Cote n° 117 · pages 1–25
· Lecture modernisée · Théories homotopiques : notes manuscrites (1983, s.d.) — lecture modernisée du dossier entier
Datation de l’inventaire : 1983
Édition de démonstration — interprétation personnelle de l'œuvre
Résumé
En topologie, on ne regarde souvent les espaces qu'« à déformation près » : deux espaces qu'on peut déformer continûment l'un en l'autre comptent pour le même. On obtient ainsi une catégorie, la catégorie homotopique, où beaucoup de constructions familières se dérobent. Un recollement, une limite, un quotient ne s'y calculent plus bien : deux diagrammes d'espaces peuvent être indiscernables objet par objet et donner, une fois recollés, des résultats différents. Le remède connu consiste à ne jamais perdre de vue les diagrammes eux-mêmes. Il ne suffit pas de garder la catégorie homotopique des espaces ; il faut garder, pour chaque forme de diagramme, la catégorie homotopique des diagrammes de cette forme, et les opérations qui passent de l'une à l'autre.
Ces feuillets cherchent à dire ce qu'est, en général, une telle « théorie homotopique ». À chaque petite catégorie \(A\) — une forme de diagramme — elle associe une catégorie \(\mathcal H(A)\) ; à chaque foncteur entre formes, un moyen de restreindre, et deux moyens de pousser en avant, l'un qui recolle (une « intégration », qui généralise la limite inductive), l'autre qui rassemble (une « cointégration », qui généralise la limite projective). On peut penser à une carte routière dessinée à plusieurs échelles : ce qui compte n'est pas une carte, mais le système des cartes et les règles pour passer d'une échelle à l'autre. Grothendieck pose des axiomes, les numérote (Hot 1) à (Hot 6), les éprouve sur quatre exemples — diagrammes dans une catégorie ordinaire, diagrammes dans une catégorie munie d'une classe de « flèches à inverser », les petites catégories elles-mêmes, les complexes de faisceaux — et note ce qu'il n'a pas encore su démontrer.
Deux feuillets sont datés de sa main, de novembre et de décembre 1983 ; le feuillet 1, celui de décembre, porte le titre « Structure des dérivateurs ». D'autres dressent un programme — modèles, suites exactes, foncteurs dérivés, invariants — qui finit sur une consigne : « Dégager les bons axiomes ». Les derniers essaient des énoncés plus fins : quand l'intégration sur une sous-catégorie donne la même chose que sur le tout, comment une théorie se recolle sur deux morceaux, et comment se déroule, en escalier, la suite des espaces de lacets.
Ce qu'on appelle aujourd'hui un dérivateur, ou, sous d'autres axiomes, une « théorie homotopique » au sens de Heller, est exactement ce genre d'objet. Deux énoncés du dossier sont à corriger, et on le fait en note : l'axiome (Hot 6) est faux pour une localisation au sens ordinaire, et un argument sur les faisceaux ne tient pas tel qu'il est écrit.
Keywords — derivator, prederivator, homotopy Kan extension, homotopy exact square, homotopical category, fundamental localizer, fiber sequence
Le fil du dossier, et les conventions
- 1.La structure des dérivateurs (pages 1 et 2) : trois niveaux de \(\mathrm{Hom}\) et les adjonctions à chaque niveau.
- 2.Un programme (pages 3 et 4), en neuf points.
- 3.Les axiomes (pages 5 à 11), dans une suite qu'il pagine de 1 à 4 : la variance, (Hot 1) à (Hot 3), la dualité, le cas additif.
- 4.Quatre exemples (pages 13 à 20, ses pages 5 à 9).
- 5.Propriétés formelles (page 20) : (Hot 4) à (Hot 6).
- 6.Cofinalité (page 21), recollement (page 22), la suite des lacets (page 24), sur trois feuillets non paginés.
