Cote n° 131 · pages 1–41 · Lecture modernisée · Foncteurs représentables par schéma quasi fini : notes manuscrites (s.d.) — lecture modernisée du dossier entier
Datation de l’inventaire : [vers 1971]
Édition de démonstration — interprétation personnelle de l'œuvre

Résumé

Ces feuillets cherchent à reconnaître un espace géométrique à la seule manière dont il répond quand on l'interroge.

Voici le problème. En géométrie algébrique, beaucoup d'objets qu'on voudrait étudier — les courbes d'un certain type, les fibrés en droites sur une variété, les morphismes entre deux variétés abéliennes — ne sont d'abord connus que par un « questionnaire » : pour chaque espace test \(T\), on sait dire quelles sont les familles de ces objets paramétrées par \(T\). Un tel questionnaire s'appelle un foncteur \(F\). On voudrait qu'il existe un vrai espace \(X\), un schéma, tel que se donner une famille paramétrée par \(T\) revienne exactement à se donner une application de \(T\) dans \(X\) : on dit alors que \(X\) représente \(F\), et \(X\) est l'« espace de modules » du problème. Mais on ne peut presque jamais construire \(X\) d'un coup. La question est donc : quelles propriétés, vérifiables sur le questionnaire lui-même, garantissent qu'un tel \(X\) existe ?

Le dossier y répond dans un cas précis : celui où \(X\) serait « discret au-dessus de la base », c'est-à-dire n'aurait, au-dessus de chaque point, que des points isolés en nombre fini localement — un schéma localement quasi fini. C'est le cas des foncteurs qu'il appelle non ramifiés : les morphismes d'une variété abélienne dans une autre, les sous-groupes d'un groupe, les composantes connexes des fibres d'un morphisme.

L'idée se comprend par une analogie avec les fonctions analytiques. Pour savoir qu'une fonction est analytique, on regarde d'abord, en chaque point, son développement de Taylor — une donnée purement formelle, qui ne dit rien de ce qui se passe à distance finie ; puis on vérifie que la série converge sur un petit disque ; puis on recolle les disques. Le dossier procède de même, en trois étages. On interroge d'abord \(F\) sur les « points épaissis » (les anneaux artiniens) : si \(F\) vient d'un espace \(X\), les réponses doivent reconstituer, point par point, un développement formel de \(X\). On demande ensuite que ce développement formel « converge » : qu'un paramétrage qui est universel en un point le reste dans tout un voisinage. C'est ce que le dossier appelle être modulaire, et les deux conditions centrales du théorème — un critère de modularité local et un critère générique — disent exactement que la modularité se propage. Enfin des propositions « formelles » recollent les morceaux. La démonstration monte alors en dimension : sur une base de dimension zéro tout est formel ; sur une base locale complète on recolle le point fermé au reste, déjà connu par récurrence ; on redescend du complété à l'anneau local, puis de l'anneau local au voisinage.

Le dossier est un atelier, rangé à l'envers. Les outils — cinq énoncés de recollement et une définition de la modularité — sont aux pages 22 à 40 ; le théorème qui s'en sert est aux pages 1 à 19, et il les cite comme « les notes précédentes ». En marge des outils, deux programmes sont notés : remplacer une hypothèse difficile à vérifier par une condition « de dimension 1 », et une hypothèse de constructibilité par une condition « générique ». Le théorème des premières pages est l'exécution de ces deux programmes. Et à peine le théorème écrit, les questions viennent en marge : lesquelles de ces conditions sont vraiment nécessaires ? donner l'exemple type qui montre que l'une ne découle pas des autres ; limiter la classe des anneaux sur lesquels il faut les vérifier. C'est la manière d'un mathématicien qui ne tient pas un énoncé pour acquis tant qu'il n'en a pas éprouvé chaque hypothèse.

Tout n'est pas établi : la dernière étape de la démonstration s'arrête sur « on est ramené à vérifier la condition de constructibilité », et le recollement final des pages 38 à 40 renvoie à « une autre proposition formelle » qui n'est pas écrite. Les applications annoncées — la projectivité des schémas abéliens, l'existence du schéma de Picard — ne sont qu'annoncées, et la première, telle qu'elle est écrite, est fausse en général.

Pour aller plus loin, les noms d'aujourd'hui : critères de représentabilité d'Artin, foncteur localement de présentation finie, pro-représentabilité et critère de Schlessinger, effectivité des déformations formelles, espaces algébriques et relations d'équivalence étales, foncteurs non ramifiés, schéma de Picard.

Keywords — representable functor, locally quasi-finite morphism, Artin's representability criteria, limit-preserving functor, pro-representable functor, formal effectivity, fpqc descent, valuative criterion of separatedness, unramified functor, étale morphism, open immersion, constructible set, étale equivalence relation, algebraic space, Hom scheme of abelian schemes, Picard scheme

1–41

Le fil du dossier, et les conventions

Les stations

Le dossier compte quarante et une pages, dont vingt-quatre de sa main ; les autres sont blanches ou sont des feuillets de tapuscrits étrangers au sujet (des rédactions numérotées « n° 371 » et « n° 392 »), au dos desquels il a parfois écrit.1 Il est ordonné à l'envers de sa logique, et il faut le savoir avant d'y entrer.

Que les pages 22 à 40 soient les « notes précédentes » que citent les pages 3 à 5, les numéros le disent : la démonstration de la page 3 renvoie au « cor 2 à prop. 1 », qui est le Corollaire 2 de la page 28 ; à la « prop. 2 des notes », qui est la Proposition 2 des pages 30 à 32 ; à la « prop. 3 des notes préc. » et à sa « condition de constructibilité », qui sont la Prop. 3 de la page 32.2 Et les deux programmes notés en marge de la page 32 — « transformer 4°) en une condition plus facile à vérifier », avec une condition de dimension 1, et « transformer en une condition de modularité générique » — sont réalisés par le « critère de modularité a) locale » et « b) générique » de la page 1. Les conditions (2) et (4) du Théorème de la page 13 sont, de même, écrites pour nourrir le Corollaire 1 de la page 24 : elles ne sont demandées que pour \(B \to \widehat{B}\) et \(\widehat{B} = \varprojlim B_n\), qui sont les deux flèches de ce corollaire.

La datation est celle de l'inventaire, « vers 1971 » ; le dossier est rangé dans le groupe « Descentes », que l'inventaire date « avant 1970 ». Les deux ne s'accordent pas, et rien dans les pages ne tranche.

Les conventions

Schémas et foncteurs. Le manuscrit dit « préschéma » ; on écrit « schéma ». \(S\) est un schéma localement noethérien, \(\mathbf{Sch}_{/S}\) la catégorie des \(S\)-schémas, et \(F : \mathbf{Sch}_{/S}^{\mathrm{op}} \to \mathbf{Ens}\) un foncteur. Pour un \(S\)-schéma \(S'\), \(F_{S'}\) est la restriction de \(F\) aux \(S'\)-schémas. Pour \(a \in S\), on pose \(S_a = \operatorname{Spec} \mathcal{O}_{S,a}\) et \(F_a = F_{S_a}\). On identifie un anneau \(A\) au-dessus de \(S\) à \(\operatorname{Spec} A\), et l'on écrit \(F(A)\).

