Cote n° 134-2 · pages 1–80 · Lecture modernisée · [Chapitre I : Take off (pages 1 à 65) et table des matières provisoire] : tapuscrits annotés (19/02-22/02/1983), note manuscrite (s.d.), copies de lettre (1975, s.d.) — lecture modernisée du dossier entier
Datation de l’inventaire : 1975-[1983]
Édition de démonstration — interprétation personnelle de l'œuvre

Résumé

Ce dossier est l'ouverture d'À la poursuite des champs (Pursuing Stacks), le long texte que Grothendieck commence en février 1983 sous la forme d'une lettre à Daniel Quillen. Il en contient trois choses : les plans et tables des matières de l'ouvrage tel qu'il le voyait alors ; le premier chapitre, « Take-off », qui est la lettre à Quillen ; et l'appendice de ce chapitre, trois lettres de 1975 à Lawrence Breen que Grothendieck a fait retaper pour les joindre au volume.

Il faut dire d'emblée ce que cette lecture couvre. Le dossier compte 184 pages ; seules les pages 1 à 80 sont transcrites, et c'est d'elles seules qu'il est question ici. Parmi elles, la lettre à Quillen et les sections numérotées (pages 14 à 36) et les notes au chapitre (pages 78 à 80) ne sont pas reprises : elles sont imprimées dans l'édition de Georges Maltsiniotis (À la poursuite des champs, vol. I, SMF, 2022), à laquelle on renvoie. Ce qui est lu, ce sont les tables (pages 1 à 12), une dédicace (page 13), et surtout les trois lettres à Breen, du 5 février, du 17 février et des 17–19 juillet 1975 (pages 37 à 77), que ce volume imprimé ne contient pas.

De quoi ces lettres parlent-elles ? D'une intuition qui vient d'arriver : qu'un « espace à déformation près » et une certaine structure purement algébrique — un \(n\)-groupoïde — sont au fond la même chose. Un groupoïde, c'est une collection d'objets et de flèches toutes inversibles. Si l'on prend pour objets les points d'un espace et pour flèches les chemins à déformation près, on obtient le groupoïde fondamental, qui retient les composantes connexes et le groupe fondamental, et oublie le reste. Pour retenir davantage, il faut cesser de passer au quotient trop tôt : garder les chemins eux-mêmes, puis les déformations entre chemins, puis les déformations entre déformations, sur \(n\) étages. C'est un \(n\)-groupoïde, et l'idée de 1975 est qu'il retient exactement la forme de l'espace jusqu'en dimension \(n\).

Quel problème cela résout-il ? Grothendieck répond à Breen, qui lui demandait des exemples « convaincants » d'objets de ce genre, et lui en donne : les gerbes, les algèbres d'Azumaya, les champs de Picard. Mais l'argument de fond est ailleurs. L'algèbre homologique classique travaille avec des complexes de groupes abéliens, et beaucoup de théorèmes de géométrie (ceux de Lefschetz, par exemple) se démontrent aussi pour des coefficients qui ne commutent pas, où l'outil manque. Ce qui joue pour les objets non commutatifs le rôle des complexes, ce seraient ces \(n\)-groupoïdes, et leurs versions qui varient d'un point à l'autre d'un espace : les \(n\)-champs. La cohomologie d'un espace devient alors une opération très simple — prendre les sections globales d'un champ — sans résoudre ni l'espace ni les coefficients.

La troisième lettre est plus vaste. Elle esquisse un programme de dualité conçu à la fin des années cinquante, où la théorie du corps de classes, locale et globale, devient une formule de dualité entre deux cohomologies ; et elle esquisse une « topologie modérée » dans laquelle un espace muni d'une stratification se décrit par un diagramme fini de types d'homotopie, d'où un « type d'homotopie fin » d'un espace ou d'un schéma.

Une analogie aide à tenir ensemble ces fils. Un revêtement d'un espace, ce sont des données qui sont constantes là où l'on regarde de près, mais qui peuvent se tordre quand on fait le tour d'un trou. Grothendieck pose que l'espace, vu « à homotopie près », n'est rien d'autre que la collection de toutes ces données localement constantes, à tous les étages ; et que si l'on autorise ces données à changer de nature le long d'une stratification, on voit apparaître un type d'homotopie plus fin, qui retient comment les strates sont recollées.

Où cela mène-t-il ? Presque tout ce que ces lettres demandent a reçu depuis un nom, parfois une démonstration. L'hypothèse que les \(n\)-groupoïdes modélisent les \(n\)-types d'homotopie est l'« hypothèse d'homotopie » ; les \(n\)-champs sont les objets tronqués d'un \(\infty\)-topos, et les « \(n\)-topos » qu'il redoutait existent ; le type d'homotopie d'un topos est sa « forme » (shape) ; la description d'un espace stratifié par diagramme est la théorie des chemins de sortie, aujourd'hui « exodromie ». Les situer est le travail de cette lecture, qui signale chaque fois ce qui est son propre commentaire. Quelques-unes de ses affirmations de 1975 sont décalées d'un degré, et on le dit à l'endroit où elles se trouvent.

Reste la manière, qui se lit sans aucun bagage. À Breen qui lui objecte que la classification des objets géométriques se ramène finalement à des invariants cohomologiques bien connus, il répond que c'est négliger la différence entre comprendre un objet et connaître sa classe à isomorphisme près. Qu'on ait jusqu'ici toujours pu éluder ces animaux n'est pas pour lui une raison de continuer : beaucoup de mathématiques « sérieuses » n'existeraient pas si l'on n'avait éclairci que ce qu'on était forcé d'éclaircir. Et devant une définition technique qui marche mais n'éclaire rien, il propose une autre méthode : dresser, comme une liste de cadeaux de Noël, la liste complète de ce qu'on voudrait avoir, et attendre qu'elle désigne d'elle-même la construction — « you just follow your nose ».

Keywords — n-stack, n-groupoid, homotopy hypothesis, fundamental n-groupoid, Picard stack, gerbe, Brauer group, crossed module, shape of a topos, infinity-topos, six-functor formalism, flat duality, geometric class field theory, exodromy, stratified spaces, test category

Le fil du dossier, et ce que cette lecture couvre

Les stations

Le dossier est un tapuscrit de 1983 annoté de sa main, dans l'ordre où Grothendieck l'a monté pour en faire le premier chapitre de Pursuing Stacks. On y distingue sept stations.

Suivent, pages 78 à 80, les premières pages des « NOTES to Chapter I and Appendix », imprimées dans la même édition et non reprises ici.

L'épine dorsale

Le dossier ne construit pas un objet de page en page ; il en annonce un. Les tables disent où Pursuing Stacks devait aller, la lettre à Quillen dit par où il commence, et les lettres à Breen disent d'où il vient : de l'intuition de 1975 que les \(n\)-groupoïdes non stricts modélisent les types d'homotopie \(n\)-tronqués — l'avertissement de la page 37 le dit en propres termes. Les trois lettres déploient cette intuition dans un ordre qui est celui de cette lecture :

  1. des exemples de \(2\)-catégories de Picard (pages 38 à 40) ;
  2. les \(n\)-champs comme cadre naturel d'une algèbre homologique non commutative (pages 40 à 42) ;
  3. le dictionnaire entre \(n\)-groupoïdes et types d'homotopie tronqués, absolu puis relatif à un topos (pages 42 à 47) ;
  4. le \(n\)-groupoïde fondamental d'un topos et la classification de ses systèmes locaux (pages 48 à 51) ;
  5. la cohomologie comme intégration de champs (pages 51 à 55) ;
  6. en juillet, le prolongement vers la dualité, la topologie modérée et la linéarisation des types d'homotopie (pages 56 à 77).

Conventions, valables pour tout le dossier

Ce que le dossier n'établit pas, et ce qui manque

1–12

Le plan de Pursuing Stacks (pages 1 à 12)

La couverture porte au crayon, et seulement cela, « The Modelizing Story ». La page suivante donne un plan en parties, tapé puis remanié à la main3 :

Sous la liste, un schéma de dépendances relie les parties ; on le reproduit tel qu'il est tracé, la partie I restant isolée4 :

LaTeX source
\begin{tikzcd}[column sep=small, row sep=small]
\mathrm{I} & \mathrm{II} \arrow[r, Rightarrow] & \mathrm{III} \arrow[r, Rightarrow] & \mathrm{IV} \arrow[dd, Rightarrow] & \mathrm{V} \arrow[d, Rightarrow] \arrow[dr] & \\
 & & & & \mathrm{VII} & \mathrm{VI} \\
 & & & \mathrm{VIII} \arrow[d, Rightarrow] & & \\
 & & & \mathrm{IX} & &
\end{tikzcd}

Les pages 3 à 12 donnent deux états de la table. Le premier (page 3, sa page « i ») titre encore « The Modilizing Story » et attribue le chapitre I à « A letter to … », sans nom ; le second (page 4) porte le titre général « PURSUING STACKS (À la poursuite des champs). First episode: THE MODELIZING STORY (Histoire de Modèles) » et précise « a letter to Daniel Quillen ». La table de l'appendice — les dix-huit intertitres des lettres à Breen — n'est qu'au premier état ; elle concorde avec les marques « App. » portées dans les marges des lettres, qui sont donc de la même campagne de 1983.5 La transcription note que ces tables de travail diffèrent de la table imprimée ; on ne les a pas collationnées avec elle.

Ce qu'elles montrent, c'est la forme du projet à la date des pages 7 et 8 : §§ 1 à 66 en deux parties (« Take-off », puis « Test categories and test functors » et « Homotopy structures, contractibility structures »), une partie IV refaite au propre à la main après qu'une première version tapée a été barrée (§§ 67 à 99), puis abélianisation (§§ 100 à 109), schématisation (§§ 110 à 133) et linéarisation (§§ 133 à 140), la table s'arrêtant sur « (to be completed) ».6

Quelques noms d'aujourd'hui pour s'orienter dans ces intitulés — ils sont de nous, et l'ouvrage, qui est de 1983, ne pouvait pas les connaître, sauf le premier :

13–13

La dédicace (page 13)

La page est manuscrite. Une première dédicace, « À ceux qui furent mes élèves — à qui j'ai donné du meilleur de moi-même, et aussi du pire … », est barrée de traits obliques. Celle qui reste est à son frère, Dodek Shapiro, qu'il aurait « voulu rencontrer un jour », et dont les seuls signes tangibles sont « quelques lettres et photos d'enfant, anciennes de près d'un demi-siècle », datées d'Oulianovsk et adressées à leur père, Sascha.7

14–36

Le chapitre I : la lettre à Quillen (pages 14 à 36)

Les pages 14 à 36 sont le tapuscrit annoté de la lettre à Daniel Quillen commencée aux Aumettes le 19 février 1983 et poursuivie jusqu'au 23 (avec une note marginale du 25), qui forme les §§ 1 à 13 de Pursuing Stacks et se termine par un post-scriptum ; un bandeau collé page 14 l'intitule « Chapter I : TAKE OFF / A letter to …. / (followed by an Appendix: Three letters to Larry Breen) ». Ce texte est imprimé dans G. Maltsiniotis (éd.), À la poursuite des champs, vol. I, SMF, Documents mathématiques 20, 2022, et c'est là qu'il faut le lire ; on ne le restitue ni ne le paraphrase ici. Les titres de ses sections sont ceux des tables des pages 3 et 4 : de « The importance of innocence » (§ 1) à « An urgent reflection on proper names: “stacks” and “coherators” » (§ 13).8

37–37

L'avertissement de 1983 à l'appendice (page 37)

L'appendice s'ouvre sur une page en anglais, qui dit d'où viennent les textes qui suivent et ce qu'il en a fait. Les deux premières lettres sont reproduites telles quelles, en français ; pour la deuxième il se sert d'une copie dactylographiée faite par Breen en 1975. La troisième paraît dans une traduction anglaise faite l'année précédente par Ronnie Brown, avec l'aide de Breen et de J.-L. Loday, à partir d'une copie à peine lisible de la lettre manuscrite ; il dit s'en servir plutôt que de l'original, qu'« aucun imprimeur ne pourrait déchiffrer », et l'avoir corrigée là où son écriture avait égaré les traducteurs. Il a sauté le début de la première lettre, ajouté les intertitres App. 1 à 18 et des commentaires, les notes (22) à (31).9

Il situe ensuite les lettres. Les deux premières tentaient d'expliquer à Breen « some of the main points of the programme I had in mind around the notions of \(n\)-categories and \(n\)-stacks », sous l'impulsion d'une intuition neuve pour lui : « that (non strict) \(n\)-groupoids should model (in a suitable sense) \(n\)-truncated homotopy types ». La troisième, réponse aux questions de Breen, est « of a wider scope » : un programme de dualité remontant à la fin des années cinquante, y compris une formulation cohomologique de la théorie du corps de classes « géométrique » locale et globale, qui « appears here for the first time in print » ; puis le besoin d'une « tame topology » pour une théorie du dévissage des espaces stratifiés et des voisinages tubulaires étales, en vue d'un « fine homotopy type » défini par le système projectif des types d'homotopie indexés associés aux stratifications équisingulières.

38–47

Première lettre à Breen, Villecun, 5 février 1975 (pages 38 à 47)

La lettre est datée « Villecun 5.2.1975 » et commence, dans le volume, par « Cher Breen » suivi d'une coupure. Le début sauté transparaît sous la bande collée : il y remercie Breen d'une longue lettre et parle de sa propre lettre à Deligne et d'une interprétation, due à Breen, d'un groupe d'obstruction comme un \(\mathrm{Ext}\).10 Que les pages 41 à 47 soient la fin de cette même lettre résulte de la continuité : la phrase interrompue au bas de la page 40 (« des théorèmes de Lefschetz ») reprend en haut de la page 41, et les intertitres App. 2 à 5 se suivent.11

38–40

App. 1 : des \(2\)-catégories de Picard (pages 38 à 40)

Breen espérait, dit-il, qu'on lui prouverait que les \(2\)-catégories de Picard, les \(n\)-catégories « et autre faune de ce genre » sont indispensables à des mathématiques sérieuses. Grothendieck craint que non : on a toujours pu les éluder. Mais il refuse d'en conclure qu'il faut continuer, et il refuse l'argument selon lequel la classification d'objets géométriques « relativement merdiques » se ramènerait à des invariants cohomologiques bien connus : c'est confondre la compréhension d'un objet géométrique et la détermination de sa classe à équivalence près.