Conventions. Une théorie \(\mathcal H\) associe à toute petite catégorie \(A\) une catégorie \(\mathcal H(A)\), et à tout foncteur \(f : A \to B\) un foncteur \(f^{*} : \mathcal H(B) \to \mathcal H(A)\), de façon 2-fonctorielle stricte et contravariante en \(f\). On écrit \(f^{*}\), \(f_{!}\), \(f_{*}\) sans l'indice \(\mathcal H\) que la page place en haut ou en bas. \(\Delta_0\) est la catégorie ponctuelle, \(\mathrm{Hot}_{\mathcal H} = \mathcal H(\Delta_0)\), et \(\pi_A : A \to \Delta_0\) le foncteur unique. On note \(\int_A = (\pi_A)_{!}\) l'intégration et \(\prod_A = (\pi_A)_{*}\) la cointégration ; dans les exemples homotopiques, ce sont la limite inductive et la limite projective homotopiques. \(A^{\wedge}\) est la catégorie des préfaisceaux sur \(A\) et \(h_A : A \to A^{\wedge}\) le foncteur de Yoneda. Les mots « cofibré » et « fibré » désignent les catégories cofibrées et fibrées au sens de Grothendieck.1
Dates. Deux feuillets sont datés de sa main : « déc. 83 » (page 1) et « 24.11.83 » (page 4, en marge). Rien ne date les autres, et rien n'ordonne les quatre suites entre elles.
Ce que le dossier annonce et n'établit pas : les axiomes eux-mêmes (« Dégager les bons axiomes ») ; l'existence des \(f_{*}\) pour un localisateur fondamental (« non encore ») ; la comparaison de deux couples \((M, W)\) qui donnent la même théorie ; la condition de recollement de la page 22 (« on veut ») ; le cas des catégories filtrantes (page 21, en marge).
1–2
La structure des dérivateurs (pages 1 et 2)
Le feuillet 1, encadré sous ce titre, fixe une donnée \(\mathcal H(I)\) pour chaque petite catégorie \(I\) et distingue trois niveaux de morphismes entre deux objets \(x, y\) de \(\mathcal H(I)\) :
- un ensemble \(\mathrm{Hom}(x, y)\) ;
- un type d'homotopie \(\mathrm{Homhot}(x, y) \in \mathrm{Hot}\), dont l'ensemble des composantes est \(\mathrm{Hom}(x, y) = \pi_0\, \mathrm{Homhot}(x, y)\) ;
- un objet interne \(\underline{\mathrm{Homhot}}(x, y) \in \mathrm{Hot}(I)\), dont on retrouve le précédent en passant au global sur \(I\) : \[ \mathrm{Homhot}(x, y) \simeq \mathrm{holim}_I\, \underline{\mathrm{Homhot}}(x, y). \]
Pour \(f : I \to J\), \(X \in \mathcal H(I)\) et \(Y \in \mathcal H(J)\), l'adjonction \(f_{!} \dashv f^{*}\) s'écrit aux trois niveaux : \[ \mathrm{Hom}(f_{!}X, Y) \simeq \mathrm{Hom}(X, f^{*}Y), \qquad \mathrm{Homhot}(f_{!}X, Y) \simeq \mathrm{Homhot}(X, f^{*}Y), \] \[ \underline{\mathrm{Homhot}}(f_{!}X, Y) \simeq f_{*}\, \underline{\mathrm{Homhot}}(X, f^{*}Y), \] chacune donnant la précédente, la deuxième par passage aux \(\pi_0\), la troisième par passage au global sur \(J\). De même, « duales », pour l'adjonction \(f^{*} \dashv f_{*}\) : \[ \mathrm{Hom}(f^{*}Y, X) \simeq \mathrm{Hom}(Y, f_{*}X), \qquad \mathrm{Homhot}(f^{*}Y, X) \simeq \mathrm{Homhot}(Y, f_{*}X), \] \[ \underline{\mathrm{Homhot}}(Y, f_{*}X) \simeq f_{*}\, \underline{\mathrm{Homhot}}(f^{*}Y, X). \] Les deux formules internes sont encadrées.3
Le feuillet 2 est un brouillon sans phrase : \(\pi_0\) et \(\pi_1\) d'un objet de \(\mathcal H(\Delta_1)\), des 2-flèches entre deux flèches \(x \rightrightarrows y\), une sous-catégorie \(J \subset I\) et la restriction \(\mathcal H(I) \to \mathcal H(J)\), et, isolés, les mots « \(M\) \(W\) », « \(\mathrm{Hot}\) », « \(\mathrm{Cl}(M, W)\) ».
