Cote n° 111 · pages 1–16 · Lecture modernisée · Tapis de Quillen [notes du 10/09/1968] : copies de tapuscrit annoté (1968) — lecture modernisée du dossier entier
Datation de l’inventaire : 1968
Édition de démonstration — interprétation personnelle de l'œuvre

Résumé

Ces seize pages dactylographiées sont des notes prises en septembre 1968 sur ce que Daniel Quillen, alors âgé de vingt-huit ans, exposait à Grothendieck. Le dossier n'en contient qu'une photocopie, qui reproduit les annotations manuscrites portées sur un autre exemplaire ; celui-ci et une seconde copie se trouvent au dossier 162-5. « Tapis », dans la langue de ces années, désigne un ensemble de résultats et la manière de s'en servir : le texte parle aussi du « tapis de Dold » et du « tapis de Roos ».

Le tapuscrit a trois parties. La première part de ce qu'une catégorie est un espace : ses objets sont des points, ses flèches des segments, ses triangles commutatifs des faces. Selon Quillen, les catégories et les espaces combinatoires qu'on appelle ensembles simpliciaux ont la même théorie de l'homotopie, et toute catégorie a le même type d'homotopie que son opposée, celle où l'on a retourné toutes les flèches. Le texte y voit l'occasion de définir un type d'homotopie par ses « systèmes locaux », c'est-à-dire par la façon dont des coefficients peuvent tourner le long des lacets de l'espace.

La deuxième partie traite des catégories munies d'une loi de groupe. Un groupe ordinaire exige que \((ab)c\) soit égal à \(a(bc)\) ; dans une catégorie, on peut se contenter d'un isomorphisme entre les deux, pourvu qu'il soit donné et cohérent. Une telle « catégorie de Picard » se décrit, à peu de chose près, par une flèche entre deux groupes abéliens, un complexe de longueur un. Il en va de même en longueur deux, et le texte espère qu'il en ira ainsi en toute longueur. Il espère aussi définir des invariants \(K_n\) d'une catégorie munie d'un produit comme les groupes d'homotopie de sa « complétion en groupe », comme on fabrique les entiers relatifs à partir des entiers naturels. C'est ce que Quillen fera dans les années suivantes, par d'autres chemins.

La troisième partie regarde le cobordisme d'un œil de géomètre algébriste. Deux variétés sont cobordantes quand, ensemble, elles bordent une troisième, comme deux cercles bordent un cylindre. En comptant les variétés au-dessus d'un espace à cobordisme près, on obtient une catégorie de « correspondances » qui ressemble à la catégorie des motifs, cette théorie universelle des cohomologies que Grothendieck développait alors pour les variétés algébriques. Le groupe des symétries des opérations de Steenrod y joue le rôle d'un « groupe de Galois motivique ». Contrairement au cas familier, ce groupe est unipotent, et il est défini sur le corps à deux éléments.

Ces pages montrent aussi une manière de travailler. Le texte rapporte (« Quillen prouve ») et se pose des questions (« Demander à Quillen… »). Dans les marges, la main répond à certaines d'entre elles, par « oui », par « Si ! » ou par « non, … ». On y lit une conversation mathématique en train de se faire : les choses comprises, celles qu'on croit, celles qu'on ira demander. La photocopie porte en outre quelques notes plus tardives, dont un renvoi à un exposé de Karoubi qui laisse penser qu'elle a été tirée quelques années après 1968. Le dossier est classé parmi les pièces rassemblées autour de « À la poursuite des champs », le texte de 1983 qui commence lui-même par une lettre à Quillen.

Pour aller plus loin, les noms à chercher sont : la structure de modèles de Thomason sur les catégories ; la correspondance de Dold–Kan ; les 2-groupes et les champs de Picard ; la \(K\)-théorie supérieure de Quillen ; et surtout la note de Quillen de 1969 sur les lois de groupes formels du cobordisme, qui donnera à la troisième partie sa structure véritable, et que prolonge aujourd'hui le cobordisme algébrique de Levine et Morel.

Keywords — nerve of a category, category of simplices, homotopy theory of categories, locally constant sheaf, double category, Segal condition, Dold–Kan correspondence, Picard category, 2-group, higher algebraic K-theory, group completion, unoriented cobordism, correspondence category, Karoubi envelope, Chow motive, Steenrod algebra, motivic Galois group, Pontryagin–Thom construction

1–16

Le fil du dossier, et les conventions

La pièce. Le dossier est la photocopie d'un tapuscrit de seize pages, numérotées 1 à 16 à la main en tête de chaque page. La page \(N\) du tapuscrit est la page \(N\) du dossier. Le texte est titré « Tapis de Quillen. » ; la main a daté la première page « notes du 10.9.68 », d'où le « [notes du 10/09/1968] » de l'inventaire. La machine n'avait ni lettres grecques ni flèches ; plusieurs ont été tracées ensuite à la main, avec des corrections de notation et des notes de fond.

Les trois exemplaires. Le dossier 162-5 contient deux autres témoins du même original dactylographié, avec les mêmes coupures de lignes et les mêmes biffures à la machine. L'un est l'original annoté à l'encre bleue (162-5, pages 32 à 48), que nous appelons l'exemplaire annoté. L'autre est une photocopie noire de celui-ci, tirée après l'encre et qui a reçu quelques notes propres (162-5, pages 2 à 17). La couche manuscrite de 111 est celle de l'exemplaire annoté, photocopiée, plus ces notes propres, reproduites des mêmes traits aux mêmes places. On ne trouve sur 111 aucune marque qui ne soit sur l'un des deux autres. 111 n'est pourtant pas simplement une copie de la photocopie de 162-5 telle qu'elle est aujourd'hui : il garde au bord droit de quelques pages (7 et 13) un texte que celle-ci a perdu. Les images ne disent pas s'il a été tiré sur elle avant cette perte, ou sur un intermédiaire commun.1

Qui écrit. Le tapuscrit parle à la première personne : « ma lettre à Verdier », « “ma” construction chérie de la “catégorie de Picard” », « mon interprétation chérie », « le rôle universel que j'ai envisagé plus haut ». Il rapporte ce que « Quillen prouve » et note ce qu'il faudra « demander à Quillen ». Rien sur les pages ne le signe. Une vérification de l'encre sur le fac-similé, faite par sondage à la page 3, tient les ajouts manuscrits pour siens ; la transcription ne va pas plus loin, et nous non plus.

Le fil. Les trois parties du tapuscrit ne s'enchaînent pas par déduction ; elles sont trois sujets d'une même conversation.

Une dernière section revient sur la couche manuscrite de la photocopie, et sur ce qu'elle laisse inférer de sa date.

Notations, valables pour tout le document ; elles sont celles de la lecture modernisée du dossier 162-5, et chaque écart avec la page est signalé en note. \(N(C)\) désigne le nerf (la page : \(S(C)\)) et \(C^{\circ}\) la catégorie opposée. \(\mathrm{Ho}(\mathrm{Cat})\) et \(\mathrm{Ho}(\mathrm{sSet})\) désignent les catégories homotopiques (la page : \((\mathrm{Cat})'\), \((\mathrm{Ssimpl})'\)), et \(\widehat{C}\) le topos des préfaisceaux sur \(C\) (la page : \(\widetilde{C}\)). « Catégorie double » rend la « bi-catégorie » de la page. Dans la troisième partie, \(\mathcal{V}\) est la catégorie des variétés (la page : \(C\)), \(\mathcal{E}\) la catégorie but du problème universel (la page : \(B\)), et \(H^{\bullet}(X) = H^{*}(X; \mathbb{F}_2)\).

Annoncé, non établi. Le tapuscrit laisse ouverte la généralisation aux topos localement homotopiquement triviaux (pages 3 et 4). Il pose sans les établir la description des \(n\)-catégories par des ensembles \(n\)-simpliciaux (page 6) et celle des homomorphismes entre catégories de Picard (pages 7 et 9). Il ne fait qu'espérer la correspondance entre groupes abéliens de \((n\text{-Cat})\) et complexes de longueur \(n\), et la définition des \(K_n\) (page 9). Il renvoie « le reste » de la propriété universelle de \(\mathbf{B}\) à une abréviation que nous ne savons pas lire (page 13), suppose sans la démontrer l'universalité de la catégorie \(\mathbf{S}\) (page 15), et ne dit pas la structure du groupe \(G\) (page 16).