Suivent quatre exemples. Dans le langage des conventions, une \(2\)-catégorie de Picard stricte est un \(2\)-groupoïde muni d'une structure de groupe abélien strictement commutative à cohérence près, et elle équivaut à la donnée d'un complexe de groupes abéliens concentré en trois degrés consécutifs, à quasi-isomorphisme près ; ses \(\pi_0\), \(\pi_1\), \(\pi_2\) sont les trois groupes de cohomologie de ce complexe, du plus haut degré au plus bas.12

1) Gerbes. Soit \(L\) un lien sur le topos \(X\), de centre \(Z\) (un faisceau abélien). Les gerbes liées par \(Z\) forment une \(2\)-catégorie de Picard stricte, associée au complexe \(\tau_{\leqslant 2}\,R\Gamma(X,Z)\), de sorte que \[ \pi_{2-i}\bigl(\mathrm{Gerbes}_Z(X)\bigr) \simeq H^i(X,Z), \qquad 0 \leqslant i \leqslant 2 . \] Les gerbes liées par \(L\) forment un pseudo-torseur sous cette \(2\)-catégorie, non vide si et seulement si une obstruction dans \(H^3(X,Z)\) est nulle — c'est le théorème de Giraud (Cohomologie non abélienne, IV.3.4). Pour comprendre cette classe, il propose de passer aux champs : le \(2\)-champ de Picard strict des \(Z\)-gerbes sur les objets variables de \(X\), qui est le \(2\)-champ \(B^2Z\), et le \(2\)-champ des \(L\)-gerbes, qui est un \(2\)-torseur sous le précédent ; et les \(2\)-torseurs sous \(B^2Z\) sont classés par \(H^3(X,Z)\), comme les \(Z\)-gerbes, torseurs sous le champ de Picard strict \(BZ\) des \(Z\)-torseurs, le sont par \(H^2(X,Z)\).13

2) Champs de Picard d'invariants \(M\) et \(N\). Si \(M\) et \(N\) sont deux faisceaux abéliens, les champs de Picard (non nécessairement stricts) dont le faisceau des classes d'objets est \(M\) et celui des automorphismes de l'objet nul est \(N\) forment une \(2\)-catégorie de Picard stricte. Il la dit « représentée sans doute » par le complexe \(\mathrm{RHom}(X(M),N)\) tronqué en degré \(2\), d'invariants « le drôle de \(\mathrm{Ext}^2\) » de sa lettre à Deligne et les « honnêtes » \(\mathrm{Ext}^0(M,N)\) et \(\mathrm{Ext}^1(M,N)\).14 Les champs de Picard stricts forment une sous-\(2\)-catégorie de Picard pleine, associée à \(\tau_{\leqslant 2}\,\mathrm{RHom}(M,N)\) : le groupe \(\mathrm{Ext}^2(M,N)\) classe les objets à équivalence près, \(\mathrm{Ext}^1(M,N)\) les automorphismes de l'objet nul à isomorphisme près, \(\mathrm{Ext}^0(M,N)\) les automorphismes de l'automorphisme identique de celui-ci. Il n'a pas, dit-il, d'interprétation géométrique de \(\tau_{\leqslant n}\,\mathrm{RHom}(M,N)\) pour \(n > 2\), mais il faut la chercher du côté des \(n\)-champs de Picard.15

3) Gr-champs liés par \((G,N)\). Soit \(G\) un faisceau de groupes sur \(X\) opérant sur un faisceau abélien \(N\). Les champs en Gr-catégories sur \(X\) liés par \((G,N)\) — \(\pi_0 = G\), \(\pi_1 = N\), avec l'action donnée — forment une \(2\)-catégorie de Picard, d'invariants \[ \pi_0 = H^3(B_G/X, N), \qquad \pi_1 = H^2(B_G/X, N), \qquad \pi_2 = Z^1(G,N), \] où \(B_G/X\) est le topos classifiant de \(G\) au-dessus de \(X\) et \(Z^1(G,N)\) le groupe des \(1\)-cocycles (homomorphismes croisés). Il laisse à Breen le soin de deviner le complexe tronqué qui la décrit.16

4) Algèbres d'Azumaya. Sur un topos localement annelé \(X\), les Algèbres d'Azumaya forment une \(2\)-catégorie de Picard « de Brauer » : la catégorie des morphismes \(A \to B\) est celle des trivialisations \((E,\varphi)\) de \(A^{\circ}\otimes B\), avec \(E\) un Module localement libre et \(\varphi : \underline{\mathrm{End}}(E) \xrightarrow{\sim} A^{\circ}\otimes B\) — ce qu'on appelle aujourd'hui une équivalence de Morita —, le produit est le produit tensoriel et l'inverse l'algèbre opposée. En associant à chaque algèbre la gerbe de ses trivialisations, on obtient un \(2\)-foncteur monoïdal vers la \(2\)-catégorie de Picard des \(\mathbb{G}_m\)-gerbes, qui est \(2\)-fidèle (pleinement fidèle sur les catégories de morphismes) ; d'où les invariants \[ \pi_0 = H^2(X,\mathbb{G}_m)_{\mathrm{Br}}, \qquad \pi_1 = H^1(X,\mathbb{G}_m) = \mathrm{Pic}(X), \qquad \pi_2 = H^0(X,\mathbb{G}_m), \] où \(H^2(X,\mathbb{G}_m)_{\mathrm{Br}}\) est le sous-groupe des classes qui proviennent d'algèbres d'Azumaya. Formées sur les objets variables de \(X\), ces \(2\)-catégories font une \(2\)-catégorie de Picard fibrée qui n'est « pas tout à fait un \(2\)-champ (whatever that means) » : la condition de \(2\)-recollement doit faillir, sans quoi il n'y aurait pas d'indice \(\mathrm{Br}\).17

40–42

App. 2 : les \(n\)-champs et l'algèbre homologique non commutative (pages 40 à 42)

Les \(n\)-catégories de Picard strictes, qui « s'imposent pas à pas » dans un contexte commutatif, donnent une interprétation géométrique correcte des complexes tronqués à l'ordre \(n\) en tant qu'objets de catégories dérivées, donc, à la limite sur \(n\), des complexes tout court. D'où l'idée « naïve » qu'il propose : les « complexes non commutatifs », objets fantômes d'une algèbre homologique non commutative, seraient ce qui reste d'une \(n\)-catégorie de Picard quand on oublie sa structure de Picard — la \(n\)-catégorie elle-même — et, sur un topos, les \(n\)-champs.18

L'idée, dit-il, est d'abord venue d'ailleurs : des théorèmes de Lefschetz « faibles » en cohomologie étale à coefficients discrets, pour une variété projective et toute section hyperplane, ou une variété quasi projective et presque toute section hyperplane, sous les hypothèses de profondeur cohomologique les plus naturelles. Dans le cas commutatif, la dualité indique les meilleurs énoncés possibles (exposé de Mme Raynaud dans SGA 2), mais seulement pour des coefficients premiers aux caractéristiques ; des démonstrations géométriques directes donnaient des énoncés voisins pour le \(\pi_0\) et le \(\pi_1\) sans cette restriction, du moins dans le cas propre. Les meilleurs énoncés, conjecturés dans SGA 2, ont été démontrés par Michèle Raynaud dans sa thèse. Le point est que ces énoncés se formulent le plus naturellement en termes de \(1\)-champs sur le site étale, la notion de profondeur \(\geqslant i\) (\(i = 1,2,3\)) aussi, et qu'on ne semble pas pouvoir démontrer, par exemple, la bijectivité \(\pi_1(Y)\to\pi_1(X)\) pour une section hyperplane \(Y\) avec le seul formalisme du \(H^0\) et du \(H^1\) non abéliens de Giraud : il faut les trois théorèmes de changement de base — propre, lisse, et « propreté cohomologique générique » — pour les \(1\)-champs de torsion eux-mêmes.19 Le contexte naturel des théorèmes de changement de base et de Lefschetz, et de la profondeur, doit donc être celui des \(n\)-champs, et il ne s'agira pas d'une « jonglerie purement formelle » : on sera aussitôt soumis à des tests d'utilisabilité sérieux.

Il propose enfin d'expliciter les ingrédients d'une telle algèbre, en rappelant que même l'algèbre homologique commutative n'est pas dans un état satisfaisant, puisqu'on ne sait pas quelle est « la bonne notion de catégorie triangulée » : on fait de la prose, comme Monsieur Jourdain, sans se demander quelles structures portent les catégories de complexes.20

42–45

App. 3 : les \(n\)-groupoïdes comme types d'homotopie tronqués (pages 42 à 45)

C'est le post-scriptum, écrit pour « mettre en appétit », et c'est le cœur des trois lettres. Le « yoga » est le suivant : une \(n\)-catégorie en groupoïdes, à \(n\)-équivalence près, « est essentiellement la même chose » qu'un ensemble simplicial à homotopie près dont on néglige les \(\pi_i\) pour \(i \geqslant n+1\).

Le \(n\)-groupoïde fondamental d'un complexe de Kan. À un ensemble simplicial de Kan \(K_\bullet\), il associe une \(n\)-catégorie \(C_n(K_\bullet)\) : ses \(0\)-objets sont les \(0\)-simplexes, ses \(1\)-flèches les chemins, ses \(2\)-flèches les homotopies entre chemins à extrémités fixes, et ainsi de suite jusqu'aux \(n\)-flèches, qui sont les homotopies prises à homotopie près. La composition est associative à homotopie près seulement, de sorte que l'objet obtenu n'est pas strict ; et c'est précisément la mise au point de ce yoga qui pourrait servir de fil d'Ariane pour définir les \(n\)-catégories non strictes, leurs \(n\)-foncteurs et leurs \(n\)-équivalences, à côté du yoga inductif « une \(n\)-catégorie est une catégorie dont les \(\mathrm{Hom}\) sont des \((n-1)\)-catégories ». La construction est fonctorielle, et même \(n\)-fonctorielle en \(K_\bullet\).21

Les groupes d'homotopie. \(C_n(K_\bullet)\) est un \(n\)-groupoïde : toute \(i\)-flèche, \(1 \leqslant i \leqslant n\), y est une équivalence. Pour un \(n\)-groupoïde \(C\) et un objet \(x\), on pose : \(\pi_0(C)\) l'ensemble des classes d'objets ; \(\pi_1(C,x)\) le groupe des classes de \(1\)-flèches \(x \to x\) ; \(\pi_2(C,x)\) celui des classes de \(2\)-flèches \(1_x \Rightarrow 1_x\), qui est commutatif, comme les suivants ; et ainsi de suite jusqu'à \(\pi_n\). Ce sont des systèmes locaux sur \(\pi_0\), et il y a des isomorphismes canoniques \(\pi_i(K_\bullet,x) \simeq \pi_i(C_n(K_\bullet),x)\) pour \(0 \leqslant i \leqslant n\). Par suite, une application simpliciale \(f : K_\bullet \to K'_\bullet\) induit une \(n\)-équivalence \(C_n(K_\bullet) \to C_n(K'_\bullet)\) si et seulement si elle induit une bijection sur les \(\pi_i\) pour \(0 \leqslant i \leqslant n\), en tout point base.

Il hésite alors : il « serait plus heureux » de pouvoir ajouter « et une surjection sur \(\pi_{n+1}\) », condition qui lui paraît nécessaire pour identifier la localisée des ensembles simpliciaux selon ces flèches à celle des \(n\)-catégories selon les \(n\)-équivalences.22 Il ajoute que la troncature homotopique (tuer les \(\pi_i\) pour \(i > n\)) se traduit par l'opération qui conserve les \(i\)-flèches pour \(i < n\) et remplace les \(n\)-flèches par leurs classes à équivalence près, et l'inclusion des \(n\)-types dans les \(N\)-types par l'ajout d'identités en dimensions \(n+1\) à \(N\) — ce qui est exact, la troncature étant adjointe à gauche de l'inclusion.

Les \(\infty\)-catégories. Sauf erreur, dit-il, la localisée des \(\infty\)-catégories (en groupoïdes) selon les \(\infty\)-équivalences est la catégorie homotopique, « ou du moins une sorte de complétée de celle-là ».23 Une \(\infty\)-catégorie de Picard stricte s'interprète comme un complexe de chaînes regardé dans une catégorie dérivée, ce qu'il faut relier à la théorie de Dold–Puppe, qui interprète ces complexes comme des groupes abéliens simpliciaux.24

Le dictionnaire. Pour se donner confiance, il traduit des constructions familières. L'espace des lacets \(\Omega(K_\bullet,x)\) correspond à la \((n-1)\)-catégorie \(\underline{\mathrm{Hom}}(x,x)\). L'espace simplicial des applications \(\mathrm{Hom}_\bullet(K_\bullet,K'_\bullet)\) correspond à la \(n\)-catégorie \(\underline{\mathrm{Hom}}(C,C')\). La fibre homotopique d'une application correspond au produit fibré homotopique \(C \times_{C'} \mathrm{pt}\) dans les \(n\)-groupoïdes.25 Les espaces \(K(\pi,n)\) sont les \(n\)-gerbes liées par \(\pi\). Il ne voit pas de candidat pour la suspension.26 Enfin le dévissage de Postnikov : un \(n\)-groupoïde s'interprète comme son tronqué \((n-1)\)-groupoïde muni d'une \(n\)-gerbe sur le topos classifiant de celui-ci, liée par \(\pi_n\) tordu par l'action de \(\pi_1\). C'est la description actuelle de l'étage \(\tau_{\leqslant n}K \to \tau_{\leqslant n-1}K\) comme fibration de fibre \(K(\pi_n,n)\), classée par un invariant de Postnikov \(k_n \in H^{n+1}(\tau_{\leqslant n-1}K;\pi_n)\) à coefficients locaux.

45–46

App. 4 : relativisation sur un topos (pages 45 et 46)

Tout ce yoga doit être relativisé au-dessus d'un topos \(X\) : il faudrait identifier, dans une certaine mesure, l'algèbre homotopique des faisceaux simpliciaux sur \(X\) et l'algèbre « catégorique » des \(n\)-champs en groupoïdes, \(0 \leqslant n \leqslant \infty\).27 L'image inverse des faisceaux simpliciaux, qui est évidente, doit correspondre à l'image inverse plus subtile des \(n\)-champs ; et l'image directe des \(n\)-champs, qui est évidente, à une image directe dérivée des faisceaux simpliciaux — « on hésite s'il faut mettre \(Lf_*\) ou \(Rf_*\) ».28 Les dévissages de Postnikov doivent avoir une interprétation simple en termes de champs ; il rappelle la remarque de Giraud qu'un \(1\)-champ en groupoïdes équivaut à la donnée de son faisceau \(\pi_0\) et d'une gerbe sur le topos induit \(X_{/\pi_0}\), gerbe dont le lien « devrait être noté \(\pi_1\) ». Cela vaut pour tout \(n\) : un \(n\)-champ \(F\) est un objet connexe de l'\(\infty\)-topos \(\mathrm{Sh}(X;\mathcal{S})_{/\pi_0 F}\).29

Remords. Mais il ne sait pas définir à vue de nez le topos classifiant d'un \(n\)-champ pour \(n \geqslant 2\) — il suffirait de savoir le faire pour une \(n\)-gerbe liée par un faisceau abélien \(\pi_n\) — et ne sait donc pas décrire le dévissage de Postnikov en termes de \(n\)-champs au-delà de \(n \leqslant 2\). C'est lié à la définition directe de la cohomologie d'un \(n\)-groupoïde, qui devrait redonner celle de l'ensemble simplicial correspondant : peut-on le faire par un nerf ? Cas typique : trouver, pour un groupe commutatif \(\pi\), un topos canonique et fonctoriel en \(\pi\) qui ait le type d'homotopie de \(K(\pi,n)\). « On frémit à l'idée que les topos pourraient ne pas faire l'affaire, et qu'il y faille des “\(n\)-topos” !! (J'espère bien que ces animaux n'existent pas …) »30 Pour un \(n\)-groupoïde \(C\), on dispose bien d'un nerf, et la cohomologie de \(C\) à coefficients dans un système local est celle de ce nerf.