3–4
Un programme (pages 3 et 4)
Deux feuillets énumèrent, sous des lettres a) à i), ce qu'une théorie homotopique devrait expliquer :
- a)les modèles, leur importance et leur indétermination ;
- b)les suites exactes longues associées à une flèche, liées aux cylindres et cocylindres ;
- c)les résolutions d'un modèle, à gauche ou à droite, et le formalisme des foncteurs dérivés quand deux théories sont en présence ;
- d)les notions homotopiques sur les modèles — équivalences faibles \(W\), cofibrations, homotopismes — qu'une note marginale dit « intermédiaires » pour construire les catégories dérivées ;
- e)les homotopies entre applications, entre homotopies, et ainsi de suite, c'est-à-dire un espace \(\mathrm{Hom}(X, Y)\) dans \(\mathrm{Hot}\) — « dans Quillen, il y a des \(\mathrm{Hom}\) simpliciaux » ;
- f)des opérations, « grossières » sur les modèles ou « délicates » sur \(\mathcal H\) ;
- g)des invariants \(\pi_i\) ou \(H_i\), à valeurs dans une catégorie souvent abélienne ;
- h)des invariants \(K(\mathcal H)\) définis par « triangles exacts », et des \(K_i\) supérieurs — « cas additif seulement ?!? » ;
- i)des \(\mathrm{Hom}\) internes et une structure multiplicative, avec \[ \mathrm{Hom}(x \otimes y, z) \simeq \mathrm{Hom}(x, \underline{\mathrm{Hom}}(y, z)). \]
La conclusion : « sauf peut-être f) et g), il semble que tout puisse se décrire en termes de \((M, W \subset \mathrm{Fl}(M))\) » — une catégorie et une classe de flèches à inverser. « Dégager les bons axiomes. »5
5–11
La variance et les premiers axiomes (pages 5 à 11)
Le feuillet 5 ouvre une suite qu'il pagine de 1 à 9, sous le titre « Théorie (de variance) homotopique \(\mathcal H\) ».
La variance
Une théorie \(\mathcal H\) associe à toute petite catégorie \(A\) une catégorie \(\mathcal H(A)\), non nécessairement petite, et à tout foncteur \(f : A \to B\) un foncteur \(f^{*} : \mathcal H(B) \to \mathcal H(A)\), de façon 2-contravariante stricte. On pose \(\mathrm{Hot}_{\mathcal H} = \mathcal H(\Delta_0)\). Pour chaque objet \(a\) de \(A\), soit \(i_a : \Delta_0 \to A\) le foncteur de valeur \(a\) ; on en tire le foncteur « diagramme sous-jacent » \[ \alpha_A : \mathcal H(A) \longrightarrow \underline{\mathrm{Hom}}(A, \mathrm{Hot}_{\mathcal H}), \qquad \mathcal X \longmapsto \bigl(a \mapsto i_a^{*}\mathcal X\bigr), \] naturel en \(A\) : pour \(f : A \to B\), \(\alpha_A \circ f^{*} = f^{*} \circ \alpha_B\).6
(Hot 1) Si \(A = \coprod_{i \in I} A_i\), alors \(\mathcal H(A) \to \prod_{i \in I} \mathcal H(A_i)\) est une équivalence.7
Une première intégration, abandonnée (page 7)
Un premier essai définit l'intégration en passant par les préfaisceaux : on se donne, pour toute petite \(A\), un foncteur \(L_A : \mathcal H(A) \to \mathcal H(A^{\wedge})\) tel que \((h_A)^{*} L_A = \mathrm{id}\), et l'on demande que les \(f_{!}\) soient induits par un carré commutatif avec \(L_A\), \(L_B\) et le foncteur induit \(\mathcal H(A^{\wedge}) \to \mathcal H(B^{\wedge})\). Tout ce passage est barré de longs traits obliques.8
Les adjoints (pages 9 et 11)
(Hot 2) Pour tout \(f : A \to B\), le foncteur \(f^{*} : \mathcal H(B) \to \mathcal H(A)\) a un adjoint à gauche \(f_{!} : \mathcal H(A) \to \mathcal H(B)\).9
