Cote n° 151 · batch 1 · pages 1–20
· Lecture modernisée · Topos stratifié (1981) : notes manuscrites (s.d.) — lecture modernisée
Datation de l’inventaire : [à partir de 1981-à partir de 1990]
Édition de démonstration — interprétation personnelle de l'œuvre
Résumé
Un espace stratifié est un espace découpé en morceaux : une surface et les courbes qu'elle porte, une variété algébrique et son lieu singulier, un espace de modules et son compactifié. Chaque morceau, pris seul, est lisse ; les singularités n'apparaissent qu'aux jointures. Ce dossier poursuit une question unique : si l'on connaît les morceaux, et la manière dont chacun s'approche des autres, connaît-on l'espace ?
La réponse naïve — recoller les morceaux le long de leurs intersections — ne peut pas suffire, et pour une raison qu'on voit sur un dessin. Prenez un cône, et pour morceaux la pointe et le reste. Leur intersection est vide : la pointe est fermée, le reste est ouvert, et rien dans ces deux données ne dit que le cône se referme sur sa pointe. Il faut donc porter, en plus des morceaux, un enregistrement de la façon dont l'un s'approche de l'autre — un voisinage de la pointe, et ce qu'il en reste quand on ôte la pointe elle-même. C'est ce que Grothendieck appelle un tube, et tout le vocabulaire du dossier tourne autour de ce mot : le tube \(\mathcal{V}_{i,j}\) d'une strate dans une autre, le tube épointé \(\mathcal{V}^{*}_{i,j}\), et les tubes mixtes qui les interpolent.
L'idée qui arrive ensuite est celle d'un diagramme d'indices. Les morceaux sont indexés par un ensemble ordonné \(I\) — la relation \(i \leq j\) voulant dire que la \(i\)-ième strate est dans l'adhérence de la \(j\)-ième — et à cet ensemble ordonné on associe un diagramme d'espaces : les strates, les tubes, les tubes épointés, et entre eux trois espèces de flèches. Le théorème que vise le dossier dit que l'espace tout entier se retrouve comme recollement de ce diagramme. Il est énoncé à la page 68, sous le nom de théorème de recollement des tubes, et sa démonstration n'est pas dans ces pages.
Sur le chemin, un piège, et il est le moment le plus instructif du dossier. On peut être tenté de ne retenir des morceaux que leur groupe fondamental, et des jointures que les homomorphismes correspondants. Grothendieck le fait, à la section 1, puis calcule ce que ce niveau de données donne pour la sphère \(\mathbb{P}^{1}_{\mathbb{C}} \simeq S^{2}\) vue comme le plan complexe plus un point à l'infini — et trouve un objet homotopiquement trivial, alors que \(S^{2}\) ne l'est pas. Les morceaux sont pourtant les plus simples possibles. La conclusion qu'il en tire, aux pages 40 à 42, est qu'il faut monter d'un cran : retenir non seulement les groupes mais les gerbes, et il retrouve alors la bonne valeur \(H^{2}(S^{2},A) \simeq A\) — « un magnifique succès ! », écrit-il.
Où cela mène-t-il ? À ce qu'on appelle aujourd'hui la théorie de l'homotopie stratifiée : catégorie des chemins sortants, faisceaux constructibles sur un espace stratifié, colimite homotopique sur le poset des strates. Le programme que ces pages formulent — exprimer le type d'homotopie d'un espace stratifié dont les pièces sont des \(K(\pi,1)\) à partir des groupoïdes fondamentaux de ces pièces — est celui-là même.
Les vingt pages du présent lot ne sont pas ce texte. Elles en portent le plan, à la page 1, et trois séries de notes de travail qui l'entourent sans le citer. La première, aux pages 2 à 8, est un calcul de relations dans un système \(E_{0}, E_{1}, E_{2}\) à trois étages, muni des permutations des coordonnées : c'est la forme abstraite du nerf de Čech d'un recouvrement, écrite au niveau où l'on peut la vérifier à la main. La deuxième, aux pages 10 à 14, est un texte suivi, « Hyperrecouvrements », qui demande ce que doit être un hyperrecouvrement d'un topos indexé par une petite catégorie quelconque. La troisième, aux pages 16 à 20, reprend le premier calcul en toutes dimensions et le dualise.
