Cote n° 156-3 · pages 1–40 · Lecture modernisée · [Chapitre] III. Réseaux via découpages : notes manuscrites (08/06/1986) — lecture modernisée du dossier entier
Datation de l’inventaire : 1986
Édition de démonstration — interprétation personnelle de l'œuvre

Résumé

Prenez une ficelle et des ciseaux. Un coup de ciseaux la coupe en deux morceaux, deux coups en trois, \(n\) coups en \(n+1\). Supposons maintenant qu'on ne vous montre pas la ficelle, mais seulement le résultat de toutes les coupes possibles : quels points on peut couper ensemble, et, pour chaque coupe, quels points tombent dans le même morceau. Pouvez-vous reconstituer la ficelle ? Ces quarante feuillets, écrits les 8 et 9 juin 1986, répondent oui — à l'orientation près, puisque rien dans les coupes ne dit par quel bout commencer — et cherchent à faire de cette réponse une définition.

Le contexte est celui des deux chapitres précédents. Le premier (dossier 156-1) décrivait une « forme » de dimension un — un graphe dont les arêtes seraient continues — par ses lieux et ses segments ; le deuxième (dossier 156-2) étudiait des espaces coupés par des « lieux », comme un cylindre l'est par des cercles, et montrait que ces lieux s'ordonnent. Ce troisième chapitre propose de tout reprendre à partir de la seule opération de découpage : on se donne quels lieux peuvent être coupés ensemble sans se gêner — ils sont dits en position « modérée » — et, pour chaque ensemble fini de coupes, comment le reste se partage en morceaux. L'espoir est que tout le reste en découle.

Le chapitre ne traite à fond que le cas le plus simple, celui de la ligne, mais d'une ligne qui n'est pas forcément une droite : un ensemble ordonné où deux points ne sont pas toujours comparables, comme les cercles d'un cylindre dont deux peuvent se croiser. Il en dégage la notion de tronçon ordonné, montre que l'ordre se retrouve à partir de la relation « \(b\) est entre \(a\) et \(c\) », puis celle-ci à partir des découpages. Vient ensuite l'étude des parties « modérées » d'un tronçon : les réunions finies de morceaux et de points, ce qu'une coupe en un nombre fini d'endroits peut produire. Elles forment une sorte d'algèbre de Boole — réunion, intersection, complémentaire — à ceci près qu'on ne peut combiner que des parties qui sont en position modérée l'une par rapport à l'autre. L'image est celle de pièces de puzzle qu'on ne peut assembler que si leurs bords se correspondent.

Le mot « modéré » n'est pas neutre : deux ans plus tôt, l'Esquisse d'un programme réclamait une « topologie modérée », débarrassée des pathologies de la topologie générale. On en a aujourd'hui une version, la théorie des structures o-minimales, dont le premier axiome dit justement que les parties admissibles de la droite sont les réunions finies de points et d'intervalles.

La dernière page reprend la question de départ — caractériser la ligne par ses découpages — et la laisse : « J'ai commencé à faire l'exercice, mais j'ai l'impression que je n'ai pas la peine de l'expliciter jusqu'au bout. Ça doit avoir été fait depuis longtemps (Hilbert ?) ». On voit là une manière de travailler : poser une question, la pousser jusqu'à savoir qu'elle a une réponse et de quelle nature, et ne pas s'attarder à la rédiger lorsqu'on la croit déjà connue. Plusieurs questions restent ouvertes en chemin, posées telles quelles — « réciproque ? », « ??? » — et c'est souvent là que le lecteur trouvera à faire.

Keywords — betweenness relation, dense linear order, order topology, T0 space, interval algebra, tame topology, o-minimal structure, partial Boolean algebra

Le fil du dossier, et les conventions

  1. 1.Les données d'un réseau par découpages (pages 1 à 5), datées du 8 juin 1986.
  2. 2.La ligne ordonnée et les tronçons (pages 6 à 10).
  3. 3.Retrouver l'ordre à partir des découpages (pages 10 à 16).
  4. 4.Parties modérées fermées (pages 17 à 21).
  5. 5.La topologie d'un tronçon (pages 21 à 24), datée du 9 juin.
  6. 6.Bord, tronçons et pseudo-tronçons (pages 24 à 28).
  7. 7.Parties modérées et complémentaire modéré (pages 29 à 31).
  8. 8.L'algèbre des parties modérées (pages 31 à 33).
  9. 9.Relativisation et composantes connexes (pages 34 à 39).
  10. 10.Retour au réseau (page 40).

Les feuillets portent sa pagination 1 à 40, qui coïncide avec celle des archivistes. La page 1 porte le titre « Réseaux via découpages », la date du 8 juin 1986 et, dans un triangle, « GF III » : c'est le chapitre III de Vers une géométrie des formes, après « Vers une géométrie des formes (topologiques) » (dossier 156-1, 5–7 juin) et « Réalisations topologiques des réseaux » (dossier 156-2, 6–7 juin). Le lendemain du dernier feuillet, le 10 juin, s'ouvre au dossier 156-4 le chapitre IV, « Analysis situs (première mouture) ».

Trois axiomatiques des réseaux. Le dossier est la troisième tentative, en quatre jours, de dire ce qu'est un réseau. Au dossier 156-1, un réseau est un ensemble de lieux muni de segments et de leurs extrémités, soumis aux axiomes F\(_1\) à F\(_6\) (pages 5 à 23 de ce dossier) ; ses lieux singuliers sont les nœuds, et les composantes des lieux réguliers ses lignes. Au dossier 156-2, le réseau est le but annoncé d'une étude des failles et des mailles topologiques, et n'est pas atteint. Ici, les données premières sont les paires de lieux en position modérée et les découpages. Les trois ne sont pas fondues : chacune repart de zéro, et la seconde moitié de ce dossier abandonne le réseau pour le seul tronçon. Deux liens sont pourtant explicites. Le tronçon ordonné de la page 8 est exactement ce que la proposition de la page 9 du dossier 156-2 disait de l'ensemble des lieux d'une faille orientée, moins l'existence d'un plus petit et d'un plus grand élément ; et la structure de biordre de la page 13 du dossier 156-1 — une paire d'ordres opposés — est le « tronçon binordonné » de la page 11 ci-dessous. Le mot « disjoints », enfin, a ici le sens qu'il avait au dossier 156-2 pour les lieux d'une faille : distincts et comparables, et non d'intersection vide.

Conventions. \(\mathcal{L}\) désigne l'ensemble des lieux, puis, à partir de la page 6, un tronçon ordonné1 . \(\mathfrak{P}_{2}(\mathcal{L})\), \(\mathfrak{P}_{f}(\mathcal{L})\) sont les parties à deux éléments et les parties finies. \(\mathcal{L}_{<a}\), \(\mathcal{L}_{\leq a}\), \(]a,b[\), \([a,b]\), etc. ont leur sens ordinaire dans un ensemble ordonné, sans qu'on suppose l'ordre total : \([a,b] = \{x \mid a \leq x \leq b\}\). Quatre notions de bord coexistent dans les feuillets, et la page les note souvent du même point suscrit ; on les distingue ainsi : \(\dot{A}\), la frontière donnée d'une composante dans l'axiomatique abstraite (page 3) ; \(\partial T\), le bord absolu d'un pseudo-tronçon, ensemble de ses points extrêmes (page 25) ; \(\mathrm{Fr}\, X\), la frontière modérée d'une partie modérée (pages 18 et 29) ; \(\mathrm{Fr}_{\mathrm{top}}\, T\), la frontière pour la topologie canonique (page 25).

Ce que le dossier annonce et n'établit pas : les axiomes des réseaux par découpages eux-mêmes, au-delà des axiomes de finitude Dec\(_1\), Dec\(_2\) et de l'axiome de la page 4 ; les conditions qui caractérisent la relation d'intermédiarité d'un tronçon, et ses découpages (pages 16 et 40) ; la fin de l'énoncé sur les parties localement fermées (page 20) ; les propriétés 1) à 8) de l'algèbre des parties modérées (pages 32 et 33), énoncées sans démonstration ; la sobriété de la topologie canonique (page 22).

1–5

Les données d'un réseau par découpages (pages 1 à 5)

Le dossier s'ouvre sur une intention : « Je voudrais définir une autre axiomatique des structures de réseau sur un ensemble \(\mathcal{L}\) (ensemble des lieux)2 . » Les données sont au nombre de trois.

  1. (a)Une partie \(\mathfrak{S}_{0} \subset \mathfrak{P}_{2}(\mathcal{L})\), dont les éléments sont les 0-sphères — les paires de lieux « modérées ». Si \(\{a,b\} \in \mathfrak{S}_{0}\), on dit que \(a\) et \(b\) sont disjoints, ou en position relative modérée. Par convention, un lieu est en position modérée avec lui-même : la relation « \(a = b\) ou \(\{a,b\} \in \mathfrak{S}_{0}\) » est réflexive et symétrique3 . Une partie finie \(T\) est modérée si \(\mathfrak{P}_{2}(T) \subset \mathfrak{S}_{0}\), c'est-à-dire si ses éléments sont deux à deux disjoints ; on note \(\mathrm{Modf}(\mathcal{L})\) l'ensemble des parties finies modérées.
  2. (b)Pour tout \(T \in \mathrm{Modf}(\mathcal{L})\), une relation d'équivalence \(R_{T}\) sur le complémentaire modéré \[ C(T) = \{t \in \mathcal{L} \smallsetminus T \mid T \cup \{t\} \text{ est modérée}\}, \] dont les classes sont les composantes connexes de \(C(T)\).
  3. (c)Pour tout \(T \in \mathrm{Modf}(\mathcal{L})\) et toute composante \(A\) de \(C(T)\), une partie \(\dot{A} \subset T\), la frontière de \(A\).