Pour \(B = \Delta_0\), on obtient l'intégration \(\int_A = (\pi_A)_{!} : \mathcal H(A) \to \mathrm{Hot}_{\mathcal H}\), qui joue le rôle de \(\varinjlim_A\). Par transitivité, \(\int_A \mathcal X \simeq \int_B f_{!}\mathcal X\). L'existence des \(f_{!}\) implique celle des sommes dans les \(\mathcal H(A)\), avec (Hot 1) ; et les \(f^{*}\) y commutent dès qu'ils ont aussi un adjoint à droite.10
(Hot 3) Pour tout \(f\), le foncteur \(f^{*}\) a un adjoint à droite \(f_{*}\). D'où la cointégration \(\prod_A = (\pi_A)_{*}\), avec \(\prod_A \mathcal X \simeq \prod_B f_{*}\mathcal X\), et l'existence des produits dans les \(\mathcal H(A)\).11
Dualité. En posant \(\mathcal H^{\circ}(A) = \mathcal H(A)^{\circ}\), on obtient une théorie \(\mathcal H^{\circ}\) où \(f^{*}_{\mathcal H^{\circ}} = (f^{*})^{\circ}\), \(f^{\mathcal H^{\circ}}_{!} = (f_{*})^{\circ}\) et \(f^{\mathcal H^{\circ}}_{*} = (f_{!})^{\circ}\) : intégration et cointégration s'échangent.
Cas additif. Si les \(\mathcal H(A)\) sont additives (ou \(k\)-linéaires) et les \(f^{*}\) additifs, les \(f_{!}\) et \(f_{*}\) le sont aussi, comme adjoints de foncteurs additifs.
13–20
Quatre exemples (pages 13 à 20)
Exemple 1. Soit \(M\) une catégorie complète et cocomplète, et \(\mathcal H(A) = \underline{\mathrm{Hom}}(A, M)\). Les \(f^{*}\) sont les restrictions, leurs adjoints les extensions de Kan à gauche et à droite ; \(\mathrm{Hot}_{\mathcal H} = M\), \(\int_A = \varinjlim_A\) et \(\prod_A = \varprojlim_A\). C'est le dérivateur représenté par \(M\).
Exemple 2. Soit \((M, W)\) une catégorie munie d'une classe de flèches \(W\). On note \(W_A\) la classe des flèches de \(\underline{\mathrm{Hom}}(A, M)\) qui sont dans \(W\) objet par objet, et l'on pose \[ \mathcal H(A) = W_A^{-1}\,\underline{\mathrm{Hom}}(A, M). \] Les \(f^{*}\) passent aux localisées, puisqu'ils préservent les \(W_A\). L'existence des adjoints est une condition sur \(W\).12
Une remarque sur les morphismes (pages 15 et 17). Un foncteur \(f : M \to M'\) tel que \(f(W) \subset W'\) induit des foncteurs \(\mathcal H_W(A) \to \mathcal H_{W'}(A)\) compatibles aux \(f^{*}\), mais rien ne dit qu'ils commutent aux \(f_{!}\) et \(f_{*}\) : quand \(W\) et \(W'\) sont réduits aux isomorphismes, cela voudrait dire que \(f\) commute aux limites inductives, resp. projectives. En revanche, si ce sont des équivalences pour tout \(A\), la commutation suit. En voici un cas. Supposons que \(f\) ait un adjoint à droite \(g\), que \(f^{-1}(W') = W\), que la counité \(fg(X') \to X'\) soit dans \(W'\) pour tout \(X'\), et que \(W'\) satisfasse au « deux sur trois ». Alors \(g\) envoie \(W'\) dans \(W\), l'unité et la counité sont dans \(W\) et \(W'\), et \(f\) et \(g\) induisent des équivalences inverses \(\mathcal H_W(A) \simeq \mathcal H_{W'}(A)\) pour tout \(A\), les mêmes conditions passant à \(\underline{\mathrm{Hom}}(A, M) \rightleftarrows \underline{\mathrm{Hom}}(A, M')\) objet par objet.13
Les théories qui se décrivent par un couple \((M, W)\) sont dites spéciales, et « cela implique des conditions draconiennes sur \((M, W)\) ». On peut se proposer d'avoir une vue d'ensemble des couples qui donnent une théorie donnée : deux tels couples \((M_1, W_1)\), \((M_2, W_2)\) s'envoient-ils toujours dans un troisième, de façon à induire l'isomorphisme donné entre les théories ?14
