Cote n° 109 · pages 1–37
· Lecture modernisée · Tables [Corrections et préparation à l'édition] : notes manuscrites (s.d.), copies de notes manuscrites annotées (s.d.), copies de tapuscrit annoté (s.d.), copies de notes manuscrites (1983-1984) — lecture modernisée du dossier entier
Datation de l’inventaire : 1983-1984
Édition de démonstration — interprétation personnelle de l'œuvre
Résumé
En 1983, après douze ans de silence mathématique, Grothendieck écrit en anglais un long texte, Pursuing Stacks (« À la poursuite des champs »), né d'une lettre à Daniel Quillen et poursuivi au fil des mois. Il pense alors le publier comme premier volume d'une série, les « Réflexions Mathématiques ». Ce dossier est l'atelier de cette édition. On n'y démontre rien : on y prépare un livre.
Un livre de mathématiques ne se réduit pas à ses théorèmes. Il lui faut un plan, une table des notations, un index des termes, des consignes pour l'imprimeur, et, quand l'auteur écrit dans une langue qui n'est pas la sienne, des lecteurs qui relisent la langue. Les huit premières pages sont de sa main et dressent cet appareil : la liste des signes du livre, des notes pour l'introduction, un plan du volume avec deux schémas de dépendance des chapitres, des titres provisoires pour quatre paragraphes, une liste de questions, et surtout une liste anglaise de termes avec leurs renvois. Cette dernière est précieuse, parce qu'elle donne en une page le vocabulaire qu'il a forgé pour le projet : modélisateur, catégorie test, asphérique, intervalle homotopique, cohérateur.
L'idée qui porte ce vocabulaire se dit sans technique. Les « formes » de la topologie, à déformation près — ce qu'on appelle des types d'homotopie — se laissent décrire par des assemblages de briques élémentaires : des triangles et leurs analogues en dimension supérieure, ou des cubes, ou d'autres formes encore. Grothendieck demande quelles formes de briques conviennent, et il donne un nom à la propriété qui fait qu'une forme convient : c'est une catégorie test. Une catégorie où l'on peut ainsi décrire toutes les formes est un modélisateur. Les triangles conviennent, les cubes aussi ; la surprise est que bien d'autres choix conviennent, et que les petites catégories elles-mêmes, objets purement combinatoires, forment un modélisateur.
Le reste du dossier vient d'ailleurs. Une version anglaise retouchée du texte de présentation de la série, qui annonce, au-delà des deux volumes de Pursuing Stacks, deux « continents nouveaux » : une topologie « modérée », débarrassée des pathologies de la topologie générale, et l'action des groupes de Galois sur les groupes fondamentaux de certaines courbes. Puis les commentaires dactylographiés d'un lecteur sur les mérites comparés des triangles et des cubes. Enfin une longue liste de corrections d'anglais, page après page sur plus de cinq cents pages de tapuscrit, envoyée en plusieurs fois entre décembre 1983 et février 1984, où se glissent quelques vraies questions de mathématiques.
Pour aller plus loin, les noms à chercher sont ceux de la théorie de l'homotopie de Grothendieck telle qu'elle a été reprise depuis : catégories test, modélisateurs, et les \(\infty\)-groupoïdes de Grothendieck.
Keywords — test category, modelizer, aspheric morphism, homotopy interval, coherator, Grothendieck infinity-groupoid, Thomason model structure, cubical set, Dold–Kan correspondence, tame topology, anabelian geometry
Le fil du dossier, et les conventions
Le dossier compte trente-sept pages, dont trois feuillets de séparation vierges (pages 11, 15 et 19). Il se partage en deux mains.
- 1.L'appareil du livre, de sa main (pages 1 à 8) : notations (page 1), introduction (page 2), imprimeur (page 3), index des notations (page 4), titres des §§ 130 à 133 (page 5), plan du volume (page 6), questions (page 7), terminologie (page 8).
- 2.Le texte de présentation (pages 9 et 10) : une version anglaise revue de son texte pour la série « Réflexions Mathématiques », recopiée par un correspondant.
- 3.Les retours des lecteurs (pages 12 à 37) : les commentaires dactylographiés d'un lecteur (pages 12 à 14), puis une liste manuscrite de corrections d'anglais suivant le tapuscrit page à page (pages 16 à 37).
Les pages 9 à 37 sont toutes d'autres mains que la sienne, et l'on n'y a relevé aucune marque de lui. Aucun de leurs auteurs n'est nommé ici. Elles sont résumées, non reproduites.