46–47

App. 5 : une « algèbre topologique » (pages 46 et 47)

L'« algèbre homologique non commutative » qu'il suggère serait l'étude parallèle de quatre familles de notions et de leurs relations : a) espaces topologiques et topos ; b) ensembles et faisceaux simpliciaux ; c) \(n\)-catégories, notamment \(n\)-groupoïdes, et \(n\)-champs ; d) complexes de groupes et de faisceaux abéliens. C'est « de l'algèbre avec la présence constante de motivations provenant de l'intuition topologique ». Il lui propose le nom d'« algèbre topologique », l'usage courant de ce terme n'étant guère qu'un « bric à brac » d'anneaux, de corps et de groupes topologiques, et rappelle que Serre a bien donné un sens nouveau à « géométrie analytique » sans rencontrer de résistance.31 La lettre se termine par « Re-salut, et au plaisir de te lire. A.G. »

48–55

Deuxième lettre à Breen, Villecun, 17 février 1975 (pages 48 à 55)

La lettre, en français, est une copie dactylographiée par Breen, dont l'intitulé « Transcription d'une lettre manuscrite de A. Grothendieck » est barré ; les lettres cursives y sont tracées à la main. Elle commence : « Encore un “afterthought” à une lettre-fleuve sur le yoga homotopique ».

48–51

App. 6 : le \(n\)-groupoïde fondamental d'un topos (pages 48 à 51)

Le pro-type d'homotopie. À un topos \(X\) on associe canoniquement un pro-ensemble simplicial, donc un pro-type d'homotopie (Artin–Mazur, Etale homotopy, LNM 100, 1969). Si \(X\) est « localement homotopiquement trivial », ce pro-objet est essentiellement constant et \(X\) a un type d'homotopie ordinaire ; s'il l'est en dimension \(\leqslant n\), il a un type d'homotopie \(n\)-tronqué.32

Trois critères, et leur décalage. Pour un morphisme de topos \(f : X \to Y\), il cite le critère cohomologique d'Artin–Mazur : \(f\) est une « équivalence d'homotopie en dim \(\leqslant n\) » si \(H^i(Y,F)\to H^i(X,f^*F)\) est bijectif pour \(i \leqslant n\) et tout faisceau de groupes localement constant \(F\), avec \(i \leqslant 1\) si \(F\) n'est pas commutatif. Il le traduit en termes de \(n\)-gerbes localement constantes, puis affirme qu'il équivaut encore à chacun des deux critères suivants :

(A) pour tout \(n\)-champ localement constant \(\mathcal{F}\) sur \(Y\), le \(n\)-foncteur \(\mathcal{F}(Y) \to (f^*\mathcal{F})(X)\) est une \(n\)-équivalence ; (B) le \(n\)-foncteur \(\mathcal{F}\mapsto f^*\mathcal{F}\), de la \(n\)-catégorie des \((n-1)\)-champs localement constants sur \(Y\) dans celle des \((n-1)\)-champs localement constants sur \(X\), est une \(n\)-équivalence.

Les trois énoncés sont justes chacun pour lui-même, mais ils ne sont pas équivalents : ils diffèrent d'un degré. Exactement, pour \(X\) et \(Y\) localement de forme constante et \(f\) bijectif sur \(\pi_0\) et \(\pi_1\) :33

On a donc (A) \(\Rightarrow\) (B) \(\Rightarrow\) critère cohomologique cité, et aucune réciproque. Deux exemples le montrent. L'inclusion d'un point dans un espace \(K(A,n+1)\), \(A \neq 0\), vérifie (B) mais non (A) : la fibration des chemins, de fibre \(K(A,n)\), est un \(n\)-champ localement constant qui a des sections sur le point et n'en a pas sur \(K(A,n+1)\). L'inclusion \(S^2\vee S^2 \to S^2\times S^2\) induit des bijections sur les \(H^i\), \(i \leqslant 3\), pour tout groupe de coefficients, mais non sur \(\pi_3\) (qui est \(\mathbb{Z}^3\) d'un côté, \(\mathbb{Z}^2\) de l'autre) : elle vérifie le critère cité pour \(n = 3\), mais ni (B) ni (A).

Ce que la lettre veut en tirer reste vrai, et c'est (B) qui le porte : les constructions qu'on peut faire sur \(X\) en termes de \((n-1)\)-champs localement constants ne dépendent que de son type d'homotopie \(n\)-tronqué, et le déterminent.

Le \(n\)-groupoïde fondamental. Lorsque \(X\) est localement homotopiquement trivial en dimension \(\leqslant n\), son type d'homotopie \(n\)-tronqué s'interprète comme un \(n\)-groupoïde, défini à \(n\)-équivalence près, qu'il propose d'appeler le \(n\)-groupoïde fondamental de \(X\) et de noter \(\Pi_n(X)\) ; et

(C) les \((n-1)\)-champs localement constants sur \(X\) s'identifient aux \(n\)-foncteurs de \(\Pi_n(X)\) dans la \(n\)-catégorie \(((n-1)\text{-}\mathrm{Cat})\) de toutes les \((n-1)\)-catégories.

Pour \(n = 1\) c'est la classification des revêtements par le groupoïde fondamental, « la théorie de Poincaré ». \(\Pi_n(X)\) détermine les \(\pi_i(X)\), \(i \leqslant n\), et les invariants de Postnikov jusqu'à celui qui vit dans \(H^{n+1}(\Pi_{n-1}(X),\pi_n)\). Pour un topos quelconque, il espère un pro-\(n\)-groupoïde ; c'est fait pour \(n = 1\) et \(X\) connexe, et traité « in extenso » dans SGA 3 pour le topos étale d'un schéma, à propos de la classification des tores.34

Le \(n\)-topos classifiant. Pour \(n = 1\), on récupère le groupoïde \(\mathcal{C}_1 = \Pi_1(X)\) à partir du topos « multigaloisien » \(\underline{\mathrm{Hom}}(\mathcal{C}_1,(\mathrm{Ens}))\) des systèmes locaux, qui est le topos classifiant de \(\mathcal{C}_1\), comme la catégorie de ses foncteurs fibres, c'est-à-dire de ses points.35 Pour élucider (B), il faudrait de même récupérer \(\mathcal{C}_n\) à partir de la \(n\)-catégorie \[ \mathcal{T}_n = \underline{\mathrm{Hom}}_n\bigl(\mathcal{C}_n,((n-1)\text{-}\mathrm{Cat})\bigr) \] des \((n-1)\)-systèmes locaux : \(\mathcal{C}_n\) devrait être la \(n\)-catégorie des « \(n\)-foncteurs fibres » sur \(\mathcal{T}_n\), ayant des propriétés d'exactitude analogues à celles d'une image inverse de topos (commuter aux limites inductives quelconques et aux limites projectives finies). « C'est ici que se matérialise la peur […] qu'on finisse par tomber sur la notion de \(n\)-topos et morphismes de tels ! » — \(\mathcal{T}_n\) serait un \(n\)-topos, \(((n-1)\text{-}\mathrm{Cat})\) le \(n\)-topos ponctuel, et \(\mathcal{C}_n\) la \(n\)-catégorie des \(n\)-points de \(\mathcal{T}_n\). « Brr ! »36

Peut-on se contenter d'un topos ordinaire ? Le seul problème universel qu'il voie est celui-ci : trouver un topos \(\mathcal{B}\) et un \(\varphi : \Pi_n(\mathcal{B}) \to \mathcal{C}_n\) tels que, pour tout topos \(T\), le foncteur \[ \underline{\mathrm{Hom}}_{(\mathrm{Top})}(T,\mathcal{B}) \longrightarrow \tau_1\,\underline{\mathrm{Hom}}\bigl(\Pi_n(T),\mathcal{C}_n\bigr), \qquad u \longmapsto \varphi\circ\Pi_n(u), \] soit une équivalence. Pour \(n = 1\), le topos classifiant usuel convient ; pour \(n = 2\), il doute que le problème ait une solution.37

Il rattache ce doute à un autre : le théorème de van Kampen, qui dit que \(T \mapsto \Pi_1(T)\) transforme sommes amalgamées en sommes amalgamées, ne serait « sans doute plus vrai » pour \(\Pi_2\). Si \(T\) est réunion de deux fermés \(T_1\) et \(T_2\), il ne serait plus vrai qu'un \(1\)-champ localement constant sur \(T\) équivaille à la donnée de tels champs sur \(T_1\) et \(T_2\) et d'une équivalence entre leurs restrictions à \(T_1\cap T_2\), alors que l'énoncé analogue pour les revêtements est correct.38

51–54

App. 7 : la cohomologie comme intégration de champs (pages 51 à 54)

L'intégration. Si \(\mathcal{C}_n = \Pi_n(X)\), \(\mathcal{F}\) un \((n-1)\)-champ localement constant sur \(X\) et \(e^X_{n-1}\) le \((n-1)\)-champ final, on a \[ \Gamma_X(\mathcal{F}) = \mathcal{F}(X) \simeq \underline{\mathrm{Hom}}(e^X_{n-1},\mathcal{F}), \] et, via (C), « l'intégration sur \(X\) » des champs localement constants, qui contient la cohomologie non commutative localement constante de \(X\) en dimension \(\leqslant n-1\), devient \(\underline{\mathrm{Hom}}(e^{\mathcal{C}_n}_{n-1},\mathcal{F})\), où \(\mathcal{F}\) est vu comme un \(n\)-foncteur \(\mathcal{C}_n \to ((n-1)\text{-}\mathrm{Cat})\) et \(e^{\mathcal{C}_n}_{n-1}\) est le \(n\)-foncteur constant de valeur la \((n-1)\)-catégorie finale. C'est, en termes d'aujourd'hui, la limite du diagramme \(\mathcal{F}\) indexé par \(\Pi_n(X)\).

Le cas de Picard. Soit \(\mathcal{F}\) un \(n\)-champ de Picard strict sur \(X\), défini par un complexe de cochaînes de faisceaux abéliens \(\mathcal{L}^\bullet\) concentré en degrés \(0\) à \(n\), à quasi-isomorphisme près. Alors \[ H^i(X,\mathcal{L}^\bullet) \simeq \pi_{n-i}\,\Gamma_X(\mathcal{F}), \qquad 0 \leqslant i \leqslant n, \] le premier membre étant l'hypercohomologie.39 Pour atteindre les \(H^i\) avec \(i > n\), on regarde \(\mathcal{L}^\bullet\) comme concentré en degrés \(0\) à \(N\), ce qui remplace \(\mathcal{F}\) par \(B^{N-n}\mathcal{F}\), où \(B\) est le foncteur espace classifiant — sur une \(n\)-catégorie de Picard stricte, il décale les \(i\)-flèches en \((i+1)\)-flèches et ajoute un unique objet. D'où la définition, pour tout \(n\)-champ de Picard strict \(\mathcal{F}\), \[ \boxed{\;H^i(X,\mathcal{F}) = \pi_{N-i}\,\Gamma_X\bigl(B^{N-n}\mathcal{F}\bigr), \qquad N \geqslant \sup(i,n),\;} \] indépendante de \(N\) grâce au morphisme canonique \(B\,\Gamma_X(\mathcal{F}) \to \Gamma_X(B\mathcal{F})\), qui induit des isomorphismes sur les \(\pi_j\) pour \(1 \leqslant j \leqslant n+1\).40

Sans structure de Picard. Pour un \(n\)-champ en groupoïdes quelconque, on peut encore poser \(H^i(X,\mathcal{F}) = \pi_{n-i}\Gamma_X(\mathcal{F})\) pour \(0 \leqslant i \leqslant n\), pourvu qu'on se donne une section globale comme point base pour \(i < n\) ; pour un \(n\)-Gr-champ, le champ classifiant \(B\mathcal{F}\) existe et donne en outre \[ H^{n+1}(X,\mathcal{F}) = \pi_0\Gamma_X(B\mathcal{F}) = \text{sections de } B\mathcal{F} \text{ à équivalence près}, \] généralisation directe du \(H^1\) non abélien de Giraud, classes de torseurs.41 Mais pour former \(B^2\mathcal{F}\) et \(H^{n+2}\), il faut que \(B\mathcal{F}\) soit lui-même un Gr-champ, « ce qui ne sera sans doute le cas que si \(\mathcal{F}\) est un \(n\)-champ de Picard strict ».42

Le cas localement constant. Si \(\mathcal{F}\) est un \(n\)-champ localement constant, défini par un \((n+1)\)-foncteur \(\mathcal{C}_{n+1} \to (n\text{-catégories de Picard strictes})\), on pose \(H^i(\mathcal{C}_{n+1},\mathcal{F}) = \pi_{n-i}\, \underline{\mathrm{Hom}}(e^{\mathcal{C}_{n+1}}_n,\mathcal{F})\), et on a \(H^i(\mathcal{C}_{n+1},\mathcal{F}) \simeq H^i(X,\mathcal{F})\) pour \(0 \leqslant i \leqslant n\), sans structure de Picard. Plus généralement, pour un \(\infty\)-groupoïde \(\mathcal{C}\) et un tel foncteur, \[ H^i(\mathcal{C},\mathcal{F}) = \pi_{N-i}\,\underline{\mathrm{Hom}}\bigl(e^{\mathcal{C}}_N, B^{N-n}\mathcal{F}\bigr), \qquad N \geqslant \sup(i,n), \] c'est-à-dire la cohomologie de \(\mathcal{C}\) à coefficients locaux dans un complexe ; et, pour une simple Gr-structure, \(H^{n+1}(\mathcal{C},\mathcal{F}) = \pi_0\,\underline{\mathrm{Hom}}(e^{\mathcal{C}}_{n+1},B\mathcal{F})\). Il pense que, pour \(\mathcal{C} = \Pi_{n+1}(X)\), cet ensemble doit être encore canoniquement isomorphe à \(H^{n+1}(X,\mathcal{F})\), le vérifie pour \(n = 0\), et demande de décrire la flèche.43

(A\('\)) et (B\('\)). Pour un \((n+1)\)-foncteur \(f_{n+1} : \mathcal{C}_{n+1} \to \mathcal{D}_{n+1}\) entre \((n+1)\)-groupoïdes, de tronqué \(f_n : \mathcal{C}_n \to \mathcal{D}_n\), la traduction de (A) et (B) qu'il propose est :

(A\('\)) \(f_n\) est une \(n\)-équivalence si et seulement si \(f_n^* : \underline{\mathrm{Hom}}(\mathcal{D}_n,((n-1)\text{-}\mathrm{Cat})) \to \underline{\mathrm{Hom}}(\mathcal{C}_n,((n-1)\text{-}\mathrm{Cat}))\) est une \(n\)-équivalence ; (B\('\)) \(f_n\) est une \(n\)-équivalence si et seulement si, pour tout \(n\)-système local \(\mathcal{F} : \mathcal{D}_{n+1} \to (n\text{-}\mathrm{Cat})\), le \(n\)-foncteur \(\Gamma_{\mathcal{D}_{n+1}}(\mathcal{F}) \to \Gamma_{\mathcal{C}_{n+1}}(f_{n+1}^*\mathcal{F})\) est une \(n\)-équivalence.