Exemple 3. \(M = (\mathrm{Cat})\) et \(W\) un localisateur fondamental. La page dit : « J'ai prouvé l'existence des \(f_{!}\), mais non encore celle des \(f_{*}\) », et ajoute qu'il faudra peut-être des hypothèses de finitude sur \(A\), \(B\).15
Exemple 4. Soit \(\mathcal A\) une catégorie abélienne, \(M\) ses complexes et \(W\) les quasi-isomorphismes : \(\mathcal H(A)\) est la catégorie dérivée de \(\underline{\mathrm{Hom}}(A, \mathcal A)\). Si \(\mathcal A\) est la catégorie des faisceaux de \(k\)-modules sur un topos \(\mathcal T\), alors \(\underline{\mathrm{Hom}}(A, \mathcal A)\) est la catégorie des faisceaux de \(k\)-modules sur le topos produit \(A^{\circ\wedge} \times \mathcal T\), et \(f^{*}\) est l'image inverse par le morphisme de topos \(f^{\circ} \times \mathrm{id}_{\mathcal T}\). Le foncteur induit sur les catégories dérivées a un adjoint à droite \(\mathrm{R}f_{*}\), et aussi un adjoint à gauche \(\mathrm{L}f_{!}\).16
20–20
Propriétés formelles (page 20)
(Hot 4) Changement de base. Soit un carré cartésien de petites catégories \[ A = B \times_{B'} A' \xrightarrow{\ g'\ } A', \qquad f : A \to B, \qquad f' : A' \to B', \qquad g : B \to B'. \] Les morphismes canoniques \[ f_{!}\, g'^{*} \longrightarrow g^{*} f'_{!} \qquad \text{et} \qquad g^{*} f'_{*} \longrightarrow f_{*}\, g'^{*} \] sont des isomorphismes : le premier si \(f'\) est cofibré, ou si \(g\) est fibré ; le second si \(f'\) est fibré, ou si \(g\) est cofibré.17
(Hot 5) Si \(f : A \to B\) est pleinement fidèle, les foncteurs \(f_{!}\) et \(f_{*}\) sont pleinement fidèles : \(f^{*}f_{!} \simeq \mathrm{id}\) et \(f^{*}f_{*} \simeq \mathrm{id}\). Autrement dit, \(f^{*}\) est un foncteur de localisation.
(Hot 6) Si \(f : A \to B\) est une localisation au sens homotopique, alors \(f^{*}\) est pleinement fidèle : \(f_{!}f^{*} \simeq \mathrm{id} \simeq f_{*}f^{*}\).18
21–21
Cofinalité (page 21)
On cherche des conditions sur un foncteur \(i : A_0 \to A\) pour que \[ \int_{A_0} i^{*}\xi \xrightarrow{\ \sim\ } \int_A \xi \qquad \text{pour tout } \xi \in \mathcal H(A), \] ce qu'il appelle « cofinalité ». Il en donne une : \(i\) a un adjoint à gauche \(j : A \to A_0\). Alors \[ i^{*} \simeq j_{!}, \] d'où, puisque \(p_0 j = p\) (\(p\) et \(p_0\) désignant les foncteurs vers \(\Delta_0\)), \[ \int_{A_0} i^{*} = p_{0!}\, i^{*} \simeq p_{0!}\, j_{!} \simeq p_{!} = \int_A. \] 19
Exemple. Si \(A\) a un objet final \(e\) et que \(A_0\) est un point envoyé sur \(e\), le foncteur \(A \to A_0\) est adjoint à gauche de \(i\), et \(\int_A \xi \simeq \xi(e)\).
Justification de \(i^{*} \simeq j_{!}\). Pour tout foncteur \(j : A \to B\), le carré \[ (h_B)_{!}\, j_{!} \simeq (j^{*}_{\wedge})^{*}\, (h_A)_{!} \] commute, où \(j^{*}_{\wedge} : B^{\wedge} \to A^{\wedge}\) est la restriction des préfaisceaux.20 Si \(j\) a un adjoint à droite \(i\), on a \(j^{*}_{\wedge} = i^{\wedge}_{!}\), qui prolonge \(i\) aux préfaisceaux. En restreignant par \(h_B\), pleinement fidèle, et en utilisant (Hot 5), on obtient \(j_{!} \simeq i^{*}\).
