Cote n° 106 · pages 1–16 · Lecture modernisée · [Champs (stacks) 3] : notes manuscrites (s.d.) — lecture modernisée du dossier entier
Datation de l’inventaire : [à partir de 1982]
Édition de démonstration — interprétation personnelle de l'œuvre

Résumé

En topologie, deux espaces qu'on peut déformer continûment l'un dans l'autre sont considérés comme « le même » du point de vue de l'homotopie. Pour en faire une mathématique, on part d'une catégorie d'objets et d'une classe de flèches qu'on déclare être des équivalences — les équivalences faibles — et l'on fabrique la catégorie où ces flèches sont devenues inversibles : la catégorie homotopique. La construction formelle est simple à écrire et presque impossible à utiliser, car une flèche y est un zigzag arbitrairement long de flèches et d'inverses formels.

Tout l'art est de raccourcir les zigzags. Si l'on dispose en plus d'une classe de cofibrations — les « bonnes » inclusions, le long desquelles on peut recoller — avec quelques axiomes, on espère que toute flèche de la catégorie homotopique s'écrive comme un aller simple suivi d'un retour inversible, \(x \to \widetilde{y} \leftarrow y\), exactement comme une fraction \(a/s\) s'écrit avec un seul dénominateur. C'est ce qu'on appelle un calcul de fractions.

Ces huit feuillets de bloc, entre lesquels sont intercalées des feuilles de listing d'ordinateur dont certaines portent les dates d'impression des 24 et 25 août 1982, font cet essai sous les axiomes de H.-J. Baues. Ils commencent par un point acquis : on peut se limiter aux objets « cofibrants », sans rien perdre. Puis ils tentent le calcul de fractions, et l'on voit l'essai échouer à deux reprises, en clair — « Ça se présente mal ! », « je doute qu'il suffise… » —, être rectifié par un changement de définition, et se réduire pour finir à une condition précise sur les sections d'une équivalence faible, qui n'est pas démontrée.

C'est une page de travail au sens propre : on y voit l'endroit exact où une construction résiste, et la manière dont on déplace la définition plutôt que de forcer la preuve. L'un des deux doutes peut d'ailleurs être levé avec ce que contient la page 9, que la page 11 n'invoque pas.

Keywords — cofibration category, localization, homotopy category, cofibrant replacement, Brown factorization lemma, calculus of fractions

Le fil du dossier, et les conventions

  1. 1.Objets cofibrants (pages 1 à 5) : \(W_{\mathrm{cof}}^{-1}\mathcal{C}_{\mathrm{cof}} \to W^{-1}\mathcal{C}\) est une équivalence si et seulement si une condition \((\star)\) est vérifiée.
  2. 2.Premier calcul de fractions (pages 5 à 9) : les catégories \(\mathrm{Ch}_{0}(x,y)\), leur composition, la catégorie \(\widetilde{\mathcal{C}}\), et l'échec sur les inverses.
  3. 3.Le foncteur \(q\) (page 9) : bijectif sur les objets, plein.
  4. 4.Rectification (pages 11 à 15) : la définition \(\mathrm{Ch}'_{0}(x,y)\), la comparaison de factorisations, et le critère \((\star\star)\).

Conventions. \(\mathcal{C}\) est une catégorie munie de deux classes de flèches, les équivalences faibles \(W\) et les cofibrations \(\mathrm{cof}\), satisfaisant aux axiomes C1 à C3 de Baues, avec un objet initial \(\emptyset\).1 \(\mathcal{C}_{\mathrm{cof}}\) est la sous-catégorie pleine des objets cofibrants et \(W_{\mathrm{cof}}\) la restriction de \(W\). Une flèche marquée \(\sim\) est dans \(W\).

Deux définitions sous un même nom. La page 5 appelle \(\underline{Ch}_{0}(x,y)\) la catégorie des diagrammes \(x \xrightarrow{f} \widetilde{y} \xleftarrow{i} y\) avec \(i \in \mathrm{cof} \cap W\) ; la page 11 reprend le même nom pour les diagrammes où \(f \in \mathrm{cof}\) et \(i \in W\). On écrit ici \(\mathrm{Ch}_{0}\) pour la première, \(\mathrm{Ch}'_{0}\) pour la seconde, et \(\widetilde{\mathcal{C}}\), \(\widetilde{\mathcal{C}}'\) pour les catégories qu'on en tire.