Ces trois pièces posent la même question sous trois habits : quand un système de pièces et de recouvrements multiples détermine-t-il le tout ? La condition y prend chaque fois la même forme — les recouvrements multiples se surjectent sur les produits — et c'est cette forme qui reviendra, transposée aux strates, dans le corps de « Structures stratifiées ». Le lien est thématique et non textuel : aucune de ces pages ne renvoie aux autres.
Keywords — hypercovering, Čech nerve, flat functor, Diaconescu theorem, symmetric simplicial object
1–1
Le plan de « Structures stratifiées »
La première page est le sommaire d'un texte en quatre sections, avec la pagination de l'auteur en marge :
- La situation type — préliminaires d'un programme (p. 1 de l'auteur).
- Stratifications globales : le formalisme \(\tfrac{1}{2}\) simplicial (sans tubes) (p. 10).
- Introduction des tubes (p. 15).
- Topos canoniques associés à une stratification globale (p. 23).
Ce sommaire est tenu. Le texte lui-même commence à la page 26 du fonds, dans le lot suivant, et court sans interruption jusqu'à la dernière page du dossier : la section 1 occupe les pages 26 à 43, la section 2 les pages 44 à 55, la section 3 les pages 56 à 68, la section 4 les pages 69 à 74, où le dossier s'arrête au milieu d'une construction.1
2–8
Le nerf de Čech tronqué : le système \(E_{0}, E_{1}, E_{2}\)
Quatre feuilles de travail, numérotées 1 à 4 par l'auteur, calculent dans un système à trois étages. Le modèle qui les rend toutes transparentes n'est pas écrit sur la page mais s'y lit dans les formules en coordonnées : partant d'un ensemble \(F\), on pose \[ E_{0} = F, \qquad E_{1} = F \times F, \qquad E_{2} = F \times F \times F, \] les \(p\) oubliant une coordonnée, les \(\delta\) en répétant une, et \(\mathfrak{S}_{n+1}\) permutant les facteurs de \(E_{n}\) : \[ p_{0}(x,y) = x, \quad p_{1}(x,y) = y, \quad \delta_{0}(x) = (x,x), \quad \sigma(x,y) = (y,x), \] \[ p_{12}(x,y,z) = (x,y), \quad p_{23}(x,y,z) = (y,z), \quad p_{31}(x,y,z) = (z,x), \] \[ \delta_{1}(x,y) = (y,x,x), \quad \delta_{2}(x,y) = (x,y,x), \quad \delta_{3}(x,y) = (x,x,y), \quad \rho(x,y,z) = (y,z,x). \] C'est le nerf de Čech de l'application \(F \to \{*\}\), tronqué au deuxième étage. Ce que les quatre feuilles cherchent est sa présentation : quel est le plus petit système de données et de relations dont ce modèle soit l'exemple libre.