(A\('\)) est exact ; c'est la forme combinatoire de (B), et de la théorie de Galois. (B\('\)) ne l'est que dans un sens : la condition sur les sections équivaut à ce que \(f_{n+1}\) soit \((n+1)\)-connexe, ce qui demande, en plus de l'équivalence \(f_n\), la surjectivité sur \(\pi_{n+1}\).44

54–55

App. 8 : trois approches de la cohomologie d'un topos (pages 54 et 55)

La construction de la cohomologie par intégration de champs ne fait appel ni aux complexes de faisceaux ni aux résolutions injectives ; elle s'apparenterait plutôt aux calculs « čechistes » par hyperrecouvrements, lesquels demandent un peu d'algèbre simpliciale. Il ne sait si une théorie des champs pourra s'écrire sans algèbre simpliciale ; si oui, on aurait trois approches :

La lettre se termine « Bien cordialement, Alexandre ».45

56–77

Troisième lettre à Breen, Villecun, 17–19 juillet 1975 (pages 56 à 77)

La lettre, qu'on lit dans la traduction anglaise revue en 1983 (voir la page 37), répond à la réponse de Breen aux deux précédentes. Elle est datée de sa main « Villecun 17/19 July 1975 ».46

56–58

App. 9 : une définition à trouver, et un Dold–Kan non abélien (pages 56 à 58)

La définition des \(n\)-catégories. Breen lui a proposé une construction des \(n\)-catégories non strictes et du foncteur nerf. Il lui reconnaît « the merit of existing » et d'être une première approche précise, mais la juge très technique, peu intuitive alors qu'aux niveaux \(1\) et \(2\) « you just follow your nose-tip », et surtout privée d'un foncteur des ensembles simpliciaux vers les \(n\)-groupoïdes, sans lequel une théorie lui paraît « kind of a joke ». D'où la méthode : écrire, « like a sort of list of Christmas presents », toutes les notions qu'on voudrait avoir et les relations qui doivent les lier, jusqu'à obtenir une description axiomatique assez complète pour soit suggérer une construction ad hoc, soit démontrer un théorème d'existence et d'unicité d'une théorie du type voulu.47

Picard strict et non strict. De la définition, qu'il n'a pas comprise, des \(n\)-catégories de Picard proposée par Breen d'après Segal, il ne retient qu'une exigence pour les strictes : qu'elles forment une \((n+1)\)-catégorie \((n+1)\)-équivalente à celle des complexes de chaînes de longueur \(n\). Et il remercie Breen d'avoir rectifié « a big blunder » : il croyait que des H-espaces assez associatifs et commutatifs — disons équivalents à des \(\Omega^iX\) pour \(i\) arbitrairement grand — correspondaient à des groupes topologiques commutatifs.48

Dold–Kan non abélien. Reste une question : y a-t-il un analogue de la théorie de Dold–Puppe pour les groupes simpliciaux non nécessairement commutatifs ? Il tient le yoga \[ \text{ensembles simpliciaux} \longleftrightarrow \infty\text{-groupoïdes} \] pour la version ultime « ensembliste » de Dold–Puppe, dont celle-ci se déduirait en explicitant que les groupes abéliens dans les \(\infty\)-catégories ne sont « rien d'autre » que les complexes de chaînes. Il faut donc d'abord savoir ce que sont les groupes dans les \(\infty\)-catégories. Dans les \(1\)-catégories, il le sait — ce sera discuté, pense-t-il, dans la thèse de Mme Sinh, au chapitre des Gr-catégories strictes —, et donne la description en termes de théorie des groupes : un quadruplet \((L_1,L_0,d,\theta)\), avec \(d : L_1 \to L_0\) un homomorphisme de groupes et \(\theta : L_0 \to \mathrm{Aut}(L_1)\) une action, soumis à49 \[ \text{(a)}\quad d\bigl(\theta(x_0)\,x_1\bigr) = x_0\,d(x_1)\,x_0^{-1}, \qquad \text{(b)}\quad \theta\bigl(d(x_1)\bigr) = \mathrm{int}(x_1). \] C'est ce qu'on appelle un module croisé (J.H.C. Whitehead, 1949) ; (b) est l'identité de Peiffer. Il en tire que \(\mathrm{Im}\,d\) est distingué, que \(\pi_1 = \mathrm{Ker}\,d\) est central dans \(L_1\), que \(L_0\) opère sur \(\pi_1\) à travers \(\pi_0 = \mathrm{Coker}\,d\), et que l'invariant principal est l'invariant de « Postnikov–Sinh » \(\alpha \in H^3(\pi_0,\pi_1)\) — la classification des \(2\)-types connexes pointés par Mac Lane et Whitehead (1950).50 Il a rencontré ces animaux à propos de la classification des groupes formels « ordinaires » sur un corps parfait, à travers des groupes algébriques affines et des groupes formels commutatifs reliés par des Gr-structures strictes de ce type, dans un topos arbitraire, pour expliciter un principe qu'il attribue à Dieudonné : « le caractère transcendant d'un groupe formel est concentré essentiellement dans les groupes formels commutatifs ».

La question est la généralisation aux groupes dans les \(n\)-catégories : il attend un « complexe de chaînes non commutatif » \[ L_n \to L_{n-1} \to \cdots \to L_1 \to L_0 \to 1 \] muni de structures supplémentaires du type de \(\theta\), qui exprime exactement le type d'homotopie tronqué en dimension \(\leqslant n\) d'un groupe topologique, ou, ce qui revient au même, le type d'homotopie en dimension \(\leqslant n+1\) d'un espace connexe pointé. « Have you candidates to propose? »51

58–60

App. 10 : les six opérations et l'homologie (pages 58 à 60)

Aux réflexions « naïves » de Breen sur la bidualité et l'homologie, il répond par une série de réminiscences, numérotées (A) à (F).52

(A) Les six opérations. Le formalisme de \(Rf_!\) et \(Rf^!\), combiné à \(Rf_*\), \(Lf^*\), \(\otimes^{\mathbb{L}}\) et \(R\mathcal{H}om\) — « les six opérations » —, contient implicitement la définition de l'homologie et son identité essentielle avec la cohomologie. On l'a pour les faisceaux quasi cohérents (séminaire Hartshorne, LNM 20), pour les espaces localement compacts (Verdier, Bourbaki 300), pour la cohomologie étale à coefficients premiers aux caractéristiques (SGA 5), pour les faisceaux cohérents sur les espaces analytiques (Ramis, Ruget, Verdier). Il reste à le développer dans le cadre cristallin, en caractéristique \(0\) pour les modules stratifiés à singularités « à la Deligne », peut-être avec des structures de Hodge sur \(\mathbb{C}\), enfin pour les motifs ; il est convaincu qu'il existe « about anywhere … wherever there is a formalism of a cohomological nature ».53

Pour \(f : X \to e = \mathrm{Spec}\,k\) séparé de type fini et un anneau de coefficients \(\Lambda\) de torsion première à la caractéristique, le complexe \(f^!\Lambda_e\) joue le rôle du complexe des chaînes singulières à coefficients dans \(\Lambda\), et \(Rf_!\,f^!\Lambda_e\) celui de l'homologie \(H_*(X/e)\) vis-à-vis des coefficients sur \(e\).54 Il ajoute : il n'y a pas à tronquer ; c'est lié à la bidualité pour les coefficients constructibles, à valeurs dans un complexe dualisant \(K_X = f^!K_e\), qui est, pour \(\Lambda = \mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\) autodualisant, le « complexe des chaînes singulières » — bidualité démontrée en admettant la résolution des singularités, ou sans elle si l'on en croit ce que Deligne lui a dit ; on peut traiter de même \(\mathbb{Z}_\ell\) (Jouanolou, thèse non publiée) ; et pour \(f : X \to S\) lisse, ou plus généralement « cohomologiquement localement trivial », on a \(H_*(X/S) = Rf_!f^!\Lambda_S\).55

(B) L'autodualité des jacobiennes. Artin et Mazur ont étudié l'autodualité de la jacobienne d'une courbe relative \(X/S\) ; c'est acquis sur un anneau de valuation discrète à fibre générique lisse, la fibre spéciale pouvant être très sauvage. Il s'en est servi dans SGA 7 pour démontrer, dans le cas des jacobiennes, sa conjecture sur l'accouplement entre groupes de composantes des modèles de Néron de deux variétés abéliennes duales.56

Puis un souvenir : vers la fin des années cinquante, au moment où « the grand cohomological stuff » sortait de l'ombre, le cours de Serre sur la théorie de Rosenlicht et Lang des jacobiennes généralisées et du corps de classes géométrique, et plus tard sa théorie « géométrique » du corps de classes local par les groupes proalgébriques, l'ont fait réfléchir à des formulations cohomologiques de ces résultats, de nature géométrique, dont les résultats arithmétiques sur un corps \(k\) quelconque se déduiraient par descente de \(\bar k\). Il en esquissa des projets dans des lettres à Serre, dans trois directions au moins, sans jamais réussir à « mobiliser quelqu'un » pour les développer.

60–61

App. 11 : le complexe des jacobiennes généralisées (pages 60 et 61)

(C) Pour \(X\) de type fini sur un corps \(k\), construire un complexe \(J_{*X/k}\) de jacobiennes généralisées, de longueur \(\dim X\), formé de groupes proalgébriques commutatifs affines sauf \(J_0\), dont la partie abélienne est celle de la jacobienne généralisée usuelle \(\mathrm{Alb}_{X/k}\). Sa construction, inspirée du complexe résiduel, passe par des jacobiennes généralisées (au sens cohomologique) des localisés \(\mathrm{Spec}\,\mathcal{O}_{X,x}\). Son \(\underline{H}_0\) est la jacobienne généralisée de \(X\) : il existe un morphisme \(X \to \underline{H}_0\) universel pour les morphismes de \(X\) dans les groupes localement proalgébriques commutatifs ; pour \(X\) connexe, \(\underline{H}_0\) est une extension de \(\mathbb{Z}\) par un groupe proalgébrique.57 Le rôle cohomologique de ce complexe est celui d'un complexe d'homologie : \[ (*) \qquad H^i(X,G_X) \simeq \mathbb{E}\mathrm{xt}^i\bigl(J_{*X/k},G\bigr), \] pour des coefficients \(G\) qu'il prenait alors parmi les groupes algébriques commutatifs, mais avec la topologie de Zariski (« malédiction ! »), ce qui donne des groupes « légèrement stupides ». Il faudrait reprendre la construction en cohomologie fppf, avec une formule \((*)\) sans limitation sur \(i\) — le complexe \(J_*\) s'arrêtant alors en dimension \(2\dim X\), ses composantes au-delà de \(\dim X\) pouvant être de dimension nulle — et dans une catégorie dérivée de groupes proalgébriques, notion que personne n'avait définie quand Serre développait le formalisme de ces groupes. La construction de \(J_*\) ne commuterait au changement de base qu'au sens dérivé.58

62–65

App. 12 : le corps de classes géométrique global comme dualité (pages 62 à 65)

(D) Soit \(f : X \to \mathrm{Spec}\,k\) lisse, séparé, de type fini, de dimension relative \(d\), et \(n > 0\) premier à la caractéristique. Pour \(F\) annulé par \(n\), la dualité globale dit que \(Rf_!F\) et \(Rf_*R\mathcal{H}om(F,\mu_n^{\otimes d})\) sont duaux à valeurs dans \((\mathbb{Z}/n\mathbb{Z})_k\), avec un décalage de \(2d\) ; comme \(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\) est injectif sur lui-même, cela donne des dualités parfaites59 \[ R^if_!(F) \times R^{2d-i}f_*\bigl(R\mathcal{H}om(F,\mu_n^{\otimes d})\bigr) \longrightarrow \mathbb{Z}/n\mathbb{Z}. \] Si \(n\) est une puissance de \(p > 0\), tout s'effondre : on ne sait même plus, pour \(d > 1\), par quoi remplacer \(\mu_n^{\otimes d}\).60

« The extraordinary miracle » est que pour \(d = 1\), une courbe lisse, tout continue de marcher, pourvu qu'on énonce avec soin : on le vérifie sur \(\mathbb{Z}/p\mathbb{Z}\), \(\mu_p\), \(\alpha_p\) pour \(X\) complète, par l'autodualité de la jacobienne, puis pour des coefficients tordus et \(X\) non complète. Seulement, les \(R^if_*F\) et \(R^if_!F\) ont alors une structure « continue » : ce sont essentiellement des groupes proalgébriques, comme le \(\pi_1^{\mathrm{ab}}\) d'une courbe non complète, donc \(H^1(X,\mathbb{Z}/p^n\mathbb{Z})\).61

La dualité de Serre. Serre avait proposé, sans l'écrire, une dualité pour les groupes algébriques unipotents commutatifs à isogénie radicielle près (« quasi-algébriques ») : sur \(k\) algébriquement clos, \(G' = \mathrm{Ext}^1(G,\mathbb{Q}/\mathbb{Z})\) porte une structure canonique de groupe quasi-algébrique, avec \(\mathrm{Ext}^1(\mathbb{G}_a,\mathbb{Q}/\mathbb{Z}) \simeq \mathbb{G}_a\), et \(\Delta G = G'\) vérifie \(G \simeq \Delta\Delta G\) — « an authentic autoduality », qu'il appelle dualité de Serre. Pour les groupes finis étales, c'est \(\mathrm{Ext}^0(G,\mathbb{Q}/\mathbb{Z})\), la dualité de Pontrjagin, qui est parfaite. On les recolle dans une catégorie dérivée convenable en posant \[ \Delta G = R\mathcal{H}om(G,\mathbb{Q}/\mathbb{Z}), \] dualité « cohomologique » de Serre, autodualité parfaite sur les complexes dont les \(\underline{H}^i\) sont, à passage à la limite près, extensions de groupes étales par des groupes unipotents connexes — les seuls qu'on rencontre en intégrant des coefficients finis par \(Rf_!\) ou \(Rf_*\).62 Passant à la limite sur \(n\), avec \(f^!(\mathbb{Q}/\mathbb{Z})_k = (\mu_\infty)_X[2]\), la formule de dualité pour une courbe devient \[ \Delta\bigl(Rf_!F\bigr) \simeq Rf_*\bigl(DF[2]\bigr), \] où \(D = R\mathcal{H}om(-,\mu_\infty)\) est la dualité de Cartier (ou \(R\mathcal{H}om(-,\mathbb{G}_m)\)) et \(\Delta\) la dualité de Serre : cohomologie à supports propres et cohomologie ordinaire s'échangent, « when one takes upstairs Cartier duality, and downstairs Serre duality ».63

La validité de la formule « is not open to doubt » ; le travail est de décrire soigneusement les catégories de coefficients, sur \(X\) et sur \(k\), et les foncteurs \(D\) et \(\Delta\) ; la flèche étant immédiate, la formule résulterait des dévissages usuels vers \(\mathbb{Z}/p\mathbb{Z}\), \(\mu_p\), \(\alpha_p\) sur \(X\) complète. Appliquée à \(R^1f_*(G_X)\) pour \(G\) fini étale sur \(k\), elle redonne la description de Serre du corps de classes géométrique en termes d'extensions par \(G\) d'une jacobienne généralisée : la formule de dualité est une version cohomologique, considérablement enrichie, du corps de classes géométrique.64 Sur un corps fini, on retrouve la forme classique par « le truc de Lang » — l'isogénie de Lang identifie le \(\pi_1\) arithmétique d'un groupe algébrique commutatif lisse connexe \(J\) à \(J(k)\) —, sous la forme cohomologique \[ \Delta_0\,R\Gamma_k(J^*) \simeq R\Gamma_k\bigl(\Delta J^*[1]\bigr), \] où \(\Delta_0\) est la dualité de Pontrjagin des groupes topologiques totalement discontinus et \(J^*\) un complexe d'ind-progroupes algébriques ; en l'appliquant à la formule géométrique, on obtient la formule de dualité du corps de classes arithmétique65 , \[ \Delta_0\bigl(H^*_!(X,F)\bigr) \simeq H^*\bigl(X,D(F)[3]\bigr). \]

Enfin, pour un \(F\) qui n'est pas étale mais a une structure continue, comme \(\alpha_p\), il faut définir \(Rf_!F\) avec soin à partir d'une compactification \(\tilde f : \tilde X \to \mathrm{Spec}\,k\), au moyen d'un triangle exact

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\begin{tikzcd}[column sep=small]
 & R\hat{f}_*\bigl(\hat{\tilde F}\bigr) \arrow[dl, "{+1}"'] & \\
Rf_!(F) \arrow[rr] & & R\tilde{f}_*(\tilde{F}) \arrow[ul]
\end{tikzcd}

où \(\hat{\tilde F}\) est le complété formel d'un prolongement « admissible » \(\tilde F\) de \(F\) le long des points à l'infini.66 C'est là, dit-il, qu'apparaît le lien avec le corps de classes local.

