Cote n° 151 · batch 4 · pages 61–74 · Lecture modernisée · Topos stratifié (1981) : notes manuscrites (s.d.) — lecture modernisée
Datation de l’inventaire : [à partir de 1981-à partir de 1990]
Édition de démonstration — interprétation personnelle de l'œuvre

Résumé

Tout le vocabulaire est en place. Un espace \(X\) est découpé en strates \(X_{i}^{*}\) indexées par un ensemble ordonné \(I\) ; autour de chaque strate, un tube \(\mathcal{V}_{i,j}\) qui la voit depuis la strate voisine, et un tube épointé \(\mathcal{V}^{*}_{i,j}\) dont on a ôté la strate elle-même. Ces quatorze pages posent la question qui reste et y répondent à moitié : quel diagramme ces pièces forment-elles, et ce diagramme redonne-t-il l'espace ?

Le diagramme se construit en deux temps. D'abord un recensement : quelles inclusions existent réellement entre les pièces ? La réponse, sous des hypothèses que l'auteur appelle raisonnables, est nette et courte — il y en a exactement trois par couple de strates voisines, et pas une de plus. Ensuite la combinatoire : à l'ensemble ordonné \(I\) on associe un diagramme \(\widetilde{I}\) dont les sommets sont les strates et les deux sortes de tubes, et dont les flèches sont ces trois-là. Sa taille se compte : \(\mathrm{card}\,I + 2e\) sommets et \(3e\) flèches, où \(e\) est le nombre de couples voisins. Trois exemples sont dessinés — une chaîne, qui donne un escalier ; un indice avec deux successeurs ; deux indices avec un successeur commun.

Le théorème vient alors, page 68, sous le nom de théorème de recollement des tubes : \(X\) se retrouve comme recollement du diagramme \(\widetilde{I}\). Il est donné en première version et sans démonstration — l'auteur annonce qu'elle sera heuristique, et veut d'abord un énoncé sur les topos. On peut vérifier qu'il est cohérent avec le début du dossier : pour \(I\) à deux éléments, le diagramme se réduit à quatre espaces et le recollement est exactement la somme amalgamée de la section 1.

La dernière section ouvre l'appareil qui doit porter la démonstration, et c'est de la géométrie de topos. Une stratification se transporte par image inverse le long d'un morphisme \(X' \to X\), les tubes compris ; il en résulte que le théorème de recollement est une question locale sur \(X\), donc qu'on peut supposer \(I\) fini. Puis viennent les cribles : les parties de \(I\) closes vers le bas, auxquelles répondent les fermés \(X_{I'} = \bigcup_{i \in I'} X_{i}\), et la correspondance respecte réunions et intersections. C'est la seconde moitié d'un énoncé dont la section 2 avait donné la première : une stratification est exactement une application continue de \(X\) vers \(I\) muni de la topologie où les ouverts sont les parties croissantes.

Le dossier s'arrête là, au milieu d'une phrase et d'une construction. La partie C de la section 4, qui devait généraliser les tubes mixtes aux cribles, reçoit deux formules et rien d'autre : la page 74 est la dernière. Cette lecture n'invente pas la suite. Ce qui se dit sans risque est que la construction annoncée porte trois cribles là où les tubes mixtes portaient trois indices, et que le programme énoncé à la fin de la section 3 la plaçait justement en dernier.

Keywords — gluing theorem, sieve, base change, double mapping cylinder, codimension filtration

61–61

Le diagramme fondamental

On rassemble les tubes en une seule pièce par degré, \[ \mathcal{V}_{\Delta_{1}} = \coprod_{i \leq j} \mathcal{V}_{i,j}, \qquad \mathcal{V}^{*}_{\Delta_{1}} = \coprod_{i \leq j} \mathcal{V}^{*}_{i,j} \ \subset \ \mathcal{V}_{\Delta_{1}} \ \text{(ouvert)}, \] ce qui donne un diagramme global reflétant, pour chaque couple \(i \leq j\), le diagramme fondamental :

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\begin{tikzcd}[column sep=large]
\mathcal{V}^{*}_{i,j} \arrow[r] \arrow[d] & \mathcal{V}_{i,j} \arrow[d, dashed] & X_{i}^{*} \arrow[l] \arrow[dl, dashed] \\
X_{j}^{*} & X &
\end{tikzcd}

Les flèches en pointillé sont celles que le recollement doit fournir. Et l'auteur note aussitôt que le regroupement global n'est probablement pas utile, car le carré qu'il forme n'a rien de cocartésien : le diagramme en trait plein définit bien une limite inductive, mais elle n'a guère de chances d'être homéomorphe à \(X\) — dès que \(X\) est connexe, par exemple, la somme disjointe sur tous les couples \(i \leq j\) en compte trop.