La page 1 dit ce que (a) devient dans l'axiomatique « par les segments » du dossier 156-1 : deux lieux distincts sont disjoints si l'un d'eux est un nœud du réseau, ou s'ils sont sur des lignes différentes, ou s'ils sont sur une même ligne et forment le bord d'un segment4 . Sur une faille du dossier 156-2, c'est la relation entre lieux de la page 8 de ce dossier, et un découpage par \(n\) lieux deux à deux disjoints y donne les \(n+1\) failles recollées bout à bout de la page 9 : c'est l'image à garder pour (b).

Il prévoit que les axiomes, encore à écrire, entraîneront que la donnée (c) résulte de (b), et que (b) résulte de la seule donnée des \(R_{\varepsilon}\) pour \(\varepsilon \in \mathfrak{S}_{0}\). La donnée essentielle serait alors la relation de position modérée et, pour chaque 0-sphère \(\varepsilon\), le découpage de \(C(\varepsilon)\) en composantes. C'est ce programme que les pages 10 à 15 réalisent pour un tronçon.

Parties modérées cofinies. Les parties de la forme \(C(T)\) sont dites modérées cofinies. Si une partie est à la fois finie modérée et modérée cofinie, \(U = S = C(T)\), alors \(S \cup T\) est une partie finie modérée maximale, puisque tout lieu modéré par rapport à \(T\) est dans \(S\). Il veut qu'alors \(S \cup T = \mathcal{L}\), que \(\mathfrak{S}_{0} = \mathfrak{P}_{2} (\mathcal{L})\), que les \(R_{T}\) soient discrètes et les frontières vides. C'est l'axiome suivant, accompagné de l'exemple qui le motive.

Exemple 1 (page 4) : structure discrète. Si \(\mathfrak{S}_{0} = \mathfrak{P}_{2}(\mathcal{L})\), alors \(\mathrm{Modf}(\mathcal{L}) = \mathfrak{P}_{f}(\mathcal{L})\) et \(C(T) = \mathcal{L} \smallsetminus T\) ; on prend \(R_{T}\) discrète, les composantes sont des points et \(\dot{A} = \emptyset\). Axiome (page 4). Si \(T\) est une partie finie modérée maximale, alors \(T = \mathcal{L}\), et \(\mathcal{L}\) est discret.

Finitude. Viennent ensuite des hypothèses « draconiennes, peut-être provisoires » :

  1. Dec\(_{1}\)Toute partie modérée cofinie n'a qu'un nombre fini de composantes connexes.
  2. Dec\(_{2}\)Si \(T \subset S\) sont finies modérées, de sorte que \(U = C(S) \subset V = C(T)\)5 , toute composante \(A\) de \(U\) est contenue dans une composante \(B\) de \(V\), unique, et \(\dot{A} \cap T \subset \dot{B}\).

Autrement dit, ajouter des coupes raffine le découpage, et une extrémité d'un petit morceau qui était déjà une coupe reste une extrémité du grand morceau qui le contient.

6–10

La ligne ordonnée et les tronçons (pages 6 à 10)

Exemple 2 (page 6). Soit \(\mathcal{L}\) un ensemble ordonné filtrant croissant et filtrant décroissant, sans plus grand ni plus petit élément, localement filtrant croissant et décroissant, et divisible. On l'appelle une ligne ordonnée. On prend pour \(\mathfrak{S}_{0}\) les paires totalement ordonnées, c'est-à-dire les paires d'éléments distincts et comparables ; alors \(\mathrm{Modf}(\mathcal{L})\) est l'ensemble des parties finies totalement ordonnées.

Pour \(T = \{t_{1} < \cdots < t_{n}\}\), un élément est modéré par rapport à \(T\) s'il est comparable à chaque \(t_{i}\) ; il se range alors dans la chaîne, et \[ C(T) = \mathcal{L}_{<t_{1}} \sqcup \,]t_{1}, t_{2}[\, \sqcup \cdots \sqcup \,]t_{n-1}, t_{n}[\, \sqcup \mathcal{L}_{>t_{n}} . \] On décrète que ces \(n+1\) morceaux sont les composantes connexes ; ils sont non vides, par divisibilité et faute d'extrémités, et leurs frontières sont respectivement \(\{t_{1}\}\), \(\{t_{1}, t_{2}\}\), \dots, \(\{t_{n-1}, t_{n}\}\), \(\{t_{n}\}\). La structure ne dépend donc que de l'ordre — et même, puisque rien ne change si on le renverse, de la paire formée de l'ordre et de son opposé6 . On notera que les morceaux ne sont pas totalement ordonnés : \(]t_{1}, t_{2}[\) contient en général des éléments incomparables entre eux.

Tronçons de la ligne (page 7) : les parties \([s,t]\) (\(s \leq t\)), \(\mathcal{L}_{\leq s}\), \(\mathcal{L}_{\geq s}\) et \(\mathcal{L}\), de bords \(\{s,t\}\), \(\{s\}\), \(\{s\}\) et \(\emptyset\). Une partie modérée serait une réunion finie de tronçons disjoints deux à deux en position modérée, de bord la réunion des bords7 . C'est l'ébauche de ce que les pages 17 à 21 et 29 à 31 reprendront.

La page 8 dégage alors la notion qui portera tout le dossier, en laissant tomber l'hypothèse qu'il n'y a pas d'extrémités.

Définition (page 8). Un ensemble ordonné \(\mathcal{L}\) est un tronçon ordonné si :
  1. a)pour tout \(a\) tel que \(\mathcal{L}_{>a} \neq \emptyset\), \(\mathcal{L}_{>a}\) est filtrant décroissant : si \(x, y > a\), il existe \(z\) avec \(x, y \geq z > a\) ;
  2. a')dualement, si \(x, y < a\), il existe \(z\) avec \(x, y \leq z < a\) ;
  3. b)\(\mathcal{L}\) est filtrant croissant et décroissant : pour \(x, y\), il existe \(a, b\) avec \(a \leq x, y \leq b\) ;
  4. c)\(\mathcal{L}\) est divisible : si \(x < y\), il existe \(z\) avec \(x < z < y\) ;
  5. d)\(\mathrm{card}\, \mathcal{L} > 1\).

La condition d) est nécessaire, note la marge : a), b), c) sont satisfaites par un ensemble à au plus un élément8 . Un tronçon est un segment s'il a un plus petit et un plus grand élément, un intervalle s'il n'a ni l'un ni l'autre, un demi-intervalle s'il n'a que l'un des deux ; tout tronçon est de l'une des trois sortes et d'une seule, et l'opposé d'un tronçon est un tronçon de la même sorte, un demi-intervalle fermé à gauche devenant fermé à droite. Les lieux d'une faille orientée du dossier 156-2 forment un segment en ce sens : c'est la proposition de la page 9 de ce dossier. Une ligne ordonnée est un intervalle.

On pose \(\partial \mathcal{L}\) l'ensemble des éléments extrêmes (plus petit ou plus grand), et \[ \mathfrak{S}_{0}(\mathcal{L}) = \mathrm{Drap}_{2}(\mathcal{L}) = \{\{x,y\} \mid x < y\}, \] \[ \mathrm{Modf}(\mathcal{L}) = \mathrm{Drap}(\mathcal{L}) = \{S \in \mathfrak{P}_{f}(\mathcal{L}) \mid S \text{ totalement ordonnée}\}, \] les drapeaux de longueur deux et les drapeaux finis9 . Pour \(S = \{s_{1} < \cdots < s_{n}\}\), les composantes de \(C(S)\) sont celles des parties \[ \mathcal{L}_{<s_{1}},\ ]s_{1}, s_{2}[,\ \dots,\ ]s_{n-1}, s_{n}[,\ \mathcal{L}_{>s_{n}} \] qui ne sont pas vides10 : seules les deux extrêmes peuvent l'être, si \(s_{1}\) est le plus petit élément ou \(s_{n}\) le plus grand. Pour \(n = 0\) il y a une seule composante, \(\mathcal{L}\) ; pour \(n = 1\), au plus deux. Les frontières sont les mêmes que plus haut.

La page 10 énonce alors le but : retrouver la structure binaire du tronçon, et donc toute la structure (a), (b), (c), à partir de (a) seule et de (b) pour \(T \in \mathfrak{S}_{0}\). C'est, pour le tronçon, le programme de la page 3.

10–16

Retrouver l'ordre à partir des découpages (pages 10 à 16)

L'ordre se lit sur l'intermédiarité

Un tronçon binordonné est un ensemble muni d'une paire d'ordres opposés, chacun faisant de lui un tronçon ; c'est un tronçon dont on a oublié l'orientation. Pour \(a, b, c\) on note \[ \mathcal{R}(a,b,c) \iff a < b < c \ \text{ou}\ a > b > c, \] « \(b\) est strictement entre \(a\) et \(c\) », qui ne dépend pas du choix de l'ordre dans la paire et qui est symétrique en \(a\) et \(c\). Sa version large, \(\overline{\mathcal{R}}(a,b,c) \iff a \leq b \leq c\) ou \(a \geq b \geq c\), s'en déduit : \(\overline{\mathcal{R}}(a,b,c)\) équivaut à \(\mathcal{R}(a,b,c)\) ou \(b \in \{a,c\}\)11 . Dans la suite, « entre » sans adverbe est la relation large.

