Cote n° 11 · pages 1–57 · Lecture modernisée · Formalisme des correspondances : notes manuscrites (s.d.) — lecture modernisée du dossier entier
Datation de l’inventaire : [à partir de 1961]
Édition de démonstration — interprétation personnelle de l'œuvre

Résumé

Ces feuillets cherchent les règles les plus économes qui permettent de composer des correspondances comme on compose des applications : de fabriquer, à partir de la cohomologie des espaces, une catégorie dont les flèches sont des classes vivant sur des produits.

L'image la plus simple est celle des matrices. Une matrice à lignes indexées par un ensemble fini \(X\) et colonnes indexées par \(Y\) est une fonction sur le produit \(X \times Y\). Pour composer deux matrices, on les prolonge toutes deux à \(X \times Y \times Z\), on les multiplie point par point, puis on somme sur l'indice du milieu. La matrice identité est la fonction qui vaut \(1\) sur la diagonale et \(0\) ailleurs ; une application \(f \colon X \to Y\) donne la matrice de son graphe ; une matrice agit sur les fonctions sur \(X\) par la même recette. Rien de tout cela n'utilise autre chose que trois opérations : tirer une fonction en arrière le long d'une application, multiplier, et sommer sur les fibres.

L'idée du dossier est que la cohomologie d'un espace offre exactement ces trois opérations : l'image inverse \(f^{*}\), le cup-produit, et l'image directe \(f_{*}\), qui « intègre sur les fibres ». Deux formules les relient, et ce sont les seules qu'on utilise : la formule de projection, et une formule d'échange, qui dit qu'on peut permuter image inverse et image directe dans un carré cartésien. Avec elles, les pages 2 à 16 construisent la catégorie des correspondances : ses objets sont les espaces, les flèches de \(X\) vers \(Y\) sont les classes de cohomologie de \(X \times Y\), et la composition est la recette des matrices. Chaque fois qu'il a fini une vérification, il fait le compte de ce dont il s'est servi — tel cas de la formule d'échange et pas tel autre, la multiplication et jamais l'addition — et c'est ce compte qui dessine les axiomes. Les pages 20 à 24 cherchent ensuite les sous-familles de classes qui sont stables par toutes ces opérations ; la plus petite, dans les cas géométriques, est formée des classes de sous-variétés.

La seconde moitié change de point de vue. Pour une algèbre de cohomologie qui satisfait la dualité de Poincaré, l'image directe est entièrement déterminée par l'image inverse ; les pages 26 à 39 font de ces algèbres les objets d'une catégorie, découvrent au passage que les signes s'y dérèglent dès que les degrés sont impairs, et repèrent qu'on ne peut pas se borner à ces algèbres-là. Les pages 41 à 47 reprennent tout le programme dans un langage où les espaces sont remplacés par les puissances \(X^{I}\) d'un seul espace.

La fin du dossier (pages 50 à 56) calcule. Dans la cohomologie des puissances \(X \times \cdots \times X\), on ne garde que ce qu'on peut fabriquer à partir de la classe d'un point et des diagonales, et on cherche la table de multiplication de ces classes. Quand deux diagonales se coupent « comme il faut », leur produit est une diagonale ; quand elles se coupent mal, il apparaît un nombre, la caractéristique d'Euler de \(X\). C'est l'analogue exact de la trace de la matrice identité, qui compte les points de \(X\) : pour un espace, la diagonale coupée par elle-même compte, avec leurs signes, les points fixes de l'identité. La page 30 demande dans quels cas la formule d'échange reste vraie ; ce calcul en contient la réponse géométrique, sans que le dossier la formule comme telle.

Ce que ces pages manient — la catégorie des correspondances d'une cohomologie, son sous-anneau de classes algébriques, des relations d'équivalence (numérique, homologique) — figure parmi les ingrédients de ce qu'on appelle aujourd'hui les motifs purs. D'autres structures du dossier portent aujourd'hui les noms de foncteur de Green, d'algèbre de Frobenius, de formule d'intersection en excès et d'anneau tautologique ; ces noms sont ceux de l'édition, pas ceux des pages.

Keywords — category of correspondences, pure motives, Weil cohomology, projection formula, base change, Green functor, algebraic cycle class, Chow ring, adequate equivalence relation, Poincaré duality algebra, Frobenius algebra, Koszul sign rule, symmetric simplicial object, diagonal class, excess intersection formula, Euler characteristic, tautological ring

2–2

Le fil du dossier, et les conventions

Les stations. Le dossier suit un seul programme, mené deux fois.

  1. Pages 2 à 18. Une théorie « bivariante » \(A\) sur une catégorie \(\mathcal{V}\) à produits ; la catégorie des correspondances \(\mathcal{V}^{A}\) ; le foncteur des graphes, l'action sur les \(A(X)\), la transposition ; une remarque sur ce que les calculs ont réellement utilisé.
  2. Pages 20 à 24. Les sous-foncteurs stables \(A' \subset A\) : critère, plus petit sous-foncteur stable, engendrement.
  3. Pages 26 à 35. Les algèbres de Poincaré, puis les algèbres munies d'une forme, où l'image directe est déterminée par l'image inverse ; le signe de \((f \times g)_{*}\) ; le décalage des degrés.
  4. Pages 37 et 39. Le produit tensoriel n'est pas un produit ; les algèbres bivariantes simpliciales et spéciales ; une Proposition sur les systèmes stables \(A_{n} \subset H^{*}(X^{n})\).
  5. Pages 41 à 47. Seconde mouture : algèbres jaugées simpliciales, exemples, correspondances entre puissances \(X^{I}\), unités. Elle s'arrête avant l'associativité.
  6. Pages 50 à 56. La sous-algèbre tautologique de \(H^{*}(X^{n})\).

Les deux formalismes des correspondances — pages 2 à 16 et pages 43 à 47 — sont deux moutures du même texte et sont gardés distincts ; « seconde » dit l'ordre du dossier, rien sur les feuillets ne date l'une par rapport à l'autre. La seconde change l'ordre des facteurs de la composition, travaille sur les puissances d'un seul espace, et oublie d'abord l'axiome d'échange, ce que la page 45 note elle-même.

Hypothèse de signe. Sauf mention contraire, les algèbres \(A(X)\) sont commutatives au sens gradué et toutes les images directes \(f_{*}\) sont de degré pair. Sous cette hypothèse, toutes les identités des pages 2 à 24 valent sans signe.1

Notations, fixées pour tout le dossier. Plusieurs lettres servent deux ou trois fois sur les pages ; on les sépare ainsi.

Ce que le dossier annonce sans l'établir. L'énoncé exact de l'axiome d'échange (page 2 ; « Question » de la page 30 ; « axiome cartésien oublié ! » à la page 45) ; la multiplicativité de la transposition (page 14) et l'identification du côté contravariant (page 16), toutes deux marquées « à vérifier » ; la théorie des monoïdes gradués à involutions (page 18) ; un énoncé plus général où l'on ne demande la stabilité que pour une famille de morphismes (marge de la page 20) ; ce par quoi \(A_{\mathrm{sp}}\) est engendré (page 22, la ligne s'arrête) ; l'équivalence entre algèbres simpliciales et algèbres de Poincaré (pages 37 et 41, « à vérifier » ; la restriction aux algèbres spéciales est de l'édition) et les axiomes à imposer à \(\Delta\) (page 41) ; une démonstration de la Proposition de la page 39 ; l'associativité et les unités de la seconde mouture (la page 47 s'arrête sur une virgule) ; les relations de \(H^{*}(X^{k})\) (page 52, le titre seul) ; le d) de la page 56, biffé.