L'observation est le ressort de tout ce qui suit : ce n'est pas un carré qu'il faut, mais un diagramme dont la forme est celle de l'ensemble ordonné \(I\) tout entier, et il faut d'abord savoir de quelles flèches il dispose.

62–63

Quelles inclusions subsistent entre les pierres

Les \(\mathcal{V}^{\,j}_{i,k}\) sont des germes de sous-espaces de \(X\), entre lesquels les seuls morphismes canoniques sont des inclusions. La question est donc de recenser lesquelles. Pour la traiter, deux hypothèses simplificatrices sont posées : \[ X_{i}^{*} \neq \emptyset \quad \text{pour tout } i, \qquad X_{i} \subset X_{j} \implies i \leq j, \] la seconde faisant de \(i \mapsto X_{i}\) un plongement d'ensembles ordonnés ;1 et une troisième, dite « raisonnable » : \(\overline{X_{i}^{*}} = X_{i}\) pour tout \(i\) — la strate est dense dans son fermé.

Le recensement donne alors ceci. Entre les strates elles-mêmes, aucune inclusion pour des indices distincts. Entre tubes, \(\mathcal{V}_{i,j} \subset \mathcal{V}_{i',j'}\) force \(i = i'\), puisqu'il faudrait \(X_{i}^{*} \subset X_{i'}^{*}\), puis \(j = j'\) puisque le tube détermine la strate voisine dont il est le voisinage. Entre tubes épointés, \(\mathcal{V}^{*}_{i,j} \subset \mathcal{V}^{*}_{i',j'}\) donne d'abord \(i \leq i'\) par passage aux adhérences, puis, comme \(\mathcal{V}^{*}_{i,j} \subset X_{j}^{*}\) et \(\mathcal{V}^{*}_{i',j'} \subset X_{j'}^{*}\) sont non vides et se rencontrent, \(j = j'\) ; et enfin \(i' = i\), puisque \(i \leq i' < j\) et que \(j\) est un successeur de \(i\).2

Restent les inclusions entre types différents, et il n'y en a que trois : \[ X_{i}^{*} \longrightarrow \mathcal{V}_{i,j}, \qquad \mathcal{V}^{*}_{i,j} \longrightarrow \mathcal{V}_{i,j}, \qquad \mathcal{V}^{*}_{i,j} \longrightarrow X_{j}^{*}. \] Ce sont exactement les trois flèches en trait plein du diagramme fondamental. Rien d'autre n'est à envisager entre ces pièces élémentaires.3

64–65

Le diagramme \(\widetilde{I}\)

À l'ensemble ordonné \(I\) on associe un diagramme, noté \(\widetilde{I}\), dont les sommets sont des symboles \[ [i], \qquad [i,j], \qquad [i,j]^{*} \qquad (i,j \in I,\ j \text{ successeur de } i), \] et dont les flèches sont de trois types, toutes décrites par

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\begin{tikzcd}[column sep=large, row sep=small]
{[i,j]}^{*} \arrow[r] \arrow[d] & {[i,j]} & {[i]}^{*} \arrow[l] \\
{[j]}^{*} & &
\end{tikzcd}

Notons \(e\) le nombre de drapeaux élémentaires — les couples \(i < j\) avec \(j\) successeur de \(i\). Alors \(\widetilde{I}\) a \(\mathrm{card}\,I + 2e\) sommets et \(3e\) flèches.4 Si \(I\) a deux éléments \(i < j\), on retrouve le diagramme ci-dessus lui-même.

Trois exemples sont explicités, en remplaçant les symboles par les espaces qu'ils désignent. Pour \(I = \Delta_{n} = (0 < 1 < \cdots < n)\), une chaîne, on trouve un escalier de \(n\) marches :

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\begin{tikzcd}[column sep=small, row sep=small, nodes={font=\scriptsize}]
X_{0}^{*} \arrow[r] & \mathcal{V}_{0,1} & \mathcal{V}^{*}_{0,1} \arrow[l] \arrow[d] & & & & \\
& & X_{1}^{*} \arrow[r] & \mathcal{V}_{1,2} & \mathcal{V}^{*}_{1,2} \arrow[l] \arrow[d] & & \\
& & & & X_{2}^{*} \arrow[r] & \mathcal{V}_{2,3} & \mathcal{V}^{*}_{2,3} \arrow[l] \arrow[d] \\
& & & & & & \cdots \arrow[d] \\
& & & & & & X_{n}^{*}
\end{tikzcd}