Lemme (page 11). Une structure de tronçon binordonné sur \(\mathcal{L}\) est déterminée par la relation ternaire \(\mathcal{R}\).

Démonstration. D'abord \(\mathcal{R}\) détermine \(\mathrm{Drap}_{2}(\mathcal{L})\) : deux éléments sont distincts et comparables si et seulement si un troisième est strictement entre eux — c'est la divisibilité. Ensuite il existe une paire \(\varepsilon = \{a,b\}\) d'éléments comparables distincts : si \(x \neq y\), b) donne \(a \leq x, y \leq b\), et \(a \neq b\) puisque sinon \(x = a = y\). On choisit l'ordre de la paire pour lequel \(a < b\) ; alors \[ \mathcal{L}_{\geq b} = \{x \mid x = b \text{ ou } \mathcal{R}(a,b,x)\}, \quad \mathcal{L}_{\leq a} = \{x \mid x = a \text{ ou } \mathcal{R}(b,a,x)\}, \quad ]a,b[ \,= \{x \mid \mathcal{R}(a,x,b)\} \] sont connus. Enfin \(u \leq v\) si et seulement s'il existe \(x \in \mathcal{L}_{\leq a}\) et \(y \in \mathcal{L}_{\geq b}\) avec \(x \leq u \leq v \leq y\) — c'est la filtration b), qui fournit \(x \leq u, a\) et \(y \geq v, b\) —, et l'on a alors \(x < y\). Il reste à exprimer \(x \leq u \leq v \leq y\) par l'intermédiarité, ce que fait le lemme suivant12 . \hfill\(\square\)

Lemme (page 13). Soient \(x, y, u, v\) quatre éléments d'un ensemble ordonné13 tels que \(x < y\), que \(u\) et \(v\) soient entre \(x\) et \(y\), et que \(u\) soit entre \(x\) et \(v\) (ou que \(v\) soit entre \(u\) et \(y\) : « une des deux suffit »). Alors \(x \leq u \leq v \leq y\).

Démonstration. Comme \(x < y\), « \(u\) entre \(x\) et \(y\) » donne \(x \leq u \leq y\), et de même pour \(v\). Si \(u\) est entre \(x\) et \(v\), ou bien \(x \leq u \leq v\), ou bien \(x \geq u \geq v\) ; dans le second cas \(u = x\) et \(v \leq x \leq v\), donc \(u = v\) et la conclusion vaut encore14 . \hfill\(\square\)

Le NB de la page 13 fait le compte : on a utilisé la divisibilité, et seulement pour déduire \(\mathrm{Drap}_{2}(\mathcal{L})\) de \(\mathcal{R}\), et la filtration b). Si l'on se donne à la fois \(\mathrm{Drap}_{2}(\mathcal{L})\) et \(\mathcal{R}\), la filtration suffit pour retrouver l'ordre à l'opposé près (page 14).

L'intermédiarité se lit sur les découpages

Il reste à retrouver \(\mathcal{R}\) à partir de \(\mathrm{Drap}_{2}(\mathcal{L})\) et des découpages des \(C(\varepsilon)\), \(\varepsilon \in \mathrm{Drap}_{2}(\mathcal{L})\)15 . Pour \(\varepsilon = \{a,b\}\) avec \(a < b\), un élément comparable à \(a\) et à \(b\) est plus petit que \(a\), entre eux ou plus grand que \(b\), et \[ C(\{a,b\}) = \mathcal{L}_{<a} \sqcup \,]a,b[\, \sqcup \mathcal{L}_{>b}. \]

Pour que \(\mathcal{R}(a,b,c)\) ait lieu, il faut d'abord que \(J = \{a,b,c\}\) soit un drapeau à trois éléments, ce que \(\mathrm{Drap}_{2}(\mathcal{L})\) suffit à dire. Pour chaque paire \(\varepsilon \subset J\), soit \(X_{\varepsilon}\) la composante de \(C(\varepsilon)\) qui contient le troisième élément de \(J\). Si \(a < b < c\) : \[ X_{\{a,b\}} = \mathcal{L}_{>b}, \qquad X_{\{b,c\}} = \mathcal{L}_{<b}, \qquad X_{\{c,a\}} = \,]a,c[, \] d'où \[ X_{\{a,b\}} \cap X_{\{b,c\}} = \emptyset, \qquad X_{\{a,b\}} \cap X_{\{c,a\}} = \,]b,c[\, \neq \emptyset, \qquad X_{\{b,c\}} \cap X_{\{c,a\}} = \,]a,b[\, \neq \emptyset, \] les deux dernières par divisibilité. L'élément du milieu est donc le seul élément de \(J\) pour lequel les deux paires qui le contiennent donnent des composantes disjointes : \(\mathcal{R}(a,b,c)\) se lit sur les découpages. « On gagne ! » Et le programme de la page 3 est rempli pour le tronçon : la relation de position modérée et les découpages des seules 0-sphères déterminent l'ordre à l'opposé près, donc tout le reste.

Le nom actuel de \(\mathcal{R}\) est celui de relation d'intermédiarité (betweenness)16 .

Remarques (page 16)

(1) Soit \(\mathcal{T}\) une sous-catégorie pleine de celle des ensembles ordonnés telle que : a) tout objet est filtrant croissant et décroissant, de cardinal \(\neq 1\) (donc \(\geq 2\)) ; b) tout objet est divisible ; c) si \(\mathcal{L} \in \mathcal{T}\) et \(\mathcal{L}_{>x} \neq \emptyset\), alors \(\mathcal{L}_{>x} \in \mathcal{T}\) ; c') l'énoncé dual. Il existe une plus grande telle \(\mathcal{T}\), stable par passage à l'ordre opposé, et ses objets sont les tronçons ordonnés. C'est juste17 : c'est une définition des tronçons par stabilité, et elle explique le choix des axiomes de la page 8.

(2) Il faudrait expliciter quelles conditions \(\mathcal{R}(a,b,c)\) doit satisfaire pour provenir d'un tronçon binordonné, et de même pour la donnée de \(\mathfrak{S}_{0}\) et des \(R_{\varepsilon}\). La question reste ouverte dans le dossier ; la page 40 y revient.

17–21

Parties modérées fermées (pages 17 à 21)

Sous-tronçons fermés. Un sous-tronçon fermé de \(\mathcal{L}\) est une partie de la forme \([a,b]\) avec \(a < b\), \(\mathcal{L}_{\leq a}\) avec \(a\) non minimum, \(\mathcal{L}_{\geq b}\) avec \(b\) non maximum, ou \(\mathcal{L}\) ; c'est un tronçon pour l'ordre induit18 . Un pseudo-tronçon fermé est un sous-tronçon fermé ou un point19 . Ses extrémités sont \(a\) et \(b\), \(a\), \(b\), aucune, ou le point lui-même ; deux pseudo-tronçons fermés sont en position relative modérée si la réunion de leurs extrémités est totalement ordonnée20 . Une marge et quelques lignes biffées, lues par fragments, évoquent déjà une topologie de base les \(]a,b[\), \(\mathcal{L}_{>a}\), \(\mathcal{L}_{<a}\) : c'est celle du 9 juin.

Théorème (page 18). Soit \(X \subset \mathcal{L}\) une réunion \(X = \bigcup_{i \in I} T_{i}\) d'une famille finie de pseudo-tronçons fermés, deux à deux disjoints et en position relative modérée. Alors la famille \((T_{i})\) est déterminée par \(X\) — ce sont les composantes de \(X\) — et l'on pose \(\mathrm{Fr}\, X = \bigcup_{i} \mathrm{Fr}\, T_{i}\). On dit que \(X\) est une partie modérée fermée.

L'unicité est juste21 . La frontière modérée \(\mathrm{Fr}\, X\) — la page la note \(\dot{X}\) — est vide si et seulement si \(X = \emptyset\) ou \(X = \mathcal{L}\)22 . Deux parties modérées fermées \(X\), \(Y\) sont en position relative modérée si \(\mathrm{Fr}\, X \cup \mathrm{Fr}\, Y\) est totalement ordonnée.

Proposition (page 19). Soient \(X\), \(Y\) deux parties modérées fermées en position relative modérée. Alors \(X \cap Y\) est une partie modérée fermée, et \[ \mathrm{Fr}(X \cap Y) \subset \mathrm{Fr}\, X \cup \mathrm{Fr}\, Y . \] \(X\) et \(Y\) ont une borne supérieure \(X \cup_{\mathrm{mod}} Y\) dans l'ensemble des parties modérées fermées, et \(\mathrm{Fr}(X \cup_{\mathrm{mod}} Y) \subset \mathrm{Fr}\, X \cup \mathrm{Fr}\, Y\). Il en est de même d'une famille finie \((X_{i})\) de parties modérées fermées deux à deux en position modérée.