2–2

La catégorie des correspondances d'une théorie bivariante (pages 2 à 18)

Les données

Soit \(\mathcal{V}\) une catégorie possédant les produits finis, donc un objet final \(e\). On se donne un foncteur \(A\) de \(\mathcal{V}\) dans la catégorie \(\mathcal{C}\) des algèbres graduées bivariantes : pour tout objet \(X\), une \(k\)-algèbre graduée unitaire \(A(X)\) ; pour tout \(f \colon X \to Y\), un homomorphisme d'algèbres unitaires \(f^{*} \colon A(Y) \to A(X)\) et une application \(k\)-linéaire homogène \(f_{*} \colon A(X) \to A(Y)\), avec \((gf)^{*} = f^{*} g^{*}\) et \((gf)_{*} = g_{*} f_{*}\). Un morphisme de \(\mathcal{C}\) est un tel couple \((f_{*}, f^{*})\), et \(\omega \colon \mathcal{C} \to k\text{-Mod}\) le foncteur qui retient \(f_{*}\).3 On demande :

  1. (P)la formule de projection \(f_{*}\bigl(f^{*}(y)\, x\bigr) = y\, f_{*}(x)\) ;
  2. (E)la formule d'échange \(g^{*} f_{*} = f'_{*}\, g'^{*}\) pour tout carré cartésien

LaTeX source
\begin{tikzcd}
X' \arrow[r, "g'"] \arrow[d, "f'"'] & X \arrow[d, "f"] \\
Y' \arrow[r, "g"'] & Y
\end{tikzcd}

d'une classe de carrés dits transverses, qui contient au moins les carrés formés de projections de produits, et ceux où une diagonale \(\delta_{X} \colon X \to X \times X\) ou un graphe \(\Gamma_{f} = (\mathrm{id}_{X}, f) \colon X \to X \times Y\) est changé de base par une projection ou par un autre graphe.4

Le modèle est celui des ensembles finis : \(A(X) = k^{X}\), \(f^{*}\) la composition avec \(f\) et \(f_{*}\) la somme sur les fibres. Là, (P) et (E) valent pour tous les carrés cartésiens, et tout ce qui suit redonne le calcul matriciel.5

La composition

On pose \(\operatorname{Ob} \mathcal{V}^{A} = \operatorname{Ob} \mathcal{V}\) et \[ \operatorname{Hom}_{\mathcal{V}^{A}}(X, Y) = A(X \times Y) . \] Pour \(u \in A(X \times Y)\) et \(v \in A(Y \times Z)\), on définit \[ v \circ u = p_{13*}\bigl( p_{23}^{*}(v)\, p_{12}^{*}(u) \bigr) \in A(X \times Z) . \]

LaTeX source
\begin{tikzcd}
 & X \times Y \times Z \arrow[dl, "p_{12}"'] \arrow[dr, "p_{23}"] \arrow[dd, "p_{13}"] & \\
X \times Y & & Y \times Z \\
 & X \times Z &
\end{tikzcd}

C'est une application \(k\)-bilinéaire, de sorte que \(\mathcal{V}^{A}\) sera une catégorie \(k\)-linéaire.

4–4

Associativité

Pour \(X \xrightarrow{u} Y \xrightarrow{v} Z \xrightarrow{w} T\), les deux composés \(w \circ (v \circ u)\) et \((w \circ v) \circ u\) valent \[ p_{XT*}\bigl( p_{ZT}^{*}(w)\, p_{YZ}^{*}(v)\, p_{XY}^{*}(u) \bigr) , \] où les \(p\) sont les projections de \(X \times Y \times Z \times T\). Pour le premier, on écrit \(v \circ u\) comme image directe par \(X \times Y \times Z \to X \times Z\), on la remonte sur \(X \times Z \times T\) par la formule d'échange appliquée au carré de projections \[ X \times Y \times Z \times T \to X \times Z \times T , \qquad X \times Y \times Z \to X \times Z , \] puis on fait entrer \(p_{ZT}^{*}(w)\) sous l'image directe par la formule de projection et l'on compose les images directes. Le second se traite de même, en passant par \(X \times Y \times T\) et \(Y \times Z \times T\). Seuls servent des carrés de projections.

6–8

Unités

Soit \(\Delta_{X} = \delta_{X*}(1) \in A(X \times X)\). On a \(u \circ \Delta_{X} = u\) pour \(u \in A(X \times Y)\). En effet, le carré

LaTeX source
\begin{tikzcd}
X \times Y \arrow[r, "q = \delta_{X} \times \mathrm{id}_{Y}"] \arrow[d, "p_{1}"'] & X \times X \times Y \arrow[d, "p_{12}"] \\
X \arrow[r, "\delta_{X}"'] & X \times X
\end{tikzcd}

est cartésien, d'où \(p_{12}^{*}(\Delta_{X}) = q_{*}(1)\) par échange ; puis \(p_{23}^{*}(u)\, q_{*}(1) = q_{*}\bigl(q^{*} p_{23}^{*}(u)\bigr) = q_{*}(u)\) par projection, puisque \(p_{23}\, q = \mathrm{id}_{X \times Y}\) ; enfin \(u \circ \Delta_{X} = p_{13*}\, q_{*}(u) = u\), puisque \(p_{13}\, q = \mathrm{id}_{X \times Y}\). On montre de même \(\Delta_{Y} \circ u = u\).6 Ainsi \(\mathcal{V}^{A}\) est une catégorie.

Il fait alors le compte de ce qui a servi. La composition et l'associativité n'emploient que les projections et les carrés de projections ; les unités exigent en plus les diagonales, et le carré où une diagonale est changée de base par une projection. Cette remarque est ce qui reviendra, page 43, sous la forme « il suffit de connaître les opérations face ».

8–12

Le foncteur des graphes et l'action

Pour \(f \colon X \to Y\) dans \(\mathcal{V}\), on pose \[ \varphi(f) = \gamma_{f} = \Gamma_{f*}(1) \in A(X \times Y) . \] Alors \(\varphi(\mathrm{id}_{X}) = \Delta_{X}\) par définition, et \(\varphi(g) \circ \varphi(f) = \varphi(gf)\) pour \(X \xrightarrow{f} Y \xrightarrow{g} Z\). On calcule \(p_{23}^{*}(\gamma_{g})\, p_{12}^{*}(\gamma_{f})\) sur \(X \times Y \times Z\) : chaque facteur est, par échange, l'image directe de \(1\) par un plongement \(\mathrm{id}_{X} \times \Gamma_{g}\) ou \(\Gamma_{f} \times \mathrm{id}_{Z}\) ; le carré de ces deux plongements est cartésien, de sommet \(X\) envoyé sur \((x, f(x), gf(x))\), et la formule de projection donne \(\nu_{*}(1)\) pour ce plongement \(\nu\) ; enfin \(p_{13}\, \nu = \Gamma_{gf}\).

On obtient ainsi un foncteur \(\varphi \colon \mathcal{V} \to \mathcal{V}^{A}\) qui est l'identité sur les objets.

Inversement, une correspondance agit : pour \(u \in A(X \times Y)\) et \(x \in A(X)\), on pose \[ \tilde{u}(x) = p_{2*}\bigl( u\, p_{1}^{*}(x) \bigr) \in A(Y) . \] On a \(\tilde{\Delta}_{X} = \mathrm{id}_{A(X)}\), par la formule de projection appliquée à \(\delta_{X}\) ; et \(\widetilde{v \circ u} = \tilde{v} \circ \tilde{u}\), les deux membres se ramenant à \(p_{Z*}\bigl(p_{YZ}^{*}(v)\, p_{XY}^{*}(u)\, p_{X}^{*}(x)\bigr)\) par un échange dans un carré de projections et deux formules de projection. D'où un foncteur \(\psi \colon \mathcal{V}^{A} \to k\text{-Mod}\), \(X \mapsto A(X)\), \(u \mapsto \tilde{u}\).

14–16

Le carré de foncteurs et le côté contravariant

Le diagramme

LaTeX source
\begin{tikzcd}
\mathcal{V} \arrow[r, "\varphi"] \arrow[d, "A"'] & \mathcal{V}^{A} \arrow[d, "\psi"] \\
\mathcal{C} \arrow[r, "\omega"'] & k\text{-Mod}
\end{tikzcd}

commute : pour \(f \colon X \to Y\), \[ \tilde{\gamma}_{f}(x) = p_{2*}\bigl(\Gamma_{f*}(1)\, p_{1}^{*}(x)\bigr) = p_{2*}\,\Gamma_{f*}\bigl(\Gamma_{f}^{*}\, p_{1}^{*}(x)\bigr) = f_{*}(x) , \] puisque \(p_{1}\Gamma_{f} = \mathrm{id}_{X}\) et \(p_{2}\Gamma_{f} = f\).7

Qu'en est-il de \(f^{*}\) ? La symétrie \(\sigma \colon Y \times X \to X \times Y\) définit la transposition \({}^{t}u = \sigma^{*}(u) \in A(Y \times X)\) de \(u \in A(X \times Y)\). Elle est l'identité sur les objets et renverse la composition : \({}^{t}(v \circ u) = {}^{t}u \circ {}^{t}v\) ; c'est donc un isomorphisme de catégories \[ s \colon (\mathcal{V}^{A})^{\circ} \longrightarrow \mathcal{V}^{A} , \qquad s^{2} = \mathrm{id} . \] Et l'image inverse est l'action de la transposée du graphe : pour \(f \colon X \to Y\) et \(y \in A(Y)\), \[ \widetilde{{}^{t}\gamma_{f}}\,(y) = f^{*}(y) , \] par la même formule de projection. Autrement dit \(\varphi^{*} = s \circ \varphi^{\circ} \colon \mathcal{V}^{\circ} \to \mathcal{V}^{A}\) vérifie \(\psi\, \varphi^{*} = \omega^{*} A^{\circ}\), où \(\omega^{*}\) retient \(f^{*}\).8

Formes et transposition

Supposons \(A(e) = k\).9 L'unique flèche \(\pi_{X} \colon X \to e\) donne une forme linéaire \(\kappa_{X} = \pi_{X*} \colon A(X) \to k\), et chaque \(A(X)\) devient une algèbre jaugée.10 Pour \(u \in A(X \times Y)\), les applications \(\tilde{u}\) et \(\widetilde{{}^{t}u}\) sont transposées l'une de l'autre pour les formes bilinéaires \((a, b) \mapsto \kappa(ab)\) : \[ \kappa_{Y}\bigl(y\, \tilde{u}(x)\bigr) = \kappa_{X \times Y}\bigl(p_{2}^{*}(y)\, u\, p_{1}^{*}(x)\bigr) = \kappa_{X}\bigl(\widetilde{{}^{t}u}(y)\, x\bigr) , \] les deux égalités venant de la formule de projection et de \(\pi_{Y} p_{2} = \pi_{X} p_{1} = \pi_{X \times Y}\).11 En particulier, si les \(A(X)\) sont des algèbres de Poincaré, \(A\) est connu dès qu'on connaît ces algèbres jaugées et les \(f^{*}\) : la transposition détermine les \(f_{*}\). C'est ce qu'établiront les pages 33 et 35.