Les numéros des conditions. Les conditions du Théorème sont numérotées (1) à (8) comme à la page 13. La liste de la page 1 est numérotée autrement ; la concordance est la suivante :

Aux pages 22 à 40, les conditions portent d'autres noms, qu'on garde : (L1) à (L4), (R\(_{\mathrm{loc}}\)), (R\(_0\)).3

Modulaire. C'est la notion centrale du dossier ; elle n'est définie qu'à la page 34, mais elle est employée dès la page 1, et on la fixe ici. Soit \(T\) un \(S\)-schéma local, de point fermé \(t\) au-dessus de \(s \in S\), et \(\eta \in F(T)\). On dit que \((T, \eta)\) est modulaire si, en gros, \(\eta\) est l'élément universel de \(F\) au voisinage du point qu'il définit : tout élément de \(F\) sur un schéma local qui « passe par le même point » provient de \(\eta\) par un unique morphisme local (définition exacte à la page 34, plus bas). Pour \(\xi \in F(Z)\) et \(z \in Z\), on dit que \(\xi\) est modulaire en \(z\) si \((\operatorname{Spec} \mathcal{O}_{Z,z}, \xi_z)\) l'est. Lorsque \(F_a\) est représentable par un schéma \(X_a\) localement de type fini, \(\xi\) définit \(u : Z \to X_a\) près de \(z\), et \(\xi\) est modulaire en \(z\) si et seulement si \(\mathcal{O}_{X_a, u(z)} \to \mathcal{O}_{Z,z}\) est un isomorphisme : \(u\) est un isomorphisme local en \(z\). C'est plus fort qu'« étale en \(z\) », qu'il écrit souvent entre crochets comme forme affaiblie (« modulaire [ou tout au moins, étale] »).4 Pro-modulaire, qu'il emploie aux pages 4, 8 et 13 sans le définir, est lu ici comme la même condition restreinte aux \(T'\) artiniens : le complété de \(\mathcal{O}_{Z,z}\) pro-représente \(F\) au point considéré. Enfin « étale », pour \(\xi : Z \to F\) lorsque \(F\) n'est pas représentable, s'entend au sens de le relèvement infinitésimal (formellement étale et localement de présentation finie).

Ce que le dossier annonce et n'établit pas

1–2

Une première liste de conditions (pages 1 et 2)

La page 1, marquée d'un « A » cerclé, pose huit conditions sur \(F\). On les donne dans la forme où la suite les emploie.

  1. 1°\(F\) est un faisceau pour la topologie fpqc, c'est-à-dire : a) \(F\) est de nature locale pour la topologie de Zariski, et b) \(F\) satisfait la descente pour les morphismes fidèlement plats quasi compacts affines.
  2. 2°\(F\) commute aux limites inductives filtrantes d'anneaux (propriété relative à \(S\)) : \(F\) est localement de présentation finie.
  3. 3°\(F\) commute aux limites projectives adiques d'anneaux artiniens : pour \(B\) local noethérien complet, \(F(B) \to \varprojlim F(B/\mathfrak{m}^n)\) est bijective.
  4. 4°Exactitude (E) : pour tout anneau local artinien \(A\) au-dessus de \(S\) et toute \(A\)-algèbre finie locale \(A' \supset A\) de même corps résiduel, avec \(A'/A\) de longueur 1 comme \(A\)-module, la suite \(F(A) \to F(A') \rightrightarrows F(A' \otimes_A A')\) est exacte.
  5. 5°Pour tout corps \(k\) au-dessus de \(S\) et tout \(\xi \in F(k)\), \(F_k\) est pro-représentable en \(\xi\), et l'anneau qui le pro-représente est fini sur \(k\).
  6. 6°\(F\) est séparé sur \(S\), au sens du critère valuatif.
  7. 7°Critère de modularité local : pour tout \(S\)-schéma local noethérien complet \(S'\), tout \(S'\)-schéma local fini \(Z\) de point fermé \(t\), et tout \(\xi \in F(Z)\) modulaire pour \(F_{S'}\) en \(t\), \(\xi\) est modulaire (ou au moins étale) en tout point de \(Z\).
  8. 8°Critère de modularité générique : pour tout \(S\)-schéma noethérien irréductible \(S'\), tout \(S'\)-schéma fini \(Z\) et tout \(\xi \in F(Z)\) modulaire pour \(F_{S'}\) en un point \(z\) au-dessus du point générique de \(S'\), il existe un voisinage ouvert \(U\) de \(z\) dans \(Z\) en tout point duquel \(\xi\) est modulaire (ou au moins étale).

Les quatre premières sont réunies sur la page par une accolade et une mention au crayon, « conditions d'exactitude » ; deux notes marginales qualifient 5° de condition de « finitude ou discrétion » et 6° de « séparation ». Ce sont toutes des conditions nécessaires : un foncteur représentable par un schéma localement quasi fini et séparé les satisfait.5 Pour 5°, le mot « corps » est une correction au-dessus d'un premier « anneau local » biffé. Pour 7°, une note marginale ajoute qu'on peut se borner à \(S'\) irréductible de dimension 1, et un petit diagramme place \(\xi\) au-dessus de \(F_{S'} \to F\) :

LaTeX source
\begin{tikzcd}
F \arrow[d] & F_{S'} \arrow[l] \arrow[d] & \\
S & S' \arrow[l, no head] & Z \arrow[l] \arrow[ul, "\xi"']
\end{tikzcd}

Une note au crayon, en travers de la ligne de 5°, sur \(F(k) \to F(X)\), est presque entièrement illisible et n'est pas lue ici.

La page 2, au crayon, indique ce qui change pour les foncteurs non ramifiés : remplacer 5° par la non-ramification de \(F\), et simplifier 4° et 5° en conséquence. C'est ce que fera le Corollaire 2 de la page 15.

3–5

La démonstration par récurrence sur la dimension (pages 3 à 5)

Les conditions sont stables par changement de base, et toutes, sauf (3), (5) et (6), sont de nature locale sur \(F\).6 La démonstration traite d'abord le cas \(\dim S < +\infty\), par récurrence, en quatre étapes.

(1) \(\dim S = 0\). On se ramène à \(S\) local artinien. Grâce à (E) et (5), on construit un schéma \(X\) localement quasi fini sur \(S\) — une somme de spectres d'anneaux artiniens finis sur \(S\) — et, grâce à (1) à (4), il représente \(F\). C'est le Corollaire 2 de la page 28, qui est cité (« cf. notes précédentes, cor 2 à prop. 1 »). Seules les conditions (1) à (5) et (E) ont servi.