La convention sur les transpositions
Une convention doit être fixée avant tout, car deux relations de ces pages sont fausses sans elle et vraies avec. Les transpositions \(\sigma_{1}, \sigma_{2}, \sigma_{3}\) de \(\mathfrak{S}_{3}\) sont indexées par la lettre qu'elles fixent : \[ \sigma_{1}(x,y,z) = (x,z,y), \qquad \sigma_{2}(x,y,z) = (z,y,x), \qquad \sigma_{3}(x,y,z) = (y,x,z). \] C'est la convention qu'exigent les relations d'équivariance \[ \sigma\, p_{12} = p_{12}\,\sigma_{3}, \qquad \sigma\, p_{23} = p_{23}\,\sigma_{1}, \qquad \sigma\, p_{31} = p_{31}\,\sigma_{2}, \] qui sont vraies dans le modèle et sont écrites telles quelles sur la page.2
Le système et ses relations
La donnée minimale est celle de trois ensembles \(E_{0}\), \((E_{1}, \mathfrak{S}_{2})\), \((E_{2}, \mathfrak{S}_{3})\) et de quatre applications \(p_{0} \colon E_{1} \to E_{0}\), \(\delta_{0} \colon E_{0} \to E_{1}\), \(p_{12} \colon E_{2} \to E_{1}\), \(\delta_{1} \colon E_{1} \to E_{2}\) ; tout le reste s'en déduit par les groupes : \[ p_{1} = p_{0}\sigma, \qquad p_{23} = p_{12}\rho, \qquad p_{31} = p_{12}\rho^{2}, \qquad \delta_{3} = \rho\,\delta_{1}, \qquad \delta_{2} = \rho^{2}\delta_{1}. \] Les relations que la page encadre, et qui sont toutes vraies dans le modèle, sont \[ p_{0}\delta_{0} = \mathrm{id}_{E_{0}}, \qquad \sigma\delta_{0} = \delta_{0}, \] \[ p_{12}\delta_{1} = \sigma, \qquad p_{12}\delta_{3} = \delta_{0}p_{0}, \qquad p_{12}\delta_{2} = \mathrm{id}_{E_{1}}, \] \[ \sigma_{1}\delta_{1} = \delta_{1}, \qquad p_{12}\sigma_{3} = \sigma\,p_{12}. \] Les trois du milieu sont les trois valeurs distinctes que prend \(p_{12}\) sur les trois faces \(\delta_{1}, \delta_{2}, \delta_{3}\) : une involution, un idempotent, l'identité. Elles sont, à la lettre, trois des identités simpliciales.3
Deux conséquences méritent d'être isolées, parce qu'elles servent plus loin. La première est que \(\delta_{1}\delta_{0}\) est invariante sous \(\mathfrak{S}_{3}\) tout entier : \[ g\,(\delta_{1}\delta_{0}) = \delta_{1}\delta_{0} \qquad (g \in \mathfrak{S}_{3}), \] ce qui est immédiat sur le modèle, où \(\delta_{1}\delta_{0}(x) = (x,x,x)\). La seconde est que \(p_{0}p_{12}\) est invariante à droite sous \(\sigma_{1}\) : \[ p_{0}\,p_{12}\,\sigma_{1} = p_{0}\,p_{12} = p_{0}\,p_{13}, \] \(\sigma_{1}\) ne touchant pas la première lettre.4
Une inégalité qui n'en est pas une
La page 2 porte, barrée et flanquée de deux points d'interrogation, \[ (p_{12}\rho)\,\delta_{1} \neq p_{23}\,(\rho\delta_{1}) \qquad ?? \] L'inégalité est vraie et n'a rien d'inquiétant. Comme \(p_{12}\rho = p_{23}\), le membre de gauche est \(p_{23}\delta_{1} = \delta_{0}p_{0}\) ; le membre de droite est \(p_{23}\delta_{3} = \mathrm{id}_{E_{1}}\). Ce ne sont pas deux parenthésages du même composé — le second n'est pas \(p_{12}(\rho\delta_{1})\) — et la composition n'est pas en cause. Les deux valeurs obtenues sont précisément les deux premières lignes de la boîte que la page écrit juste en dessous.5