18–18

Ce que les calculs ont utilisé

Aucune des vérifications précédentes n'a fait appel à l'addition des \(A(X)\) : seulement à leur multiplication. La théorie des correspondances pourrait donc s'écrire pour des foncteurs à valeurs dans des « monoïdes bivariants ». Il écarte aussitôt cette généralité pour une raison de signes : dès que les formules de projection à gauche et à droite ne valent pas toutes deux sans signe, il faudrait des monoïdes gradués \((A^{i})_{i \in \mathbf{Z}}\), avec \(A^{i} \times A^{j} \to A^{i+j}\), munis d'involutions \(\sigma^{i} \colon A^{i} \to A^{i}\) triviales en degré pair, et d'un degré \(d(A)\) qui imposerait à \(f_{*}\) le degré \(d(B) - d(A)\). C'est la première apparition du degré \(d(A)\), qui gouvernera les pages 35 et 41 ; le projet des monoïdes gradués, lui, n'est pas repris.12

20–20

Sous-foncteurs stables (pages 20 à 24)

Le critère

Pour tout \(X\), soit \(A'(X) \subset A(X)\) un sous-anneau (contenant \(1\)). Les conditions suivantes sont équivalentes.

  1. Les \(A'(X)\) sont stables par images inverses et par images directes par tous les morphismes de \(\mathcal{V}\) (ils le sont par produit, étant des sous-anneaux).
  2. a) Pour \(u \in A'(X \times Y)\) et \(x \in A'(X)\), on a \(\tilde{u}(x) \in A'(Y)\) ; b) pour \(x \in A'(X)\), \(y \in A'(Y)\), on a \(x \boxtimes y = p_{1}^{*}(x)\, p_{2}^{*}(y) \in A'(X \times Y)\) ; c) pour tout \(f\), \(\gamma_{f} \in A'(X \times Y)\).

Démonstration. Si 1 vaut, a) résulte de la formule même de \(\tilde{u}\), b) de celle de \(x \boxtimes y\), et c) de ce que \(\gamma_{f}\) est l'image directe de \(1\). Si 2 vaut, \(f_{*} = \tilde{\gamma}_{f}\) et \(f^{*} = \widetilde{{}^{t}\gamma_{f}}\) ; or \({}^{t}\gamma_{f} = \sigma^{*}\gamma_{f}\) est l'action du graphe de l'isomorphisme \(\sigma^{-1}\), donc est dans \(A'\) par a) et c). La stabilité par produit intérieur suit de b) et de \(x y = \delta^{*}(x \boxtimes y)\).13

Il ajoute, sans démonstration, que si \(\mathcal{V}\) a un objet final, ces sous-foncteurs correspondent exactement aux sous-catégories de \(\mathcal{V}^{A}\) ayant les mêmes objets, stables par produit extérieur des flèches, et contenant les morphismes de \(\mathcal{V}\) et leurs transposés — les transposés des diagonales suffisant.14

22–22

Le plus petit sous-foncteur stable

Une intersection de sous-foncteurs stables est stable ; il existe donc un plus petit, \(A_{\mathrm{sp}} \subset A\).15 Il contient les classes \(f_{*}(1_{Y})\) pour tous les \(f \colon Y \to X\), donc le sous-groupe qu'elles engendrent. Quand \(\mathcal{V}\) est la catégorie des variétés projectives lisses sur un corps algébriquement clos de caractéristique \(0\), et \(A\) une cohomologie comme celles de la page 41, ce sous-groupe est déjà stable et \(A_{\mathrm{sp}}(X)\) est l'image de l'application classe de cycle \(\mathrm{CH}^{*}(X) \to A(X)\) : toute sous-variété fermée \(Z \subset X\) admet une résolution \(\tilde{Z} \to X\) dont l'image directe de \(1\) est la classe de \(Z\).16

22–24

Engendrement

Soit \(A'\) stable. Une application \(A(X_{1}) \times \cdots \times A(X_{n}) \to A(X)\) est du type \(A'\) si elle s'écrit \[ (x_{1}, \ldots, x_{n}) \longmapsto \tilde{u}(x_{1} \boxtimes \cdots \boxtimes x_{n}) , \qquad u \in A'(X_{1} \times \cdots \times X_{n} \times X) . \] Les images directes et inverses sont du type \(A'\) (par le critère), et les composés d'applications du type \(A'\) le sont encore : si \(\varphi_{1}\), \(\varphi_{2}\) et \(\chi\) le sont, \(\chi(\varphi_{1}, \varphi_{2})\) l'est, la correspondance qui la définit s'obtenant par composition et produit extérieur de celles de \(\chi\), \(\varphi_{1}\), \(\varphi_{2}\) ; le produit de deux applications du type \(A'\) l'est aussi.17

Application. Donnons-nous, pour chaque \(X\), une partie \(E_{X} \subset A(X)\), éventuellement vide. Le plus petit sous-foncteur stable \(B \subset A\) contenant \(A'\) et les \(E_{X}\) est donné par : \(B(X)\) est l'ensemble des sommes finies d'éléments \(\varphi(x_{1}, \ldots, x_{n})\), où \(\varphi\) est du type \(A'\) et \(x_{i} \in E_{X_{i}}\) (\(n = 0\) donnant \(A'(X)\)). En effet ces \(B(X)\) sont stables par images directes et inverses et par produit, et tout sous-foncteur stable contenant \(A'\) et les \(E_{X}\) les contient.18 La page 50 fera exactement ce calcul pour \(A' = A_{\mathrm{sp}}\) et pour la classe d'un point.

26–26

Algèbres de Poincaré (pages 26 à 30)

Une catégorie d'« espaces » algébriques

Soit \(\mathcal{P}\) la catégorie dont les objets sont les algèbres de Poincaré sur un corps \(k\) : \(k\)-algèbres graduées commutatives au sens gradué, de type fini, nulles en degré \(< 0\), munies d'une forme linéaire \(\kappa_{A} \colon A \to k\) nulle hors du degré \(d(A)\), telle que \((x, y) \mapsto \kappa_{A}(xy)\) soit non dégénérée ; les morphismes sont les homomorphismes d'algèbres graduées, sans condition sur les formes.19 On lit \(\mathcal{P}^{\circ}\) comme une catégorie d'espaces : un morphisme \(f \colon A \to B\) de \(\mathcal{P}^{\circ}\) est un homomorphisme \(f^{*} \colon B \to A\), et on lui associe son adjoint \(f_{*} \colon A \to B\), défini par \[ \kappa_{B}\bigl(b\, f_{*}(a)\bigr) = \kappa_{A}\bigl(f^{*}(b)\, a\bigr) . \] On vérifie que \(f \mapsto f_{*}\) est fonctoriel, que la formule de projection \(f_{*}\bigl(a\, f^{*}(b)\bigr) = f_{*}(a)\, b\) est vraie (en degré pair), et que \(\kappa_{B} f_{*} = \kappa_{A}\). D'où un foncteur de \(\mathcal{P}^{\circ}\) dans les algèbres bivariantes graduées : c'est la cohomologie d'un espace sans l'espace.

28–28

Produits et signes

Dans \(\mathcal{P}\), \(k\) est objet initial et le produit tensoriel gradué \(A \otimes B\) est le coproduit ; c'est donc le produit de \(\mathcal{P}^{\circ}\), et \((f \times g)^{*} = f^{*} \otimes g^{*}\). On munit \(A \otimes B\) de la forme \(\kappa_{A \otimes B}(a \otimes b) = \kappa_{A}(a)\,\kappa_{B}(b)\).