Ce que le dossier annonce et n'établit pas : que le choix des factorisations dans la construction rectifiée n'importe pas, ramené à \((\star\star)\) ; que \((\star\star)\) suffise à la fidélité ; et donc que \(\widetilde{\mathcal{C}}' \to W^{-1}\mathcal{C}\) soit un isomorphisme.

1–3

Les objets cofibrants suffisent (pages 1 à 3)

Énoncé connu. Le foncteur \(\Psi : W_{\mathrm{cof}}^{-1}\mathcal{C}_{\mathrm{cof}} \to W^{-1}\mathcal{C}\) induit par l'inclusion est une équivalence de catégories.2 Pour le voir, on construit un quasi-inverse \(\Phi : W^{-1}\mathcal{C} \to W_{\mathrm{cof}}^{-1}\mathcal{C}_{\mathrm{cof}}\), c'est-à-dire un foncteur \(\mathcal{C} \to W_{\mathrm{cof}}^{-1}\mathcal{C}_{\mathrm{cof}}\) qui rend inversibles les flèches de \(W\).

Remplacement cofibrant. Pour tout \(x\), C3 appliqué à \(\emptyset \to x\) donne \(\alpha_{x} : \widetilde{x} \to x\) dans \(W\) avec \(\widetilde{x}\) cofibrant.

Relèvement faible. Soit \(f : x \to y\). On ne peut pas relever \(f\alpha_{x} : \widetilde{x} \to y\) à \(\widetilde{y}\), mais on peut le relever à un \(\widetilde{y}'\) : il existe \(i : \widetilde{y} \to \widetilde{y}'\) dans \(\mathrm{cof} \cap W\), \(\alpha'_{y} : \widetilde{y}' \to y\) dans \(W\) avec \(\alpha_{y} = \alpha'_{y}\, i\), et \(\widetilde{f} : \widetilde{x} \to \widetilde{y}'\) avec \(\alpha'_{y}\widetilde{f} = f\alpha_{x}\).

LaTeX source
\begin{tikzcd}[column sep=small, row sep=small, nodes={font=\scriptsize}]
\widetilde{x} \arrow[r, "\widetilde{f}"] \arrow[d, "\underset{\sim}{\alpha_x}"'] & \widetilde{y}\,' \arrow[d, "\underset{\sim}{\alpha'_y}"] & \widetilde{y} \arrow[l, "i"'] \arrow[dl, "\underset{\sim}{\alpha_y}"] \\
x \arrow[r, "f"'] & y &
\end{tikzcd}

On l'obtient en factorisant \((\alpha_{y}, f\alpha_{x}) : \widetilde{y} \vee \widetilde{x} \to y\) en une cofibration suivie d'une équivalence faible ; \(\widetilde{y} \to \widetilde{y} \vee \widetilde{x}\) est une cofibration parce que \(\widetilde{x}\) est cofibrant, et \(i\) est dans \(W\) par deux-sur-trois.3

On pose \(\Phi(f) = [i]^{-1}[\widetilde{f}] : \widetilde{x} \to \widetilde{y}\) dans \(W_{\mathrm{cof}}^{-1}\mathcal{C}_{\mathrm{cof}}\).

Indépendance des choix. Deux choix \((i_{1}, \alpha'_{1}, \widetilde{f}_{1})\) et \((i_{2}, \alpha'_{2}, \widetilde{f}_{2})\) se comparent dans la somme amalgamée \(\widetilde{y}'_{1} \vee_{\widetilde{y}} \widetilde{y}'_{2}\), et l'on est ramené à la condition :

  1. \((\star)\)si \(x', y'\) sont cofibrants, \(\varphi, \psi : x' \to y'\), et \(\alpha : y' \to y\) est dans \(W\) avec \(\alpha\varphi = \alpha\psi\), alors \([\varphi] = [\psi]\) dans \(W_{\mathrm{cof}}^{-1}\mathcal{C}_{\mathrm{cof}}\).