La page n'en donne pas de démonstration ; l'énoncé est juste23 . La borne supérieure n'est pas la réunion :

Exemple (pages 19 et 20). \([a,b] \cup_{\mathrm{mod}} [b,c] = [a,c]\), mais en général \([a,b] \cup [b,c] \neq [a,c]\). Si \(a\) est le plus petit élément et \(c\) le plus grand, \([a,b] \cup [b,c]\) est l'ensemble des éléments comparables à \(b\), et \([a,c] = \mathcal{L}\). Ainsi \(\mathcal{L}\) est totalement ordonné si et seulement si, pour tout \(b\), \[ \mathcal{L}_{\leq b} \cup_{\mathrm{mod}} \mathcal{L}_{\geq b} \;(= \mathcal{L}) \;=\; \mathcal{L}_{\leq b} \cup \mathcal{L}_{\geq b}. \]

Parties localement fermées

Soient \(X \supset Y\) deux parties modérées fermées en position relative modérée, et \[ C_{\mathrm{mod}}(Y,X) = \{x \in X \smallsetminus Y \mid x \text{ est en position relative modérée avec } Y\}, \] c'est-à-dire \(\{x\} \cup \mathrm{Fr}\, Y\) totalement ordonné. Le théorème de la page 20 affirme qu'il existe une plus petite partie modérée fermée \(Z \subset X\) contenant \(C_{\mathrm{mod}}(Y,X)\), que la marge note \(X \mathbin{-_{\mathrm{mod}}} Y\)24 . La page 21 précise : si \(F\) est la frontière relative de \(Y\) dans \(X\), alors \(F\) est une partie modérée fermée (une chaîne finie), en position modérée avec \(Y\), contenue dans \(Z\), sans point isolé de \(Z\), et \[ C_{\mathrm{mod}}(Y,X) = C_{\mathrm{mod}}(F, Z) . \] Sur un exemple totalement ordonné, \(X = [0,3]\) et \(Y = [1,2]\), on trouve \(C_{\mathrm{mod}}(Y,X) = [0,1[ \,\cup\, ]2,3]\), \(Z = [0,1] \cup [2,3]\) et \(F = \{1,2\}\), et l'égalité est claire25 . Une partie modérée localement fermée serait ainsi de la forme \(Z \smallsetminus F\) ; la définition n'est pas écrite.

21–24

La topologie d'un tronçon (pages 21 à 24)

Le 9 juin, il munit un tronçon ordonné \(\mathcal{L}\) d'une topologie, dite canonique, de base d'ouverts les \(]a,b[\) (\(a < b\)), les \(\mathcal{L}_{<a}\) et les \(\mathcal{L}_{>b}\). Ce sont bien les ouverts d'une base : ce sont exactement les axiomes a) et a') des tronçons qui le garantissent26 . Si \(\mathcal{L}\) n'a pas de plus petit élément, on peut omettre les \(\mathcal{L}_{<a}\), réunions de \(]c,a[\), et dualement. Pour un tronçon totalement ordonné, c'est la topologie de l'ordre.

Les points ne sont pas nécessairement fermés. Pour l'ensemble des lieux d'une faille, la page relie l'adhérence d'un point à l'inclusion des lieux et en déduit que \(\overline{\{a\}} = \overline{\{b\}}\) entraîne \(a = b\) : l'espace est \(T_{0}\)27 . Il ne sait pas, dit-il, si c'est le cas pour tout tronçon, ni si la topologie canonique est sobre — toute partie fermée irréductible aurait un point générique28 . La première question a une réponse négative : dans la droite réelle où l'on dédouble l'origine en deux points incomparables \(0\) et \(0'\), placés l'un et l'autre au-dessus des réels négatifs et au-dessous des réels positifs, on a un tronçon ordonné, et tout ouvert de base qui contient l'un des deux points contient l'autre ; l'espace n'est pas \(T_{0}\)29 . Lorsque \(\mathcal{L}\) est totalement ordonné, en revanche, il est séparé, et les \([a,b]\), \(\mathcal{L}_{\geq a}\), \(\mathcal{L}_{\leq a}\) sont fermés ; la réciproque est posée en question.

Une seconde topologie, de base de fermés les \([a,b]\), \(\mathcal{L}_{\geq a}\), \(\mathcal{L}_{\leq a}\), rendrait les « segments » fermés ; mais alors « on est ennuyé, car \(]a,b[\) n'a plus aucune raison d'être ouvert ! ». On peut prendre la topologie engendrée par les deux familles d'ouverts — \(\mathcal{L}_{<a}\), \(\mathcal{L}_{>a}\), \(]a,b[\) d'une part, \(\complement \mathcal{L}_{\geq a}\), \(\complement \mathcal{L}_{\leq a}\), \(\complement [a,b]\) d'autre part — qui est la moins fine des topologies plus fines que les deux30 . Les questions naturelles sont alors \[ \overline{]a,b[} = [a,b] \ ? \qquad \overline{\mathcal{L}_{<a}} = \mathcal{L}_{\leq a} \ ? \qquad \overline{\mathcal{L}_{>a}} = \mathcal{L}_{\geq a} \ ? \] (pour \(a\) non extrême dans les deux dernières). Le point crucial serait que tout ouvert élémentaire contenant \(a\) contienne un \(]a, \varepsilon[\) ; c'est faux, dit la page, déjà pour l'ensemble des lieux d'une faille : un croquis montre \(a \in \complement [x,y]\) avec \(]a,b[ \,\subset [x,y]\)31 .

Il décide finalement (page 24) de garder la première topologie, et d'appeler néanmoins, par abus de langage, sous-tronçons fermés les \([a,b]\), \(\mathcal{L}_{\leq a}\), \(\mathcal{L}_{\geq b}\) et \(\mathcal{L}\), non réduits à un point — ceux de la page 17 — bien qu'ils ne soient pas toujours fermés pour elle.

24–28

Bord, tronçons et pseudo-tronçons (pages 24 à 28)

Le bord absolu

Pour un sous-tronçon fermé ou un point \(T\), le bord absolu est \[ \partial T = \{t \in T \mid t \text{ est le plus petit ou le plus grand élément de } T\}, \] de cardinal \(0\), \(1\) ou \(2\). Ainsi \(\partial \{a\} = \{a\}\), \(\partial [a,b] = \{a,b\}\), et \(\partial \mathcal{L}_{\geq a} = \{a\}\), \(\partial \mathcal{L}_{\leq a} = \{a\}\) si \(\mathcal{L}\) n'a pas d'élément extrême du côté ouvert32 . Le bord absolu se compare à la frontière topologique : \[ \partial T = (\mathrm{Fr}_{\mathrm{top}}\, T \cap T) \cup (T \cap \partial \mathcal{L}), \] réunion disjointe dès que \(T\) n'est pas un point33 : un point de \(T\) qui est dans la frontière est une extrémité, et une extrémité qui n'est pas une extrémité de \(\mathcal{L}\) est dans la frontière.

Tronçons et pseudo-tronçons

Un tronçon de \(\mathcal{L}\) est une partie de la forme \(T' = T \smallsetminus \alpha\), où \(T\) est un sous-tronçon fermé et \(\alpha \subset \partial T\) : \[ ]a,b],\ [a,b[,\ ]a,b[ \ (a < b), \qquad \mathcal{L}_{<a} \ (a \neq 0_{\mathcal{L}}), \qquad \mathcal{L}_{>a} \ (a \neq \omega_{\mathcal{L}}), \qquad \mathcal{L}, \] avec les sous-tronçons fermés eux-mêmes34 . Cette écriture est unique : \(T\) est l'adhérence de \(T'\), au sens de la plus petite partie modérée fermée qui le contient35 . Les tronçons \(]a,b[\), \(\mathcal{L}_{<a}\), \(\mathcal{L}_{>a}\), \(\mathcal{L}\) sont dits ouverts — ce sont bien des ouverts de la topologie canonique —, et \(]a,b]\), \([a,b[\) semi-ouverts36 . Attention : si \(a\) est le plus petit élément, \([a,b[ = \mathcal{L}_{<b}\) est ouvert ; \(\mathcal{L}\) est à la fois ouvert et fermé.

Un pseudo-tronçon est un tronçon ou un point. Pour \(T' = T \smallsetminus \alpha\) on pose \(\partial T' = \partial T\), qui n'est plus, prévient la marge, le bord absolu de \(T'\) pour l'ordre induit37 . Deux pseudo-tronçons \(T\), \(T'\) sont en position relative modérée si \(\partial T \cup \partial T'\) est totalement ordonné.

Proposition (page 27). Si \(T\), \(T'\) sont des pseudo-tronçons en position relative modérée, \(T \cap T'\) est vide ou est un pseudo-tronçon, et \(\partial(T \cap T') \subset \partial T \cup \partial T'\).

« Immédiat » : les extrémités sont dans une chaîne, et l'intersection va de la plus grande des extrémités inférieures à la plus petite des supérieures, une extrémité étant prise si elle est dans les deux. Elle peut être un point (\(]a,b] \cap [b,c] = \{b\}\)) ou vide (\(]a,b[ \,\cap\, [b,c]\)).

L'ordre entre pseudo-tronçons

Une relation d'ordre, qui n'est pas l'inclusion : pour deux pseudo-tronçons disjoints et en position relative modérée, on écrit \[ T \prec T' \iff t < t' \ \text{pour tous } t \in T,\ t' \in T' . \] Elle est transitive38 . Si \(T \prec T'\), \(T\) est majoré, et a une borne supérieure \(a = \mathrm{Sup}\, T\), extrémité supérieure de son adhérence, avec \(T \subset \mathcal{L}_{\leq a}\) ; de même \(b = \mathrm{Inf}\, T'\), et \(a \leq b\)39 .

La position est de raccordement si \(a = b\) et si \(a\) appartient à \(T\) ou à \(T'\) — à l'un des deux seulement, puisqu'ils sont disjoints : ainsi \(]x,a]\) et \(]a,y[\). On renforce \(\prec\) en \[ T \ll T' \iff T \prec T' \text{ sans raccordement} \iff \exists x \in \mathcal{L},\ T \subset \mathcal{L}_{<x},\ T' \subset \mathcal{L}_{>x}. \] C'est la position relative propre40 .