On s'attend à \((f \times g)_{*} = f_{*} \otimes g_{*}\). C'est faux dès que les degrés sont impairs. Avec la convention de signe de Koszul pour la multiplication de \(A \otimes B\) et \(f_{*} \otimes g_{*}\) pris sans signe, l'adjonction donne \[ (f \times g)_{*}(a \otimes b) = (-1)^{|f|\,(d(B) + |b|)}\; f_{*}(a) \otimes g_{*}(b) , \qquad |f| = d(A') - d(A) , \] pour \(f \colon A \to A'\) et \(g \colon B \to B'\) dans \(\mathcal{P}^{\circ}\) : le correctif est l'opérateur de signe du codegré sur \(B\), élevé à la puissance \(|f|\). En particulier il n'y a aucun signe dès que \(f\) est de degré pair.20

30–30

Degré pair, échange, et une question

À partir de là, il se borne aux morphismes de degré pair, et \((f \times g)_{*} = f_{*} \otimes g_{*}\). La symétrie \(s(a \otimes b) = (-1)^{|a||b|}\, b \otimes a\) de \(A \otimes B\) sur \(B \otimes A\) vérifie alors, comme il convient, \((g \times f)_{*} \circ s = s \circ (f \times g)_{*}\).

Il vérifie ensuite les deux formules d'échange pour le changement de base par une projection. Si \(R\) est une algèbre de Poincaré (un « espace » \(S\)), la projection de \(X \times S\) sur \(X\) correspond à \(p^{*}(a) = a \otimes 1\) et à \(p_{*} = \mathrm{id} \otimes \kappa_{R}\) ; pour \(f' = f \times \mathrm{id}_{S}\) on a bien \[ p^{*} f_{*} = f'_{*}\, q^{*} , \qquad f^{*} p_{*} = q_{*}\, f'^{*} , \] la seconde parce que les deux membres envoient \(a \otimes r\) sur \(\kappa_{R}(r)\, f^{*}(a)\). Il vérifie de même la formule d'échange pour le carré de graphes de la page 10, calculée sur les éléments de \(A \otimes B \otimes C\).

Et il pose la question qui reste ouverte dans tout le dossier : trouver un cas général où la formule d'échange est vraie — suffit-il que le produit fibré existe dans la catégorie et que les dimensions soient correctes ?21

33–33

La catégorie des algèbres bivariantes (pages 33 et 35)

Soit \(k\) un anneau. La catégorie des algèbres bivariantes a pour objets les \(k\)-algèbres \(A\) munies d'une forme \(\kappa_{A} \colon A \to k\), et pour morphismes \(A \to B\) les couples \(f = (f_{*}, f^{*})\) où \(f^{*} \colon B \to A\) est un homomorphisme d'algèbres unitaires et \(f_{*} \colon A \to B\) une application additive satisfaisant la formule de projection et \(\kappa_{B} f_{*} = \kappa_{A}\).22

Un tel morphisme est un isomorphisme si et seulement si \(f^{*}\) est bijectif et \(f_{*}(1)\) inversible : la formule de projection donne \(f_{*}(f^{*}(y)) = y\, f_{*}(1)\), donc \(f_{*} = f_{*}(1) \cdot (f^{*})^{-1}\). Les « bons » isomorphismes sont ceux où \(f_{*}(1) = 1\), c'est-à-dire \(f_{*} = (f^{*})^{-1}\) ; les autres existent, par exemple \(f^{*} = \mathrm{id}\), \(f_{*}(y) = y\sigma\) avec \(\sigma\) inversible et \(\kappa_{B}(y) = \kappa_{A}(y\sigma^{-1})\).23

L'image directe est déterminée par l'image inverse. Soit \(\theta_{A} \colon A \to \check{A} = \operatorname{Hom}_{k}(A, k)\), \(\langle y, \theta_{A}(x) \rangle = \kappa_{A}(yx)\). Si \(\theta_{B}\) est injectif, tout morphisme \((f_{*}, f^{*})\) vérifie \[ \kappa_{B}\bigl(y\, f_{*}(x)\bigr) = \kappa_{A}\bigl(f^{*}(y)\, x\bigr) , \] ce qui détermine \(f_{*}\) par \(f^{*}\). Réciproquement, si \(f^{*} \colon B \to A\) est un homomorphisme unitaire dont la transposée envoie \(\operatorname{Im}\theta_{A}\) dans \(\operatorname{Im}\theta_{B}\) — ce qui est automatique si \(\theta_{B}\) est bijectif — l'application \(f_{*}\) définie par cette formule satisfait la formule de projection (dans le cas commutatif, ou gradué commutatif en degré pair) et \(\kappa_{B} f_{*} = \kappa_{A}\) (faire \(y = 1\)) ; \((f_{*}, f^{*})\) est alors un morphisme.

35–35Le décalage des degrés. Dans le cas gradué, supposons que \(\kappa_{A}\) se factorise par la composante \(A^{d(A)}\) et \(\kappa_{B}\) par \(B^{d(B)}\), et \(\theta_{B}\) injectif. Si \(x\) est homogène de degré \(i\), la forme \(y \mapsto \kappa_{A}(f^{*}(y)\, x)\) ne voit que les \(y\) de degré \(d(A) - i\) ; la composante de \(f_{*}(x)\) de degré \(j\) a donc une image par \(\theta_{B}\) nulle sauf si \(d(B) - j = d(A) - i\), donc est nulle. Ainsi \(f_{*}\) est homogène de degré \(d(B) - d(A)\).

La catégorie de travail est donc celle des algèbres graduées commutatives au sens gradué, munies d'un degré \(d(A)\) et d'une forme nulle hors de \(A^{d(A)}\), les \(f_{*}\) étant homogènes de degré \(d(B) - d(A)\) ; avec, comme sous-catégories naturelles, celle des algèbres commutatives de degré \(d(A)\) pair, et celle des algèbres nulles hors de \([0, d(A)]\). Il y insiste : il n'est pas question de se borner aux algèbres de Poincaré, pas même en cohomologie modulo torsion, parce que les constructions universelles en font sortir.24

37–37

Produit tensoriel et algèbres simpliciales (pages 37 et 39)

Le produit tensoriel gradué est un foncteur sur la catégorie \(\mathcal{C}\) des algèbres bivariantes graduées, mais — « malheureusement », dit-il — ce n'est pas un produit dans \(\mathcal{C}\) : il manquerait un morphisme diagonal \(A \to A \otimes A\), c'est-à-dire une image directe \(\delta_{*} \colon A \to A \otimes A\) adjointe de la multiplication, et elle n'existe pas en général. Elle existe quand \(A\) et \(B\) sont des algèbres de Poincaré, et \(A \otimes B\) est alors le produit dans la sous-catégorie pleine qu'elles forment, puisque l'image directe y est déterminée par l'image inverse et que \(A \otimes B\) est le coproduit des algèbres.

Une algèbre bivariante simpliciale est un foncteur contravariant \(I \mapsto A(I)\) de la catégorie des ensembles finis non vides, avec toutes les applications, dans \(\mathcal{C}\).25 Elle est spéciale si elle transforme sommes en produits tensoriels : pour \(I = I' \sqcup I''\), les images inverses par les deux inclusions définissent un isomorphisme \[ A(I') \otimes A(I'') \xrightarrow{\ \sim\ } A(I' \sqcup I'') , \] ce qui est la formule de Künneth du modèle. Il affirme que, si l'on se borne aux algèbres simpliciales dont la valeur sur un point est une algèbre de Poincaré, \(A \mapsto A(\mathrm{pt})\) est une équivalence avec la catégorie des algèbres de Poincaré ; l'énoncé n'est plausible que pour les algèbres simpliciales spéciales, et c'est sous cette restriction qu'on le lit ici.26 27

39–39

Une Proposition sur les systèmes stables

Soit \(X\) un espace dont la cohomologie satisfait Künneth et Poincaré. Pour tout \(n \geq 1\), soit \(A_{n} \subset H^{*}(X^{n})\) une sous-algèbre stable par le groupe symétrique. Les conditions suivantes sont équivalentes.

  1. (i)a) Pour \(u \in A_{n+m} \subset H^{*}(X^{n} \times X^{m})\) et \(x \in A_{n}\), on a \(\tilde{u}(x) \in A_{m}\) ; b) \(1 \in A_{n}\), et \(x \in A_{n}\), \(y \in A_{m}\) entraînent \(x \boxtimes y \in A_{n+m}\) ; c) pour toute surjection \([1, n+1] \to [1, n]\), la classe du graphe de l'application correspondante \(X^{n} \to X^{n+1}\) est dans \(A_{2n+1}\), et de même pour les injections \([1, n] \to [1, n+1]\).
  2. (ii)Les \(A_{n}\) sont stables par images inverses et directes par les projections \(X^{n+1} \to X^{n}\), et par images directes par les plongements diagonaux \(X^{n} \to X^{n+1}\).28
  3. (iii)Vues comme ensembles d'homomorphismes \(H^{*}(X^{n}) \to H^{*}(X^{m})\), les parties \(A_{n+m}\) sont stables par composition et par \(\boxtimes\), contiennent les identités et les images inverses et directes par les applications simpliciales.