Sous \((\star)\), on obtient un foncteur \(\mathcal{C} \to W_{\mathrm{cof}}^{-1}\mathcal{C}_{\mathrm{cof}}\), la compatibilité aux identités et aux compositions étant immédiate.4

Il rend \(W\) inversible (page 3). Si \(f \in W\), alors \(f\alpha_{x}\) et \(\alpha'_{y}\) sont dans \(W\), donc \(\widetilde{f}\) aussi, et \([\widetilde{f}]\) est un isomorphisme.

Les deux composés. \(\Phi\Psi\) est l'identité : pour \(x\) cofibrant on choisit \(\widetilde{x} = x\) et \(\alpha_{x} = 1\). Pour \(\Psi\Phi\), il faut voir que \(R : x \mapsto \widetilde{x}\), \(\mathcal{C} \to W^{-1}\mathcal{C}\), est isomorphe au foncteur canonique par les isomorphismes \([\alpha_{x}]\), c'est-à-dire que \[ [\alpha_{y}]\,\bigl([i_{f}]^{-1}[\widetilde{f}]\bigr) = [f]\,[\alpha_{x}] . \] Or \(\alpha_{y} = \beta_{f}\, i_{f}\), où \(\beta_{f} = \alpha'_{y}\), donne \([\alpha_{y}][i_{f}]^{-1} = [\beta_{f}]\), et \([\beta_{f}\widetilde{f}] = [f\alpha_{x}] = [f][\alpha_{x}]\).

5–5

La proposition, et le passage aux objets cofibrants (page 5)

Proposition. Pour que \(\Psi : W_{\mathrm{cof}}^{-1}\mathcal{C}_{\mathrm{cof}} \to W^{-1}\mathcal{C}\) soit une équivalence de catégories, il faut et il suffit que la condition \((\star)\) soit vérifiée ; elle est d'ailleurs impliquée par la fidélité de \(\Psi\).

La suffisance est ce qui précède. La nécessité vient de ce que \([\varphi] = [\psi]\) dans \(W^{-1}\mathcal{C}\), \([\alpha]\) y étant inversible.5

Réduction. On travaille désormais dans \(\mathcal{C}_{\mathrm{cof}}\), en changeant les notations : tout objet de \(\mathcal{C}\) est cofibrant. C'est légitime, car \(\mathcal{C}_{\mathrm{cof}}\), avec les classes induites, satisfait encore C1–C3, l'inclusion commutant aux sommes amalgamées le long d'une cofibration — « les seules sommes dont on postule l'existence ! ».

5–7

Premier calcul de fractions (pages 5 et 7)

Pour deux objets \(x, y\), soit \(\mathrm{Ch}_{0}(x,y)\) la petite catégorie des diagrammes \[ x \xrightarrow{\;f\;} \widetilde{y} \xleftarrow{\;i\;} y, \qquad i \in \mathrm{cof} \cap W, \] une flèche \((f, i) \to (f', i')\) étant une flèche \(u : \widetilde{y} \to \widetilde{y}'\) telle que \(uf = f'\) et \(ui = i'\).6

Composition. Pour \((f, i) \in \mathrm{Ch}_{0}(x,y)\) et \((g, j) \in \mathrm{Ch}_{0}(y,z)\), soit \(\widetilde{z}'\) la somme amalgamée de \(\widetilde{y} \xleftarrow{i} y \xrightarrow{g} \widetilde{z}\), avec \(g' : \widetilde{y} \to \widetilde{z}'\) et \(k : \widetilde{z} \to \widetilde{z}'\). Comme \(i \in \mathrm{cof} \cap W\), \(k\) l'est aussi, par C2, et l'on pose \[ (g, j) \circ (f, i) = (g' f,\ k j) \in \mathrm{Ch}_{0}(x,z). \]

LaTeX source
\begin{tikzcd}[column sep=small, row sep=small, nodes={font=\scriptsize}]
x \arrow[r, "f"] & \widetilde{y} \arrow[d, "g'"'] & y \arrow[l, "i"'] \arrow[d, "g"] & \\
& \widetilde{z}\,' & \widetilde{z} \arrow[l, "k"] & z \arrow[l, "j"']
\end{tikzcd}

