux moitiés : la page 45 va des modèles à la théorie, la page 47 de la théorie aux modèles. Le \(\lambda\) du manuscrit est un ensemble de types de diagrammes ; le \(\lambda\) d'aujourd'hui est un cardinal régulier, et l'on parle de catégories localement \(\lambda\)-présentables — même lettre, même rôle, mais l'index a changé de nature. La page 37 avait donné la moitié abstraite du même énoncé, \(\beta = \Gamma^{T}\).
  47. C'est le seul endroit du dossier où cette édition s'écarte de la page par la langue, et il fallait le décider une fois pour toutes : les pages 34, 36, 38, 40, 48, 52, 53 et 54 sont en anglais. Nous ne conservons de l'anglais que les tournures citées entre guillemets, quand c'est la formule elle-même qui compte — « algèbre \(=\) topologie ! » en est une.
  48. La page porte les deux indices dans l'ordre inverse, ce que l'adjonction qu'elle énonce juste avant échange ; la transcription le signale et n'y touche pas. C'est un lapsus de plume : le membre où figure \(\widetilde{X}\) est celui où le but \(Z\) est sobre.
  49. Le point d'exclamation est de lui. La théorie des topos classifiants des théories géométriques est aujourd'hui un chapitre constitué, et cette ligne en est une formulation programmatique : à toute espèce de structure raisonnable correspond un topos dont les points sont les modèles.
  50. La page écrit \(\underline{\operatorname{Hom}}(\operatorname{Top}(Y), \operatorname{Top}(X))\), les deux arguments intervertis. C'est un lapsus, et le manuscrit se corrige lui-même deux pages plus tôt : la page 36 écrit la même flèche dans le bon sens, et la page 42 rappellera que \(\operatorname{Top}(X)\) dépend de \(X\) de façon covariante.
  51. L'équivalence entre « conservatif » et « pleinement fidèle » n'est pas formelle : elle vaut dans un topos, où les épimorphismes sont effectifs et les colimites universelles, et c'est ce qui fait qu'une famille génératrice y est automatiquement dense. La page hésite précisément là : « does imply » est barré et remplacé par « is equivalent with ». La correction va dans le bon sens.
  52. La réponse complète, dans les deux sens et avec ses conditions exactes, est à la page 48, qui reprend la question dans les mêmes termes et dans la même langue. Elle n'est pas ailleurs dans le dossier : c'est la seule continuité de cette portée dans la moitié anglaise du cours.
  53. C'est l'énoncé qui fait des topos localiques la partie « spatiale » de la théorie, et c'est la même donnée que celle du feuillet 28, où \(\gamma\) était exactement une telle application.
  54. C'est le premier topos classifiant explicite du dossier, et le plus simple qui soit : l'espace de Sierpiński classifie les valeurs de vérité. La page 36 annonçait le programme — « algèbre \(=\) topologie ! » — ; en voici le cas de base.
  55. La page note \(u^{!}\) l'adjoint à droite et l'attribution des propriétés de commutation y est brouillée ; nous écrivons \(u_{*}\), notation constante ailleurs dans le dossier, et rétablissons la chaîne. C'est la possession de deux adjoints qui fait qu'un morphisme entre topos de préfaisceaux issu d'un foncteur de sites est essentiel, au sens de la page 15.
  56. Le second membre demande la même convention de 2-flèches que celle discutée à la page 6 : c'est elle que note l'exposant \((\ )^{\circ}\). De même \(\underline{\mathrm{Pt}}(\widehat{C}') \simeq \mathrm{Pro}(C')\) est la forme opposée de l'énoncé \(\mathrm{Ind}(C^{\circ}) \simeq \mathrm{Fib}(\widehat{C})\) de la page 40.
  57. La page 48 écrit l'ordre à l'envers de celui fixé à la page 23 : ici \(O_{x}\) est l'ensemble des \(y \leq x\), là celui des \(y \geq x\). Les deux énoncés — \(\operatorname{Top}(X) \simeq \operatorname{Hom}(\underline{X}, \mathrm{Ens})\) à la page 24, et celui-ci — sont le même une fois la traduction faite. Nous gardons partout la convention de la page 23 et signalons ici l'échange plutôt que de renuméroter la page.
  58. La caractérisation d'un point essentiel par la commutation du foncteur fibre aux produits quelconques n'apparaît que sur cette page. C'est elle qui explique la terminologie des pages 23 à 26 : un point est essentiel exactement quand le morphisme de topos qu'il définit est essentiel, c'est-à-dire quand son image inverse a elle-même un adjoint à gauche.
  59. Que \(f_{!}\), extension de Kan à gauche le long de Yoneda, soit exacte à gauche lorsque \(f\) l'est et que \(C\) a des limites finies, est le fait qu'on attache aujourd'hui au nom de Diaconescu. La page l'énonce sans le démontrer et sans commentaire.