Ces conditions entraînent la stabilité par images inverses et directes pour toutes les applications simpliciales \(X^{n} \to X^{m}\).29

La page 56 vérifiera ces conditions pour la sous-algèbre tautologique.

41–41

Seconde mouture : algèbres jaugées et correspondances entre puissances (pages 41 à 47)

Les définitions reprises

La page 41 reprend la catégorie des \(k\)-algèbres graduées bivariantes : commutatives au sens gradué, munies d'un degré \(d(A)\) et nulles hors de \([0, d(A)]\) ; l'objet \(k\), placé en degré \(0\), en fait partie.30 Une telle algèbre est jaugée si elle est munie d'une forme vers \(k\) ; dans certains cas l'image directe est déterminée par l'image inverse (pages 33 et 35), mais même alors un isomorphisme \((f_{*}, f^{*})\) n'a pas besoin de vérifier \(f_{*} = (f^{*})^{-1}\), comme le montre l'exemple rapporté plus haut.

Pour les algèbres simpliciales, la spécialité demande maintenant deux choses : l'isomorphisme de Künneth \(A(I') \otimes A(I'') \simeq A(I' \sqcup I'')\) pour les images inverses, et, pour \(\alpha \colon I \to J\) et \(\beta \colon I' \to J'\), l'identification de \((\alpha \sqcup \beta)_{*}\) à \(\alpha_{*} \otimes \beta_{*}\) pour les images directes. L'équivalence avec les algèbres de Poincaré est répétée. Il ajoute que \(A(\cdot) \mapsto \bigl(A(\mathrm{pt}), \Delta\bigr)\), où \(\Delta = \delta_{*}(1) \in [A \otimes A]^{d(A)}\) est la classe de la diagonale, serait un foncteur pleinement fidèle vers les algèbres jaugées munies d'un tel \(\Delta\), en réservant les axiomes à imposer à \(\Delta\).31

41–43

Trois exemples

  1. Une cohomologie sur la catégorie \(\mathrm{Var}\) des variétés complètes (lisses), satisfaisant la formule de Künneth et la dualité de Poincaré avec un isomorphisme de trace en dimension maximale, est un foncteur vers les algèbres graduées bivariantes jaugées ; appliqué à l'objet simplicial \(I \mapsto X^{I}\), il donne une algèbre bivariante jaugée simpliciale spéciale, déterminée par \(H^{*}(X)\). Variantes : variétés topologiques compactes ; coefficients dans un anneau, à condition que la dualité de Poincaré vaille pas seulement modulo torsion.32
  2. L'anneau de Chow \(A^{*}(X)\), jaugé par le degré des \(0\)-cycles, ou ses quotients par une relation d'équivalence : numérique, homologique, « \(\tau\)-algébrique », et les quotients de Picard et d'Albanese. On obtient une algèbre bivariante jaugée simpliciale qui « n'a plus aucune tendance à être spéciale », et dont les composantes ne sont pas de Poincaré ; on peut tensoriser par \(\mathbf{Q}\).33
  3. La \(K\)-théorie \(K(X)\), jaugée par la caractéristique d'Euler-Poincaré \(\chi\) et considérée comme graduée en degré \(0\).

43–45

Correspondances entre puissances

Soit \(c \in A(I \sqcup I')\), et \(\alpha \colon I \to I \sqcup I'\), \(\alpha' \colon I' \to I \sqcup I'\) les inclusions (qui correspondent aux projections de \(X^{I \sqcup I'}\) sur \(X^{I}\) et \(X^{I'}\)). La correspondance \(c\) agit par \[ \tilde{c} \colon A(I) \xrightarrow{\ \alpha^{*}\ } A(I \sqcup I') \xrightarrow{\ y \mapsto c\,y\ } A(I \sqcup I') \xrightarrow{\ \alpha'_{*}\ } A(I') , \] avec, note-t-il, un choix entre \(cy\) et \(yc\). Ces opérations ne demandent que les lois d'anneau et les \(\alpha^{*}\), \(\alpha_{*}\) pour les injections, et même seulement pour les « opérations face », où \(J\) a un élément de plus que \(I\).

Écrivant \(A(I', I)\) pour \(A(I \sqcup I')\), correspondances de \(I\) vers \(I'\), il définit la composition \[ A(I'', I') \times A(I', I) \to A(I'', I) , \qquad v \circ u = p_{13*}\bigl(p_{12}^{*}(u)\, p_{23}^{*}(v)\bigr) , \] les projections étant celles de \(X^{I \sqcup I' \sqcup I''}\), et vérifie \(\widetilde{v \circ u} = \tilde{v} \circ \tilde{u}\) : les deux membres valent \(p_{3*}\bigl(p_{12}^{*}(u)\, p_{23}^{*}(v)\, p_{1}^{*}(x)\bigr)\).34 Le calcul de \(\tilde{v}(\tilde{u}(x))\) passe par l'échange dans le carré \[ X^{I \sqcup I' \sqcup I''} \to X^{I' \sqcup I''} , \qquad X^{I \sqcup I'} \to X^{I'} , \] et c'est là qu'il note en marge que l'« axiome cartésien » a été oublié dans les définitions de cette mouture.

47–47

Unités, et l'arrêt

L'application codiagonale \(I \sqcup I \to I\) correspond à la diagonale \(\delta \colon X^{I} \to X^{I \sqcup I}\) ; on pose \(\Delta_{I} = \delta_{*}(1) \in A(I \sqcup I)\), et \(\tilde{\Delta}_{I} = \mathrm{id}_{A(I)}\) par la formule de projection, comme à la page 12.35 Il annonce qu'il reste à vérifier l'associativité de la composition et que les \(\Delta_{I}\) sont des unités — ce que les pages 4 et 6 font pour la première mouture — et la page s'arrête au milieu d'une phrase.36

50–50

La sous-algèbre tautologique de \(H^{*}(X^{n})\) (pages 50 à 56)

Cadre. Soit \(X\) une variété projective lisse connexe sur \(\mathbf{C}\), de dimension réelle \(n\) (donc \(n\) pair), et \(H^{*}\) sa cohomologie rationnelle — ou toute cohomologie de Weil ; soit \(y \in H^{n}(X)\) la classe d'un point et \(\chi\) la caractéristique d'Euler de \(X\).37 Pour un ensemble fini \(I\), on note \(y_{i}\) l'image inverse de \(y\) par la projection d'indice \(i\), et \(\delta_{I}\) la classe de la petite diagonale de \(X^{I}\), de degré \((|I| - 1)\,n\). La sous-algèbre tautologique \(T(X^{I}) \subset H^{*}(X^{I})\) est la sous-algèbre engendrée par les \(y_{i}\) et les classes des diagonales partielles.

Les premières tables

\(T(X)\) a pour base \(1\), \(y\), avec \(y^{2} = 0\).

\(T(X^{2})\) est engendrée par \(y_{1}\), \(y_{2}\) et \(\delta = \delta_{\{1,2\}}\), de degré \(n\), avec les relations \[ y_{1}^{2} = y_{2}^{2} = 0 , \qquad y_{1}\delta = y_{2}\delta = y_{1}y_{2} , \qquad \delta^{2} = \chi\, y_{1}y_{2} ; \] elle est engendrée comme espace vectoriel par \(1\) ; \(y_{1}, y_{2}, \delta\) ; \(y_{1}y_{2}\).38

\(T(X^{3})\) est engendrée en degré \(n\) par \(y_{1}, y_{2}, y_{3}\) et \(\delta_{12}, \delta_{23}, \delta_{13}\), en degré \(2n\) par la petite diagonale \(\delta = \delta_{\{1,2,3\}}\), avec les relations \[ \begin{gathered} y_{i}^{2} = 0 , \qquad \delta_{ij}^{2} = \chi\, y_{i}y_{j} , \qquad \delta_{12}\delta_{23} = \delta_{12}\delta_{13} = \delta_{23}\delta_{13} = \delta , \\ \delta_{ij}\, y_{i} = \delta_{ij}\, y_{j} = y_{i}y_{j} , \qquad \delta\, y_{i} = y_{1}y_{2}y_{3} , \qquad \delta^{2} = 0 , \qquad \delta_{ij}\,\delta = \chi\, y_{1}y_{2}y_{3} , \end{gathered} \] et comme famille génératrice : \(1\) ; les six classes de degré \(n\) ; \(y_{1}y_{2}, y_{2}y_{3}, y_{1}y_{3}, \delta_{12}y_{3}, \delta_{23}y_{1}, \delta_{13}y_{2}, \delta\) en degré \(2n\) ; \(y_{1}y_{2}y_{3}\) en degré \(3n\).