Pour \(I\) formé d'un indice \(0\) dominé par deux indices incomparables \(a\) et \(b\) :

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\begin{tikzcd}[column sep=small, nodes={font=\scriptsize}]
\mathcal{V}^{*}_{0,b} \arrow[r] \arrow[d] & \mathcal{V}_{0,b} & X_{0}^{*} \arrow[l] \arrow[r] & \mathcal{V}_{0,a} & \mathcal{V}^{*}_{0,a} \arrow[l] \arrow[d] \\
X_{b}^{*} & & & & X_{a}^{*}
\end{tikzcd}

Et pour \(I\) formé de deux indices \(a\), \(b\) incomparables dominés par un même \(c\) :

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\begin{tikzcd}[column sep=small, nodes={font=\scriptsize}]
X_{a}^{*} \arrow[d] & & X_{b}^{*} \arrow[d] \\
\mathcal{V}_{a,c} & & \mathcal{V}_{b,c} \\
\mathcal{V}^{*}_{a,c} \arrow[u] \arrow[r] & X_{c}^{*} & \mathcal{V}^{*}_{b,c} \arrow[u] \arrow[l]
\end{tikzcd}

Dans les trois cas les comptes se vérifient : sept sommets et six flèches pour les deux derniers, \(3n+1\) sommets et \(3n\) flèches pour la chaîne.

La forme de ces diagrammes mérite d'être nommée. Chaque drapeau élémentaire \(i < j\) y contribue un motif \(X_{i}^{*} \to \mathcal{V}_{i,j} \leftarrow \mathcal{V}^{*}_{i,j} \to X_{j}^{*}\), c'est-à-dire un double cylindre d'application entre les deux strates, passant par le tube. C'est le motif standard par lequel un espace stratifié se reconstruit à partir de ses strates et de ses liens, et \(\widetilde{I}\) n'est que l'assemblage de ces motifs le long de l'ensemble ordonné.5

66–67

La fonction dimension

Le diagramme se simplifie si l'on dispose sur \(I\) d'une fonction à valeurs entières \[ d \colon I \longrightarrow \mathbb{Z}, \qquad \text{i.e.} \quad I = \coprod_{m} I_{m}, \] jouant le rôle d'une dimension, et satisfaisant : pour \(i \leq j\), \[ d(j) = d(i) + 1 \iff j \text{ est un successeur de } i. \] On peut alors regrouper par degré : \[ X_{m}^{*} = \coprod_{i \in I_{m}} X_{i}^{*}, \qquad \mathcal{V}_{m,m+1} = \coprod_{\substack{i \leq j \\ d(i)=m,\ d(j)=m+1}} \mathcal{V}_{i,j}, \qquad \mathcal{V}^{*}_{m,m+1} = \coprod_{\substack{i \leq j \\ d(i)=m,\ d(j)=m+1}} \mathcal{V}^{*}_{i,j}, \] d'où un diagramme \((\mathrm{Diag})_{m}\) par degré,

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\begin{tikzcd}[column sep=large, row sep=small]
X_{m}^{*} \arrow[r] & \mathcal{V}_{m,m+1} & \mathcal{V}^{*}_{m,m+1} \arrow[l] \arrow[d] \\
& & X^{*}_{m+1}
\end{tikzcd}

et l'escalier obtenu en les enchaînant, \(I\) étant supposé fini et les sommets occupés par des espaces vides n'étant pas écrits.

La variante par codimension est la même à l'orientation près : on considère alors les \(\mathcal{V}_{d,d-1}\) et \(\mathcal{V}^{*}_{d,d-1}\) au lieu des \(\mathcal{V}_{d,d+1}\) et \(\mathcal{V}^{*}_{d,d+1}\), et l'escalier descend au lieu de monter, de \(X_{n}^{*}\) à \(X_{0}^{*}\).6

68–68

Le théorème de recollement des tubes

Théorème (première version). Considérons le diagramme de type \(\widetilde{I}\) formé par les \(X_{i}^{*}\), les \(\mathcal{V}^{*}_{i,j}\) et les \(\mathcal{V}_{i,j}\), pour \(i,j \in I\) avec \(j\) successeur de \(i\), et par les trois types de flèches en trait plein du diagramme fondamental. Alors \(X\) s'identifie à la limite inductive de ce diagramme.