Le cas pointé, et la lecture cocyclique
Si \(E_{0}\) est réduit à un point, \(E_{1}\) et \(E_{2}\) deviennent des ensembles pointés par \(e_{1} = \delta_{0}(*)\) et \(e_{2} = \delta_{1}(e_{1})\), les groupes respectent les pointages, et \(\delta_{0}p_{0}\) devient l'application constante. Les relations se réduisent à cinq : \[ p_{12}\delta_{1} = \sigma, \qquad p_{12}\delta_{3} = e, \qquad p_{12}\delta_{2} = \mathrm{id}_{E_{1}}, \qquad \sigma_{1}\delta_{1} = \delta_{1}, \qquad p_{12}\sigma_{3} = \sigma\,p_{12}, \] où \(e\) est l'application constante. La page 8 les récrit multiplicativement, et c'est le seul endroit du lot où le système soit lu comme une présentation : \[ \delta_{0}p_{0}(x) = 1, \qquad \sigma(x)\cdot x = 1, \qquad p_{12}(z)\,p_{23}(z)\,p_{31}(z) = 1 \quad (z \in E_{2}). \] Ce sont, dans l'ordre, la normalisation, l'inversion et la condition de cocycle. Autrement dit : \(E_{1}\) joue le rôle des données de transition d'un recouvrement, \(\sigma\) celui du passage à l'inverse, \(\delta_{0}\) celui des identités, et la troisième relation est la condition de cocycle de Čech sur les intersections triples.6
Une remarque de marge de la page 8 vaut d'être conservée, car c'est un critère et non une étape : \(\delta_{1}(x)\) est fixé par \(\rho\) — donc par \(\mathfrak{S}_{3}\) tout entier — si et seulement si \(x = \delta_{0}p_{0}(x)\), c'est-à-dire si et seulement si \(x\) est dégénéré.
10–14
Hyperrecouvrements
Cinq pages d'un texte suivi, paginées 1 à 5 par l'auteur, demandent ce que doit être un hyperrecouvrement d'un topos \(X\) indexé par une petite catégorie \(A\) quelconque, là où la notion reçue est indexée par un objet simplicial.7 La donnée est un foncteur \[ \varphi \colon A \longrightarrow X, \qquad \alpha \longmapsto U_{\alpha}, \] et la question est : quelles conditions sur \(\varphi\) ?
Les quatre axiomes
Ils sont posés dans cet ordre.
- Hyp 1. Les \(U_{\alpha}\), \(\alpha \in \mathrm{Ob}\,A\), recouvrent l'objet final \(e_{X}\).
- Hyp 1\({}'\). Pour tout \(\alpha_{0}\), le foncteur induit \(A/\alpha_{0} \to X/U_{\alpha_{0}}\) satisfait Hyp 1 : les \(U_{\alpha} \to U_{\alpha_{0}}\) indexées par les flèches \(\alpha \to \alpha_{0}\) forment une famille couvrante.
- Hyp 2. Pour \(\alpha, \beta\), la famille des \(U_{\gamma} \to U_{\alpha} \times U_{\beta}\), indexée par les objets de \(A/\alpha\times\beta\) — le produit étant pris dans \(\widehat{A}\) —, est couvrante.
- Hyp 2\({}'\). La version relative : pour tout diagramme \(\alpha_{1} \to \alpha_{0} \leftarrow \alpha_{2}\), la famille des \(U_{\gamma} \to U_{\alpha_{1}} \times_{U_{\alpha_{0}}} U_{\alpha_{2}}\), indexée par les objets de \(A/\alpha_{1}\times_{\alpha_{0}}\alpha_{2}\), est couvrante.