52–52

Générateurs de \(T(X^{k})\)

En degré \(n\) : les \(k\) classes \(y_{i}\) et les \(\binom{k}{2}\) diagonales \(\delta_{ij}\) ; en degré \(rn\), pour \(1 \leq r \leq k-1\) : les \(\binom{k}{r+1}\) petites diagonales \(\delta_{I}\) des parties \(I\) à \(r+1\) éléments, jusqu'à la petite diagonale de \(X^{k}\) en degré \((k-1)n\).39

54–56

Une famille génératrice et sa table de multiplication

Pour décrire \(T(X^{I})\) comme espace vectoriel, il indexe ses classes par des paires \((R, J)\) : \(R\) une partition de \(I\) en parties non vides et \(J\) une de ses parties, ou la partie vide.40 Pour un point \(a \in X\), soit \[ Z_{R,J} = \bigl\{ (x_{i})_{i \in I} \;:\; x_{i} = a \text{ si } i \in J , \ x_{i} = x_{j} \text{ si } i, j \text{ sont dans une même partie de } R \bigr\} , \] et \(\varepsilon_{R,J}\) sa classe. À l'ordre des facteurs près, \[ \varepsilon_{R,J} = \Bigl(\,\boxtimes_{i \in J}\, y\Bigr) \boxtimes \Bigl(\,\boxtimes_{P \in R,\ P \neq J}\, \delta_{P}\Bigr) , \] de sorte que les \(\varepsilon_{R,J}\) engendrent \(T(X^{I})\) comme espace vectoriel dès qu'on sait qu'elles en forment une sous-algèbre — ce que donne leur table de multiplication.

Soient \((R, J)\) et \((R', J')\), et \(R''\) la plus fine partition moins fine que \(R\) et \(R'\). Pour une partie \(B\) de \(R''\), notons \(b\) et \(b'\) les nombres de parties de \(R\) et de \(R'\) contenues dans \(B\) ; comme \(B\) est « connexe » pour \(R\) et \(R'\), on a toujours \(b + b' \leq |B| + 1\).

Proposition. Le produit \(\varepsilon_{R,J}\,\varepsilon_{R',J'}\) est nul si \(J\) et \(J'\) sont non vides et contenus dans une même partie de \(R''\) (en particulier si \(J \cap J' \neq \emptyset\)). Sinon, il est le produit extérieur, sur les parties \(B\) de \(R''\), des classes \(c_{B} \in H^{*}(X^{B})\) suivantes :

Démonstration. Ensemblistement, et pour deux points \(a \neq a'\), \(Z_{R,J} \cap Z_{R',J'}\) est vide dans le premier cas, et sinon le produit, sur les parties de \(R''\), d'un point ou d'une petite diagonale. On se ramène ainsi à une seule partie \(B\), puis au cas où \(J = J' = \emptyset\) et où \(R''\) est la partition grossière : c'est la réduction de la page 54. Posons \(k = |B|\), \(s = b\), \(s' = b'\). Alors \(Z_{R}\) est isomorphe à \(X^{s}\), de codimension \((k - s)n\) dans \(X^{k}\), de même pour \(Z_{R'}\), et leur intersection est la petite diagonale, de codimension \((k-1)n\). Comme la codimension d'une intersection ne dépasse pas la somme des codimensions, \(s + s' \leq k + 1\). S'il y a égalité, l'intersection est transverse et le produit est \(\delta_{B}\). Si \(s + s' < k\), le produit est de degré \((2k - s - s')n > kn\), donc nul. Si \(s + s' = k\), le produit est en degré maximal ; l'intersection est de dimension \(n\) au lieu de \(0\), le fibré d'excès est le fibré tangent de \(X\) restreint à la diagonale, et la formule d'intersection en excès donne \(\chi\) fois la classe d'un point. Pour une partie contenant \(J\), le même décompte, où l'intersection attendue est un point, ne laisse que le cas transverse.41

Stabilités, et la conclusion

Le sous-espace engendré par les \(\varepsilon_{R,J}\) est donc une sous-algèbre ; il est stable par \(\boxtimes\) (clair), par images inverses par les projections (on ajoute une partie à un élément), et par images directes par la projection \(X^{I} \to X^{I \smallsetminus \{i\}}\) : si \(i \in J\), \(Z_{R,J}\) s'envoie isomorphiquement sur \(Z_{R, J \smallsetminus \{i\}}\) ; si \(i \notin J\) et que la partie \(P\) contenant \(i\) a au moins deux éléments, \(\delta_{P}\) s'envoie sur \(\delta_{P \smallsetminus \{i\}}\) ; si \(P = \{i\}\), l'image directe est nulle.42 Les images inverses et directes par les plongements diagonaux \(\delta \colon X^{I \smallsetminus \{j\}} \to X^{I}\) s'y ramènent : \(\delta_{*}(z) = \delta_{ij}\, p^{*}(z)\) et \(\delta^{*}(z) = p_{*}(\delta_{ij}\, z)\), où \(p\) est la projection qui oublie \(j\). Le système des \(T(X^{n})\) satisfait donc les conditions de la Proposition de la page 39, et il est stable par composition des correspondances.43

La conclusion est encadrée : la sous-algèbre tautologique est engendrée, par produits extérieurs, par la classe \(y\) et les petites diagonales \(\delta_{I}\). C'est donc le plus petit système stable, au sens des pages 24 et 39, qui contienne la classe d'un point : chaque \(\delta_{I}\) est l'image directe de \(1\) par le plongement de la petite diagonale, et y est forcé.44