1–5

I. Catégories et ensembles simpliciaux (pages 1 à 5)

1–2

Le nerf, le topos, la catégorie des simplexes (pages 1 et 2)

Le nerf. À toute catégorie \(C\) on associe son nerf \(N(C)\), l'ensemble simplicial des suites de flèches composables. Le foncteur \(N : (\mathrm{Cat}) \to (\mathrm{sSet})\) est pleinement fidèle.2 Les systèmes locaux d'ensembles sur \(N(C)\) correspondent aux foncteurs sur \(C\) qui envoient toute flèche sur un isomorphisme, c'est-à-dire qui se factorisent par le groupoïde enveloppant \(C[C^{-1}]\). Leur cohomologie s'interprète de deux façons : par les foncteurs dérivés de \(\varprojlim\), ou comme cohomologie du topos \(\widehat{C}\) des préfaisceaux sur \(C\). Il s'agit de \(H^{0}\) pour les ensembles, de \(H^{1}\) pour les groupes, de tous les \(H^{i}\) pour les groupes abéliens. Pour un système local abélien \(F\), vu comme foncteur \(C^{\circ} \to \mathrm{Ab}\), on a \(H^{i}(N(C), F) = H^{i}(\widehat{C}, F) = \varprojlim^{i}_{C^{\circ}} F\).

Un foncteur \(u : C \to C'\) est un homotopisme si \(N(u)\) est une équivalence faible ; c'est le terme de la page. Le critère cohomologique d'Artin et Mazur le caractérise : \(u\) est un homotopisme si et seulement si, pour tout système de coefficients local \(F'\) sur \(C'\), les applications \[ \varprojlim\nolimits^{i}_{C'^{\circ}} F' \longrightarrow \varprojlim\nolimits^{i}_{C^{\circ}} u^{*}F' \] sont bijectives, pour les \(i\) où cela a un sens.3

Le topos. À \(C\) est associé le topos \(\widehat{C}\), qui varie de façon covariante avec \(C\) : un foncteur \(u\) induit un morphisme de topos \(\widehat{u} : \widehat{C} \to \widehat{C'}\), dont l'image inverse est la restriction le long de \(u\). La page ajoute que le foncteur \(C \mapsto \widehat{C}\) n'a plus rien de pleinement fidèle, « semble-t-il ?? ».4 Un système de coefficients ensembliste sur \(C\) est un foncteur \(C^{\circ} \to \mathrm{Ens}\) qui envoie toute flèche sur une bijection.5 Ce sont exactement les objets localement constants de \(\widehat{C}\), qui se définissent intrinsèquement à partir du topos. Il en résulte qu'être un homotopisme ne dépend que de \(\widehat{u}\) : cela signifie que \(H^{i}(\widehat{C'}, F') \to H^{i}(\widehat{C}, \widehat{u}^{*}F')\) est bijectif pour tout faisceau localement constant \(F'\) sur \(\widehat{C'}\).

La catégorie des simplexes. Dans l'autre sens, on associe à un ensemble simplicial \(X\) la catégorie de ses simplexes \(T(X) = \Delta/X\). Ses objets sont les simplexes de \(X\) ; c'est une catégorie fibrée sur \(\Delta\), à fibres les ensembles discrets \(X_n\). Quillen prouve deux choses. D'abord, \(N T(X)\) est canoniquement isomorphe à \(X\) dans \(\mathrm{Ho}(\mathrm{sSet})\). Ensuite, \(T N(C)\) est canoniquement isomorphe à \(C\) dans la localisée \(\mathrm{Ho}(\mathrm{Cat})\) de \((\mathrm{Cat})\) par les homotopismes. Ces isomorphismes sont fonctoriels. Il en résulte formellement qu'un morphisme \(f\) d'ensembles simpliciaux est une équivalence faible si et seulement si \(T(f)\) est un homotopisme, et que \(N\) et \(T\) induisent des équivalences quasi-inverses \[ \mathrm{Ho}(\mathrm{Cat}) \ \simeq\ \mathrm{Ho}(\mathrm{sSet}). \] C'est aujourd'hui un résultat classique.6

2–3

Une catégorie et son opposée (pages 2 et 3)

Quillen construit de plus un isomorphisme canonique et fonctoriel entre \(C\) et \(C^{\circ}\) dans \(\mathrm{Ho}(\mathrm{Cat})\), ou, ce qui revient au même, entre \(N(C)\) et \(N(C^{\circ})\) dans \(\mathrm{Ho}(\mathrm{sSet})\). C'est un isomorphisme de la catégorie localisée, non un foncteur de \(C\) dans \(C^{\circ}\).7 Son effet sur les systèmes locaux est le suivant : un foncteur contravariant \(F\) sur \(C\), qui rend toute flèche inversible, devient le foncteur covariant qui a les mêmes valeurs sur les objets et \(F(u)^{-1}\) sur une flèche \(u\). Sur les groupoïdes fondamentaux, c'est l'isomorphisme évident \(\pi_1(C) \to \pi_1(C^{\circ}) = \pi_1(C)^{\circ}\), \(g \mapsto g^{-1}\).

Il s'en déduit une interprétation faisceautique de la cohomologie d'un ensemble simplicial \(X\) à coefficients dans un système local covariant \(F\), définie classiquement par le complexe cosimplicial \[ C^{n}(F) = \prod_{x \in X_n} F(x). \] On passe au système local contravariant défini par \(F\), on le regarde comme un faisceau sur \(T(X)\), c'est-à-dire comme un objet de \((\mathrm{sSet})_{/X}\), et on prend sa cohomologie.8 La page ajoute que, pour un système de coefficients covariant non local, on n'a toujours pas d'interprétation faisceautique de la cohomologie classique ; ni, pour un système contravariant, de son homologie, ni inversement de sa cohomologie faisceautique en termes classiques. Un grand crochet manuscrit embrasse ce paragraphe, et la marge répond : « Si ! ».9

3–5

Catégories dérivées de systèmes locaux, et topos localement homotopiquement triviaux (pages 3 à 5)

Soit \(u : C \to C'\) un homotopisme. Notons \(D^{b}_{\mathrm{lc}}(C)\) la sous-catégorie triangulée de la catégorie dérivée bornée des faisceaux abéliens sur \(\widehat{C}\) formée des complexes dont les faisceaux de cohomologie sont localement constants. Quillen montre que \(u^{*} : D^{b}_{\mathrm{lc}}(C') \to D^{b}_{\mathrm{lc}}(C)\) est une équivalence, et réciproquement. La partie directe vaut avec un anneau de base quelconque, et aussi avec un anneau de coefficients constant tordu. La réciproque vaut à coefficients dans \(\mathbb{Z}\), mais pas dans un anneau quelconque non nul.10

Le tapuscrit conjecture ensuite (« je pense que ce résultat (facile) doit pouvoir se généraliser ») un énoncé pour les topos. Soit \(f : X \to X'\) un morphisme de topos qui induit des isomorphismes en cohomologie pour tout faisceau localement constant sur \(X'\), le cas non commutatif inclus. Supposons \(X\) et \(X'\) localement homotopiquement triviaux : pour tout entier \(n \geq 1\), tout objet \(U\) a un recouvrement \((U_i \to U)\) tel que

Alors \(f^{*} : D^{b}_{\mathrm{lc}}(X') \to D^{b}_{\mathrm{lc}}(X)\) serait une équivalence. Il en irait de même avec un système local d'anneaux sur \(X'\), et \(f\) induirait une équivalence entre coefficients locaux sur \(X\) et sur \(X'\).11 Une note manuscrite au pied de la page 3, appelée en regard de la définition, en précise la portée : la condition « n'est typiquement pas satisfaite par les schémas avec leur topologie étale (mais bien par […] loc. noeth. avec top. Zariski) ».12

Le principe de démonstration proposé est le suivant. Un topos localement homotopiquement trivial est localement connexe et localement simplement connexe, d'où une bonne théorie des \(\pi_0\) et \(\pi_1\), qui sont ici discrets. On est ramené à un cas particulier du critère d'Artin et Mazur : un homomorphisme de groupes \(G \to H\) est un isomorphisme s'il induit des bijections sur \(H^{0}\) et \(H^{1}\), cas non commutatif compris. La pleine fidélité se ramène, par la suite spectrale, aux \(\mathrm{Ext}^{i}\) de coefficients locaux. Elle résulterait de deux faits : dans un topos localement homotopiquement trivial, les faisceaux abéliens localement constants sont stables par \(\mathrm{Ext}^{i}\), et \(M \mapsto M_X\) commute à ces \(\mathrm{Ext}^{i}\). Pour \(X\), \(X'\) localement homotopiquement triviaux, trois conditions sur \(f\) seraient alors équivalentes.