Le composé est bien défini à isomorphisme près, la somme amalgamée l'étant.7

La catégorie \(\widetilde{\mathcal{C}}\) (page 7). Cette composition est associative à isomorphisme canonique près et admet pour unités, à isomorphisme canonique près, les \(\underline{1}_{x} = (1_{x}, 1_{x})\). On a des foncteurs \(\mathrm{Hom}_{\mathcal{C}}(x,y)_{\text{discret}} \to \mathrm{Ch}_{0}(x,y)\), \(f \mapsto (f, 1_{y})\), compatibles aux compositions.8 Posant \[ \pi_{0}(x,y) = \pi_{0}\bigl(\mathrm{Ch}_{0}(x,y)\bigr), \] la composition passe aux composantes connexes et y devient associative et unitaire. D'où une catégorie \(\widetilde{\mathcal{C}}\), de mêmes objets que \(\mathcal{C}\), et un foncteur \(\mathcal{C} \to \widetilde{\mathcal{C}}\).

La question. Ce foncteur rend-il inversibles les flèches de \(W\) ? Pour \(f : x \to y\) dans \(W\), on cherche \((g, i)\) tel que \((g,i) \circ (f, 1_{y})\) soit dans la composante de \(\underline{1}_{x}\) et \((f, 1_{y}) \circ (g,i)\) dans celle de \(\underline{1}_{y}\).

9–9

L'échec, et le foncteur \(q\) (page 9)

La factorisation. Soit \(f : x \to y\) dans \(W\). Factorisons \((f, 1_{y}) : x \sqcup y \to y\) en une cofibration \(x \sqcup y \to \bar{x}\) suivie d'une équivalence faible \(\alpha : \bar{x} \to y\), et notons \(i\) et \(g\) les composés de \(x \to x \sqcup y\) et \(y \to x \sqcup y\) avec \(x \sqcup y \to \bar{x}\). Alors \[ \alpha i = f, \qquad \alpha g = 1_{y}, \qquad i, g \in \mathrm{cof} \cap W, \] \(i\) et \(g\) étant des cofibrations parce que \(x\) et \(y\) sont cofibrants, et des équivalences faibles par deux-sur-trois.9

L'inverse proposé. « Je dis que \((g, i)\) est l'inverse cherché. » Pour voir que \((gf, i)\) est dans la composante de \(\underline{1}_{x}\), on voudrait utiliser le carré \(\alpha i = f \cdot 1_{x}\) ; mais \(\alpha\) n'est pas une cofibration, et \(\alpha i = f\), qui est dans \(W\), ne l'est pas davantage. Il faudrait une \(\beta : y \to y'\) dans \(W\) telle que \(\beta f\) soit dans \(\mathrm{cof}\), ce qui n'est visiblement pas possible en général — prendre pour cofibrations les monomorphismes, et \(f\) non mono. « Ça se présente mal ! »

Le foncteur \(q\). On définit plutôt \[ q : \widetilde{\mathcal{C}} \longrightarrow W^{-1}\mathcal{C}, \qquad x \mapsto x, \qquad (f, i) \mapsto [i]^{-1}[f], \] compatible aux identités et à la composition, et bien défini sur les composantes : une flèche \(u\) de \((f,i)\) vers \((f',i')\) est dans \(W\) par deux-sur-trois, et \([i']^{-1}[f'] = [ui]^{-1}[uf]\). Il est bijectif sur les objets. Il est plein : toute flèche de \(W^{-1}\mathcal{C}\) est un composé de \([f]\) et de \([w]^{-1}\), \(w \in W\), et il suffit que \([f]^{-1}\) provienne de \(\widetilde{\mathcal{C}}\) pour \(f \in W\). Or \(q(g, i) = [i]^{-1}[g]\) et, de \(\alpha i = f\), \([f][i]^{-1} = [\alpha]\), d'où \([f]\,[i]^{-1}[g] = [\alpha][g] = [\alpha g] = [1_{y}]\).

11–12

Le doute, et la rectification (page 11)

La difficulté est qu'il n'est pas clair que \(q\) soit fidèle — ce qui en ferait un isomorphisme de catégories.