(2) \(\dim S = n > 0\), \(S\) local complet. Soit \(s\) le point fermé et \(U = S \smallsetminus \{s\}\). Par l'hypothèse de récurrence, \(F_U\) est représentable par un \(X_U\).7 Grâce à (3) et (5), et parce que \(S\) est complet, on construit une famille de \(S\)-schémas finis \(X_i = \operatorname{Spec} B_i\), un par point de \(F_s\) ; grâce à (4), des morphismes \(u_i : X_i \to F\). La Proposition 2 des pages 30 à 32 ramène alors à vérifier que les restrictions \(u_i|_U : X_{i,U} \to X_U\) sont des immersions ouvertes, d'images deux à deux disjointes.

C'est là qu'interviennent (6) et (7). Par (7), il suffit que \(u_i\) soit modulaire au point fermé \(x_i\) de \(X_i\). Sa restriction à la fibre fermée l'est, de sorte que le corps \(k(x_i)\) est un corps de définition du point qu'il définit, et il reste la condition de modularité proprement dite. Il la contourne en démontrant d'abord le théorème sous une forme renforcée de (7), où l'on suppose seulement \(\xi\) pro-modulaire en \(z\) : c'est le cas de \(u_i\) par construction, puisque \(B_i\) pro-représente \(F\).8 Le reste de l'étape — que les \(u_i|_U\) soient des monomorphismes d'images disjointes, d'où des immersions ouvertes puisqu'ils sont étales — se fait par l'argument de la page 19 (plus bas) : le produit fibré \(X_i \times_F X_j\) est un sous-schéma fermé de \(X_i \times_S X_j\), fini sur le complet \(S\), qui coïncide formellement avec la diagonale si \(i = j\) et est formellement vide si \(i \neq j\) ; il est donc égal à la diagonale, ou vide.9 Enfin \(X\) est localement quasi fini sur \(S\) par construction, et séparé par (6).

(3) \(\dim S = n\), \(S\) local. Par l'étape (2), \(F_{\widehat{S}}\) est représentable par un \(X_{\widehat{S}}\) localement quasi fini et séparé sur le complété \(\widehat{S}\). La donnée de descente canonique relative à \(\widehat{S} \to S\) est effective, d'où un \(X\) sur \(S\), localement quasi fini et séparé ; par (2), il représente \(F\).10

(4) \(S\) quelconque. On utilise le

Lemme. Si \(F_{S_a}\) est représentable pour tout \(a \in S\), alors \(F\) est représentable.

La page 4 renvoie pour cela à la Proposition 3 de la page 32, et la page 5, une seule ligne au crayon, conclut : compte tenu de (1) et (3), on est ramené à vérifier la condition de constructibilité de cette proposition. Le dossier s'arrête là. La condition (8), le critère de modularité générique, est faite pour fournir cette constructibilité — la note marginale de la page 32 le dit en toutes lettres —, mais la déduction n'est écrite nulle part.11

6–8

Épaississements et immersions ouvertes (pages 6 et 8)

Les deux pages reformulent les critères de modularité. La page 8 est la première : la page 6 renvoie à ses axiomes (A) et (B).

Les axiomes (A), (B), (C) (page 8)

Il garde les conditions (1) à (6) et remplace (7) et (8) par :

(A) Si \(S'\) est local noethérien complet (de dimension 1 si l'on veut), \(X\) fini sur \(S'\), et \(\xi : X \to F_{S'}\) pro-modulaire en un point \(z\) au-dessus du point fermé \(s'\) de \(S'\), alors \(\xi\) est une immersion ouverte — pourvu que \(F\) soit représentable au-dessus de \(S' \smallsetminus \{s'\}\).

(B) Si \(S'\) est noethérien sur \(S\), \(\xi : X \to F_{S'}\) et \(x \in X\) tels que \(\xi\) soit modulaire en \(x\), il existe un voisinage ouvert \(U\) de \(x\) tel que \(\xi|_U : U \to F_{S'}\) soit une immersion ouverte.12

Pour \(F \to S\) un monomorphisme, (A) et (B) contiennent la condition (C) : pour tout \(S'\) noethérien sur \(S\) et tout \(\xi : X \to F_{S'}\), l'ensemble des points de \(X\) où \(\xi\) est étale est ouvert.13 Un lemme permet de supposer, dans (A) et (B), que \(X \to S'\) est une immersion fermée, définie si l'on veut par un idéal de carré nul. Si \(F \to S\) est non ramifié, (A) et (B) se réduisent donc à :

(C) Pour tout \(S'\) noethérien sur \(S\), toute immersion fermée \(S'_0 \to S'\) et tout \(\xi : S'_0 \to F_{S'}\), l'ensemble \(U\) des points où \(\xi\) est étale (et injectif) est ouvert ; c'est-à-dire :

L'équivalence est exacte dans un espace noethérien.14 La condition (C) est automatique si \(F \to S\) est étale.

La reformulation de la page 6

La page 6 réécrit (C\(_1\)) comme un critère d'extension, sous la forme d'une nouvelle condition 7° :

Pour tout \(S\)-schéma \(S'\) local noethérien complet irréductible de dimension 1, d'ouvert \(U = S' \smallsetminus \{\text{point fermé}\}\) schématiquement dense dans \(S'\), pour tout sous-schéma \(S'_0\) défini par un idéal nilpotent (de carré nul), et tout \(S'\)-morphisme \(\xi_0 : S'_0 \to F_{S'}\) : si \(\xi_0|_{U_0}\) se prolonge en \(\xi_U : U \to F_{S'}\), alors \(\xi_0\) se prolonge en \(\xi : S' \to F_{S'}\).

Elle est vide si \(F \to S\) est étale : le relèvement le long d'un épaississement nilpotent existe alors toujours. Et (C\(_2\)) se met sous la forme d'une nouvelle 8° : si \(S'\) est noethérien irréductible de point générique \(x\), \(S'_0\) un sous-schéma fermé contenant \(x\) et \(\xi : S'_0 \to F_{S'}\) modulaire — c'est-à-dire ici étale — en \(x\), alors \(\xi\) est modulaire sur un voisinage de \(x\).15

Suit, « revenant au cas général (pas nécessairement non ramifié) », une condition (D) qui devait remplacer (A) et (B) : pour \(S'\) noethérien sur \(S\), \(X\) fini sur \(S'\) et \(\xi : X \to F_{S'}\), l'ensemble des points où \(\xi\) est étale est ouvert, et de même pour \(X \times_{F_{S'}} X\) sur \(S'\), via la diagonale \(F \to F \times_S F\). Le bas de la page est un palimpseste où seuls quelques mots se lisent, et la condition n'est pas achevée.

11–11

Le cas non ramifié : une seconde liste (page 11)

La page 11 est le brouillon du Corollaire 2 de la page 15. Elle reprend (1) à (6) (la nature locale, la descente fidèlement plate quasi compacte, la commutation aux limites inductives, aux limites projectives d'anneaux artiniens, la pro-représentabilité universelle, la séparation), remplace (7) par « \(F\) non ramifié », et (8) par une condition d'extension sur les anneaux locaux de dimension 1, qu'on retrouvera sous sa forme juste à la page 15. Une condition (6°) sur les points à valeurs dans une extension \(K\), qui devaient provenir d'une sous-extension finie, est biffée.