La page ignore si l'on peut, dans a), se borner aux systèmes locaux commutatifs, et la main met en marge un point d'interrogation. La réponse est non.13

L'équivalence de a) et b) motive une définition des types d'homotopie par la catégorie \(D^{b}_{\mathrm{lc}}(X)\).14 On la munirait de la sous-catégorie pleine des systèmes locaux, du foncteur cohomologique à valeurs dans celle-ci et du produit tensoriel, ce qui fait sortir de \(D^{b}\) vers \(D^{-}\) : « redactor demerdetur ».15

5–10

II. \(n\)-catégories, catégories \(n\)-uples, Gr-catégories (pages 5 à 10)

5–6

Catégories doubles et 2-catégories (pages 5 et 6)

Le tapuscrit appelle « bi-catégorie » une catégorie dans \((\mathrm{Cat})\). C'est la donnée d'une catégorie \(C_0\), de foncteurs source et but \(p_1, p_2 : C_1 \rightrightarrows C_0\), d'un foncteur unité \(C_0 \to C_1\) et d'une composition \(\pi : C_1 \times_{C_0} C_1 \to C_1\), avec les axiomes habituels. On dit aujourd'hui catégorie double.16 On identifie \((\mathrm{Cat})\) à la sous-catégorie pleine de \((\mathrm{sSet})\) formée des ensembles simpliciaux qui satisfont la condition d'exactitude « familière » : transformer sommes amalgamées en produits fibrés, soit \(X_n \simeq X_1 \times_{X_0} \cdots \times_{X_0} X_1\), ce qu'on appelle aujourd'hui la condition de Segal.17 De même, les catégories doubles s'identifient aux ensembles bisimpliciaux \((X_{ij})\) qui satisfont cette condition ligne par ligne et colonne par colonne. Les catégories triples s'identifient à des objets trisimpliciaux, et ainsi de suite.

Exemple. Pour une catégorie \(C\), posons \(C_0 = C\) et \(C_1 = \mathrm{Fl}(C)\), la catégorie des flèches, avec les structures évidentes. Les composantes simpliciales supérieures sont les catégories \(\mathrm{Fl}^{n}(C)\) des suites de \(n\) flèches, et l'ensemble bisimplicial correspondant a pour composantes \(\mathrm{Hom}([n] \times [m], C)\). Les objets de \(X_{11}\) sont les carrés commutatifs de \(C\), qu'on peut lire de deux manières comme morphismes de flèches. L'échange des lignes et des colonnes est une symétrie de la catégorie des catégories doubles ; de même, le groupe symétrique \(\mathfrak{S}_n\) opère sur la catégorie des catégories \(n\)-uples.

Une 2-catégorie (stricte) est une catégorie double dont la catégorie d'objets \(C_0\) est discrète : en termes bisimpliciaux, un ensemble bisimplicial dont la première ligne est un ensemble simplicial constant. Il paraît qu'on a une interprétation analogue des \(n\)-catégories en termes d'ensembles \(n\)-simpliciaux. Le tapuscrit note de demander à Quillen le rapport entre les \(m\)-catégories dans \((n\text{-Cat})\) et les ensembles \((m+n)\)-simpliciaux.18

7–7

Groupes dans \((\mathrm{Cat})\) et catégories de Picard (page 7)

Les groupes dans \((\mathrm{Cat})\) sont les groupes simpliciaux qui satisfont la condition de Segal, et qui sont donc déterminés par \(C_0\) et \(C_1\). Par la correspondance de Dold–Kan (le « tapis de Dold »), les groupes abéliens dans \((\mathrm{Cat})\) forment une catégorie équivalente à celle des complexes de chaînes de longueur 1 : \[ 0 \longleftarrow C_0 \xleftarrow{\ d\ } C_1 \longleftarrow 0 . \] Le groupe abélien dans \((\mathrm{Cat})\) associé à un tel complexe est la catégorie de Picard du complexe, « “ma” construction chérie » : ses objets sont les éléments de \(C_0\), et ses flèches de \(x\) vers \(y\) les \(z \in C_1\) tels que \(dz = y - x\). On obtient ainsi, à isomorphisme près, tous les groupes abéliens de \((\mathrm{Cat})\).19

Complément important : toute Gr-catégorie, c'est-à-dire toute catégorie monoïdale où objets et flèches sont inversibles, est équivalente à un vrai groupe dans \((\mathrm{Cat})\). Le tapuscrit avait étendu l'énoncé au cas commutatif, par deux parenthèses tapées en interligne ; la main les biffe, et avec elles le mot « commutative ».20 Une ligne manuscrite ajoute : quand on « simplifie » modulo l'équivalence de Grab-catégories, cela revient à travailler dans la catégorie dérivée des complexes, dont les seuls invariants sont \(H_0\) et \(H_1\), autrement dit \(\pi_0\) et \(\pi_1\).21

Une note manuscrite encadrée, en tête de la page 7, avertit : « Attention à la catégorie \(\mathrm{Hom}_{\mathrm{grab}}\), qui s'identifie à la catégorie définie par un \(R\mathrm{Hom}_{\mathbb{Z}}(C_{\bullet}, C'_{\bullet})\), ce point devant être élucidé ! ». Les « Grab » sont les groupes abéliens, et il s'agit des homomorphismes entre les catégories de Picard \(P(C_\bullet)\), \(P(C'_\bullet)\) de deux complexes de longueur 1. L'énoncé correct demande une troncature : les foncteurs additifs de \(P(C_\bullet)\) dans \(P(C'_\bullet)\) forment la catégorie de Picard associée à \(\tau^{\leq 0} R\mathrm{Hom}(C_\bullet, C'_\bullet)\), en indexation cohomologique.22

On a ainsi une classification beaucoup plus restreinte que celle des H-espaces (resp. des H-espaces homotopiquement commutatifs) à homotopie près. La raison en est qu'on est plus exigeant, dans le cadre catégorique, sur l'associativité (resp. la commutativité). On ne demande pas seulement l'existence d'isomorphismes d'associativité, qui suffirait pour avoir un groupe dans \(\mathrm{Ho}(\mathrm{Cat}) \simeq \mathrm{Ho}(\mathrm{sSet})\) ; on les suppose donnés, avec des compatibilités, et c'est ce qui permet de se ramener à de vrais groupes dans \((\mathrm{Cat})\). La main biffe la suite, « resp. de vraie commutativité », pour la raison qu'on vient de dire.23

8–9

Le cran suivant : groupes dans \((2\text{-Cat})\) (pages 8 et 9)

On doit trouver une meilleure approximation, d'un cran, de la classification topologique, en passant aux groupes (resp. groupes abéliens) dans \((2\text{-Cat})\), ou plus généralement aux « Gr-2-catégories » (resp. « Grab-2-catégories »). Deux opérations relient les crans. Une Grab-catégorie définit une Grab-2-catégorie, comme une catégorie définit une 2-catégorie : c'est l'analogue d'un « cosquelette tronqué ». Inversement, une Grab-2-catégorie définit une Grab-catégorie, celle des automorphismes de l'objet unité ; le tapuscrit y voit l'analogue du « tuage des groupes d'homotopie en dimension \(> 1\) ».24 Pour la notion « grossière », l'idée de sa lettre à Verdier était qu'on doit trouver la même chose que les tronqués au cran 2 dans la catégorie homotopique des H-espaces, c'est-à-dire ce qu'on en déduit en tuant les groupes d'homotopie en dimension \(> 2\).25

Le tapuscrit note de demander à Quillen si les objets-groupes et les objets connexes de la catégorie homotopique pointée forment des catégories équivalentes par le foncteur espace des lacets. La main répond en marge : « non, on a un foncteur pl. fidèle (?) mais pas ess. surjectif ». La non-surjectivité est juste, et le point d'interrogation justifié : le foncteur des lacets n'est même pas fidèle.26

Les vrais groupes abéliens dans \((2\text{-Cat})\). L'approche de Quillen les identifie d'abord à des groupes abéliens dans la catégorie des catégories doubles, donc à des groupes abéliens bisimpliciaux particuliers, soumis à la condition de Segal sur chaque ligne et chaque colonne. Par la version bisimpliciale de Dold–Kan, ils équivalent aux bicomplexes de groupes abéliens nuls hors du carré \(0 \leq i, j \leq 1\). La condition que la première ligne corresponde à un groupe simplicial constant signifie qu'elle se réduit à son terme de degré 0, et le bicomplexe devient27

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\begin{tikzcd}
C_{00} & 0 \arrow[l] & 0 \arrow[l] \\
C_{10} \arrow[u] & C_{11} \arrow[l] \arrow[u] & 0 \arrow[l]
\end{tikzcd}

Ces bicomplexes s'identifient aux complexes de chaînes de longueur 2, \(C_{11} \to C_{10} \to C_{00}\), et la catégorie des groupes abéliens dans \((2\text{-Cat})\) est donc équivalente à celle des complexes de longueur 2. La 2-catégorie associée à un tel complexe est « mon interprétation chérie ». Il resterait à décrire, par un complexe \(R\mathrm{Hom}\), la 2-Grab-catégorie des homomorphismes entre deux telles 2-Grab-catégories strictes.