Notes

  1. Les pages 4, 6, 12 et 16 marquent « attention signes ! » à chaque usage de la formule de projection, et la page 18 envisage de refaire la théorie pour les contrôler ; le dossier ne fixe jamais ces signes. C'est la page 30 qui adopte l'hypothèse « de degré pair », et la page 35 qui nomme la sous-catégorie correspondante. Elle couvre les cas qui motivent le dossier : cohomologie de Betti ou \(\ell\)-adique des variétés algébriques lisses, où \(f_{*}\) est de degré \(2(\dim Y - \dim X)\), anneaux de Chow. ↩
  2. Il écrit \(p_{21}\), \(p_{32}\), \(p_{31}\) dans les formules et \(p_{12}\), \(p_{23}\), \(p_{13}\) sur les diagrammes de la même page 2 ; ce sont les mêmes flèches. ↩
  3. Dans \(k\text{-Mod}\), les flèches sont les applications \(k\)-linéaires entre modules gradués, non nécessairement homogènes : une correspondance n'a pas de raison d'être homogène. La page 2 écrit « \(k\)-mod gr. ». ↩
  4. La page 2 demande seulement « une condition d'échange », sans l'énoncer. C'est la page 8 qui recense les deux sortes de carrés dont les vérifications se sont servies ; la page 10 ajoute le carré de deux graphes. Ces carrés sont cartésiens dans toute catégorie à produits, et transverses dans les exemples géométriques. Exiger (E) pour tous les carrés cartésiens serait faux en cohomologie : le carré formé de la diagonale \(\delta \colon X \to X \times X\) et d'elle-même est cartésien, mais \(\delta^{*}\delta_{*}(1)\) est la classe d'Euler de \(X\) et non \(1\) — c'est ce qu'enregistre la relation \(\delta^{2} = \chi\, y_{1} y_{2}\) de la page 50. Le dossier ne tranche pas : la page 30 pose la question, et la page 45 note qu'il a « oublié » l'axiome. La formule d'intersection en excès (voir Fulton, Intersection theory, chap. 6 ; référence citée de mémoire) corrige (E) par une classe d'Euler quand le carré n'est pas transverse. ↩
  5. L'exemple est de nous ; le dossier n'en donne aucun avant la page 41. La structure (P) + (E) sur une catégorie à produits fibrés est ce qu'on appelle, d'après Green et Dress, un foncteur de Green : un foncteur de Mackey muni d'une structure d'anneau compatible, la formule de projection y portant le nom de réciprocité de Frobenius. Le mot « bivariant » des pages n'est pas celui de Fulton et MacPherson (1981), dont les théories associent un groupe à chaque morphisme. Ces références sont citées de mémoire. ↩
  6. La page 6 ne fait que le premier calcul et dit que l'autre est analogue ; une note en marge, en partie douteuse, renvoie aux signes \((-1)^{ux}\) de ce second calcul. ↩
  7. La page 14 termine le calcul par « \(= x\) » ; c'est \(f_{*}(x)\) qu'il donne, et c'est ce qu'annonçait la ligne qui le précède. ↩
  8. La page 14 écrit la question avec « \(f \colon Y \to X\) », là où \(A(f)^{*} \colon A(Y) \to A(X)\) demande \(f \colon X \to Y\), et note \(s\) comme un foncteur de \(\mathcal{V}^{A\circ}\) dans lui-même, alors que l'usage qu'en fait la page 16 exige le but \(\mathcal{V}^{A}\). La multiplicativité de \(s\) est marquée « vérifier » et l'identité \(\psi\varphi^{*} = \omega^{*}A^{\circ}\) « à vérifier » ; toutes deux sont vraies sous l'hypothèse de signe. Sans elle, \({}^{t}(v \circ u) = (-1)^{|u||v|}\, {}^{t}u \circ {}^{t}v\). Une catégorie munie d'une telle involution est ce qu'on appelle aujourd'hui une catégorie à involution, ou catégorie « dague ». ↩
  9. « Sinon, on remplace \(k\) par \(A(e)\) », ajoute la page 16. ↩
  10. La lecture « jaugés » est douteuse aux pages 16 et 18. Le mot est certain page 41, où « algèbre jaugée » est définie comme une algèbre munie d'une forme vers \(k\) ; c'est le sens qu'on lui donne ici. ↩
  11. La page 16 écrit l'hypothèse « \(u\) central » et conclut « mod. signe ». Dans une algèbre commutative au sens gradué, le signe est \((-1)^{|u||y|}\), trivial pour \(u\) de degré pair. ↩
  12. Le passage est biffé en bloc sur la page 18 et plusieurs mots en sont illisibles, dont ce qu'il dit savoir des signes à la dernière ligne ; « jaugés » y est une lecture douteuse, et « gradués » conviendrait aussi bien au sens. ↩
  13. La page 20 énonce la condition 1 aussi sous la forme « par produits \(\boxtimes\) » et vérifie que les deux formes s'équivalent, par \(x \otimes y = \delta^{*}(x \boxtimes y)\) et \(x \boxtimes y = p_{1}^{*}(x)\, p_{2}^{*}(y)\). La stabilité par la symétrie, qu'il invoque comme « stabilité par isom. », est déduite ici de a) et c). Une note en marge demande un énoncé plus général, où « tout morphisme » serait remplacé par une famille donnée de morphismes ; il n'est pas écrit. ↩
  14. Une première version, biffée, parlait de sous-catégories pleines, ce qui est faux : une sous-catégorie pleine ayant tous les objets est la catégorie entière. Le passage d'un \(A'\) à une sous-catégorie est \(\operatorname{Hom}(X, Y) = A'(X \times Y)\), et le retour \(A'(X) = \operatorname{Hom}(e, X)\) ; que ces deux opérations soient inverses repose sur l'identification \(\operatorname{Hom}(X, Y) = \operatorname{Hom}(e, X \times Y)\), que réalisent précisément les transposés des diagonales. ↩
  15. La page 22 dit « le plus petit ss-foncteur stable engendré », et la ligne s'arrête : ce qui l'engendre n'est pas écrit. Comme \(1 \in A'(X)\) est imposé, le plus petit sous-foncteur stable tout court est ce qu'on retient ici ; l'indice est le sien. ↩
  16. La page 22 dit que \(A_{\mathrm{sp}}(X)\) est, « dans beaucoup de cas importants », identique à l'ensemble des \(f_{*}(1_{Y})\), en citant les variétés projectives lisses et, en caractéristique \(0\), « si on admet la résolution des singularités » ; l'édition n'en tire rien sur la date des feuillets. L'ensemble ne suffit pas : il n'est pas stable par produit, puisque sur l'éclaté d'un point dans une surface le diviseur exceptionnel \(E\) vérifie \(E \cdot E = -[\mathrm{pt}]\), qui n'est l'image directe de \(1\) par aucun morphisme. C'est le sous-groupe engendré qui convient, et la page s'intitule d'ailleurs « Sous-anneaux bivariants ». En caractéristique \(p\), les altérations de de Jong donnent le même énoncé à coefficients rationnels (référence citée de mémoire). Le mot « classes algébriques » n'est pas sur la page. ↩
  17. Les pages 22 et 24 sont d'une écriture rapide où la prose se perd entre les formules ; la définition, la stabilité par composition et par produit s'y lisent, leur justification non. L'argument donné ici est de nous. La page parle aussi d'applications « \(A'\)-admissibles », mot qu'elle remplace par « du type \(A'\) ». ↩
  18. La page 24 dit « l'ensemble des éléments de la forme » ; pour obtenir un sous-anneau il faut les sommes finies, et on les ajoute. Le cas \(n = 0\) est la mention « \(A'(X) \cup \ldots\) » de la page, dont la suite est illisible. ↩
  19. « Strictement non dégénérée » est ajouté en interligne à la page 26 ; sur un corps et en type fini, cela veut dire que la forme identifie chaque \(A^{i}\) au dual de \(A^{d-i}\). La page 26 dit « de degré \(d^{\circ}(A)\) » et note cette catégorie \(\mathcal{V}^{\circ}\). Ce sont les algèbres à dualité de Poincaré, qu'on appelle aussi algèbres de Frobenius graduées commutatives. Une section du haut de la page, qui calculait le signe de la symétrie, est barrée de deux traits obliques ; elle est reprise page 30. ↩
  20. La page 28 essaie successivement quatre conventions — forme tordue ou non, produit tensoriel d'applications tordu ou non — et note le signe parasite de chacune, pour conclure que la convention sans aucun signe est la plus simple. La formule encadrée qui en résulte a la même forme que celle-ci, \((f_{*} \otimes g_{*})\) composé avec \(\mathrm{id}_{A} \otimes [(-1)^{B}]^{\deg f}\), mais son indice et la disposition de son second facteur se lisent mal, et plusieurs exposants des lignes précédentes sont surchargés ; la formule est donc recalculée ici sous les conventions dites, et sa conclusion — aucun signe si \(\deg f\) est pair — coïncide avec celle de la page. Le nom de règle de Koszul est de l'édition ; la page ne nomme pas la règle. ↩
  21. En géométrie, la réponse est oui sous la forme de la transversalité : la formule vaut quand la codimension du produit fibré est la somme des codimensions, et elle est corrigée par une classe d'Euler sinon (formule d'intersection en excès). Les pages 54 et 56 font ce décompte de dimensions pour les diagonales, et y trouvent la caractéristique d'Euler ; le dossier ne relie pas ce calcul à la question de la page 30. ↩
  22. La page 33 écrit les deux formes de la formule de projection, \(f_{*}(x f^{*}(y)) = f_{*}(x) y\) et \(f_{*}(f^{*}(y) x) = y f_{*}(x)\), avec en marge « il faut choisir entre l'une et l'autre formule ! » ; elles sont équivalentes dans le cas commutatif, et dans le cas gradué commutatif si \(f_{*}\) est de degré pair. Une note entre crochets donne le signe \((-1)^{\delta j}\) qui les relie en général. ↩
  23. La remarque est écrite en oblique dans la marge gauche de la page 33 ; l'exemple est celui de la note (*) de la page 41, qu'on rapproche ici. ↩
  24. La fin de la page 35 est en grande partie illisible ; on n'en retient que la thèse, qui se lit, et le motif, qui se devine à « les constructions universelles ». Les exemples de la page 43 (anneaux de Chow et leurs quotients) montrent que les foncteurs qui l'intéressent ne sont pas à valeurs dans les algèbres de Poincaré. ↩