  60. Le carré du manuscrit porte \(B_{G}\) deux fois en bas, sans flèche entre les deux sommets : c'est le même topos, et c'est cette identification que le raisonnement utilise. La marge glose \(\varphi\) d'un mot juste : « oubli partiel des opérations de \(G\) — ou plutôt de \(H\) ».
  61. La marge porte « théorie de Galois pour \(Z\) locaux », lecture incertaine. C'est bien la correspondance galoisienne des revêtements, dont la version schématique — le groupe fondamental comme groupe d'automorphismes d'un foncteur fibre — est le sujet de SGA 1 V. Le mérite de cette demi-page est de la présenter non comme un théorème mais comme une lecture : un revêtement est une localisation du topos classifiant.
  62. La page note \(\mathbb{Z}\) l'espace sur lequel le groupe opère, là où \(Z\) ou \(X\) étaient attendus, et la phrase finale est laissée bancale (« on le foncteur … est une équivalence »). Nous écrivons \(Z\) partout.
  63. Deux indices concordants, et ils suffisent. La numérotation des théorèmes : Th. 1 et Th. 2 sont sur la page 54, Th. 3, Th. 5 et Th. 4 sur la page 53. Et la phrase : la page 54 s'interrompt sur « it is the finest topology for which », que la première ligne de la page 53 achève exactement — « the objects of \(\widetilde{C}\) [are] sheaves ». L'ordre 52, 54, 53 est donc le nôtre, mais il n'est pas une conjecture : il est ce que les deux feuillets disent d'eux-mêmes. Il s'ensuit que le dossier ne s'arrête pas au milieu d'une phrase, contrairement à ce que l'ordre matériel donne à croire : il s'arrête après le lemme de comparaison, au bas de la page 53. Nous conservons par ailleurs la numérotation du manuscrit, y compris l'ordre Th. 3, Th. 5, Th. 4 de la page 53 : c'est sous ces numéros que la page renvoie à ses propres énoncés, et les renuméroter rendrait le renvoi faux.
  64. La page omet le premier produit et écrit \(\operatorname{Ker}(F(X_{\alpha}) \rightrightarrows \ldots)\) ; c'est une abréviation, non une erreur de fond.
  65. L'exactitude à gauche de \(L\) repose sur le fait que \(T(X)\) est cofiltrant pour l'inclusion des cribles ; la page ne le mentionne pas. C'est la même hypothèse qui rend la colimite définissant \(LF\) exacte à gauche.
  66. La page glose, et la glose vaut d'être gardée : de là suivent « toutes les propriétés d'exactitude de \((\mathrm{Ens})\) qui n'engagent que des limites finies et des colimites quelconques ». C'est exactement la clause qui fait d'un topos une catégorie où l'on calcule comme dans les ensembles. Le corollaire sur les colimites est d'ailleurs celui qu'utilisait la page 20.
  67. L'exactitude à gauche de \(\varepsilon_{C}\) suppose que \(C\) ait des limites finies ; sans cela, \(\varepsilon_{C}\) est seulement plat. La page ne le dit pas ici, mais le suppose partout ailleurs dans le dossier.
  68. C'est la phrase que la page 54 laisse en suspens et que la page 53 achève ; le mot « finest » est donné pour une lecture douteuse par la transcription, et il est bien le bon : les topologies faisant de tout objet de \(\widetilde{C}\) un faisceau sont, par le Th. 3 ci-dessous qui renverse l'ordre, exactement celles qui sont moins fines que \(T\) — d'où \(T\) comme plus fine d'entre elles. La page 52 emploie d'ailleurs le même mot dans la même construction.
  69. C'est la correspondance entre topologies de Grothendieck sur \(C\) et localisations exactes à gauche de \(\widehat{C}\) — c'est-à-dire sous-topos de \(\widehat{C}\) — dont la formulation interne, par les topologies de Lawvere–Tierney, est postérieure. Elle est le pendant, du côté des sites, de l'énoncé sur les sous-topos dont la page 3 se servait pour prouver que \(\Pi(E,F)\) est un topos.
  70. Les quatre axiomes ne sont pas écrits sur la page — le cours devait les avoir donnés ailleurs — et nous ne les suppléons pas : ce sont les axiomes de Giraud, et les nommer suffit à situer l'énoncé sans lui prêter une formulation qui n'est pas la sienne.
  71. Dans l'ordre matériel des feuillets, la dernière page est la 54 et le dossier paraît s'interrompre au milieu d'une phrase. Dans l'ordre que les deux pages indiquent elles-mêmes, il s'achève ici, sur une remarque de méthode et non sur une rupture. Nous n'ajoutons rien à l'une ni à l'autre.