Le mot que le manuscrit emploie pour l'opération est illisible ; « au topos » est écrit puis barré juste avant, ce qui indique une hésitation sur la catégorie où prendre la limite plutôt que sur la limite elle-même.7

L'énoncé se vérifie sur le cas dont tout le dossier est parti. Pour \(I\) à deux éléments \(0 < 1\), avec \(Y = X_{0}\) et \(X = X_{1}\), on a \(X_{0}^{*} = Y\), \(X_{1}^{*} = X \smallsetminus Y\), \(\mathcal{V}_{0,1} = \mathcal{V}_{Y,X}\) et \(\mathcal{V}^{*}_{0,1} = \mathcal{V}^{*}_{Y,X}\) ; le diagramme \(\widetilde{I}\) est alors \[ Y \longrightarrow \mathcal{V}_{Y,X} \longleftarrow \mathcal{V}^{*}_{Y,X} \longrightarrow X \smallsetminus Y, \] et sa limite inductive est exactement la somme amalgamée de la section 1, la flèche \(Y \to \mathcal{V}_{Y,X}\) n'y ajoutant rien puisqu'elle est une équivalence d'homotopie. Le théorème général est donc la mise en famille de ce cas-là, sur l'ensemble ordonné \(I\) tout entier.

Aucune démonstration n'est donnée. L'auteur annonce qu'elle sera heuristique, et qu'il veut d'abord un énoncé exprimant les « topos canoniques » associés à la situation en termes d'un diagramme de type \(\widetilde{I}\) formé de topos élémentaires. C'est l'objet de la section suivante, et le dossier s'interrompt avant d'y revenir.8

69–71

4. Topos canoniques : images inverses

Les axiomes de la section 2 sont d'abord rappelés : les \(X_{i}\) fermés et la famille localement finie ; \(i \leq j \Rightarrow X_{i} \subset X_{j}\) ; \(X = \bigcup X_{i}\) ; et \(X_{i} \cap X_{j} = \bigcup_{k \leq i,j} X_{k}\).

Transport par image inverse

Soit \(X' \to X\) un espace au-dessus de \(X\). La famille des \[ X'_{i} = X_{i} \times_{X} X' \] satisfait les mêmes conditions, et le système des drapeaux se transporte : \[ X'_{\Delta_{r}} \simeq X_{\Delta_{r}} \times_{X} X', \qquad X'^{\,*}_{\Delta_{r}} \simeq X^{*}_{\Delta_{r}} \times_{X} X', \qquad \dot{X}'_{\Delta_{r}} = \dot{X}_{\Delta_{r}} \times_{X} X'. \] Ces trois identités reposent sur le fait que le changement de base commute aux réunions de sous-objets, donc à la définition de \(\dot{X}_{i}\).

C'est ici que se paie une décision de la section 2. Après image inverse, un \(X'_{i}\) peut être vide, et deux indices distincts peuvent donner le même fermé : c'est précisément pour pouvoir prendre ces images inverses qu'il n'était pas commode de supposer les \(X_{i}\) ou les \(X_{i}^{*}\) non vides, ni que \(i \mapsto X_{i}\) soit un plongement d'ensembles ordonnés dans \(\mathcal{P}(X)\).9

Pour les tubes, le transport demande davantage. Si \(X' \to X\) est une immersion ouverte, tout va de soi. Si c'est une immersion locale, on a encore \[ R'_{i,j} = R_{i,j} \times_{X} X', \qquad S'_{i,j} = S_{i,j} \times_{X} X', \] et, dans le cas propre, des isomorphismes \[ \mathcal{V}'_{i,j} \simeq \mathcal{V}_{i,j} \times_{X} X', \qquad \mathcal{V}'^{\,*}_{i,j} \simeq \mathcal{V}^{*}_{i,j} \times_{X} X', \qquad \mathcal{V}'^{\,j}_{i,k} \simeq \mathcal{V}^{\,j}_{i,k} \times_{X} X'. \] Le manuscrit est ici plus prudent qu'ailleurs, et il a raison de l'être : la formation d'un voisinage tubulaire ne commute pas en général à la restriction à une partie, et il faut que \(X' \to X\) soit assez proche d'une immersion ouverte pour que le tube d'une trace soit la trace du tube.10

Une conséquence : le théorème est local

De ces changements de base il résulte que la démonstration du théorème de recollement est une question locale sur \(X\). On peut donc se ramener à un ouvert au-dessus duquel la famille est finie — la locale finitude est faite pour cela — et supposer \(I\) fini. C'est le seul progrès que le dossier fasse en direction de la démonstration, et c'en est un vrai : il ramène un énoncé sur un ensemble ordonné quelconque à un énoncé sur un ensemble ordonné fini.