En marge : « Cas des catégories filtrantes ?? ».21
22–22
Un recollement (page 22)
Soient \(A'\), \(A''\) deux sous-catégories pleines de \(A\), toutes deux des cribles ou toutes deux des cocribles, de réunion \(A\) et d'intersection \(A_0\). Alors \(A = A' \amalg_{A_0} A''\) dans \((\mathrm{Cat})\), puisque toute flèche de \(A\) est dans \(A'\) ou dans \(A''\). On voudrait que le foncteur \[ \mathcal H(A) \longrightarrow \mathcal H(A') \times_{\mathcal H(A_0)} \mathcal H(A'') \] soit plein — pour \(\xi, \eta \in \mathcal H(A)\), l'application \(\mathrm{Hom}(\xi, \eta) \to \mathrm{Hom}(\xi', \eta') \times_{\mathrm{Hom}(\xi_0, \eta_0)} \mathrm{Hom}(\xi'', \eta'')\) surjective — et il « a tendance d'être bijectif sur les objets ». On s'en servira pour la catégorie en forme de coin \(a' \leftarrow c \to a''\), réunion de deux flèches issues de \(c\), pour son dual, et pour leurs produits par une petite catégorie \(B\).22
24–24
La suite des lacets (page 24)
Le feuillet 24 ne porte que des diagrammes, dans une théorie pointée, \(e\) désignant l'objet nul. Pour une flèche \(f : X \to Y\), on complète par des carrés homotopiquement cartésiens : \[ Z = X \times^{h}_{Y} e, \qquad \Omega Y = e \times^{h}_{Y} e, \qquad \Omega Y \xrightarrow{\ h\ } Z, \] et l'on recommence. Les carrés s'empilent en escalier jusqu'à \(\Omega^{4} Y\), et la suite \[ Y \xleftarrow{\ f\ } X \xleftarrow{\ g\ } Z \xleftarrow{\ h\ } \Omega Y \xleftarrow{\ \Omega f\ } \Omega X \xleftarrow{\ \Omega g\ } \Omega Z \xleftarrow{\ \Omega h\ } \Omega^{2} Y \longleftarrow \cdots \] est redessinée en zigzag, chaque composé de deux flèches consécutives passant par \(e\). C'est la suite des fibres, ou suite de Puppe.23
Notes
- C'est ainsi qu'on lit les « \(f\) cofibrant » et « \(g\) fibrant » de la page 20 ; la page ne définit pas ces mots. Dans le vocabulaire actuel : op-fibration et fibration. ↩
- La page écrit \(\int_I\). Or, dans la suite du dossier, \(\int\) est l'intégration, qui joue le rôle d'une limite inductive (page 9). Un espace de morphismes global s'obtient par une limite projective homotopique, la cointégration \(\prod_I\) de la page 11 ; c'est elle qu'on écrit. Le premier terme de la formule est surchargé sur la page, et la nature de l'objet interne n'y est pas précisée. ↩
- Nous les donnons comme la page les donne. Elles valent dans une théorie « enrichie » en types d'homotopie, munie d'un \(\mathrm{Hom}\) interne convenable ; la page ne dit pas lequel. Pour le \(\mathrm{Hom}\) interne cartésien des diagrammes d'espaces, la première demanderait une formule de projection \(f_{!}(X \times f^{*}Z) \simeq f_{!}X \times Z\), qui n'a pas lieu pour tout \(f\). ↩
- Les lettres des quatre derniers points sont surchargées ; f) et g) sont restituées d'après la note marginale qui les nomme (« des aspects particulièrement peu compris »), h) et i) d'après l'ordre. Une note datée du 24.11.83 demande, en marge du point i), les relations entre ces \(\mathrm{Hom}\) internes et les \(\mathrm{Homhot}\) du point e). ↩
- Un couple \((M, W)\) s'appelle aujourd'hui une catégorie relative, ou homotopique. Que la localisation simpliciale d'un tel couple en retienne toute la théorie homotopique est un théorème de Dwyer et Kan (1980) ; les catégories relatives comme modèle des théories homotopiques sont étudiées par Barwick et Kan (2012). Références citées de mémoire ; les pages ne citent que Quillen. ↩