65–66

App. 13 : le corps de classes local comme dualité (pages 65 et 66)

(E) Soit \(V\) un anneau de valuation discrète complet, de corps résiduel \(k\) et de corps des fractions \(K\) ; on suppose soit \(k\) relevé dans \(V\) (donc \(V \simeq k[[T]]\)), soit \(k\) parfait de caractéristique \(p>0\). Pour des coefficients \(F\) finis sur \(K\), le travail principal serait de définir une catégorie convenable de coefficients sur \(k\) et un foncteur \(F \mapsto R\underline{\Gamma}_K(F)\) à valeurs dans celle-ci, avec \[ R\Gamma_K(F) \simeq R\Gamma_k\bigl(R\underline{\Gamma}_K(F)\bigr), \] conformément à l'intuition que, pour \(k\) algébriquement clos, les \(H^i(K,F)\) portent une structure de groupe algébrique (ind-pro) sur \(k\) ; les vecteurs de Witt et le foncteur de Greenberg y joueraient un rôle essentiel. La formule de dualité s'énoncerait alors comme en (D), \[ \Delta\,R\underline{\Gamma}_K(F) \simeq R\underline{\Gamma}_K\bigl(DF[1]\bigr), \] et deviendrait, pour un corps résiduel fini, par le truc de Lang, \[ \Delta_0\,R\Gamma_K(F) \simeq R\Gamma_K\bigl(DF[2]\bigr), \] qui contient le corps de classes local géométrique de Serre et le corps de classes local arithmétique classique.67

Remarques. (a) Pour \(F\) premier à la caractéristique résiduelle, c'est facile et connu : un cas particulier de la formule d'induction \(i^!\,D_S(F) \simeq D_s(i^*F)\) pour l'immersion fermée \(i : s = \mathrm{Spec}\,k \to S = \mathrm{Spec}\,V\) ; le travail porte donc sur les coefficients \(p\)-primaires, et le cas le plus subtil est l'inégale caractéristique.68 (b) \(R\underline{\Gamma}_K\) s'obtiendrait en composant \(Rj_*\), pour \(j : \mathrm{Spec}\,K \to \mathrm{Spec}\,V\), avec une version cohomologique du foncteur de Greenberg. (c) Il ne parle que de coefficients finis, les seuls pour lesquels il est sûr de ce qu'il avance ; mais il se rappelle vaguement, sans garantie, une formule pour un schéma abélien \(F\) sur \(K\), de dual \(F'\), avec \(G'\) le groupe proalgébrique attaché « à la Greenberg » au modèle de Néron de \(F'\) (\(k\) algébriquement clos) : \[ H^1(K,F) \overset{?}{\simeq} \mathrm{Ext}^1_{k\text{-grp}}(G',\mathbb{Q}/\mathbb{Z}), \] et pense que la conjecture de SGA 7 sur les modèles de Néron devrait sortir de cette machine de dualité locale.69 (d) « You may ask Deligne if he didn't dive into questions (D) and (E) lately. »

67–67

App. 14 : portée et limites de la topologie fppf (page 67)

(F) Depuis les tentatives de Serre pour trouver une cohomologie de Weil avec des coefficients continus (les vecteurs de Witt \(W_n\)), il a eu l'impression qu'une cohomologie de Weil \(p\)-adique correcte en caractéristique \(p\) devrait venir de la cohomologie fppf, à coefficients finis ou dans des groupes algébriques sur \(k\) ; la construction du complexe jacobien local était liée à cet espoir — « the homology might reveal what is hidden to us in cohomology! ».70 Mais on a maintenant la cohomologie cristalline, qui a les bonnes propriétés pour \(X\) projective et lisse (Berthelot), et, prise pour étalon, elle montre que la partie de \(H^i_{\mathrm{cris}}(X)\) descriptible par la cohomologie fppf à coefficients dans des \(k\)-groupes algébriques n'en est qu'une petite part : celle des pentes \(\leqslant 1\) du Frobenius, alors que les pentes vont de \(0\) à \(i\). D'où un \(H^1\) correct, et l'échec pour \(H^2\). On conjecture que toute la partie de pentes \(\leqslant 1\) vient de fppf ; Mazur, Katz, Messing et Deligne en sauraient l'état.71

67–69

App. 15 : le type d'homotopie d'un topos (pages 67 à 69)

La question 7 de Breen trahit, dit-il, un malentendu sur le sens du « type d'homotopie » d'un topos \(X\) : on confond l'algèbre homotopique qu'on peut faire sur \(X\) — faisceaux simpliciaux, champs de toutes sortes — et le point de vue où \(X\), avec sa riche structure, disparaît pour ne plus être qu'un « pale element » d'une catégorie homotopique (ou pro-homotopique), obtenu par une localisation très poussée. Il ne reste alors à \(X\) que ses \(\pi_i\) et sa cohomologie à coefficients constants ou tordus ; et, à creuser ce qui reste, on tombe sur les \(n\)-champs localement constants — une équivalence d'homotopie \(f : X \to X'\) induisant une \((n+1)\)-équivalence entre les \((n+1)\)-catégories des \(n\)-champs localement constants — qui contiennent les complexes abéliens de longueur \(n\) à faisceaux de cohomologie localement constants. D'où un triangle d'objets qui se déterminent mutuellement, les deux sommets du bas étant pris à \(n\)-équivalence près, et le sommet du haut pouvant être aussi un ensemble simplicial :

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\begin{tikzcd}[column sep=small, row sep=large, nodes={font=\scriptsize}]
 & \text{topos (ou espace) à $n$-homotopie près} \arrow[dl, leftrightarrow] \arrow[dr, leftrightarrow] & \\
\text{$n$-groupoïdes} \arrow[rr, leftrightarrow] & & \text{$n$-catégories « spéciales »}
\end{tikzcd}

Une \(n\)-catégorie \(E_n\) est « spéciale », ou \(n\)-galoisienne, si elle est \(n\)-équivalente à celle des \((n-1)\)-champs localement constants sur un espace ou un topos, ou, ce qui doit revenir au même, à celle des \(n\)-foncteurs \(G_n \to ((n-1)\text{-}\mathrm{Cat})\) pour un \(n\)-groupoïde \(G_n\) ; \(G_n\) est alors le \(n\)-groupoïde fondamental, \(E_n\) la catégorie des \((n-1)\)-systèmes locaux, \(X\) la réalisation géométrique. Comme pour \(n=1\), \(G_n\) devrait se retrouver comme la sous-\(n\)-catégorie pleine de \(\underline{\mathrm{Hom}}_n(E_n,((n-1)\text{-}\mathrm{Cat}))\) formée des \(n\)-foncteurs ayant des propriétés d'exactitude — « which commute with finite \(\varprojlim\) and arbitrary \(\varinjlim\) » —, ce qui soulève « the disquieting vision of \(n\)-limits in \(n\)-categories ».72

Il est prudent de supposer \(X\) localement homotopiquement trivial, ce qui assure que le pro-ensemble simplicial d'Artin–Mazur est essentiellement constant ; ce n'est sûrement pas le cas du topos étale d'un schéma, dont le \(n\)-groupoïde fondamental doit être un pro-\(n\)-groupoïde, et \(E_n\) une ind-\(n\)-catégorie, l'ind-structure traduisant la trivialité locale relative à des recouvrements de plus en plus fins.

69–72

App. 16 : stratifications et voisinages tubulaires (pages 69 à 72)

Il comprend pourtant la résistance de Breen à ce dépouillement d'un « beau topos », et pense qu'en allant à sa racine on arrive à approfondir la notion même de type d'homotopie.

Faisceaux \(P\)-constructibles. Sur le topos étale d'un schéma cohérent \(X\), les faisceaux constructibles sont ceux pour lesquels il existe une partition finie \(P\) de \(X\) en strates localement fermées constructibles \(X_i\) telle que la restriction à chaque \(X_i\) soit localement constante. Pour \(P\) fixée, les faisceaux (ou complexes, ou champs) \(P\)-constructibles ne forment une catégorie satisfaisante que si elle est stable par les opérations usuelles, \(R\mathcal{H}om\), \(Rj_*j^*\) pour une strate \(j\), etc. ; pour \(X\) excellent et avec la résolution des singularités, les faisceaux constructibles de torsion première aux caractéristiques sont stables, mais pas pour une partition fixée. Il faut pour cela des hypothèses très strictes d'« équisingularité » le long des strates, et il pense qu'un raffinement des techniques connues fournira des stratifications équisingulières arbitrairement fines.

Deux strates. Soit \(X_0\) fermé, \(X_1 = X \setminus X_0\), avec les inclusions \(X_0 \xrightarrow{i_0} X \xleftarrow{i_1} X_1\). Par le dévissage d'Artin (le recollement de SGA 4), un faisceau \(F\) sur \(X\) équivaut à la donnée de \(F_0 = i_0^*F\), de \(F_1 = i_1^*F\) et d'un morphisme \(F_0 \to \varphi(F_1)\), avec \(\varphi = i_0^*\,i_{1*}\) exact à gauche. \(F\) est \(P\)-constructible si et seulement si \(F_0\) et \(F_1\) sont localement constants ; par équisingularité, \(\varphi(F_1)\) l'est aussi, et tout s'exprime par les faisceaux localement constants sur \(X_0\) et \(X_1\) — leur seul type d'homotopie — et le foncteur \(\varphi\). Pour expliciter celui-ci, il propose un « voisinage tubulaire étale » de \(X_0\), topos intéressant mais non associé à un schéma, paraphrase technique d'une intuition topologique très simple.73

L'intuition. Sur \(\mathbb{C}\), l'équisingularité dit qu'il existe un voisinage tubulaire \(T\) de \(X_0\) dans \(X\), rétracté sur \(X_0\), tel que \(T\setminus X_0\) soit localement trivial sur \(X_0\) ; si \(\partial T\) est son bord, \(T\) est le fibré en cônes \((\partial T \times [0,1]) \amalg_{\partial T} X_0\), et \(\mathring T = T \setminus X_0 \simeq \partial T \times [0,1[\) est \(X_0\)-homotope à \(\partial T\). Si les strates sont non singulières, \(\partial T \to X_0\) est une fibration topologiquement lisse ; avec \(\widetilde X_1 = X_1 \setminus \mathring T\), l'inclusion \(\widetilde X_1 \to X_1\) est une équivalence d'homotopie, et \(X\) se reconstitue à homéomorphisme près comme somme amalgamée du diagramme

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\begin{tikzcd}
\partial T \arrow[r, "j"] \arrow[d, "p"'] & \widetilde{X}_1 \\
X_0 &
\end{tikzcd}

où \(p\) est une fibration et \(j\) l'inclusion du bord. Alors \(\varphi(F_1) \simeq p_*j^*\widetilde F_1\), et la donnée de \(F\) est celle de \[ F_0, \qquad \widetilde F_1, \qquad \tilde u : p^*F_0 \to j^*\widetilde F_1, \] avec \(F_0\), \(\widetilde F_1\) localement constants sur \(X_0\) et \(\widetilde X_1\).74 Il propose aussi les diagrammes équivalents \(X_0 \leftarrow \mathring T \to X_1\), plus canonique, et \(T \hookleftarrow \mathring T \to X_1\), où l'inclusion \(\mathring T \to T\) est « morally » une fibration à fibres compactes non singulières de dimension finie — bien mieux que ce que donne le yoga de Cartan–Serre selon lequel toute application est équivalente à une fibration —, et qui a l'avantage de se construire algébriquement pour les schémas, une fois les voisinages tubulaires étales construits.75

72–75

App. 17 : le type d'homotopie fin (pages 72 à 75)

Le point est que les faisceaux, complexes ou \(n\)-champs \(P\)-constructibles, pour une stratification équisingulière \(P\), se ramènent à la connaissance d'un diagramme de types d'homotopie ordinaires (des pro-types en topologie étale), en prenant des systèmes locaux sur les sommets reliés par des morphismes de compatibilité du type \(p^*F_0 \to j^*F_1\).76 Ce serait un exercice amusant, qu'il n'a pas fait, de traduire les six opérations dans ce dictionnaire et d'y retrouver les formules connues, au moins pour des strates non singulières ; mais il faudrait sans doute considérer non un diagramme dans la catégorie homotopique, mais la catégorie homotopique des diagrammes d'ensembles simpliciaux.77

La topologie modérée. En réfléchissant aux fondements d'une « tame topology », qui élimine d'emblée les phénomènes sauvages, il a récemment explicité comment une stratification équisingulière à strates non singulières d'un espace modéré compact donne canoniquement un diagramme fini de variétés à bord, reliées par des fibrations localement triviales de variétés à bord compactes et par les inclusions des bords — avec des bords munis d'une décomposition cellulaire élémentaire —, à partir duquel l'espace se reconstitue par recollement. Pour un morphisme modéré \(f : X \to Y\) et des stratifications adaptées, on obtiendrait un morphisme de diagrammes, et les quatre opérations \(Rf_*\), \(Rf_!\), \(Lg^*\), \(g^!\) entre faisceaux \(P_X\)- et \(P_Y\)-constructibles s'exprimeraient par des opérations standard entre types d'homotopie. Le tout devrait se transposer aux schémas excellents par les voisinages tubulaires étales.78