L'idée qui se dégage, et que Quillen, « on espère », va expliciter, est que les groupes abéliens dans \((n\text{-Cat})\) correspondent aux complexes de longueur \(n\). On raisonnerait soit à isomorphisme près des deux côtés, soit à \(n\)-équivalence près d'un côté et dans la catégorie dérivée de l'autre, au moyen de \(\mathrm{Hom}^{\bullet}\) (resp. \(R\mathrm{Hom}^{\bullet}\)).28

9–10

Les \(K_n\) d'une catégorie monoïdale (pages 9 et 10)

Soit \(C\) une catégorie munie d'un produit tensoriel associatif, et éventuellement unitaire : un bifoncteur avec des isomorphismes d'associativité, mais sans inverses. On doit pouvoir lui associer une Gr-catégorie universelle, comme on associe à un monoïde son groupe symétrisé, d'où des invariants \(K_0(C)\) et \(K_1(C)\). On suppose qu'on trouvera de même, pour tout \(n\), une Gr-\(n\)-catégorie universelle où envoyer \(C\) de façon compatible à \(\otimes\) ; ses invariants \(\pi_n\) seraient par définition les \(K_n(C)\). Un cas intéressant est celui d'une catégorie à produits finis, additive par exemple, où \(\otimes\) est le produit. Mais pour une catégorie abélienne il y a une notion plus adéquate du \(K_0\), qui devrait correspondre à une meilleure notion des \(K_i\), « inspirée du tapis de Roos ». C'est sans doute en termes de « vraies » catégories triangulées qu'il faudra poser les définitions.29

Peut-être Quillen a-t-il une définition simpliciale plus directe du H-espace qui devrait correspondre à \(C\), sans passer par les \(n\)-catégories. La marge répond : « oui ».30 Ce n'est certainement pas en général le nerf \(N(C)\) : une catégorie additive est contractile, puisque le foncteur identique est homotope au foncteur nul, une transformation naturelle de l'un à l'autre suffisant. Pourtant, lorsque \(C\) est une Gr-catégorie, le nerf naïf est le bon : on trouve des \(\pi_0\) et \(\pi_1\) qui sont aussi ceux de \(C\) au sens des catégories sans Gr-structure.

Une note manuscrite sous la frappe ajoute : « A expliquer : pour des Gr-\(n\)-catégories, les \(\pi_i\) au sens semi-simplicial sont aussi les \(\pi_i\) au sens Gr-\(n\)-catégories, savoir les objets à isom. près dans divers \(\mathrm{Hom}(1, 1)\) … ».31

11–16

III. Point de vue « motivique » en théorie du cobordisme (pages 11 à 16)

11–13

Le problème universel et la catégorie \(\mathbf{B}\) (pages 11 à 13)

Le problème. Soit \(\mathcal{V}\) la catégorie des variétés différentiables compactes sans bord, non nécessairement orientables, dont les morphismes sont les classes d'homotopie d'applications continues.32 Soit \(\mathcal{E}\) une catégorie. On s'intéresse aux couples \((F_\bullet, F^\bullet)\) formés d'un foncteur covariant \(F_\bullet : \mathcal{V} \to \mathcal{E}\) et d'un foncteur contravariant \(F^\bullet : \mathcal{V}^{\circ} \to \mathcal{E}\), qui ont les mêmes valeurs sur les objets, et qui satisfont le changement de base pour tout carré cartésien d'applications différentiables où \(f\) et \(g\) sont transverses :

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\begin{tikzcd}
X' \arrow[r, "g'"] \arrow[d, "f'"'] & X \arrow[d, "f"] \\
Y' \arrow[r, "g"'] & Y
\end{tikzcd}

\[ g^{\bullet} f_{\bullet} = f'_{\bullet}\, g'^{\bullet} \qquad (f_\bullet = F_\bullet(f),\ f^\bullet = F^\bullet(f)). \] La question est de trouver un couple universel, et Quillen prouve que la construction suivante en donne un.33

L'anneau \(B(X)\). Pour \(X\) dans \(\mathcal{V}\), soit \(B(X)\) l'ensemble des classes de variétés \(Z \to X\) au-dessus de \(X\) pour la relation de cobordisme : \(Z' \to X\) et \(Z'' \to X\) sont cobordantes s'il existe une variété à bord \(W\) et \(W \to X\) tels que \(\partial W = Z' \sqcup Z''\), les deux applications étant induites. La somme est la réunion disjointe ; c'est une loi de groupe où tout élément est d'ordre 2. Le produit est le produit fibré, après qu'on a rendu les deux applications transverses par le théorème de Thom. L'anneau est gradué par la dimension relative : \(B_d(X)\) est formé des \(Z \to X\) avec \(\dim Z - \dim X = d\). Pour \(f : X \to Y\), l'image directe \(f_\bullet : B(X) \to B(Y)\) est la composition avec \(f\), et l'image inverse \(f^\bullet : B(Y) \to B(X)\) le produit fibré transverse. \(B\) est ainsi un foncteur en anneaux gradués contravariant, et un foncteur en groupes covariant, et la formule de changement de base entraîne la formule de projection habituelle.34

La catégorie \(\mathbf{B}\). Les constructions usuelles de la théorie des correspondances donnent une catégorie \(\mathbf{B}\), dont les objets sont ceux de \(\mathcal{V}\) et dont les morphismes sont donnés par \[ \mathrm{Hom}_{\mathbf{B}}(X, Y) = B(X \times Y), \qquad \beta \circ \alpha = p_{13\bullet}\big(p_{12}^{\bullet}\alpha \cdot p_{23}^{\bullet}\beta\big), \] où les \(p_{ij}\) sont les projections de \(X \times Y \times Z\).35 La symétrie \(B(X \times Y) \simeq B(Y \times X)\) donne un isomorphisme canonique \(\mathbf{B} \simeq \mathbf{B}^{\circ}\), qui est l'identité sur les objets. Le foncteur \(F_\bullet : \mathcal{V} \to \mathbf{B}\) est l'identité sur les objets et envoie une flèche sur son graphe ; composé avec la symétrie, il donne \(F^\bullet : \mathcal{V}^{\circ} \to \mathbf{B}\).36 Le couple satisfait aux conditions voulues ; la page note que cela devrait être formalisé pour des correspondances générales.

La propriété universelle. Soit \((F'_\bullet, F'^\bullet)\) un couple à valeurs dans une catégorie \(\mathcal{E}'\), et notons \(X' = F'(X)\). Il faut définir des applications \(B(X \times Y) \to \mathrm{Hom}_{\mathcal{E}'}(X', Y')\). On envoie \(Z \to X \times Y\), de composantes \(p\) et \(q\), sur le composé \[ X' \xrightarrow{\ F'^{\bullet}(p)\ } Z' \xrightarrow{\ F'_{\bullet}(q)\ } Y' . \] Il faut voir que le résultat ne dépend que de la classe de cobordisme de \(Z\) au-dessus de \(X \times Y\).37 Soit \(T \to X \times Y\) un cobordisme, avec \(\partial T = Z_0 \sqcup Z_1\). En « doublant » \(T\), on obtient une variété \(W\) au-dessus de \(S^{1}\), par \(p : W \to S^{1}\), transverse au-dessus de deux points \(s_0\), \(s_1\) dont les fibres sont \(Z_0\) et \(Z_1\), et l'application vers \(X \times Y\) se prolonge à \(W\). Notant \(\alpha_i : Z_i \hookrightarrow W\) l'inclusion, on est ramené à montrer que le composé \[ W' \xrightarrow{\ \alpha_i^{\bullet}\ } Z'_i \xrightarrow{\ \alpha_{i\bullet}\ } W' \] ne dépend pas de \(i\). Considérons le carré cartésien d'inclusions, transverse pour \(s\) valeur régulière de \(p\) :

LaTeX source
\begin{tikzcd}
W_{s} \arrow[r, "\alpha_{s}"] \arrow[d, "\alpha_{s}"'] & W \arrow[d, "{\Gamma = (p, \mathrm{id}_{W})}"] \\
W \arrow[r, "i_{s}"'] & S^{1} \times W
\end{tikzcd}

Le changement de base donne \[ \alpha_{s\bullet}\,\alpha_s^{\bullet} = \Gamma^{\bullet}\, i_{s\bullet}, \] et le second membre ne dépend pas de \(s\), puisque la classe d'homotopie de \(i_s\) n'en dépend pas. La page conclut : « Le reste est sans doute l'AQT ».38

13–14

Structure des \(B_\bullet(X)\), enveloppe de Karoubi, l'objet \(\Lambda(-1)\) (pages 13 et 14)