La version à \(n\) facteurs de Hyp 2 ne coûte rien : elle se déduit du cas \(n = 1\) par récurrence, puisque la composée de deux familles couvrantes est couvrante, en écrivant la famille des \(U_{\gamma'} \to U_{\gamma} \times U_{\alpha_{n+1}} \to (U_{\alpha_{0}} \times \cdots \times U_{\alpha_{n}}) \times U_{\alpha_{n+1}}\).8
La reformulation, et ce qu'elle dit
Soit \(\varphi_{!} \colon \widehat{A} \to X\) l'unique prolongement de \(\varphi\) commutant aux petites colimites — l'extension de Kan à gauche le long de Yoneda —, et soit \[ \varphi^{*} \colon X \longrightarrow \widehat{A}, \qquad \varphi^{*}(Y) = \bigl(\alpha \mapsto \mathrm{Hom}_{X}(\varphi\alpha, Y)\bigr) \] son adjoint à droite. Le premier est cocontinu, le second continu, et \(\varphi_{!} \dashv \varphi^{*}\).9
Alors Hyp 1, Hyp 2, Hyp 2\({}'\) sont exactement :
- a) \(\varphi_{!}(e_{\widehat{A}}) \to e_{X}\) est épi ;
- b) \(\varphi_{!}(\alpha\times\beta) \to \varphi_{!}(\alpha) \times \varphi_{!}(\beta)\) est épi, pour \(\alpha,\beta \in \mathrm{Ob}\,A\) ;
- c) \(\varphi_{!}(\alpha\times_{\alpha_{0}}\beta) \to \varphi_{!}(\alpha) \times_{\varphi_{!}(\alpha_{0})} \varphi_{!}(\beta)\) est épi, pour tout diagramme \(\alpha \to \alpha_{0} \leftarrow \beta\) dans \(A\).
Et comme tout objet de \(\widehat{A}\) est colimite de représentables, \(F = \varinjlim_{A/F}\alpha\), les conditions b) et c) valent alors pour des \(F, G\) quelconques de \(\widehat{A}\), ce qui permet de tout ramasser en un axiome unique : \[ \textbf{(Hyp)} \qquad \varphi_{!}\Bigl(\varprojlim_{I} F_{i}\Bigr) \longrightarrow \varprojlim_{I} \varphi_{!}(F_{i}) \quad \text{est épi}, \] pour tout diagramme fini \((F_{i})_{i \in I}\) dans \(\widehat{A}\) — et il suffit de le postuler pour \(I\) vide, discret à deux objets, et \(({\cdot} \to {\cdot} \leftarrow {\cdot})\), ce qui redonne respectivement Hyp 1, Hyp 2, Hyp 2\({}'\).10
Ce que dit (Hyp) est net : \(\varphi_{!}\) commute aux limites finies, à un recouvrement près. Si l'on y remplace « épi » par « iso », on obtient l'exactitude à gauche de \(\varphi_{!}\) ; le manuscrit relève lui-même ce cas comme « particulièrement agréable » et note qu'il équivaut à la donnée d'un morphisme de topos \(f \colon X \to \widehat{A}\) avec \(\varphi_{!} = f^{*}\). C'est le théorème de Diaconescu, et ce que le manuscrit appelle le cas agréable s'appelle aujourd'hui la platitude du foncteur \(\varphi\).11
Le texte se termine sur une question, laissée ouverte :
Mais cette hypothèse peut-elle être vérifiée, sans que \(\varphi_{!}\) soit exact ? Quand ?
C'est exactement la question de l'écart entre la platitude et sa forme locale. L'écart est réel — les deux conditions ne coïncident pas en général, et c'est pour cela que la seconde a reçu un nom propre, covering flat — mais le dossier n'y revient pas.12
16–20
Le système \((E_{n}, \partial_{n}, k_{n})\) et son dual
Une seconde série numérotée, 1 à 3, reprend le calcul en toutes dimensions. Pour \(n \geq 1\), on se donne un \(\mathfrak{S}_{n}\)-ensemble \(E_{n}\) et un couple \[ \partial_{n} \colon E_{n} \longrightarrow E_{n+1}, \qquad k_{n} \colon E_{n+1} \longrightarrow E_{n}, \] les noms venant des applications d'indices sous-jacentes : \(\partial_{n}\) répond à l'inclusion \([1,n] \hookrightarrow [1,n+1]\) et \(k_{n}\) à sa rétraction. Les relations sont \[ k_{n}\partial_{n} = \mathrm{id}_{E_{n}}, \qquad \partial_{n}\sigma = i_{n}(\sigma)\,\partial_{n} \ \ (\sigma \in \mathfrak{S}_{n}), \qquad \sigma k_{n} = k_{n}\,i'_{n}(\sigma) \ \ (\sigma \in \mathfrak{S}_{n-1}), \qquad k_{n}\sigma_{n+1} = k_{n}, \] où \(i_{n} \colon \mathfrak{S}_{n} \hookrightarrow \mathfrak{S}_{n+1}\) est l'inclusion, \(i'_{n} = i_{n}i_{n-1}\), et \(\sigma_{m}\) la transposition \((m-1,m)\). La composée dans l'autre sens, \[ \rho_{n+1} = \partial_{n}k_{n} \colon E_{n+1} \longrightarrow E_{n+1}, \] est alors un idempotent, projecteur de \(E_{n+1}\) sur l'image de \(E_{n}\) : c'est la seule chose que \(k_{n}\partial_{n} = \mathrm{id}\) permette d'affirmer, et elle suffit.