Proposition (page 28). Soient \(T \prec T'\), \(a = \mathrm{Sup}\, T\), \(b = \mathrm{Inf}\, T'\). Sont équivalents :
  1. a)\(T\) et \(T'\) ne se raccordent pas : si \(a \in T\) ou \(b \in T'\), alors \(a \neq b\) ;
  2. b)il existe \(x\) avec \(T \subset \mathcal{L}_{<x}\) et \(T' \subset \mathcal{L}_{>x}\) ;
  3. c)il existe un pseudo-tronçon \(S\) avec \(T \prec S \prec T'\), \(T\) et \(S\) se raccordant, ainsi que \(S\) et \(T'\).
De plus \(S\) est unique, et \(\partial S = \{a, b\}\) : c'est le pseudo-tronçon d'extrémités \(a\) et \(b\), qui contient \(a\) si et seulement si \(a \notin T\), et \(b\) si et seulement si \(b \notin T'\). On l'appelle le pseudo-tronçon interstitiel entre \(T\) et \(T'\).

\noindent Si \(a = b\) n'appartient à aucun des deux, l'interstitiel est le point \(\{a\}\)41 .

Corollaire 1 (page 28). Soit \(T\) un tronçon strictement minoré, d'extrémité inférieure \(c\). Il existe un unique pseudo-tronçon \(S\) tel que \(S \prec T\), que \(S\) et \(T\) se raccordent, et que \(S\) n'ait pas de minorant strict : c'est \(\mathcal{L}_{\leq c}\) si \(c \notin T\), \(\mathcal{L}_{<c}\) si \(c \in T\). Corollaire 2. On l'appelle le pseudo-tronçon interstitiel gauche de \(T\) ; on définit de même, si \(T\) est strictement majoré, l'interstitiel droit.

\noindent La page décrit encore \(S\) comme l'ensemble des minorants stricts de \(T\), avec la même réserve qu'à la proposition42 .

29–31

Parties modérées et complémentaire modéré (pages 29 à 31)

Soit \(\mathrm{Tr}(\mathcal{L})\) l'ensemble des pseudo-tronçons, ordonné par \(\ll\). Pour une partie finie totalement ordonnée \(\Phi = \{T_{1} \ll \cdots \ll T_{n}\}\) de \(\mathrm{Tr}(\mathcal{L})\), on pose \[ X_{\Phi} = \bigsqcup_{i} T_{i} , \] réunion disjointe.

Proposition (page 29). L'application \(\Phi \mapsto X_{\Phi}\), des drapeaux finis de \((\mathrm{Tr}(\mathcal{L}), \ll)\) dans les parties de \(\mathcal{L}\), est injective.

En effet, les \(T_{i}\) sont les pseudo-tronçons maximaux contenus dans \(X_{\Phi}\)43 . Les parties de la forme \(X_{\Phi}\) sont dites modérées ; les \(T_{i}\) sont leurs composantes — « connexes ! », mais pas pour la topologie canonique —, et leur ensemble est noté \(\pi_{0}(X)\). Les parties modérées fermées des pages 17 à 21 sont celles dont toutes les composantes sont fermées. La frontière modérée est \[ \mathrm{Fr}(X_{\Phi}) = \Bigl(\bigcup_{i} \partial T_{i}\Bigr) \smallsetminus \varepsilon, \qquad \varepsilon = \{t \in \partial \mathcal{L} \cap X_{\Phi} \mid \{t\} \notin \Phi\} : \] on retire de la réunion des bords, qui est un drapeau de \(\mathcal{L}\), les extrémités de \(\mathcal{L}\) dont \(X\) est un voisinage — celles qui sont dans \(X\) sans y être une composante isolée. C'est une frontière relative à \(\mathcal{L}\), mais pas pour sa topologie, prévient la marge44 .

Un \(x \in \mathcal{L}\) est en position modérée avec \(X\) s'il l'est avec chaque composante, c'est-à-dire si \(\{x\} \cup \mathrm{Fr}\, X\) est totalement ordonné — ce qui revient au même avec \(\bigcup \partial T_{i}\), les éléments extrêmes de \(\mathcal{L}\) étant comparables à tous. Le complémentaire modéré \[ X' = C_{\mathrm{mod}}(X) = \{x \in \mathcal{L} \smallsetminus X \mid x \text{ est en position modérée avec } X\} \] est une partie modérée, et c'est la plus grande partie modérée \(Y \subset \mathcal{L} \smallsetminus X\) en position modérée avec \(X\). Ses composantes sont les \(n - 1\) interstitiels entre \(T_{i}\) et \(T_{i+1}\), plus, s'ils existent, l'interstitiel gauche de \(T_{1}\) et l'interstitiel droit de \(T_{n}\). Si \(n'\) est le nombre de composantes de \(X'\), on a donc, pour \(n \geq 1\)45 : \[ n' = \begin{cases} n - 1 & T_{1} \text{ non strictement minoré, } T_{n} \text{ non strictement majoré,} \\ n & \text{un seul des deux,} \\ n + 1 & T_{1} \text{ strictement minoré et } T_{n} \text{ strictement majoré,} \end{cases} \] d'où \(|\mathrm{card}\, \pi_{0}(X) - \mathrm{card}\, \pi_{0}(X')| \leq 1\).

31–33

L'algèbre des parties modérées (pages 31 à 33)

Sur \(\mathcal{M} = \mathrm{Mod}(\mathcal{L})\), ensemble des parties modérées, il y a trois structures : a) l'ordre d'inclusion ; b) la relation « \(\{X, Y\}\) modérée » ; c) la partie \(\mathcal{M}_{f} = \mathrm{Modfer}(\mathcal{L})\) des parties modérées fermées. La marge demande si b) se déduit de l'ordre — par exemple, « \(\{X,Y\}\) modérée ssi \(X \wedge Y\) existe ??? » —, et la question reste sans réponse.

Les propriétés suivantes sont énoncées sans démonstration46 :

  1. 1)\(\mathcal{M}\) a un plus petit élément \(\emptyset\) et un plus grand \(1 = \mathcal{L}\).
  2. 2)\(X \subset Y \Rightarrow \{X, Y\}\) modérée.
  3. 3)Si \(\{X,Y\}\) est modérée, \(X \wedge Y\) et \(X \vee Y\) existent dans \(\mathcal{M}\). Attention, note la marge : \(X \vee Y\) n'est pas la réunion \(X \cup Y\).
  4. 4)Pour tout \(X\), il y a un plus grand \(Y\) parmi ceux tels que \(\{X,Y\}\) soit modérée et \(X \wedge Y = \emptyset\) : c'est \(X'\), et c'est l'unique élément tel que \(\{X', X\}\) soit modérée, \(X' \wedge X = \emptyset\) et \(X' \vee X = 1\). L'application \(X \mapsto X'\) est une involution qui renverse l'ordre ; \(\{X',Y'\}\) est modérée si et seulement si \(\{X,Y\}\) l'est, et alors \((X \wedge Y)' = X' \vee Y'\), \((X \vee Y)' = X' \wedge Y'\). En fait, ajoute la marge, \(\{X,Y\}\) est modérée si et seulement si \(\{X,Y'\}\) l'est.
  5. 5)\(\emptyset, 1 \in \mathcal{M}_{f}\).
  6. 6)Toute \(X\) est contenue dans une plus petite partie modérée fermée \(\overline{X}\), son adhérence ; si \(\{X,Y\}\) est modérée, \(\overline{X \vee Y} = \overline{X} \vee \overline{Y}\).
  7. 7)Si \(\{X,Y\}\) est modérée, \(\{\overline{X}, Y\}\) l'est aussi, donc \(\{\overline{X}, \overline{Y}\}\).
  8. 8)On définit l'intérieur \(X^{\circ} = (\overline{X'})'\) et la frontière \(\mathrm{Fr}\, X = \overline{X} \wedge \overline{X'}\), de sorte que \((\mathrm{Fr}\, X)' = X^{\circ} \vee X'^{\circ}\). Si \(\{X,Y\}\) est modérée, \(\{\mathrm{Fr}\, X, \mathrm{Fr}\, Y\}\) l'est, et \(\mathrm{Fr}\, X \cup \mathrm{Fr}\, Y\) est modérée47 .

Une marge de la page 32 dit l'essentiel : une famille de parties deux à deux modérées engendre, pour \(\wedge\), \(\vee\) et \('\), une sous-algèbre de Boole, finie si la famille l'est. En notation d'anneau, \[ X + Y = (X \vee Y) \wedge (X \wedge Y)', \qquad X \cdot Y = X \wedge Y, \] \[ X \vee Y = X + Y + XY, \qquad X \leq Y \iff XY = X, \] avec \(0 = \emptyset\) et \(1 = \mathcal{L}\)48 . Une structure de ce type — un ensemble muni d'une relation réflexive et symétrique de compatibilité, toute famille d'éléments deux à deux compatibles étant contenue dans une algèbre de Boole — s'appelle aujourd'hui une algèbre de Boole partielle49 . Pour \(\mathcal{L}\) totalement ordonné, c'est une algèbre de Boole, celle des parties définissables de la droite dans un ordre dense : la condition qui définit les structures o-minimales est que les parties définissables de la droite soient exactement de cette forme50 .