L'anneau des coefficients. Les \(B_\bullet(X)\) sont des algèbres graduées sur \(\Lambda = B_\bullet(\mathrm{pt})\). \(\Lambda\) est à degrés positifs et réduit à \(\mathbb{F}_2\) en degré 0 : c'est l'anneau de bordisme non orienté \(\mathfrak{N}_*\) de Thom. C'est une algèbre de polynômes \(\mathbb{F}_2[x_i]\), avec un générateur \(x_i\) de degré \(i\) pour chaque entier \(i \geq 1\) qui n'est pas de la forme \(2^{\nu} - 1\).39

On a un homomorphisme évident d'anneaux gradués \(B_\bullet(X) \to H^{\bullet}(X)\). Il envoie \(Z \to X\) sur l'image de \(1 \in H^{0}(Z)\) par l'homomorphisme de Gysin, envoie \(B_{-k}\) dans \(H^{k}\), et il est donc nul en degrés \(> 0\). Il est surjectif par Thom : toute classe provient d'une variété compacte.40 Une note manuscrite ajoute : « en fait \(H^{\bullet}(X) \simeq B_\bullet(X)/\Lambda^{+}B_\bullet(X)\) », et c'est exact.41

On prouve même qu'il existe un relèvement fonctoriel \(s : H^{\bullet}(X) \to B_\bullet(X)\) tel que l'homomorphisme induit \[ H^{\bullet}(X) \otimes_{\mathbb{F}_2} \Lambda \xrightarrow{\ \sim\ } B_\bullet(X) \] soit un isomorphisme de \(\Lambda\)-modules. Le tapuscrit ajoute que ce sera vrai pour tout relèvement pris individuellement ; c'est exact pour tout relèvement homogène.42 Le tapuscrit disait le relèvement « compatible avec multiplication » ; la main met ces mots entre parenthèses et écrit au-dessus « il est douteux qu'il soit ». Elle fait aussi de la seconde condition une question : « Quillen ignore si » le relèvement est compatible avec les homomorphismes de Gysin.43

Modules et enveloppe de Karoubi. Le foncteur \(X \mapsto B_\bullet(X)\) est pleinement fidèle, de \(\mathbf{B}\) dans la catégorie des \(\Lambda\)-modules gradués libres de type fini. Les modules obtenus ont leurs générateurs en degrés \(\leq 0\) ; pour \(X\) connexe, il y a un seul générateur de degré 0, et ils satisfont la dualité de Poincaré.44 Passons à l'enveloppe pseudo-abélienne \(\widetilde{\mathbf{B}}\) de \(\mathbf{B}\), c'est-à-dire à son enveloppe de Karoubi, puisque \(\mathbf{B}\) est déjà additive. On obtient tous les \(\Lambda\)-modules gradués libres de type fini à générateurs en degrés \(\leq 0\). C'est une catégorie additive et karoubienne, munie d'un \(\otimes\) induit par le produit des variétés, qui a toutes les vertus, sauf d'être abélienne et d'avoir des \(\mathrm{Hom}\) internes.45

L'objet \(\Lambda(-1)\). Pour obtenir les \(\mathrm{Hom}\) internes, on peut paraphraser la construction des motifs. Soit \(p : S^{1} \to e\) l'application du cercle sur un point. Le morphisme \(p^{\bullet} : e \to S^{1}\) de \(\mathbf{B}\) est scindé par le choix d'un point de \(S^{1}\), et l'on pose \[ \Lambda(-1) = \mathrm{coker}\big(p^{\bullet} : e \to S^{1}\big) \ \in\ \widetilde{\mathbf{B}}, \qquad B_\bullet(S^{1}) = \Lambda \oplus \Lambda(-1). \] C'est un module libre sur un générateur de degré \(-1\), donc un objet de poids 1, le poids étant le degré des générateurs changé de signe.46 Le foncteur \(M \mapsto M(-1) = M \otimes \Lambda(-1)\) de \(\widetilde{\mathbf{B}}\) dans elle-même est pleinement fidèle, et une construction formelle standard permet de rendre \(\Lambda(-1)\) inversible. Dans la catégorie obtenue, les \(\mathrm{Hom}\) internes existent et valent \(\check{X} \otimes Y\) ; on y trouve tous les \(\Lambda\)-modules gradués libres de type fini.47

Cette catégorie n'est pas abélienne, puisque \(\Lambda\) n'est pas un corps. On s'attend à ce que la catégorie abélienne engendrée soit celle des \(\Lambda\)-modules gradués de présentation finie. Elle est bien abélienne, quoique \(\Lambda\) ne soit pas noethérien : \(\Lambda\) est limite inductive d'anneaux de polynômes en un nombre fini de variables, à morphismes de transition plats, et il est donc cohérent.48

14–16

L'analogie avec les motifs, la catégorie \(\mathbf{S}\) et le groupe de Steenrod (pages 14 à 16)

L'analogie. Cette construction ressemble à une théorie des motifs où l'on n'aurait pas passé à l'équivalence homologique des cycles, mais gardé l'équivalence rationnelle, bien trop fine à beaucoup d'égards.49 Pour un équivalent plus étroit, on pourrait poser le même problème universel en prenant l'équivalence homologique des morphismes, via le graphe, au lieu de l'équivalence homotopique. Un passage biffé à la main en tirait une conclusion décevante : la catégorie solution aurait pour flèches toutes les correspondances cohomologiques, et donnerait, après inversion de \(\mathbb{F}_2(-1)\), tous les espaces vectoriels gradués de dimension finie sur \(\mathbb{F}_2\), « un peu trop trivial comme structure ».50

La catégorie \(\mathbf{S}\). Pour trouver une catégorie universelle, on associe à \(X\) l'ensemble \(S(X) \subset H^{\bullet}(X)\) des classes de sous-variétés de \(X\), modulo équivalence homologique. On prouve, par un théorème de Thom dont il va être question, que c'est un sous-anneau ; par le même théorème, les \(S(X \times Y)\) sont stables par composition des correspondances cohomologiques, ce qui ne semble pas trivial, puisque les \(S(X)\) ne sont pas stables par Gysin. D'où une catégorie additive \(\mathbf{S}\), dont les objets sont les variétés et les flèches les éléments des \(S(X \times Y)\). « Il semble qu'elle doive jouer le rôle universel que j'ai envisagé plus haut. »51

Le groupe \(G\). Pour en donner une interprétation algébrique, considérons l'algèbre de Steenrod \(\mathcal{A}\) des opérations cohomologiques stables modulo 2. Elle est graduée, et munie d'une diagonale associative et unitaire, anticommutative, c'est-à-dire commutative (on est en caractéristique 2). Son dual gradué \(\mathcal{A}_*\) est une algèbre commutative, avec une diagonale associative et unitaire, et réduite à \(\mathbb{F}_2\) en degré 0. C'est donc l'anneau d'un schéma en groupes affine \(G\) sur \(\mathbb{F}_2\). La page l'identifie au foncteur des \(\otimes\)-automorphismes additifs de \(H^{\bullet}\) sur \(\mathcal{V}\) qui opèrent trivialement sur \(H^{1}(S^{1})\).52

Le tapuscrit énonce alors, comme « le théorème de Thom », qu'un \(x \in H^{\bullet}(X)\) est dans \(S(X)\) si et seulement s'il est fixe par \(G\), c'est-à-dire si \(\mathcal{A}^{+} x = 0\), et demande aussitôt : « Pourquoi cette condition est-elle déjà nécessaire ? ». Nous rapportons cet énoncé sous réserve : lu avec l'action usuelle des carrés de Steenrod sur la cohomologie, il est en défaut.53 Sous cette réserve, le foncteur \(H^{\bullet}\), de \(\mathbf{S}\) vers les représentations de \(G\) dans des espaces vectoriels sur \(\mathbb{F}_2\), serait pleinement fidèle. Son enveloppe pseudo-abélienne serait une sous-catégorie pleine des représentations de \(G\) ; il est douteux qu'elle soit abélienne, et plus encore qu'elle contienne toutes les représentations de dimension finie.