Le système dual, et la condition de concaténation
Renversant toutes les flèches, on obtient \(E^{*}_{n}\) avec \(d_{n} = k^{*}_{n} \colon E^{*}_{n} \to E^{*}_{n+1}\) et \(p_{n} = \partial^{*}_{n} \colon E^{*}_{n+1} \to E^{*}_{n}\), satisfaisant les relations transposées. Deux familles d'applications de descente y sont définies, et il faut les distinguer soigneusement, car c'est leur couple qui porte tout l'énoncé : \[ \alpha^{*}_{n,p} = \partial^{*}_{p}\,\partial^{*}_{p+1}\cdots\partial^{*}_{n-1} \colon E^{*}_{n} \longrightarrow E^{*}_{p} \qquad (n > p \geq 1), \] \[ \beta^{*}_{n,q} = \partial'^{*}_{q}\,\partial'^{*}_{q+1}\cdots\partial'^{*}_{n-1} \colon E^{*}_{n} \longrightarrow E^{*}_{q} \qquad (n \geq q \geq 1), \qquad \partial'_{m} = \rho_{m}\,\partial_{m}, \] \(\rho_{m}\) étant la permutation circulaire de \(\mathfrak{S}_{m+1}\). Au niveau des indices, \(\alpha_{n,p}\) est l'inclusion du segment initial \([1,p] \subset [1,n]\) et \(\beta_{n,q}\) celle du segment final, \(i \mapsto i + (n-q)\) : \(\alpha^{*}\) est donc la restriction au début et \(\beta^{*}\) la restriction à la fin.
La condition que le système doit satisfaire, en plus des relations, est alors \[ (**) \qquad E^{*}_{p+q} \xrightarrow{\ (\alpha^{*}_{p+q,p},\ \beta^{*}_{p+q,q})\ } E^{*}_{p} \times E^{*}_{q} \quad \text{surjectif}, \qquad p,q \geq 1 : \] un objet de longueur \(p\) et un objet de longueur \(q\) étant donnés, il existe toujours un objet de longueur \(p+q\) dont ils sont respectivement le début et la fin. C'est une condition de concaténation, et c'est le dessin de la page 17 — deux segments mis bout à bout, avec le point de raccord marqué.13
Le même système écrit en trois termes
Les pages 18 à 20 redescendent au cas de trois étages et l'écrivent \(X_{1}, X_{2}, X_{3}\), avec \(p_{0} \colon X_{2} \to X_{1}\), \(p_{12} \colon X_{3} \to X_{2}\), \(\delta_{0} \colon X_{1} \to X_{2}\), \(\delta_{1},\delta_{2},\delta_{3} \colon X_{2} \to X_{3}\) et les groupes \(\mathfrak{S}_{2}\), \(\mathfrak{S}_{3}\). C'est le système \(E_{0}, E_{1}, E_{2}\) des pages 2 à 8, décalé d'un cran.14
Deux carrés y sont déclarés cartésiens par l'auteur — il écrit « cart » en leur
centre —, et ils sont ensuite récrits avec \(E\) au lieu de \(X\) et \(\partial\) au
lieu de \(\delta\) : le passage d'un système à l'autre est ce que la page cherche.