- Plus généralement, dit une N.B., tout \(B\) donne \(\mathcal H(A) \to \underline{\mathrm{Hom}}(\underline{\mathrm{Hom}}(B, A), \mathcal H(B))\), et \(B = \Delta_0\) redonne \(\alpha_A\). Dans le vocabulaire actuel, une telle donnée est un prédérivateur (Grothendieck, Les Dérivateurs, 1990–1991 ; Heller, Homotopy theories, 1988 ; cités de mémoire), et \(\alpha_A\) le foncteur « diagramme ». La page n'impose pas que la famille des \(i_a^{*}\) soit conservative, qui est l'axiome Der 2 des dérivateurs. ↩
- C'est l'axiome Der 1. ↩
- Il suppose \(\mathcal H\) défini sur \(A^{\wedge}\), qui n'est pas petite ; les « \(U\)-catégories » de la page 5 laissent penser à un changement d'univers. La page 21 reprend le même carré, avec \((h_A)_{!}\) à la place de \(L_A\), pour un usage précis. ↩
- La page écrit \(f^{\mathcal H}_{!} : \mathcal H(B) \to \mathcal H(A)\), la source et le but de \(f^{*}\) ; c'est une inadvertance. Une remarque, « A. », se demande s'il ne faudra pas se borner aux \(f\) « cofibrantes ». Les axiomes actuels (Der 3) ne se restreignent pas. ↩
- La page dit « et les \(f^{*}\) bien sûr y commutent ». C'est vrai sous (Hot 3), qui fait de \(f^{*}\) un adjoint à gauche ; sous (Hot 2) seul, il faudrait une propriété de changement de base, celle de (Hot 4). ↩
- (Hot 2) et (Hot 3) forment l'axiome Der 3 : existence des extensions de Kan homotopiques à gauche et à droite. ↩
- Elle est satisfaite, par exemple, quand \((M, W)\) provient d'une catégorie de modèles de Quillen : c'est le théorème selon lequel toute catégorie de modèles définit un dérivateur (Cisinski, 2003, cité de mémoire). La note marginale affirme que (Hot 1) est satisfait. Ce n'est pas automatique : une localisation commute aux produits finis, pas en général aux produits infinis ; pour une catégorie de modèles, cela vaut. ↩
- La page n'écrit pas la propriété « deux sur trois », sans laquelle l'argument ne passe pas. Avec elle : si \(w' : X' \to Y'\) est dans \(W'\), alors \(fg(w')\) l'est, car la counité est naturelle, donc \(g(w') \in f^{-1}(W') = W\) ; et \(f\) appliqué à l'unité, composé avec la counité en \(f(X)\), donne l'identité, donc l'unité est dans \(W\). La conclusion de la page est barrée après « Donc » ; nous l'écrivons. ↩
- La question reste ouverte sur la page. Aujourd'hui, pour les catégories de modèles combinatoires, deux catégories qui définissent des dérivateurs équivalents sont reliées par une chaîne d'équivalences de Quillen (Renaudin, 2009, cité de mémoire) ; hors de ce cadre, la réponse dépend des hypothèses. ↩
- La page ne donne pas la démonstration. Que tout localisateur fondamental définisse un dérivateur, avec les deux adjoints et sans hypothèse de finitude, est établi par Cisinski (Les préfaisceaux comme modèles des types d'homotopie, Astérisque 308, 2006), cité de mémoire. Le terme « localisateur fondamental » est aussi celui de À la poursuite des champs, dont le dossier relève dans l'inventaire. ↩
- La page dit d'abord que, « généralement », il n'y a pas d'adjoint à gauche, sauf pour le topos ponctuel. Puis elle obtient \(\mathrm{L}f_{!}\) ainsi : au niveau des faisceaux d'ensembles, \((f^{\circ})_{!}\) existe et serait « exact à gauche », donc transformerait quasi-isomorphismes en quasi-isomorphismes. L'argument ne tient pas tel qu'il est écrit : sur les faisceaux abéliens, l'extension de Kan à gauche est exacte à droite, non exacte, et ne préserve pas les quasi-isomorphismes. La conclusion est juste par une autre voie : les complexes d'une catégorie abélienne de Grothendieck définissent un dérivateur, avec les deux adjoints (Cisinski, 2003, cité de mémoire), et \(\mathrm{L}f_{!}\) se calcule par des résolutions convenables. ↩