Elle ajoute une condition nouvelle, numérotée (9°) :

(RG) Pour tout \(T\) noethérien irréductible sur \(S\), il existe un ouvert non vide \(U \subset T\) tel que \(F_U\) soit représentable.

C'est la condition de représentabilité générique que la page 16 nommera (RG). Une note marginale indique qu'elle peut se formuler plus faiblement, par une impossibilité de prolongement. Deux colonnes de notes verticales, dans la marge gauche, ne se lisent pas.

13–13

Le théorème (pages 13 à 16)

L'énoncé

Théorème. Soient \(S\) un schéma localement noethérien et \(F : \mathbf{Sch}_{/S}^{\mathrm{op}} \to \mathbf{Ens}\). Pour que \(F\) soit représentable par un \(S\)-schéma \(X\) localement quasi fini et séparé sur \(S\), il faut et il suffit que \(F\) satisfasse les conditions suivantes :

  1. (1)\(F\) est de nature locale (un faisceau Zariski) ;
  2. (2)\(F\) est compatible à la descente fidèlement plate quasi compacte ; il suffit de le demander pour \(B \to \widehat{B}\), où \(B\) est un anneau local noethérien au-dessus de \(S\) ;
  3. (3)\(F\) commute aux limites inductives filtrantes d'anneaux ;
  4. (4)\(F\) commute aux limites projectives d'anneaux artiniens de la forme \(\widehat{B} = \varprojlim B_n\), \(B\) comme dans (2) ;
  5. (5)au-dessus de tout anneau artinien \(A\) sur \(S\), \(F\) est pro-représentable, et les anneaux qui le pro-représentent sont finis sur \(A\) ;
  6. (6)\(F\) est séparé (critère valuatif) ;
  7. (7)pour tout anneau local noethérien complet \(A\) sur \(S\), tout homomorphisme local fini \(A \to B\) et tout \(\xi \in F(B)\) modulaire au point fermé, \(\xi_{\mathfrak{p}} \in F(B_{\mathfrak{p}})\) est modulaire pour tout \(\mathfrak{p} \in \operatorname{Spec} B\) ;
  8. (8)pour tout \(S\)-schéma noethérien irréductible \(S'\), tout \(S'\)-schéma fini \(Z\), tout \(\xi \in F(Z)\) et tout point \(z \in Z\) au-dessus du point générique de \(S'\) en lequel \(\xi\) est modulaire, il existe un voisinage ouvert \(U\) de \(z\) dans \(Z\) tel que \(\xi\) soit modulaire (ou simplement étale) en tout point de \(U\).

Sur la page, les trois premières conditions viennent dans l'ordre 1°, 3°, 2° ; la dernière commence à la page 13 et s'achève en tête de la page 15.16 La nécessité se vérifie condition par condition.17 La suffisance est ce que démontrent les pages 3 à 5, avec les lacunes dites plus haut.

Il ajoute trois remarques. D'abord, dans (7), l'hypothèse porte sur \(\xi\) modulaire, « et l'on verra que cela implique pro-modulaire » ; en marge : « en fait, cela suffit, et cela signifie que \(\xi : \operatorname{Spec} B \to F\) est étale ». Ensuite, qu'on pourrait montrer que (1) à (6) et (7) impliquent l'analogue de (7) sans l'hypothèse de dimension 1 — ce qui confirme que (7) était pensée d'abord sur une base de dimension 1, comme le disait la marge de la page 1. Enfin, une question : « Donner l'exemple type [\(S\) de dim 1] montrant que (8°) n'est pas conséquence des autres. Est-ce que 6° et 7° [suffisent] ? Non ». L'exemple n'est pas donné.18

14–14

Immersion ouverte (page 14)

Sur un feuillet isolé, le début d'un corollaire pour les immersions ouvertes : sous (1) à (4), et si de plus \(F \to S\) est un monomorphisme étale pour les arguments artiniens, \(F\) devrait être représentable par un ouvert de \(S\). La conclusion n'est pas écrite.

15–16

Les deux corollaires (page 15)

Corollaire 1. Pour que \(F\) soit représentable par un \(S\)-schéma étale et séparé, il faut et il suffit qu'il satisfasse (1), (2), (3), (4), (6), et :

(Ét) \(F\) est étale (ou seulement étale pour les arguments artiniens).

La liste omet (5), (7) et (8) : qu'elles découlent alors des autres, la page ne le démontre pas, et une note marginale dit seulement que ce cas est « plus direct et plus facile ».

Corollaire 2. Pour que \(F\) soit représentable par un \(S\)-schéma non ramifié et séparé, il faut et il suffit que \(F\) satisfasse (1) à (6), et la forme simplifiée suivante de (7) :

La condition b) est corrigée ici.19 Une note marginale veut qu'on explique ici la condition (8) par une impossibilité de prolongement ; c'est ce que fait b).

Deux remarques (pages 15 et 16)

Remarque 3. La condition (8) est conséquence des autres, pour autant que \(F\) satisfasse :

(RG) pour tout sous-schéma fermé irréductible réduit \(S'\) de \(S\), il existe un ouvert non vide \(U \subset S'\) tel que \(F_U\) soit représentable par un schéma localement de type fini sur \(U\).20

Remarque 4. Il faudrait limiter les anneaux \(A\), \(B\) et les schémas \(S'\) qui doivent être envisagés dans les conditions (2), (4), (5), (7), (8). La remarque s'arrête sur un tiret.

16–17

Exemples et applications en vue (page 16)

Il dresse la liste des foncteurs non ramifiés auxquels le Corollaire 2 doit s'appliquer :

Puis deux « applications en vue ». La première : un schéma abélien sur une base localement noethérienne connexe serait projectif, en utilisant le schéma des correspondances divisorielles sur \(X \times_S X\). Sous cette forme, l'énoncé est faux.22 La seconde : l'existence du schéma de Picard d'un schéma propre sur un corps, attribuée entre crochets à « Chevalley-Seshadri-Grothendieck-Murre », et plus généralement, sur une base \(S\), son existence au-dessus d'un ouvert non vide. La phrase s'arrête sur un tiret.23

La page 17 ne porte que « Façon d'exprimer », et rien ne dit ce qui devait suivre.

19–19

La preuve de (A) et (B) (page 19)

La page 19 démontre les axiomes de la page 8. On étudie d'abord la diagonale \(F \to F \times_S F\) : elle est représentable, et, grâce à (6), c'est une immersion fermée.24 Alors, dans (A), \(X \times_{F_{S'}} X\) est un sous-schéma fermé de \(X \times_{S'} X\), fini sur \(X\), qui coïncide formellement avec la diagonale \(X \to X \times_{S'} X\) — c'est ce que dit la pro-modularité — et lui est donc égal, puisque tout est fini sur la base locale complète \(S'\) et qu'un schéma fini sur un anneau local complet est la somme de ses complétés en ses points fermés. Donc \(X \to F\) est un monomorphisme ; il est d'autre part étale ; c'est une immersion ouverte.25

Pour (B), on prouve de façon analogue qu'il existe un voisinage ouvert \(U\) de \(x\) tel que \(\xi|_U\) soit un monomorphisme ; la fin de la phrase, qui devait conclure par « étale », est illisible.