Le type d'homotopie fin d'un espace modéré ou d'un schéma excellent se définit alors par passage à la limite sur les « \(P\)-types d'homotopie » associés à des stratifications équisingulières de plus en plus fines. Il contiendrait la connaissance non seulement des faisceaux localement constants, mais, à la limite inductive, de tous, et dépendrait fonctoriellement de \(X\). Pour un schéma de type fini sur un corps algébriquement clos, le théorème de finitude le plus fort s'exprimerait par ce type fin : ses constituants seraient des « polyèdres finis », voire des variétés compactes à bord, ou plus précisément leurs complétés profinis premiers à \(p\) seraient ceux de tels polyèdres. On voit comment commencer en caractéristique \(0\) ; en caractéristique \(p\), il prévoit un supplément d'amusement, voire de mystère, pour les variétés qui résistent à tout relèvement en caractéristique \(0\), même birationnel.79

75–77

App. 18 : linéariser un type d'homotopie (pages 75 à 77)

De ces pensées géométriques il ne tire pas de programme précis, et se borne à des remarques. Il se demande depuis longtemps combien d'information cohomologique il faut pour reconstituer un type d'homotopie : le groupe fondamental, les foncteurs \(H^i(-,M)\) sur les \(\pi_1\)-modules avec leur structure de foncteurs cohomologiques, les cup-produits, d'autres opérations. Avec le langage des catégories dérivées, un meilleur candidat est la sous-catégorie de la catégorie dérivée des complexes abéliens sur \(X\) à faisceaux de cohomologie localement constants, avec sa structure triangulée et son produit \(\otimes^{\mathbb{L}}\), peut-être \(R\mathcal{H}om\) ; il ne sait pas si cela suffit. En revanche il ne doute pas qu'en poussant la linéarisation jusqu'au bout, c'est-à-dire jusqu'au cadre non abélien — les \((n+1)\)-catégories des \(n\)-champs localement constants, sans aucune structure supplémentaire —, on reconstitue le type d'homotopie par son \(\infty\)-groupoïde fondamental, ce qui signifie que toutes les opérations cohomologiques imaginables sont déjà dans ces données.80

De même, les types d'homotopie plus élaborés attachés aux stratifications devraient correspondre aux \((n+1)\)-catégories des \(n\)-champs subordonnés à \(P\) ; et, si la description par la catégorie dérivée « localement constante » valait, on retrouverait le type d'homotopie mixte par la sous-catégorie dérivée des complexes à cohomologie localement constante sur chaque strate, avec \(\otimes^{\mathbb{L}}\), \(R\mathcal{H}om\) et les quatre opérations entre réunions localement fermées de strates. Le problème est qu'on ne sait même pas ce qu'est une catégorie triangulée, ni sa version non commutative, décrite sans doute plus simplement et plus fondamentalement comme une « catégorie homotopique » munie des opérations de prise de fibres et de cofibres.81

« It is surely time that I finish this “lettre-fleuve”, which is becoming more and more vague. » Une dernière question : quelle est cette « marvellous formula of Bloch–Quillen » à laquelle Breen fait allusion, dont il n'a jamais entendu parler, « and which makes my mouth water? »82 Signé : « Very cordially yours, Alexandre Grothendieck. »

78–80

Les notes au chapitre I et à l'appendice (pages 78 à 80)

Les pages 78 à 80 sont les trois premières pages du tapuscrit « NOTES to Chapter I and Appendix », notes (1) à (25), avec des corrections et ajouts de sa main, dont la note (11), « Added 23.2.83 ». Elles commentent les sections du chapitre I et, à partir de la note (22), les lettres à Breen. Ce texte appartient à Pursuing Stacks et il est imprimé dans G. Maltsiniotis (éd.), À la poursuite des champs, vol. I, SMF, Documents mathématiques 20, 2022 ; on y renvoie et on ne le restitue pas. La note (25) se poursuit au-delà de la page 80, dans la partie du dossier qui n'est pas transcrite.83