- La page met la condition sur \(f\), qui dans un carré cartésien l'hérite de \(f'\) ; c'est \(f'\) qui compte. Elle ajoute les alternatives entre crochets, « [ou \(g\) fibrant ??] » et « [ou \(g\) cofibrant ??] », avec ses points d'interrogation. Elles sont justes : un carré cartésien est homotopiquement exact dès que sa flèche verticale est propre, par exemple cofibrée, ou sa flèche horizontale lisse, par exemple fibrée, et dualement (Grothendieck, Les Dérivateurs ; Maltsiniotis, 2005 ; cités de mémoire). Les axiomes actuels (Der 4) demandent le changement de base pour les carrés « comma », dont celui-ci se déduit. La page note enfin que les deux formules sont « transposées » l'une de l'autre. ↩
- La page dit « si \(f\) localisation », sans préciser. Pour une localisation au sens ordinaire des catégories, l'énoncé est faux. Soit \(A\) une catégorie dont le nerf a le type d'homotopie de la sphère \(S^{2}\) — l'ensemble ordonné des faces propres d'un tétraèdre, par exemple — et \(f : A \to \Delta_0\). Comme \(A\) est connexe et simplement connexe, localiser \(A\) en toutes ses flèches donne une catégorie équivalente à \(\Delta_0\) : \(f\) est une localisation. Mais, dans la théorie des types d'homotopie, \(\mathrm{Hom}(f^{*}X, f^{*}Y)\) est l'ensemble des classes d'applications \(X \times S^{2} \to Y\), qui diffère de \(\mathrm{Hom}(X, Y)\) pour \(X\) ponctuel et \(Y = K(\mathbb Z, 2)\). L'énoncé vaut quand le nerf de \(f\) est une localisation homotopique, au sens de Dwyer et Kan. Le contre-exemple est le nôtre ; la référence est citée de mémoire. La dernière formule est écrite contre le bord du feuillet. ↩
- La page écrit la formule \(i^{*} = j_{!}\) entourée, précédée d'un point d'interrogation (« je présume »), puis les deux formules suivantes avec \(i\) là où l'argument demande \(j\) : \(p_0\) et \(i\) ne se composent pas en \(p_0 i\). Nous écrivons \(j\). L'énoncé est le fait classique qu'un adjoint à droite est homotopiquement cofinal. ↩
- Les deux membres sont des extensions de Kan à gauche calculées sur la même catégorie comma, celle des éléments de \(j^{*}G\) pour \(G \in B^{\wedge}\) ; l'égalité suit du changement de base (Hot 4). Ce calcul est le nôtre ; la page renvoie à « un diagramme commutatif ». ↩
- Question sans suite. Pour les dérivateurs, une limite inductive homotopique filtrante n'est pas en général calculée objet par objet ; c'est une propriété supplémentaire de certains dérivateurs. ↩
- C'est une forme de l'axiome dit « fort » des dérivateurs, qui demande que \(\mathcal H(B \times \Delta_1) \to \mathcal H(B)^{\Delta_1}\) soit plein et essentiellement surjectif (Der 5 ; Heller ; cités de mémoire). La condition de la page, pour les réunions de deux cribles, en est voisine ; nous ne l'identifions pas. ↩
- La page ne dit pas que les carrés sont homotopiquement cartésiens ; c'est ce qui donne à l'escalier son sens, et nous le précisons. Une telle construction de la suite des fibres par carrés cartésiens itérés est standard dans les dérivateurs pointés (Groth, 2013, cité de mémoire). Le feuillet porte encore un croquis en perspective de l'escalier, un carré en pointillés et un petit croquis à deux lettres, que nous ne reconstituons pas. Les signes de la flèche \(\Omega h\) et le détail des étiquettes sont ceux de la page ; les carrés composés disent que \(\Omega\) de la suite est, au signe près, la suite décalée. ↩