22–24

Les notes précédentes : critères formels (pages 22 à 40)

Ces pages sont logiquement les premières du dossier. Elles établissent, sans hypothèse de finitude sur \(X\), qu'un morphisme \(\xi : X \to F\) est un isomorphisme dès qu'il l'est sur des arguments de plus en plus petits : les schémas locaux, puis les schémas artiniens.

Proposition 1 : des arguments locaux au cas général (pages 22 et 24)

Proposition 1. Soient \(S\) un schéma, \(F : \mathbf{Sch}_{/S}^{\mathrm{op}} \to \mathbf{Ens}\), \(X\) un \(S\)-schéma localement de présentation finie et \(\xi \in F(X)\). On suppose :

Alors \((X, \xi)\) représente \(F\) : \(\xi : h_X \to F\) est un isomorphisme.

Démonstration. Par (L1), on peut supposer \(S\) affine ; par (L2), et parce que \(h_X\) commute aussi aux limites filtrantes (\(X\) étant localement de présentation finie), il suffit de montrer que \(\operatorname{Hom}_S(T, X) \to F(T)\) est bijective pour \(T\) de présentation finie sur \(S\). Appelons admissibles les points \(t \in T\) dont l'extension résiduelle est finie sur \(S\) ; tout fermé non vide de \(T\) en contient un (un point fermé de sa fibre), de sorte qu'un ouvert contenant tous les points admissibles est \(T\) tout entier.

Injectivité. Si \(u, v : T \to X\) ont même image dans \(F(T)\), ils ont par (R\(_{\mathrm{loc}}\)) même restriction à \(\operatorname{Spec} \mathcal{O}_{T,t}\) pour tout \(t\) admissible, donc — \(X\) étant localement de présentation finie — coïncident sur un voisinage de chaque tel \(t\), donc partout.26

Surjectivité. Soit \(\eta \in F(T)\). Pour \(t\) admissible, il existe par (R\(_{\mathrm{loc}}\)) un \(u_t : \operatorname{Spec} \mathcal{O}_{T,t} \to X\), unique par ce qui précède, qui induit \(\eta_t\). Comme \(X\) est localement de présentation finie, \(u_t\) s'étend en \(v_t : U_t \to X\) sur un voisinage ouvert \(U_t\) de \(t\), et, par (L2), quitte à rétrécir \(U_t\), on a \(F(v_t)(\xi) = \eta|_{U_t}\). Par l'injectivité, \(v_t\) et \(v_{t'}\) coïncident sur \(U_t \cap U_{t'}\) ; les \(U_t\) recouvrent \(T\) ; les \(v_t\) se recollent en \(v : T \to X\), et par (L1), \(F(v)(\xi) = \eta\).27

24–28

Corollaire 1 : des arguments artiniens aux arguments locaux (pages 24 à 28)

Corollaire 1. Sous les hypothèses préliminaires de la Proposition 1, supposons de plus \(S\) localement noethérien, et, pour tout anneau local \(B\) essentiellement de type fini sur \(S\) à extension résiduelle finie, de complété \(\widehat{B} = \varprojlim B_n\) :

Si (L1), (L2), (L3), (L4) et (R\(_0\)) sont satisfaites, \((X, \xi)\) représente \(F\).28

Démonstration. Il suffit de vérifier (R\(_{\mathrm{loc}}\)). Soit \(T = \operatorname{Spec} B\) comme ci-dessus, \(T_n = \operatorname{Spec} B_n\), \(T' = \operatorname{Spec} \widehat{B}\), \(f : T' \to T\), et \(\eta' = F(f)(\eta)\).

Injectivité. Si \(F(u)(\xi) = F(v)(\xi)\), les restrictions \(u_n, v_n\) à \(T_n\) ont même image, donc sont égales par (R\(_0\)) ; donc \(u = v\), car \(B\) est noethérien et \(B \subset \widehat{B}\).

Surjectivité. Par (R\(_0\)), il existe des \(u_n : T_n \to X\) induisant les \(\eta_n\), uniques, donc compatibles, d'où \(u' : T' \to X\) qui les induit, et, par (L4), \(F(u')(\xi) = \eta'\).29 Soient \(p_1, p_2 : T' \times_T T' \rightrightarrows T'\) les deux projections : \[ T' \times_T T' \;\rightrightarrows\; T' \xrightarrow{\ f\ } T, \qquad u' : T' \to X . \] On a \(F(u' p_1)(\xi) = F(p_1)(\eta') = F(p_2)(\eta') = F(u' p_2)(\xi)\), puisque \(f p_1 = f p_2\). Il en conclut \(u' p_1 = u' p_2\) « en vertu de 1°) », c'est-à-dire de l'injectivité.30 Comme \(f\) est fidèlement plat, \(u'\) descend : il existe \(u : T \to X\) avec \(u' = u f\). Enfin \(\eta = F(u)(\xi)\), car par (L3) il suffit de le vérifier après \(F(f)\), où cela s'écrit \(\eta' = F(u')(\xi)\).

N.B. Il note qu'il serait plus naturel d'énoncer ces deux résultats pour un morphisme de foncteurs \(G \to F\) satisfaisant les conditions envisagées pour \(F\), et de conclure que c'est un isomorphisme.

28–30

Corollaire 2 : une base artinienne (pages 28 et 30)

Corollaire 2. Soit \(S\) un schéma artinien. Pour que \(F\) soit représentable par un \(X\) localement quasi fini sur \(S\), il faut et il suffit que :

En effet, par 1°) et (L1), les anneaux de la pro-représentation donnent un \(X = \coprod_i \operatorname{Spec} B_i\) et un \(\xi \in F(X)\) qui vérifient (R\(_0\)) ; le Corollaire 1 conclut.31 C'est l'étape (1) de la démonstration de la page 3.

30–32

Proposition 2 : recoller le point fermé (pages 30 et 32)

Proposition 2. Soient \(A\) un anneau local noethérien complet, \(S = \operatorname{Spec} A\), \(S' = S \smallsetminus \{\text{point fermé}\}\) et \(F : \mathbf{Sch}_{/S}^{\mathrm{op}} \to \mathbf{Ens}\). On suppose :

Grâce à 2°) et 3°), on construit \(X_1 = \coprod_i \operatorname{Spec} B_i\), où les \(B_i\) sont les anneaux de la pro-représentation, et \(\xi_1 \in F(X_1)\).32 Soient \(X'_1 = X_1 \times_S S'\) et \(\xi'_1\) la restriction de \(\xi_1\) ; par 1°), \(\xi'_1 = F(u)(\xi')\) pour un unique morphisme \(u : X'_1 \to X'\). On suppose enfin :

Alors \(F\) est représentable. En effet, on recolle \(X_1\) et \(X'\) le long de \(u\) ; on obtient \(X\), et, par (L1), un \(\xi \in F(X)\) qui induit \(\xi_1\) et \(\xi'\). Le Corollaire 1 s'applique : un argument artinien d'extension résiduelle finie est au-dessus du point fermé, où \(X\) se réduit à \(X_1\), ou au-dessus de \(S'\), où il se réduit à \(X'\) ; (R\(_0\)) est donc satisfaite, et \((X, \xi)\) représente \(F\).