Conventions. « Page » désigne une page du dossier ; « p. du tapuscrit » une page du tapuscrit anglais que suit la liste de corrections ; « § » un paragraphe de Pursuing Stacks. Le tapuscrit n'est jamais nommé sur les feuillets ; le groupe de l'inventaire (« Autour de Pursuing stacks ») et les notions qu'il cite le désignent sans doute possible.1 Pour une petite catégorie \(A\), \(\widehat{A}\) est la catégorie des préfaisceaux d'ensembles sur \(A\), \(A_{/a}\) la catégorie des objets de \(A\) au-dessus de \(a\), et \((\mathrm{Hot})\) la catégorie homotopique des types d'homotopie.
Annoncé et non établi : tout ce que promettent les titres des §§ 130 à 133 ; la bibliographie, suivie d'un point d'interrogation ; la notion d'équivalence faible de topos, laissée sans renvoi ; les questions de la page 7 ; la formule d'une page tardive du tapuscrit que la liste de corrections ne parvient pas à lire (page 36).
1–1
Les signes du livre (page 1)
Une première liste de notations, chacune suivie d'un renvoi :
- \(\Pi_{n}(X)\), et un produit noté \(*\) avec indices, sans renvoi ;
- \((\mathrm{Cat})\), la catégorie des petites catégories, et les ensembles simpliciaux, au § 16 ;
- \(\Delta\), \(\square\), \(\bigcirc\), la catégorie des simplexes, celle des cubes et celle des globes ;2
- \(A_{/X}\), \(A^{\circ}\) (la catégorie opposée), \(A^{\wedge} = \widehat{A}\) ;
- la réalisation géométrique \(K \mapsto |K|\), les catégories \((\mathrm{Ord})\) des ensembles ordonnés et \((\mathrm{Preord})\) des ensembles préordonnés, \((\mathrm{Hot})\), les simplexes \(\Delta_{n}\) et \(\Delta[N]\), au § 22 ;
- \(\square\), \(\square_{n}\), au § 29, et \(\tilde{\square}\), \(\tilde{\Delta}\), au § 34.3
2–3
L'introduction et l'imprimeur (pages 2 et 3)
Trois notes pour l'introduction : les chiffres soulignés de la table des matières seront expliqués ; un signe sera défini ; les modifications seront numérotées et signalées dans une lettre.4 Puis une formule :
Stacks = non commutative chain complexes (cf. p. 4).
Elle résume le programme du livre. Par la correspondance de Dold et Kan, les complexes de chaînes de groupes abéliens en degrés positifs équivalent aux groupes abéliens simpliciaux, c'est-à-dire, du point de vue de l'homotopie, aux \(\infty\)-groupoïdes dont la composition est commutative en un sens fort ; les champs, et plus généralement les \(\infty\)-groupoïdes, en sont la généralisation non commutative.5
La page 3 donne à l'imprimeur deux correspondances : un \(N\) souligné devient \(\mathbb{N}\), et un \(\ell\) barré devient un \(\ell\) simple. Deux autres signes — un double jambage à traits horizontaux, un petit cercle hachuré — sont dessinés sans correspondance.6
4–4
L'index des notations (page 4)
Sur une carte perforée, une liste plus longue, celle d'un index :
- deux signes d'isomorphie, \(\approx\) et \(\simeq\), seuls et sur des flèches ;7
- \(\mathbb{Z}\), \(\mathbb{R}\), \(\mathbb{Q}\), \(\mathbb{C}\) ;
- \(\Delta\), \(\square\), \(\bigcirc\) et leurs objets \(\Delta_{n}\), \(\square_{n}\), \(\bigcirc_{n}\) ;
- \(A^{\wedge}\) et un second signe \(A^{\&}\), sans explication8 ; le Hom interne \(\underline{\mathrm{Hom}}(A, B)\), pour \(A\), \(B\) dans \((\mathrm{Cat})\) ou dans une catégorie quelconque ;
- les indices bas et hauts \(X_{*}\), \(X^{*}\), \(L_{\bullet}\), \(L^{\bullet}\), c'est-à-dire la graduation homologique et la graduation cohomologique, et le dual \(V^{\vee}\) ;