  25. « Pas ½ simpliciale ! », écrit la page 37 : toutes les applications, surjections comprises, et pas seulement les injections. Indexé par les ensembles finis plutôt que par les ensembles ordonnés \([n]\), c'est ce qu'on appelle aujourd'hui un objet simplicial symétrique ; le modèle est \(I \mapsto H^{*}(X^{I})\). ↩
  26. Le mot « spéciales » est de l'édition. La page 37 dit « la catégorie pleine des Alg. biv. simpliciales \(A(\cdot)\) telles que \(A(\Delta(0)) = A_{0}\) soit une algèbre de Poincaré », sans le mot, juste après avoir défini les objets spéciaux ; la page 41 répète l'énoncé à la suite de « Cas spécial », sans dire non plus s'il s'y borne. Sans la restriction, l'énoncé est faux, par un contre-exemple de l'édition : pour une algèbre de Poincaré \(P \neq k\), l'objet constant \(I \mapsto P\), où toutes les images inverses et directes sont l'identité, est une algèbre bivariante simpliciale de valeur \(P\) sur un point, non isomorphe à l'objet spécial \(I \mapsto P^{\otimes I}\) qui a la même valeur. ↩
  27. Aucune démonstration n'est sur la page, et la page 41, qui répète l'énoncé, le marque « à vérifier ». La spécialité force \(A(I) = A(\mathrm{pt})^{\otimes I}\), les images inverses par les surjections sont alors les multiplications le long des fibres, et les images directes sont déterminées par les images inverses (page 33) ; c'est ce qui rend l'énoncé plausible. On remarque que la définition ne demande aucune formule d'échange, et à raison : elle serait fausse pour le carré de deux diagonales. La page écrit l'argument \(A(\Delta(0))\), qui se lit mal. ↩
  28. La page avait d'abord écrit « par images inverses » pour ces plongements, et l'a biffé ; ne restent que les images directes. La stabilité par leurs images inverses en découle, ce que l'édition ajoute : si \(\delta \colon X^{n} \to X^{n+1}\) double une coordonnée et \(p \colon X^{n+1} \to X^{n}\) oublie la copie, \(p\,\delta = \mathrm{id}\) et la formule de projection donne \(\delta^{*}(z) = p_{*}\bigl(\delta_{*}(1)\, z\bigr)\), produit dans \(A_{n+1}\) de deux de ses éléments suivi d'une image directe par une projection. ↩
  29. La page 39 écrit en (i) a) « \(u(x) \in H^{*}(X^{m})\) », ce qui ne dit rien ; c'est \(A_{m}\) qu'il faut. Elle ne donne pas de démonstration. C'est le critère de la page 20 appliqué à la catégorie des puissances \(X^{I}\) et des applications \(X^{\alpha}\) : ses produits sont \(X^{I} \times X^{J} = X^{I \sqcup J}\), et ses morphismes sont engendrés par les permutations, les projections et les plongements diagonaux, d'où (i) \(\Leftrightarrow\) (ii) ; (iii) est le NB de la page 20 sur les sous-catégories. Le symbole de (iii) est un carré plein sur la page, lu \(\boxtimes\). ↩
  30. La page lit l'intervalle \([1, d(A)]\), ce qui exclurait \(k\) en degré \(0\) mentionné à la ligne suivante et l'unité de toute algèbre ; on corrige en \([0, d(A)]\). ↩
  31. « À vérifier », en marge, avec la remarque qu'il faut d'abord connaître \(\delta_{*} \colon A \to A \otimes A\). La pleine fidélité n'est claire que pour les objets spéciaux, où \(A(I)\) est engendré par les images de \(A(\mathrm{pt})\) ; la page ne précise pas. Les axiomes réservés sont, en termes d'aujourd'hui, ceux qui font de \(\Delta\) l'inverse de la forme \(\kappa(xy)\) — les identités « en zigzag » d'une algèbre de Frobenius, où \(\delta_{*}\) est la comultiplication. Qu'une algèbre de Frobenius commutative soit la même chose qu'une théorie topologique des champs en dimension \(2\) est un théorème d'Abrams (référence citée de mémoire) ; rien de tel n'est sur la page. ↩
  32. C'est à peu près ce qu'on appelle, d'après Kleiman (référence citée de mémoire), une cohomologie de Weil, moins l'application classe de cycle. Le mot que la transcription lit « trivialisation », pour l'isomorphisme de trace, est une lecture d'après l'argument. ↩
  33. Le \(\tau\) est ajouté en interligne ; la page ne définit pas cette équivalence. Le mot est proche de la \(\tau\)-équivalence de SGA 6 (équivalence algébrique à torsion près ; cité de mémoire), sans que rien ne permette de l'identifier. Ce sont les « relations d'équivalence adéquates » de la théorie des motifs purs. ↩
  34. L'ordre des facteurs est l'inverse de celui de la page 2 ; les deux compositions diffèrent du signe \((-1)^{|u||v|}\) et coïncident sous l'hypothèse de signe. La page trace la lettre de \(p_{32}^{*}(\cdot)\) comme un \(w\) ; la formule demande \(v\). Au dernier pas de la vérification, les deux produits apparaissent dans des ordres différents, d'où la marge « OK mod signes ; faire attention ». ↩
  35. La page écrit \(\tilde{\delta}_{I}\) au moment de l'énoncé, \(\Delta_{I}\) dans la définition. ↩
  36. « Il faut encore définir l'associativité » : le verbe est douteux, et le sens demande « vérifier ». La page 47 se termine sur une virgule ; la suite n'est pas dans le dossier. ↩
  37. La page 50 ne dit rien de \(X\) ; elle écrit seulement que \(y\) est de degré \(n\), que \(y^{2} = 0\), et que \(\chi \in \mathbf{Z}\) est « la car. d'EP ». Ces hypothèses sont celles qui rendent vraies ses relations. Pour \(n\) impair, \(\chi = 0\) et les signes compliquent les formules. ↩
  38. La page écrit « \(\delta \in H^{n}(X)\) » ; la diagonale vit dans \(H^{n}(X \times X)\). En degré \(2n\) elle écrit « \(y_{1}y_{2}y_{3}\) », lapsus pour \(y_{1}y_{2}\). Elle intitule ces listes \(H^{*}(X)\), \(H^{*}(X \times X)\), \(H^{*}(X \times X \times X)\) sous le titre « Sous-algèbre tautologique », et ne dit rien de \(X\) ; on les lit comme décrivant la partie tautologique. Elle appelle « base » ces familles ; ce sont des familles génératrices, qui ne sont pas toujours libres. Celle de \(T(X^{2})\) est libre si et seulement si \(H^{*}(X)\) a une classe non nulle en degré strictement compris entre \(0\) et \(n\) : pour la sphère \(S^{2}\), où \(H^{*}(X) = k \oplus k y\), on a \(\delta = y_{1} + y_{2}\). Celle de degré \(2n\) de \(T(X^{3})\) est liée dès que tous les produits de trois classes de degré \(> 0\) sont nuls dans \(H^{n}(X)\), donc pour toute courbe et pour le plan projectif : on a alors \(\delta = \delta_{12}\,y_{3} + \delta_{23}\,y_{1} + \delta_{13}\,y_{2} - (y_{1}y_{2} + y_{2}y_{3} + y_{1}y_{3})\), ce que vérifie la décomposition de Künneth (calcul de l'édition). La relation \(\delta^{2} = \chi\, y_{1}y_{2}\) est la formule de Lefschetz pour l'identité : l'auto-intersection de la diagonale compte les points fixes. ↩
  39. La page note \(\delta_{r}\) la petite diagonale de \(X^{r+1}\) et ses « transformés » par les permutations ; c'est \(\delta_{I}\) ici. Comme générateurs d'algèbre, les \(\delta_{I}\) avec \(|I| \geq 3\) sont redondants : \(\delta_{\{1, \ldots, r+1\}} = \delta_{12}\,\delta_{23} \cdots \delta_{r,r+1}\), les diagonales partielles se coupant transversalement. La page s'arrête ensuite sur le mot « relations ». ↩
  40. La page 54 obtient la partie vide en convenant que \(\emptyset \in R\) ; c'est la même chose. ↩
  41. La page 54 donne la nullité si \(J \cap J' \neq \emptyset\) et si les parties de \(R''\) engendrées par \(J\) et \(J'\) coïncident, une formule générale dont les exposants et les indices sont surchargés au point de ne plus se lire, et la réduction à la partition grossière. La page 56 fait le décompte des codimensions et encadre \(s + s' \leq k + 1\) ; elle trouve la diagonale dans le cas d'égalité, la nullité « pour raison de degrés » si \(k > s + s'\), et laisse le cas \(k = s + s'\) avec un \(\chi\) biffé suivi d'un point d'interrogation. Le coefficient \(\chi\) est rétabli ici ; il est confirmé par deux relations de la page 50, \(\delta^{2} = \chi\, y_{1}y_{2}\) (\(k = 2\), \(s = s' = 1\)) et \(\delta_{12}\,\delta = \chi\, y_{1}y_{2}y_{3}\) (\(k = 3\), \(s = 2\), \(s' = 1\)). Le traitement des parties marquées d'un point, et l'identification du fibré d'excès, sont de nous. La page désigne par \(\delta_{k}\) la petite diagonale de \(X^{k}\), que sa propre page 52 noterait \(\delta_{k-1}\). Les losanges d'algèbre linéaire dessinés au bas de la page 56, avec des codimensions \(p\), \(q\), \(r\), sont le décompte correspondant pour des sous-espaces vectoriels ; leurs étiquettes se lisent en partie seulement. ↩
  42. La page 56 écrit « on trouve \(\delta_{I}\) », avec un trait sur l'indice ; pour des raisons de degré c'est \(\delta_{I \smallsetminus \{i\}}\). Un d) qui suivait, avec trois lignes dont une encadrée, est biffé et surchargé. ↩
  43. Les relations \(\delta_{*}(z) = \delta_{ij}\,p^{*}(z)\) et \(\delta^{*}(z) = p_{*}(\delta_{ij}\,z)\) découlent de la formule de projection et de \(p\,\delta = \mathrm{id}\) ; elles ne sont pas sur la page, qui écrit seulement quelques flèches entre diagonales, \(\Delta_{p} \leftarrow \Delta_{q}\) et \(\Delta_{p} \sqcup 1 \leftarrow \Delta_{q} \sqcup 1\), puis « Stable par comp. ». ↩
  44. Ce rapprochement avec la construction de la page 24 est de nous. La page 56 se termine sur « \((\delta_{2} \boxtimes \delta_{2})\) », isolé. Le sous-anneau de \(\mathrm{CH}^{*}(X^{n})\) engendré par les diagonales et quelques classes de base a été étudié, pour les surfaces K3, par Beauville et Voisin puis par Voisin (références citées de mémoire) ; on l'y appelle aussi tautologique. Le dossier travaille en cohomologie, où la question est plus simple. ↩