Notes

  1. Pour des objets tronqués, la différence entre cet \(\infty\)-topos et son hypercomplété ne joue pas ; elle reviendra à la page 44, à propos des \(\infty\)-catégories. ↩
  2. Sa pagination de 1983 va de 40 à 42 sur ces deux feuillets ; elle suggère qu'un seul feuillet de son tapuscrit manque, la pagination propre de la lettre en suggère dix. Le passage manquant contenait sans doute ses réponses aux questions 1 à 6 de Breen — la page 67 répond à la « question 7 » —, mais ce n'est qu'une inférence. ↩
  3. Page 2. Les numéros sont corrigés à la main (« VII » devient « VIII », « VIII » devient « IX », « X » est récrit sur un « VIII » biffé) ; la partie VII est ajoutée verticalement dans la marge gauche ; « and test functors », « and contractibility structures », « and canonical modelizers » sont biffés dans les intitulés de II, III et IV, et l'intitulé primitif de V était « Homology and cohomology (abelianization of homotopy types) ». Un mot au crayon, à peine lisible, est lu avec doute « homotopy types ». ↩
  4. Deux flèches de ce schéma sont biffées : l'une de V vers un « VI » biffé placé à sa droite, l'autre de V vers VIII. La partie X n'y figure pas. ↩
  5. Le premier état comporte une consigne d'impression : « Les chiffres soulignés 5, 9, 13, App. 3, App. 6, App. 11, App. 12 etc sont à imprimer en caractères gras ». Au second état, ce sont des numéros cerclés à l'encre (5, 9, 13, puis 23, 28, 31, 33, 37, 46, 50, 51, 62, 72, 75, 77, 79, 81, 102, 109 à 111, 118, 119, 124, 131, 132) : ce sont les sections qu'il tenait pour principales. Le titre de l'App. 6, « Champs essentiellement localement constants et types d'homotopie », déborde le bord de la feuille numérisée et reste incomplet. ↩
  6. Page 7, en marge du § 65 : « p. 168 – » suivi d'un mot lu avec doute « 199 », renvoi à la pagination du tapuscrit. Page 10, la place de l'insertion « pseudo-topoi » au § 104 est incertaine. Le § 133, « Birth of Suleyman », figure deux fois, en fin de VI et en tête de VII. ↩
  7. Le texte dit « datées d'Ulianovsk en Sibérie » ; Oulianovsk est sur la Volga, en Russie d'Europe, et non en Sibérie. On rapporte la page sans la corriger. Un mot biffé et noirci sous « Sibérie » est lu avec doute « maman » ; « notre » père est corrigé en « son » père, « (qui est aussi le mien) ». ↩
  8. La transcription relève seulement, pour s'y repérer, la correspondance des pages : pages 14 à 20, §§ 1 à 4 (sa p. 3 classée après sa p. 4) ; pages 21 à 36, §§ 4 (fin) à 13, avec les dates « 21.2. » (page 28), « 22.2.1983 » (page 34) et « PS (23.2) » (page 36). ↩
  9. Il en résulte que les mots de la troisième lettre, telle qu'on la lit pages 56 à 77, ne sont pas les siens mais ceux d'une traduction qu'il a revue. On la cite donc en anglais, entre guillemets, quand une formule compte, sans la retraduire. ↩
  10. Page 38. Ce début est barré de grandes croix et ne se lit qu'à travers le papier ; la transcription en donne des fragments, dont plusieurs mots incertains (« Ton scepticisme », « était fondé », « cohomologique », « Ext (X(M),T) ») et des lacunes. On n'en tire rien de plus que ce qui est dit ici. La « lettre à Deligne » est très vraisemblablement celle du 27 août 1974 que contient le dossier 134-1, où paraît le « drôle de \(\mathrm{Ext}^2\) » que mentionne la page 39. ↩
  11. La transcription de ces pages, faite lot par lot, laissait le destinataire ouvert pour les pages 41 à 47 ; lu d'un seul tenant, le dossier le fixe, et l'avertissement de la page 37 compte bien deux lettres en français avant celle de juillet. ↩
  12. Pour \(n = 1\) c'est le théorème de Deligne (SGA 4, XVIII, 1.4.15). Pour \(n\) quelconque, la théorie des \(n\)-catégories de Picard strictes n'existait pas en 1975 ; la lettre la suppose. L'énoncé qu'on donne est le contenu, en termes d'aujourd'hui, de l'équivalence entre \(n\)-groupoïdes de Picard stricts et complexes de longueur \(n\) à quasi-isomorphisme près, qu'il demande explicitement page 56 ; on en dit le statut actuel à cet endroit. ↩
  13. La page dit que la \(3\)-catégorie de Picard stricte des \(2\)-gerbes liées par \(Z\) est décrite par \(R\Gamma(X,Z)\) « tronqué en dimension 3 », et que le « \(3\)-champ de Picard correspondant » l'est par une résolution injective de \(Z\) tronquée en degré 3. Pour un champ, ce qui le détermine est le complexe de faisceaux \(Z[3]\) ; une résolution injective tronquée en est un représentant commode, dont les sections globales calculent les groupes \(H^i(X,Z)\), \(0 \leqslant i \leqslant 3\). On écrit « \(B^2Z\) » pour ce qu'il nomme le \(2\)-champ des \(Z\)-gerbes, ce qui est exact parce que toute gerbe est localement triviale. Le préfixe « 1- » de « \(1\)-torseurs » est une lecture incertaine. La théorie des \(2\)-gerbes et de leur classification par \(H^3\) a été écrite depuis par Breen lui-même (On the classification of 2-gerbes and 2-stacks, Astérisque 225, 1994). ↩
  14. Le complexe \(X(M)\) n'est pas défini sur ces pages ; l'appel (23), qui le commentait sans doute, renvoie aux notes non reprises. La lecture la plus sûre est que \(\mathrm{RHom}(X(M),N)\) joue le rôle du complexe \(E'(M,N)\) de la lecture modernisée du dossier 134-1 : en termes d'aujourd'hui, le complexe des morphismes de \(M\) dans \(N\) calculé au-dessus de la sphère \(\mathbb{S}\) et non de \(\mathbb{Z}\), dont les \(\mathrm{Ext}^0\) et \(\mathrm{Ext}^1\) sont les ordinaires et dont le \(\mathrm{Ext}^2\) classe les champs de Picard non nécessairement stricts. Cette identification est la nôtre. Sur la page, l'exposant du premier « \(\mathrm{Ext}\) » ressemble à un 1 ; l'encadrement \(0 \leqslant i \leqslant 1\) demande \(i\), et c'est ce qu'on lit. ↩
  15. En termes d'aujourd'hui, et c'est notre commentaire : \(\tau_{\leqslant n}\, \mathrm{RHom}(M,N)\) est la \(n\)-catégorie de Picard stricte des morphismes de \(HM\) dans \(B^{n-1}HN\) dans les faisceaux de \(H\mathbb{Z}\)-modules, et c'est bien un objet de la famille qu'il annonce. ↩
  16. Notre réponse, dans le cas d'un groupe discret \(G\) sur un point : le complexe des cochaînes inhomogènes privé de son degré \(0\) et tronqué en degré \(3\), \(C^1(G,N) \to C^2(G,N) \to Z^3(G,N)\). Supprimer \(C^0\) remplace \(H^1\) par \(Z^1\), ce qui est exactement l'invariant \(\pi_2\) de la page : l'automorphisme d'un foncteur monoïdal qui induit l'identité sur \(G\) et sur \(N\) est une famille \(u_x \in N\) avec \(u_{xy} = u_x + x\cdot u_y\), sans quotient ultérieur. La version faisceautique remplace les cochaînes par celles du classifiant simplicial de \(G\) au-dessus de \(X\). La lettre à Deligne citée ici n'est pas dans le dossier. ↩
  17. L'argument est juste et se dit ainsi : le \(2\)-champ associé est celui de toutes les \(\mathbb{G}_m\)-gerbes, puisque toute gerbe est localement triviale, c'est-à-dire localement celle de \(\mathcal{O}_X\) ; si le préchamp était déjà un \(2\)-champ, toute classe de \(H^2\) viendrait d'une algèbre. La comparaison du groupe de Brauer et de \(H^2(X,\mathbb{G}_m)_{\mathrm{tors}}\) est sa question de Le groupe de Brauer II ; l'égalité est connue pour les schémas munis d'un faisceau ample (Gabber, puis de Jong, 2003). Notre commentaire : c'est en admettant des algèbres d'Azumaya dérivées que Toën (Derived Azumaya algebras and generators for twisted derived categories, Invent. Math., 2012) obtient un objet qui recolle et atteint tout \(H^2(X,\mathbb{G}_m)\) pour les schémas quasi compacts et quasi séparés — ce qui est, à la lettre, le défaut de \(2\)-recollement que la page constate, réparé en élargissant la classe d'objets. ↩
  18. C'est exactement ce que l'on fait aujourd'hui, et c'est notre commentaire : un complexe connectif à quasi-isomorphisme près est un \(\infty\)-groupoïde muni d'une structure de \(H\mathbb{Z}\)-module, et oublier cette structure laisse un objet de \(\mathcal{S}\), ou, sur un topos, un faisceau d'espaces. Le foncteur d'oubli est celui de Dold–Kan suivi de l'oubli de la structure de groupe simplicial. ↩
  19. Page 41. Le troisième énoncé dit : pour \(f : X \to S\) de type fini, \(S\) intègre, il existe un ouvert non vide \(U\) de \(S\) tel que la formule de changement de base vaille pour tout changement de base se factorisant par \(U\) (la frappe porte « \(u\) »). Pour le changement de base lisse et le troisième, il faut des faisceaux d'automorphismes premiers aux caractéristiques, et une hypothèse de constructibilité pour le troisième ; ils ne servent que dans la version générique du théorème. Il croit, sans en être sûr, que Giraud démontre les deux premiers, peut-être le troisième, pour les \(1\)-champs. ↩
  20. Les réponses qu'on donne aujourd'hui à cette question sont les catégories triangulées munies d'un enrichissement différentiel gradué (Bondal–Kapranov, 1990), les \(\infty\)-catégories stables (Lurie, Higher Algebra, chapitre 1) et les dérivateurs, dont Pursuing Stacks amorce la théorie (partie IX du plan de la page 2). Le commentaire est le nôtre ; les appels (*) et (4) de ce passage sont ajoutés à la main, et un appel marginal est lu avec doute « (24) ». ↩
  21. Notre commentaire sur le caractère non strict, qui est le point technique. Les \(n\)-groupoïdes stricts ne suffisent pas : Simpson (Homotopy types of strict 3-groupoids, 1998) a montré qu'aucun \(3\)-groupoïde strict n'a le \(3\)-type de \(S^2\), ce qui invalide l'énoncé contraire de Kapranov et Voevodsky (1991). Pour des modèles non stricts, l'équivalence entre \(n\)-groupoïdes et \(n\)-types est un théorème dans plusieurs cadres — les \(n\)-groupoïdes de Tamsamani (1999), les complexes de Kan \(n\)-tronqués, où elle est presque tautologique — et elle est restée longtemps ouverte pour les \(\infty\)-groupoïdes globulaires que Grothendieck définira dans Pursuing Stacks ; nous ne garantissons pas l'état actuel de ce dernier cas. Page 43, la frappe porte « \(K!\) » pour \(K'_\bullet\), et la phrase sur la \(n\)-catégorie des ensembles simpliciaux se termine par « quel que soit \(N\) ». ↩
  22. L'hésitation n'a pas lieu d'être, et c'est notre correction. Les applications qui induisent une bijection sur les \(\pi_i\), \(i \leqslant n\), sont exactement celles que la troncature de Postnikov \(\tau_{\leqslant n}\) rend inversibles ; la localisée des ensembles simpliciaux selon elles est équivalente à la catégorie homotopique des \(n\)-types, puisque \(K_\bullet \to \tau_{\leqslant n}K_\bullet\) est l'une d'elles et qu'entre \(n\)-types elles sont des équivalences faibles. Elle est donc équivalente à celle des \(n\)-groupoïdes dès qu'on dispose de l'hypothèse d'homotopie. La condition de surjectivité sur \(\pi_{n+1}\) définit autre chose : les applications \((n+1)\)-connexes, qui reviendront page 48, où le même décalage d'un degré se produit. Page 44, « \(i = n+1\) » est frappé « \(N+1\) », le \(N\) surchargé en \(n\). ↩
  23. Notre commentaire : pour les espaces, la tour de Postnikov converge et il n'y a pas de complétion à faire ; la réserve devient pertinente dans un topos, où un faisceau d'espaces n'est pas toujours limite de ses tronqués — c'est la distinction entre un \(\infty\)-topos et son hypercomplété (Lurie, Higher Topos Theory, § 6.5). ↩
  24. L'énoncé strict correspondant — les groupes abéliens dans les \(\omega\)-groupoïdes stricts sont les complexes de chaînes en degrés positifs — est dû, à notre connaissance, à Brown et Higgins (1981) et Bourn (1990). ↩
  25. La page dit « produit \(n\)-fibré », puis une main corrige en « \((n+1)\) » sans que la portée de la correction soit sûre. La correction est juste : le produit fibré homotopique de \(n\)-catégories est une limite dans la \((n+1)\)-catégorie qu'elles forment, comme le « produit \(2\)-fibré » de catégories de Giraud est celui des \(1\)-catégories. ↩
  26. Il n'y en a pas à l'intérieur des \(n\)-groupoïdes : la suspension d'un \(n\)-type n'est pas un \(n\)-type. Ce qui existe est \(\tau_{\leqslant n}\Sigma\), la somme amalgamée \(\mathrm{pt}\sqcup_C\mathrm{pt}\) calculée dans les \(n\)-groupoïdes. Commentaire nôtre. ↩
  27. C'est ce que réalise aujourd'hui la structure de modèles de Jardine sur les faisceaux simpliciaux (1987), dont la localisée est l'hypercomplété de l'\(\infty\)-topos \(\mathrm{Sh}(X;\mathcal{S})\) (Lurie, Higher Topos Theory, § 6.5.2). Les faisceaux simpliciaux d'Illusie et la théorie homotopique abstraite de K. Brown (1973) sont antérieurs à la lettre, que ni l'un ni l'autre ne cite. Commentaire nôtre. ↩
  28. C'est \(Rf_*\) : \(f_*\) est adjoint à droite de \(f^*\), et on le dérive à droite, en remplaçant le faisceau simplicial par un remplacement fibrant (localement de Kan et satisfaisant la descente). Sur la page, « \(Lf_*(K_\bullet)\) » est écrit au-dessus de « d'un faisceau », qu'un trait semble barrer en partie. ↩
  29. Notre commentaire. La traduction des \(1\)-champs en topos classifiants au-dessus de \(X\) est, dit-il, traitée par Giraud sous le nom d'« extensions » du topos. Après « Giraud » la frappe porte un « x » en indice, peut-être un appel de note. ↩
  30. Notre commentaire. Il y a deux questions, et elles ont deux réponses. Le type d'homotopie : des topos ordinaires suffisent ; le topos des préfaisceaux sur la catégorie des simplexes d'un ensemble simplicial \(K\) a le type d'homotopie faible de \(K\), ce qui donne, avec un modèle simplicial fonctoriel de \(K(\pi,n)\), le topos canonique demandé (voir Moerdijk, Classifying spaces and classifying topoi, LNM 1616, 1995, et Illusie). C'est d'ailleurs le principe des « catégories test » de Pursuing Stacks. La propriété universelle : pour qu'un objet classifie les \(n\)-gerbes comme un topos classifiant classe les torseurs, il faut des \(\infty\)-topos (Toën–Vezzosi, Rezk, Lurie) ; les \(n\)-topos existent (Lurie, Higher Topos Theory, § 6.4), et ils sont devenus le cadre ordinaire de ce qu'il cherchait. On y revient page 50. ↩
  31. Le nom n'a pas pris. Ce domaine s'appelle aujourd'hui, selon l'angle, algèbre homotopique, théorie des catégories supérieures ou théorie des \(\infty\)-topos. La correction manuscrite de la phrase de la page 47 est lue avec doute. ↩
  32. Ce pro-type d'homotopie est aujourd'hui la forme (shape) de l'\(\infty\)-topos associé (Lurie, Higher Topos Theory, § 7.1.6), et « localement homotopiquement trivial » correspond à « localement de forme constante ». ↩
  33. Correction nôtre ; la page affirme l'équivalence des trois (« il est certainement vrai que ceci équivaut encore … »). La flèche \(\mathcal{F}(Y)\to\mathcal{F}(X)\) de la page est tracée à la main, avec une boucle à l'origine, peut-être un \(\sim\), et le critère par les gerbes porte la clause « pour tout tel \(\mathcal{F}\) et \(i \leqslant n\) », qu'on lit comme on le dit ici. Les deux derniers points se déduisent de ce que les applications \((n+1)\)-connexes sont exactement celles qui sont orthogonales à gauche aux applications \(n\)-tronquées : les sections d'un système local à fibres \(n\)-tronquées se relèvent alors de façon unique. Les conditions sur les coefficients doivent s'entendre à coefficients locaux. ↩
  34. Notre commentaire. L'énoncé (C) est aujourd'hui un théorème : pour un \(\infty\)-topos localement de forme constante, les faisceaux localement constants à valeurs dans une \(\infty\)-catégorie \(\mathcal{D}\) forment l'\(\infty\)-catégorie \(\mathrm{Fun}(\Pi_\infty(X),\mathcal{D})\) (Lurie, Higher Algebra, appendice A) ; si \(\mathcal{D}\) est formée de \((n-1)\)-catégories, un tel foncteur ne voit que \(\Pi_n(X)\), puisqu'il se factorise par le sous-groupoïde maximal de \(\mathcal{D}\), qui est \(n\)-tronqué. Le cas d'un \(\infty\)-topos quelconque, avec un pro-groupoïde, est la « théorie de Galois supérieure » de Hoyois (J. Pure Appl. Algebra, 2018). Sur la page, un crochet hachuré marqué « (C) » encadre l'énoncé. La lettre écrit ce paragraphe avec \((n-1)\)-champs « localement constants », et \(((n-1)\text{-}\mathrm{Cat})\) comme but ; c'est la forme juste, et on la garde. ↩
  35. La page dit « la catégorie opposée à la catégorie des points de ce topos » ; pour un groupoïde la différence est sans objet, l'inversion des flèches identifiant un groupoïde à son opposé. ↩
  36. Les cursives \(\mathcal{C}_n\) et \(\mathcal{T}_n\) se ressemblent sur la page et ont été départagées par le sens. Notre commentaire : c'est exactement ce qui est vrai. Pour un \(\infty\)-groupoïde \(C\), l'\(\infty\)-topos \(\mathcal{S}_{/C} \simeq \mathrm{Fun}(C,\mathcal{S})\) est son \(\infty\)-topos classifiant, et ses points — les foncteurs exacts à gauche qui commutent aux colimites vers \(\mathcal{S}\) — forment un \(\infty\)-groupoïde équivalent à \(C\), puisqu'un ind-objet d'un groupoïde est essentiellement constant. Sa version \(n\)-tronquée est un \(n\)-topos au sens de Lurie. ↩
  37. Sur la page, l'étiquette manuscrite de la flèche porte « \(\pi_n(u)\) » pour \(\Pi_n(u)\) ; une main a écrit en marge, en face de ces lignes, « cela semble suspect ! ». Notre commentaire : la version qui est vraie remplace le topos ordinaire par l'\(\infty\)-topos \(\mathcal{S}_{/\mathcal{C}_n}\) et la troncature \(\tau_1\) par l'\(\infty\)-groupoïde tout entier : les morphismes géométriques \(T \to \mathcal{S}_{/C}\) sont les sections globales sur \(T\) du faisceau constant de valeur \(C\), c'est-à-dire, par définition de la forme, les applications de \(\Pi_\infty(T)\) dans \(C\). Nous ne tranchons pas si le problème posé avec des topos ordinaires et \(\tau_1\) a une solution pour \(n = 2\). ↩