Le second de ces carrés,
LaTeX source
\begin{tikzcd}[column sep=large, row sep=small]
E_{1} & E_{2} \arrow[l, "p_{12}"'] \\
E_{0} \arrow[u, "\delta_{0}"] & E_{1} \arrow[l, "p_{0}"] \arrow[u, "\delta_{1}"']
\end{tikzcd}
dit exactement, une fois \(E_{0}\) réduit à un point, que l'image de \(E_{1}\) dans \(E_{2}\) est la fibre de \(p_{12}\) au-dessus du point marqué. C'est cette assertion que le lot suivant démontre, à la page 24.
La page 19 pose alors l'hypothèse qui ouvre le lot suivant : \(X_{1}\) réduit à un élément, donc \(E_{1}\) un \(\mathfrak{S}_{2}\)-ensemble pointé et \(E_{2}\) un \(\mathfrak{S}_{3}\)-ensemble pointé, reliés par \[ d \colon E_{1} \rightleftarrows E_{2} \colon p, \qquad p\,d = \mathrm{id}_{E_{1}}. \] La page 20 ne porte que trois lignes de calcul en coordonnées, qui reprennent \(d\) et \(\rho^{2}d\) ; elles sont reprises et menées à leur terme à la page 21.15
Une page intercalée
La page 17, écrite au dos de la même lettre administrative que ses voisines, n'appartient pas à cette série mais au texte « Hyperrecouvrements » : elle porte le calcul de \(\varphi_{!}(F \times G)\) par colimites qui justifie le passage des représentables aux objets quelconques, et le couple adjoint \((\varphi_{!}, \varphi^{*})\) écrit en toutes lettres — « \(u\) continu, \(v\) cocontinu ». Nous l'avons rendue à sa place logique, ci-dessus.
Notes
- La pagination de l'auteur et celle des archivistes ne coïncident pas : l'auteur numérote ses feuillets, dont chacun porte deux pages du fonds. Les renvois du sommaire sont à sa numérotation ; ceux du présent commentaire, comme partout dans cette édition, sont à celle des archivistes. ↩
- La convention n'est explicitée nulle part dans ce lot ; elle l'est à la page 21, dans le lot suivant, où les trois transpositions sont données en coordonnées. Nous la lisons donc à rebours, ce que seule une lecture du dossier entier permet. ↩
- La page 2 écrit \(\sigma_{3}\delta_{1} = \delta_{1}\) ; la page 4 écrit \(\sigma_{1}\delta_{1} = \delta_{1}\). Sous la convention ci-dessus, c'est la seconde qui est vraie : \(\delta_{1}(x,y) = (y,x,x)\) est fixé par la transposition des deux dernières lettres, c'est-à-dire par \(\sigma_{1}\). Le stabilisateur de \(\delta_{1}(\xi)\) dans \(\mathfrak{S}_{3}\) est exactement \(\{1,\sigma_{1}\}\) dès que \(\xi\) n'est pas diagonal, et c'est ce fait qui sert au lot suivant. ↩
- La page 4 écrit cette dernière relation avec \(\sigma_{3}\) et nomme le membre de droite \(p_{1}\) ; les deux sont fautifs, et de la même façon que la relation \(\sigma_{3}\delta_{1} = \delta_{1}\) de la page 2. Sous la convention fixée, \(p_{0}p_{12}\sigma_{3}\) vaut \(p_{1}p_{12}\) et non \(p_{0}p_{12}\). La page 6 écrit la relation correcte, avec \(\sigma_{1}\). ↩
- Le doute vient des accolades dont l'auteur surcharge la ligne, qui renomment \(\rho\delta_{1}\) en \(\delta_{3}\) et \(\rho^{2}\delta_{1}\) en \(\delta_{2}\) : un même symbole y sert de nom et de composé. ↩