Le doute. Le foncteur \(q\) se factorise visiblement par \[ \widetilde{\mathcal{C}} \longrightarrow W_{0}^{-1}\mathcal{C} \longrightarrow W^{-1}\mathcal{C}, \qquad W_{0} = W \cap \mathrm{cof}, \] et il faudrait que la seconde flèche soit une équivalence. « Mais je doute qu'il ne suffise d'inverser les équiv. faibles cofibrantes, pour que les équiv. faibles deviennent inversibles ! »

Le doute n'est pas fondé, et la page 9 contient de quoi le lever. Quand tous les objets sont cofibrants, toute \(f \in W\) s'écrit \(f = \alpha i\) avec \(\alpha g = 1_{y}\) et \(i, g \in W_{0}\). Dans \(W_{0}^{-1}\mathcal{C}\), \([g]\) est inversible et \([\alpha][g] = 1\), donc \([\alpha] = [g]^{-1}\) est inversible, et \([f] = [\alpha][i]\) aussi. Ainsi \(W_{0}^{-1}\mathcal{C} \to W^{-1}\mathcal{C}\) est un isomorphisme de catégories.10

La rectification. Il change donc de définition : \(\mathrm{Ch}'_{0}(x,y)\) est la catégorie des diagrammes \[ x \xrightarrow{\;f\;} \widetilde{y} \xleftarrow{\;i\;} y, \qquad f \in \mathrm{cof}, \quad i \in W, \] et \(\widetilde{\mathcal{C}}'\) la catégorie des \(\pi_{0}(\mathrm{Ch}'_{0}(x,y))\). La page 5 demandait \(i \in \mathrm{cof} \cap W\) sans rien demander à \(f\) ; la page 11 déplace la condition de cofibration du dénominateur au numérateur.11

13–15

Comparer deux factorisations, et le critère \((\star\star)\) (pages 13 à 15)

L'image d'une flèche. Soit \(f : x \to y\). Par C3, \(f = \alpha f_{0}\) avec \(f_{0} : x \to \bar{y}\) cofibration et \(\alpha : \bar{y} \to y\) dans \(W\) ; et, \(y\) étant cofibrant, on peut supposer que \(\alpha\) admet une section \(i\), comme à la page 9. Le diagramme \((f_{0}, i)\) est dans \(\mathrm{Ch}'_{0}(x,y)\), et \(q(f_{0}, i) = [i]^{-1}[f_{0}] = [\alpha][f_{0}] = [f]\).12

Deux factorisations \(f = \alpha f_{0} = \alpha' f'_{0}\) se comparent à une troisième. La somme amalgamée de \[ x \xleftarrow{\;\nabla_{x}\;} x \vee x \xrightarrow{\;f_{0} \vee f'_{0}\;} \bar{y} \sqcup \bar{y}' \] existe, \(f_{0} \vee f'_{0}\) étant une cofibration ; soit \(\widetilde{y}\) cette somme et \(g : x \to \widetilde{y}\), cofibration par C2. Les flèches \((\alpha, \alpha')\) et \(f\) induisent \(\varphi : \widetilde{y} \to y\), qu'on factorise en \(\varphi = \alpha''\varphi_{0}\), \(\varphi_{0} \in \mathrm{cof}\), \(\alpha'' \in W\). Posant \(f''_{0} = \varphi_{0}\, g\), on obtient des flèches de factorisations \((f_{0}, \alpha) \to (f''_{0}, \alpha'')\) et \((f'_{0}, \alpha') \to (f''_{0}, \alpha'')\).

LaTeX source
\begin{tikzcd}[column sep=small, row sep=small, nodes={font=\scriptsize}]
x \vee x \arrow[r, "f_0 \vee f'_0"] \arrow[d, "\nabla_x"'] & \bar{y} \sqcup \bar{y}\,' \arrow[d] \arrow[dr, "{(\alpha, \alpha')}"] & \\
x \arrow[r, "g"'] & \widetilde{y} \arrow[r, "\varphi"'] & y
\end{tikzcd}

Il reste à comparer les sections13 : il suffirait que les sections de \(\alpha\) et \(\alpha'\) soient compatibles avec une section de \(\alpha''\), et ce n'est pas automatique.