\(G\) est prolisse et, « d'après Quillen », pro-unipotent. Une note manuscrite en marge confirme : « oui, car son anneau affine est une algèbre de polynômes à une infinité d'indéterminées », réunion de sous-algèbres de type fini stables par la diagonale \(\Delta\).54 Ici \(G\) joue le rôle d'un groupe de Galois motivique. Contrairement à la situation familière, il est fortement non réductif, et son corps de définition est \(\mathbb{F}_2\), non \(\mathbb{Q}\).55

16–16

Orientations (page 16)

Quillen généralise la construction de \(\mathbf{B}\) de deux façons. D'abord aux variétés non nécessairement compactes, \(f_\bullet\) n'étant alors défini que pour \(f\) propre. Ensuite à une condition d'orientation stable sur les morphismes, donnée par un morphisme \(H \to BO(\infty)\), où \(H\) est un H-espace dont la page se demande s'il est commutatif, associatif et unitaire. Une orientation de \(f : X \to Y\) est un relèvement homotopique à \(H\) de l'application \(X \to BO\) qui classe \(T_X - f^{\bullet}T_Y\). Les morphismes \(\mathrm{Hom}_{\mathbf{B}^{H}}(X, Y)\) sont les classes de diagrammes \(X \leftarrow Z \to Y\) de morphismes orientés, le second propre, modulo les bords de tels diagrammes. Comme ensemble, cela se décrit par la variété \(X \times Y\) munie de la famille des fermés propres sur \(Y\).56

Une note manuscrite au pied de la page ajoute : « Les \(B^{H}_{m}(X)\) (\(X\) compact disons) peuvent se décrire homotopiquement à la Thom, comme les groupes d'homotopie stables d'espaces \(\mathrm{Hom}(X, MH(N-m))\) … ». C'est la construction de Pontryagin–Thom, \(MH\) désignant l'espace de Thom associé à \(H\).57

1–16

La couche manuscrite de la photocopie, et sa date

La couche manuscrite de 111 a deux strates, que la photocopie a fondues en un seul gris. La première est l'encre bleue de l'exemplaire annoté du dossier 162-5 : la date, les corrections de notation, les réponses « oui » et « non, … », les insertions des pages 11 à 16. La seconde est faite des marques que porte aussi la photocopie de 162-5 et non l'exemplaire annoté. La transcription de 111 en relève six : « (compactes ?) » (page 11), « NB \(H^{*}(X)\) » et « i.e. l'enveloppe “Karoubienne” » (page 13), « \(=\) karoubienne \(+\) additive » et le \(\Lambda\) porté dans un blanc de la frappe (page 14), et « cf exposé Karoubi à Bourbaki … » (page 16).58 Sur 111 comme sur la photocopie de 162-5, ces marques ont les mêmes traits aux mêmes places : ce sont des reproductions d'une seule écriture, non une écriture reprise.

Les deux premières précisent des hypothèses que le texte laisse implicites, les deux suivantes traduisent son vocabulaire dans celui qui s'imposera, et le \(\Lambda\) comble un blanc. La dernière, d'une encre plus pâle, pointe selon toute vraisemblance vers l'exposé de Karoubi au Séminaire Bourbaki de 1971-1972, « Cobordisme et groupes formels (d'après D. Quillen et T. tom Dieck) ». Cet exposé rend compte des résultats de Quillen sur le cobordisme et les lois de groupes formels, ceux-là mêmes qui répondent aux questions de la page 13. Si c'est bien lui, la note est postérieure à 1971, et 111, qui la reproduit, a été tiré plus tard encore. C'est une inférence, non une date lue. La datation du dossier reste celle de l'inventaire, « 1968 », qui est celle du texte dactylographié ; et le classement du dossier parmi les pièces rassemblées autour de « À la poursuite des champs » est celui des archivistes, qui ne date pas la copie.