Deux notes marginales accompagnent la proposition. L'une, d'une autre plume, la reformule : sont donnés \(X_U \simeq F_U\) sur l'ouvert \(U\) et \(Z \to F\) sur \(S\), avec \(Z_U \to X_U\) une immersion ouverte et \(Z_0 \to F_0\) un isomorphisme sur la fibre fermée. L'autre est un programme : « transformer 4°) en une condition plus facile à vérifier », avec une condition de dimension 1. C'est le critère de modularité local (7).

32–36

Proposition 3 et les paires modulaires (pages 32 à 36)

Proposition 3. Soit \(F : \mathbf{Sch}_{/S}^{\mathrm{op}} \to \mathbf{Ens}\). On suppose :

Alors \(F\) est représentable.

En marge de 2°) : « Transformer en une condition de modularité générique ». C'est le critère (8).

Définition (page 34). Soit \(T\) un \(S\)-schéma local, de point fermé \(t\) au-dessus de \(s \in S\), \(k = k(s)\), et \(\eta \in F(T)\), de valeur \(\beta = \eta(t) \in F(k(t))\) au point fermé. On dit que \((T, \eta)\) est modulaire si :

LaTeX source
\begin{tikzcd}
L \arrow[r, "j"] \arrow[dr, dashed, "\lambda"] & M \\
k \arrow[u, "i"] \arrow[r, "i'"'] & L' \arrow[u, "j'"']
\end{tikzcd}

où \(i\), \(i'\) sont les homomorphismes canoniques, et tout \(\beta' \in F(L')\) tel que \(F(j')(\beta') = F(j)(\beta)\), on a \(j'(L') \supset j(L)\) — d'où \(\lambda : L \to L'\) avec \(j' \lambda = j\) — et \(\beta' = F(\lambda)(\beta)\).

Ce diagramme est le (Q) de la page. La définition dit, sans supposer \(F\) représentable, que \(\eta\) est l'élément universel au voisinage d'un point dont le corps résiduel est exactement \(k(t)\). Elle se lit au mieux quand \(F_a\) est représentable par \(X_a\) (\(a\) le point de \(S\) sous \(t\)) : \(\eta\) définit \(u : T \to X_a\), et, \(x = u(t)\), \((T, \eta)\) est modulaire si et seulement si \(\mathcal{O}_{X_a, x} \to \mathcal{O}_{T,t}\) est un isomorphisme (page 36). Un croquis, dans la marge de la page 34, dispose \(A \to B\), \(A \to B'\), \(k\), \(L\), \(L'\) autour d'une courbe séparant \(t \in T\) de \(t' \in T'\) ; plusieurs lettres y sont biffées, et on ne le reproduit pas.

N.B. Si \(\eta \in F(T)\) et \(\eta' \in F(T')\) sont modulaires et qu'il existe un diagramme (Q) avec \(F(j)(\eta(t)) = F(j')(\eta'(t'))\), alors (et seulement alors) il existe un unique \(\varphi : T \to T'\) tel que \(\eta = F(\varphi)(\eta')\) : deux paires modulaires qui passent par le même point sont isomorphes.34

36–40

La démonstration de la Proposition 3 (pages 36 à 40)

On peut supposer \(S\) noethérien. Par 1°), \(M(T, \eta)\) est stable par générisation : si \(\eta\) est modulaire en \(t\), l'anneau local en une générisation de \(t\) est un localisé de \(\mathcal{O}_{T,t} \simeq \mathcal{O}_{X_a,x}\). Étant constructible par 2°), il est donc ouvert. Par (L2), pour \(a \in S\) et \(x \in X_a\) au-dessus de \(a\), il existe un \(S\)-schéma \(X^{(x)}\) de type fini et un \(\eta^{(x)} \in F(X^{(x)})\) modulaire en tous les points de \(X^{(x)}\).35 Un premier essai pour recoller les \(X^{(x)}\) — par les ensembles \(X^{(a,b)}\) des points de \(X^{(a)}\) « apparentés » à un point de \(X^{(b)}\) — est encadré et barré. Il passe par un lemme :

Lemme. Soient \(Z\) un \(S\)-schéma localement de type fini et \(\eta \in F(Z)\) modulaire en tout point de \(Z\). Considérons \(\eta : h_Z \to F\). Alors \(h_Z \times_F h_Z \subset h_{Z \times_S Z}\) est représentable par un sous-schéma \(Z'\) de \(Z \times_S Z\), et les deux projections \(Z' \rightrightarrows Z\) sont des isomorphismes locaux, qui font de \(Z'\) un graphe d'équivalence dans \(Z\).36

Prenons \(Z = X^{(x)}\). Au-dessus de \(S_a\), la relation \(Z'_a \rightrightarrows Z_a\) est la relation d'équivalence triviale ; elle l'est donc aussi au-dessus d'un voisinage ouvert convenable \(U\) de \(a\).37 Autrement dit, quitte à prendre \(X^{(x)}\) assez petit, \((X^{(x)}, \eta^{(x)})\) est « presque modulaire » : \(h_{X^{(x)}} \to F\) est une immersion ouverte. Alors « une autre proposition formelle » permet de recoller les \(X^{(x)}\) en un \((X, \xi)\) qui représente \(F\), grâce à (L2). Cette proposition n'est pas dans le dossier.

C'est sur cette phrase que finit la main de Grothendieck dans le dossier ; la page 41, qui le clôt, est un feuillet de tapuscrit étranger. Et c'est sur cette proposition que s'appuie, par le Lemme de la page 4, la dernière étape de la démonstration du Théorème : les deux bouts du dossier se rejoignent là, sur ce qui n'est pas écrit.