- \((\mathrm{Hot})\) et \((\mathrm{Hotab})\), catégorie homotopique des types d'homotopie et son analogue abélien ; pour une catégorie abélienne \(A\), les catégories dérivées \(D_{\cdot}(A)\), \(D^{\cdot}(A)\), \(D^{+}(A)\), \(D^{-}(A)\), \(D(A)\), les catégories de complexes \(\mathrm{Ch}_{\cdot}(A)\), \(\mathrm{Ch}^{\cdot}(A)\) et les catégories homotopiques \(K^{+}(A)\), \(K^{-}(A)\), \(K(A)\), \(K_{\cdot}(A)\), \(K^{\cdot}(A)\) ;
- trois mots anglais : fibering, cofibering, bifibering functor — les foncteurs fibrés, cofibrés et bifibrés, qu'on appelle aujourd'hui fibrations et cofibrations de Grothendieck ; et localization « en deux sens », colocalization.9
5–5
Quatre titres de paragraphes (page 5)
Écrits entre les lignes d'une liste d'ordinateur, des titres anglais pour les §§ 130 à 133 :
- 130.un plaidoyer pour les fibrés non connexes, comme composantes de modèles semi-simpliciaux ;
- 131.un essai de construction d'un « foncteur sphérique » \(\tilde{S}\), et une extension de la notion de fibré ;
- 132.un bicomplexe « fou », placé dans le mauvais quadrant, pour les groupes d'homotopie d'une sphère ;
- 133.un titre au nom illisible.10
Aucun de ces paragraphes n'est dans le dossier. Le 132 vise l'un des problèmes les plus durs de la topologie, le calcul des groupes d'homotopie des sphères, et l'adjectif dit assez qu'il s'agit d'une tentative ; on ne sait pas, par ces feuillets, ce qu'elle contenait.
6–6
Le plan du volume (page 6)
Le livre devait s'ouvrir sur une dédicace, un sommaire, une table des matières détaillée et deux introductions, puis le chapitre I, un appendice — les lettres à Breen —, les chapitres II à VIII, des notes et un glossaire, un index terminologique, un index des notations et une bibliographie suivie d'un point d'interrogation.11
Au bas, deux schémas de dépendance des chapitres. Dans celui de gauche, en flèches doubles, II mène à III, III à IV, IV à VII et à VIII, V à VII ; I et VI ne sont reliés à rien.12 Dans celui de droite, en simples traits, la suite I, II, III, IV est linéaire, IV se relie à VII et à VIII, V à VII, puis VII et VIII à un chapitre IX ; VI est encore isolé. Les deux schémas ne sont donc pas le même : le second compte neuf chapitres là où le plan en annonce huit.13
7–8
Questions et terminologie (pages 7 et 8)
Quatre questions
La page 7 relève, par page du tapuscrit et par paragraphe, des points à revoir :
- p. 54, § 35 : trois questions sur cette page, dit-il, sans les écrire ;
- p. 55, § 35 : \(x \mapsto \mathrm{Top}(B)\), sans plus ;14
- p. 72, § 41 : \(\widehat{A}\) est-il une catégorie de modèles fermée ?
- p. 73–74, § 42 : \((\mathrm{Ord})\) est-il un modélisateur ?
La troisième est la question de savoir si, pour une catégorie test \(A\), les équivalences faibles de \(\widehat{A}\) s'insèrent dans une structure de modèles de Quillen. Elle a reçu depuis une réponse positive, avec les monomorphismes pour cofibrations.15 La quatrième demande si les ensembles ordonnés, avec pour équivalences faibles les applications dont le nerf est une équivalence faible, suffisent à décrire tous les types d'homotopie ; la réponse est oui, parce que la subdivision barycentrique d'un ensemble simplicial a même type d'homotopie qu'un nerf d'ensemble ordonné.16
8–8
Le vocabulaire du livre
La page 8, « Terminology », dresse en anglais la liste des termes du livre, dans l'ordre de leur apparition, avec le paragraphe où chacun est introduit.17 On la regroupe ici par notion, en disant en termes actuels ce que chacune désigne.