La réduction. Comme \((f_{0}, i) = (\mathrm{id}_{\bar{y}}, i) \circ (f_{0}, \mathrm{id}_{\bar{y}})\), tout se ramène au choix de la section14 :

  1. \((\star\star)\)Soit \(f : x \to y\) dans \(W\), et \(i, i' : y \to x\) deux sections de \(f\). Alors \((1_{x}, i)\) et \((1_{x}, i')\) sont dans la même composante connexe de \(\mathrm{Ch}'_{0}(x,y)\).

Énoncé final. La condition \((\star\star)\) est nécessaire et suffisante pour que \(q' : \widetilde{\mathcal{C}}' \to W^{-1}\mathcal{C}\) soit fidèle, donc un isomorphisme.

La nécessité est claire : \(f i = 1_{y}\) donne \([i]^{-1} = [f]\), de sorte que \(q'(1_{x}, i) = [i]^{-1} = [f] = [i']^{-1} = q'(1_{x}, i')\) ; si \(q'\) est fidèle, les deux diagrammes définissent la même flèche de \(\widetilde{\mathcal{C}}'\), c'est-à-dire sont dans la même composante. La suffisance est affirmée, et le dossier s'arrête là.15

Notes

  1. Ce sont les axiomes d'une catégorie à cofibrations au sens de H.-J. Baues (exposés dans Algebraic Homotopy, 1989), rappelés ici de mémoire et non vérifiés sur le texte : C1, les isomorphismes sont dans \(W\) et dans \(\mathrm{cof}\), les composés de cofibrations sont des cofibrations, et \(W\) satisfait au deux-sur-trois ; C2, pour une cofibration \(c : b \to a\) et une flèche \(u : b \to y\), la somme amalgamée \(a \vee_{b} y\) existe, la flèche \(y \to a \vee_{b} y\) est une cofibration, et une équivalence faible si \(c\) en est une, et la flèche \(a \to a \vee_{b} y\) est une équivalence faible si \(u\) en est une ; C3, toute flèche se factorise en une cofibration suivie d'une équivalence faible. La première rédaction de cette note omettait la composition des cofibrations et la dernière clause de C2 ; c'est celle-ci qui, dans la définition de la page 11, garde dans \(W\) le dénominateur d'un composé. Il écrit « C1 : C3 de Baues » et ne les rappelle pas ; la page 5 dit que les seules sommes amalgamées « dont on postule l'existence » sont celles le long d'une cofibration. Le listing des pages 12 et 14 est daté par la machine des 24 et 25 août 1982. ↩
  2. Il écrit « Alors il est connu que », entre parenthèses. L'énoncé est en effet classique pour les catégories à cofibrations. Une note au coin de la page, coupée d'un trait, porte « Ho \(\mathcal{C}\) » et « cat. de […] co/fibrations ? », l'abréviation du milieu ne se résolvant pas. ↩
  3. La page invoque le « weak lifting lemma » de Baues sans l'énoncer ; on donne la forme sous laquelle elle l'utilise et la manière de l'obtenir sous C1–C3. ↩
  4. Le feuillet de listing de la page 2, tourné d'un quart de tour, est couvert d'essais de ce même diagramme — deux relèvements dans \(\widetilde{y}'\) et \(\widetilde{y}''\) et leur somme amalgamée sous \(\widetilde{y}\) —, sans étiquettes. ↩
  5. Il ajoute un « ? » en interligne après « il f. et s. ». Comme l'énoncé initial est vrai pour les catégories à cofibrations, \((\star)\) l'est aussi : la proposition ne dit rien de faux, et le point d'interrogation porte sur ce que les feuillets démontrent, non sur ce qui est vrai. ↩
  6. La page donne seulement les objets, et dit la catégorie « petite, connexe » suivi d'un mot illisible ; les flèches sont celles que le passage aux composantes connexes de la page 7 suppose. ↩
  7. La page écrit « \((g,j) \circ (f,i) = (g'g) \cdot k_{y}\) », dont le membre de droite ne fait pas intervenir \(f\) ; le dernier facteur est lu \(k_{y}\) avec doute. Le composé que la somme amalgamée fournit est celui qu'on écrit. Sur le feuillet, \(k\) est marqué « cocart » et \(g'\) désigne bien le composé \(\widetilde{y} \to \widetilde{z}'\). ↩