Enfin, pour \(X \in \mathcal{M}\), sont équivalents (page 33) : a) \(X \subset \mathrm{Fr}\, X\), c'est-à-dire \(X^{\circ} = \emptyset\), ou encore \(X'\) dense (\(\overline{X'} = 1\)) ; b) \(X = \mathrm{Fr}\, X\), c'est-à-dire \(X\) fermé et rare, \(X'\) ouvert dense ; c) \(X\) est une partie finie de \(\mathcal{L}\). Les parties rares sont les chaînes finies51 . Une phrase en partie illisible demande quelles conditions imposer à un ensemble ordonné \(\mathcal{M}\) satisfaisant 1) à 7) pour qu'il soit de cette forme.

34–39

Relativisation et composantes connexes (pages 34 à 39)

Relativiser à une partie

Pour \(A \in \mathcal{M}\), soit \(\mathcal{M}_{A} = \mathcal{M}_{\leq A} = \{Y \in \mathcal{M} \mid Y \subset A\}\), avec l'ordre induit et la relation « modérée » induite ; \(X \in \mathcal{M}_{A}\) est fermé dans \(A\) si \(X = \overline{X} \wedge A\), c'est-à-dire s'il existe \(Z \in \mathcal{M}_{f}\) avec \(\{Z, A\}\) modérée et \(X = Z \wedge A\). Les conditions 1) à 7) restent satisfaites, et la page les vérifie une à une, en admettant celles de \(\mathcal{M}\) :

  1. 1)\(0_{\mathcal{M}_{A}} = \emptyset\) et \(1_{\mathcal{M}_{A}} = A\)52 ;
  2. 2)est triviale ;
  3. 3)les bornes \(X \wedge Y\), \(X \vee Y\) calculées dans \(\mathcal{M}\) sont majorées par \(A\), et sont les bornes dans \(\mathcal{M}_{A}\) ;
  4. 4)le complémentaire de \(X\) dans \(\mathcal{M}_{A}\) est \(X' \wedge A\) : un \(Y \subset A\) modéré avec \(X\) et tel que \(X \wedge Y = \emptyset\) est majoré par \(X'\) et par \(A\)53 . Plus conceptuellement (page 35), les opérations de \(\mathcal{M}_{A}\) sur une famille de parties deux à deux modérées, et modérées avec \(A\), sont celles de \(\mathcal{M}\) suivies du produit par \(A\) : on travaille dans l'idéal principal engendré par \(A\) dans une algèbre de Boole, qui est une algèbre de Boole d'unité \(A\). Et si \(\{X,Y\}\) est modérée, \(\{A \wedge X', A \wedge Y'\}\) l'est aussi ;
  5. 5)est triviale ;
  6. 6)l'adhérence de \(X\) dans \(\mathcal{M}_{A}\) est \(\overline{X} \wedge A\), et pour \(\{X,Y\}\) modérée, \[ \overline{X \vee Y}^{A} = \overline{X \vee Y} \wedge A = (\overline{X} \vee \overline{Y}) \wedge A = (\overline{X} \wedge A) \vee (\overline{Y} \wedge A) = \overline{X}^{A} \vee \overline{Y}^{A} ; \]
  7. 7)si \(\{X,Y\}\) est modérée, \(\{X, Y, A\}\) l'est, donc \(\{\overline{X}, Y, A\}\), donc \(\{\overline{X}^{A}, Y\}\). « OK ».

Connexité

On dit que \(\mathcal{M}\) est connexe si les seuls éléments à la fois ouverts et fermés sont \(\emptyset\) et \(1\). Lorsque les éléments ouverts et fermés engendrent une algèbre de Boole finie, les composantes connexes sont ses atomes, les éléments non nuls minimaux parmi les ouverts fermés54 .

Exemple (pages 37 et 38). Soit \(A = X_{\Phi} = \bigsqcup T_{i}\) une partie modérée de \(\mathcal{L}\). Les composantes connexes de \(\mathcal{M}_{A}\) sont les pseudo-tronçons \(T_{i}\).

Démonstration. On a \(A = \bigvee T_{i}\) dans \(\mathcal{M}\), et \(T_{i} \wedge T_{j} = \emptyset\) pour \(i \neq j\). Il suffit de voir que chaque \(T_{i}\) est ouvert et fermé dans \(A\), et connexe. a) \(T_{i}\) est fermé dans \(A\) : \(\overline{T_{i}} \cap A = T_{i}\), parce que l'adhérence modérée d'un pseudo-tronçon est le pseudo-tronçon fermé associé, dont les extrémités ajoutées ne sont pas dans \(A\) ; les autres \(T_{j}\) l'étant aussi, \(T_{i}\) est ouvert. b) \(T\) est connexe : on regarde \(T\) comme un tronçon en lui-même, ce qui ramène au cas \(T = \mathcal{L}\) (puisque \((\mathcal{M}_{\mathcal{L}})_{T} = \mathcal{M}_{T}\)). Une partie \(X\) ouverte et fermée a une frontière \(\overline{X} \wedge \overline{X'} = X \wedge X' = \emptyset\) ; la frontière modérée de \(X = \bigsqcup T_{j}\) est vide si et seulement si chaque \(T_{j}\) est \(\mathcal{L}\) ; donc \(X = \emptyset\) ou \(X = \mathcal{L}\)55 . \hfill\(\square\)

Subdivision

NB (page 39). Soit \((X_{\alpha})\) une famille finie de parties modérées deux à deux modérées, de sorte que \(S = \bigcup_{\alpha} \mathrm{Fr}\, X_{\alpha}\) est une chaîne \(t_{1} < \cdots < t_{n}\). L'algèbre de Boole engendrée par les \(X_{\alpha}\) a pour atomes, parmi \[ \mathcal{L}_{<t_{1}}\ (\text{si } t_{1} \notin \partial \mathcal{L}),\ \{t_{1}\},\ ]t_{1}, t_{2}[,\ \{t_{2}\},\ ]t_{2}, t_{3}[,\ \dots,\ \{t_{n}\},\ \mathcal{L}_{>t_{n}}\ (\text{si } t_{n} \notin \partial \mathcal{L}), \] ceux qui sont nécessaires pour engendrer les \(X_{\alpha}\) ; elle est donc connue dès qu'on connaît \(S\).

C'est la subdivision du tronçon par la chaîne \(S\)56 . Si \(\mathcal{L}\) n'est pas totalement ordonné, ces morceaux ne recouvrent pas \(\mathcal{L}\) comme ensemble : un élément incomparable à \(t_{1}\) n'est dans aucun. Leur borne supérieure dans \(\mathcal{M}\) est pourtant \(1\) — c'est l'avertissement de la page 32, \(X \vee Y \neq X \cup Y\).

40–40

Retour au réseau (page 40)

La dernière page revient à la question de départ, sous le titre « Caractérisation d'un intervalle ordonné, en tant que réseau » : caractériser un intervalle ordonné par la donnée de \[ S \subset \mathfrak{P}_{2}(\mathcal{L}), \quad \text{qui doit être } \mathrm{Drap}_{2}(\mathcal{L}), \] et, pour \(\varepsilon = \{a,b\} \in S\), de la décomposition de \[ \complement_{\mathrm{mod}}\, \varepsilon = \{x \in \mathcal{L} \mid \{a,x\}, \{b,x\} \in S\} \] en composantes connexes, par une relation \(R_{\varepsilon}\). C'est exactement la donnée (a) des 0-sphères et la donnée (b) restreinte aux 0-sphères de la page 3 ; les pages 10 à 15 ont montré qu'elle détermine l'intervalle, et la remarque (2) de la page 16 demandait quels axiomes elle doit satisfaire.

« J'ai commencé à faire l'exercice, mais j'ai l'impression que je n'ai pas la peine de l'expliciter jusqu'au bout. Ça doit avoir été fait depuis longtemps (Hilbert ?) dans le cas totalement ordonné (et divisible) (en termes de la relation : \(s\) est entre \(a\) et \(b\)\dots) ». Dans le cas totalement ordonné, la caractérisation par l'intermédiarité est en effet classique ; dans le cas partiellement ordonné, qui est celui des lieux d'une faille et donc celui qui l'intéressait, elle l'est moins57 . Le dossier s'arrête là. Le lendemain, le chapitre IV recommence autrement, par l'« Analysis situs ».