Structures et champs (§§ 4 à 13). Les structures « primitive, primaire, secondaire, ternaire… », les types standard (produits fibrés itérés), les \(n\)-champs, les \(\infty\)-champs et les \(n\)-champs relatifs à une catégorie \(C\). Puis le cohérateur (§§ 13 et 25) : la donnée qui dit quelles opérations et quelles cohérences un \(\infty\)-groupoïde doit porter. C'est d'elle que G. Maltsiniotis a tiré, dans les années 2000, une définition des \(\infty\)-groupoïdes dits aujourd'hui « de Grothendieck ».18
Modélisateurs (§§ 26 à 29). Un modélisateur est une catégorie \(M\) munie d'une classe \(W\) de flèches, dites équivalences faibles, telle que la localisée \(M[W^{-1}]\) soit équivalente à \((\mathrm{Hot})\), de façon compatible aux foncteurs naturels ; un foncteur entre modélisateurs qui respecte cette structure est dit modélisant. Le modélisateur de base est \((\mathrm{Cat})\), les équivalences faibles étant les foncteurs dont le nerf est une équivalence faible d'ensembles simpliciaux.19 Une catégorie test (§ 27) est une petite catégorie \(A\) telle que \(\widehat{A}\), muni des flèches que le foncteur « catégorie des éléments » \(i_{A} : \widehat{A} \to (\mathrm{Cat})\) envoie sur des équivalences faibles, soit un modélisateur, cela restant vrai pour chaque \(A_{/a}\), et \(A\) ayant un nerf contractile. Un modélisateur élémentaire (§ 29) est un tel \(\widehat{A}\). La ligne de la feuille garde la trace d'une hésitation : « test-topology », puis « test category », suivi d'un point d'exclamation.20
Catégories test strictes, simplexes et cubes (§§ 33 et 34). Une catégorie test est stricte quand la localisation \(\widehat{A} \to (\mathrm{Hot})\) commute aux produits finis. Les simplexes et les cubes standard sont les exemples de base : \(\Delta\) est une catégorie test stricte, et la catégorie des cubes \(\square\) est une catégorie test qui n'est pas stricte, le produit des ensembles cubiques n'ayant pas le bon type d'homotopie.21
Asphéricité dans les topos (§§ 35 à 39). Un topos est asphérique quand il a le type d'homotopie d'un point ; un objet d'un topos l'est quand le topos induit au-dessus de lui l'est, et une flèche d'objets quand ses fibres le sont, au sens convenable. Suivent les topos localement asphériques et totalement asphériques, puis les équivalences faibles de topos, sans renvoi : la ligne porte un point d'interrogation à la place du numéro. L'intervalle homotopique (§ 37) est un objet \(I\) de \(\widehat{A}\) muni de deux sections disjointes \(0, 1\) de l'objet final, asphérique, qui joue le rôle du segment \([0,1]\) et permet de parler d'homotopies dans \(\widehat{A}\) ; dans les ensembles simpliciaux, c'est \(\Delta_{1}\).22
Variantes locales (§ 39). Les modélisateurs élémentaires stricts, les catégories test locales et les modélisateurs élémentaires locaux, les topos modélisants et localement modélisants. Le § 39 apparaît aussi en italique sur la ligne des « Hot-équivalences de structures de site » (§ 26), comme un renvoi complémentaire.
9–10
Le texte de présentation (pages 9 et 10)
Deux pages d'une autre main, qui lui sont adressées : le correspondant recopie une version anglaise de son texte de présentation, la photocopie de l'original étant devenue peu lisible, et souligne en rouge les mots changés par rapport à cet original.23 Le milieu manque : une ligne dit que le texte continue sans changement jusqu'au dernier paragraphe.
Le texte présente l'œuvre de la maturité d'un auteur qui revient après douze ans de silence, comme le journal, au jour le jour, d'un voyage d'exploration mêlé de réflexions sur le voyage lui-même. Les deux volumes à venir, sous le titre commun Pursuing Stacks, le premier sous-titré The Modelizing Story, esquissent une synthèse de l'algèbre homotopique, de l'algèbre homologique et de la théorie des topos, dont le fil conducteur vient de la géométrie algébrique et des notions de faisceau, de champ, de 2-champ.
Ces volumes ouvrent une série plus large, les « Réflexions Mathématiques », qui doit présenter des idées sur deux « continents nouveaux ». Le premier est une notion d'espace topologique « modéré » (tame), cadre naturel de l'intuition de la forme, que la topologie générale, faite pour l'analyse, encombre de pathologies ; elle servirait aux espaces d'homéomorphismes et de plongements et à une théorie du dévissage des structures stratifiées, qu'on rencontre partout où il y a des modules. Le second est l'étude de l'action des groupes de Galois profinis absolus, comme \(\mathrm{Gal}(\overline{\mathbb{Q}}/\mathbb{Q})\), sur certains groupes fondamentaux géométriques profinis dits anabéliens, comme celui de \(\mathbb{P}^{1}_{\overline{\mathbb{Q}}} \smallsetminus \{0, 1, \infty\}\). Le dernier paragraphe explique la langue : les deux premiers volumes, nés d'une correspondance en anglais, sont écrits en anglais, mais la première partie de l'introduction, de caractère personnel, l'est en français.24
12–14
Les commentaires d'un lecteur (pages 12 à 14)
Trois pages dactylographiées, « Comments on "Pursuing Stacks" », d'un lecteur qui n'est pas nommé. Après une liste de fautes d'orthographe, quatre remarques de fond.