Notes

  1. Pages blanches : 10, 18, 21. Tapuscrits sans trace de sa main, non lus ici : 7, 9, 12, 20, les pages impaires de 23 à 39, et 41, qui forme à elle seule le dernier lot du dossier. La page 17 ne porte que les deux mots « Façon d'exprimer ». ↩
  2. L'identification est la nôtre : les pages ne disent pas où se trouvent les notes qu'elles citent. Mais les trois renvois tombent chacun sur l'énoncé qui fait exactement ce que la démonstration lui demande. ↩
  3. Il trace sous chaque \(L\) une flèche, tournée vers la gauche, sauf pour \(L_4\) aux pages 24 et 28 où elle est tournée vers la droite, et marque \(L_3\), \(L_4\) de deux petits cercles. La lecture ne leur prête aucun sens et les omet. (L1) est la condition (1), (L2) la condition (3), (L3) et (L4) des formes faibles (injectivité seulement) de (2) et (4). ↩
  4. Un morphisme étale en \(z\) à extension résiduelle triviale n'est pas pour autant un isomorphisme local : un revêtement étale de degré 2 de la droite affine a des points rationnels au-dessus de points rationnels. Les deux notions coïncident pour un monomorphisme, et aussi, à la page 6, pour une section d'un foncteur non ramifié sur un sous-schéma fermé : c'est là qu'il écrit « modulaire [i.e. étale] », à bon droit. ↩
  5. Pour (E), qui est la seule dont ce ne soit pas immédiat, l'argument, que la page ne donne pas, est le suivant. Un morphisme de \(\operatorname{Spec} A'\) dans \(X\) tombe dans un ouvert affine, et l'on est ramené à voir que \(A\) est l'égalisateur de \(A' \rightrightarrows A' \otimes_A A'\). Si \(a' \in A' \smallsetminus A\) vérifiait \(a' \otimes 1 = 1 \otimes a'\), l'image de ces deux éléments par \(\mathrm{id} \otimes \pi : A' \otimes_A A' \to A' \otimes_A (A'/A)\) serait \(0\) d'un côté, et de l'autre la classe de \(1\) dans \(A'/\mathfrak{m}_A A'\), puisque \(A'/A \simeq A/\mathfrak{m}_A\) est engendré par l'image de \(a'\) ; or cette classe n'est pas nulle, par Nakayama. La page écrit la condition avec « ext. résiduelles triviales » et « long\(_A A'/A = 1\) » entre crochets ; la lecture en fait les hypothèses. ↩
  6. La page dit « sauf 2°, 5°, 6° » dans la numérotation de la page 1 ; c'est (3), (5), (6) dans celle du Théorème. Dans cette section, tous les numéros de la page sont traduits selon la concordance donnée plus haut. ↩
  7. Entre crochets : « où 1° à 5° suffisent si \(S\) de dim 1 ». Une note marginale ajoute que si \(\dim S = 1\), l'hypothèse (8) est inutile. ↩
  8. Une note marginale dit au contraire qu'on n'utilise « pour l'instant » qu'« une version affaiblie » de 7° ; la lecture de ces mots est douteuse. Comme condition sur \(F\), exiger la conclusion de (7) sous l'hypothèse plus faible de pro-modularité est une condition plus forte. Elle reste nécessaire : si \(X\) est localement quasi fini sur \(S'\) local complet, donc hensélien, l'anneau local \(\mathcal{O}_{X,x}\) en un point au-dessus du point fermé est fini sur \(\mathcal{O}_{S'}\) (théorème principal de Zariski), donc complet, et pro-modulaire y équivaut à modulaire. Le théorème n'est donc pas affecté. ↩
  9. La page s'arrête sur « Ce dernier point provient de l'hypothèse 6° » et « utilisant la condition 7° » ; l'enchaînement par \(X_i \times_F X_j\) est emprunté à la page 19, qui fait ce raisonnement pour l'axiome (A). Le « 6° » entouré en tête de la page 4 achève la phrase de la page 3 et ne désigne pas une étape. ↩
  10. La page affirme l'effectivité sans argument. Sur une partie quasi compacte, un schéma séparé et quasi fini est quasi affine (théorème principal de Zariski), et la descente fidèlement plate des schémas quasi affines est effective (SGA 1, VIII). Pour un \(X_{\widehat{S}}\) qui n'est pas quasi compact, il faudrait le recouvrir par des ouverts quasi compacts stables par la donnée de descente ; la page ne le fait pas, et la présente lecture non plus. ↩
  11. Le Lemme tel qu'il est énoncé n'est vrai que sous les autres conditions du théorème (il s'agit du « \(F\) comme dessus ») ; ce sont celles de la Proposition 3 qu'il utilise. ↩
  12. Entre crochets, il précise : « on veut dire simplement » que la condition porte sur le changement de base à \(\operatorname{Spec} \mathcal{O}_{S',s'}\). Le mot qui suit « \(X\) » dans l'hypothèse est illisible ; on lit \(X\) de type fini sur \(S'\), ce qu'exige la conclusion. ↩
  13. Un long trait oblique traverse ce passage, du « (i) » biffé à « l'ens des » ; on ne sait s'il le biffe. La lecture le garde, parce que la suite de la page le reprend. ↩
  14. Si \(U\) vérifie (C\(_1\)) et (C\(_2\)), son complémentaire \(V\) est stable par spécialisation ; le point générique d'une composante irréductible de \(\overline{V}\) ne peut être dans \(U\), sans quoi (C\(_2\)) enlèverait à cette composante un ouvert non vide ; donc \(\overline{V}\) est réunion des adhérences de points de \(V\), et \(V\) est fermé. La page dit « inj. étale » ; on lit « étale et injectif ». ↩
  15. « d'adhérence schématique \(S'\) » est une note entourée dans la marge, reliée à « \(U \subset S'\) » ; la lecture en fait l'hypothèse de densité schématique. Elle est nécessaire au sens de la condition : sans elle, \(U_0 = U\) dès que l'idéal de \(S'_0\) est à support dans le point fermé, et la condition exigerait qu'on relève tout, ce que ne fait pas même une immersion fermée (voir le Corollaire 2, page 15). ↩
  16. La page 15 écrit « en \(Z\) » là où l'on attend le point \(z\), et « une partie ouverte non vide \(U\) de \(Z\) ». Comme \(Z\) est fini sur \(S'\), un point au-dessus du point générique de \(S'\) est générique dans \(Z\), et, \(Z\) étant irréductible comme le précise la page 1, un ouvert non vide le contient : les deux formes disent la même chose. On écrit la plus claire. ↩
  17. Pour (7) : si \(\xi : \operatorname{Spec} B \to X\) induit \(\mathcal{O}_{X,x} \simeq B\) au point fermé, c'est le morphisme canonique \(\operatorname{Spec} \mathcal{O}_{X,x} \to X\), qui est un isomorphisme local en chaque point. Pour (8) : un isomorphisme d'anneaux locaux entre schémas localement de présentation finie sur \(S'\) se prolonge en un isomorphisme de voisinages (EGA IV, 8). La page n'écrit pas ces vérifications. ↩
  18. Deux notes obliques, dans la marge gauche, dont plusieurs mots sont illisibles ; les crochets de cette phrase sont nôtres. ↩