Notes

  1. À partir de la page 21, la page écrit \(L\) en capitale droite. On garde \(\mathcal{L}\) partout. ↩
  2. « autre axiomatique » est lu avec doute. Dans l'angle supérieur gauche, deux ou trois mots biffés n'ont pas été lus. ↩
  3. La marge de la page 1 le dit ; la page 2 écrit « \(s \neq t\) ou \(\{s,t\} \in \mathfrak{S}_{0}\) », sous des notes marginales qui couvrent le début des lignes. On lit \(s = t\), comme dans la marge de la page 1 : avec \(s \neq t\) la condition serait toujours remplie. ↩
  4. Le crochet de la page 1 n'est lu qu'en partie : plusieurs mots sont surchargés ou illisibles, et « nœud », « lignes », « sur une même » sont des lectures douteuses. On n'en retient que le sens d'ensemble, qui est celui des nœuds et des lignes définis à la page 23 du dossier 156-1. ↩
  5. La page écrit « \(U \subset V\) i.e. \(T \subset S\) ». Seule l'implication \(T \subset S \Rightarrow C(S) \subset C(T)\) est vraie en général, et c'est la seule dont l'axiome se sert. ↩
  6. La première ligne de la page 7 est lue en partie : « Cette structure est donc déterminée par sa donnée binaire\dots{} elle ne dépend que du binaire. » « Binaire » est son mot pour la paire d'ordres opposés — le « biordre » du dossier 156-1. Les mots « déterminée » et « donnée » sont douteux. ↩
  7. La condition « en position relative modérée » pour deux tronçons n'est lue qu'en partie ; la page 26 la précisera : la réunion des bords est totalement ordonnée. La marge de la page 7 porte une note oblique lue par fragments. ↩
  8. Pour l'ensemble vide, b) n'est satisfaite que si l'on ne demande pas qu'un ensemble filtrant soit non vide ; c'est la convention implicite de la marge. ↩
  9. « Drap » est son abréviation de « drapeaux ». La page écrit \(S \subset \mathfrak{P}_{f}(\mathcal{L})\) pour \(S \in \mathfrak{P}_{f}(\mathcal{L})\). ↩
  10. La page met entre les \(s_{i}\) des crochets qui se lisent fermés, le premier étant surchargé ; les composantes sont dans \(C(S)\), qui ne contient pas les \(s_{i}\) : ce sont les intervalles ouverts. ↩
  11. La marge de la page 11 donne « ou \(\{a,b,c\}\) est de cardinal \(\leq 2\) », précédé d'un mot illisible. Pris tel quel, c'est faux pour \(a = c \neq b\), où \(\overline{\mathcal{R}}(a,b,a)\) est faux ; on écrit la condition exacte. ↩
  12. La page 12 énumère les conditions « \(u\), \(v\) sont entre \(x\) et \(y\) ; \(u\) est entre \(x\) et \(v\) ; \(v\) est entre \(u\) et \(y\) », réunies par un crochet. La page 13 les reprend en lemme. ↩
  13. La page écrit « trois éléments ». ↩
  14. La page ramène l'ensemble \(\{x,y,u,v\}\) à une chaîne à deux, trois ou quatre éléments, après un premier essai encadré et barré. L'argument est le même. ↩
  15. La page 14 écrit \(C(\varepsilon) = \{t \in \mathcal{L}_{\notin \varepsilon} \mid \{\varepsilon, t\} \in \mathrm{Drap}_{3}(\mathcal{L})\}\), pour \(t \in \mathcal{L} \smallsetminus \varepsilon\) et \(\varepsilon \cup \{t\}\). ↩
  16. Pour un ordre total, c'est la relation primitive des axiomes d'ordre de M. Pasch (1882) et de D. Hilbert (Grundlagen der Geometrie, 1899, groupe II), axiomatisée pour elle-même par E. V. Huntington et J. R. Kline (1917) ; les relations d'intermédiarité des ensembles partiellement ordonnés ont été caractérisées par M. Altwegg (1950). Les feuillets ne citent personne ; la page 40 avance le nom de Hilbert, avec un point d'interrogation. Que l'ordre soit déterminé à l'opposé près par l'intermédiarité est faux pour un ensemble ordonné quelconque (deux composantes incomparables peuvent être renversées indépendamment) ; c'est la filtration b) qui l'assure ici. ↩
  17. La page ne démontre rien. Une réunion de classes satisfaisant a)–c') les satisfait encore, d'où une plus grande. Les tronçons forment une telle classe : si \(\mathcal{L}\) est un tronçon et \(\mathcal{L}_{>x} \neq \emptyset\), \(\mathcal{L}_{>x}\) est filtrant décroissant par a), croissant par b), a au moins deux éléments par divisibilité, et satisfait a') parce que \(\mathcal{L}_{>x} \cap \mathcal{L}_{<a} = \,]x,a[\) est filtrant croissant par a') dans \(\mathcal{L}\). Inversement un objet de la plus grande \(\mathcal{T}\) satisfait b), c), d), et a) parce que \(\mathcal{L}_{>a}\) est dans \(\mathcal{T}\), donc filtrant décroissant. Ici « filtrant » entraîne « non vide ». ↩
  18. Dans un ensemble filtrant décroissant, un élément minimal est le plus petit ; « \(a\) n'est pas le plus petit élément » assure donc qu'il existe \(x < a\), et \(\mathcal{L}_{\leq a}\) a au moins deux éléments. ↩
  19. La page 18 se sert de \(\mathrm{Pstrf}(\mathcal{L})\), « ensemble des ps-tronçons fermés », que la page 24 définira ; on prend cette définition dès ici. ↩
  20. La définition de la page 17 n'est lue qu'en partie ; on prend celle, explicite, de la page 26. La page 17 note \(\partial I\) l'ensemble des extrémités en ne comptant pas celles qui sont des extrémités de \(\mathcal{L}\) (\(\partial \mathcal{L}_{\leq a} = \{a\}\)) ; mais \([a,b]\) avec \(a\) minimum est aussi \(\mathcal{L}_{\leq b}\), et l'écriture n'est pas univoque. La convention qui lève l'ambiguïté est celle de la page 29, rappelée plus bas ; elle ne change rien à la position modérée, car un élément extrême de \(\mathcal{L}\) est comparable à tous. ↩
  21. La page l'affirme sans démonstration. Deux pseudo-tronçons fermés disjoints en position modérée sont comparables pour la relation \(T \ll T'\) de la page 27 (on le voit en rangeant leurs extrémités dans une chaîne) ; on est donc dans la situation de la page 29, et l'on montre là que les \(T_{i}\) sont les pseudo-tronçons maximaux contenus dans \(X\) : un pseudo-tronçon contenu dans \(X\) qui rencontrerait \(T_{i}\) et \(T_{j}\), \(i \neq j\), contiendrait, étant convexe, un point de l'interstice entre eux, qui n'est pas dans \(X\). ↩
  22. Avec la convention de la page 29 : un élément extrême de \(\mathcal{L}\) n'est pas compté dans la frontière, sauf s'il forme à lui seul une composante. La page écrit \(\dot{X} = \bigcup \dot{T}_{i}\) ; elle note le bord d'un point suscrit, après avoir écrit \(\partial I\) à la page 17. ↩
  23. Toutes les extrémités sont dans une même chaîne. L'intersection de deux pseudo-tronçons fermés dont les extrémités forment une chaîne est vide, ou le pseudo-tronçon fermé qui va de la plus grande des deux extrémités inférieures à la plus petite des deux supérieures. La borne supérieure s'obtient en remplaçant chaque paquet de composantes de \(X\) et de \(Y\) qui se rencontrent de proche en proche par le pseudo-tronçon fermé qui va de la plus petite de leurs extrémités inférieures à la plus grande des supérieures ; l'argument de maximalité donné pour le théorème de la page 18 montre que c'est la plus petite partie modérée fermée contenant \(X\) et \(Y\). La page 19 écrit d'abord « borne sup. \dots{} des parties modérées », puis, pour une famille, « dans l'ens. des parties fermées modérées ». Deux marges, lues par fragments, portent un début de démonstration et un exemple, peut-être \(\{0, \frac{1}{2}, \frac{1}{3}, \dots\}\). ↩
  24. La fin de la page 20 est surchargée d'ajouts interlinéaires et n'est lue qu'en partie : on y devine une caractérisation de \(Z\) parmi les parties modérées fermées \(T \subset X\) disjointes de \(Y\) et en position modérée avec lui, et l'affirmation que \(Z\) est en position modérée avec \(Y\). On ne la reconstitue pas. La page avait d'abord écrit, puis barré, « la plus petite partie fermée modérée contenant \(X \smallsetminus Y\) » : \(X \smallsetminus Y\) contient en général des éléments incomparables aux extrémités de \(Y\). ↩
  25. La page n'en donne pas de démonstration, et le sens exact de « frontière relative » n'est pas défini ; l'exemple suggère \(F = \mathrm{Fr}\, Y \smallsetminus \mathrm{Fr}\, X\). La lettre \(F\) est tracée en surcharge, et la mention « ne contient pas de pts isolés de \(Z\) » est lue avec doute. ↩
  26. La page ne le vérifie pas. Si \(x \in \,]a,b[\, \cap \,]c,d[\), a') donne \(z\) avec \(a, c \leq z < x\), la divisibilité \(z'\) avec \(z < z' < x\), et de même au-dessus de \(x\) : \(x \in \,]z', w'[\, \subset \,]a,b[\, \cap \,]c,d[\). Les autres cas sont semblables. ↩
  27. Les lignes de la fin de la page 21 sont très surchargées ; seules les formules sont sûres, dont « \(b \in \overline{\{a\}}\) i.e. \(\overline{\{b\}} \subset \overline{\{a\}}\) ». Le mot qui suit \(T_{0}\) à la page 22, lu « prisotope », est douteux, comme le dérivé qui l'accompagne. ↩