Ensembles simpliciaux ou cubiques. Les ensembles simpliciaux doivent leur place à des propriétés précises : leur catégorie est cartésiennement fermée ; la réalisation géométrique induit une équivalence entre la catégorie homotopique des complexes de Kan et celle des CW-complexes, et commute aux produits finis quand on prend la topologie compactement engendrée ; il y a une correspondance de Dold–Kan et une démonstration simpliciale de la suite spectrale de Serre. Pour les ensembles cubiques, l'équivalence homotopique n'était alors démontrée en détail que dans un mémoire non publié ; le produit cartésien n'a pas la bonne réalisation, seul un produit tensoriel l'a ; et une correspondance de Dold–Kan demande la structure supplémentaire des « connexions » de Brown et Higgins.25
Modèles algébriques des types d'homotopie. Il s'étonne que l'approche de Loday passe par des objets \(n\)-simpliciaux, rappelle que la théorie de van Kampen de Brown et Loday emploie des groupoïdes \(n\)-uples, les \(\mathrm{Cat}^{n}\)-groupes, et se demande si l'extension de tels objets aux topos ne demanderait pas une construction d'intervalle unité, là où les champs entreraient en jeu.
Le nerf. Prendre le nerf de catégories qui modélisent une situation géométrique a servi en topologie géométrique, pour la K-théorie algébrique des espaces, sans être devenu un outil de calcul. Il propose un test : calculer \(\pi_{3}(S^{2})\) sans connaître la fibration de Hopf \(S^{1} \to S^{3} \to S^{2}\).26
Les groupoïdes et les topos. À propos d'une page de l'introduction, il demande si la catégorie des groupoïdes n'est pas un topos faute de classifiant des sous-objets. Elle n'en est pas un, et c'est bien l'absence de classifiant qui l'empêche.27 Au pied de la dernière page, d'une main qui ne semble pas la sienne : « so far, so good! »
16–37
La liste de corrections (pages 16 à 37)
La liste et ses envois
D'une même main que les pages 9 et 10, une liste en anglais de corrections au tapuscrit, page par page et ligne par ligne, adressée à lui. Elle commence par « Errors in 1st 100 pages of notes + letter to Quillen » et suit le tapuscrit sans lacune de la p. 1 à la p. 557, où elle s'arrête au tiers d'une feuille. Elle est envoyée en plusieurs fois : la page 20 porte « Sent 19/12/83 » après la p. 100, la page 28 « Sent 6/2/84 » après la p. 354.28 Neuf entrées sur dix sont d'usage : « commute with » et non « commute to », « standard » et non « standart », « aspheric » et non « asperic » (« avec les asperges ! », ajoute le correspondant en français), les contractions, « formulary » pour « formulaire », trouvé excellent. Les autres touchent aux mathématiques ; on les rassemble par thème.
21–26
Catégories test et asphéricité (pages 21 à 26)
Le foncteur \(j_{A}\) (p. 224 du tapuscrit). Le correspondant rappelle, en renvoyant à la p. 32, \[ j_{A} : (\mathrm{Cat}) \longrightarrow \widehat{A}, \qquad j_{A}(X)(a) = \mathrm{Hom}_{(\mathrm{Cat})}(A_{/a}, X), \] et juge fausse en conséquence une ligne du tapuscrit. Ce \(j_{A}\) est l'adjoint à droite du foncteur \(i_{A} : \widehat{A} \to (\mathrm{Cat})\) qui associe à un préfaisceau sa catégorie des éléments : \(i_{A}\) prolonge par colimites le foncteur \(a \mapsto A_{/a}\), et \(j_{A}\) en est l'adjoint par construction.29
Asphéricité (p. 234 et 235). Une reformulation est proposée d'un énoncé sur \(W\) et un couple \((A, i)\) ; l'énoncé « \(x\) asphérique si et seulement si \(a\) asphérique » est relevé comme une tautologie telle qu'il est écrit.30
Équivalences faibles induites (p. 240 à 251). La formule \(W = (i_{M,i})^{-1}(\underline{W})\), qui définit les équivalences faibles d'une catégorie par image réciproque de celles d'une autre ; une question sur la condition (ii) d'une définition, qui demanderait \(i_{0} : N_{0} \to N\) ; \(i : A \to M\) à la p. 251.