  19. La page porte, entre crochets, « [idéal] \(I\) [tel que \(I_{\mathfrak{p}} = 0\)] », sans hypothèse sur les idéaux associés de \(A\). Sous cette forme, \(\eta_{\mathfrak{p}}\) provient toujours de \(F(A_{\mathfrak{p}})\), et la condition exige que \(F(A) \to F(A/I)\) soit surjective pour tout \(I\) nilpotent nul en \(\mathfrak{p}\) : c'est faux déjà pour une immersion fermée. Soit \(A = k[[t, \varepsilon]]/ (\varepsilon^2, t\varepsilon)\), de dimension 1, de spectre irréductible, de premier minimal \(\mathfrak{p} = (\varepsilon)\), et \(I = (\varepsilon)\), qui est nul dans \(A_{\mathfrak{p}}\) puisque \(t\) y est inversible ; soit \(S = \operatorname{Spec} A\) et \(F\) le foncteur représenté par le sous-schéma fermé \(\operatorname{Spec} A/I\) de \(S\), qui est non ramifié et séparé. Alors \(F(A/I)\) n'est pas vide, et \(F(A)\) l'est. La lecture suit la page 11 (« tout idéal \(I\) de \(A\) nilpotent ») et la note marginale de la page 6 (« d'adhérence schématique ») : \(A \to A_{\mathfrak{p}}\) injectif, \(I\) nilpotent quelconque. Sous cette forme la condition est nécessaire : un schéma non ramifié est localement fermé dans un schéma étale, le relèvement dans le schéma étale existe et est unique le long de \(A \to A/I\), et il se factorise par le fermé parce qu'il le fait génériquement et que \(A \to A_{\mathfrak{p}}\) est injectif. Que \(\mathfrak{p}\) soit le premier minimal est aussi une lecture : la page ne dit pas quel idéal premier. ↩
  20. La phrase de la Remarque 3 est en partie illisible ; que (RG) en soit l'hypothèse est une reconstruction, appuyée sur la place de (RG) en tête de la page suivante et sur l'argument de nécessité de (8), qui ne demande que la représentabilité au voisinage du point générique. ↩
  21. Il avait écrit « ouvert et fermé », puis biffé « ouvert ». Le premier mot de la ligne, qualifié de « triviaux », est illisible. \(G/H\) n'est pas non ramifié pour tout \(H\) fermé ; il l'est, par exemple, si \(H\) est ouvert et fermé : la relation d'équivalence est alors ouverte dans \(G \times_S G\), et la diagonale de \(G/H\) est une immersion ouverte. ↩
  22. Raynaud (Faisceaux amples sur les schémas en groupes, 1970) a construit des schémas abéliens qui ne sont pas projectifs sur leur base ; un schéma abélien est projectif localement pour la topologie de Zariski lorsque la base est normale. Référence citée de mémoire. La page ne cite pas Raynaud, et l'on ne dit rien ici de l'ordre des deux textes. Le mot « connexe » est d'une lecture douteuse. ↩
  23. Le théorème d'existence sur un corps est aujourd'hui attribué à Murre (1964). Les « correspondances divisorielles » de ces deux lignes sont les points d'un foncteur non ramifié de la liste ci-dessus, ce qui explique leur place ici. ↩
  24. L'argument de représentabilité de la diagonale est illisible sur la page ; la lecture ne le reconstruit pas. ↩
  25. La page écrit \(X \times_S X\) ; \(X\) étant un \(S'\)-schéma, c'est le produit au-dessus de \(S'\) qui est en jeu. L'argument que « formellement égal » entraîne « égal » est nôtre ; la page dit seulement « donc lui est identique ». ↩
  26. La page dit seulement « d'où la conclusion ». Le passage par les points admissibles et le voisinage est nôtre. ↩
  27. La page renvoie à « a) » et « b) », qui sont les premières étiquettes, biffées, de (L1) et (L2). ↩
  28. (L3) est très raturée sur la page : posée d'abord sur un complété, biffée ligne à ligne ; la note marginale en donne la forme retenue, « \(F(B) \to F(\widehat{B}) \to \varprojlim\), injectif ». ↩
  29. La page invoque ici une condition dont l'indice est « loc » ; c'est (L4) qui donne l'égalité, deux éléments de \(F(\widehat{B})\) ayant même image dans \(\varprojlim F(B_n)\). ↩
  30. Telle qu'elle est prouvée, l'injectivité ne vaut que pour des schémas locaux essentiellement de type fini, et \(T' \times_T T' = \operatorname{Spec}(\widehat{B} \otimes_B \widehat{B})\) n'en est pas un. Elle s'étend pourtant : par l'argument de la Proposition 1, elle vaut pour tout \(T\) de présentation finie sur \(S\), puis, par (L2) et parce que \(X\) est localement de présentation finie, pour tout \(S\)-schéma affine, deux morphismes vers \(X\) se factorisant par un même \(T_i\) de présentation finie dans une présentation en limite. La lecture supplée cette extension, que la page ne fait pas. ↩
  31. « Pro-représentable » au sens de Grothendieck (Technique de descente II, Séminaire Bourbaki 195) : sur les anneaux artiniens, \(F\) est somme de foncteurs pro-représentables par des anneaux locaux, \(F(A) = \coprod_i \operatorname{Hom}_{\mathrm{loc}}(B_i, A)\) pour \(A\) local. La réciproque — qu'un \(X\) localement quasi fini sur \(S\) artinien est une somme de spectres d'anneaux artiniens finis sur \(S\) — n'est pas écrite. ↩
  32. Pour passer du système compatible que donne la pro-représentation à un élément de \(F(B_i)\), il faut que \(F(\widehat{B}) \to \varprojlim F(B_n)\) soit surjective : c'est l'effectivité des objets formels, que (L4), telle qu'elle est écrite à la page 24, ne donne pas. La lecture l'ajoute à l'hypothèse 3°). La condition (4) du Théorème de la page 13 la demande, puisqu'elle dit « commute ». Sur la page 30, la flèche sous le quatrième \(L\) paraît d'ailleurs tournée dans l'autre sens qu'aux pages 24 et 28. La page écrit aussi \(X_1^{*}\), \(\xi_1^{*}\), puis \(X_1\) sans l'étoile ; on n'en garde qu'une notation. ↩
  33. La page écrit \(\operatorname{Hom}_k(k(t'), k(t))\) ; mais c'est un \(k\)-plongement de \(k(t)\) dans \(k(t')\) qui transporte \(\beta \in F(k(t))\) dans \(F(k(t'))\), et c'est la variance qu'exige la phrase. La lecture la rétablit. ↩
  34. « et alors seulement » et « unique » sont des lectures douteuses. ↩
  35. On étale un voisinage affine de \(x\) dans \(X_a\), avec son élément universel, au-dessus d'un voisinage de \(a\) — c'est ce que permet (L2) — puis on se restreint à l'ouvert de modularité. La page écrit « il existe […] un \(X^{(x)}\) noethérien, de type fini sur \(S\) », avec deux mots illisibles. ↩
  36. La page écrit « \(\eta \in F(S)\) » ; on lit \(\eta \in F(Z)\), seule lecture qui donne un sens à \(h_Z \to F\). Le lemme est suivi de l'abréviation « AQT », non résolue, et n'est pas démontré ; la présente lecture ne le certifie pas. ↩
  37. Pour que la relation soit triviale au-dessus de \(S_a\), il faut que \(Z_a \to X_a\) soit injectif ; c'est le cas si \(X^{(x)}\) est obtenu en étalant un ouvert de \(X_a\), comme on l'a fait. C'est ce que la page appelle prendre \(X^{(x)}\) « assez petit ». ↩