71–73

Les cribles

Une partie \(I' \subset I\) est un crible si elle est close vers le bas : \[ i \leq j \in I' \implies i \in I'. \] On lui associe la partie fermée \[ X_{I'} = \bigcup_{i \in I'} X_{i}. \] La correspondance est monotone, et elle respecte les deux opérations : \[ X_{\bigcup_{\alpha} I'_{\alpha}} = \bigcup_{\alpha} X_{I'_{\alpha}}, \qquad X_{\emptyset} = \emptyset, \qquad X_{I' \cap I''} = X_{I'} \cap X_{I''}, \qquad X_{I} = X, \] la troisième venant de la condition d) des axiomes — et de nulle part ailleurs.11

Prenant \(X' = X_{I'}\), on obtient sur \(X'\) une stratification de type \(I'\), et les parties-cribles de \(X'\) pour cette stratification sont les traces sur \(X'\) des parties-cribles de \(X\). Les espaces élémentaires y sont les \(X_{i}^{*}\), les \(\mathcal{V}^{*}_{i,j}\) et les \(\mathcal{V}_{i,j}\) pour \(i,j \in I'\).

Un cas particulier vaut d'être isolé, parce qu'il justifie une désinvolture antérieure. Soit \(I_{0}\) l'ensemble des \(i\) tels que \(X_{i} = \emptyset\) : c'est un crible, et tous les espaces qui lui sont associés sont vides. Le diagramme \(\widetilde{I}\), une fois les sommets vides négligés, ne change donc pas quand on remplace \(I\) par \(I \smallsetminus I'_{0}\) pour un crible \(I'_{0} \subset I_{0}\). Plus généralement, pour tout crible \(I'\) de \(I\), le diagramme \(\widetilde{I \smallsetminus I'}\) est contenu dans \(\widetilde{I}\) : le complémentaire d'un crible est clos vers le haut, donc un couple qui y est élémentaire l'était déjà dans \(I\).

Ouverts entre deux cribles

Soient maintenant deux cribles emboîtés \(I'' \subset I' \subset I\), d'où \(X_{I''} \subset X_{I'}\) et la partie localement fermée \[ \mathcal{U}_{I',I''} = X_{I'} \smallsetminus X_{I''}. \] On peut y regarder la stratification de type \(I' \smallsetminus I''\), définie par \[ X_{i',\,\mathcal{U}_{I',I''}} = X_{i'} \smallsetminus \bigl(X_{i'} \cap X_{I''}\bigr) \ \subset \ \mathcal{U}_{I',I''}, \] dont les espaces élémentaires sont les \(X_{i'}^{*}\) pour \(i' \in I' \smallsetminus I''\) et les tubes associés aux couples \((i',j')\) avec \(j'\) successeur de \(i'\). Ceux-ci se comparent aux tubes de \(X\) par un carré d'inclusions,

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\begin{tikzcd}[column sep=large, row sep=small]
\mathcal{V}_{i',j',X'} \arrow[r, hook] & \mathcal{V}_{i',j'} \\
\mathcal{V}^{*}_{i',j',X'} \arrow[r, hook] \arrow[u, hook] & \mathcal{V}^{*}_{i',j'} \arrow[u, hook]
\end{tikzcd}

mais — et l'avertissement est de l'auteur, il vaut d'être conservé tel quel — il n'est pas clair en général que ces inclusions soient des équivalences d'homotopie. Mieux vaut donc ne pas identifier trop vite les constructions faites sur un \(X_{I'}\) et celles faites sur un \(\mathcal{U}_{I',I''}\).

74–74

Où le dossier s'arrête

La partie C de la section 4 s'ouvre sur la promesse d'une famille \(\mathcal{V}^{\,I'''}_{I',I''}\), indexée par trois cribles \[ I',\ I''' \subset I'' \subset I, \qquad\text{d'où}\qquad X_{I'},\ X_{I'''} \subset X_{I''} \hookrightarrow X_{I} = X, \] et le dossier s'arrête ici. La page 74 est la dernière du fonds pour cette cote, et rien n'indique que la suite existe ailleurs.