Notations à fixer. \(\pi_{0}\) et \(\pi_{1}\) ne sont pas définis à l'endroit où ils servent (p. 269) ; faut-il lire \(\alpha : \Delta \to \Delta_{/F}\) (p. 327) ? Une formule \(K_{h} \subset Z_{h}\) est à corriger (p. 116)31 ; une autre, \(f^{\circ} : C^{\circ} \to C'^{\circ}\), récrite (p. 167) ; une définition des intervalles homotopiques non faibles est à tourner autrement (p. 186) ; un renvoi du tapuscrit au § 51 viserait le § 52 (p. 114–115). En tête de la page 25, une relation « \(C \simeq A\) ? » est jugée confuse.32
29–32
Algèbre homotopique abélienne (pages 29 à 32)
Préfaisceaux abéliens (p. 402 et 428). L'indice de \(\widehat{A}_{\mathrm{ab}}\) manque sur la copie ; et « \(\widehat{A}\) is abelian » est une erreur, c'est \(\widehat{A}_{M}\) qui est voulu. La correction est juste : \(\widehat{A}\), catégorie de préfaisceaux d'ensembles, n'est pas même additive ; ce sont les préfaisceaux en modules qui forment une catégorie abélienne.33
Formules (p. 385, 413, 417, 438). Un signe \(\simeq\) manque dans la formule (7), une parenthèse ailleurs, et les renvois aux formules (75) et (84) sont relevés.
Groupes d'homotopie et objets en groupes (p. 449 et 471). Une phrase sur des groupes d'homotopie qui ne sont pas des \(k\)-modules est reformulée. Une autre, jugée ambiguë, est récrite ainsi : un complexe \(X_{*}\), lisse et satisfaisant à la condition de Kan, devrait donner un objet en groupes \(G = \pi_{1}(X_{*})\) dans \(U(k)\), avec une submersion notée (H) ; le correspondant ajoute qu'il a pu se méprendre.34
33–37
Puissances divisées, et une formule illisible (pages 33 à 37)
Puissances symétriques et divisées (p. 484 à 494). Une flèche manque dans la formule (8) ; une expression contenant \(\Gamma^{\wedge}_{k}(M)\) est relevée (p. 485)35 ; une parenthèse est mal placée dans \(\prod_{j} \Gamma^{j}_{k}(M)\). Surtout, le correspondant demande qu'on explique les notations \(\mathrm{Sym}^{j}_{k}\) et \(\Gamma^{j}_{k}\), dont il a dû chercher le sens ailleurs. Ce sont les puissances symétriques et les puissances divisées d'un \(k\)-module, \(\Gamma_{k}(M) = \bigoplus_{j} \Gamma^{j}_{k}(M)\), et le chapeau désigne vraisemblablement le produit complété \(\prod_{j}\).36
Schémas en groupes et dévissages (p. 495 à 517). Le mot « endomorphisme » est mis en doute, les groupes d'endomorphismes étant rares, le correspondant avouant mal connaître les schémas en groupes additifs ; un « 0 » manque dans une cohomologie ; « Lazare » ou « Lazard » ? ; la formule (8) se factorise par (2\('\)) et non par (2) ; que désigne \(V'\), quand \(V\) et \(V'\) servent tous deux ?
Une condition d'annulation (p. 538). La formule (6) paraît étrange au correspondant, l'indice de \(\Pi\) étant placé ailleurs qu'il ne l'attend. Il propose trois lectures sans trancher : \[ H^{i}\bigl(T, \Pi_{i}(X_{*})\bigr) = 0 \ (i > 0), \qquad H^{i}\bigl(T, \Pi_{j}(X_{*})\bigr) = 0 \ (j > 0), \qquad H^{i}\bigl(T, \Pi_{j}(X_{*})\bigr) = 0 \ (i \geq j > 0). \] Le dossier ne dit pas laquelle était voulue, et l'on ne choisit pas.37
La liste s'achève à la p. 557, sur des corrections d'usage dans un passage de récit et l'orthographe de « Hurewicz ».