  8. La page écrit \((f, 1d_{x})\), avec un chiffre un ; la seconde composante doit être une flèche \(y \to y\). ↩
  9. La page présente la factorisation par le « weak lifting lemme », avec un diagramme pointillé, et note en marge « on utilise \(y \in \mathcal{C}_{\mathrm{cof}}\) ici ». Elle dit \(i \in W \cap \mathrm{cof}\) et « \(\alpha\) admet une section \(g\) », sans relever que \(g\) est aussi dans \(\mathrm{cof} \cap W\) — ce qui servira plus bas. C'est le lemme de factorisation de K. S. Brown ; le nom n'est pas sur la page. ↩
  10. L'argument est le nôtre, mais chacun de ses éléments est sur la page 9. Il ne règle pas la question de la page : que \(W_{0}^{-1}\mathcal{C} = W^{-1}\mathcal{C}\) ne dit pas que les fractions \([i]^{-1}[f]\) à un seul dénominateur, prises à composante connexe près, suffisent à décrire les flèches, ni que deux fractions égales dans la localisation soient dans la même composante. C'est la fidélité de \(q\) qui reste ouverte. ↩
  11. Il écrit \(\underline{Ch}_{0}\) et \(\widetilde{\mathcal{C}}\) pour les deux constructions. C'est le point de bascule du dossier ; on les distingue par un prime. ↩
  12. La page 13 est la moins lisible du dossier : un palimpseste rapide, deux blocs annulés, et une note marginale en biais qu'on ne restitue pas. On donne la construction dans la forme que les pages 14 et 15 permettent de reconstituer. ↩
  13. La marge du listing de la page 14 porte, de sa main, un bloc de trois carrés de sommes amalgamées qui mène de \(x \vee x\) à \(y' \vee y''\), de la forme de la flèche du haut de ce diagramme. Sur la page 15, \(\varphi_{0}\) va de \(\widetilde{y}\) dans un \(\bar{y}''\) et \(\alpha''\) de \(\bar{y}''\) dans \(y\) ; le carré de gauche est marqué « cocart ». ↩
  14. La page écrit \([f_{0}, i] = [\mathrm{id}_{\bar{y}}, i] \circ (f, \mathrm{id}_{\bar{y}})\), le dernier facteur portant \(f\) sans indice, ce que le facsimilé confirme. Pour que ce facteur soit un diagramme \(x \to \bar{y} \leftarrow \bar{y}\), il faut \(f_{0}\), et c'est ce qu'on écrit ; la première rédaction de cette lecture faisait la substitution sans la signaler. ↩
  15. La page écrit « (nec. et) suffis. », la nécessité entre parenthèses. La construction est voisine de ce qu'on appelle aujourd'hui un calcul de fractions à homotopie près. Les références qui suivent sont citées de mémoire, sans recherche : P. Gabriel et M. Zisman (1967) pour le calcul de fractions exact ; K. S. Brown (1973), pour les catégories d'objets fibrants, et D.-C. Cisinski, pour les catégories dérivables, pour des descriptions des flèches de la catégorie homotopique par des fractions à un seul dénominateur ; W. G. Dwyer et D. M. Kan (vers 1980), et M. Weiss pour les catégories de Waldhausen, pour des catégories de zigzags \(x \to \cdot \leftarrow y\) dont les composantes connexes, sous des hypothèses convenables, donnent les flèches de la catégorie homotopique, forme proche de celle des pages 5 et 11. Cette lecture ne dit pas si \((\star\star)\), sous cette forme, figure dans la littérature, ni si elle est vraie sous C1–C3. Sa première rédaction affirmait que la littérature n'utilise pas cette forme « à notre connaissance », et opposait les fractions de Brown et de Cisinski, prises à homotopie près, aux composantes connexes d'une catégorie de diagrammes ; ni l'un ni l'autre n'avait été vérifié. ↩