La construction est donc inachevée, et cette édition ne lui invente pas de fin. Ce qui se dit sans risque tient à la notation seule : les trois cribles occupent les places qu'occupaient les trois indices \(i \leq j \leq k\) dans les tubes mixtes \(\mathcal{V}^{\,j}_{i,k}\) de la section 3, l'exposant portant l'indice médian ; et le programme énoncé à la fin de cette même section plaçait les tubes mixtes en dernier, « eu égard aux cas des diviseurs à croisements normaux ». C'est cette dernière étape que la page 74 commence. Ce qu'elle aurait donné, on ne le lit pas ici.

Notes

  1. Ce sont exactement les deux hypothèses que la section 2 s'était refusée à faire, et la section 4 dira pourquoi elle avait raison : elles ne survivent pas au passage aux images inverses. Elles ne servent ici qu'au recensement, qui est une question locale de géométrie et non de fonctorialité.
  2. Cette page est surchargée de reprises et la transcription en donne le fil plutôt que la lettre ; plusieurs des mots qui articulent l'argument y sont illisibles. La chaîne d'implications donnée ici est celle que les deux petits diagrammes ordonnés de la page — \(i\) dominé par \(i'\) et par \(j\), \(i'\) dominant \(j'\) — permettent de suivre, et elle aboutit à la conclusion que la page tire. Elle est donc une reconstruction, non une lecture.
  3. Les trois inclusions portent au manuscrit des numéros que la transcription ne lit pas ; nous les donnons sans numéro. Le fait que le recensement retombe précisément sur le diagramme fondamental de la page 61 est ce qui autorise la construction suivante : le diagramme \(\widetilde{I}\) n'ajoute aucune flèche qui ne soit une inclusion effective.
  4. Le manuscrit note \(\mathcal{V}\) l'ensemble des drapeaux élémentaires, ce qui entre en collision avec les tubes \(\mathcal{V}_{i,j}\) dans la ligne même où les deux figurent. Nous écrivons \(e\) pour le cardinal.
  5. En langue d'aujourd'hui : \(\widetilde{I}\) est un modèle \(1\)-catégorique de la catégorie des chemins sortants, et sa colimite homotopique est ce qui calcule le type d'homotopie de l'espace stratifié. La formulation générale, pour les stratifications coniques, est postérieure de trente ans ; ce qui est ici est le diagramme, et l'assertion qu'il suffit.
  6. Le manuscrit caractérise la fonction codimension par « \(d(j) = j - 1\) si \(j\) succ. de \(i\) », ce qui confond un indice et sa dimension. La condition voulue, parallèle à celle de la fonction dimension, est \(d(j) = d(i) - 1\) ; la transcription signale le lapsus et ne le répare pas.
  7. Nous lisons « limite inductive » parce que c'est ce que toute la section prépare, et parce que c'est ce que le cas de la section 1 donne. La note marginale, également reprise plusieurs fois et en partie illisible, dit qu'il faudrait préciser en quel sens \(X\) est déterminé par \(\mathrm{Top}(X)\) — c'est-à-dire prendre la limite dans les topos plutôt que dans les espaces, ce que le mot barré suggère aussi.
  8. Un paragraphe barré de deux longs traits diagonaux précède cette annonce ; il proposait de démontrer le théorème en remplaçant les voisinages tubulaires par de vrais voisinages ouverts, faute de disposer d'une définition assez souple des premiers. La transcription en donne le squelette. Le détour est significatif : c'est le même que la section 1 avait pris pour rendre la somme amalgamée élémentaire.
  9. Le manuscrit le dit explicitement, page 70, et c'est la justification rétrospective de la remarque b) de la section 2. On notera que les hypothèses « raisonnables » du recensement des pages 62–63 sont exactement celles-là : elles valent pour la stratification de départ, pas pour ses images inverses.
  10. Le haut de la page 70 est traversé par une longue note marginale diagonale plusieurs fois reprise, qui recouvre le texte ; la transcription en donne le fil. La restriction au cas propre, portée en marge de la formule, est de l'auteur.
  11. C'est la moitié qui manquait à la section 2. Les cribles de \(I\) sont les fermés de la topologie d'Alexandrov sur \(I\), celle dont les ouverts sont les parties croissantes ; dire que \(I' \mapsto X_{I'}\) commute aux réunions quelconques et aux intersections finies, c'est dire que \(x \mapsto i(x)\) est une application continue \(X \to I\) pour cette topologie. La condition d), qui paraissait technique, est exactement ce qui rend la stratification continue.