Notes
- La transcription écrit « sans doute » une fois et s'en tient là ; on fait de même : l'identification repose sur le contenu des renvois (catégories test, asphéricité, \(j_{A}\), intervalles homotopiques), pas sur un titre. ↩
- Les trois signes sont tracés d'un trait doublé sur un côté, comme des lettres ajourées. L'identification de \(\bigcirc\) à la catégorie des globes — celle dont les préfaisceaux sont les ensembles globulaires — est celle de la transcription ; la feuille ne la dit pas. Le mot « (Ss-sets) » qui suit \((\mathrm{Cat})\) est lu avec doute. ↩
- Les nombres de la feuille ne disent pas s'ils renvoient à des pages ou à des paragraphes. On les lit comme des numéros de paragraphes, parce que la terminologie de la page 8 renvoie aux mêmes numéros (« standard simplices / cubes », 34 ; « elementary modelizer », 29) et que la page 7, qui distingue « p. » et « S. », confirme ce sens pour plusieurs d'entre eux. Cette lecture est la nôtre. Le tilde n'est expliqué nulle part dans le dossier. ↩
- « numérotées » est lu avec doute ; le destinataire de la lettre n'est pas écrit. ↩
- Ce commentaire est le nôtre. La formule est sur la page telle quelle, en anglais ; « p. 4 » renvoie au tapuscrit, non à la page 4 du dossier. ↩
- Le soulignement est la convention du tapuscrit pour les lettres ajourées, que la machine ne sait pas frapper ; le \(\mathbb{Z}\) doublement souligné de la page 4 va dans le même sens. La lecture de la convention est la nôtre. ↩
- La page ne dit pas lequel désigne l'isomorphisme et lequel l'équivalence faible ; on ne tranche pas. ↩
- Le signe est rendu par la transcription comme une esperluette ; on ne sait pas ce qu'il désigne. ↩
- Les deux sens ne sont pas dits. On peut penser à la localisation d'une catégorie par une classe de flèches et à la sous-catégorie réflexive (« localisation » au sens des topos) ; c'est une conjecture, non une lecture. ↩
- Le titre de 131 est un palimpseste dont l'ordre des mots est reconstruit ; un premier état du 132, annulé par un grand trait, parlait d'une « formule » pour les groupes d'homotopie des sphères. Le nom du 133 est lu « Saleyman », avec doute ; on ne l'interprète pas. ↩
- Une boucle part de « Chap I », entoure « Appendice : Lettres à Breen » et se ferme sur « Chap II à VIII » : on la lit comme une insertion de l'appendice entre le chapitre I et les suivants. La seconde introduction n'a qu'un trait au lieu du mot. ↩
- Entre V et VI, un chiffre romain est lourdement biffé. ↩
- On rapporte l'écart sans le corriger : rien ne dit lequel des deux états est le dernier. ↩
- On ne sait pas quelle construction la formule abrège ; on ne la reconstruit pas. ↩
- D.-C. Cisinski, Les préfaisceaux comme modèles des types d'homotopie, Astérisque 308 (2006), cité de mémoire. La réponse est postérieure de vingt ans au dossier, et rien n'indique qu'il l'ait connue ; « cl. mod. cat » est l'abréviation de la closed model category de Quillen. ↩
- La réponse est la nôtre, sous cette forme rapide ; la feuille pose la question sans y répondre, et l'on ne sait pas par elle ce qu'en dit le § 42. ↩
- Les numéros sont dans une colonne à droite, et leur rattachement aux lignes est donné au plus près. On les lit comme des numéros de paragraphes pour la raison dite à la page 1 ; les numéros 41 et 42, en italique sur la ligne de « modelizer », sont ceux des paragraphes de la page 7, et « aspheric », 35, celui de la question de la p. 54. ↩
- Le renvoi est le nôtre et cité de mémoire ; la feuille ne porte que le mot et deux numéros. ↩
- L'équivalence \((\mathrm{Cat})[W^{-1}] \simeq (\mathrm{Hot})\) remonte à Quillen et Illusie ; la structure de modèles correspondante sur \((\mathrm{Cat})\) est due à R. W. Thomason (1980). Références citées de mémoire ; la feuille ne nomme personne. ↩