  38. Correction nôtre : l'énoncé de recollement est vrai, et van Kampen vaut pour \(\Pi_n\) à condition de prendre les sommes amalgamées au sens homotopique. Pour un recouvrement par deux ouverts, c'est simplement la descente des champs (il n'y a pas de condition de cocycle non triviale avec deux ouverts) ; pour deux fermés, il faut une hypothèse de régularité — par exemple deux sous-complexes d'un CW-complexe, ou des fermés admettant des voisinages qui se rétractent sur eux par déformation. Sous ces hypothèses, la forme de \(T\) est la somme amalgamée homotopique de celles de \(T_1\) et \(T_2\) au-dessus de \(T_1\cap T_2\) (Lurie, Higher Algebra, A.3.1, pour les ouverts), et \(\tau_{\leqslant n}\), adjoint à gauche, la préserve : \(\Pi_n\) commute aux sommes amalgamées homotopiques, ce qui était déjà le contenu du van Kampen classique pour \(\Pi_1\) dès qu'on le lit \(2\)-catégoriquement, comme le fait la page (« commute aux \(2\)-limites inductives »). Le théorème de van Kampen supérieur de Brown et Higgins (1981) en est une version stricte. Sur la page, la phrase est marquée d'un crochet en marge. ↩
  39. L'indexation se vérifie ainsi : \(\mathcal{F}\) correspond au complexe \(\mathcal{L}^\bullet[n]\), concentré en degrés \(-n\) à \(0\), et \(\pi_k\Gamma_X(\mathcal{F}) = H^{-k}\bigl(R\Gamma(X,\mathcal{L}^\bullet[n])\bigr) = H^{n-k}(X,\mathcal{L}^\bullet)\). ↩
  40. La page appelle ce morphisme un « morphisme canonique de \((n-1)\)-groupoïdes » ; ce sont des \((n+1)\)-groupoïdes, \(B\mathcal{F}\) étant un \((n+1)\)-champ. Il n'est pas un isomorphisme sur \(\pi_0\) : le membre de gauche est connexe, et \(\pi_0\Gamma_X(B\mathcal{F}) = H^{n+1}(X,\mathcal{F})\). La formule encadrée l'est sur la page ; on y a écrit \(B\) pour sa cursive, voir les conventions. ↩
  41. Le choix d'une section base est implicite sur la page ; sans elle, \(\pi_{n-i}\) n'a pas de sens pour \(n-i \geqslant 1\). ↩
  42. Correction nôtre : il faut et il suffit que la loi de groupe de \(\mathcal{F}\) soit tressée (structure \(E_2\)) pour que \(B^2\mathcal{F}\) existe, et qu'elle soit symétrique à cohérence près (structure \(E_\infty\), champ de Picard non nécessairement strict) pour que tous les \(B^k\mathcal{F}\) existent. La stricte commutativité n'est pas nécessaire ; elle caractérise ceux qui proviennent d'un complexe de faisceaux abéliens. C'est la distinction même que la lettre à Deligne du dossier 134-1 mesure par un signe. ↩
  43. C'est vrai, et c'est notre réponse. \(B\mathcal{F}\) est un système local à fibres \((n+1)\)-tronquées défini sur \(\Pi_{n+1}(X)\) ; son espace total au-dessus de \(\Pi_{n+1}(X)\) est donc \((n+1)\)-tronqué, et ses sections sur \(X\) sont les mêmes que sur \(\Pi_{n+1}(X)\), par la propriété universelle de la troncature. La flèche est l'image inverse le long du morphisme canonique de \(X\) (de sa forme) vers \(\Pi_{n+1}(X)\). Le cas \(n = 0\) est la classification des torseurs sous un groupe localement constant par les revêtements. ↩
  44. Correction nôtre, conforme à celle du critère (A) plus haut. Contre-exemple : \(\mathcal{C}_{n+1} = \mathrm{pt}\) et \(\mathcal{D}_{n+1} = K(A,n+1)\) ; \(f_n\) est une équivalence entre points, et le système local de fibre \(K(A,n)\) donné par la fibration des chemins a des sections sur \(\mathcal{C}_{n+1}\) et aucune sur \(\mathcal{D}_{n+1}\). Sur la page, les accolades et les « \(=\) déf » sous les deux membres sont ajoutés à la main, et le second porte \(\Gamma_{\mathcal{C}_{n+1}}(\mathcal{F})\) sans \(f_{n+1}^*\). ↩
  45. Notre commentaire. Dans un \(\infty\)-topos, c'est la définition c) qui est la définition ordinaire : \(H^n(X;A) = \pi_0\,\mathrm{Map}(1,K(A,n))\) (Lurie, Higher Topos Theory, § 7.2.2), et sa comparaison avec a) et b) est un théorème — pour b), le théorème des hyperrecouvrements de Verdier (SGA 4, V.7) et sa version simpliciale (Dugger, Hollander, Isaksen, 2004). Mais l'« apparence » qu'il note est juste : les fondements usuels des \(\infty\)-catégories sont eux-mêmes simpliciaux, et la question de s'en passer est celle que Pursuing Stacks reprendra avec les \(\infty\)-groupoïdes globulaires. ↩
  46. « Villecun » est lu avec doute sur sa deuxième syllabe. Ses pages 2 à 11 manquent entre les pages 56 et 57 du dossier ; voir « Ce que le dossier n'établit pas ». ↩
  47. La frappe porte « theorem », corrigé à la main en « theory » ; l'appel (25) est ajouté à la main. Notre commentaire : c'est la démarche des résultats d'unicité de la théorie des \((\infty,1)\)-catégories — Toën, Vers une axiomatisation de la théorie des catégories supérieures (K-Theory, 2005), puis Barwick et Schommer-Pries, On the unicity of the theory of higher categories (J. Amer. Math. Soc., 2021) —, qui caractérisent la théorie par des axiomes, à l'automorphisme « passage à l'opposée » près. La construction de Breen n'est pas dans ces pages et on ne la décrit pas. ↩
  48. L'erreur est réelle et la correction de Breen est juste ; le commentaire qui suit est nôtre. Un groupe topologique commutatif (ou un groupe abélien simplicial) a le type d'homotopie d'un produit d'espaces d'Eilenberg–MacLane, alors qu'un espace de lacets infini est un spectre connectif quelconque, dont les invariants de Postnikov stables ne s'annulent pas en général. Les \(n\)-catégories de Picard strictes modélisent les complexes (les \(H\mathbb{Z}\)-modules), les non strictes les spectres connectifs \(n\)-tronqués ; le premier écart est la multiplication par \(\eta\), le signe de la lettre à Deligne du dossier 134-1. ↩
  49. Dans (b), la frappe porte « \(\theta(d(x_1) = \mathrm{int}(x_1)\) », sans la parenthèse fermante ; on l'a ajoutée. ↩
  50. L'équivalence entre groupes dans les catégories (groupes catégoriques stricts) et modules croisés est publiée par Brown et Spencer (1976) ; la thèse de Hoàng Xuân Sính (1975) classe les Gr-catégories par le même \(H^3\). Le tapuscrit de cette thèse forme le dossier 135. Commentaire nôtre. ↩
  51. Notre commentaire. Les réponses venues depuis : pour \(n = 2\), les \(2\)-modules croisés de Conduché (1984) ; pour tout \(n\), les cat\(^n\)-groupes de Loday (1982) et les \(n\)-cubes croisés d'Ellis et Steiner (1987), qui modélisent les \((n+1)\)-types connexes, mais ne sont pas des complexes ; et, sous la forme même d'un complexe de groupes non commutatifs muni d'opérations supplémentaires, les complexes hypercroisés de Carrasco et Cegarra (1991), obtenus à partir du complexe de Moore d'un groupe simplicial. Le théorème de Kan — les groupes simpliciaux modélisent les espaces connexes pointés — répondait déjà à la question « ensembliste ». Nous ne prétendons pas que ces travaux procèdent de la lettre. ↩
  52. Un mot rayé de la page 58 est noirci et illisible. Des astérisques de sa main surmontent « biduality » et « homology » ; leur renvoi n'est pas sur la page. ↩
  53. Notre commentaire. La prédiction s'est largement réalisée : \(\mathcal{D}\)-modules holonomes réguliers et correspondance de Riemann–Hilbert (Kashiwara, Mebkhout, vers 1980–1984), modules de Hodge mixtes de Saito (1988–1990), six opérations motiviques (Ayoub, 2007 ; Cisinski et Déglise), et, plus récemment, la notion même de « formalisme à six foncteurs » comme objet d'étude (Liu et Zheng, Mann, Scholze). La forme « developped » de la frappe est lue avec doute. ↩
  54. Précision nôtre : \(Rf_!f^!\Lambda\) est l'homologie ordinaire, duale de la cohomologie à supports compacts ; \(Rf_*f^!\Lambda\) serait l'homologie de Borel–Moore. La « justification par un ou deux trucs » qu'il épargne à Breen est la dualité globale. ↩
  55. La bidualité sans résolution est démontrée par Deligne dans SGA 4\(\tfrac12\), [Th. finitude]. Les travaux de Jouanolou sur la cohomologie \(\ell\)-adique sont dans SGA 5. Commentaire nôtre. ↩
  56. Notre commentaire, avec réserve : la conjecture est démontrée pour un corps résiduel fini (McCallum, 1986) et, sauf erreur, pour un corps résiduel parfait (T. Suzuki) ; elle est fausse en général pour des corps résiduels non parfaits (Bertapelle et Bosch, 2000). ↩
  57. La frappe dit « homeomorphism » ; il s'agit d'un morphisme de schémas. L'alinéa « N.B. » qui le contient est encadré à la main et renvoyé par une flèche après la phrase suivante, qu'on a suivie. ↩
  58. L'indice de « \((J_\cdot)_{X/k}\) » est surchargé et lu avec doute ; un mot biffé après « and » est illisible ; le numéro de l'intertitre App. 11 est surchargé. Notre commentaire : l'objet le plus proche qu'on connaisse aujourd'hui est le complexe d'Albanese motivique \(\mathrm{LAlb}(X)\) de Barbieri-Viale et Kahn (On the derived category of 1-motives, Astérisque 381, 2016), complexe de \(1\)-motifs défini pour tout \(X\), avec les jacobiennes généralisées « à module » de Kato et Russell ; nous ne disons pas qu'ils réalisent le programme de la lettre. ↩
  59. La frappe donne pour second exemple « \(Rf_!(\mu_m^{\otimes})\) et \(Rf_*(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z})\) » ; il faut lire \(Rf_!(\mu_n^{\otimes d})\). ↩
  60. Notre commentaire : la réponse est venue quelques années plus tard, avec les faisceaux de de Rham–Witt logarithmiques \(W_r\Omega^d_{X,\log}\), placés en degré \(d\) (Milne, Gros, Kato, puis Moser pour les coefficients constructibles), qui jouent le rôle de « \(\mu_{p^r}^{\otimes d}\) ». ↩
  61. Dans « \(H^1(X,\mathbb{Z}/p^n\mathbb{Z})\) » la frappe portait \(\mathbb{Z}/n\mathbb{Z}\), corrigé à la main, et corrigé de nouveau en marge. ↩
  62. Notre commentaire. Les groupes quasi-algébriques de Serre sont aujourd'hui les schémas en groupes parfaits, et cette dualité est établie dans la catégorie dérivée des faisceaux sur le site parfait (Bégueri, 1980 ; Milne, Arithmetic Duality Theorems, chapitre III) ; le théorème d'annulation de Breen pour les \(\mathrm{Ext}\) de faisceaux abéliens (1975) en est un ingrédient. Sur la page, l'exposant frappé de \(G' = \mathrm{Ext}^1\) est biffé et remplacé par un accent, répété en marge. ↩
  63. La page écrit « \(f^!(\mathbb{Q}/\mathbb{Z})_k = (\mu_\infty)_X\) » sans décalage ; le décalage \([2]\) est celui de la formule, et c'est à lui que renvoie, sur la page, une flèche tracée depuis le mot « shift ». L'indice \(\infty\) de \(\mu_\infty\) est écrit à la main sous un indice frappé noirci. ↩
  64. Dans « \(G_X\) », la frappe porte le même \(G\) évidé que dans \(\mathbb{G}_a\) ; d'après la suite, il s'agit du faisceau constant de valeur \(G\). ↩
  65. Notre commentaire. C'est, pour une courbe sur un corps fini et des schémas en groupes finis plats, la dualité d'Artin–Milne (Duality in the flat cohomology of curves, Invent. Math., 1976 ; Milne, Arithmetic Duality Theorems, III) : \(H^i_c(X,F)\times H^{3-i}(X,F^D)\to\mathbb{Q}/\mathbb{Z}\) parfait. La version « géométrique », avec la dualité de Serre en bas, est le programme que T. Suzuki a repris par des sites relatifs ; nous ne disons pas jusqu'où. ↩
  66. La page note le sommet « \(Rf_!(\hat{\tilde F})\) » ; il s'agit de l'image directe, sur le spectre de \(k\), de la cohomologie du voisinage formel de \(\tilde X \setminus X\), ce qu'on a écrit \(R\hat f_*\). Le degré de la flèche de bord, implicite sur la page, est marqué \(+1\). Notre commentaire : c'est ainsi que Milne définit la cohomologie à supports compacts en cohomologie plate, par les complétés aux places manquantes (Arithmetic Duality Theorems, III, § 0). ↩
  67. La frappe porte \(\Gamma_k\) au premier membre de cette dernière formule et \(\Gamma_K\) au second ; c'est \(\Gamma_K\) des deux côtés, et c'est alors la dualité locale de Tate, \(H^i(K,F)\times H^{2-i}(K,F^D)\to\mathbb{Q}/\mathbb{Z}\). L'exposant de \(H^i(K,F)\) est surchargé et lu avec doute. ↩
  68. La page écrit « \(D_S(i^*(F))\) » au second membre ; c'est le foncteur dualisant de \(s\) qui convient, \(i^*F\) vivant sur \(s\). Elle écrit aussi « \(p = \mathrm{Spec}(k)\) » pour le point fermé. ↩
  69. Notre commentaire, avec réserve. Pour \(G'\) connexe, \(\mathrm{Ext}^1(G',\mathbb{Q}/\mathbb{Z})\) est le dual de \(\pi_1(G')\), et la formule est la conjecture de Šafarevič, démontrée par Bégueri en caractéristique nulle et par Bertapelle en égale caractéristique \(p\). Le numéro « SGA 7 » est surchargé à la main sur un chiffre frappé, peut-être 6. ↩
  70. La page dit « The construction in (B) of the local jacobian complex » ; c'est en (C) que la lettre construit ce complexe, et (B) porte sur l'autodualité des jacobiennes. ↩
  71. Notre commentaire. La décomposition par les pentes a été rendue précise par le complexe de de Rham–Witt (Illusie, 1979) : la partie de pentes \(< 1\) est \(H^i(X,W\mathcal{O}_X)_{\mathbb{Q}}\), la cohomologie de Witt de Serre, et la partie de pente \(1\) est atteinte par la cohomologie plate de \(\mu_{p^\infty}\), ou de \(W_r\Omega^1_{\log}\). Les coefficients de Tate supérieurs \(\mathbb{Z}_p(n)\) de la cohomologie syntomique, puis prismatique (Bhatt, Morrow, Scholze ; Bhatt, Lurie), atteignent les pentes jusqu'à \(n\) ; c'est une manière de dépasser la limite qu'il constate, sans que nous prétendions qu'elle réalise son espoir. L'indice de « \(\mu_{p^n}\) » est surchargé et corrigé en marge. ↩
  72. La page écrit « \(n\)-functors \(G_n \to (n\text{-}\mathrm{Cat})\) » et « \(\mathrm{Hom}_n(E_n,(n\text{-}\mathrm{cat}))\) », alors que, d'après sa propre correction de « local \(n\)-systems » en « local \((n-1)\)-systems », il s'agit de \((n-1)\)-champs : avec \((n\text{-}\mathrm{Cat})\) pour but, \(E_n\) serait une \((n+1)\)-catégorie. On a mis \(((n-1)\text{-}\mathrm{Cat})\), comme dans la lettre du 17 février. Le triangle occupe sur la page plusieurs lignes par sommet ; on l'a traduit. Notre commentaire : c'est, à la lettre, la théorie de Galois supérieure de Hoyois citée page 49 ; les \(n\)-limites dans les \(n\)-catégories sont devenues ordinaires avec les \(\infty\)-catégories. ↩
  73. La page dit « tubular neighbourhood of \(X_0\) in \(X_1\) » ; il s'agit d'un voisinage de \(X_0\) dans \(X\), dont on retient la trace sur \(X_1\). Un mot biffé avant « \(\varphi(F_1)\) » est noirci ; « topological intuition » est entouré et renvoyé après « simple ». ↩
  74. La page note \(\phi\) et \(\varphi\) le même foncteur ; on a gardé \(\varphi\). Sur la page, \(\mathring T\) est « \(X_0\)-homotopic » à \(\partial T\), et le crochet de « \([0,1[\) » est corrigé à la main. ↩
  75. Notre commentaire. Ce dictionnaire est aujourd'hui la théorie des chemins de sortie : pour un espace conique stratifié, les faisceaux constructibles (d'ensembles, de complexes ou d'espaces) sont les foncteurs sur l'\(\infty\)-catégorie des chemins de sortie (MacPherson ; Treumann, Exit paths and constructible stacks, 2009 ; Lurie, Higher Algebra, A.9), et, pour deux strates, ce foncteur est exactement la donnée \((F_0, F_1, p^*F_0 \to j^*F_1)\), le « lien » \(\partial T\) portant les chemins qui sortent de \(X_0\). La version étale, pour les schémas, est l'« exodromie » de Barwick, Glasman et Haine (2018). Les voisinages tubulaires algébriques ont été étudiés par Cox (1979). ↩
  76. Le sommet du diagramme de la page 73 est frappé « \(\Delta\) », pour \(\partial T\) ; le numéro de l'intertitre App. 17 est surchargé et lu avec doute. ↩
  77. C'est exactement le point technique qu'on a retenu depuis : un diagramme dans la catégorie homotopique perd l'information de cohérence, et c'est l'\(\infty\)-catégorie des chemins de sortie, ou la catégorie de modèles des diagrammes, qu'il faut prendre. Commentaire nôtre. ↩
  78. Notre commentaire. La « topologie modérée » a reçu une forme dans les structures o-minimales (van den Dries, Tame topology and o-minimal structures, 1998, dont le titre reprend l'expression de l'Esquisse d'un programme) ; la décomposition en variétés à bord à partir d'une stratification équisingulière est celle de la théorie de Thom–Mather (données de contrôle, lemmes d'isotopie). ↩
  79. Notre commentaire. Le type d'homotopie fin est, sous un autre nom, la « catégorie de Galois » profinie stratifiée de l'exodromie de Barwick, Glasman et Haine, qui code tous les faisceaux constructibles d'un schéma cohérent, et la théorie de l'homotopie des espaces stratifiés qui l'accompagne (Haine). Nous ne savons pas dire où en est l'énoncé de finitude en caractéristique \(p\), et le laissons comme la lettre le laisse. Sur la page, « the ordinary homotopy types … finite polyhedra » est souligné à la main. ↩
  80. Notre commentaire. La version non abélienne est aujourd'hui une tautologie bien comprise : l'\(\infty\)-topos \(\mathrm{Fun}(X,\mathcal{S})\) des systèmes locaux d'espaces détermine \(X\) comme sa forme. Pour la version abélienne, la réponse positive la plus nette porte sur les cochaînes munies de leur structure d'algèbre \(E_\infty\) : Mandell (E\(_\infty\) algebras and p-adic homotopy theory, 2001 ; Cochains and homotopy type, 2006) montre qu'elles déterminent les espaces nilpotents de type fini, \(p\)-complétés ou entiers ; la structure triangulée et \(\otimes^{\mathbb{L}}\) seuls ne suffisent pas en général, faute de cohérences. L'appel (31) est répété en marge. ↩
  81. Une parenthèse biffée de traits obliques, page 77, ajoutait : « (N.B. A first approach has been developed by Quillen at the beginning of the years “70”.) » ; Homotopical Algebra (LNM 43) est de 1967. Notre commentaire : la « catégorie homotopique avec fibres et cofibres » est aujourd'hui une \(\infty\)-catégorie à limites et colimites finies, dont la version stable est la « bonne » catégorie triangulée ; c'est aussi ce que les dérivateurs de Pursuing Stacks cherchent à capter. ↩
  82. C'est, selon toute vraisemblance, la formule de Bloch \(\mathrm{CH}^p(X) \simeq H^p(X,\mathcal{K}_p)\), démontrée par Bloch pour \(p = 2\) (1974) et par Quillen en général pour les variétés lisses (1973). L'allusion de Breen n'est pas dans ces pages ; l'identification est la nôtre. La pagination de la dernière page, surchargée, est lue avec doute « 61 bis ». ↩
  83. La transcription relève seulement que ces notes renvoient aux sections 9, 11, 12, 13, 18 et 90, et la note (24) à une section dont le numéro surchargé se lit 69 ou 59, à propos des « derivators ». ↩