Notes

  1. Tout ceci est le constat de la transcription de 111, établie puis revue sur l'exemplaire annoté, et non une lecture nouvelle. Le texte suivi ici est partout celui de 111. L'exemplaire annoté n'est invoqué qu'aux endroits où la transcription de 111 le cite elle-même pour lire un passage pâli par la photocopie, ou quand une note le dit. ↩
  2. La page note \(S(C)\) le nerf et \((\mathrm{Ssimpl})\) la catégorie des ensembles semi-simpliciaux, c'est-à-dire, dans la terminologie de l'époque, simpliciaux. Nous réservons la lettre \(S\) à la troisième partie. ↩
  3. La page écrit au second membre \(\varprojlim^{(i)}_{C} F\), au lieu de l'image inverse de \(F'\), et indexe \(\varprojlim\) par \(C\) plutôt que par \(C^{\circ}\). La parenthèse ouverte devant « du topos » n'est pas refermée, et ce \(\widehat{C}\) porte un chapeau pâle là où le reste de la page trace des tildes à la main. « Homotopisme » se dit aujourd'hui équivalence faible de catégories. Le théorème A de Quillen (1973) en donnera un critère suffisant par les catégories comma ; le livre d'Artin et Mazur, « Etale homotopy », paraîtra en 1969. Les deux sont postérieurs à ces notes. ↩
  4. C'est bien le cas : le topos des préfaisceaux ne voit \(C\) qu'à complétion de Karoubi près, et deux catégories de même enveloppe karoubienne ont des topos de préfaisceaux équivalents. Les tildes de la page sur les \(C\) de ce paragraphe et du suivant sont tracés à la main. ↩
  5. La page les définit comme les foncteurs « transformant isomorphismes en isomorphismes », ce que fait tout foncteur. Le sens est celui du premier alinéa : toute flèche est envoyée sur un isomorphisme. ↩
  6. On le cite d'ordinaire d'après Illusie (1972), qui l'attribue à Quillen ; Thomason (1980) en fera une équivalence de catégories de modèles. L'isomorphisme \(N(\Delta/X) \to X\) est réalisé par l'application « dernier sommet ». ↩
  7. La page ne dit pas comment Quillen le construit, et nous n'en disons pas plus qu'elle. ↩
  8. La frappe porte \(\coprod_{x \in X_n}\) ; la main écrit en regard un signe de produit suivi d'un point d'exclamation. Des cochaînes sont bien un produit, et nous écrivons \(\prod\). « covariant » est une lecture incertaine : la frappe porte « con », trois lettres biffées à la machine, puis « variant », de sorte que « contravariant » n'est pas exclu. La suite, qui passe au système « contravariant défini par \(F\) », appelle « covariant ». ↩
  9. La réponse ne dit pas laquelle des trois lacunes elle comble. Pour la première, il y a bien une réponse : un système de coefficients covariant quelconque sur \(X\) est un faisceau sur la catégorie opposée \(T(X)^{\circ}\), et sa cohomologie classique est celle des \(\varprojlim^{i}\) sur \(T(X)\). Cette remarque est la nôtre. ↩
  10. La page dit « n'importe quel anneau de base (à condition de le supposer \(\neq 0\) dans le cas de la réciproque) ». Pour la réciproque, c'est faux. Soit \(C\) une catégorie dont le nerf est un \(K(\mathbb{Z}/p, 2)\), et \(u : C \to e\). À coefficients dans \(\mathbb{Q}\), ou dans \(\mathbb{F}_{\ell}\) avec \(\ell \neq p\), les systèmes locaux sur \(C\) sont constants, puisque \(C\) est simplement connexe, et \(H^{i}(C, M) = 0\) pour \(i > 0\) ; \(u^{*}\) est donc une équivalence, et \(u\) n'est pas un homotopisme. À coefficients dans \(\mathbb{Z}\), l'équivalence des systèmes locaux donne l'isomorphisme des groupes fondamentaux, et celle des cohomologies à coefficients locaux donne l'homotopisme, par le théorème de Whitehead. Le contre-exemple est le nôtre ; c'est aussi celui de la lecture modernisée du dossier 162-5. ↩
  11. « \(X\) et \(X'\) » est écrit à la main au-dessus de « \(X\) (resp. \(X'\)) » biffé, de sorte que « soit » et « trivial » restent au singulier ; « \(\geq 1\) » est ajouté à la main et « de \(X'\) » biffé après « tout objet \(U\) ». La flèche de « \(f : X \to X'\) » manque à la frappe. En tête de la page 4, la phrase a été reprise à la machine en plusieurs couches : « pleinement fidèle (resp. » y est biffé, et « foncteur pl. fid. (resp. une équivalence) » surcharge « isomorphisme » ; « une équivalence » est la lecture retenue. Une parenthèse biffée à la machine se demandait si cette propriété ne devait pas être mise dans les hypothèses sur \(f\). Dans la phrase sur les coefficients locaux, la page écrit \(C\), \(C'\) là où le contexte demande \(X\), \(X'\). ↩
  12. Le mot après « bien par » est illisible sur 111, précédé d'un mot biffé ; la transcription de l'exemplaire annoté (dossier 162-5, page 34) y lit, sous doute, « variétés ». « typiquement », « avec » et « étale » sont aussi des lectures incertaines. Le constat se vérifie au moins sur un exemple, et l'argument est le nôtre : pour une courbe complexe \(X\) de genre \(\geq 1\) et un revêtement fini étale \(U \to X\) de degré \(d\), la trace montre que \(H^{1}(X, \mathbb{Z}/m) \to H^{1}(U, \mathbb{Z}/m)\) est injectif pour \(m\) premier à \(d\). Aucun tel revêtement ne tue donc à la fois tous les \(H^{1}\), comme le demande b). Nous ne développons pas le cas d'un recouvrement étale quelconque. ↩
  13. Remarque nôtre. Il existe des groupes acycliques non triviaux, par exemple le groupe de Higman à quatre générateurs. Pour un tel groupe \(G\), le morphisme du topos \(BG\) vers le point, entre topos localement homotopiquement triviaux, induit des isomorphismes sur la cohomologie de tout système local abélien du point. Ce n'est pas un homotopisme : \(H^{1}(-, G)\) le distingue, et a') échoue. Le phénomène est celui qu'exploite la construction « plus » de Quillen, postérieure à ces notes. ↩
  14. L'exposant et l'indice de ce dernier \(D\) sont ajoutés à la main. ↩
  15. L'idée de décrire un type d'homotopie par des coefficients reviendra chez lui, sous une tout autre forme, dans « À la poursuite des champs » (1983), auprès duquel le dossier est classé. Nous n'allons pas plus loin. ↩
  16. Ce n'est pas une bicatégorie au sens de Bénabou (1967), c'est-à-dire une 2-catégorie faible : c'est la catégorie double d'Ehresmann (1963). Nous employons le nom moderne pour éviter le contresens. La page dit « un triple » pour une donnée à cinq termes et ne mentionne pas le foncteur unité, que nous ajoutons. Sur cette page et la suivante, la main barre les exposants tapés \(0\), \(1\), \(00\), … et les récrit en indices ; nous suivons la correction. ↩
  17. La page laisse la phrase en suspens, « des objets qui … », et énonce la condition une ligne plus bas, pour les objets bisimpliciaux ; nous la complétons par celle-ci. Le nom de Segal est postérieur. ↩
  18. Un double trait vertical manuscrit, en marge, signale ces deux phrases. Suit, biffé à la machine : « En particulier entre cette dernière notion et celle de ». C'est la voie que prendront, pour les \(n\)-catégories faibles, Tamsamani et Simpson à la fin des années 1990. ↩
  19. La notion de catégorie de Picard est la sienne. Deligne en donnera l'exposé de référence en 1973 (SGA 4, exposé XVIII, § 1.4), avec l'équivalence entre catégories de Picard strictement commutatives et complexes de longueur 1 à quasi-isomorphisme près. ↩
  20. La biffure est fondée. Une catégorie de Picard symétrique dont la symétrie \(c_{x,x}\) n'est pas l'identité ne peut pas être équivalente à un groupe abélien strict dans \((\mathrm{Cat})\) : seules les catégories de Picard strictement commutatives le sont. En marge, en regard de ces lignes, une note manuscrite écrite de biais est barrée de traits obliques et ne se lit pas sur 111. Sur l'exemplaire annoté (dossier 162-5, page 38), la marge porte en outre une note conservée selon laquelle une « cat. de Picard commut. » ne se réalise que par un \((\mathrm{Cat})\)-groupe non commutatif ; la transcription de 111 ne la rapporte pas. Le terme de Gr-catégorie, qu'on lit ici en 1968, est celui que reprendra la thèse de Hoàng Xuân Sính (1975), préparée sous sa direction ; on dit aujourd'hui aussi 2-groupes. ↩
  21. Les mots « simplifie », « Grab », « seuls invariants », \(H_0\), \(H_1\) sont pâlis sur la photocopie, et un mot y est illisible ; l'exemplaire annoté (dossier 162-5, page 38) les lit clairement. Pour les objets, l'énoncé est exact parce que \(\mathrm{Ext}^{2}_{\mathbb{Z}} = 0\) : un complexe de longueur 1 est quasi-isomorphe à \(H_0 \oplus H_1[1]\). Les morphismes voient encore \(\mathrm{Ext}^{1}(H_0, H_1)\). ↩
  22. La troncature est notre précision : \(R\mathrm{Hom}\) entre complexes de longueur 1 a de la cohomologie en trois degrés, \(-1\), \(0\) et \(1\), et une catégorie de Picard n'en retient que deux. C'est sous cette forme que l'énoncé figure chez Deligne (SGA 4 XVIII). ↩
  23. « donnés » est souligné à la main ; une croix manuscrite de renvoi suit « d'associativité », et un crochet manuscrit entoure les deux dernières lignes. ↩
  24. Remarque nôtre : à calculer les invariants, la seconde opération ressemble plutôt au passage à l'espace des lacets. Les \(\pi_0\), \(\pi_1\) de la Gr-catégorie des automorphismes de l'unité sont les \(\pi_1\), \(\pi_2\) de la Gr-2-catégorie de départ ; c'est un décalage plus qu'une troncature. Deux mots de la parenthèse portent un signe manuscrit de renvoi. ↩
  25. Les signes \(>\) de ce passage sont récrits à la main. La lettre à Verdier n'est pas dans le dossier. ↩
  26. Remarque nôtre. La classe \(ab \in H^{4}(S^{2} \times S^{2}; \mathbb{Z})\), produit des deux générateurs, définit une application non homotope à zéro \(S^{2} \times S^{2} \to K(\mathbb{Z}, 4)\) ; sa bouclée est pourtant homotope à zéro, parce que la suspension cohomologique annule les produits. La note de marge est écrite de biais ; la question est signalée par un double trait vertical, et « ponctuée », tapé en interligne, est mis à sa place par un trait. ↩
  27. La frappe portait « colonne », que la main biffe et remplace par « cond. ». Les deux « \(\leftarrow 0\) » de droite sont ajoutés à la main. ↩
  28. Pour des groupes abéliens stricts, la catégorie dérivée est bien la bonne cible. Pour les versions faibles et symétriques, elle ne l'est plus : ce sont des spectres tronqués qui les classent, et non des complexes. La biffure « resp. de vraie commutativité » de la page 7 enregistre déjà ce phénomène au cran 1. ↩