- Les définitions sont dites dans la forme qu'elles ont prise dans Pursuing Stacks et dans l'exposé de G. Maltsiniotis, La théorie de l'homotopie de Grothendieck, Astérisque 301 (2005), cité de mémoire : catégorie test faible quand seule la condition sur \(A\) est demandée, catégorie test locale quand elle l'est pour chaque \(A_{/a}\), catégorie test quand \(A\) est de plus asphérique. La feuille ne donne que les noms. ↩
- L'énoncé sur \(\square\) est le nôtre et suit la littérature ; il rejoint la remarque du lecteur de la page 13. Deux carrés biffés suivent la ligne, au même numéro 34. ↩
- La définition est donnée dans sa forme reçue ; la feuille ne porte que le terme et le numéro 37. ↩
- La note d'en-tête dit que les changements viennent de plusieurs relecteurs, sans les séparer sur la page. Les retouches sont pour l'essentiel de langue. Les mots soulignés en rouge sont en italique dans la transcription ; le texte, de cette main, n'est pas reproduit ici. ↩
- Les deux continents sont ceux de l'Esquisse d'un programme, de 1984 : la topologie modérée, dont les structures o-minimales sont aujourd'hui une forme, et la géométrie anabélienne, avec les dessins d'enfants et la tour de Teichmüller. Ces rapprochements sont les nôtres. La série « Réflexions Mathématiques » n'a pas paru sous ce nom ; Pursuing Stacks a été publié bien plus tard par la Société mathématique de France, information citée de mémoire. ↩
- Ces énoncés sont exacts tels qu'ils sont rapportés. Le lecteur rappelle aussi la description de Kan du foncteur des complexes de chaînes vers les groupes abéliens simpliciaux, \(C \mapsto \bigl(n \mapsto \mathrm{Hom}(N\mathbb{Z}\Delta^{n}, C)\bigr)\), avec \(N\) les chaînes normalisées ; la page écrit \(\mathrm{Hom}(C_{N}\Delta^{n}, C)\). Il préférerait qu'on parle du théorème de Dold–Kan plutôt que de Puppe. ↩
- On sait que \(\pi_{3}(S^{2}) \simeq \mathbb{Z}\), engendré par la fibration de Hopf ; le test est donc d'y arriver par une autre voie. ↩
- L'argument est le nôtre. Les sous-objets du groupoïde ponctuel sont deux, donc un classifiant \(\Omega\) aurait deux objets. Le groupe \(\mathbb{Z}/3\), vu comme groupoïde à un objet, a trois sous-objets : le vide, l'objet seul et le tout. Une flèche de lui vers \(\Omega\) est le choix d'un objet \(x\) et d'un \(h \in \mathrm{Aut}(x)\) avec \(h^{3} = 1\). Chaque objet en fournit au moins une, l'identité, et il en faudrait trois en tout : l'un des deux objets devrait avoir exactement deux solutions de \(h^{3} = 1\). C'est impossible : les solutions autres que \(1\) vont par paires \(\{h, h^{2}\}\), avec \(h^{2} \neq h\), et leur nombre est impair. ↩
- La page 20 est la copie d'un état antérieur des entrées des p. 87 à 100, annulé de deux traits, suivi de la suite jusqu'à la p. 115 ; la page 27 est de même la copie d'un état antérieur des vingt premières lignes de la page 28. ↩
- L'adjonction est notre commentaire ; elle est au centre de la théorie des catégories test, où l'on demande que \(i_{A}\) induise une équivalence des localisées. Quelques mots interlinéaires sous la formule sont illisibles. ↩
- Sans le contexte du tapuscrit, on ne peut dire quelle condition était voulue ; la remarque signale une coquille, non une erreur de fond. ↩
- L'indice de gauche est lu avec doute ; la transcription lit \(K_{h} \subset K_{n}\) sur la page, avec la correction proposée en \(Z_{h}\). ↩
- Le signe de relation est surchargé ; la lecture est incertaine. ↩
- L'indice \(M\) désigne vraisemblablement un anneau ou un module de coefficients ; la liste ne le dit pas. ↩
- On ne sait pas, par le dossier, ce que désigne \(U(k)\) ; on rapporte la reformulation sans la juger. ↩
- La transcription lit \(W^{\wedge}\,\Gamma^{\wedge}_{k}(M)\), avec doute. ↩
- La liste renvoie à SGA 6 pour \(\Gamma_{k}\). L'interprétation du chapeau est la nôtre, tirée du \(\prod_{j}\) de la même entrée. ↩
- La deuxième lecture demande l'annulation de toute la cohomologie, la troisième une annulation « au-dessus de la diagonale », du type de celles qui rendent une obstruction nulle dans une tour de Postnikov. Ce commentaire est le nôtre et ne tranche rien. ↩