- La lecture est celle que la page impose par sa notation multiplicative ; elle n'y est pas nommée. On ajoutera qu'un tel système avec ses groupes symétriques est, en langue d'aujourd'hui, un objet simplicial symétrique tronqué au deuxième étage — un foncteur sur la catégorie des ensembles finis non vides à au plus trois éléments — et que le modèle \(E_{n} = F^{n+1}\) en est l'exemple universel. ↩
- Les hyperrecouvrements de SGA 4, exposé V, et ceux d'Artin–Mazur sont indexés par des objets simpliciaux ; le texte cite d'ailleurs Artin–Mazur quelques pages plus loin, à un autre propos. Le passage à une catégorie d'indices arbitraire est ce que ces pages proposent, et la reformulation qu'elles atteignent est celle qui rend le passage indolore. ↩
- Les deux étiquettes de ce diagramme sont interverties sur la page relativement à la phrase qui le suit ; la transcription le signale et ne corrige pas. Rien de mathématique n'en dépend : la première flèche est celle du cran \(n+1\), la seconde celle de l'hypothèse de récurrence. ↩
- L'étoile de \(\varphi^{*}\) est ici celle d'un adjoint à droite, à rebours de l'usage : si \(\varphi_{!}\) provient d'un morphisme de topos \(f\), on a \(\varphi_{!} = f^{*}\) et \(\varphi^{*} = f_{*}\). Le manuscrit écrit les deux notations à quelques lignes l'une de l'autre, page 13 et page 17. ↩
- La démonstration que b) et c) sur les représentables impliquent leur version générale est menée à la page 17, sur des \(\varinjlim\) indexées par \(A/F\) et \(A/G\) ; elle utilise que ces catégories d'indices sont filtrantes deux à deux au sens voulu, ce que la page ne dit pas mais que la construction du produit dans \(\widehat{A}\) fournit. ↩
- R. Diaconescu, Change of base for toposes with generators, 1975 : les morphismes de topos \(X \to \widehat{A}\) correspondent aux foncteurs plats \(A \to X\), c'est-à-dire à ceux dont l'extension de Kan à gauche est exacte à gauche. Le résultat est antérieur à ces pages ; rien n'indique qu'elles s'y réfèrent, et le manuscrit énonce la correspondance sans la nommer. ↩
- La condition (Hyp) est, mot pour mot, celle qu'on appelle aujourd'hui platitude relative à la topologie ; elle est ce qui remplace la platitude dans l'énoncé de Diaconescu lorsque la catégorie d'indices n'a pas les limites finies. Ces pages en donnent la formulation correcte sans en tirer d'exemple séparant. ↩
- Elle a la forme des conditions de remplissage de la théorie simpliciale, mais on notera que le but est un produit et non un produit fibré : les deux segments d'indices \([1,p]\) et \([p+1,p+q]\) sont disjoints, il n'y a rien sur quoi les recoller. C'est la même forme que Hyp 2 de la section précédente, où la famille des \(U_{\gamma}\) devait couvrir un produit et non un produit fibré. ↩
- Ces \(X_{n}\) n'ont rien à voir avec les \(X_{i}\) de « Structures stratifiées », qui sont les parties fermées d'une stratification. La collision de lettres est réelle et court sur tout le dossier ; nous gardons ici \(E_{0}, E_{1}, E_{2}\) pour le système à trois étages, et réservons \(X\) à l'espace stratifié. ↩
- Les deux triplets de la page 20 sont donnés par la transcription comme des lectures incertaines. Le calcul de la page 21, où les mêmes formules sont écrites lisiblement, donne \(d(x,y) = (x,y,y)\) et \(\rho^{2}d(x,y) = (y,x,y)\) ; c'est cette lecture-là que nous retenons. ↩