  28. « sobre » est lu avec doute. Le terme est le sien, depuis SGA 4. ↩
  29. La vérification des axiomes a) à d) est immédiate ; pour a') en \(1\), par exemple, \(\frac{1}{2}\) majore \(0\) et \(0'\) et est \(< 1\). Le contre-exemple est le nôtre, et il ne dit rien des lieux d'une faille, pour lesquels la page avance un argument qu'on n'a pu lire. ↩
  30. La page dit « la moins fine des deux » ; il s'agit de leur borne supérieure. Elle écrit \([a,b]\) dans la seconde liste là où l'on attend \(\complement [a,b]\), et la réunion des deux listes n'est qu'une sous-base : il faut en prendre les intersections finies. ↩
  31. Le croquis de la marge est une bande hachurée portant \(x\), \(a\), \(b\), \(y\). Pour des lieux non totalement ordonnés, \(a\) peut n'être pas entre \(x\) et \(y\) alors que tout lieu strictement entre \(a\) et \(b\) l'est. ↩
  32. La page 25 écrit ces deux égalités « \(\forall a \in L\) » ; si \(\mathcal{L}\) a un plus grand élément \(\omega\), \(\partial \mathcal{L}_{\geq a} = \{a, \omega\}\). Elle remplace en revanche la valeur \(\partial \mathcal{L} = \emptyset\) de la page 24 par « \(\partial L = \partial L\) (sic) » : le bord absolu de \(\mathcal{L}\) est \(\partial \mathcal{L}\), vide seulement pour un intervalle. La page 24, qui contenait ces définitions sous une première forme, est encadrée et barrée. ↩
  33. La page encadre la formule avec \(\sqcup\). Pour \(T = \{a\}\) avec \(a \in \partial \mathcal{L}\), \(a\) est dans les deux termes : il est dans la frontière, puisque \(\mathcal{L}\) n'a pas de point isolé, et dans \(\partial \mathcal{L}\). Un premier énoncé encadré, puis barré, traitait à part le cas \(\mathrm{card}\, T = 1\). Démonstration : un point de \(T = [a,b]\) strictement entre \(a\) et \(b\) est intérieur, \(]a,b[\) étant ouvert ; \(a\) est dans la frontière s'il n'est pas le plus petit élément de \(\mathcal{L}\), car tout ouvert de base qui le contient contient un point \(< a\), et il est intérieur s'il l'est, \(\mathcal{L}_{<v}\) (\(a < v < b\)) étant alors contenu dans \(T\). Les autres cas sont semblables. ↩
  34. \(0_{\mathcal{L}}\) et \(\omega_{\mathcal{L}}\) désignent le plus petit et le plus grand élément ; la lettre lue \(\omega\) est douteuse. ↩
  35. La marge dit « c'est une adhérence, le plus petit fermé contenant \(T'\) ». Ce ne peut être l'adhérence topologique, dont la page 23 vient de montrer qu'elle peut différer de \([a,b]\) ; c'est l'adhérence modérée de la page 32, 6). ↩
  36. La page 26 écrit « \([b,a[\) ». ↩
  37. Une seconde formule, lue « \(\partial T' = \dot{T}' \sqcup \partial L\) », est douteuse ; on ne la reprend pas. La marge ajoute que \(\partial T' \neq \emptyset\) sauf si \(T' = \mathcal{L}\), avec une distinction de cas en partie illisible. ↩
  38. La définition du corps de la page ne demande que la condition sur les éléments ; la marge exige que \(T\) et \(T'\) soient en position modérée et disjoints. Sans la position modérée, la suite est fausse : dans le tronçon à origine dédoublée de la page 22, \(]{-1}, 0[ \;\prec\; \{0'\}\) au sens du corps de la page, mais l'extrémité \(0\) du premier et le point \(0'\) sont incomparables. ↩
  39. La page écrit « \(T\) a un plus grand élément \(a\) » ; \(]x,a[\) est majoré et n'a pas de plus grand élément. \(a\) et \(b\) sont comparables par la position modérée, et \(b < a\) ferait se rencontrer \(T\) et \(T'\) près de \(b\) ou contredirait \(T \prec T'\). ↩
  40. Le premier indice est surchargé à la page 27 et se lit \(\leq x\) ; la page 28 écrit \(<x\), qui est le bon. ↩
  41. La page décrit \(S\) comme l'ensemble des \(x\) tels que \(T \subset \mathcal{L}_{<x}\) et \(T' \subset \mathcal{L}_{>x}\). Cela vaut si \(a \in T\) et \(b \in T'\), ou si \(\mathcal{L}\) est totalement ordonné, mais pas en général : pour \(T = \,]{-1}, 0[\) et \(T' = \,]0, 1[\) dans le tronçon à origine dédoublée, cet ensemble est \(\{0, 0'\}\), qui n'est pas un pseudo-tronçon, alors que l'interstitiel est \(\{0\}\). Il faut lire « \(x \geq a\) » lorsque \(a \notin T\), et « \(x \leq b\) » lorsque \(b \notin T'\). La marge note que b) entraîne \(T \prec T'\). ↩
  42. « l'ens. des » est lu avec doute. Pour \(T = \,]0,1[\) dans le tronçon à origine dédoublée, les minorants stricts sont \(\mathcal{L}_{<0} \cup \{0, 0'\}\). ↩
  43. La démonstration n'est pas sur la page. Un pseudo-tronçon est convexe ; s'il était contenu dans \(X_{\Phi}\) et rencontrait \(T_{i}\) et \(T_{j}\), \(i < j\), il contiendrait un point \(x\) de l'interstitiel entre \(T_{i}\) et \(T_{i+1}\), qui n'est dans aucun \(T_{k}\). Sous le symbole \(\mathrm{Drap}^{*}\), la page porte « drapeaux de \(\mathrm{Tr}(L)\), y inclus » suivi d'un mot illisible ; on comprend que le drapeau vide est admis, et donne \(X = \emptyset\). ↩
  44. La page écrit \(\mathcal{U}\) pour \(X_{\Phi}\), indifféremment, aux pages 29 et 30. ↩
  45. La page écrit « minoré », « majoré » ; il faut lire « strictement » : \([0_{\mathcal{L}}, b]\) est minoré, mais n'a pas d'interstitiel gauche. Pour \(n = 0\), \(X = \emptyset\) et \(X' = \mathcal{L}\), \(n' = 1\). La marge de la page 30 étend la position modérée à deux parties modérées : \(\mathrm{Fr}\, X \cup \mathrm{Fr}\, Y\) totalement ordonné, ce qui est le cas si \(X \subset Y\). ↩
  46. On ne les démontre pas non plus ici. Celles qu'on a vérifiées sur des exemples, et qu'éclaire la description des composantes donnée plus haut, sont 1), 2), 5) et la description de \(X'\) ; les autres sont tenues pour les énoncés de la page. ↩
  47. La page écrit « \(\mathrm{Fr}\, X \cup \mathrm{Fr}\, X\) ». La marge voit là une propriété spécifique aux parties modérées d'un objet de dimension un : la frontière y est une partie finie. ↩
  48. La page écrit \(X \vee Y = X + Y - XY\), ce qui est la même chose en caractéristique deux. ↩
  49. S. Kochen et E. Specker (1965–1967), en logique quantique, où la compatibilité est la commensurabilité des observables. Le rapprochement est le nôtre ; les axiomes 1) à 8) ne coïncident pas avec les leurs. Lorsque \(\mathcal{L}\) est totalement ordonné, toutes les parties modérées sont deux à deux compatibles, et \(\mathcal{M}\) est l'algèbre de Boole des réunions finies de points et d'intervalles ouverts à extrémités dans \(\mathcal{L}\) — une algèbre d'intervalles au sens de A. Mostowski et A. Tarski (1939). ↩
  50. L. van den Dries (1984), A. Pillay et C. Steinhorn (1986). Le livre de van den Dries, Tame topology and o-minimal structures (1998), prend son titre à la « topologie modérée » de l'Esquisse d'un programme (1984). Rien n'indique que Grothendieck ait connu ces travaux en juin 1986 ; le rapprochement est le nôtre. ↩
  51. Un premier énoncé de cette équivalence, sous le titre « \(X\) est rare si \(X^{\circ} = \emptyset\) », est barré de quatre traits et repris aussitôt. La page note la frontière d'un point suscrit en a) et b). ↩
  52. La page écrit « \(1_{\mathcal{M}_{A}} = X\) ». ↩
  53. La page écrit « \(Y \in \mathcal{M}_{Y}\) » pour \(\mathcal{M}_{A}\). ↩
  54. Le NB de la page 36 est surchargé et n'est lu qu'en partie ; on y devine que les ouverts fermés sont deux à deux modérés, ce qui est nécessaire pour qu'ils engendrent une algèbre de Boole. La page suppose \(0 \neq 1\). ↩
  55. La page écrit que la frontière est la réunion des \(\partial T_{j}\) et que \(\partial T_{j} = \emptyset\) entraîne \(T_{j} = \mathcal{L}\). Pour le bord absolu, c'est faux si \(\mathcal{L}\) est un segment (\(\partial \mathcal{L} \neq \emptyset\)) ; c'est vrai pour la frontière modérée de la page 29, qui ôte les extrémités de \(\mathcal{L}\). On identifie la frontière abstraite de la page 33 à celle-là, comme le fait la page. Le NB de la page 38 sur l'adhérence n'est lu qu'en partie ; sous l'accolade de a), sa main ajoute « modérés bien sûr ! ». ↩
  56. La page écrit \(]t_{1}, t_{3}[\) pour \(]t_{2}, t_{3}[\). Les lignes qui précèdent la liste sont barrées et lues par fragments ; on y lit que les composants sont des pseudo-tronçons. Que l'algèbre engendrée soit contenue dans celle des réunions de ces \(2n + 1\) morceaux est ce que la page affirme ; elle peut en être une sous-algèbre stricte, d'où la formulation. ↩
  57. Voir la note sur la relation d'intermédiarité, pages 10 à 16 : Huntington et Kline (1917) pour un ordre total, Altwegg (1950) pour un ordre partiel. Ni les uns ni les autres ne traitent la donnée des découpages \(R_{\varepsilon}\), qui est celle de la page. Le titre corrige un premier « réseau intervalle », biffé. ↩