  29. Un crochet ouvrant manuscrit précède « Mais on notera ». Nous n'identifions pas le « tapis de Roos ». Quillen définira les \(K_n\) supérieurs en 1970–1972, par la construction « plus » puis par la construction \(Q\) (publiée en 1973) ; pour une catégorie monoïdale symétrique, ce sera par complétion en groupe (Grayson, 1976, d'après Quillen). Schlichting (2002) montrera que la \(K\)-théorie n'est pas un invariant de la catégorie triangulée seule, ce qui donne du poids aux guillemets de « vraies ». ↩
  30. Avec un double trait vertical. C'est en effet par un espace que Quillen définira les \(K_n\). La marge n'est pas datée. ↩
  31. La seconde moitié de la note est barrée de traits obliques, sous lesquels elle reste lisible par endroits. Elle parlait d'une interprétation de l'opération des lacets, \(\Omega\), en termes du « shift géométrique » sur les \(n\)-catégories ; plusieurs mots en sont incertains, et un est illisible. L'exemplaire annoté (dossier 162-5, page 41) porte la même phrase. ↩
  32. La frappe ne dit pas « compactes ». Nous l'ajoutons : les images directes, la composition des correspondances et la surjectivité de Thom invoquée plus bas l'exigent. La main écrit justement « (compactes ?) » à cet endroit ; c'est l'une des notes propres à la photocopie, absente de l'exemplaire annoté. La généralisation de la page 16 lève ensuite l'hypothèse. ↩
  33. Ce cadre, deux fonctorialités liées par le changement de base transverse, est celui que Quillen rendra célèbre en 1971 pour le cobordisme complexe (« Elementary proofs of some results of cobordism theory using Steenrod operations ») ; on le retrouve dans les théories bivariantes de Fulton et MacPherson (1981) et dans le cobordisme algébrique de Levine et Morel (2007). Tout cela est postérieur à ces notes. La page note \(B\) la catégorie but ; nous écrivons \(\mathcal{E}\), pour garder \(\mathbf{B}\) à la solution. ↩
  34. La graduation (« NB L'anneau est de plus gradué par la dimension relative … », en interligne, et « (gradué) ») et la parenthèse qui rattache la formule de projection au changement de base sont des ajouts manuscrits ; « gradué » est une lecture incertaine. En termes d'aujourd'hui, \(B_d(X)\) est le groupe de cobordisme non orienté \(MO^{-d}(X)\) d'Atiyah (1961) ; par la dualité de Poincaré–Atiyah, c'est aussi le bordisme \(\mathfrak{N}_{n+d}(X)\) de Thom, si \(X\) est de dimension \(n\). La page dit « anneau de bordisme ». ↩
  35. La page renvoie aux « constructions bien connues » ; la formule de composition est la nôtre, et c'est elle qui demande \(Y\) compact. ↩
  36. La frappe écrit « \(F^{\bullet} : C \to \mathbf{B}\) », sans l'opposée qu'appelle un foncteur contravariant. ↩
  37. La page écrit « un \(Z_1\) cobordant au dessus de \(X\) » ; il s'agit d'un cobordisme au-dessus de \(X \times Y\), comme le dit la phrase suivante. « est le même » est ajouté à la main. ↩
  38. La page écrit \(X\) pour notre \(W\), qui est son \(\overline{T}'\), et note \(\overline{g}\) le prolongement. Elle écrit \(\alpha_s^{*}\alpha_{s*} = \Gamma^{*} i_{s*}\) : lu comme une composition, le premier membre ne se compose pas, et nous écrivons l'ordre qui convient. Le changement de base pris dans l'autre sens donne aussi \(i_s^{\bullet} \Gamma_{\bullet}\), qui convient de même. Les \(\alpha\), les astérisques et les étiquettes du carré sont portés à la main dans des blancs de la frappe ; la première étiquette du composé se lit \(\alpha_i\) sans astérisque, ici comme sur l'exemplaire annoté, et l'étiquette \(\Gamma = (p, \mathrm{id})\), pâle sur la photocopie, a son signe \(=\) souligné. Nous ne savons pas résoudre l'abréviation « AQT ». ↩
  39. La description des générateurs est une insertion manuscrite, pâle et rognée au bord droit sur 111, lue avec l'exemplaire annoté (dossier 162-5, page 45) ; « entier \(\geq 1\) » et « \(\neq\) de la forme \(2^{\nu} - 1\) » restent des lectures incertaines. Elle est exacte. ↩
  40. \(H^{\bullet}(X)\) est la cohomologie à coefficients dans \(\mathbb{F}_2\), comme le précise en marge une note propre à la photocopie : « NB \(H^{*}(X)\) \((= H^{*}(X, \mathbb{F}_2))\) ». La surjectivité combine le théorème de représentabilité de Thom pour l'homologie modulo 2 et la dualité de Poincaré, d'où, encore, l'hypothèse de compacité. ↩
  41. « en fait » est une lecture incertaine. ↩
  42. Justification (nôtre). \(B_\bullet(X)\) est un \(\Lambda\)-module libre (Conner et Floyd, 1964), de quotient \(H^{\bullet}(X)\) modulo \(\Lambda^{+}\). Par le lemme de Nakayama gradué, les images d'une base homogène engendrent, et un épimorphisme entre modules libres de même rang gradué, de dimension finie en chaque degré, est un isomorphisme. ↩
  43. « a) » est raturé à la main ; devant b), un crochet manuscrit ouvre la clause, et « Quillen ignore si » est écrit au-dessus de « Le » biffé. Un point d'interrogation et un grand trait en arc sont en marge. Ces deux questions, multiplicativité et compatibilité aux images directes, sont exactement celles que tranchera la note de Quillen de 1969, « On the formal group laws of unoriented and complex cobordism theory ». La loi de groupe formel du cobordisme non orienté y est universelle parmi les lois \(F\) sur les \(\mathbb{F}_2\)-algèbres telles que \(F(x,x) = 0\) ; toute telle loi est isomorphe à la loi additive sans lui être égale, et c'est cet écart qui gouverne la compatibilité d'un relèvement multiplicatif aux images de Gysin. Ces notes de septembre 1968 ne pouvaient pas le savoir, et nous ne leur prêtons rien de ce qui précède. ↩
  44. La pleine fidélité résulte de l'isomorphisme précédent, de la formule de Künneth et de la dualité de Poincaré ; la page ne la détaille pas. ↩
  45. La page dit « catégorie quasi-abélienne », au sens de pseudo-abélienne. Ce n'est pas la catégorie quasi-abélienne au sens moderne (Schneiders, 1999), notion toute différente. Deux notes manuscrites propres à la photocopie le disent en toutes lettres : « i.e. l'enveloppe “Karoubienne” », de biais en regard du mot, que la main souligne d'un trait ondulé (page 13), et « \(=\) karoubienne \(+\) additive », en tête de la page 14. Le tilde de \(\widetilde{\mathbf{B}}\) est ajouté à la main. ↩
  46. La frappe écrit \(S\) pour le cercle, et « \(\Lambda(-1)\) » est ajouté à la main, comme « en » devant « considérant ». Le scindage, qui fait exister le conoyau dans l'enveloppe karoubienne, est notre précision. C'est l'analogue de la décomposition du motif de la droite projective en l'unité et le motif de Lefschetz. ↩
  47. Le tilde et le signe de \(\check{X}\) sont portés à la main. ↩
  48. Le tapuscrit demandait si \(\Lambda\) était noethérien, et si le nombre de générateurs était fini ; la main biffe la question et répond par la phrase que nous rendons. « de type » est corrigé en « de présentation » à la main. Le « lim » manuscrit ne porte pas de flèche visible. Le terme d'anneau cohérent est le nôtre. ↩
  49. On parle aujourd'hui de motifs de Chow, dans le cadre exposé par Manin en 1968. « à beaucoup » et « convient », un peu plus loin, sont des lectures que la transcription a dû établir sur des frappes surchargées ; la seconde reste incertaine. ↩
  50. Le passage commence à la dernière ligne de la page 14 ; il est biffé d'un trait par ligne sur la page 14 et de grands traits en zigzag sur la page 15. ↩
  51. « él. des » est ajouté à la main. ↩
  52. Après « stables », une définition tapée de l'anneau des opérations est biffée à la main ; un long trait vertical et un signe de renvoi sont en marge. La restriction « qui opèrent trivialement sur \(H^{1}(S^{1})\) » est manuscrite ; elle biffe un mot avant \(H^{1}(S^{1})\) et se termine sur un mot raturé. C'est elle qui écarte les automorphismes de graduation. Aujourd'hui, \(\mathcal{A}_* = \mathbb{F}_2[\xi_1, \xi_2, \ldots]\) (Milnor, 1958), et \(G(R)\) est le groupe, pour la composition, des séries \(x + \sum a_i x^{2^{i}}\) : les automorphismes stricts du groupe formel additif. ↩
  53. Remarque nôtre. Une droite \(\mathbb{RP}^{1} \subset \mathbb{RP}^{2}\) est une sous-variété, de classe le générateur \(a \in H^{1}(\mathbb{RP}^{2})\), et \(\mathrm{Sq}^{1}a = a^{2} \neq 0\). La nécessité échoue donc, comme la page le soupçonne. L'énoncé doit viser une autre action, par exemple sur l'homologie, ou tordue par les classes de Wu, que la page ne permet pas de restituer. Ce qui en dépend ci-dessous est rapporté sous la même réserve. ↩
  54. Note de sept lignes écrite de biais dans la marge gauche, rattachée par une flèche à la parenthèse sur \(G\) ; le premier mot est rogné, plusieurs mots sont incertains et trois sont illisibles sur 111. L'exemplaire annoté (dossier 162-5, page 48) la porte plus lisible ; nous en donnons le sens. Le « car » justifie la prolissité, par les sous-algèbres \(\mathbb{F}_2[\xi_1, \ldots, \xi_n]\) stables par la diagonale ; la pro-unipotence vient de ce que l'algèbre de Hopf est graduée connexe, réduite à \(\mathbb{F}_2\) en degré 0. ↩
  55. L'expression « groupe de Galois motivique » est sur la page, en 1968. Le formalisme tannakien qui lui donne son sens précis sera publié par Saavedra Rivano en 1972. Nous ne tirons de cette rencontre aucune conclusion de priorité. ↩
  56. La page note \(H(X,Y)\) ces ensembles de morphismes, avec la même lettre que l'H-espace ; nous changeons la notation. « stable » est tapé en interligne et rattaché à sa place par un trait manuscrit ; le « t » de « Quillent » est barré à la main. Pour \(H = BO\) on retrouve \(\mathbf{B}\) ; pour \(H = BU\), on obtient le cobordisme complexe \(MU\), celui où Quillen trouvera en 1969 la loi de groupe formel universelle. Ce sont les \((B,f)\)-structures de Lashof (1963). ↩
  57. L'indexation est celle de la page, qui ne l'explique pas. La page écrit un \(\mathrm{Hom}\) souligné, c'est-à-dire un espace d'applications. ↩
  58. La lecture modernisée du dossier 162-5 range aussi parmi les marques propres à sa photocopie le « Si ! » de la page 3, « cond. » sur « colonne » (page 8), « en » (page 14), « él. des » (page 15) et le t biffé de « Quillent » (page 16). La transcription de 111 les porte sans les attribuer à l'une ou l'autre strate ; nous ne tranchons pas. Le « au crayon » d'une première lecture de 111 n'est pas confirmé : ces notes sont grises comme le reste. ↩